‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 133 sur 230 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Rédt de Conon, et roman d'Esther.

n rai lu, dit Photius (page 427 de sa BibUothè- * 9^) « j'ai lu le petit ouvrage de Conon, dédié à « Arcbelaus Philopator, contenant 60 anecdotes A tirées de divers auteurs anciens. La neuvième a traite de Sémiramis. Conon la présente comme « fille, et non comme femme de Minus. Pour m*ex- « pliquer sommairement, il attribue à Sémiramis « tout ce que les autres écriyaina racontent de TAs- < syrienne AUosa ( Atossa ). Aurait-elle porté deux « noms? ou a-t-il été le plus savant? Voilà ce que « je ne sais pas. Il raconte que Sémiramis eut d'a- « bord un commerce clandestin avec son propre « fils , sans le connaître ; qu'ensuite la chose étant « découverte, elle l'épousa publiquement; d'où il « est arrivé chez les Mèdes et chez les Perses que « le mariage des enfants avec leurs mères, qui d'aa bord était une chose exécrable, devint un acte « légal et permis. »

Il s'agit de savoir si ce récit est purement paradoxal, ou s'il contient quelques lumières dans notre question.

1*> Mous observons que Conon fut un auteur assez tardif, puisque son patron, Archelaûs, fut un des Hérodes emmené par Jules César à Rome, où il passa de longues années.

^ Les 50 anecdotes dont Photius donne Textrait sont pour la plupart tirées de la haute antiquité, en des temps dits héroïques et fabuleux, avec une affectation de singularité qui décèle l'intention formelle d'amuser un prince ennuyé; mais on n'y découvre point un caractère d'absolue fausseté, ni d'invention apocryphe (pii en fasse tm pur roman. Dans l'anecdote de Sémiramia, Photius observe que les faits attribués par Conon à cette princesse, le sont par d'autres auteurs à VMsyrienne Atossa. Il n'y aurait donc que transposition et confusion de noms. Quelle fiit cette Attosa , ou Atossa f Les Perses nous en citent une née fille de Kyrus, devenue épouse de Cambyse (son

qui aura géré vers l ISB. D*autre part, entre Jephté et Gedeon, Josèphe n*admet pohit Thola; la serrftude sous tes Ammonites et les PhUistins a pu n'affecter que quelques trU>as , tandis que Ialr gouvernait les autres. Il ne resterait donc que 36 ans entre lephté et Gedeon, qui serait mort vers 1190; et comme les indications de Pomhyre ne sont pas précises, Gedeon peut être reculé Jusque vers 1900. Ce ne sont là que des hypottièses, dira-t-oo; mais rantorlté de Potphyre, qui, de raveu même de ses ennemis , fut un savant écrivain , est faite pour balancer ici celle d'une compilation indigeste, surtout lorsque Porphyre s'appuie de monuments positifs, réguliers, dont les expressions s'accordent avec les raisonnements que nous avons formés sur d'autres basesetpar d'autres moyens.

RËCUËRCUËS ^OUV£LLES

propre frère ), puis de Smerdis; ce ne doit point être celle-là.

L'historien Hellanicus, contemporain d'Hérodote, en citait une autre qui, dans un temps ancien, avait inventé Tart d'écrire ou d'envoyer des lettres missives ' : ce pourrait être celle-là; mais il l'appelle reine des Perses, et l'on n'en connaît aucune autre action.

Enfin Eusèbe, dans sa Chronique *, nous fournit tin trait plus précis. « Atosse, qui est Sémira" « mis ^ (ou qui est appelée SénUramis)^ fut fille « de Belochus (dix-huitième roi & Assyrie )y et elle « régna 12 ans avec son père. «

Ici nous avons une Atosse assyrienne y comme celle de Conon , et deux noms pour une même per* sonne, comme l'a soupçonné Photius. De ces divers exemples nous pouvons conclure ,

1» Que le nom à' Atosse fut commun à plusieurs femmes chez les Perses et les Assyriens;

2« Que , par un autre cas possible , ces femmes ont pu vouloir s'appder du nom illustre de Sémiranûsf ou que Sémiramis a pu d'abord porter le nom d' Atosse quand elle était simple particulière. De ce double cas ont pu venir des méprises, des confusions; et en parcourant l'histoire des Mèdes et des Perses, nous trouvons un trait qui réunit d'une manière remarquable plusieurs circonstances du récit de Conon.

Selon Ktesias , la fille du roi mède Astyag, nommée Amytis, devint l'épouse de Kyrus : selon Hérodote, la fille de ce même Astyag était mère du même Kyrus : Ktesias, qui contredit Hérodote, n'ose avouer ce fait, mais il l'insinue lorsqu'il dit : « Kyrus ne connaissait pas d'abord Astyag pour « son parent ( ou aïeul ) ; lorsqu'il l'eut en son pou- « voir, il le relâcha, et il honora Amytis comme « 8a/>roprem^r«; ensuite il l'épousa. » Maintenant observons qu'aucun auteur ne parle de l'inceste conune légal chez les Assyriens et les Babyloniens , tandis que tous attestent cet usage chez les Perses

et chez tes Mèdes Le mariage des frères avec

lessceurs, des mères avec leurs fils, étcùtun usage antique et légal de la caste des mages, a dit Xan- (us de Lydie *, dès avant le temps d'Hérodote. De là ce vers de Catulle :

Nom tnagvs ex maire et gnato noKatur oporiei. Pour are mage , U faat naître d*une mère mariée avec son fils. D'autre part, nous savons que la religion et les rites des mages, essentiellement mèdes et zoroas-

■ Tatien , pag. 243.

* Eusèbe, pag. 13.

3 Atoaaa quéf e»t Semirami».

4 Clément d'Alex. Slrom. Ul). III, pag. 18».

triens , furent adoptés par Kyrus. Son fils Cambyse épousa sa propre sœur Atossa : n'est-il pas naturel d'en tirer la conséquence que ce fut Kyrus qui introduisit l'inceste chez les Perses, comme le dit Conon, et qu'il représente ici Ninyas, oonune Astyag représente Ninus.' Mais d'où vient cette méprise? sans doute le voici. Ninus, chez les Mèdes, était un zohàq, comme Astyag l'était chez les Persans. Or conmie il y avait quelque analogie entre l'aventure de Sémiramis qui s'éprit de son fils et voulut en jouir, et l'aventure d' Amytis qui vécut clandestinement avec son fils, et qui l'épousa, ces divers personnages auront été confondus par quelque historien romancier , comme le sont encore les historiens persans'.

Quant à la Sémiramis dite Atossa ^JUle de Belochus, selon Eusèbe , ses 12 ans de règne approchent beaucoup des 14 ou 15 ans que nous avons trouvés à l'épouse de Ninus *, et Ninus pourrait être ce Belochus, qui signifie/r^re de Bel .-car, placé vers la moitié des 1 200 ans de Ktesias , il se trouve à la tête de la liste redoublée dont la Chronologie d'Hérodote démontre l'erreur.

Mais ce nom â^ Atossa ou Attosa donné à Sémiramis, d'où vient-il? En lisant l'anecdote juive d'Esther, nous remarquons que son nom syrien ou hébreu fut Uadossa, signifiant myrte; qu'elle vint de Syrie comme Sémiramis ; qu'elle fut odalisque à la cour du grand roi Assuérus : or Assuérus est le nom que le texte grec donne à VAssur ou V Assyrien de la Genèse qui bàtU NMve : cet Assuérus épousa la Juive Hadossa, oonune Ninus épousa l'Ascalonite Atossa; l'une et l'autre de servantes devinrent reines, comme le représentait le tableau du peintre Ecfaion , dès avant Alexandre. Jamais les commentateurs n'ont pu prouver oi quel temps vécut cet Assuérus, ni où il fut roi, ni qui fîit cette Esther, dont les critiques placent l'histoire au rang des livres apocryphes. Il nous semble assez évident que le nom prononcé Aiosa par les Grecs, est identique à VHadosa des Syriens; qu'Esther n'est pas autre que Sémiramis, dont un auteur juif a modifié Thistoire tirée du même livre que le tableau d'Echion, pour en ixitt honneur à sa nation; en 3orte que nous avons ici deux écrivains juifs qui ont défiguré la vérité pour amuser leurs lecteurs : nous en verrons bientôt

> Attiénée cite deax exemples de semblable ooaAuk» de noms par des historiens de son temps : Tun disant que Nlnive fût prise par Kyrua, au lieu de Kyaxar; rautrequeroo voyait à Ifinive le tombeau de Ninua, au Ueu de Ninyas, Albéoée, en faisant lui-même ces remarques , nous montre que oes ess ont été assez fréquents.

* Il semble aussi que celte Sémiramis doit être celle quHerodote a eu en vue par suite de ces confusions.

SUR L'HISTOIRE ANCIENNE

d'autres dans le même cas, mais beaucoup moins amusants.

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