‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 135 sur 230 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Kanon astronomique de Ptolomée.

Cest à l'érudit Joseph Scaliger que les chronologistes doivent les premières notions de ce Kanon^ ou Catalogue régulateur y tiré des écrits de Tastronome Ptolomée. Scaliger compulsant un manuscrit du Syncelle, alors inédit, y trouva cette pièce historique, et s*empressa de la publier dans les premières années du dix-septième siècle, mais parce que le Syncelle produit deux et même trois versions de cette liste , toutes différentes Tune de l'autre , il s'éleva des doutes sur son utilité. Peu de temps après (en 1620) >, Calvisius et Bainbridge fournirent de meilleurs moyens de l'apprécier, en publiant la copie des deux manuscrits de Théon , commentateur de Ptolomée. En 1652 la traduction du livre de George le Syncelle j par Goar *, sur un manuscrit autre que celui de Scaliger, offrit de nouvelles variantes quant aux noms; en 1663 le docte jésuite Petau, qui d'abord avait adopté la version de Scaliger, dans son Traité de Doctrina temportan 3, la répudia pour une meilleure que lui fournit un troisième manuscrit du même Théon 4. Enfin le savant Anglais Dodwell, dans une Dissertation très-bien raisonnée ^ , ayant confronté et discuté toutes les versions alors connues, et les opinions émises, donna un état clair et fixe à la question , qui consiste dans les articles suivants :

1« La liste n<> 1 doit être considérée comme la plus conforme aux manuscrits de Théon, copiste de Ptolomée. Les chiffres ou nombres sont d'autant plus exacts, que l'auteur original, après chaque règne particulier, additionne le produit de tous les règnes précédents; ce qui interdit toute altération, en même temps que cette précaution nous montre combien peu les anciens comptaient sur l'attention et la fidélité de leurs copistes.

Les numéros II, lU et IV représentent les variantes données par Scaliger y par Petau et par le Syncelle, édition de Goar.

que Darius a pu en être Tautenr dans le registre neuf et régulier qu*U fit composer pour l'empire perse. Toqjours estil vrai que Strabon peint les Chaldœi Chalybet comme des sauvages divisés entre eux, tous t>arbares, insociables, vivant de péclie , de chasse et de gland , et U n*est pas probable que de telles hordes, peu nombreuses, aient fait une conquête aussi diAiciie que celle de Babylone , en dépit des rois de Ninive.

I Voyez ProcU SpJuera, in-40, à la fin.

> Syncelli Chronographia , in-fol.

^ Doctrina Umporum, tom. Il, pag. 125, année 1637.

4 Voyez Batiimarium temporunit h la fin. Petau ne cite pas le numéro du manuscrit; mais c'est celui de la BibUothèqne impériale, coté 2497 ; un antre, coté 2494 , pag. 126, appuie celui-U.

s In-8", 1684. Appendice aux diuertaHane sur $aini Cyprten.

Elles servent à prouver cette incurie des copistes, puisque les noms propres qui composent ces listes sont quelquefois altérés de plusieurs manières ( par exemple Huarodamus ) : ce doit donc être une vérité, un principe de critique pour tout esprit impartial , que « toutes les fois qu'il n'existe « qu'un ou deux manuscrits d'un ouvrage ancien, « on n'a aucune garantie, aucune certitude morale • de son identité avec l'ouvrage original tel qu'il « sortit des mains de l'auteur. » Parmi les livres anciens que nous possédons , en est-il beaucoup qai aient satisfait à cette condition?

2^ Dans la version qu'il nomme astronomiqmj n"" n A , et quMl prétend avoir copié de Ptoloméet l'on voit que le Syncelle a osé, selon sa coutume, altérer et changer la durée de plusieurs règnes, en donnant, par exemple, à Saosduchius 9 ans au Heu de 20; à Nabonadhu 34 au lieu de 17; à liuarodam 3 au lieu de 2, etc. que portent généralement les manuscrits de Théon.

3* Enfin la version intitulée Calcul eecléskuUque y n<» II B , dont Fauteur premier semble être Africanusî chef des chronologistes chrétiens; cette version offre des preuves irrécusables de la négligence, de l'ignorance même, et da dé&ut de critique de ces anciens compilateivs....

Premièrement, dans la confusion qu'ils font de personnages très-différents , en croyant , par exemple, que Nabonasar est le même que Salmanasar, que Nabonadius est le même qu'Astyages, ou Darius, ou Assuérus, ou Artaxercès.

Secondement, dans une autre confusion qu'ils font du règne de Kyrus à Ekbatane , qui réellement veut 30 ans , avec le règne de Kyrus à Babylone , qui n'en veut que 9.

Troisièmement, dans la licence qu'ils prennent de changer arbitrairement la durée bien connue de divers règnes, tels que celui de Kabooasar, de Nabius, d'Iluarodam , de Nabonide, de Kyrus, d^Ochus , etc. et cela afin de retrouver la somme d'addition finale , exigée par le Kanon : enfin dans leur incurie à remplir même cette condition; car le calcul ecclésiastique, au lieu de fournir 424 ans juste après Alexandre, rend 426 ans 4 mois, par Tintroduction inutile des 7 mois du mage, des 7 de Sogdien, et des 2 mois de Xercès II, et la surcharge d'une année sur un autre prince.

Par ces exemples pris dans un sujet important et célèbre , Ton peut juger du caractère des anciens écrivains dits ecclésiastiques , qui tous offrent plus ou moins de semblables anachronismes.

La liste authentique des rois chaldéens de Babylone étant ainsi éclaircie et fixée , l'on demande qdel

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