CHAPITRE XV
Prétendue expédition en Egypte , en Libye, en ttiérie, sans preuves et sans vraisemblance.
A l'égard de l'Egypte, Hérodote, qui a bien connu l'histoire de cette contrée pendant toute cette période *, n'indique pas un mot, ne donne pas un soupçon de cette prétendue conquête, qui eût dû faire beaucoup de bruit. U y voyageait 100 ans après Nabïikodonosor, et voici l'extrait de tout ce qu'il dit de relatif à cette période.
Nekos, après un règne de 16 ans, meurt (en 602 ) , sans autre échec que sa dernière campagne ( bien détaillée par les Hébreux ). Psammis , son
> SI Ton Toulait en croire les Juifs, ces guerres opiniâtres et meurtrières que leur firent pendant un siècle et demi les rois de Nlnlve et de Babylone, n'avaient d*autre motif que la colère du IMeu d'Abrabam contre le culte des idoles pratiqué par sa race. Mais pour peu que Ton réfléchisse sur TéUt poli- Uque et civil de ces temps reculés, il est facile de voir que la richesse territoriale et commerciale des Juifs et des Phéniciens^ fut le véritable motif des guerres que leur firent les rois de l*Euphrate et du Tigre , Jaloux d'ailleurs du commerce que les Tyriens et les Palestins faisaient par la mer Rouge dans le golfe Perrique, où ils causaient une dérivation des richesse» , qui sans cela seraient remontées à Babylone et à Ninlve.
* Hérodote, liv. 11, depuis le n« 168 jusqu'au leo*.
BECHEHCHES NOUVELLES
fils, lai sueeède, sans la moindre mention d'une invasion récente de la part des Kaldéens, dont les conquêtes se bornèrent au torrent d^Égypte, selon les Hébreux. Psammis ne règne que 6 ans, et meurt ( 597 ) après avoir fait en Ethiopie une expédition qui prouve sa sécurité. Son fils Apriés lui succède ( en 596 ) , et fut après Psammiticus , son bisaïeul^ le plus hetareux des rois ses prédécesseurs. Il règne 25 ans ; il a sur mer des succès contre les Sidoniens et les Syriens ; mais il termine par un revers contre les Kyrénéens. Ses troupes se révoltent, et couronnent Amasis ( en 570 ) , qui le fait étrangler , et qui règne très-heureusement. Dans tous ces règnes on n'aperçoit aucun indice, aucune trace de la prétendue conquête des Babyloniens. «
Jérémie, dont on réclame ici l'autorité comme prophète, prouve la négative comme historien; car après la ruine de Jérusalem et l'assassinat de Godolias , gouverneur kaldéen , les Juiâ qui craignaient la vengeance de Nabukodonosor, se retirèrent en Egypte, dit Jérémie, parce qu^Us crurent y vivre en paix et en fureté : donc le pays n'était pas au pouvoir de Nabukodonosor. L'Ëgyptîen A priés y régnait tranquille et heureux >. H est bien vrai que Jérémie dit au chapitre xliv, verset 80 : « Je « livrerai Pharaon /ft^Ara (Apriès), roi d'Egypte, « aux mains de ses ennemis, de ceux qui en veu- « lent à sa vie, comme j'ai livré Sedeldas aux a mains de Nabukodonosor, son ennemi. » Ceci se rapporte à l'an 22 de Nabukodonosor ( 688 ). Vouloir s'autoriser de ce verset pour prouver qu'Apriès fut détrôné par Nabonadius, c'est cumuler fausse citation, faux raisonnement, confiision de dates et de personnes >. D'autre part prétendre, comme l'ont fait quelques savants plus pieux que prudents , qu'un événement a dû arriver, parce qu'un prophète juif l'a prédit, c'est introduire en histoire une règle subversive de tout ordre et de toute vérité : alors nous ne pourrons plus refuser aux Indiens et aux Chinois de raisonner par nos propres principes, et on voit l'abus qui en résultera. Ici la vérité est que dans les prophéties juives, comme dans les autres, il faut, selon le conseil de plusieurs sages théologiens, distinguer lesprophéties comminatoires , des prcphéHes executives. Dans la première classe, par exemple, fut celle de Jouas sur la ruine de Ninive : voudra-t-on, comme ce prophète, reprocher à Dieu de n'avoir pas détruit un grand peuple pour satisfaire à une prédiction ? La prophétie de Jérémie à
' Yoyei Jérémie , chap. xut , xun , xuv. Le ehap. ui, vers. 30, Indique cette fuite Tan 22 de NalMikodooosor ( Tao 683 ). L'année suivante ( 682 ) , son général If abosardan vint foire on enlèvement de JuUii pour châtiment.
* Voyez Larcber, Kanom chnmologi^e, année 760 , p. 670.
Taphnahs en Egypte, est du même genre, lofsqnH proteste que le tràne de Nabukodonosor sera m Jour posé sur les pierres qu'il enterra près le palais. Si le silence absolu de l'histoire dénient cei événement, pourra-t-on forcer une telle barrière? D'ailleurs on peut dire que le trône de Babylone étant passé à Kyrus , la prédiction s'acooiiq>lit dans la personne de Cambyse , qui conquit l'Egypte et en devint roi.
Quant au récit de Mégasthènes , qui suppose que Nabukodonosor , phts vanté qu'Hercuie même par les Kaldéens, avait franchi les colonnes d'Afrique et conquis l'Espagne; qu'ensuite, selon leeommcntairedeStrabon ■ , il était revenupar la Thraee, ete. l'invraisemblance d'une telle expédition à cette époque est trop choquante pour mériter qu'on la discute. L'erreur vient d'une fausse aeeeption du mot Jbériens. Quelque auteur kaldéen mentionnant la conquête des Juifs , les aura désignés par leur nom asiatique Heberim (Hebraei) ; et soit Mégasthènes, soit le traducteur qu*il employa, l'éerivain n'ayant pas connu ce petit peuple ou cet ancien nom. Fa entendu des Eberim ou Ibères d'Espagne, ou de Colcfaide, dont le nom a la même orthographe eC peut-être la même étymologie*.
En faveur de cette expédition de Libye, l'on i voulu invoquer un passage de Salluste, qui dit que ^ « selon les livres phéniciens trouvés chez le roi « lempsal, une partie de l'ancienne population de « l'Afrique s'était composée de Perses , de Mèdes , « d'Arméniens, venus par mer à la suite dHerce cule; » et parce que la langue des Berbères, qui descendent des anciens Mazikès, offre en effet quelques mots persans, on a voulu s'en prévaloir pour appliquer ce récit à Nabukodonosor , que les Africains auraient pris pour Hercule *.
Mais on n'a pas fait attention , ]• que les Mèdes, les Perses et les Arméniens n'ont jamais été su- Jets de Nabukodonosor; 2* qu'il n'aurait pu les licencier sans anéantir son année, et qu'alors même à cette époque tardive, ils n'eussent pas été asses nombreux pour fonder un peuple; 8* enfin que h vraie raison de ce fait historique se trouve daîrement indiquée dans le chapitre xxvni d'Êzécfaiei, où cet écrivain dit à la ville de Tyr :
> Strab. liv. XV, p. 687; Joseph, oontr. Àpp. Uv. 1, 9 S»; Eosèbe, ^iwp. êvang, ltt>. IX.
* Eber, peuple ou pays d*aM delà le désert ou la mer. Hfbêrnia , l'Irlande, a la même origine. Il est assez sinsnlier qoe les mots gennanlqne et anglais «ter et aver aient le atee sensi
3 Sali. BelL Jugvrth, cap. IS.
4 Voyez Catalogo de lot tençua* , tratado S* , seeL I, chap. 4, art l», n« 687, par Hervaz, qui, dans tout son oorrsfEP, fait nn étrange usage d*ane vaste éradltion et de la riche eollecUon des vocabolalres quil a eoi en main.
SUR L*HISTOiaE ANCIENNE.
" « ViUe superbe qui reposes au bord des mers, « tu tiens à ta solde le Perse, le Lydien, TÉgypt tien. Tes murailles sout parées de leurs boucliers o et de leurs cuirasses. Importes ton commerce au • loin dans des pays (ou des lies). Tous les vais- « seaux de la mer soot employés à tes transports. »
On voit par ces phrases que les Tyriens eurent le même système militaire que les Carthaginois, les Vénitiens, les Génois, en un mot, que tous les peuples marchands, qui pour économiser le sang de leurs citoyens, prennent à leur solde des étrangers mercenaires. Naturellement les Tyriens durent trouver de tels stipendiaires dans les Arméniens, les Mèdes et les Perses, qui, nés soldats, durent préférer aux enrôlements forcés de leurs rois, l'enrôlement volontaire chez un peuple libre qui les payait bien. Les Phéniciens, qui eurent de bonne heure des colonies en Afrique, à Hippon, à Leptis, à Utique, y envoyèrent pour garnisons ces soldats asiatiques, dont la cumulation pendant six ou sept siècles avant Nabukodonosor dut y jeter une masse capable d'influer sur la population et le langage : les débris d'une armée débandée n*eussent pu produire un tel effet. L^expédition d'Hercule, tout aussi invraisemblable que celle de Nabukodonosor, se décèle, |ar cela même, pour une allégorie dans laquelle le soleil, dieu des Phéniciens, est person* nifié roi et conquérant, parcourant et soumettant tout le monde; et parce que les principaux astres et les constellations également personnifiés en héros, étaient les patrons desdivers peuples, par exemple , Persée , patron des Perses ; Jason , patron des Mèdes; Haïk ou Orion, patron des Arooéniens; il devint naturel de dire qu^ ces peuples avaient suivi leurs chefiB à Tarmée céleste, et à une expédition qui eut pour bornes les colonnes d'Afrique et d'Espagne, attendu que là le soleil semblait finir sa course dans TOcéan. Lisez l'histoire ancienne sans calcul et sans précautions, vous n'y verrez qu'un roman souvent absurde; lisez-la avec une défiance critique , elle finira par ne vous offrir que des tableaux de faits naturels et probables.
Revenons aux rois de Babylone.
GHAHTRE XVI.
Deiikien rois de Babylone Jiuqa*à Kynis.
Le Kanon astronomique donne 43 ans de règne total à Nabukodn-osor... Par conséquent il régna 25 ans depuis la prise de Jérusalem , arrivée l'an 18 de son règne, et sa mort arriva l'an 562 avant notre ère. Ayant été marié vers l'an 606, déjà chef d'armée, l'on peut supposer qu'il eut à cette époque 22 à 24 ans, ce qui place sa naissance vers l'an 628 à
680, et donne à sa vie la durée très-naturelle de 70 ans. La chronique des Rois est d'accord avec le Kanon astronomique, lorsqu'elle dit : « La trente- « septième année depuis que Jhomk^, roi de Juda, « eut été déporté, Aouil-Merodak s roi de Babylon, « en l'an premier de son règne , retira ce prince de « la prison où il languissait. »
Jhouakin fut déporté dans la même année où Se> deqias lui fut substitué, l'an 597 : Aouil-Merodak régna en l'an 561... L'intervalle est juste 87 ans *.
Selon Bérose, « le caractère vicieux et méchant « é'j^ouU'Merodah le fit tuer dans la seconde année a de son règne, par Nériglissor, qui avait épousé « sa soeur ^. »
Nériglissor régna 4 ans, depuis 559 jusques et compris 556. U doit être ce Labunet d'Hérodote, de qui KroTsus attendit des secours en 558 et 557. Ce mot Labun^ei n'est pas autre que le Nabu et Nabun des Hébreux et des Chaldéens , dans lequel VNesl changé en Z par un cas dont notre langue ofifre des exemples triviaux. Le peuple dit éeolomie au lieu d'économie, U est singulier de trouver cette altâration dans le nom de /xifro-roso-achod, fils et successeur de Nériglissor.
« Ce prince, encore très-jeune , ayant montré des « inclmatlons perverses, dit Bérose, ses conr- « tisans tramèrent un complot et le musacrèrent. « Après sa mort, les coi^urés déférèrent unani- « moment la couronne à un certain Babylonien apa pelé Nabonide, qui avait été de la conspiration. « Sous Nabonide , les murs des quais le long du « fleuve furent reconstruits avec plus de magnifi- «cence:àla dix-septième annéedesonr^ne,Kynis, « venu de la Pwseavec une armée immense, rava«* « geala Babylonie.Nabonideétantsorti de Babylone « et lui ayant livré bataille, fut entièrement défait, ft et se sauva avec peu de suite à Borsippa. Kyrus, « maître de Babylone, et voyant le caractère mo- « bile de ses habitants (toujours disposés à quelque « sédition), résolut d'abattre les fortifications. 11 « marcha ensuite contre Borsippa, pour y assiéger « Nabonide; mais parce que celui-ci lui rendit vo-
* Reg. Uv. U, chap. dem. ven. 97.
* Ce même fait ert répété mot pour mot dtns le dernier chapitre de Jérémie, dont la fin est UUéralement la même que
celle da dernier chapitre des Rois Mais est-i) naturel, est-il
croyable que Jérémie, qui commença dès Pan ese mi r6le pot UUqae et religieux comportant un Age de 85 ans an moins : que Jérémie, né vers I^an 661 , ait encore écrit en 561, à r Age de 90 ans? N*est-U pas évident que de très-andens copistes se sont permis d'i^outer ces versets, et même une partie de ce oha^ pitre? et alors où est pour nous la preuve que les deux pr6< cédenli, les l et u«, n'ont pas été itfooléB, quand leur con-. tenu , plein d'allustons à la prise de Babylone par Kyrus , est bien autrement inconciliable avec la vie de Jérémie? où sont nos garants de Tautographie des manoscrUs de Jérémie?
3 BeroiUM in Joêeph. coHir. Jpp, Ub. I , g ao.
BEGBERGHES NOUVELLES
« lootairemeDt les armes , Kyrus le traita ayee dou- « eeur , et lui assigna pour demeure la province de • Kemum, où Nabonide Técut( paisiblement) le « reste de ses jours '. »
Ce récit est tellement circonstancié, et son auteur est d'un tel poids , que Ton ne peut élever contre lui aucune opposition raisonnable... Hérodote n'est point aussi détaillé ; mais loin de le contredire, il semble s'accorder avec Bérose et le confirmer.
«I Kyrus, dit-il, après avoir traversé le Gyndès, « continua sa route vers Babylone; les Babyloniens « ayant mis leurs troupes en campagne, l'attendi- « rent de pied ferme : lorsque Kyrus s'approdia « de la ville, ils lui livrèrent bataille; mais ayant « été vaincus, ils se renfermèrent dans leurs murs. »
Hérodote ne fait point ici mention de leur roi. Mais parce qu'il a dit dans Tarticle précédent, que ce fut cmUre kd que marcha Kyrus, il s'ensuit qu'il dut commander, selon Pusage des temps.
« Les Babyloniens, qui depuis longtemps savaient « que Kyrus ne pouvait rester tranquille , et qu'il « attaquait également toutes les nations , avaient « fait un amas de provisions pour un grand nombre « d'années; aussi le siège ne les inquiétait -il en « aucune manière. »
Ceci correspond très-bien à la précaution prise par Nabonide de relever les murailles des quais. Hérodote raconte ensuite comment ayant déjà passé beaucoup de temps en des attaques inutiles contre la ville, Kyrus reçut le conseil, ou conçut de luimême 4'idée de détourner le fleuve de son lit, pré-* cisément par le même moyen qu'avait imaginé Nitokris pour fonder les piles du pont et les quais de la ville; comment les Perses ayant pris leur route dans le lit du fleuve ainsi mis à sec, eurent encore le bonheur de trouver ouvertes les petites portes d'airain pratiquées aux murs des quais, et de surprendre ainsi les habitants, qui par hasard ce Jourlà céléhraierU une fête y et ne s'occupaient que de danses et de plaisirs. Cest ainsi, dit Hérodote, sans rien ajouter sur le sort du prince détrôné , que Babylone fut prise pour la première fois ; il dit ailleurs comment elle fut prise une seconde fois par Darius, 32 ans après >.
Rien, comme l'on voit, ne dément Bérose ni Mégasthènes : il est probable que la sortie exécutée par Nabonide eut pour motif secret la crainte qu'il eut de quelques foctions , et de ce caractère mobile des
> nuit on fragment cité|MurEiuâ)e(Pfap. evang, ÏÙt. IX, cap. 41 ) , MégaïUiènei ofbe les mêmes faits ; mais les noms sont très-altérés.
' HéitMl. Uv. I, gcxa, et Uv. tll, g CL et suiv.
Babyloniens , qui alarma Kyrus mtoe. Ce aoupçoo est autorisé par sa retraite à Borsippa avec peu de monde, et enfin par sa reddition volontaire.
Il est moins facile de concilier nos trois autcars au sujet de sa parenté; car tandis qu'Hérodote le prétend fils de Nitokris et deNabukodonosor, Mégasthènes assure qu'il n'était point parent de Laboroso-achod, qui néanmoins, par sa mère, dut être petit-fils de ce monarque : Bérose semble être do même avis, quand il emploie ces mots : «n certain Nabonide j Babylonien , et cependant Naboiàde porte la signification de fils de Nabou ; Bâroae a-t-il rougi du prince qui survécut à la perte de son trône et de son pays?
Nous ne voyons pas comment Hérodote, voyageur étranger, peut avoir raison contre Bérose et Mé- I gasthènes, tous deux d'accord ici, tous deux revêtus i d'emplois publics : admettons qu'il soit en erreur; elle a peu d'importance , puisqu'elle ne change rien à l'ordre des temps , qui est notre principal objet
Kyrus devint roi de Babylone l'an 538; il avait commencé son règne sur les Mèdes et les Perses l'an 560; il avait pris Sardes et détrôné Krésus l'an 557. Quel fut l'emploi des 18 ans d'intervalle? Hérodote nous l'indique d'une manière satisfaisante, dans les chapitres CLin, clxxix et clxxx de son livre I". Il dit en substance : « qu'après la prise de Sardes et « rétablissement d'un gouverneur, Kyrus reprit la « route d'Ecbatane, ayant en vue de nouvelles con- « quêtes. Les Babyloniens , les Bactriens , les Sakes « ou Scythes, et les Égyptiens, étaient autant d'obs- « tades à ses projets; il résolut de marcher en pcr- « sonne contre ces peuples; il envoya Harpages, l'uo « de ses généraux ,' contre les Ioniens , tandis que « lui-même en personne subjugua toutes les nations « de l'Asie supérieure, sans en omettre aucune. Je « les passerai la plupart sous silence , continue « l'historien , me contentant de parier de celles qui « lui donnèrent le plus de peine : lorsqu'il eut ré- « dttit sous sa puissance tout le continent, il songea « à attaquer les Assyriens.
« Arrivé aufleuve^yiuf^, l'un des chevaux blancs « consacrés au soleil saute dans l'eau et se noie. Ky- « rus, indigné de l'insulte du fleuve, veut l'en punir ; « il suspend l'expédition contre Babylone, et il passe « tout un été à saigner le fleuve en 860 canaux qui « l'épuisèrent ( autant de canaux que de jours dans « Tan). Au second printemps, il reprend sa route « contre Babylone. Les habitants sortent au devant <c de lui, il les bat : rentrés dans leurs murs, ils « s'inquiètent peu du siège, parce qu'ils avaient « amassé des vivres pour plusieurs années. Kjnrus
SUR rmSTOIRE ANCIENNE.
« se trouva dans un grand embarras ; car deptds a longtemps il assiégeait la place, et il n*était pas « plus avancé que le premier jour. »
Calculons. Kyrus part au printemps; il perd l'été : au second printemps il arrive devant Babylone ; le siège dure longtemps, supposons 18 mois; il aura pris fiabylone la troisième année depuis son départ : il la prit l'an 589; par conséquent il partit de Perse J'ao 541. Il a dû passer au moins 2 ans en préparatifs (548); les 14 années depuis la prise de Sardes fiirait donc employées à subjuguer tous les peuples de la baute Asie et de la mer Caspienne jusqu'au Caucase. Or, dans un siècle où des villes fortes par la nature ou par l'art soutenaient des sièges des et 10 ans , ce ne fut pas trop de 14 années pour soumettre des pays remplis de semblables Tilles , et des peuples montagnards cités de tout temps pour très-belliqueux.