CHAPITRE II
Exposé d^Hérodote.
Hérodote nous apprend qu'étant venu en Égj-pte recueillir des matériaux pour son histoire, il trouva danslesviIIesd'HéIiopolis,deMemphisetdeThèbes, des collèges de prêtres avec qui il eut les conférences scientifiques dont son second livre contient le résultat. Comment se tinrent ces conférences? fut-ce en langue persane ? nous ne voyons pas qu'Hérodote l'ait sue, encore moins la langue égyptienne ; il est plus probable que l'Egypte, ouverte aux Grecs depuis Psammitik , fut remplie de marchands de cette nation , qui auront su la langue du pays ; quelqu'un de ces hommes officieux aura servi d'interprète à l'auteur , qui fut son hôte. Cette communication par interprète est moins exacte que directement. Quant à l'exposition , la méthode suivie par l'auteur est excellente : il traite d'abord du sol, du climat et de tout l'état physique de l'Egypte; et le tableau qu'il en fait est tel , que nos plus savants voyageurs ont trouvé aussi peu à y ajouter qu'à y reprendre : il passe ensuite aux coutumes , aux lois, aux rites religieux; enfin il arrive à la partie historique et dironologique : citons ses propres paroles.
§ xcix. « Jusqu'ici j'ai dit ce que j*ai vu et conno « par moi-même, ou ce que j'ai appris par mes rea cherches ; maintenant je vais parler de ce pays se- • Ion ce que m'en ontdU les Égyptiens eux-mêmes; « j'ajouterai à mon récit quelque chose de oe que « j'ai vu par moi. »
Il est clair qu'Hérodote n'ayant rien pu voir de ce qui est historique ancien, tout ce qu'il va en dire est le récit des prêtres mêmes.
« Selon ces prêtres, le premier roi d'Egypte fut « Menés; il fit construire les digues de Memphis. A Jusqu'alors le Nil avait coulé entièrement le long « du mont libyque : Menés ayant comblé le coude « que lefleuve formait au sud, etoonstruit une digue « d'environ 100 stades au-dessus de Memphis, il « mit à sec l'ancien lit , fit couler le Nil par le non- « veau , et fit bâtir la ville actuelle de Memphis sur a le sol même d'où il avait détourné le fleuve, et « qu'il avait converti en terre ferme. Il fit encore « creuser un grand lac au nord et à l'ouest de la « ville ( pour la défendre ) , et il éleva un grand et « magnifique temple au dieu Phtha (principal dieu « des Égyptiens ). »
§ c. « Les prêtres me lurent dans leurs annales « les noms de 330 autres rois qui régnèrent après « Menés : dans une si longue suite de générations « il se trouve 18 Éthiopiens et une femme égyp*
SUR L'HISTOIRE ANCIENNE
6tr
• tienne : tous les autres furent Égyptiens, hommes « et non dieux. »
$ CI. « Les prêtres me dirent encore que de tous « ces rois, aucun ne s'était rendu célèbre par quel- « que grand ouvrage ou par quelque action écla- « tante, excepté Moîris, le dernier de ceux-là (des « 330). —Or (dit Hérodote au § xiii) au temps où e> les prêtres me parlaient ainsi, il n'y avait pas ena core 900 ans que Molris était mort. »
( Nous savons qu'Hérodote visita TÉgypte Tan 4G0 avant L C. ; par conséquent les prêtres plaçaient la mort de Moîris vers les années 1360 à 1355. }
« Je passerai sous silence ces princes obscurs, « poursuit notre auteur, et je me contenterai de « parler de Sésostris, qui vint après eux, »
( Ce dernier mot semblerait dire que Sésostris ne fut pas le successeur immédiat de Moîris; et en effet nous verrons d'autres auteurs placer plusieurs règnes entre ces deux princes. )
S eu. « Selon les prêtres, Sésostris fut le premier « qui partant du golfe Arabique ( la mer Rouge ) « sur des vaisseaux longs > , subjugua les riverains « de la mer Érytiirée. Il s'avança jusqu'à une mer « remplie de bas-fonds, qui le repoussèrent. — De « retour en Egypte , il leva une armée immense , et « marchant par le continent ( l'isthme de Suez) , il « subjugua tous les peuples sur sa route, et passa « même d'Asie en Europe, oh il attaqua et vainquit « les Skytes et les Tbraces; je crois qu'il n'alla pas
• plus avant. Revenant sur ses pas, il s'arrêta aux '• bords du Phase; mais je ne vois pas clairement si ce « fut Sésostris qui de son gré y laissa une partie de « son armée pour coloniser, ou si ce furent les soldats « qui, las et ennuyés de ses courses, s'y arrêtèrent « ( malgré lui ). Quoi qu'il en soit , les habitants " du Phase (les Ck)Iehes) sont des Égyptiens, car « ils ont la peau noire , les cheveux crépus ; ils pra- « tiquent la circoncision et ils parlent la même lan- « gue, etc. A son retour en Egypte, Sésostris, disent
• les prêtres, faillit de périr à Daphnês (Taphnahs), << par les embûches de son frère, qui incendia la tente ^ où il dormait (à la suite d'un grand repas) . Échappé « à ce danger, il employa les nombreux prisonniers « qu'il avait amenés, à exécuter divers grands ou- « vrages, et entre autres à élever les chaussées et <• à creuser les canaux dont le pays est aujourd'hui « entrecoupé. Avant ce prince, l'Egypte était comn mode pour les chars et la cavalerie; mais après <> lui , leur usage est devenu impraticable. Il est le « seul roi égyptien qui ait régné sur l'Ethiopie ( Abis-
' Hérodote, Stratmo , PUoe , etc. nous apprennent que faute d<* bois , les naturels n'avaient pour embarcaUons que des pirogues ou de palmier ou de roseaux tressés recouvertes de peaui goudronnées.
« sinie moderne }. » Tel est en substance le récit des prêtres auteurs d'Hérodote. Mais parce que de plusgrands détails sur Sésostris seront utiles à notre sujet, nous allons en joindre d'autres tirés de divers auteurs.
Selon Pline > , la borne de l'expédition de Sésostris en Afrique fut le port MossyUcuSy d*où vient ta cannelle. ( Ce lieu, situé à l'ouest du cap Guar dafuiy^l distant d'environ 550 lieues de Memphis. )
Strabon * ajoute que, longtemps après, la route de ce prince était encore marquée par des colonnes inscrites, et par des temples et autres monuments. Il observe que les anciens rois d'Egypte avaient été peu curieux de recherches géographiques avant Sésostris; et cela ferait croire qu'en cette occasion Sésostris eut les mêmes idées de curiosité que nous avons trouvées, à pareille époque , cliez les rois homerites de l'Iemen '•
Diodore de Sicile 4 , qui cite l'opinion des prêtres de son temps , et celle de divers auteurs anciens , ne donne point à ce prince le nom de Sésostris , mais celui de Sesoosis, analogue au Sethosis et au Sethos de Manethon et des listes ^. Ce narrateur dit que les inclinations de Sésostris furent, dès le berceau , moulées et dirigées par le roi son père ( Amenoph ) , qui lui donna une éducation entièrement militaire, avec la circonstance singulière d'avoir fait élever avec lui tous les enfants mâles nés le même jour , lesquels devinrent ses camarades pour la vie... Sésostris et sa petite troupe, au nombre de 1700, furent élevés dans les exercices les plus pénibles de la guerre; leurs premières expéditions furent en Arabie et en Libye contre les lions et les Arabes. Le jeune prince n'était qu'à la fleur de l'âge... Diodore joint immédiatement la mort à^Amenoph à l'avénement de Sésostris, et la résolution de celui-ci de conquérir la terre entière; mais il pèche contre les , vraisemblances, quand il ajoute que, selon quelques auteurs, sa fille, nonunée Athirté^ l'excita à cette entreprise, et lui en fournit les moyens : ce conte doit être posthume comme celui du songe d'Amenoph, dans lequel le dieu Phtha lui avait promis
l'empire du monde pour son fils Sésostris , à la
fleur de l'âge, ne dut pas avoir plus de 22 à 24 ans quand il régna. Ses conquêtes durèrent 9 ans ^; il s'y prépara pendant 1 ou 2 ans : supposons-lui 35 à 3G
* Hist. natur. lib. Yl, pag. 343, Hardouin. > Stralx), lib. XYU, p. 790, Casaubon.
^ Voyei ci-devant , pag. 439.
4 Diod. Sicul. lib. I.
^ Le son du th grec est sifflant comme r«. *'i Diodore semble Indiquer cette durée pour celle d*Europc seulement. CeUe d'Ethiopie n'a pu durer 3 ans.
aos à son retour en Egypte; ses enfants, à cette époque, sont représentés encore jeunes. Son règne fut en tout de 83 ans; il aurait donc vécu environ 60, ou tout au plus 64 à 65 ans. Devenu aveugle, la vie lui devint odieuse , et par suite de son orgueil , il ne put la supporter, et il se tua. Cette circonstance supposeencore la force de Tâge, et cadre bien avec notre hypothèse.
Selon Diodore, « Tannée de Sésostris fut de « 600,000 hommes de pied, 24,000 chevaux, 27,000 « chariots de guerre : sa flotte, composée de 400 « voiles , soumit les tles et les côtes de la mer Éry- « thrée jusqu'à Tlnde; tandis que ce roi conduisant « Tarmée de terre, subjugua toute TAsie. Il poussa « ses conquêtes plus loin qu'Alexandre même, car « ayant passé le Gange et pénétré jusqu'à l'Océan « oriental , il revint par le nord subjuguer les Scy- A thés jusqu'au Tanaîs ( le Don )• » Contre ceci nous observons que le docte et judicieux Strabon ' nie. d'après Mégasthénes, ambassadeur grec dans llnde, que ni Sésostris, ni SénUramis , ni Kf^rus, aient jamais pénétré dans cette contrée (jusqu'au Gange ). Il paraît qu'ici les prêtres égyptiens cités par Diodoi^, ont, par émulation nationale, voulu que leur héros eût plus fait que celui des Grecs ( Alexandre ), et qu'ils ont emprunté de ceux-ci l'idée d'un circuit géographique impossible par lui-même , et inconnu à leurs prédécesseurs. Nous pensons donc avec ces derniers et avec Hérodote , leur interprète , que Sésostris sortit par l'isthme de Suez; et Strabon ne dit rien de contraire, lorsqu'il rapporte « que ce « prince passa dftpays des Troglodytes dans l'A- « rable, puis de V Arabie dans tAsie, » vu que le pays des Troglodytes s'étend le long de la mer Rouge j usqu'en face de Memphis, et que l'Arabie commence à l'isthme immédiatement où finit l'Egypte.
Aucune mention ne nous est faite des Juifs ni des Phéniciens, qui purent être laissés sur la gauche; ni des villes de Babylone et de Ninive, qui,' dans le système chronologique deKtesias , auraient dû exister et provoquer l'orgueil du conquérant * , qui nous est attesté avoir soumis le pays , et laissé en Perse une colonie de 15,000 Scythes. Ces villes, dans notre système, n'existèrent que plus de 150 ans après Sésostris. Ce conquérant entra-t-il en Scythie par le Caucase ou par le Bosphore de Thrace ? Cela n'est pas clair. Son retour par la Colchide n'est pas douteux; mais il nous paraît, contre l'opinion des prêtres , que Sésostris revint battu : car Pline ^ a lu dans des auteurs anciens, qu'il fut vaincu par
' Strabo.Ub. XtV,p.6S6.
' Cedreni Hist. compendiuMt p. 20.
^ Lib. XXXm.
yEsttbopuSy roi de Coldiide, célèbre par l'immense quantité d'or et d'argent qu'il posséda; et Valerius Flaccus a eu les mêmes documents lorsqu'if a dit< :
« Que Sésostris fut le premier qui fit la guvre « aux Gètes^ et qu'effrayé de la défiiite de son ar- « mée , il en ramena une partie à Thèbes et sur les « rives du fleuve natal, tandis qu'il fixa l'autre sur « les bords du Phase , en leur imposant le nom de « Colches. »
D'accord avec Hérodote et avec Manethon ( en Josèphe ) sur le danger que Sésostris enoourot de la part de son frère, qu'il avait laissé vioe-roi , Diodore remarque « que le conquérant, de retour, fit « l'entrée la plus pompeuse, suivi d'une foule in- « nombrable de captifs et d'une immensité de butin « et de riches dépouilles ; il en orna tous les temples « de TÉgypte; il rapporta aussi plusieurs inventions « utiles. — Ayant renoncé à la guerre, il licencia ses « troupes , récompensa ses soldats et leur partagea « des terres qu'ils eurent en propriété ; mais sa pas- « sîon pour la renommée ne lui permettant pas le « repos, il entreprit une foule d'ouvrages magni- « fiques, faits pour immortaliser son nom, en même « temps qu'ils durent contribuer à la sûreté et à la « commodité de TÉgypte. D'abord il fit bâtir co « chaque ville un temple en l'honneur du dieu pa- « tron : en plusieurs endroits il fit élever des dians- « sées et des tertres pour servir de refuge pendant « l'inondation ; en d'autres , il fit creuser des o- « naux, des fossés...; il en fit creuser un, entre « autres, pour communiquer de Memphis à la mer « Rouge. 9
( Au sujet de celui-ci , nous observons que Strabon * nie positivement son exécution entière; d'accord avec Aristote ( et Pline ), sur ce qu'il en eut la première idée et qu'il en fit la première tentative, il assure qu'il s'en désista , parce qu'il reconnut que le niveau de la mer Rouge étaU plus élevé que œiui de la Méditerranée ( et cela est vrai ].
Diodore poursuit, et dit « que pour arrêterles cour- « ses dévastatrices des Arabes , Sésostris fit élever « une muraille de 1500 stades de longueur, laquelle « fermal'isthmedepuisPelusejusqu'à Héliopolis.— tt Ayant fait construire un vaisseau en bois de ce- « dre , long de 280 coudées, plaqué d'argent en de- « dans et d'or en dehors, il en fit TofiTrandeau dieu
1 AreonauUcon , lib. V.
et prina Semiris
Intqlerit m beU» Gttia ; nt elade nonim Territas, ho« Thebas patriamqa« radacat ad aBBoa, Pbaildit h<w imponat a^Ht ColehoMiaa vocari Jubeat
> Strabo, lib. î, p. 3«. Aristote, MHeont. lib. I, ttp. H. pag. M8. Pline, Ub. VI, cap. 29.
SUR L'HISTOIRE ANOENNE.
« qu*oa adore à Thèbes. II éleva' deux obélisques • d'une pierre très-dure ( granit )) de 120 coudées « de hauteur, sur lesquels il fit graver l'état numé- « ratif deses troupes, de ses revenus, des nations « qu'il avait vaincues, des tributs qu'il en percevait. « A Memphis il plaça dans le temple de Yulcain sa « statue et celle de sa femme, l'uae et l'autre de SO « coudées de hauteur, d'un seul morceau. Les plus « pénibles ouvrages furent exécutés par les prison- « niers qu'il avait amenés , et il eut soin d'y atta- « cher des inscriptions portant qu'aucun Égyptien « n'y avait mis la main *. »
• Un des traits les plus remarqués parmi les ac- « tions de Sésostris, est sa conduite envers les rois « qu'il avait vaincus. Ce conquérant leur avait « laissé leurs titres et la gestion de leurs états; « mais chaque année, à un temps prescrit, ils étaient « obligés de lui apporter les présents^ c'est-à-dire « les tiHbuts qu'il leur avait imposés dans la propor- « tion des moyens de leurs peuples : il accueillait « ces rois avec de grands honneurs; mais lorsqu'il « allait au temple, il faisait dételer les quatre chevaux « de front de son char, et les rois prenant leur « place, traînaient l'orgueilleux vainqueur, qui vou- « lait Étire sentir que sa valeur l'avait mis bors de « comparaison avec les autres hommes. ( De là le « titre fastueux que portaient les inscriptions de « ces monuments : Sésostris, roi des rois, et ^ei- « gnevr des seignenrs. ) »
Ces curieux détails seraientia matière d'un ricbe commentaire sur Tétat politique e^ pioral où se trouvait l'Egypte à l'avènement de ce roi-fléau^ sur les éléments qui avaient préparé cei état, dont il fqt eomme la conséquence; enfin sur les changemepts dont il devint la cause à son tour. Les récits de3 voyageurs grecs, romains, arabes, dans les temps postérieurs , sur la perfection des sculptures , de$ peintures et des constructions de Sésostris , qu'ils virent en masses ou en débris, indiquent un degré de perfection étonnant dans toutes les branches de ce^ arts... L'article qui nous intéresse le plus est le système militaire qui , par sa force et sa supériorité relatives, nous indique des guerres antérieures, dont la longue continuité amena ce perfectionnement que la pratique amène ^ans tout art. Or comme Héro-
' Le sani étant oendoH Id , Pou doit conclare que ce fût en la même ville qa*U éleva oe« obéUsqnes, les raémeg qae Germanlciis y trouva, comme nous le verroqs,
* La Journaux du temps aoroot bien loué ce trait dliuffui- Dité : poiis 401 ealcnkma que les prlsonnlera de Sésostris furent le prix du sang et das trésors et l'Egypte, nous pensons que ces travaux coûtèrent à la naUon vingt ibU plus que s'ils sussent été IsHs directement par ses mains , sous un régime de paix. De toa| temps rhypottrisie «t U fausse logique ont été Tapanage de la tyrannie.
dote nous assure que jusqu'à Sésostris aueun roi d*Égypte n'avait fait de guerre Aord dn pay^^ il s'ensuit que ces guerres furent itUériewpeê^ soit de faction à faction ou de secte à secte, eu supposant un seul et même gouvernement ; seit d'état à état , eu supposant plusieurs royaumes parallèles, selon une hypothèse émise avant ce jour , que noua exami* nerons en son temps. Reprenons maintenant notre sujet, et poursuivons la narration d'Hérodote. « Le successeur de Sésostris, me dirent encore « les prêtres, fut son fils appelé Pheron. »
( Diodore l'appelle Sésoosis II , et Pline , Nuodérus ou Nunchoreus, )
« Pheron eut pour successeur un homme de « Memphis appelé Protée^ au temps duquel Ménélas « aborda en Egypte. » (Sésostris serait antérieur de deux règnes à la guerre de Troie. }
S GX3(i. « A Protée succéda Rhampsinit... Aucun « roi d'flgypte ne posséda une aussi grande quan- « tité d'or et d'argent que ce prince. «
S cxxiv. « JMsqu'à lui , l'abondance et la justice « fleurirent dans oe pays ; mais il n'y eut pas de mé- « ehancetéoù ne se por^t son successeur Checps... « Ce fut lui qui bâtit la grande pyramide, dont la « construction dura ^ ans, sans compter la taille f des pierres dam; les mon^gnes , et leur transport n sur la place, qui, pédant 30 fiutres années « emf ployèrent 100,000 hommes. »
S cxxTU. « Cheqps régna 50 ans.' Son frère Cke- « phren lui succéda ; se conduisit en tyran coraoïe « lui; bâtit aussi une grande pyramide : CS gxxtiii ) « il régna ^ ans. Ainsi les tigyptiens furent aeca- « blés de toutes sortes de maux pendsint 106 ans. « Aussi ont-ils gardé t2^| de haine pour oee deux « rois , qu'ils i^a les nomment poin^ ^
i qxxix. « A Chepbren succéda Mykerinus, fils « de Cheaps; ce prince prit à tâche de consoler et « soulager le peuple des cruautés de ses deux pré- « décesseurs ; ^ussi est-il cité avant tout autre pour a son a(èle à rendre la justice : un oracle le eon- « damna k mourir, parce que le destin ayant eona damné l'Egypte à être tourmentée pendant 150 « ans, il n*avaitpas rempli Je temps, n S cxxxYi. n Après Mykerinus régna jésyehis. > S GXXXYii. « Après j^syehisrégaai un aveiigle de « lavilled'^nyfif,etqui6itappeléd4aaRora.Sou8 « son règne, SabakOt roi d'Êthiqpie, fondit sur « l'Egypte avec «ne nombreuse armée; Aaysisse a G^dbsi dans des marais. Sabako régna 50 ans avec « douceur et justice; il répara et perfectioBea les « dîgMes e^ cheussées qu'avait éleifées Sésostris; « puis ii se retira en Ethiopie. Anysîe reparut et « régna encore.. Après jinysis, un prêtre du dieu
RECHERCHES NOUVELLES
« Phtha monta sur le trône , à ce qu'on me dit : « ce prêtre, nommé Sethon, fut attaqué par San- « nacharib, roi des Jrabeset des Assyriens. Sethon « l'attendit à PelusCy qui est le boulevard et la clef « de l'Egypte; et dans une seule nuit, une immense « quantité de rats ayant infesté le camp ennemi , « et rongé les carquois, les cordes d'arc, et les « courroies de bouclier, les Arabes prirent la fuite « et périrent pour la plupart. Sethon mourut enc suite. »
$ cxLn. « Jusqu'à cet endroit de mon histoire , « les Égyptiens et les prêtres me firent voir que « depuis le premier roi ( Menés ) jusqu'à Sethon , il « y avait eu 841 générerions de rois et autant de « prêtres. »
S cxLYii. « Maintenant je vais raconter ce qui
• s'est passé en Egypte , de Vaveu unanime des
* Égyptiens et des autres peuples; et j'y joindrai « les choses dont j'ai été témoin oculaire. »
Remarquons ces mots d'Hérodote: « Maintenant « je vais raconter ce qui s'est passé de Vaveu una- « nime, » c'est-à-dire, que ses narrateurs n'étaient pas d'accord sur plusieurs des faits qu'il a récités , et dont quelques-uns sont en effet ridicules ; luimême nous avertit de son opinion, lorsqu'il dit, § cxxn : « Si ces propos des Égyptiens paraissent « croyables à quelqu'un, il peut y ajouter foi; pour « moi, je n'ai d'autre but, dans tout mon récit, que « de transmettre ce que j'ai entendu de chacun... » Par suite de cette candeur , il nous prévient maintenant que ce ne sont plus des ouï-dire ou des traditions qu'il va raconter , mais des faits vraiment historiques , reconnus pour tels par les Égyptiens et les Grecs : et en effet , à partir du règne de PsammiHhy son récit prend, pour les détails d'actions et pour les dates, une précision qu'il n'a point eue dans ce qui précède.
(«cxLYii. « Après la mort de Sethon, les Égyp- « tiens ne pouvant vivre un seul moment sans rois, « en élurent 12, entre lesquels fut partagé le pays; « ce fut par ces princes que le labyrinthe^ut bâti... « L'un d'eux, nommé Psammitik, d'abord exilé, « finit par chasser les autres et par régner seul... « Il se fit une armée de soldats grecs, et il ouvrit « l'Egypte à tous les marchands de cette nation ; il « étendit son pouvoir dans la Palestine ; il y arrêta « les Scythes après la bataille de l'éclipsé entre « Alyates et Kyaxares. Il régna 54 ans (y compris u le temps qu'il partagea le pouvoir avec ses 1 1 cola lègues ). »
$CLTiii. « Son fils Nekos lui succéda : (étant « allé en Palestine, ) il livra bataille aux Syriens
« (les Juifs) ^ il les vamquit et s'empara de ^ leur « capitale ) Kadutis, ville considérable. 11 régna « 16 ans en tout. »
§ GLXi. « Son fils Psammis , qui lui succéda , ne « régna que 6 ans. A priés , fils de Psammis , régna « après son père , pendant 25 ans ; mais ayant abusé <« de la fortune , il fut abandonné par ses soldats et « détrôné par AmasiSy l'un d'eux (lib. III, § x), « lequel régna 44 ans. Son fils Psammenil lui suc- « céda ; mais ayant été attaqué par Kambyses , fils a de Kyrus , roi des Perses , il fut vaincu et rois à « mort , n'ayant régné que 6 mois. De ce moment , « TÉgypte subjuguée n'a plus été qu'une province « de l'empire perse. «
Arrêtons-nous ici; nous y avons une date connue : il est certain que Kambyses subjugua l'Ég^'pte l'an 525 avant notre ère : en partant de ce point, nous remontons avec précision jusqu'à la première année de Psammitik, qui fut Tan 671 avant J. G. (Voyez le tableau , page suivante. ) Dans cette période, les dates d'Hérodote se trouvent toujours d'accord avec celles des livres juifs, chaldéens, etc. Les autres listes égyptiennes n'ont pas ce mérite, qui tend à prouver l'exactitude de notre historien en oe qui a dépendu de lui. Cela ne nous empêchera point de relever dans son récit plusieurs discordances qui sans doute viennent de ses auteurs.
1» En remontant de Psammitik à Sethon, nous trouvons une lacune sensible : Psammitik commença de régner l'an 671.... L'attaque de Sennacharib, roi d'Assyrie, contre l'Egypte, et sa fuite subite, datent de l'an 722. Voilà 51 ans d'intervalle : on ne saurait admettre que Sethon les ait remplis, surtout lorsque les autres listes nous prouvent le contraire... Ces listes s'accordent avec les livres juifs à placer au temps de Sannacharib un roi éthiopien nommé Tarakah, dont l'immense armée fut le vrai fléau du roi assyî^ien : ce Tarakah est le troisième roi de la vingt-cinquième dynastie, avec un règne de 20 ans. Ce fait est masqué dans Hérodote. Ces 20 ans ne nous amènent qu'à l'an 702; il nous reste 31 à 32 ans de lacune jusqu'à Psammitik : or l'Éthiopien Sabako n'existait plus dès avant Sethon. Comment a-^on pu dire à Hérodote , § clii, • qut- « Psammitik , jeune encore , eftrayé du meurtre de « son père Nekos , qu'avait fait tuer Sabako, s'était « sauvé en Syrie, d'où il ne revint que pour être u l'un des 12 rois? »
Psammitik, qui régna 54 ans, ne peut guère avoir eu plus de 30 ans quand il fut élu ; par conséquent il ne dut naître que vers les années 702 ou 704 avant J. C. Les auteurs d'Hérodote ont fait ici
SUR UHISTOIBË ANCIENNE.
quelque confusion. Ils auront pris le dernier Ëthiopien pour le premier; et la fuite de Psammitik n*a pu avoir lieu qu'autant qu'il aura été un enfant sauvé par des amis : alors ce prince aurait vécu SS à 86 ans ; cela est possible.
2'' Le Sabako d'Hérodote semble indiqué par les livres juifs à Tépoque de 731 .- ils disent que Hoshé€y roi de Samarie, implora le secours d'un roi d'Egypte nonuné Soua ou Seva; si vous ajoutez kushj sigmûanX Éthiopien, vous aurez Sevakus ou SevakoSy tel que le présente la liste de Manethon. Toujours est-il vrai que la date de 731 convient à Sabako f prédécesseur de Sethos, qui régnait en 722. Dans cette hypothèse, les 50 ans de Sabako auraient commencé vers l'an 780 ; mais cela est aussi peu admissible que le retour à'AnyHs après ces 60 ans : nous admettons plutôt l'avis de Desvignoles, qui pense que ces 50 ans sont la totalité des 3 rois éthiopiens ( dynastie vingt-cinquième ). Les listes n'en difièrent que de 6 ans. Alors nous croirons qu'il y eut anarchie de l'an 67 1 à l'an 701 ou 702, et
que Sabako, prenjier des 3 rois ét/UopienSy entra en Egypte vers 751 ou 750 ; il s'y trouvera naturellement au temps de Hothée.
S» Au-dessus de cette date 750, nous n'avons plus de série exacte jusqu'à Mcnis, dont ia mort est placée par Hérodote vers 1350 ou 1355. Supposons qu'^fty^ ait été le tyran qui , selon les listes , fut vaincu et brûlé vif par Sabako sous le nom du Bocchoris des listes, et qu'il ait régné les 6 ans de celui-ci; son prédécesseur Asychis aurait fini en 757; donnons-lui 25 à 30 ans de règne, il aurait commencé entre 780 et 788. Alors vient le règne de Mykerinus , que V oracle indique n'avoir pas été trèslong. Admettons-le depuis l'an 800 : maintenant les 106 ans des deux tyrans , ses onde et père , ne nous mènent qu'à l'an 906 : nous n'avons plus que les trois règnes de Rharopsinit , Protée et Pheron , pour arriver à Sésostris, par-delà l'an 1300. Il est vrai que nous pouvons corriger la date de Cheops, par le moyen de Diodore , qui nous apprend ■ que les pré*
> Uodor. Ub. I, p. 72.
SYSTÈBfE DES PRÊTRES ÉGTPTIEIIS
AU TEMPS d'Hérodote.
1 " Règnes des dieux ( c'est-à-diie des astres et des constellattops personnifiés) pendant des milliers d'années.
2"* Menés, premier roi homme, bâUt Memphîs. 3<> Série de rois obscars, dont dix-huit forent Éthiopiens, et une femme
égyptienne.
4"* 330 rois : Mœris construit le lac de son nom; mort un peu moins de 900
ans avant Hérodote, vers l'an
ô° Sésostria, oonquérant Son fils Pheron.
Protée, contemporain de la mine de Troie
Rhampsinit
CheoDs bâtit lagrande pyramide, règne 50 ans, vers
Son irère Chephren r^e 56 ans.
Mykerinus, fils de Cheops
Asyehis
Un aveusle de la ville d'Anysis.
Le roi éthiopien Sabako le chasse, et règne 50 ans, vers
Anysis revient
341 rois depuis Mènes jusqu'à SeUion, prêtre de Yulcain , contemporain de Sennacherib
interrègne et oligarchie de 13 rois, dont est Psammitik.
Psammitik règne en tout 54 ans
Nekos, fils de Psammitik, règne 16 ans.
Nckos.
Psammis. fils de Nekos, règne 6 ans.
Apriès, fils de Psammis. . . . 25. . .
Amasis, soldat de fortune. . . 44
Psammenityfilsd'Amasis. . . >» 6 mois Kambyses sulijugne l'Egypte