‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 154 sur 230 · SS · texte numérisé non relu

SS

« Or, dit-il en se résumant , comment Manetkon • peut-il placer sous jimenoph la sortie des pcistevrs « vers Hiérusalem , quand il a placé cette sortie 618 « ans plus haut sous Tethmos? »

Nous trouvons ici deux fautes : 1* Josèphe nous a dit 511 ans, et maintenant il nous dit 618; mais ce qui est bien plus grave, il a dit, ou fait dire à son auteur « que les pasteurs et leurs successeurs pos- « «ée^^^n^TÉgypte pendant 611 ans : « lesquels par conséquent doivent se compter depuis leur entrée ( en possession ) , et maintenant il veut les compter depuis leur sortie ou expulsion. Ce n*est pas tout : il accuse Manethon d'introduire un faux Amenoph sans date connue; et cependant Manethon exprime qu' Amenoph fut père de Sethos ( Sésostris ) y qui à l'époque de r expulsion étaU âgé de 6 anSj ce qui le classe sufGlsamment.

« Or, ajoute-t-il, depuis Tethmos jusqu'à Sethosj « les années intermédiaires sont au nombre de 393. »

Ce n'est donc plus 611 ni 618, ce n'est pas même le nombre donné par la liste , lequel est 320, portant un déficit de 73 ans; mais ce qui est pis, c'est que cette liste, comparée à ses analogues dans Africanus et Eusèbe, accuse et convainc Josèphe d'une méprise inconcevable , en ce qu'il place à la tête de la dynastie le roi expulseur, qui n'en fut que le septième; qu'il le confond sous le nom de TethmosiSy avec j4mosis, vrai roi premier régnant 36 ans; et qu'il ne le reconnaît point dans Tmosis, fils de Mephragtnutos, écrit par lui plus haut, AUsphragmutos. Attribuera-t-on de telles erreurs à des copistes ? quel fonds faire sur les manuscrits ou sur l'auteur? Combien le juif Josèphe, avec quelque esprit de critique, nous eût-il évité d'embarras! Il nous y laisse entièrement pour les dates d'entrée et de sortie des pasteurs. Voyons si dans le texte qu'il a cité de Manethon, quelques circonstances peuvent nous diriger à cet ^ard.

sn.

Analyse da texte dté par Josèphe

« Jadis nous eûmes un roi nommé nnaos. » Pourquoi ce nom ne paral^ii sur aucune liste? ne serait-ce pas que les pasteurs ayant tout saccagé, les archives de Memphis auraient été détruites ? cela trouverait sa preuve dans le désordre et la nullité des listes antérieures, comme nous le verrons.

« Et du temps de Timaos il vint du coté d'orient « (par l'isthme de Suez) une race d'hommes de con- « dition ignoble ( des pâtres très -méprisés par les « laboureurs d'Egypte ) ; et ces hommes remplis « d'audace , soumirent le pays sans combat et avec • b plus grande Êicilité. »

(Donc les Égyptiens, isolés du monde et entièrement livrés à l'agriculture, avaient jusque-là vécu dans une paix profonde. Donc ils étaient encore en ces siècles d'obscurité dont parle Hérodote, avant qu'aucun roi sejût renducétèbre par de grands ouvrages ou par des guerres au dedans ou au dehors. )

« Et ce peuple étranger, que quelques auteurs « dAsentArabCy traita les Égyptiens. avec la plus a grande cruauté^ tuant les chefs f détruisant les « villes, renversant les temples, réduisant \e peuple « en servitude, »

Nous demandons ce que devinrent les monuments historiques pendant deux siècles que dura cette tyrannie.

a Après les premiers désordres, \e& pasteurs se « nommèrent un roi. »

[Us n'en avaient donc pas auparavant; ils vivaient donc par tribus indépendantes (quoique associées ), à la manière des Arabes. ]

« Et ce roi , nommé Salatis , résida' dans Mem- « phis. »

Dans laquelle? car il y eut deux Memphis : l'une ancienne et première, située à Torient du INil, et du côté d'Arabie, selon l'aveu d'Hérodote et de Diodore; l'autre, de fondation postérieure et de plein jet, par im monarque puissant queDiodore nomme Uchoreus, qui fit le grand travail qu'Hérodote attribue mal à propoaà Jtfi^x. Salatis dut résider dans l'ancienne et première MempMs, qui , par sa position, fut plus exposée aux pasteurs. La seconde Memphis eût été plus résistante à cause de ses fossés et de ses remparts; sans compter que ces fossés et ces remparts ne durent pas encore exister à cette épo« que d'état pacifique, négligent, antimilitaire. Leur idée ne fut probablement suggérée que par ce malheur et par ses suites.

Mais pourquoi ne nous ditK)n pas un mot d'//e- UopoUs^ ville non moins importante, et qui étant sur la route de Memphis, eût dû être attaquée et prise avant celle-ci ? Ne doit-on pas conclure qu'elle n'existait pas encore? alors ne seraient-ce pas ces pasteurs qui , fortifiant la frontière orientale ,. auraient bâti cette villedédiée à hvx dieu Soleil f Cette hypothèse cadrerait avec un passage de Pline ', qui dit qu'Héliopolis fut fondée par les Arabes ^ tels qu'on dit ceux-ci : alors encore , si les Juifs placent à Héliopolis (qu'ils nonunent On) le roi égyptien lors de leur entrée en Egypte , cette entrée est donc postérieure aux pasteurs ; et si le conquérant Sésostris , lorsqu'il éleva une muraille sur cette frontière, prit pour point d'appui Peluse d'un côté, et Hélio^' polis de l'autre, il trouva donc cette dernière ville

' Hist. nat. lU) VF, p. 343, ^it. de Hardouio,

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exislanlti; son règne Att donc postérieur à la fondation d'Héliopolis et au règne des pasteurs comme à leur expulsion Notons ce fait.

« Or Salatis , placé à Memphis , soumit au tribut « la province n^M^Heure et la province in/'Metire. »

Si Salatis , après avoir pris Memphis , y fit sa résidence, il y a apparence que cette ville était déjà la capitale du pays. . . . Alors on entend sans peine que la prtMKMce infhieure fut la basse Egypte, le Delta. Mats que signifie la province supèriewre t Entendrons-nous toute la haute Egypte et le royaume deThèbes?oele ne se doit pas; car si une ville de rimportance et de la célébrité de Thèmes eût été prise, Manethon n'eût pas manqué d'en fuire mention ; et de plus , on ne verrait pas dans son récit subséquent, les rois de Thèbes figurer comme chefs de la ligue qui se forma contre les pasteurs , et de la guerre opiniâtre qui les expulsa. La province supérietare fut donc seulement VHeptanomis, cette pMtion de PÉgypte qui de tout temps a formé Tune de ces trois grandes divisons, et nous avons droit de penser que les pasteurs furent arrêtés vers Oslout par l'opposition des rois de Thâ>es et par les obstacles naturels du sol , qui de tout temps opt formé ane ligne de séparation entre la haute et la basse Egypte, et défendu la fhmtière du Said coi^tre les attaques venues d'en bas.

« Et les rois de la Tliébaide s'étant ligués avec « ceux du reste de l'Egypte, ils entreprirent une « guerre longue et yiolente. »

Voici bien clairement exprimés d'autres rois é^ Egypte que ceux de Memphis et de Thèbes ; il y avait donc au temps des pasteurs, plusieurs royaumes grands ou petits en Egypte. Nos érudits veulent nier le fait ; mais leurs arguments, démentis par le raisonnement, par la nature des choses et par des témoignages positifs, ne méritent point que Ton s'y arrête. Il suffit d'observer que dans un temps postérieur le petit pays de Kanaan comptait 80 à 32 rois ou roitelets ^ qui furent soumis par Josué , pour concevoir qu'un pays tel que le Delta, plus étendu que la Palestine, et morcelé par des bras de fleuve, par des marais et par des déserts, a dû avoir et conserver longtemps des chefs ou rois qui , soit indépendants , soit vassaux du roi û^3femphis, auront échappé ou résistéaux pasteurs, auront invoqué le secours des rois de Thèbes, demeurés puissants , et les auront secondés contre l'ennemi commun de la nation.

L'on voit que dans cette anecdote des rois peuleurs, l'Egypte nous est représentée dans l'état de faiblesse et d'inexpérience dont Hérodote parle, comme ayant précédé les temps où des rois égyp-

tiens se rendirent célèbres par de grands ouvrages et par des guerres étrangères. — Par eonséquat Mesris n'avait point encore cumsé ton iranensc lac ; Sésostris n'avait point fait «es immenses coaquêtes, et c'est l'indication ^itive de Manethoo, en Josèphe , lorsque celui-oî copiant sa liste des sikeesseursde Tethmos , nomme Ramessés dit Mima , pais son fils jémenoph, pois ses eo&nts Arma» et Sethos-4Sy dit aussi Ramesses (comme son aïeul), lequel eut de puissatUes et nombreuses arméesék terre et de mer. Tout ce que Josèphe dit de ce SethosÀs démontre qu'il foX Sésostris hn-mâme, comme nous l'avons dé}è dit.

Mais quel fût précisément le sièele des pasteurs? Un mot de Manethon nous donne à cet égsrd plotôt une lueur qu'une lumière : « Salatis, dit-il, * fortifia surtout la frontière d'orieni, dans U « crainte des j4ssyriens, alors tout-puissants en « Asie... • D'où Manethon a-t-il tiré ce motif? il n'a pas eu en main les archives décatis ; les Égyptiens n'auront pas écrit de mémoires à cette époque de persécution... C'est donc une idée de Hanethoa lui-même, qui, disciple des Grecs, voulant knr plaire et ayant en main lliîstoiredes Assyriens, pir Ktesias, a cm faire ici acte d'éruditiott et de discernement , en comparant les temps obscurs de son pays à une époque étrangère plus connue,.. Cela ne nous donne pas de date précise, mais nous y trouvons une limite au-dessos de laquelle fintasion des pasteurs ne peut pins se placer; cette limite est (a fondation de l'empire assyrien par Ninus : selon KtesiaSi ce prince aurait régné vers les amiées 3000 à 21 00 a vai^t J. C. < . L'invasion des pasteurs , sdoo Manethon, est donc postérieure à cette date, et elle peut l'être de beaucoup d'années ; mais qui de Josèphe, ou de l'ttncienne Chronique, ou des listes d'Eusèbe et d'Africanus, est Tinterprète de Manethon ? toutes leurs données diffèrent entre elles : selon la Chronique, ce fut l'an 1851 ; selon Eusèbe en son Chronicon, ce fut l'an 1807, et 1830 en si liste du Syncelle; selon Africanus, ce serait en KU. (Voyez la liste. )

(ci ce copiste est encore une fois atteint et convaincu d'erreur et d'infidéTfté , si Manethon bdmême ne l'est de contradiction : car cette date de 261 2 excède de plus de cinq siècles le règne de Ninus; par conséquent elle anticipe de toute cette sonuse su\r l'extrême limite donnée par le prêtre égyptien; et de près de 800 ans sur les dates d'Eusèbe et de l'ancienne Chronique. Il en résulte incontestablement que les dynasties seizième et dix-septième de

> Euièbe , qui suit cet auteur, oomirte soai; et Lanàa,

SUR L'USTOIRË ANCIENNE.

prétendus pasteurs grecs et anonymes, sont dé* montrées dusses par témoignage positif, comme nous les avions démontrées absurdes par simple raisonnement : ainsi les 153 ans de la dix-septième dynastie et les 618 de la seizième , ne sont que du remplissage dont Africanus pourrait avoir pris ridée en Josèphe, à Farticle que nous avons censuré, s'iJ ne Ta prise dans Manethon même. Quelle confiance pouvons-nous désormais avoir en ce copiste? et cependant nous ne sommes pas à la dernière erreur ou contradietion démontrable.

En remontantdanssalisteàladynastiedouzième, nous sommes choqués d'y trouver le célèbre conquérant Sésosiris cité comme troisième prînce , avec des ciroonstanoes qui viennent plutôt d*Hérodote que de Manetbon. If ous avons vu ce dernier auteur le placer sous le nom de Sethos au même rang , et par conséquent à la même époqueque les listes d*£usèbe et d'Africamis , en tête de îadynastiedix-neuvième : nous avons vu Hérodote s'accorder avec ces témoignages en le plaçant dans le même siècle. Nous remarquons qu'il y aurait une contradiction , un chaos inexplicable à supposer que l'Egypte , élevée au plus haut degré de puissance politique et d'art militaire sous Sésostris , fût retombée au degré de faiblesse et d'ignorance où la trouvèrent les pasteurs. Gomment un tel anachronisme peut-il donc se présenter dans la liste d'A&icanus scopistede Manethon, etce qui est plus étrange , dans celle de Diodore son successeur, ainsi que nous le verrons ? Ceci est un vrai problème littéraire qui nous a longtemps embarrassé : quelle qu'ait pu être sa cause originelle, il en eut une, et il est intéressant de la trouver; après bien des indications , principalement sur la moralité et les moyens d'instruction denosauteurs, il nous a semblé découvrir le mot de l'énigme dans la confiance accordée par Manethon à Ktesias, et dans les circonstances politiques et littéraires où les Égyptiens et les Perses se sont respectivement trouvés au temps de cet auteur.

Nous avons considéré que lorsque les Égyptiens, en l'an 41 3 avant J. G.,secouèrentle joug des Perses, il ne put manquer d'y avoir récrimination de la part du grandroi et de ses diplomates, qui, selon l'usage de tous les temps et de tous les puissants , ne manquèrent pas de orier à la rébellion contteV autorité légitime. Les Égyptiens durent opposer à cette inculpation deux réponses solides : l^'leur état d'indépendance naturelleavant queKambyses les eût injustement subjugués ; 2« leur état même de suprématie

* IVoas ne parlons point de la liste d*Eu8èbe , parce quUl ne parait pas que cet aateor ait connu Blanethon autrement que par reotmise d'ACrteanus.

avant Texistence de l'empire perse , puisqu'il était prouvé par leurs annales , que le conquérant Sésostris avait soumis au tribut tous les peuples de cette partie de l'Asie avant l'existence de l'empire assyrien même. — Cet ordre de £aiits était vrai dans le sens où l'a présenté Hérodote, qui, ooauae nous l'avons vu, a placé Sésostris au delà de l'an 1300, et Ninus vers l'an 1230 ou 86 seulement : en feveur de cette opinion était lesilenee même des monuments et des traditions, qui jamais n'avaient dit ou insinué que Sésostris eût pris les imprenables cités de Ninive et de Babylone , ou qu'elles eussent résisté à cet invincible guerrier, alternative également remarquable, dont le souvenir e^ été conservé ; ils durent même lyouter ce que nous lisons en Cedrenus * , savoir, que Sésostris laissa une colonie de 15,000 Scythes dans le pays des Perses qui s'y mêlèrent. L'orgueil de la cour du grand roi dut être faifiniment choqué de ces allégations; mais comme de tout temps la diplomatie eut des ressources, principalement dans ks gouvernements despotiques , quelque courtisan délié imagina un moyen efficace de démentir oud'éludercesâts, en élevant le règne de Ninus au delà du temps de Sésostris , à une époque obscure et inattaquable. Gdase pouvait d'autant pluâ aisément , que la chancellerie perse, que nous avons vue en activité sous Kynis, sous Kambyses et sous Darius *, possédait seule les archives des Mèdes et des Assyriens. Elle put donc fabriquer des listes de rois et des durées de règnes*, selon son besoin et son gré. C'est cette fraude que nous avons indiquée ci-devant (page 437), quand nous avons démontré le doublement des rois mèdes par Ktesias, et que nous avons fortement inculpé cet auteur d'une opération semblable sur la liste des rois d'Assyrie ; nous eûmes dès lors le soupçon que nous renouvelons ici; mais en réfléchissant sur ces expressions de Diodore, « que Ktesias , partieuliè- « rement fiivorisé des bonnes grâces d'Artaxercès , « eut en main lesandiives royales, et après avoir « recherché avec soin tous les faits, les nUt en « ordrey etc. » nous sonunes maintenant portés à croire que ce Grec, adroit et souple mercenaire, a lui-même été le conseiller et l'auteur de la fraude : quoi qu'il en soit, elle nous parait positive; son ^oque a dû être entre les années 380 et 390, où Ktesias fût en faveur, par conséquent une vingtaine d'années après l'insurrection de^ Egyptiens. Ceux-ci ayant connu cet argument ÎAopiné, durent éprouver de l'embarras; mais paroe que l'esprit des anciens

Cedren, kUtar. oompendéum, pag. 9p.

Voyez le» paisa^ei d^Exdras dtét ci-dessus , pag. 4% Hr

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cabinets se ressemblait ( ainsi que celui des temples ), les diplomates du Pharaon régnant (probablement Tïectanebus I*') s'avisèrent du même expédient , et ils combinèrent à leur tour cet échafaudage de listes qui rejette Sésostris plusieurs siècles avant Ninus : de là ces deux systèmes de chronologie qui Dnt divisé les auteurs anciens et déconcerté les modernes : Tun , que nous appelons Vancien , que nous trouvons dans Hérodote , et même dans Tancienne Chronique; Tautre, le système nouveau, qui nous est présenté par Diodore et par Africanus, copistes de Manethon. Nous ne saurions regarder le prêtre égyptien comme son inventeur ; mais il nous semble que, doué de peu de critique, il Ta compilé sans le comprendre , et que c'est de lui que Diodore Ta emprunté.

Il nous semble encore que Manethon lui-même appuie notre conjecture sur sa nouveauté ^ en donnant répithète d^ancienne à la Chronique anonyme jointe par lui à son livre, d'où le Syncelle Ta tirée par l'entremise d'Afiricanus '. Quelques érudits ont voulu qu'elle fût de composition tardive et postérieure à Nectanebus II , c'est-à-dire à l'an 850, où se terminait aussi l'ouvrage de Manethon ; mais il est prouvé par nombre d'exemples , que les manuscrits anciens de chroniques pareilles ont reçu des additions et des continuations posthumes à leur premier auteur, et cela de la main dés savants qui les possédèrent où qui en donnèrent des copies... Ainsi la mention de Nectanebus II ne prouve rien ; et si l'on considère , d'une part , que Manethon dut avoir ses raisons d'appeler ancienne la chronique dont nous parlons, et d'autre part, qu'elle diffère essentiellement du plan de cet écrivain , en ce qu'au-dessus de la seizième dynastie, c'est-à-dire, un peu au-dessus des pasteurs , elle n'admet ou ne connaît aucun fait historique (comme pour indiquer que la persécution de ces tyrans en aurait efiGacé la trace ) ; que , de plus , dans les dynasties inférieures , elle se rapproche du plan d'Hérodote; l'on sera porté à croire qu'elle a été rédigée un peu après Kambyses , lorsque le règne tolérant de Darius Hystasp permit aux savants égyptiens de recueillir les débris de ' leurs monuments , brûlés ou dispersés par le féroce fils de Kyrus. De telles idées viennent en de telles circonstances : alors elle a précédé Manethon de près de 240 ans, et par là elle a mérité, relativement à lui, le titre é^incienne; surtout s'il a eu, comme nous le croyons, quelque indice que le système signalé par nous n'existait pas auparavant. Quoi qu'il en soit de nos conjectures , en revenant au point primitif de notre discussion, il reste prouvé

» SyDcelle, pagi»»62,63.

par les témoignages combinés de tous les t que le règne de Sésostris, antérieur à celui de Ifinus , n'a pu être que postérieur à l'invasion des pasteurs. —^ Ce second chef se démontre par le raisonnement. En effet , d'après le tableau du règne de ce conquérant , il est impossible , comme nous l'avons déjà dit, de concevoir comment l'Egypte serait retombée dans l'état de faiblesse, d'avilissement où la trouvèrent les pasteurs....Tout, dans cette hypothèse, marche en sens inverse du cours naturel des choses politiques; tout suit, au eontraire, un cours naturel, en admettant que l'époque d'ignorance et d'esclavage précéda et même prépara l'époque dé l'affranchissement etdefénergie militaire qui , depuis , alla croissant et se développant.

Au moment où arrivent les pasteurs, nous voyons l'Egypte, par suite de son état primitif de morcellement en peuplades sauvages, divisée encore en plusieurs états , et certainement en deux royaumes principaux ayant pour capitales Thébes^Mempkis rancienne. La population, toute agricole, est, comme celle de la Chaldée au temps de Ninus, Inexpérimentée à l'art de la guerre : l'étranger aguerri soumet sans peine celle du Delta et l'aecaMe de cruautés. U est probable que cette persécution fat uneépoqued'émigration à laquelle se rapporteraient certaines colonies égyptiennes en Grèôe, en Italie, en Babylome , mentionnées par les monuments et par les historiens. — Thèbes résista par sa position topographique, et par la puissance de ses rois, qui déjà paraissent avoir élevé les masses gigantesques de ses temples et de ses palais : c'est l'indication de Diodore. La basse Egypte saccagée, asservie, privée de tous ses chc^ , dut tourner ses regards vers les rois thébains , qui étaient de sa langue et même de son sang. Ils devinrent ses protecteurs naturels , ses rois nationaux. — Leur pays fut le lieu de refuge ; leur puissance fut le moyen libérateur qu'on invoqua. — U dut exister une guerre sourde etconstante. — Les bras s'aguerrirent , les courages se formèrent ; de premiers succès élevèrentl'espéranoe; une guerre ouverte éclata : sa longueur , son opiniêh treté donnèrent aux Memphites les habitudes militaires qui leur manquaient ; toute TÉgypte devint guerrière. De son côté, la race hardie des pasteurs dut défendre sa proie pied à pied. Un premier effort l'ayant chassée de Memphis , ils purent se défendre dans Héliopolis, puis dans Peluse, où ils résistèrent à d'immenses efforts. Pendant ce temps, les rois de Thèbes prenaient possession , d'abord de l'Heptanomis , puis du Delta, par droit de conquête et par assentiment national. Lorsque enfin ils eurent totalement chassé l'étranger, ils furent,dedroitet de

&it, considérés comme les mattres légitimes de tout le pays, comme les successeurs naturels des anciens rois dont la race était extirpée : c'est donc à.cette époque, c'est-à-dire à dater du règne de Tethmos, que rÉgypte a commencé de former un seul et même empire, dont Tunité n'a plus été rompue que temporairement. —Alors ces monarques, investis d'une masse triple et quadruple de puissance, par la réunion de 7 à 8 millions de bras sous un même sceptre >, et de tous les tributs du sol le plus fécond sur une étendue de 3,500 lieues carrées , ces monarques eurent les moyens et bientôt conçurent les idées de ces ouvrages^ d'abord utiles et grands , puis gigantesques et extravagants, dont Hérodote trace l'ordre successif, et dont l'exécution n'eût pas été possible auparavant.

Le premier de ces travaux relativement aux Égyptiens de MemphUj fut la fondation de leur ville, qui dut avoir deux versions, à raison de l'équivoque de Vancienne et de la nouvelle ville : Yanciefine dut naturellement être attribuée au roi Menés, plutôt dieu qa^homme , que nous verrons aussi premier roi à Thèbes, et qui paraît n'avoir été qu'un synonyme d'Osiris. La seconde , qui fut la nouvelle Memphis, nous est déclarée par Diodore avoir été l'ouvrage d'un roi puissant nommé (fchoreus, dont les listes nous présentent un synonyme dans le roi Àchoris *, successeur de Tèthmos. 11 appartint à un tel prince de déplacer un fleuve tel que le Nil , pour élever une ville entière sur son lit comblé. L'expérience, qui avait fait connaître la faiblesse de Vancienne Memphis, suggéra l'idée de cette nouvelle création, où de puissants moyens défensifs furent réunis à la commodité. Diodore nous apprend que bientôt le « séjour de Memphis la neuve parut si « délicieux aux rois, qu'ils abandonnèrent celui de « Thèbes, dont la splendeur ne fit plus que décliner. » Voilà donc Thèbes devenue vassale sans secousse, sans révolution, et le silence de l'histoire est expliqué sur la confusion souvent faite des rois des deux métropoles.

Après la création de Memphis par Uchoreus, le premier ouvrage, grand et digne d'admiration, fUt, selon Hérodote, le lac de Mœris, ce roi dont le règne précéda de peu celui de Sésostris. SI ce dernier se place vers les années 1360 à 1365, comme nous l'avons dit, Mœris ne doit pas être éloigné; et si nous

* Selon quelques auteurs , tels que PUne , Diodore, l'Egypte aurait eu jusqu'à lo mUions d*liabitants ; mais c'est beaucoup , à moins d*y ^indre des dépendances au delà des cataractes et dans les oocit.

> jéthoriê dans I*Eu8èbe du SynceUe , Acherre I"^ dans Afrieanus : la lettre égyptienne a pu emlMurrasser les Grecs, qui n*auioot pas eu son identique.

n'apercevons pas son nom entre Uchoreus et SésostriSy c'est par la raison que beaucoup de ces princes ont eu divers noms. Nous en connaissons au moins quatre à Sésostris. Dans ce nouvel ouvrage, nous voyons une marche croissante de la puissance : les conquêtes de Sésostris ne sont qu'un autre genre du développement, une autre conséquence de l'accumulation progressive des moyens depuis le règne de Tethmos. La guerre contre les pasteurs avait forcé ce prince de lever un grand état militaire; il put le rédiiire , mais non l'annuler. Ses successeurs , selon le penchant de tous ceux qui gouvernent, durent trouver commode et utile d'entretenir cette forte armée, tant pour résister au dehors que pour maintenir l'obéissance au dedans ; les habitudes guerrières étaient contractées, on les conserva. La tactique fut cultivée, et ce fut de cette source que Sésostris tira les instruments de conquête que son génie mit en action. Ainsi c'est du règne des pasteurs que nous voyons dériver, comme conséquences naturelles , tous les événements postérieurs.

Si après Sésostris, son troisième successeur, Rhampsinit , nous montre la plus grande masse d*oret d'argent queroneàiencorevue, c'est qu'elle provint des conquêtes de Sésostris et des tributs de toutel'Asie '; si après Rhampsinit, les tyrans Cheops et Chephren bâtissent leurs extravagantes pyramides, c'est parce que le despotisme ignorant ne sait comment employer s%s trésors accumulés, etc. etc.

Mais c'en est assez sur ce sujet : nous avons à répondre à deux questions que déjà se sera faites le lecteur.

En quel temps précis arriva l'invasion des pasteurs, et quelle fiât cette race d'étrangers?

Ici le défaut de documents positifs nous réduit à des calculs de probabilités que nous tâcherons de rendre raisonnables.

Aucune des listes ne s'accorde sur la date de l'invasion des pasteurs : l'ancienne Chronique donne l'an 1851; l'Eusèbe du Syncelle, 1830; l'Eusèbe du Ghronicon, 1807; Josèphe, dégagé de ses erreurs, se rapproche infiniment de ce dernier; car en plaçant le règne de Sethos-is, qui est Sésostris, vers 1360 ou 1365, nous trouvons dans les rois qui remontent jusqu'à Tmos-iSy fils de Mejragmutos , c'est-à-dire jusqu'au véritable expulseur , une somme de 191 années, qui nous porte à l'an 1556. De là jusqu'à l'entrée des pasteurs sous Salatis, Josèphe compte 239 , ce qui la place en 1795 , différence , 12 ans de 1807 , et il nous appartient 4 ou 5 années sur le règne de Tmos. D'autre part, si

* n est bien possible aussi que le commerce d*Ophir, qui fleurit vers cette époque , y ait contribué.

RBGHERCUES NOUVELLES

nous prenons les 128 ans que nous donne sa liste depuis Tmosis jusqu'au ehefdeladynastie( Amosis , qu*il nomme Tetkmosis)^ et que nous y joignions les 103 ans qu^Eusèbe et Tancienne Chronique donnent aux pasteurs , nous avons 331 ans ; plus , 4 ou 3 ans du règne de lynosis. T^ous sommes bien voisins des 239 de Josèphe. L'analogie de ces deux produits^ et leur ressemblance avec les 1807 d'Eusèbe , nous font donc regarder comme la plus probable des dates, celle de 1800 à 1810 pour Tarrivée des pasteurs. — Maintenant quelle race d'honmies furent-ils? Voici nos conjectures.

Manethon nous a dit que, selon quelques auteurs, ils furent des Arabes ; son copiste Af ricanus les appelle Phéniciens, et cela présente peu de différence , parce que les Phéniciens sont reconnus pour être d'origine arabe. Maintenant pesons toutes les circonstances de Manethon. 11 nous dit que cette horde, en quittant l'Egypte, comptait 240,000 hommes armés : on doit croire que pendant une résidence de deux siècles, cettepopulation, nourrie dans l'abondance, s^était beaucoup multipliée, et qu'en arrivant elle peut n'avoir pas eu plus de 100,000 combattants ; c'était assez pour vaincre. Cela suppose 400,000 têtes au moins : c'est beaucoup de inonde pour des Arabes. Cette multitude entre par Fisthme de Suez : des Arabes seulement peuvent entrer par là. EBe n'a jKÀnt de roi suprême : elle est donc divisée en tribus comme les Arabes , ayant chacune son chef ou ses chefs , égaux entre eux, sauf la prépondérance du plus fort. Cette multitude ne marche pas droit sur Memphis ; Africanus indique qu'elle s'arrête dans la basse Egypte ( pays de pâturages pour ses troupeaux } et qu*elle y hàtU vne niUe, c'est-à-dire un camp retranché : ces hommes-là veulent mettre en sûreté leurs familles et leurs biens '• Ce n'est qu'ensuite qu'ils attaquent les Égyptiens doux, timides, et qu'ils s'emparent de MemiAiis : toutes ces circonstances n'annoncent pas une invasion préméditée, ni un peuple ^rmé pour conquérir; elles indiquent , au contraire , fin peuple chassé de son pays , cherchant rejuge çiUeurs. Qui fut ce peuple à cette époque? En méditant cette question , nous nous sommes rappelé que dans les mowumenis arabes de l'ancien

' Qoelqnw Btvanli BodenMB veulent trouver id la fooda- Ikm de Tami» , «t Uf i*sppaieQt d'an paiMge du lolzaBtfrdouslèoie piaume , qoi déstijoe cette vUle pomme le centre d*habitafioD des Hébreux; mais ee psaume lxxm n'est point une autorité woÊùêêmùa^ attendu quH est l^ouvnge du lévite Sapkam , apiÉs la capUvité de Sabyloue : cela indique plutôt comme d<|à existante, cette confusion des Hébreux avec les pattêun, que nous retrouvons dans la version des docteurs lulfi , comme dans Josèphe.

lemen , il est fait mention d'une grande révolution arrivée dans toute la presqu'île à une époqae trèsreculée. Nous avons vu(ci^e8sus, pages 382 et 440) que Maséoudiy Hamzay Ahmdfeda et NouOri, nous ont dit « que les plus anciens peuples de TArabie « furent 4 tribus appdées^dcf, Tamoudj TasmtX « DJodaî; qu'y/d(f habita le Hadramaut; Tamoud, « le HedjAz et le rivage oriental de la mer Ronge « (le Tehama), etc. que ces Arabes furent attaqués « par une autre confédération d'origine différente « composée de 10 tribus ; qu'il y eut entre eUes des « guerres violentes qui se terminèrent par la dé- « faite et l'expulsion des 4 tribus, etc. »

Dans notre opinion , ce seraient les débris de ces quatre tribus qui se seraient écoulés vers PÊgypte, et nous en trouverions les restes dans les Thawmdeni et dans les Madia/nUes et les Amatekàieê leurs parents : quant à la date de cet événement, ce que les auteurs musulmans nous indiquent ne laisse pas que de se rapprocher. « Le prince qui vainquit ces « Arabes , ajoutent-ils , s'appelait Abd^et-Chems; il « prit le surnom de Saba (le victorieux)^ ton fib « ( ou descendant ) HomeiTy fîit raoteor du non « de Hemiarites ou Homerites, donné aux tribus « victorieuses. Celui-ci chassa les Arabes, Tniumi « de llemen dans le Hedjâz. Son quinzième descen- « dant fut Haret-el'Raïes » ( que nous avons prouvé être contemporain de If inus et associé à ses conquêtes ).

Or Ninus ayant régné en 1230, les 1S généntions, si on les évaluait à la manière égyptienne, nous porteraient au delà de 1700 ans avant J. C. Mais de plus, il est constant que dans cette antiquité , et même assez généralement dans des temps moins reculés , les Arabes omettent ou suppriment des degrés de filiation; que par le nom deJUs!tî entendent très-souvent un simple descendant, en sorte qu'il n'est pas du tout prouvé que Homeirait été le fils immédiat de Saba : d'antre part, rhistorien Nouèîri ajoute que Homeir fut contemporain d'Ismael , fils d'Abraham : ce qui veut dire que Nouèlri comparant les calculs arabes aux caleiils juifs , a trouvé l'analogie citée. Or dans les eaXoab des Juifs , Abraham se place entre 1900 et 2000 , et cela cadre singulièrement avec nos données. Ce n'est donc pas sans quelque vraisemblance que noos regardons les pasteurs de Manethon comme étant tes anciens Arabes chassés par Saba et Homeir, et que nous plaçons l'époque de cet événement vers les années 1800 à 1810.

Nous trouvons d'autres probabilités dans le osractére hardi et féroee de ces expulsés, aigris par

SUR L'HISTOIRE ANCIENNE

leun maNieun ; dUns les idées militaires qu'ils montrait el que leur avaient enseignées des guerres longues et sanglantes; enfin même dans la persécution religieuse qu'ils exercent, attendu qu'étant élevés dans le culte simple du soieil et des astres, ils durent prendre en haine les idoles bizarres des Égyptiens , dont ils ne conçurent point le sens allégorique. Ces pasteurs étant de la branche des jifxtbet noirs, ils forent, en style oriental, des en&nts de Ktuk; en style grec , des Éthiopiens : à ce titre , ils étaient parents des PAénicieiu, dont AfricMHUsIeurappKquele ■om. Gè nom de Kuth serait-il la base de celui d' yki-otqa» leur dominent les Égyptiens? Cela n'est pas impossible; mais ce qui est presque certain, c'est quesous le nom d'ÉtkiopienSy leursrois sont du nombre des 18 de ce sang , qu'Hérodote dit avoir régné en Egypte. Il serait étonnant que les prêtres eussent omis cette dynastie, qui posséda la basse Egypte pendant |^us de MO ans; elle dut même y laisser quelques traces de son langage : malheoreusement nous n'avons presque rien de rancian égyptien*. Peut-être la pratique de l'arabe en eette contrée fut-elle un des moyens qui en ouvrit am Phéniciens le commerce, et leur procura la connaissance des idées tbéologiques et seienlifiques de l'Egypte , qu'ils répandirent dans la Grèce plus de 1(100 ans avant notre ère; enfin les pasteurs chassés se perdirent dans le désert sans laisser de trace sensible, et il seodiie qu'il n'y a que des Arabes qui puissent paraître , vivre , et disparaître ainsi. Un dernier moyen de nous édairer pourra se trouver dans les monuments pittoresques apportés d'Egypte par les savants français : nous y voyons des scènes de combats qui représentent, d'une part, des Égyptiens reconnaissables à leur physionomie et à leurs costumes; d'autre part, des étrangers dont b tête est ornée de couronnes de plumes en forme de diadèmes. H s'agit desavoir si ces physionomies , très4>ien exprimées , trouvent leur ressemblance sur quelques médailles ou autres monuments phéntdens ou arabes. Le vainqueur ayant été roi deThèbes, il serait naturel que le tableau de son triomphe eût été gravé sur les murs de son palais en cette ville. Les savants descripteurs de ces tableaux ont voulu y voir des Indiens ; cela ne réfuterait pas notre conjecture , puisque les habitants de l'Arabie, et surtout de l'Iemen., ont été, comme ceux de l'Ethiopie, désignés en phisieurs occasions par les Grecs et par les Latins , sous le nom d'/ncfi ; voilà tout ce que nous pouvons dire sur ce sujet.

■ skât lis^iifle en copie coaune en, arabe un canal mie rivtéiT.

il nous reste un mot à joindre sur les Jui6, d'après les idées de Manethon et de quelques autres anciens historiens.

époque de Tcntrée et de la lortle des JvAh , selon Manethon.

Nous avons prouvé au oomneacement de eet ouvrage, eh. a, a et 4 ( voy. p^ ai8 et suiv. ) que les livres Juifr ne nous donnent aucune idée claire et précise du temps où se fit la sortie d'Egypte , et cela parce que hi période anarehîque des Juges présente un vide absolu d'archives et d'annales régulières. Il semble que l'historien Josèphe, muni de œlles des Phéniciens et des Égyptiens, publiées par Menandre l'Éphésien, par Ifanethon, Lysîmaque, Chereroon et d'autres auteurs, eût pu édîdrdroette difficulté; mais ce prêtre juif, fortement imbu de ses pr^ugés religieux, s^est phitôt occupé de disputer que d'instruire, et ce sont moins des résultats qu'on obtient de lui, qoe des matériaux. Voyons quel parti l'on peut tirer de ce qu'il nous dit être l'opinion de Manethon dans la question dont il s'agit.

« Selon Manethon, « les ancêtres du peuple juif « fiircnt un mélange d'hommes de diverses castes, m même de celles des prêtres égyptiens qui, pour « eause d'impuretés^ de souillures canoniques , et « spécialement pour ia lèpre, furent, sur l'ordre « d'un OFacle,e]9ulaés d'Egypte par un roi nommé

« Ammoph. «Leslivresjuiâ ne s'éloignent pas

decerédt, lorsqu'ilsdisent(dans l'Exode) que beauooop de menu peuple et d'étrangerssuivirent la nuti^ won d'Israël*; les ordonnances répétées du Lévitiqueoontrelalèpreprouventqne toutes ces maladies ftarent dominantes. Un autre reproche d'impureté de la part d'un Égyptien, est la viepos^o^; et les Juifis conviennent qu'ils forent pasteurs, Manethon évalue leur nombre à 60^000, lesquels des environs de Pelttse se rendirent en Judée à iHémsa' km. Nous avons démontré^ l'impossibilité physique des 600,000 hemmes armés de VExode^ lesquels sui^seraîent une masse totale de 2,400,000 âmes ; et nous avons tiré des livres juifs eux-mêmes des. indioes qui se rapprodient beaucoup de Manethon » il n'a point été aussi ignorant en tout ceci que veut le dire Josèphe Celui-ci hii reproche d'introduire un faux Amenoph sans date connue ; mais, puisque cet Amenoph est dit père de Selhos, qui; (lors de la guerre de 18 ans oocasronnéepar les M-

> Josèphe, lib. I, contre Appion, % SS.

> Exod. chap. xii.

3 Voyez ci-devant , la note de la page 363.

RECHERCHES NOUVELLES

preux ) était âgé de 5 ans, Manethon a suffisamment désigné Thomme et le temps : .il y ajoute un nouvel indice, lorsqu'il nomme en sa liste un roi Ramesses, père d'Amenoph ; car ce Ramessés, qui efifectivement précède Amenoph dans la dix-huitième dynastie, correspond très-bien à celui par Tordre duquel les Juifs bâtirent la ville de Ramessés. En tout ceci Josèphe est le plusrépréhensibledenenous avoir pas donné la date du règne de Sethos-SésostriSy prise sur Téchelle chronologique des Juifs.... Ce règne est , comme nous l'avons dit plus haut, le point de départ d'où tout dépend : selon l'ancienne Chronique , il aurait commencé en l'an 1400 avec la dynastie dix-neuvième, dont Sethos fait l'ouverture : selon Africanus , c'eût été en 1394 : ces deux dates se ressemblent, et elles justifieraient nos calculs dans l'article des Juifs > , lorsque nous y avons dît que la sortie d'Egypte sous Moïse dut arriver avant l'an 142Q : cela cadre singulièrement av^ le récit de Manethon , qui nous représente Sethos âgé de 13 ans à l'époque de la guerre pour l'expulsion des lépreux.

D'autre part, selon l'Eusèbe du Syncelle, le règne de Sethos ne daterait que de l'an 1376, et selon l'Eusèbe de Scaliger, il se retarderait jusqu'à l'an 1856. La première de ces dates ( en raisonnant toujours d'après Manethon) placerait la sortie vers 1390 ; ce qui s'accorde avec notre calcul généalogique des grands prêtres cités par Josèphe... La seconde réclame en sa faveur l'autorité d'Hérodote; mais elle nous laisse contre elle le soupçon d'avoir été dressée par Eusèbe dans cette expresse intention : en résultat, il paraît certain que la sortie d'Egypte n'a pu précéder les années 1410 à 1420, ni se retarder audessous de 1390a vaut J. C. Posons pour terme moyen 1400, et disons que si Sethos-Sésostris y dans le début de sa grande expédition^ n'attaqua point les Hébreux, ce fut par suite de l'aversion et du mépris que lui inspirait leur récente origine.

Maintenant combien dura réellement le séjour des Juifs en Egypte ? Leurs livres ne sont pas d'accord : le texte samaritain dit 315 ans , l'hébreu et le grec disent 430.

Si nous appliquons ces 215 au calcul d'Hérodote et d'Eusèbe ( 1355 ) , l'entrée aura eu lieu vers 1570 *. Si nous les appliquons au calcul d'Africa-

■ Voyez ci-dessus, pag. 323 et suiv.

* Ici se présente un rapprochement singulier : Eusèbe, en son Chronicon (par ScaUger), dit en une année (qui correspond à I*an 1576 avant J. C. ) k que des Éthiopiens venu* du fleuve Indw, campèrent et s*établirent près de V Egypte. » Les Juifs, de leur propre aveu, étant de race chaldéenne ( brandie des Arabes noirs), il s^ensuit qu*ils sont de vrais Éthiopiens, Quant au fleuve Indus ou Noir, ce nom a été donné à plusieurs fleuves : en outre , Mégasthènes parlant des Juifs,

nus et de la Chronique, elle aura eu lieu vers 1610. Dans l'un et l'autre cas , elle tombe dans la période de nos pasteurs, expulsés en 1S56.

Si, au contraire, nous employons les 430 ans du texte hébreu, l'entrée remontera vers les années 1790 ou 1820, et ici elle coïncide presque à l'entrée des rois pasteurs.

Pourquoi cette différence si forte d'un texte à l'autre? Ne pourrait-on pas dire que l'un représente l'opinion du rédacteur du Pentaieugue , le grand prêtre Helqiah, tandis que l'autre serait Topinion des docteurs d'Alexandrie , qui , au temps de la traduction, ayant eu connaissance des livres égyptiens, auraient voulu, comme le fit Josèphe, que les pasteurs rois fussent les pasteurs hébreux. L'autre hypothèse ne laisse pas que d'avoir plusieurs ooavenances. Par exemple, la Genèse parle des rdations orales de la famille d'Abraham et de Jacob arec les Égyptiens, conune d'une chose simple et naturelle; cependant nous savons que la langue de ee peuple différait essentiellement de l'hébreu; et dans ces siècles barbares une langue n'était pas connue bors de son territoire : si donc nous supposons que ces relations aient eu lieu avec les rois pasteurs, il n'y a plus de difficulté, parce que leur langue fut un dialecte arabique comme l'est l'hébreu.

D'autre part, les Égyptiens haïssaient les pâtres comme gens impurs devant la loi : et les rois et prêtres d'Egypte n'eussent pas dû accueillir si bien les Hébreux ; les rois pasteurs l'ont pu ; leur prêtre Putiphar a pu même recevoir Joseph en sa maison , et une femme de cette race recueillir Moïse flottant sur les eaux.

Selon les livres chaldéens cités par Bérose, et selon les livres égyptiens cités par le Persan Ar tapanus s Abraham enseigna l'astrologie ou astronomie aux Égyptiens; comment croire que les Égyptiens, inventeurs du zodiaque, et de tout temps célèbres par leur science astronomique, aient reçu des leçons d'un étranger vagabond; mais cela peut se croire des pasteurs arabes d'Egypte , qui arrivèrent et purent rester ignorants en cette science. Artapanus ajoute que Joseph établit le mesurage des terres et autres institutions utiles, lesquelles n'ont pu être ignorées que des pasteurs, qui avaient tout bouleversé. — Quant à Vaccaparement de toutes les terres dont parle la Genèse, coDune conseillé par Joseph en temps de famine , cela oonvieot

dit quUls furent une tribu ou secte indienne appelée KalanL, et que leur théologie se rapproche beaucoup de ceUc des Indiens. Devrait-on lire Kaldœi au Ueu de Kalami^Josèfhe dVq fait pas la remarque. En résultat , oed nous indique loq|oii» une tribu d*Arabes Éthiopiens.

■ Eusèbe, Pntp. evang. IU>. IX.

SUR rmSTOlRK ANCIENNE.

encore à Tesprit des rois pasteurs, spoliateurs et tyrans : ce livre d'jértapamu, qui sous quelque rapport diffère des récits de la Genèse et de Mane* thon, a, sous d'autres rapports, des analogies marquées 11 fait élever Moïse par la fille du roi de

Memphis , en disant qu'il y avait en ce temps-là un autre roi dans le pays atniesws et divers rois en Egypte. 11 fait de Moïse un ministre et un général du roi qui Taime d'abord, puis qui redoute son grand crédit, et veut le faire périr dans une guerre d*^thiopie. Moïse part pour ce pays, s'arrête en chemin pendant 10 ans, et avec les seuls bras de sa fiimille ou de ses nationaux , il bâtit une ville appelée Her^

mopoHs Tout cela pèche par invraisemblance;

mais si Ton se rappelle que VÉthiopie des Grecs est le pays de Kush des Orientaux; que le pays de Madian, où se retira Moïse, était une dépendance, une terre de Kush , comme nous Pavons prouvé > , et que près de ce pays , sur la frontière d'Egypte , est la ville d'HéroopoUs, tout près de celle de Phir tom ( Patumos d'Hérodote) , bâtie par les Hébreux , on sera porté à croire qu'Artapanus ou ses copistes ont commis l'altération d'HéroopoHs en Hermopo- Us. Du reste, Artapanus parle des miracles opérés par Moïse et de la sortie de son peuple, presque comme l'Exode, excepté qu'il les répartit sur une dorée de temps plus ou moins longue , pendant Ia« quelle Moïse se serait prévalu des accidents et phénomènes naturels. On veut aujourd'hui traiter Artapanus de romancier; mais Josèphe et Alexandre Polyhistor l'ont regardé comme un homme savant, nourri de la lecture des livres égyptiens. De tout ce mélange de variantes*, d'analogies, d'invraisemblances, que conclure, sinon qu'il a réellement existé des &its qui ont été la base de l'histoire, mais qui, vu leur antiquité, vu la négligence des écrivains à les recueillir près de leur source, ont été altérés par les récits populaires d'une génération à l'autre , et se sont présentés sous cette forme aux historiens tardifs ? Il est probable que la nation juive doit son origine à un premier noyau de peuple d'origine chaldéenne, puisque l'idiome chaidéen est resté sa langue. Il est probable encore qu'il y a quelque chose de vrai dans ce que Mantehon dit de sa sortie, puisque les livres hébreux, et Arta-

' Yoyei d-4csntt, page 883.

* Hécatée , anden aateur , nous donne eneore une antre verdon , en disant « que beaucoap d'Égyptiens rapportent à Dlea « même TorigUie du people jolf , en ee qu'alors il y avait en " Egypte plusieurs races d'étrangers qui chacune observaient « des rites particnUers et divers de sacrifices; et comme U ar^ « riva que plosieuis ÉgypUens quittèrent le culte national , le « gouvernement crut nécessaire d'éloigner ces étrangers : les « premiers et les plus importants allèrent en Grèce sous la con- « duite de Dareao et de Cadmusi les autres allèrent en Judée. »

panus, et Tacite même ' , citent des circonstances très-ressemblantes.

Quantaux dates fixes, puisque les Juifis même n'ont pu nous les donner, qu'ils se montrent au contraire tout à fait ignorants sur la période entière du séjour et sur l'état de l'Egypte lors de lasortie, il fout nous contenter de celles qu'indique le raisonnement; mais n'omettons pas de remarquer , en finissant cet article, qu'il sera toujours étrange de voir l'auteur quelconque de la Genèse se prétendre si bien instruit de tant de détails minutieux sur Abraham, Jacob et Joseph , quand il l'est si peu de tout ce qui concerne le séjour en Egypte , et la sortie sous Moïse , et la vie errante du désert jusqu'au moment de pas^ &er le Jourdain. Gela est contre tout état probable de monuments; et cela nous confirme dans l'opinion émise ailleurs, savo ir que les matériaux de la Genèse sont totalement étrangers aux Juifs, et qu'ils sont un composé artificiel de Jégendes chaldéômes dans lesquelles l'esprit allégorique des Arabes a représenté l'histoire des personnages astronomiques du calendrier sous les formes anthropomorphiques. Mais rentrons dans notre domaine chronologique, et voyons quels secours ajoute Diodore de Sicileaux cadres tronqués de Manethon et d'Hérodote.

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