‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 156 sur 230 · DIODORE · texte numérisé non relu

DIODORE

Bochoris (je/on le* listes) fat hMéiiîeiU boot de 6 ans de régne (sans doate poor caase de tyrannie),

Par Sabako, roi S Ethiopie, qao sa dovcear et sa piété diatingaent d'aiUeors des rois précédents :

il abolit la peine de wtort , même poor les criminels, et il la commna en traTan pafalics de canaai, de chaossées, etc. utiles an pays.

Il se retira , snr an aTis qn'U re^t en songe.

Aprée Sabako , onanâkie de 2 ans. Donle grands se lignent et se font rois : ils onnstraisent ensemble leInèyrtaMe.

~hiis la gnerre édate entre enx : Piam*

HénODOTB.

Âmuis ( prononcé Anouis par les Grecs, leqnel se rapproche beanconp d'Jmosts ), après an coart régne, est détrôné par

Sabako, raUd'Èthlopie, qni régna aTcc doncear p^aat 60 ans ; il ne ^ wumrir

la qnalité du il condamnait le coupable à traTaiUer aax cananx et aux chaossées. U se retira snr an aris qa'il rrçnt en songe. ( Diodore a copié le reste ).

Après Sabako revient Jnnsie, pais Se- Mo», prêtre de Phtha.

Pnis les Égyptiens devenus libres, et ne pouvant Tirre sane rois, an élisent dnu», etc.

VOUCEY.

Il est sensibledansce tableau, qu'yéclUanesetSa' bako sont un seul et même personnage , cité pa^ des auteurs divers , sous deux noms différents. Sabako peut être son nom éthiopien^ et Tautre, un nom ^ptien ou composé grec : non-seulement ses actions caractéristiques sont les mêmes, les faits antécédents et les subséquents sont encore identiques. « Il règne avec douceur et justice; il aboUt la « peine de mort; il se retire volontairement; les « Égyptiens restent libres; ils se font un nÀ ou un « gouvernement spontané, sous lequel est bâti le

« labyrinthe, etc » Avant l'invasion de l'^:-

thiopien, régnait un tyran. Hérodote ne le dît pas positivement à^Anusis, mais il ne dit rien de contraire; et entre ce nom d'Ânousis, et celui û'yémosis ou Amasis y il y a tant d'analogie, que Ton a droit de supposer l'altération d'une lettre par les copistes : il est vrai que Diodore représente Bokchoris comme un sage> et un législateur, antérieur de plusieurs temps à Sabako ; tandis que les listes font brûler vif Bochoris, sans doute pour cause de tyrannie; mais outre que ce nom a pu être commun à plusieurs princes, les dissonances des auteurs sur cette circonstance prouvent seule-* ment leur peu de soin et d'instruction. C'est un reproche dont ne peut se laver le compilateur Dio^ dore; il est clair qu'il a composé son récit de morceaux tirés de divers historiens, l'un évidemment Hérodote, et l'autre Manethon, comme nous allons le voir, et peut-être Hécatée , ou quelque Grec du temps des Ptolomées ; malheureusement pour lui et pour nous , n'ayant pas pris le temps , ou n'ayant pas eu l'art d'analyser et de comparer, il a commis ici les mêmes fautes que dans sa Chronologie des Mèdes et des Assyriens , en doublant des faits et des personnages qui essentiellement sont les mêmes : il faut donc supprimer de sa liste tout ce qu'il dit des successeurs du fils de Sesostris ou Sésoosis jusqu'à Prêtée, et alors on voit qu'il reste purement copiste d'Hérodote en cette période....

Mais où a-t-il pris cMeimmense série de fois entre Sesostris et VAmosis ou Antmsis de Sabakol Nous trouvons la solution de cette énigme dans la liste qu'Africanus nous présente comme copiée de Mane* thon.

En effet, après y avoir supposé que Sésostrls^i le troisième prince de la douzième dynastie, cet auteur lui donne pour successeurs, d'alxHrd 50 rois diospotistes ou tl^bains ( dynastie treizième X, puis un nombre indéfini de rois xoîtbes ( dynastie quatorzième), plus les 6 rois pasteurs arabes qui en-

> Ce doit être loi dont te père GnephactuM mandit la mémoire de MëDAs.

54G RECHERCHES

vahirent TÉgypte ( dynastie quinzième ) , pins les pasteurs grecs au nombre de 32 ( dynastie seizième ), et encore d'autres rois pasteurs et thébains, au nombre de 43 ( dynastie dix-septième ) ; enfin les 16 rois connus de la dynastie dix-huitième, laquelle précéda le vrai Sésostris , Sethos de Manethon , etc.

Ainsi voilà bien plus de 157 règnes cités, sans compter les inconnus de la dynastie quatorzième, et tous ceux qui se placent entre SésostrisSethoê et Sabako : nous ne pouvons douter que ce ne soit ici lasourceoùapuiséDiodore, etalorsil est démontré, V qu'il a partagé l'erreur dont nous avons convaincu Africanus par le propre texte de Manethon en Josèphe, au sujet de l'époque de Sésostris , rejetée par-delà l'an 3600 avant J. C. ; S^" que Manethon lui-même est atteint et convaincu de cette erreur , puisque Diodore, qui a écrit 280 ans avant Africanus, nous retrace le même système que ce prêtre. Nous devons donc regarder Manethon , non pas comme Tauteur premier, conune l'inventeur prémédité de tout ce système de confusion , mais comme le compilateur malhabile et ignorant qui ayant eu en sa possession des archives de diverses villes, des chroniques de diverses mains , rédigées peutrétre en idiomes divers , n'a pas eu le tact d'y reconnaître des faits foncièrement les mêmes , présentés sous des formes un peu différentes. De telles méprises sont grossières , sans doute; mais si l'on considère que les manuscrits anciens furent souvent écrits énigmatiquement, par suite de l'esprit mystérieux et Jaloux des prêtres et des gouvernants ; que bornés à très-peu de copies , ils n'étaient soumis à aucun contrôle ; que plus tard les copistes les altérèrent habituellement et impunément ; que tout travail de collation et de correction devint d'une grande difficulté; qu'à des époques tardives, des compilateurs , tels que Ktesias et Manethon , se prévalant des notions presque exclusives qu'ils eurent chacun en leur genre , s'en firent un moyen de faveur et de fortune près des princes , on concevra comment et jusqu'à quel point de tels abus ont été faciles. Alaintenant que celui de notre sujet est signalé et reconnu , revenons au point d'où nous sommes partis, au règne de Sésostris, considéré comme moyen de calculer et de mettre en ordre les règnes antérieurs mentionnés par Diodore.

Cet auteur nous a dit ( ci-devant, pag. 643 ) que le roi Mcuris, qui creusa le célèbre lac de son nom, avait vécu 7 générations a vaut Sésostris; c'es^à-dire, selon sa méthode, qu'il y aurait eu 5 règnes entre ces deux princes : s'il était exact en ce récit , MàUis serait le douzième roi de la dynastie dix-huitièrae, nommé AcJierrés ; la différence de nom ne serait

NOUVELLES

pas une difficulté, puisqu'il est constant que la plupart des rois eurent plusieurs noms, ou surnoms épithétiques provenant de leurs actions ou de leur caractère; mais parce que Diodore ajoute que 12 générations avant Moîris, le roi Uchoreus avait faêti de fond en comble Memphis la neuve, en détournant le Nil, en comblant son lit, etc. nous avons le droit de lui opposer un de ses propres guides, Manethon^ qui, dans le passage très-détaillé que cite Josèpbe, et dans toutes les listes de ses copistes, établit toujours la dynastie dix-huitième comme ayant pré^ cédé immédiatement le règne de Sethos , bien indiqué par Josèpbe et par Manethon pour être Sésostris, chef de la dynastie dix-huitième... Or s'il est prouvé, comme nous le croyons, qu'avant le sixième roi de la dynastie dix-huitième, e'est4-dire avant Tethmos, les rois de Thèbes ne régnerait point sur l'ancienne Memphis; que cette capitale et toute la basse Egypte forent alors sous la domination des pasteurs, et précédemment sous celle des rois indigènes : s'il est prouvé que c'est Tethmos^ qui , le plumier des rois de Thèbes , régna sur l'ancienne Memphis, et cela 12 générations avant Sésostris (en style de Diodore) ; il s'ensuit que Mempku la neuve n'a pu être bâtie que par l'un des suocesseors de Tethmos; que par conséquent Uchoreus et MoUris doivent se trouver dans les dix princes qui surent Tethmos de Sésostris , et que les 17 générations entre ce dernier et Uchoreus j rentrent dans la classe de celles dont nous avons vu Diodore être si prodigue dans tout son récit. Nous répéterons donc ce que nous avons dit plus haut, a que Ucharemz « dû être AehoriSy dixième roi de la dynastie dix-hui- « tième, et que Moiris doit avoir éiéjicherrés, et « peut-être encore mieux Ramessés, aïeul de Sé- « sostris >, lequel, par la longueur de son règne. « offre le temps nécessaire à de grands ouvrages, A tandis que par son rapprochement de Sésostris, « il remplit l'indication d'Hérodote sur la contiguite « de ce dernier prince et de Moîris. »

Maintenant si nous partons de cette hypothèse , et que nous disions avec Diodore, que « huit gêné- « rations avant Uchoreus^Achoris , avait régné à R Thèbes un prince nommé par les Thébains Osf- « mandua, » ce roi se trouvera être ou Chebram ou Amenoph I ( deuxième ou troisième rois de la dynastie dix-huitième), lesquels régnèrent à Thèbes tandis que les pasteurs régnaient dans l'andeane Memphis.

Cet Osymandua dut être un prince riche, puis-

> Oa a liea de croire que ce fût oe Eameftés qui fot^ la HébieaxdebAtlrlesviUetdeRaiMMetel dePUIom, «otre analogie.

SUR rniSTOlRK ANCIENNE.

sant et ami des arts, puisqu'il fit construire à Thèbes un zodiaque de 360 coudées de circonférence sur une coudée de largeur ou hauteur, tout en or massif, et qu*il eut une bibliotlièque nombreuse , à laquelle il fit mettre pour inscription : Médecine ou Fharmacie de rame. Il fit aussi bâtir un palais dont les ruines viennent d*étre splendidement ressuscitées par les savants français de l'expédition d'Egypte. Sur les murs de ce palais « les prêtres thébains, au « temps de Ptolomée Lagus ' , montraient aux voya- » geurs grecs des sculptures d'un travail exquis, <( qui, entreautres scènes, représentaient une guerre « mémorable que fit (ou soutint) Osymandua contre « des étrangers révoltés. Sur un premier mur on « voyait ce roi attaquant une muraille baignée par « un fleuve, et combattant à la tête de ses troupes, « escorté d'un lion terrible qui le défend : les uns •« disent que ce fut réellement un lion privé que pos- '< séda le prince; d'autres soutiennent que ce n'est « qu'un emblème par lequel Osymandua, qui fut « aussi vaniteux que brave, a voulu figurer son •« propre caractère. Sur un second mur, on lui pré- « sente des prisonniers qui n'ont ni maàns ni parn Ues géniiales, pour signifier, dit-on, que dans « le dangfff, ces hommes n'ont eu que des cœurs •« iU femmes et des mains faibles et incapables. — « L.es prêtres disaient encore que l'arniée d'Osy- « mandué, dans cette expédition, avait été composée < de 400,000 piétons et de 20,000 cavaliers; qu'il « l'avait divisée en quatre corps, commandés par ses « flls; enfin ils ajoutaient que ces étrangers révoltés « furent les Bactriens. »

Si ce dernier mot ne résout pas l'énigme, il va la compliquer beaucoup... £n effet, d'après l'autorité d'Hérodote et des prêtres de son temps, il était de foi historique en Egypte , qu'auom roi du pays ne s'était illustré par des guares étrangères avant Sésostris, et cependant ici Diodore nous présente un roi qui, dans son système généalogique, aurait précédé Sésostris de 27 générations, et ce roi aurait liait contre un pays aussi lointain que la Bjictriane, deux expéditions , deux guerres! Car dès lors que les Bactriens sont des révoltés, il faut admettre qu'antécédemment il a fallu les attaquer, les sour mettre : comment un fait si marquant eût -il été totalement oublié? et à quelle époque, en quel temps avant Sésostris a-t-il pu arriver? Aurait-il précédé l'invasion des pasteurs? cela choque toute vraisemblance. Aurait-il été subséquent? il tombe dans une période connue qui ne saurait l'admettre. D'après ces préliminaires, méditant notre texte, voici ce

> Diod. siciil. Ub. I, p. 57.

qui nous a paru être, sinon la vérité, du moins la vraisemblance.

D'abord nous remarquons ces mots : un roi que les habitants de Thébes nomment Osymandua. Les Thébains ou hauts Égyptiens, en beaucoup de choses, et notamment en dialecte, différèrent des Memphites ou bas Égyptiens*, Us auront pu donner un nom différent à un roi qui leur aurait été commun, et qui serait foncièrement le même. Voyons si les circonstances citées ne nous le feraient pas reconnaître.

« Osymandua fait la guerre aux Bactriens. »

Sésostris la fit aux Mèdes et aux Perses, qui furent leurs voisins.

« L'armée & Osymandua est de 400,000 piétons « et de 20,000 cavaliers. »

L'armée de Sésostris fut de 600,000.

« Les prisonniers sont présentés à Osymemdua , « privés de leurs mains et de l'organe viril, pour « désigner leur faiblesse, leur incapacité. »

Sur les monuments de Sésostris on voyait l'image sculptée de l'organe viril, pour désigner les peuples qui s'étaient bravement défendus, et celui du sexe féminin, pour désigner ceux qui s'étaient d'abord soumis.

« L'un des traits caractéristiques d'O^ymatuftea « Alt Yorgueil, la vanité, •

Pline a dit de Sésostris, tanta superbia elatus,, roi bouffi de tant d'orgueil.

« Osymandua avait feit faire sa statue dans l'at- « titude d'un homme assis , et cela d'une seule pierre « si grande, que le pied avait sept coudées de lon- « gueur. C'était la plus grande de toutes celles d'É- « gypte... Les statues de sa mère et de sa fille , aussi « d'un seul morceau, mais moins grandes, étaient « appuyées contre ses genoux , l'une à droite , l'autre « à gauche. »

Sésostris fit placer à Memphis, dans le temple de Phtha , sa statue et celle de sa femme , l'une et l'autre de 30 coudées de hauteur, et d'un seul bloc de pierre ; il y joignit celles de ses fils , hautes de 20 coudées.

Sur la statue d'Osymandua était cette inscription:

« Je suis Osymandua, roi des rois : si quelqu'un « veut connaître ma puissance et où je repose , qu'il « démolisse quelqu'un de mes ouvrages! »

Sur les monuments militaires de Sésostris on lisait:

« Sésostris , roi des rois, seigneur des seigneurs, « a subjugué ce pays par la force de ses armés. •»

Pourquoi tant d'analogie d'actions et de carac<

' Après tant de siècles de réunion. Ils en difTèrent encon*.

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tère? NMndiquent-elles pas un seul et même personnage? La différence de nom n'y fait rien : nous avons vu nombre de ces rois anciens en avoir plusieurs : nous savons que Sésostris lui-même en porte cinq, et entre autres celui de Ramessés ou RamsU, qui diffère de celui-là autant qu'Oxymandua. Ce nom de Ramessés nous devient même la preuve positive que Sésostris régna dans Thèbes, y habita temporairement, et y fit construire de ces grands ouvrages destinés à immortaliser son nom. Écoutons Tacite ■ lorsque, parlant du voyage que ^«miantcitf fitdans la haute Egypte, il décrit Tétonnement de ce prince à la vue «. des prodigieux « monuments de Thèbes, et entre autres, des im- « menses obélisques chargés d'inscriptions qui ex- • primaient son ancienne puissance. Le plus ancien « des prêtres, interrogé par Germanicus sur le « sens littéral des mots égyptiens, interpréta que a jadis le pays eut 700,000 hommes portant les « armes; qu'avec cette armée Rhamsés subjugua « la Libye, TÉthiopie, les Mèdes, les Perses, les « i?ac/ritf9i« et les Scythes; qu'il conquit également « la Syrie, l'Arménie , la Cappadoce, la Bithynie et « la Lycie jusqu'à la mer k Le prêtre lut ensuite « quels tributs (annuels) avaient été imposés aux « peuples vaincus , tant en or qu'en argent ; le nom- « bre des armes, des chevaux et des offrandes faites « aux dieux, en ivoire et en aromates; enfin les « quantités de blé et de denrées fournies, qui égaa laient tout ce que lèvent les Romains et les Par- « thés au faîte de leur puissance. •

Voilà trait pour trait le conquérant Sésostris, tel que nous le peignent tous les historiens : ainsi nous avons la certitude que, dans la répartition de ses monuments, il n'oublia pas Thèbes, qui , à raison de sou antique suprématie et de la beavtXé des carrières voisines, dut avoir un attrait particulier pour lui. Dans cette inscription nous avons une mention spéciale des Bcuitriens cités dans l'histoire d'Osymandua : l'armée de celui-ci n'est que de 400,000 hommes ; mais il peut avoir existé ce cas où les Bactriens s'étant révoltés, Sésostris, irrité, aura porté sur eux 400,000 hommes, avec une rapidité qui n'aura exigé que quelques mois de campagne. D'ailleurs, comment imaginer qu'un bomme du caractère de Sésostris eût souffert sous ses yeux une statue , la plusjinie, la plus grande de toutes celles de l'Egypte, si elle n'eût été la sienne? Nous sommes donc portés à penser que tout ce palais , vu

» TiCite, JnnaL Mb. H, année 772.

* Remarquez bien qae iur ce monument aatogra]^, U n*ett pas donné le plus léger Indice des puissantes dlés de Ninive •t de Babylone.

par les voyageurs grecs du temps de Ptoléoiée Lagus , et restauré en ce moment sous nos yeui par les savants voyageurs français , a été un ouvra^ spécial de Sésostris, qui lui a donné cette fonne singulière dont ils font la remarque , et que ronnr trouve dans aucune autre construction. Ce prinee régnant à la fols sur Memphis et Thèbes , aura partagé ses faveurs entre ces deux métropolfs,et nous avons toutdroitd'attribuer à sa mapificna les 100 écuries royales distribuées par relais égaox entre ces deux cités, et fournies chacune de 300 chevaux toujourspréts à partir, et formant ensemble le nombre des 20,000 chevaux de l'expédition iTOsymandua : notez que Memphis n'étant pas encore bâtie , selon Diodore , au temps de ce dernier, il n'a pu établir ces relais , qui eussent été sans olijct Concluons qu'Osymandua n'a dû être qu*un oon épithétique donné à Sésostris par les Thâ)aiDS, a raison de quelque qualité ou action de ce prioee, qui les aura plus frappés. En pareil cas, les Arabes l'eussent appelé lepére du cercle d*or; et puisque le mot mand, mund et mandala a signifié dans beaucoup de langues anciennes le cercle dkii et zodiacal y peut-être en langage thébain O^foimdua a-t-il signifié quelque chose de semblable à ni dutnonde.

Haintenant, si Diodore a commis, à l'égard de ce prince, une de ces confusions dont il noosi fourni plusieurs exemples, quelle confianee bi accorderons-nous pour les temps qu'il dit avoir précédé, surtout lorsqu'il ne nous dit rien de précis sur le nombre et la durée des règnes reoDontant d'Osymandua à Busiris H? Tout ce que dois pouvons inférer de son rédt, c'est que réelleoMnt ce dernier prince ajouta des embellissements coosi* dérables à la ville de Thèbes , et cela à une épo^ reculée , que les anciens n'ont pu fixer. Aujooidlni que les savants français, dans leur descriptioi pittoresque de cette cité, nous fournissent de nouveaux moyens de raisonnement, nous remutpt rons , dans la totalité des monuments , une àic«ar tance qui donne quelque lumière... Cette cirooaitance est que l'image du Taureau ou bœuf.4pit u se montre presque nulle part , tandis que partout oo trouve prodiguée celle du Bélier, emblème du solefl , parcourant le signe de ce nom , sous le nom et b formedc/i^ii^^minoii.'c'estévidenunenteolliottneur de cette constellation qu'a été dressée la ligac étonnante des béliers colossaux de Kamak, laquelle se prolonge sur deux rangs, pendant une demilieue. Or, puisque lesoleil ne commençade quitter Je signe du Taureau que dans le vingt-sixième siède avant notre ère, pour entrer en celui du BéBer; ft

SUR LHISTOIRË ANCIENNE.

puisque sa présence en ce dernier signe ne devint bien sensible que vers Tan 2450, ou 2400, n*est-il pas naturel d'eninférerquecefutseulementàcetteépoque et après cette date, que fut bâtie cette portion de Thèbes qui porte le nom de Kamak, et qui, par les soins de Busiris et de ses successeurs , atteignit ce degré de magnificence dont la renonunée remplit Tancien monde, et dont M ruines restaurées étonnent notre imagination?... Dans cette hypothèse, nous dirons que Thèbes, dès lors ancienne, dès lors puissante,* prit un nouveau degré d'activité, par suite soit d'accroissement de territoire, soit d'exploitation d'une nouvelle branche de commerce qui aurait procuré plus de richesses et plus de bras. Six siècles se seraient écoulés dans une pan industrieuse , jusqu'à ce que les pasteurs arabes eussent envahi la basse Egypte (vers Tan 1800 ). Le voisinage de ces étrangers aurait occasionné d'abord un régime défensif , puis un système d'agression et d'habitudes militaires, qui, en délivrant r Egypte de ses oppresseurs, y opéra le double changement très-important de réunir toutes ses parties en une monarchie unique, et de constituer cette monarchie sous des auspices militaires... Les rois de Thèbes, devenus libérateurs et possesseurs de Memphis, dans le seizième siècle, furent obligés de se rapprocher souvent du Delta , où se trouvait la plus grande masse de population et le plus pressant besoin d'administration , à raison des mouvennents du fleuve. L'un d'eux bâtit une ville neuve qui devint rivale de l'antique métropole; mais cette dernière , toujours riche de son territoire, de son eonunerce, de ses carrières, de ses monuments, et de la présence des anciennes familles opulentes , perdit peu de son activité iet rien de sa magnificence. Sésostris trouva Thèbes en cette situation à Vépoq^ede 1870 à 1360. Loin d'y rien soustraire , il y ajouta : aussi voyons-nous que cinq siècles après lui, l'Asie occidentale et la Grèce parlaient de Thèbes avec cette admiration dont Homère nous a transmis le témoignage , et avec cette circonstance remarquable, que de ses 100 portes il fait sortir précisément le même nombre de 20,000 ' cavaliers mentionnés dans Tarmée d'Osymandua, et dans les 100 écuries royales de Memphis à Thèbes. Après cette époque , il paraît qu'un premier et grave revers fût essuyé par cette métropole, selon le témoignage d'Ammien Marcellin , lorsqu'il nous dit ' « que vers le temps où les Carthaginois

' Le texte dit 300 chars par chacune des lOO portes ; et nons voyona dans les monuments que chaque char n*a qtt*un cheval.

> Ammien Maroell. Ub. XYII, pag. 90, de BeUo Penico, Diodon, lib. lY, p. S68, W. pariant des èzplolto d*HercuIe,

« commencèrent d'étendre au loin leur puissance, « une armée conduite par leurs généraux fondit à « l'improviste sur-.I1ièbes, et la saccagea. »

Selon Josèphe, Carthage fut fondée par Didon Tan 889 avant. J. C. ; selon SoHn ( chap. 80) , ce fut l'an 804; mais la plupart des historiens assurent que Didon n'y conduisit qu'un nouveau supplément de colons. Quoi qu'il en soit, nous avons un moyen de préciser le temps indiqué par Ammien Marcellin , et ce moyen nous est fourni par des écrivains juifs , contemporains de l'événement.

Le docte Bochart a démontré que dans les livres juifs le nom de No-aman est celui de la ville appelée Thèbes par les Grecs : or vers la fin«du règne de Jéroboam II sur les dix tribus, c'est-à-dire un peu avant l'an 780 , nous trouvons un prophète qui , menaçant Ninive d'une grande catastrophe, lui cite l'exemple récent d'une cité qui l'aurait égalée en splendeur et en puissance.

( Ville superbe ) dit Nahum ' , « es-tu meilleure « que Nihammon^ assise entre les fleuves (ou ca- « naux ), entourée d'eau de tous côtés, qui potur rem- « part a les eaux des eaux y qui pour ses défenseurs ft a l'Éthiopien ( Kush ), et les Égyptiens, et le sans- • bames ' Phut, et les Libyens ;... et cependant elle « a été déportée et emmenée captive... Ses enfants « ont été brisés dans ses places publiques , et ses « riches ont été tirés au sort ( par le vainqueur ) , « et liés de chaînes de fer. *

Quelques savants critiques ont prétendu voir dans l'expression du texte, les eaux des eaux, une mention expresse de la mer y et par cette raison ils ont prétendu que No-amman devait se trouver dans la basse É^te; mais dans l'idiome hébreu, la mer n'a pas d'autre nom que les eaux des eaux, c'està-dire une grande étendue d'eau : or cette circonstance avait lieu pour Thèbes pendant les deux mois de l'inondation, qui donnait au pays l'apparence

dit « quni bàtlt en Libye une vUle appdée HéeaUfmpyk (du « nombre de ses 100 portes), laqueUe a fleuri pendant une « longue série de siècles, Josqu^à ce que les Carthaginois ayant r dirigé contre eUe une armée commandée par d^habUes géné- « ranx, réussirent à s*en emparer. » Les auteurs de la description de Thèbes, qui nient le fait, veulent que Diodore ait récité une fable et qu^Ammien Tait répétée : mais 11 est dair qu*Ammien a puiséà une antresoarae,etprobablementdans lesUvies de Juba, la droonstance de temps qu'il désigne .

' Josèphe, llv. IX, chap. 2 , place Nahum vers le temps de Manahem(77S), et leLlTredesRoisplaoe Jonas sousle régna de Jéroboam n , mort en 780. Il parait que vers cette époque , il y eut un moment de grave danger pour Ninive, peut-être de la part des KJmmériens, dont Strabo, Ub. III, pag ssa, place une terrible incursion au temps d*Homère, par conséquent ven Tan 7tN) à 800 : cette secousse semble avoir réveUlé de leur indolence les rois de Ninive, qui depuis Phul, alors mis en scène, se montrèrent tons actifr.

* Les traducteurs divaguent sur le texte de ce mot, qjol bon ce sena n'en a aucun»

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d^iine mer... Une seule expression eût pu constater le voisinage réel de la vraie mer, c'edt été de dire Veau salée... Où peut donc assurer que te prophète a eu en vue Thébesy demeure du dieu Amon ( na amoun ) , et qu*il a £ait allusion à son pillage par les Carthaginois. Or comme Ninive n*ofire aucun in^ dice de secousse et de danger depuis PhuI , qui parait avoir commencé de régner vers 770; comme répoque de cette secousse ou danger paraît avoir précédé et même préparé le règne de ce prince; et comme le règne de Jéroboam II se trouve flnir à Tan 780 , nous pensons que le sac de Thèbes eut lieu entre les années 700 à 790, environ 80 ou 40 ans avant la fondation de Rome, et à une époque où réellement Carthage commença de développer sa puissance en Afrique.

Un second revers dut avoir lieu du temps de Sabako , lorsque , vers Tan 750 , ce roi éthiopien vint s*emparer de TÉgypte ; il est de toute vraisemblance que Thèbes fut encore pillée ou rançonnée. D'après ces atteintes portées à sa sécurité et à sa richesse, cette ville dut décliner de jour en jour; le fanatisme insensé de Kambyses lui porta un dernier coup, lorsque ce tyran la flt incendier et saccager pendant plusieurs jours, en 525. Enfin la création d'Alexandrie, en attirant au bord de la mer tout le commerce et toute l'iodustrie du pays , acheva d'éteindre la vie et la splendeur de cette cité.

Voilà en peu de mots l'histoire du royaume de Thèbes, depuis le yingt-cinquième siècle avant notre ère : dans cette périodede 3,000 ans vaguement décrite par Diodore , ce compilateur mérite deux nouveaux reproches; l'un d'avoir omis l'invasion et le règne des pasteurs arabes , qui eurent une influence si marquée sur le sort et la direction des afiEaires de toute l'Egypte ; l'autre , de n'avoir fait aucune mentionde la liste des rois thébaios découverte par Ëratosthènes'. S'il eût lié cette liste à quelque époque connue , nous eussions pu tirer parti de la série des règnes qu'elle présente, quoique le Syncelle,qui nous l'a transmise , l'ait beaucoup altérée : tout ce que nous y pouvons voir, c'est que ces rois régnèrent uniquement sur la haute Egypte , et non sur Memphis et sur le Delta, mais en quel siècle, c'est ce que rien n'indique , aucun d'eux n'ayant de ressemblance avec ceux des listes. Il est bien vrai qu'entre Menés et Busiris l", Diodore compte 1400 ans répartis sur 52 règnes successifs ( 27 ans par règne ) ; puis entre Busiris V et Busiris II, 7 règnes complets, c'est-à-dire près de 200 ans : comptons pour letout , 1600 ans : d*oii les ferons-nous partir.' La date de

» Voyez Marsliam, el mieux encore Desvlgnoles, (om. H, pag 736 et sulv.

Busiris II n'est pas connue : seulement nous voyons que ce roi n'a pu précéder le vingt-cinquième siècle avant notre ère , puisque tous ses mouvements sont marqués du signe d'^riei; si nous partons de œ vingt-dnquième siècle, les 1600 ans nous mènent au siècleqoarantîème; mais alors Menés sera postérieur de 600 ans au zodiaque d'Esneh , qui date de 4600 : et Diodore lui-même (page 186) dit que les lois des Égyptiens florissaient selon eux depuis 4,700 ans... U faut donc convenir quel'antiquité de Thèbes remonte par<lelà tout ce qui nous est eonnu, et que les savants égyptiens avaient de bonnes raisons pow parler de 9,000 ans à Solon, et de 13,000 à Pmnponius Mêla. Nous autres modernes nous sosuues devenus si habiles, que nous avons trouvé lesecret de bâillonner la nature et les monuments.

Ici se présente une objection contre l'antiquité du royaume de Thèbes, admise comme plus grande que celle du royaume de Memphis. Pourquoi, dira-t-on, le culte du Taureau se trouve-t-il conservé presque exclusivement en cette dernière ville , quand le cuite plus récent du Bélier se montre presque exclosiT^ ment dans les ruines de Thèbes? Nous trouvons à cette singularité une réponse qui nous semble nats* relie. Les Égyptiens de Memphis ayantétésubjoguês au dix-neuvième siècle avant notre ère, par les pasteurs arabes , le cours des observations astronomiques et du culte religieux fut arrêté; la doctrine et les usages restèrent où ils étaient ; et si Ton observe que les Grecs et les Latins parlaient eaooreduTanreau comme constellation dominante au printemps, quand le Bélier était déjà très-avancé, roo sera porté à croire que les Égyptiens de Memphis n'avaient pas encore, au dix-neuvième siècle avant notre èit, changé leurs habitudes à cet égard : les Thébains. au contraire, n'ayant subi aucune interruption, ni de gouvernement civil , ni d'observations astronomiques, ont suivi le cours du ciel, la marcbe du zodiaque, et lorsqu'ils ont vu le soleil enti^ dm degré dans le signe du Bélier, ils ont délaissé k Taureau, que délaissait l'astre dominateur et régulateur.

£n terminant ici nos recherches, nous voulons présenter quelques idées que nous croyons justes, sur le foyer originel d'un système mythologique d^ venu célèbre dans l'ancien occident. Quelques dateurs, Diodore entre autres, nous parlant des usa^ singuliers que les Égyptiens , encore au temps de César , pratiquaient pour la sépulture des morts, nous avertissent que Tinvention de ces usages, comme de la plupart de ceux de ce peuple, remontait à une antiquité très-reculée. « Aussitôt qu*un « homme meurt, nous disent -ils , les préposes j

SUR L'HISTOIRE ANQENNE.

«t rense?eli8seiiient se présentent > ; un marché vo- N iontaire se ooodut; on leur livre le corps; ils Tem- « portent , le vident de ses parties molles, le salent , « l'embaument, le sèchent, etau bout deSO jours ils « le rendent dans un état de momie si parfait , qu'il « semble encore vivre. Il s'agit de le porter au tom- « beau : on ne le peut sans prévenir les juges et la « famille, du Jour fixé pour cet acte : le corps doit « traverser le lac; une barque est construite; un » pilote, nommé Karcn en langue égyptienne, la « dirige... Avant d'y poser le corps, la loi permet 't à tout citoyen de venir porter sa plainte contre « le mort. Les juges, réunis au nombre de 40, écou- « tent Taccnsation. Si le mort est convaincu d'avoir « été vîdeux, injuste , ils portent une sentence qui « le prive de la sépulture... Si Taocusateur est dans « son tort, il subit lui-même une peine grave. Si « le mort est absous, et demeure pur, ses parents « quittent leurs habits de deuil, font son éJoge... « et il est porté an tombeau avec tous les honneurs, « au milieu des félicitations qui lui sont adressées « sur l'éternité de bonheur où il entre, etc. »

No» auteurs conviennent que ce sont ces usages qui , portés en Grèce, y répandirent les idées du Tartare, de FÉlysée et de toute la Êable de Karon et de TAdiéron ; mais leur récit nous conduit à d'autres notions plus instructives.

1" Nous remarquons que la circonstance de passer un lacy ne convient qu'à très-peu de localités en Egypte, et que primitivement ce fut le fleuve qu'on traversa.

2« lYaverser le fieuve ne peut s'appliquer à MemphU la neuve, attendu que tous les tonâbeaux se trouvent à l'ouest du Nil, où elle-même fut située, et qu'il n'existe aucun dmetièreàson esty dans le mont Moqattam , ou dans la plaine contiguë.

3« Traverser le PHI convient mieux à l'ancienne Memphis, bâtie à l'est du fleuve; mais la plaine à l'ouest o£&e trop peu de tombeaux, vu la proportion que dut exiger cette capitale; et de plus, l'usage dut être aboli par les 200 ans de tyrannie des pasteurs arabes : cette localité n'offre donc point le concours de circonstances requis. Pour le trouver , il nous faut remonter à Thèbes. Là , sur la rive orientale du Nil , nous avons une cité antique et immense; sur la rive occidentale nous trouvons d'abord une plaine cultivable , jadis traversée de canaux d'arrosement, qui furent les neuf branches du Slyx ; puis des bois de palmiers, dont l'ombrage, en ce climat bràlant , procurait le bien-être des champs Élysées; puis enfin un escarpement de montagne calcaire qui, sur une hauteur de quatre ou « IMocl. SJnil. pap. 101 , W.

cinq cents pieds et plus d'une lieue de longueur, est percé d'une innombrable quantité de trous semblables à des fenêtres de maisons ou à des sabords d» vaisseau; chacun de ces trous formant l'ouverture d'un long boyau ou galerie, ramifié dans l'intérieur de la montagne, et rempli jadis d'une Si prodigieuse quantité de momies, qu'aujourd'hui, après plusieurs siècles de spoliations, les voyageurs français en portent le nombre à plusieurs millions. Ce furent là les tombeaux des habitants de Thèbes, qui ne pouvaient y arriver qu'en traversant le Nil dans la barque de Karon , et qui , devenus les libérateurs de Memphis et de la basse Egypte par l'expulsion des pasteurs arabes , vers l'an 1650, y introduisirent ces usages, peut-être inconnus : peut-être encore fut-ce à raison de ce voisinage que les Grecs en eurent connaissance, soit par leurs propres navigateurs, soit par les Phéniciens : toujours paraît-il vrai que c'est vers cette époque qu'on aperçoit l'aurore de ces idées dans l'Occident. Il faut savoir gré aux législateurs de la Grèce d'avoir voulu les employer à épurer les mœurs de leurs peuples féroces ; mais faute de les avoir mises en action positive , ils manquèrent une partie de leur but, et n'atteignirent que les esprits timorés. Quelle admirable institution que cette coutume égyptienne! quelle haute idée elle donne de leurs moralistes!

L'aspect des momies nous suggère une conjecture sur l'intention de leurs physiciens : quand on examine attentivement ces poupées, on est frappé de leur ressemblance avec la chrysalide qui fait passer le ver rampant à l'état d'être volatile. Nous savons que très-auciennement les prêtres thébains se livrèrent à l'étude des choses naturelles; qu'ils connurent l'organisation, les mœurs, les caractères spéciaux des plantes, des animaux, ainsi que l'influence exercée par la chaleur solaire sur le mouvement et la vie des êtres terrestres. Alors qu'ils eurent posé en principe que le mouvement vital ( animus ) venait d'na fluide igné, incorruptible en lui-même et indestructible; que cette portion de fMde igné, lorsqu'elle abandonnait un corps, retournait au grand réservoir d'où elle venait , et pouvait revenir encore, ils n'eurent plus qu'un pas à faire pour établir la métempsycose, l'immortalité de Vanimus et la revivification du corps ci-devant animé : or comme d'autre part, dans leur système astronomique ou astrologique, au bout de certaines révolutions ou périodes, il se faisait une resUtution ou rétablissement de toutes choses dans l'état antérieur, il devint facile et comme naturel d'en inférer que l'homme, si avide de la vie, participerait à cette faveur : de ce moment ce fut un soin de la plu*

RECHERCHES NOUVELLES

haute importance de conserver dans le meilleur état possible Tancienne habitation de l'âme, ce corps qu'elle devait revenir animer : enfin, parce que dans une certaine classe d'êtres, dans celle des vers à papillon, la nature présente un exemple et un procédé vraiment singulier de changement et de métamorphose, l'homme imitateur y crut voir l'avis et le modèle de ce qui lui restait à faire, et il tâcha de se ûiire chrysalide pour devenir papillon.

Cest encore par une conséquence de ces idées, que les anciens Égyptiens attachèrent à la construction de leurs tombeaux cette haute importance dont parle Diodore. « Ils ne regardent, dit-il, les a maisons qu'ils habitent que comme des auberges , « des lieux de passage, et ils mettent peu d'intérêt « à les entretenir; mais leurs tombeaux, qui sont e leurs demeures éternelles , ils portent le plus grand n soin à les bâtir; ils y emploient une partie de a leur vie et de leur fortune, et c'est de cette idée « qu'a procédé la magnificence déployée par les rois « de Thèbes en ces sortes de monuments. »

Ainsi donc il ne faut plus s'étonner de voir que des tyrans , tels que Cheops et Chephren , aient tourmenté pendant 20 ans toute une nation pour construire à leur squelette l'énorme tombeau des pyramides; et lorsque des esprits bénins objectent que cela ne se peut croire, parce que cela est barbare et absurde , on est obligé de leur répondre que malheureusement dans le cours des choses politiques cela doit se croire par ce motif-là même. Au reste, tous les monuments gigantesques de Thèbes, en prouvant une population nombreuse et industrieuse, prouvent aussi l'existence d'un gouvernement despotique, soit royal, soit sacerdotal, qui eut en mains les moyens coactifs de soumettre toute une nation à de telles corvées; et cela devient une nouvelle preuve d'antiquité pour la nation même, en ce qu'elle a dû parcourir les diverses périodes d'anarchie et de civilisation qui précèdent cet état avant-coureur de la décadence et de la ruine.

En considérant le fardeau habituel de ces accablantes corvées, nous sommes conduits à cette autre idée, que si jamais il a existé un pays où il fât nécessaire d'accorder au peuple un repos légal , celui de chaque septième Jour , ce fut V Egypte; et puisque notre conjecture est appuyée du témoignage positif d'Hérodote et de la pratique de Moïse, élève des prêtres égyptiens ^ nous posons en fait que le cycle hebdomadaire est une invention des Thébains, laquelle se lia à tout leur système astrologique et civil.

Résumons-nous, et disons, 1« que ce fut seule-

ment vers le milieu du seizième siède avant notre ère ( 1556 } , que les habitants de la grande et longue vallée de l'Egypte furent réunis en un seul corps de monarchie et sous un même sceptre;

2« Que ce fut de cette concentration de puissance et de moyens que dérivèrent ensuite , dans un ordre progressif de besoins ou de convenances, les conceptions et opérations gigantesques que I*faistoire nous montre dans la basse Egypte.

D'abord la création de Memphis la neuve, bâtie sur le lit du Nil, comblé de main d'homme, et recreusé à Vest pour servir de fossé.

Ensuite la construction du lac de Mœris, laquelle consista, non pas à creuser un pays entier, comme l'a cru Hérodote, mais à percer un isthme ou langue de terre, pour jeter tout le surplus du Nil dans le bassin concave du FaJUnany ainsi que l'a démontré un savant distingué de l'ei^édition française en Egypte. ( Voyez le Mémoire de M. Jomait. )

Puis l'établissement et le perfectionnement de l'immense état militaire dont Sésostris profita pour exécuter ses conquêtes.

Puis la masse prodigieuse de richesses de tous genres , attirées sur les bords du Nil , à titre de dépouilles et tributs de l'Asie occidentale sobjugnée. (Diodoreévalue à 1200 millions le trésor de Rharasinit, second successeur de Sésostris. )

Puis le changement matériel opéré surlacootexture du pays , à raison de la quantité de digues que fit élever, et de canaux que fit creuser Sésostris.

Enfin l'érection des deux montagnes-pyramides de Cheops et de Chephren, qui furent Teffort suprême d'un despotisme ignorant et grossier embarrassé de ses ridiesses.

3» Avant cette concentration monarchique, nous trouvons l'Egypte divisée en deux royaumes distincts , dont les traces ne se sont jamais entièrement effacées. L'un , le royaume de Thèbes, comprenant la haute Egypte ou Sald; l'autre , le royaume du Delta, Egypte inférieures ayant pour capitale Tancieune Memphis y située à l'orient du Nil.

Deux siècles et demi avant cette réunion, e*està-dire vers l'an IdOO avant notre ère, une irruption de barbares nomades , telle qu'en a éprouvé la Chine, avait subjugué ce royaume de Memphis, qui à cette époque semblerait avoir été sous-divîsé en d'autres États soit tributaires , soit indépendants : tout indique que ces barbares furent des hordes arabes , et spécialement les débris des anciennes tribus kushUes, Aàd et Tamoud, auxquelles il £aot joindre les Madianites et les AmatéfUtes, que les auteurs musulmans nous signalent comme leurs branches et leur parenté, et'que l'on retrouve en-

SUR rmSTOIBE ANCIENNE.

suite fixés aux portes de TÉgypte. Le royaume de Hkébes ayant résisté à cette invasion, il s'ensuivit un état habituel de guerre, dont Teffet fut de réunir tous les nationaux sous un même étendard, et d'expulser finalement les étrangers. La formation du peuple juif appartient à cette période.

Avant cette invasion des Arabes, c'est-à-dire avant l'an 1800 , une profonde obscurité règne sur l'histoire de Memphis et de la basse Egypte, sans doute parce que la longue et violente tyrannie des Arabes fit disparaître les monuments, et aussi parce que la constitution géographique du pays, divisé en tles, est ûivorable au désordre et à l'anarchie. Le royaume de Thèbes , au contraire , homogène en son territoire , et fovorisé de ses granits impérissables , nous a transmis , en ses temples , en ses palais, en ses tombeaux , d'innombrables monuments d'une civilisation dont l'origine remonte à une antiquité indéfinie. Malheureusement les secrets en sont exprimés par des figures hiéroglyphiques que l'on sait rarement expliquer. Leur sens, néanmoins, en quelques tableaux astronomiques, s'est montré assez clair pour en déduire des résultats peu contestables... Ainsi , dans le zodiaque du temple de Dendera (jadis TerUyr) la disposition des signes et constellations est tellement combinée, que l'on s'accorde à y voir l'état du ciel au moment de la fondation du templeTou de la peinture; et parce que le mouvement annuel de précessUm que les astres observent relativement au soleil, semble être un cadran séculaire inventé par la Providence pour révéler ses mystères à l'homme studieux, d'habiles astronomes ont regardé comme certain que la position du soleil dans le signe du Bélier, telle que la donne le zodiaque ûeDendera, exprimait l'an 2056 avant notre ère, de même qu'une autre disposition des signes dans le zodiaque du temple d'£'«neA ( Latopolift ) exprime l'an 4600. Sans doute beaucoup de lecteurs verront avec plaisir les preuves de ces assertions détaillées par l'un des témoins des monuments et l'un des mattres de l'art; à cet effet nous joignons ici un Mémoire de feu M. Nouet, astronome de l'expédition d'Egypte, dont la copie nous est venue d'une main amie. Ce Mémoire suppose la connaissance de celui publié par Dupuis (dans la Revue phihsophiquey mai 1806), lequel n'est pas Fun des moindres produits de la sagacité et de l'érudition de cet homme, dont le plus grand tort est de n*étre pas entendu par les beaux esprits qui )e censurent.

RECHERCHES

SUR LES AimQUITÉS DU TEMPLE DE DENDÉRAH,

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