SIXIÈME SÉANCE
CoDtlnoaUon du même si]|]et. — Distinction de quatre métbodes de eomposer Thistolre : i^ par ordre de temps ( les annales et chroniques); 2** par ordre dramaUque ou systématique; 3* par ordre de matières; 4* par ordre analytique ou phUosophique. — Développement de ces diverses méthodes; supériorité de la dernière : ses rapports avec la poIiUque et la législation. — Elle n^admet que des faits constatés, et ne peut convenir qu'aux temps modernes. — Les temps anciens ne seront Jamais que prolKibles : nécessité d*en refaire l'histoire sous ce rapport. •— Plan d'une société littéraire pour recueillir dans toute ITurope les monuments anciens. — Combien de pr^ugés seraient détruits, ai 1*00 connaissait leur origine. — Influence des Uvres historiques sur la conduite des gouvernements, sur le sort des peuples. — Effet des livres Juifs sur l'Europe.— Effet des Uvres grecs et romains introduits dans l'éducaUon. ~ Condnsion.
Lucien a traité des qualités nécessaires à l'historien, et du style convenable à l'histoire; Mably a ajouté des observations sur les connaissances accessoires et préparatoires qu'exige ce genre de composition, et il les a presque réduites au droit des gens , soit naturel , soit factice et conventionnel , dont il faisait son étude fhvorite et spéciale. Le suj'et ne me paraissant pas à beaucoup près épuisé , je vais joindre aux préceptes de ces deux auteurs, quelques aperçus sur l'art de recueillir et de présenter les faits de l'histoire.
Je conçois quatre manières différentes de traiter et de composer l'histoire : la première, par ordre
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de temps, que j'appelle méthode didactique oo annaliste; la seconde, par liaison et corrélation de faits, et que j'appelle méthode dramatique ou systématique; la troisième, par ordre de matières; et la quatrième, par l'exposition analytique de tout le système physique et moral d'un peuple : je l'appelle méthode analytique et philosophique; je m'explique.
La première méthode par ordre de temps , consiste à rassembler et à classer les événements seloo leurs dates, en ne mêlant à un narré pur et simple que peu ou point de iséflexions. Ceux qui appellent naturel tout ce qui est brut et sans art , pourront donner ce nom à cette méthode , mais ceux qui , dans toute production , voient toujours la main de la na> turc , avec la seule différence du plus ou du moins de combinaison , ceux-là diront que cette méthode est la plus simple, la moins compliquée, exigeant le moins de soins de composition ; aussi paraît-elle être la première usitée chez toutes les nations, sous le nom d'annales et de chroniques : et cependant, soas cette forme modeste , elle s'est quelquefois élevée à un assez haut degré de mérite , lorsque les écrivains ont su, comme Tacite dans ses Annales, et comme Thucydides dans sa Guerre du Péloponèse, choisir des faits intéressants, et joindre à la correction du tableau les couleurs brillantes et fermes de Pexpression : si, au contraire , les écrivains admettant des faits sans critique, les entassent péle-méle et sans goût, s'ils les réduisent à des événements sommaires et stériles de règnes, de princes , de naorts, de guerres , de combats , de pestes, de famines, comme l'ont fait presque tous les historiens de l'Asie ancienne et moderne , et ceux du bas et moyen âge de l'Europe , il faut convenir qu'alors ce genre de composition , privé d'instruction et de vie , a toute la fadeur, et comporte l'idée de mépris qu^on attache vulgairement au nom de chroniques. Ce n'est plus qu'un canevas grossier à qui manque toute sa broderie; et dans tous les cas, même lorsque les matériaux sont bien choisis et complets , ce traV^iil n'est que le premier pas à tous les autres genres d'histoire , dont il est seulement le portefeuille et le magasin.
La seconde méthode , celle que j'appelle dramatique ou systématique , consiste à faire entrer dans un cours de narration prédominant et fondamental , toutes les narrations accessoires, tous les événements latéraux qui viennent se lier et se confoniTre au principal événement. Nous avons un exemple caractérisé de cette méthode dans l'Histoire d'Hérodote, qui ayant pris pour base de son texte la guerre des Perses contre les Grecs, en a tellement compassé les incidents, que remontant d'abord à
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l'origine des deux peuples acteurs principaux , il soit la formation graduée de leur puissance dans tous les rameaux qui vinrent s'y confondre, comme un géographe suit et reprend à leur origine tous les cours d'eau qui se rendent dans un torrent principal. Par une série habile d'incidents , Hérodote fait connaître à son lecteur les Lydiens , les Mèdes , les Babyloniens soumis par Cyrus au joug des montagnards perses; puis les Égyptiens conquis par Cambyses, puis les Scythes attaqués par Darius, puis les Indiens ; et à FoccasicA des Indiens , il jette un coup d'œi] général sur les extrémités du monde connu de son temps ; enfin il revient à son objet dominant , qu'il termine par l'événement capital , la glorieuse victoire des petits peuples grecs, combattant à Salamineet aux Thermopyles contre l'immense cohue de Xerxès. Dans cette méthode de composition, tout est h la disposition de l'auteur; tout dépend de son art et de son talent à lier, à suspendre, à combiner ses sujets, à en faire un tout correspondant en toutes ses parties : c'est ce que je désigne par te terme de systématique ; et si l'historien borne sa course à un événement qui est la solution de tout ce qui a précédé et qui en termine la série, l'accroissement graduel d'intérêt que ses épisodes et ses suspensions ont su ménager, donne réellement à son sujet le caractère dramatique. C'est éminemment le genre des histoires de conjurations, où tout aboutit à un nœud final et résolutif. Ces avantages divers et variés de liberté dans la marche, de hardiesse dans l'exécution , d'agrément dans les détails, d'attrait de curiosité dans les résultats, paraissent avoir mérité la préférence à cette méthode auprès de la plupart des écrivains, surtout les modernes ; il est fâcheux que par compensation elle ait l'inconvénient d'être sujette à erreur , en laissant trop de carrière aux hypothèses et à l'imagination. Nous en avons des exemples brillants dans les Révolutions de Portugal, de Suède et de Rome, par Yertot, et dans un nombre infini d'autres histoires moins bien écrites.
La troisième méthode , celle par ordre de matières, consiste à suivre un sujet quelconque d'art, de science, depuis son origine ou depuis une époque donnée, pour le considérer sans distraction dans sa marche et dans ses progrès. Tel a voulu être l'ouvrage de Goguet, intitulé : De l'origine des lois y des arts et des sciences; le choix du sujet ne pouvait pas être plus philosophique ; malheureusement la manière de le traiter ne pouvait pas l'être moins. Avant d'établir ^origine des lois, des arts, des sciences et de toute société au déluge de Noé , raconté par la Genèse , il eût fallu bien examiner si ,
par cette base même , on ne renversait pas tout l'édifice de l'histoire ; si , en admettant des farts primitifs contraires à toute probabilité, à toute physique et à la concordance des meilleurs monuments de l'antiquité, l'on ne s'ôtait pas la faculté d'invoquer ces mêmes règles de physique et de probabilité, qui constituent l'art de la critique et de l'analyse ; il eût fallu constater que la Genèse n'est pas une compilation de main inconnue, faite au retour de la captivité, où l'on a mêlé aux chroniques nationales une cosmogonie purement chaldéenne , dont Bérose cite l'équivalent; une véritable mythologie de la nature de celles de toutes les nations , où des faits astronomiques défigurés sont pris pour des faits politiques ou physiques, et où la prétendue histoire de la terre n'est que l'histoire du calendrier. Cela même eût-il été prouvé , il serait encore ridicule de prendre pour texte la période hébraïque depuis le déluge jusqu'à Jacob, et de n'user, pour la remplir, que de faits égyptiens, syriens, chaldéens, grecs, indiens et chinois , qui , s'ils étaient bien analysés et comparés , prouveraient que les bois sacrés , que les hauts lieux plantés de chênes à Mambré, que les sacrifices humains dont Isaac faillit d'être victime, que les petites idoles des femmes de Jacob, étaient autant d'usages du culte druidique et tartare , dès lors répandu des colonnes d'Hercule jusqu'à la Sérique , culte qui n'est qiie le système du buddisme, ancien ou moderne lanUsme, dont le siège était dès lors au Tibet , chez ces Brachmanes réputés de toute l'antiquité les pères de la théologie asiatique. Avec plus de critique et plus de profondeur, un ouvrage du genre qui nous occupe, a traité de ces antiquités ; je parle de V Histoire de r Astronomie ancienne y parBailly, dont les talents et la vertu ont reçu de la révolution un salaire qui ne sera pas une des moindres taches de cette sanglante époque. Je citerai encore comme histoires par ordre de matières propres à servir de modèle,
V Histoire d'Angleterre , par le docteur Henry; les Recherches de Robertson sur le commerce de l'Inde; Histoire des finances de France, par Forbonnais;
V Histoire du fatalisme y par Pluquet , qui , avec son DicUonnaire des hérésies, a préparé le plus beau sujet d'une autre histoire de même genre, l'histoire du fanatisme. De tous les sujets que l'on peut traiter, il n'en est point qui réunisse plus éminemment le caractère historique à celui de la philosophie, puisque, dans ses causes et dans ses effets, le fanatisme embrasse d'une part la théorie des sensations, des jugements, delà certitude, de la persuasion commune a l'erreur comme à la vérité; de cette double disposition de l'esprit, qui,
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tantôt passif et crédule, reçoit le joug en esclave, et tantôt actif et convertisseur , impose le joug en tyran; et que d'autre part, il offre à considérer chez toutes les nations les symptômes effrayants d'une maladie de l'esprit, qui, s'appliquant tantôt aux opinions, tantôt aux personnes, et prenant tour à tour des noms religieux, poUUques et moraux y est toiy ours la même dans sa nature comme dans ses résultats , qui sont la fureur des discordes civiles j le carnage des guerres intestines ouétranr gères, la dissolution de l'ordre social par l'esprit de faction , et le renversement des empires par le délire de l'ignorance et de la présomption.
La quatrième méthode, que j'appelle analytique ou philosophique, est la même que la précédente, quant à la manière de procéder; mais elle en diffère, en ce qu'au lieu de traiter un sujet d'art, de science ou de passion , etc. elle embrasse un corps politique dans toutes ses parties; c'est-à-dire que s'attachant à un peuple, à une nation , considérés comme individus identiques, elle les suit pas à pas dans toute la durée de leur existence physique et morale, avec cette circonstance caractéristique, que d'abord elle pose en ordre tous les faits de cette existence, pour chercher ensuite à déduire de leur action réciproque les causes et les effets de l'origine, des progrès et de la décadence de ce genre de combinaison morale , que l'on appelle corps politique et gouvernement : c'est en quelque sorte l'histoire biographique d'un peuple, et l'étude physiologique des lois d'accroissement et de décroissement de son corps social. Je ne puis citer aucun modèle de mon idée , parce que je ne connais aucun ouvrage qui ait été fait et dirigé sur le plan que je conçois : c'est an genre neuf dont moi-même je n'ai acquis l'idée bien complète que depuis quelques années. Obligé de chercher une méthode pour rédiger mon voyage enSyrie,jefus conduit, eomme par instinct,àétablir d'abord l'état physique du pays, à faire connaître ces cûroonstanees de sol et de climat si différents du nôtre, sans lesquels Ton ne pouvait bien entendre une foule d'usages , de coutumes et de lois. Sur cette base , comme sur un canevas , vint se ranger la population, dont j'eus à considérer les diverses espèces, à rappeler l'origine , et à suivre la distribution : cette distribution amena l'état politique considéré dans la forme du gouvernement, dans Tordre d'administration , dans la source des lois , dans leurs instruments et moyens d'exécution . Arrivé aux articles des mceurs, du caractère, des opinions religieuses et civiles , je m'aperçus que sur un même sol , il existait tantôt des contrastes de secte à secte et de race à race, et tantôt des points de ressemblance communs.
Le problème se compliquait, et plus je le sondai, plus j'en aperçus l'étendue et la profondeur. L'autorité de Montesquieu vint se montrer pour le résoudre par une règle générale de climat, qui associait constamment la chaleur, la mollesse et la servilité d'une part; et de l'autre, le froid, Ténergie et la liberté; mais l'autorité de Montesquieu fut contrariée par une foule de faits passés, et par des faits existants qui m'offraient sous un même ciel , dans un espace de moins de quatre degrés , trois caractères entièrement opposés. Je résistai donc à l'empire d'un grand nom, et j'y pus résister d'autant mieux, que déjà je trouvais Buffon visiblement en erreur sur les prétendus épuisements du sol , à qui je voyais toute la fertilité qu'il a jamais pu avoir; à l'égard de Montesquieu, il me devint évident, par le vague de ses expressions, qu'il n'avait fait qu'adopter et même qu'altérer une opinion que des philosophes anciens, et particulièrement Hippocrate, avaient énoncée dans un sens beaucoup plus précis et pins vrai. Je connaissais le célèbre traité de cet observateur sur les airs, les lieux et les eaux. J'avais constaté la justesse de ses assertions à l'égard de l'influence qu'exercent ces trois élémeots sur la constitution et le tempérament. Je m'étais aperça qu'une quantité d'habitudes physiques et morales des peuples que j'étudiais , étaient calquées sur rétat d'un sol aride ou marécageux, plane ou montueux, désert ou fertile ; sur la qualité , la quantité de leurs aliments : je conçus que toutes ces circonstances entraient, comme autant de données, daas la solution du problème , et depuis ce temps je n'ai cessé de m'occuper de cette importante question : « Quelle « influence exerce sur les moeurs et le caractère d'os « peuple , l'état physique de son sol , considéré dans « toutes les circonstances de froid ou de chaud , de « sec ou d'humide, de plaine ou de montagne, de fer- « tile ou de stérile , et dans la qualité de ses prodoe- « tiens. » Si c'est là ce que Montesquieu a entendu par climat , il aurait dô le dire , et alors il n'existerait plus de débats; car chaque jour de nouveaux faits s'accumulent pour démontrer que ce sont ces drconstances qui modifient d'une manière puissante et variée la constitution physique et morale des nations ; qui font que sans ^ard aux zones et aux latitudes, tantôt des peuples éloignés se ressemblent, et tantôt des peuples voisins sont contrastanU; que dans leurs migrations, des peuples conservent longtemps des habitudes discordantes avec leur nouveau séjour, parce que ces habitudes agisseot d'après un mécanismed'organisation persistant, qui font enfin que dans un même câr^ de nation , et sous un même climat t le tempérament et les mœurs
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se modifient selon le genre des habitudes , des exercices, du régime et des aliments ; d'où il suit que la connaissance de ces lois physiques devient un élément nécessaire de la science de gouverner, d'organiser un corps social, de le constituer en rapport avec le mouvement de la nature, c'est-à-dire que la législation politique n'est autre chose que J'applicatioQ des lois de la nature; que les lois factices et conventionnelles ne doivent étreque l'expression des lois physiques et naturelles, et non l'expression d'une volonté capricieuse d'individu, de corps, ou de nation ; volonté qui, étendue même à l'universalité du genre humain, peut être en erreur : or, conune dans ce genre de recherches et dans cette science pour ainsi dire naissante , il importe surtout de n'admettre rien de systématique , je vais exposer la marche qui me semble la plus propre à conduire à des résultats de vérité.
Prenant uq peuple et un pays déterminés, il faut d'abord décrire son climat , et par climat, j'entends l'état du ciel sous lequel il vit, sa latitude, sa température , selon les saisons ; le système annuel des vents, les qualités humides ou sèches, froides ou chaudes de chaque rumb ; la durée et les retours périodiques ou irréguliers; la quantité d'eau qui tombe par an; les météores, les orages, les brouillards et les ouragans ; ensuite, passant à la constitution physique du sol, il faut faire connaître l'aspect et la configuration du terrain , le calculer en surfaces planes on montueuses , boisées ou découvertes, sèches ou aqueuses , soit marais , soit rivières et lacs ; déterminer l'élévation générale, et les niveaux partiels au-dessus du niveau de la mer, ainsi que les pentes des grandes masses de terre vers les diverses régions du ciel ; puis examiner la nature des diverses bandes et couches du terrain, sa qualité argileuse ou calcaire , sablonneuse , rocailleuse , Intense ou végétale; ses bancs de pierres schisteuses, ses granits, ses marbres, ses mines, ses salines, ses volcans, ses eaux , ses productions végétales de toute espèce , arbres, plantes, grains, fruits; ses animaux volatiles, quadrupèdes, poissons et reptiles; enfin tout ce qui compose l'état physique du pays. Ce premier canevas établi , on arrive à considérer l'espèce humaine, le tempérament général des habitants , puis les modifications locales, l'espèce et la quantité des aliments , les qualités physiques et morales les plus saillantes; alors embrassant la masse de la population sous le rapport politique , on considère sa distribution en habitants des campagnes et habitants des villes, en laboureurs, artisans, marchands, militaires et agents du gouvernement : l'on détaille chacune de ces parties sous le double aspect , et de l'art
en lui-même, et de la condition des hommes qui l'exercent. Enfin l'on développe le système général du gouvernement, la nature et la gestion du pouvoir dans les diverses branches de la confection des lois, de leur exécution, d'administration de police, de justice, d'instruction publique, de balance de revenus et de dépenses, de relations extérieures , d'état militaire sur terre et sur mer, de balance de commerce , et tout ce qui s'ensuit.
D'un tel Ubleau de faits bien positifs et bien constatés , résulteraient d'abord toutes les données nécessabres à bien connaître la constitution morale et politique d'une nation. Et alors ce jeu d'action et de réaction de toutes ses parties les unes sur les autres, deviendrait le sujet non équivoque des réflexions et des combinaisons les plus utiles à la théorie de l'art profond de gouverner et de ûiire des lois.
De tels tableaux seraient surtout instructifs, s'ils étaient dressés sur des peuples et des pays divers et dissemblants, parce que les contrastes même dans les résultats feraient mieux ressortir la puissance des faits physiques agissants conune causes; il ne resterait plus qu'une opération, celle de comparer ces tableaux d'un même peuple, d'une même nation à diverses épo^ies, pour connaître l'action successive, et l'ordre généalogique qu'ont suivi les faits, tant moraux que physiques, pour en déduire les lois de combinaison et les règles de probabilités raisonnables; et, en effet, quand on étudie dans cette intention ce que nous avons déjà d'histoires anciennes et modernes , l'on s'aperçoit qu'il existe dans la marche, et, si j'ose dire, dans la vie des corps politiques, un mécanisme qui indique l'existence de lois plus générales et plus constantes qu'on ne le croit vulgairement. Ce n'est pas que cette pensée n'ait déjà été exprimée par la comparaison que l'on a faite de cette vie des corps politiques à la vie des individus, en prétendant trouver les phases de la jeunesse, de la maturité et de la vieillesse dans les périodes d'accroissement, de splendeur etde décadencedes empires ; mais cette comparaison, vicieuse à tous égards, a jeté dans une erreur d'autant plus fâcheuse , qu'elle a fait considérer comme une nécessité naturelle , la destruction des corps politiques , de quelque manière qu'ils fussent organisés ; tandis que cette destruction n'est que l'effet d'un vice radical des législations, qui toutes , jusqu'à ce jour , n'ont été dressées que dans l'une de ces trois intentions , ou d'accraUre, ou de mainieniTj ou de renverser^ c'est-à-dire qu'elles n'ont embrassé que l'une des trois périodes dont se compose l'existence de toute chose ; et ce serait
une science également neuve et importante, que de déterminer les phénomènes concomitants de chacune de ces trois périodes , afln d'en tirer une théorie générale de législation qui embrassât tous les cas d'un corps politique dans ses diverses phases de force et de plénitude, de faiblesse ou de vacuité, et qui traçât tous les genres de régime convenables au regorgement ou au manque de population. Voilà quel doit être le but de Fhistoire. Mais il faut avouer que ce but ne se peut bien remplir qu'à l'égard des peuples existants , et des temps modernes , chez qui tous les faits analogues peuvent se recueillir. Ceci m'a fait plus d'une fois penser que des voyages entrepris et exécutés sous ce point de vue, seraient les meilleurs matériaux d'histoire que nous puissions désirer, non -seulement pour les temps présents, mais encore pour les temps passés ; car ils serviraient à recueillir et à constater une foule de faits épars, qui sont des monuments vivants de l'antiquité : et ces monuments sont beaucoup plus nombreux qu'on ne le pense; car, outre les débris , les ruines , les inscriptions, les médailles, et souvent même les manuscrits que Ton découvre , Ton trouve encore les usages, les mœurs, les rites, les religions, et surtout les langues , dont la construction elle seule est une histoire complète de chaque peuple , et dont la filiation et les analogies sont le fil.d'Ariane dans le labyrinthe des origines. L'on s'est trop pressé de faire des histoires universelles ; avant de vouloir élever de si vastes édifices , il eût fallu en avoir préparé tous les détails, avoir éclairci chacune des parties dont ils doivent se composer ; il eât fallu avoir une bonne histoire complète de chaque peuple, ou du moins avoir rassemblé et mis en ordre tout ce que nous avons de fragments pour en tirer les inductions raisonnables. On ne s'est occupé que des Grecs et des Romains , en suivant servilement une méthode étroite et exclusive , qui rapporte tout au système d'un petit peuple d'Asie, inconnu dans l'antiquité, et au système d'Hérodote, dont les limites sont infiniment resserrées; l'on n'a voulu voir que l'Egypte, la Grèce, l'Italie, comme si l'univers était dans ce petit espace; et comme si l'histoire de ces petits peuples était autre chose qu'un faible et tardif rameau de l'histoire de toute l'espèce. L'on n'a osé sortir de ce sentier que depuis moins de cent ans ; et déjà l'horizon s'agrandit au point que la borne la plus reculée de nos histoires classiques se trouve n'être que l'entrée d'une carrière de temps antérieurs, où s'exécutent , dans la haute Egypte, la chute d'un royaume de Thèbes, qui précéda tous ceux de l'Egypte; dans la haute Asie, la chute de plusieurs états bact riens.
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indiens, tibétains, déjà vieillis par le laps des siècles ; et les migrations immenses de hordes scythes qui , des sources du Gange et du Sanpou, se portent au\ îles du Danemark et de la Grande-Bretagne ; et des systèmes religieux du bramisme, dulamisme oubaddisme encore plus antique, et enfin tous les événements d'une période qui nous montre Tancien continent, depuis les bouts de l'Espagne jusqu'aux confins de la Tartarie, couvert d'une même forêt, et peuplé d'une même espèce de sauvages nomades, sous les noms divers de Celtes, de Germains, de Cimbres , de Scythes et de Massagètes. Lorsque Ton s'enfonce dans ces profondeurs à la suite des écrivains anglais qui nous ont fait connaître les livres sacrés des Indiens, les Yèdes, les Pourans, les Chastrans ; lorsque l'on étudie les antiquités d>j Tibet et de la Tartarie , avec Géorgî , Pallas , Strahlemberg, et celles de la Germanie et de la Scandinavie, avec Hornius, Elichman, Jablonski, Marcow« Gebhard et Ihre , l'on se convainc que nous ne faisons que d'ouvrir la mine de l'histoire ancienne, et qu'avant un siècle, toutes nos compilations granx»romaines , toutes ces prétendues histoires universelles de RoUin , de Bossuet , de Fleury, etc. seront des livres à refaire, dont il ne restera pas même les réflexions , puisque les faits qui les basent sont faux ou altérés. En prévoyant cette révolution , qui déjà s'effectue, j'ai quelquefois pensé aux moyens qui seraient les plus propres à la diriger; et je vais émettre mes idées à cet égard , avec d'autant plus de confiance , qu'un meilleur tableau de l'antiquité aurait l'utilité morale de désabuser de beaucoup de préjugés civils et religieux, dont la source n'est sacrée que parce qu'elle est inconnue , et cette autre utilité politique de faire regarder les peuples comme réellement frères , en leur produisant des titres de généalogie qui prouvent les époques et le degré de leur parenté.
D'abord il est évident qu'un travail de ce genre ne peut être exécuté par un seul individu , et qu'il eii^ le concours d'une foule de collaborateurs. Il faudrait une société nombreuse, et qui, partagée eo sections, suivît méthodiquement chaque branche d'un plan identique de recherches. Les éléments de cette société existent a mes yeux dans les diverses académies de l'Europe, qui, soit par elles-mêmes, soit par Vémulation qu'elles ont produite, ont été , quoi qu*oa en puisse dire , le grand mobile de toute instructioa et de toute science. Chacune de ces académies , con* sidérée comme une section de la grande société iiistorico-philosophique , s'occuperait spécialement de l'histoire et des monuments de son pays, comme l'ont fait des savants de Pétersbourg pour la Russie
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et la Tartarie; comme le fait la société anglaise de Calcutta pour Flode, la Chine et le Tibet ; comme Ta fait Une société de savants allemands pour Fancienne Germanie et la Sarmatie ; et déjà nous devons à cette masse récente de travaux , des ouvrages qui honoreront auprès de la postérité , et les particuliers qui les ontexécutés, et les gouvernements qui lesont ÊiYorisés et encouragés. Dans le plan que je conçois, les recherches se partageraient en sept principales sections : la première, sous le nom de celtique, s*occuperait de toutes les langues et de toutes les nations qui, avec des caractères d'affinité de jour en jour plus sentis, paraissent avoir occupé la Gaule, la Grande-Bretagne, Tltalie même et toute T Allemagne, jusqu'aux déserts de la Cimbrique et de la Sarmatie; à cette branche s'attacheraient le basbreton , le gallois , le vieux germain , conservé dans Pallemand, le hollandais, l'anglais, issus du gothique, dont les dialectes s'étendaient depuis la Scandinavie jusqu'à la Thraee et au continent de la Grèce. Des savants de Suède et d'Allemagne ont rendu sensible, depuis trente années, que tous les peuples aborigènes de l'Europe et de la Grèce n'étaient qu'une race identique de sauvages , ayant le même genre de vie, chasseurs, pasteurs et nomades, et usant d'un même fonds de langage , varié seulement dans ses accessoires et ses ramifications. Chaque jour il devient prouvé de plus en plus que les Gaulois ou Kdtes , qui ne sont qu'un même nom, parlaient une langue qui, dans le nord, s'appelait langue gothique , teutonique daçs la Germanie , scythique dans la Thraee , et dans la Grèce et l'Italie , langue pélasgique. Ces fameux Pélasges , souche première d'Athènes et de Rome, étaient de vrais Scythes, parents de ceux de la Thraee, dont Hérodote insinue qu'ils parlaient l'idiome , et par conséquent une race gétique ou gothique ; car gete, goth et scythe étaient pour les anciens un même mot. Ce n'est pas leur faute, si cette identité est masquée pour nous dans le mot scythe : elle était manifeste pour eux , qui le prononçaient s-koutky terme composé de l'article s, qui vaut en gothique notre article ^ , et de gouth ou gaethy c'est-à-dire de goth ou gaeth, qui, dans une foule de dialectes antiques et modernes, signifie un guerrier, un homme vaillant % et par transition , un homme brave^ bon et riche , un opUmate (good en anglais , gut en allemand ) ; et cela parce que le guerrier vaillant et fort est aussi l'homme riche, généreux et bon , dans le sens opposé au mal de la pauvreté et de la faiblesse. Le glossaire mœsogothique du docteur Jean Ihre, publié à Upsal en
Cest le gouz orieDtal , dont le g représente notre r gra»-
1769 , offre sur ce sujet des détails auxquels les remarques de Gatterer et de Schloezer n'ont fait qu'ajouter de nouvelles lumières. Il est prouvé que la langue grecque a la plus étroite affinité avec l'ancienne langue gothique, tant pour les mots que pour la syntaxe ; et les enthousiastes des Grecs vont se trouver dans l'alternative d'accorder une partie de leur admiration aux Thraces et aux Scythes, ou de la retirer aux Grecs , reconnus pour frères utérins des Vandales et des Ostrogoths.
Cette parenté est un point de contact où se forme une seconde section , que j'appellerai hellénique , laquelle embrasserait les langues grecque et latine , qui ont pour rameaux descendants tous les idiomes du midi de notre moderne Europe, le portugais, l'es» pagnol, le français, l'italien, et tous les termes de science des peuples du nord , chez qui , comme chez nous, ces deux langues se sont mêlées au vieux goth ; tandis que leurs rameaux ascendants sont un mélange de l'idiome pélasgique avec les mots phéniciens , égyptiens, lydiens et ioniques, qu'apportèrent les colonies asiatiques, désignées sous le nom de l'Égyptien Danaûs et du Sidonien Cadmus. Il paraît que ces colonies furent pour la Grèce et pour ritalie , ce que les Européens ont été pour l'Amérique ; qu'elles apportèrent les arts et les sciences de l'Asie policée , et qu'elles y devinrent une souche de population qui tantôt s'identifia , et tantôt détruisit totalement la race autochthone. Leur trace est évidente dans l'alphabet et les lettres grecs, à qui, lors du siège de Troie , l'on ajouta deux ou trois caractères lydiens ou troyens, dont l'un, celui du ph, se trouve encore dans l'alphabet arménien.
Les éclaircissements nécessaires à cette seconde section se tireraient d'une troisième qui , sous le nom de phénicienne , embrasserait les idiomes hébreu ancien ou samaritain, hébreu du second âge ou chaldéen , hébreu du bas âge ou syriaque , et de plus le copte ou égyptien , mélange de grec et de vieil égyptien, l'arabe et l'éthiopien, qui n'en diffère que par la figure : à cette section appartien draient les recherches sur Carthage et ses colonies, tant en Espagne et en Sicile qu'en Afrique , où l'on commence à en retrouver des traces singulières dans les pays de Fezzan et de Mourzouq ; ce serait elle qui nous apprendrait à quelle branche appartient l'idiome singulier des Basques, qui parait avoir jadis occupé toute l'Espagne , et qui n'a aucune analogie avec le celte; à quel peuple il faut rapporter le langage des montagnards de l'Atlas, dits Berbères ^ qui ne ressemble à rien de connu; et à cette occasion , je remarquerai que c'est dans les montagnes que les dialectes anciens se sont généralement
le plus conservés. Je possède un vocabutaîre berbère , mais je n'ai point encore eu le temps de l'examiner ; seulement j'y ai remarqué un fréquent usage de Vr grasseyé , qui est le gamma des Grecs , le gain des Arabes, que l'on trouve dans tout le midi de l'Asie , exclusivement aux peuples du nord. Je crois ce dialecte l'ancien numide. Cette même section , par la tangue arabe, serait en contact avec plusieurs dialectes de l'Inde et de l'Afrique > et avec le persan et le turk modernes, dont la base est tatare et scythe ancien.
Sur cette base se formerait une quatrième section, que j'appellerais tatafique, qui serait spécialement chargée d'examiner les nombreux dialectes qui ont des branches d'analogie, depuis la Chine jusqu'en Angleterre : elle nous dirait pourquoi l'anglo-saxon a la même syntaxe que le persan moderne, issu de l'ancien parthe, people seythe; pourquoi une foule de mots de premier besoin sout entièrement semblables dans ces deux idiomes. Elle nous apprendrait pourquoi la Suède et le Danemark ont une quantité de noms géographiques que l'on retrouve chez les Mogols et dans l'Inde ; pourquoi le tatare de Crimée, cité par Busbeq, ambassadeur de Fempereur près Soliman II , ressemble an moBSOgotbique d'Ulphilas, c'est-à-dire, un dialecte des tribus mogoles de Tchinguizkan, à un dialecte de l'ancien scythe on goth, dont j^ai déjà parlé. C'est à cette section que serait réservée la solution d'une foule de proUèmes piquants, dont nous ne faisons encore qu'entrevoir les premières données ; en considérant ces analogies de langages, en recuôllant et confrontant les similitudes qui existent dans le» usages, les coutumes, les mœurs , les rites , et même dans la constitution physique des peuples; en considérant que les Cambres, les Teutons, les Germains, les Saxons, les Danois, les Suédois, donnent tous les mêmes caractères de physionomie que cette race appelée jadis Massagètes ou grands GéU$, et de nos jours Éleuies et Mongols , c'esl-à-dire , hommes Uanes et occidentaux; qu'ils ont tous également la taille haute, le teint blanc, les yeux bleus, les cheveux blonds, on sent bien que cette similitude de constitution a pour cause première une similitude de genre de vie et de climat; mais l'on s'aperçoit aussi que les autres analogies sont dues à des migrations opérées par les guerres et par les conquêtes , si rapides et si faciles pour les peuples pasteurs. L'on voudrait connaître les détails de ces migrations et de ces conquêtes; on voudrait savoir à quelle époque , par exemple , se répandit jusqu'au fond du Nord cette horde terrible et puissante des Ases, qui y porta le nom de Voden et son afifreuse religion. Des idées
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systématiques veulent la trouver au temps de Mithridate , qui , fuyant devant Pompée , poussa devant lui les riverains de l'Euxin , qui, à leur tour, se poussèrent sur et à travers les Sarmates ; mais l'on a de solides raisons de s'élever au-dessus de cette date, et surtout de nier pour dief de cette invasion un prétendu honune Odin ou Yodeo , qui est la divinité présentée sous les noms divers de Budd , Bedda , Boutta , Fôt, Tant , qui est Mercure, comme le prouve le nom de Voden , conservé dans le mercredi des peuples du Nord , appelé wmsdag et vodendag, jour de Voden* : ce qui, d'une paît, lie ce système à celui des druides adorateurs de Teutat^ ; de l'autre , à celui des Gètes adorateurs de Zalmoxis, aujourd'hui le lama des Tibétains et des Tatars. Quand on considère que le TV^el on Bod- Tan, pays de Budd, est l'ancien pays des Bracbmanes; que, dès le temps d'Alexandre, œs Bracfamanes ou gymnosophistes étaient la caste la pins savante et la plus vénérée des peuples indiens; que leur chef-lieu Lah-sa et Poutâia est le plus aoei«i pèlerinage de toute l'Asie; que, de temps immémorial, les hordes seythes ou gètes s'f rendaient en foule; qu'aujourd'hui leurs races, continuées soos le nom de Tatars , en ont conservé les dogmes et les rites, et que ce culte a tanidt causé entre eux des guerres de schismes, tantôt les a armés contre les étrangers incroyaits, l'on sent que oe darent être des hordes émigrées des déserts du Cfaa-mo et de la Boukarie , qui , de proche en proche , fureil poussées jusqu'à la Chersonèse cimbrique , par oa mouvement semblable à celui qui a amené les Taras actuels des monts Altaï, et des sources de rirtieii aux rives du Bosphore; et alors une chrooiqQe suédoise, citée dans VHi$toiredeTM$ÊguizJba$^ pa^t 145, aurait eu raison de dire que les Soédois sont venus de Kasgar. L'on sent encore qu'à cette mêaK section appartiendraient les anciennes langues de la Perse, le zend et le pehievi , et peut-être le mède; mais il n'y a que des travaux ultérieurs qui puissent déterminer s'il est vrai que l'esclavon parié en Bohême, en Pologne, en Mosoovie, soit réeUemeat venu du Caucase et du pays des Mosques , ainsi que le font croire les moeurs asiatiques des nations qw le parlent. C'est encore à des trataux nltériems de faire distmguer la branche mou^ole, la branche calmouque et hunnique, dont les dialectes se parlent en Finlande, en Laponie, en Hongrie, de déterminer si l'ancienne langue de l'Inde, le samscrU^ n'est pas le dialecte primitif du Tibet et de rindostan , et la souche d'une foule de dialeetes de l'Asie
■ fFedn-esday chez les Anglais
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riioyenne; de découvrir à quelle langue se rapportent la langue chinoise et ridiome malais, qui s'est étendu dans toutes les îles de Tlnde et dans Tocéan Pacifique. Ce seraient là les travaux de deux autres sections, qui seraient les cinquième et sixième, tandis qu'une dernière s'occuperait de la confrontation des langues de l'est de l'Asie avec celles de Touest de l'Amérique , pour constater la communication de leurs peuples.
Pour tous ces travaux, les meilleurs monuments seront les dictionnaires des langues et leurs grammaires; je dirais presque que chaque langue est one histoire complète, puisqu'elle est le tableau de toutes les idées d\in peuple, et par conséquent des faits dont ce tableau s'est composé. Aussi suis-je persuadé que c'est par cette voie que l'on remontera le plus haut dans la généalogie des nations, puisque la soustraction successive de ce que chacune a emprunté ou fourni , conduira à une ou plusieurs masses primitives et originelles, dont l'anahrse découvrira même l'invention de Part du langage. L*on ne peut donc rien faire de plus utile en recherches historiques, que de recueillir des vocabulaires et des granmiaires; et Palphabet universel dont j'ai conçu le projet et dont je vous ai entretenus dans une conférence , sera pour cet effet d'une utilité véritable, en ce que, ramenant toutes les langues à un même tableau de signes, il réduira leur étude au plus grand degré de simplicité, et rendra palpable la ressemblance ou la différence des mots dont elles sont composées.
Il me reste à parler de l'influence qu'exercent en général les livres d'histoire sur les opinions des générations suivantes, et sur la conduite des peuples et de leurs gouvernements. Quelques exemples >ont rendre sensible la puissance de ce genre de récits et de la manière de les présenter. Tout le monde connaît l'effet qu'avait produit sur l'âme d'Alexandre Plliade d'Homère, qui est une histoire en vers; effet tel , que le fils de Philippe, enthousiasmé de la valeur d'Achille, en fit son modèle, et que portant le poëme historique dans une cassette d'or, il alimentait par cette lecture ses guerrières fureurs. En remontant des effets aux causes , il n'est point absurde de supposer que la conquête de PAsie a dépendu de ce simple fait , la lecture dliomère par Alexandre. Ma conjecture n'est que probable; mais un autre trait non moins célèbre, et qui est certain , c'est que Phistoire de ce même Alexandre, écrite par Quinte-Curce, est devenue le principe moteur des guerres terribles qui , sur la fin du dernier siècle et le commencement de celui-ci, ont agité tout le nord de l'Europe. Vous avez
tous lu l'histoire de Charles Xn, roi de Suède, et vous savez que ce fîit dans Pouvrage de Quinte- Curee qu'il puisa cette manie d'imitation d'Alexandre, dont les effets furent d'abord l'ébranlement, pois l'affermissement de l'empire russe , et en quelque sorte sa transplantation d'Asie en Europe, par la fondation de Pétersbourg et l'abandon de Moscou, où , sans cette crise , le tzar Pierre I*' eût probablement resté. Que si l'historien et le poète eussent accompagné leurs récits de réflexions judicieuses sur tous les maux produits par la manie des conquêtes, et qu'au lieu de blasphémer le nom delà vertu, en l'appliquant aux actions guerrières, ils en eussent fait sentir l'extravagance et le crime ; il est trèsprobable que Pesprit des deux jeunes princes en eût reçu une autre direction, et qu'ils eussent tourné leur activité vers une gloire solide, dont le tzar Pierre I*', malgré son défaut de culture et d'éducation, eut un sentiment infiniment plus noble et plus vrai.
Je viens de citer des exemples individuels, je vais produire des exemples populaires et nationaux. Quiconque a lu avec attention l'histoire du Bas-Empire d'Occident et d'Orient , ainsi que celle de l'Europe moderne, a pu remarquer que dans tous les mouvements des peuples , depuis quinze cents ans , dans les guerres, dans les traités de paix ou d'alliance, les citations et les applications de traits historiques des livres hébreux sont perpétuelles; si les papes prétendent oindre et sacrer les rois, c'est à l'imitation de Melchisédech et de Samuel ; si les empereurs pleurent leurs péchés aux pieds des pontifes , c'est à Pimitation de David et d'Ézéehias; c'est à l'imitation des Juifs que les Européens font la guerre aux infidèles ; c'est à Pimitation d'Ahod , d'Ëglon et de Judith, que des particuliers tnent les princes, et obtiennent la palme du martyre. Lorsque, au quinzième, siècle l'imprimerie divulgua ces livres jusqu'alors manuscrits, et en fit des livres vulgaires et presque classiques , ce fut un redoublement d'influence et une sorte d'épidémie d'imitation : vous en connaissez les funestes effets dans les guerres d'Allemagne, promues par Luther; dans celles d'Angleterre, conduites par Cromwell; et dans oeHes de la ligue , terminées par Henri lY. De nos jonrs même, ces effets ont été puissants dans la guerre d'Amérique; et les passages de la Bible où Moïse et Samuel exposent les abus de la royauté, n'ont pas peu servi à déterminer Pinsurgence, comme ils avaient senri à renverser le trône de Jacques et de Charles '. Ainsi le principe moteur du destin de Pu-
* Toyei to Common Senu, par Thomas Payne.
nivers, la règlenormale' d*ane Immensité de générations ont été puisés dans l'histoire d'un petit peuple presque inconnu de l'antiquité, dont les douze tribus , mélange d'Arabes et de Phéniciens, n'occupaient que 275 lieues carrées , de manière que Salomon, dans toute sa gloire, n'en posséda jamais plus de 400 a moitié désertes, et ne commanda jamais à 800,000 âmes , ni par conséquent à 200,000 soldats. Supposez la non-existence de ces livres, tout le système de Mahomet, singé sur celui de Moïse, n'eût point existé : et tout le mouvement du monde romain depuis dix siècles, eût pris une direction diâérente. Supposez encore que les premières imprimeries eussent répandu à leur place de bons ouvrages de morale et de politique, ou qu'euxmêmes en eussent contenu les préceptes, Tesprit des nations et des gouvernements en eût reçu une autre impulsion ; et l'on peut dire que l'insuffisance et le vice de ces livres , à cet égard , ont été une cause, sinon radicale, du moins subsidiaire des maux qui ont désolé les nations.
Enfin la vraie philosophie, la philosophie amie de la paix et de la tolérance universelle , avait amorti ce ferment , et le dix-huitième siècle croyait toucher à la plus belle époque de l'humanité, lorsqu'une tempête nouvelle, emportant les esprits dans un extrêmecontraire, a renversé l'édifice naissant de la raison, et nous a fourni un nouvel exemple de l'influencede l'histoire, et de l'abus de ses comparaisons. Vous sentez que je veux parler de cette manie de citations et d'imitations grecques et romaines qui , dans ces derniers temps, nous ont comme frappés de vertige *. Noms , surnoms , vêtements, usages , lois , tout a voulu être Spartiate ou romain; de vieux préjugés effrayés, des passions récentes irritées, ont voulu voir la cause de ce phénomène dans Vesprit philosophique qu'ils ne connaissent pas; mais Tesprit philosophique, qui n'est que YobservaUon dégagée de passion et de préjugé, en trouve l'origine plus vraie dans le système d'éducation qui prévaut en Europe depuis un siècle et demi : ce sont ces livres classiques si vantés, ces poètes, ces orateurs, ces historiens, qui, mis sans discernement aux mains de la jeunesse, l'ont imbue de leurs principes ou de leurs sentiments. Ce sont eux qui , lui offrant pour modèles certains hommes, certaines actions, l'ont enflammée du désir si naturel de l'imitation; qui l'ont habituée sous la férule collégiale à se passionner pour des vertus et des beautés réelles ou supposées, mais qui étant également au dessus de
I Cest-àrdlre directrice et conductrice, qui sont les sens du mot norma.
* Yoyei TiBistoire de 1798.
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sa conception , n'ont servi qu'à l'affecter du sentiment aveugle appelé enthousiasme. On le voit ort enthousiasme, au commencement du siècle , se manifester par une admiration de la littérature et d» arts anciens, portée jusqu'au ridicule; et maiQt^ nant que d'autres circonstances l'ont tourné vers la politique , il y déploie une véhémence proportionnée aux intérêts qu'elle met en action : varié dans ses formes, dans ses noms, dans son objet , il est toujours le même dans sa nature ; en sorte que noos n'avons fait que changer d*idoles, et quesubstitoer un culte nouveau au culte de nos aïeux. Nous leor reprochons l'adoration superstitieuse des Juifs, et nous sommes tombés dans une adoration noa moins superstitieuse des Romains et des Grecs; nos ancêtres juraient par Jérusalem et la Bible, et une secte nouvelle a juré par Sparte, Athènes et Tite-Live. Ce qu'il y a de bizarre dans ce nouvean genre de religion, c'est que ses apôtres o^ont pas même eu unejuste idée de la doctrine qu'ils prêchent, et que les modèles qu'ils nous ont proposés sont diamétralement contraires à leur énoncé ou à leor intention; ils nous ont vanté la liberté, l'esprit d'égalité de Rome et de la Grèce, et ils ont oublie qu'à Sparte une aristocratie de trente mille nobles tenait sous un pugaflreux deux cent mille serfs; que pour empêcher la trop grande population de ce genre de nègres, les jeunes Lacédémonieas allaient de nuit à la chasse des Ilotes, comme de bétes fauves; qu'à Athènes, ce sanctuaire de toute liberté,ii y avait quatre têtes esclaves contre uue tète libre; qu'il n'y avait pas une maison où le régime de^Kh tique de nos colons d'Amérique ne fût exercé par ces prétendus démocrates, avec une cruauté digne de leurs tyrans ; que sur environ quatre millions d'âmes qui durent peupler l'ancienne Grèce >, plos de trois millions étaient esclaves; que l'inégalité politique et civile des hommes était le dogme des peuples , des législateurs ; qu'il était consacré par Lycurgue, par Solon, professé par Aristote, par ie divin Platon , par les généraux et les ambassadeurs
' La totalité des pays désignés sous le nom de Grèce oontient environ 3,860 lieues carrées; de ee nombre Iioe fxmposent la Macédoine , qui » selon Strabon , cooteoait « an leni» d*A1exandre, c'est-à-dire au plus haut degré de prospérilr, 1,000,000 de têtes ; c*est un peu moins de looo Ames pir linM carrée , et cette proporUon est en effet celle des p^ys les pis peuplés ; je l'applique à toute la Grèce , afin de n^avoir pis de contestations avec les adorateurs de Tantlquité ; elle est d^^ leurs le cas le plus favorable des portions de la Grèee bddeme; car, d'après des recherches Csites avec bcaoooopdv soin et d'intelligence, par Félix, consul de SaloaiqiM, la 3fa* cédoine actuelle n'a que 700,000 émes , ce qui donne en wàm trois dixièmes; la Morée n'en a que 300,000 pour TOO liraei carrées ; l'Attique 20,000, et toute la Grèce réunie pas 2,600,000, ce qui ne donne que 600 Ames par Heoe carrée , et ee teno* est plus fort que l'Espagne.
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ion
d' AUiènés , de Sparte et de Rome, qui , dans Polybc, dans Tite-Live, dans Thucydide, parlent comme les ambassadeurs d* Attila et de Tcfainguizkan : ils ont oublié que chez les Romains ces mêmes mœurs, ce même régime, régnèrent dans ce que Ton appelle les plus beaux temps de la république; que cette prétendue république, diverse selon les époques, fut toujours une oligarchie composée d*un ordre de noblesse et de sacerdoce, maître presque exclusif des terres et des emplois , et d'une masse plébéienne grevée d'usures, n'ayant pas quatre arpents par tête, et ne différant de ses propres esclaves que par le droit de les fustiger, de vendre son suffrage, et d'aller vieillir ou périr sous le sarment des centurions, dans l'esclavage des camps et les rapines militaires; que dans ces prétendus états d'égalité et de liberté, tous les droits politiques étaient concentrés aux mains des habitants oisifs et factieux des métropoles , qui dans les alliés et associés ne voyaient que des tributaires. Oui, plus j'ai étudié Tantiquité et ses gouvernements si vantés, plus j'ai conçu que celui des Mamiouks d'Egypte et du dey d'Alger, ne différaient point essentiellement de ceux de Sparte et de Rome; et qu'il ne manque à ces Grecs et à ces Romains tant prônés, que le nom de Huns et de Vandales , pour nous en retracer tous les caractères. Guerres éternelles, égorgeroentsde prisonniers, massacres de femmes et d'enfants, perfidies, factions intérieures , tyrannie domestique, oppression étrangère : voilà le tableau de la Grèce et de l'Italie pendant 500 ans, tel que nous le tracent Thucydide, Polybe et Tite-Live. A peine la guerre , la seule guerre juste et honorable , celle contre Xerxès, est-elle finie, que commencent les insolentes vexations d'Athènes sur la mer; puis rtiorrible guerre du Péloponèse , puis celle des Thébains , puis celles d'Alexandre et de ses successeurs , puis celles des Romains, sans que jamais l'âme puisse trouver pour se reposer une demi-génération de paix.
On vante les législations des anciens; quel fut leur but, quels furent leurs effets, sinon d'exercer les hommes dans le sens de ces animaux féroces que l'on dresse au combat du Uon et du taureau ? On admire leurs constitutions ; quelle était donc cette constitution de Sparte , qui , coulée dans un moule d'airain, était une vraie règle de moines de la Trappe, qui condamnait absurdement une uatioD de 30,000 hommes à ne jamais s'accroître en population et en terrain.' L'on a voulu nous donner des modèles grecs ou romains; mais quelle analogie existe-t-il entre un état qui, comme la France, contient 27,000 lieues carriées, et 25 mil-
VOLNEY
lions de têtes dépopulation, et cette Grèce, où le Péloponèse contenait six confédérations indépendantes dans 700 lieues carrées; où cette fameuse Laconie, qui, selon Thucydide, formait les deux cinquièmes du Péloponèsos ne contenait que 280 lieues; où l'Attique, y compris les 20 lieues de la Mégarfde, n'était composée que de 165 lieues; où tout le continent grec n'avait pas plus de 3,850 lieues carrées en tout, y compris la Macédoine, qui en a 110, c'est-à-dire le sixième de la France, et cela en terrain qui n'est pas généralement fertile. Quelle comparaison établira-t-on entre les mœurs et les habitudes dépeuples à demi sauvages', pauvres et pirates, divisés et ennemis par naissance et par préjugé, et un grand corps de nation qui, le premier , offre dans l'histoire une masse de 25 millions d'hommes parlant la même langue, ayant les mêmes habitudes, et dont tous les frottements , depuis 1500 ans, n'ont abouti qu'à produire plus d'unité dans ses habitudes et son gouvernement. De modernes Lycurgues nous ont parlé de pain et de fer : le fer des piques ne produit que du sang: l'on n'a du pain qu'avec le fer des charrues. Ils appellent les poètes pour célébrer ce qu'ils nomment les vertus guerrières : répondons aux poètes par les cris des loups et des oiseaux de proie qui dévorent l'affreuse moisson des batailles ; ou par les sanglots des veuves et des orphelins , mourant de faim sur les tombeaux de leurs protecteurs. On a voulu nous éblouir de la gloire des combats : mo^ heur aux peuples qtd remplissent les pages de F histoire! Tels que les héros dramatiques, ils payent leur célébrité du prix de leur bonheur. On a séduit les amis des arts par l'éclat de leurs chefs-d'œuvre: et l'on a oublié que ce furent ces édifices et ces temples d'Athènes qui furent la première cause de sa ruine , le premier symptôme de sa décadence ; parce qu'étant le ^it d'un système d'extorsions et de rapines, ils provoquèrent à la fois le ressentiment et la défection de ses alliés , la jalousie et la cupidité de ses ennemis, et parce que ces masses de pierre, quoique bien comparties , sont partout un emploi stérile du travail et un absorbement ruineux de la richesse. Ce senties palais du Louvre, de Versailles, et la multitude des temples* dont est surchargée
^ IfainteDant que j*al va les «lavages *d*Amériqae, Je persiste de plus en plus dans ceUe comparaison , et Je trouve que le premier Uvre de Thucydide , et tout ce qu*il dit des moeurt de^ Laoédémoniens, conviennent tellement aux cinq ftations^ qae J'appellerais volontleis les Spartiates, les Jroquoû de randen monde.
* Lorsque Je songe que Téglise dite Sainte-Ceneviève, aujourd'hui le Panthéon , a coûté plus de 80 miUioQs; que Saint- Sulpioe,et vingt autres églises dans Paris, en ont ooiile depuis cinq Jusqu'à <Ux; quil n'est pas de ville de io,oi)0 âmes en France qui n'ait pour on million en oonstrucUon d'églises, pas
la France, qui ont aggravé nos impôts et jeté le désordre dans nos finances. Si Louis XIV eût employé en chemins et en canaux les 4,600,000,000', qu*a ooOté son château déjà en dégât, la France n*eût vu ni la banqueroute de Law, ni ses conséquences reproduites parmi nous. Ah! cessons d'admirer ces anciens qui n'eurent pour constitutions que des oligarchies, pour politique que des droits exclusifis de cités, pour morale que la loi du plus fort et la haine de tout étranger ; cessons de prêter à cette antiquité guerroyeuse et superstitieuse une science de gouvernement qu'elle n'eut point , puisqu'il est vrai que c'est dans l'Europe moderne que sont nés les principes ingénieux et féconds du système représentatif, du partage et de l'équilibre des pouvoirs , et ces analyses savantes de l'état social , qui , par une série évidente et simple de faits et de raisonnements, démontrent qu'il n'y a de richesse que dans les produits de la terre, qui alimentent, vêtissent et logent les hommes; que l'on n'obtient ces produits que par le travail; que le travail étant une peine, il n'est excité chez les peuples libres que par l'attrait des jouissances, c'est-à-dire par la sécurité des propriétés; que pour maintenir cette sécurité , il &ut une force publique que Ton appelle gouoememewt; en sorte que le gouvernement peut se définir une banque d'assurance, à la conservation de laquelle chacun est intéressé par les actions qu'il y possède, et que ceux qui n'y en ont aucune, peuvent désirer naturellement de briser. Après nous être affranchis du fanatisme juif, repoussons ce fanatisme vandale ou romain , qui y sous dçs dénominations politiques , nous retrace lesûureurs du monde religieux; repoussons cette doctrine sauvage , qui par la résurrection des haines nationales, ramène dans l'Europe policée les moeurs des hordes barbares ; qui de la guerre fait un moyen d'existence, quand toute l'histoire dépose que la guerre conduit tout peuple vainqueur ou vaincu à une ruine égale; parce que l'abandon des cultures et des ateliers , effet des guerres du dehors, mène à la disette, aux séditions, aux guerres civiles, et finalement au despotisme militaire; repoussons cette doctrine qui place l'assassinat même
de pafolne qui n*ea ait pour so à 80,000 francs Je mit porté à croire que la France a employé lo milliards à entasser de petits monoeaoz de pierres tans oUUté; C'est-à-dire, quatre ans de son revenu actuel , et pins du dooble de son revenu au temps des constnicOons : et voUà la sagesse des peuples et des floavemements!
> n existait diei randen Intendant des bàUments ( d*Angi. viUlers ) un volume manuscrit superbement relié, qui était le registre des frais de la eonstructton de VerBailles, et dont le résomé an dernier iraUiet était de 1400,000,000 de livres tournois : mais l'ttgnt était à IS francs le marc^ U est de nos Jours a sa francs
HISTOIRE
au rang des vertus , quand toute Tbisloire prooie que les assassinats n'ont jamais causé que de idui grands désastres, parée que, où se montrent les poignards, là s'éclipsent les lois, et quand, paimi nous, l'assassinat même deson plus vil ap6tn< n*a servi qu'à égarer l'opinion publique et à Êiire périr 100,000 des meilleurs citoyens. On tuelesboouMi, on ne tue point les choses, ni les ciioonstaaoei dont ils sont le produit. Brutus et Casca poignardent César, et la tyrannie se consolide; pourquoi cela ? parce que , depuis les tribuns , il n'y avait plus d'équilibre de pouvoirs ; parce que les volontés à peuple de Rome étaient devenues la loi; parce que depuis la prise de Corinthe et de Carthage,ee peuple oisif, pauvre et débauché, fut à Tencan des généraux, des proconsuls, des questeurs, gorgés de richesses. Brutus et Casca sont devenus pour notre âge ce qu'étaient Ahod et les Macfaabées pou rage antérieur; ainsi, sous des noms divers, oi même fanatisme ravage les nations; les acteurs changent sur la Scène; les passions ne ehangcDl pas, et l'histoire entière n'offre que la rotation (Tun même cercle de calamités et d'erreurs... Mais comme en même temps toute l'histoire proclame que ces erreurs et ces calamités ont pour cause générale et première Vignorance humaine, qui ue sait connaître ni ses vrais intérêts, ni les moyens d'arriver au but même de ses passions, il résulte de nos réflexions , non des motifs de découragement, ni une diatribe misanthropique et antisociale, mais des conseils plus pressants d'instruction politique et morale appliquée aux peuples et aux goovernements; et c'est sous ce point de vue paruculièrement que l'étude de l'histoire prend sod plus noble caractère d'utilité, en ce qu'offrant nne immense collection de faits et d'expériences sur le développement des facultés et des passions de l'homme dans l'état social, eUtîonmïtàu philosophe des principes de législation plus généraux et plus conformes à chaque hypothèse ; des bases de constitution plus simples et plus conciliantes; des théories de gouvernement plus appropriées au dimat et aux mœurs ; des pratiques d'administratioa
* FBTla nafai de Chailotto. Gorday : eependaDt il est mi qoeehei let Juib Vaasattinat^M t^franê Ait iupIrécC prabfé par VEgprit saint; que çliez les chréUens U a été emêigûé tl recommandé par saint thcmas ^Aquin, et par les jésuites, qui i'oot pntlqaé mr des princes qui notaient pattjnw- Ai4oiird*tiui qoe deux empereurs, effrayés de eelte dodrte en d^autres mains , veulent rétablir l'ordre des Jésaitei, fl poorrase faire, slls y réiuilB8ent,qa1ls aient onjonrpliB de peine à sa dékMmrasser de oei honspèrm, que n'en oatcalo rois de France , d*Espagne et de Portugal ; car Us n*aan»t pta à lear secours y oKalre, Hd véttus, d'Àlembert, et tant dtetm phikMoplMs antffanatfqoes, hais maiateaaat p« !■ i*> quoique Frédéric UfXAduà leur oonbf».
HISTOIRE DE SAMUEL
plus halnlflfl et pltts éproiifées |iar Texpérienee; en un mot, des moyens ploseflieaces et {dus patenielg de perfectionner les générations à venir, en commençant par améliorer le sort de la génération présente.
Désormais J'ai épuisé plutAt que complété mes considérations sur l'histoire ; il faudrait maintenant que j'en fisse l'application à quelques ouvrages re« marqoables, modernes ou anciens , et que je vérî* fiasse en pratique les règles de critique que je vous ai proposées; mais le travail exagéré et précipité auquel J'ai été soumis depuis deux mois, ne me permet pas de fournir cette seconde carrière sans reprendre haleine; et après avoir fait acte de dé-
vouement à la chose publique «, en fournissant la première sans une pr^aration de plus de quinze jours , privé même de mes manuscrits, il me devient IndispensaUe de suspendre ces leçons, pour reposer mes forces et avoir le temps d'assembler de nouveaux matériaux.
Nota. L'école nocmale ayant été dissoute peu de tempu après, ranteor n'a plus en de moUft deoonliiiuer œ travaû.
' L*aatear, après dix mois de détention (]nsqa*aa 6 frnotidor an 9), se tioaTait exiM de Paris, par le décret contre les détenus , lonqall reçut à If iee, an mois de Mmaiie , sa nomination inopinée à l*une des places de professeor, et llnritation du comité dinstructton pubSqne de yentr sur-l»€hamp la remplir.
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