‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 164 sur 230 · INVENTEUR DU SACRE DES ROIS · texte numérisé non relu

INVENTEUR DU SACRE DES ROIS

PRÉFACB ]>B L'EDI^TEUR*

An moment oà un gouTemement constltatlomkd se propose de dmnier à l*KaiDpe do dix-Beuvièma siècle la speekeole d'us loi légitime requérant on aeof^tant son titra d*inTeRtttsre de la main d*on prêtre, son sij^et : au moment où l'on trouire sage de rappeler aux Ftançais qu'Un sacre, nème pttpal, n'a paa ea In vertn de coi||urer la chute d'un souTernenaat puis^ lant, mais illUtéral, il ne sera peut-être pas sans intérêt pour beaucoup de lecteurs, de connaître mieux qu'on ne Ta Islt Jusqu'à ce jour, queUe a été rorigint égnitlenne ou JulTC de la liliane cérémonie qui, au moyen d'un peu d'huile versée sur la tète d'un homme , prétend lui imprimer des droits indélébiles , indépendants de sa conduite et de sa capacité; de connaître quels Iteiwt le oametère personnel, les vues, la mor»lité de rindividu prêtre, qui le premier administra de son chef ce nouveau genre de sacrement; quels Itirent enfin les effets de oe don p^Ode, et pour les deux rivaux qui le reçurent, et pour la nation imprudente et superstitieuse qui se le laissa imposer. On méprise les JuUs et on les imite; on repousse leur code, on garde leurs rites ; on parle doctrine, on n'est que IMssion; on invoque la religion, on ne veut que son moyen; OQ s'autorise des Bibles, on ne les a pas lues; on ks a lues, oo ne les a pas comprises ; on ne Ta pu, car aucune de leurs traductions n'est fidèle; aucune ne rend eonstaauneat le sens vrai de ToriglnaL Quel homme instruit, quel grammairien osera nier ce fait? L'écrit que nous présentons en offre une preuve nouvelle ; il ne ftit pas destiné d'abord à IMmplol que Eioos en fidsoneaqlourd'hui ; mais U s'y adapte si bien que tout ami du bon sens et de l'honneur national, disons même de rbonoeur royal, nous sania gré de l'y avoir appliqué.

Le manoBcrif original paraH venir d^on voyageur américain, de la société des amis dits IV«e-<?iiaiiwn ; le traducteur a dû supprimer la formule du tutoiement, qui est de mauvi^ goût, et couTcrtir les mesures ang^bises en mesures françaises.

PiéUmlaÉbm da voyaem- - HotfiSi «oddMitfllâ 4s oett» dissertation.

àm laire» es Éopt«, itiS, mtà${ftniWfêt^deiQuaktn).

UttndelooABNiaaLia à son ami KALoLignEiiBa, négociant il Philadelphie ( ttate-Vni» d^ Amérique }.

Enfin j*ai vu Jénuakm, et la terre de ^ai< et de miel si Yaatée * ; j'ai mesuré le pays* des fameux Philistins, qui purent posséder 15 lieues de long sur 7 de large; j*ai calculé Tenceinte de la puis-

> En ce moment tout Parle, giice à Part de M. Pféntmi, voit ou peut voir Jérusalem aussi Itoi que notre voyageur l'illusion du Panorama est compMIe, mais elle détruit celles de llmaginaUon; chacun se dit! gMof/cVsm/frtiisfem/ Les réflexions de notre auteur n'en seront que mieux appréciées, n mt fâcheux que la vérité du tableau de M. Prévost soit gfttée par une noOee trivial», pltina d'ennois p^Kdaires et de contes de péfertiw.

HISTOIBE DE SAMUEL.

santé Tyr^ Jadis située sur un flot de rocailles, dont le pourtour actuel n*est pas de plus de 1600 toises < ; J'ai traversé deux fois le fleuve Jourdain ^ qui du plus au moins peut avoir 60 à 80 pieds de* large; j*ai visité, à l'entrée de rÉgypte,la terre de Goshem, séjour ancien des Hébreux, aujourd'hui vallon de TonUat; elle peut avoir 11 lieues d'étendue.... Vous le dirai-Je, mon ami? J'ai perdu beaucoup d'illusions; mais j'ai gagné beaucoup à^ faits positif, intéressants, que J'ai le droit d'appeler des vérités. Me voici en Egypte, dans cette terre d'abondance, but premier de notre spéculation.

Ne me blâmez point de mon épisode. Ayant terminé nos affaires à Tunis y je trouvai impossible de me rendre au Kaire sans caravane, par terre , au mois d'août ; une occasion de mer se présente pour Acre en Syrie, d'où l'on passe facilement à Damiette; je la saisis : un coup de vent nous jette sur Saide ou &don; j'y débarque, et de suite voilà que je conçois le projet d'une tournée intéressante : devant moi je voyais lea montagnes des Druzes ; sur ma gauche, au loin, les cimes du Liban : à ma droite, l'ancienne Phénicie, qui me menait aux dix tribus et à la Judée. Vous savez combien notre éducation biblique a nourri notre esprit des idées et des noms de ces contrées : Je ne pus résister au désir de les voir, de les juger par moi-même ; j'étais encouragé par un moyen précieux.

Pendant les quinze mois de négociations qu'il m'avait fallu passer à Tunis , J'avais employé mes loisirs à apprendre l'arabe vulgaire; j'arrivai en Syrie comme en pays connu ; au bout de quinze jours j'entendis et je fus entendu : je me mis sous la protection d'une autorité française; j'eus bientôt converti à mon désir l'autorité turke; un peu d'argent placé à propos ne manque pas son but avec celle-ci ; la politesse, les bons procédés réussissent avec l'autre : je fus censé un commis de maison cherchant des débouchés de commerce ; j'eus des recommandations pour la montagne druze; bientôt j'y acquis droit d'hospitalité; quelques présents me firent des amis; j'eus l'air d'acheter et de vendre des bagatelles d'un lieu à l'autre : mon peu de botanique me fut très -utile; j'appliquai même au besoin l'ipécàcuanha et l'émétique, qui sont le grand remède de ces gens-là : lâais mon meilleur instrument , mon plus efficace passe-port fut de parler couramment la langue et d'agir directement sur les esprits; l'on n'apprécie, pas toute la puissance de ce moyen : tout est là.

* An temps d'Alexandre, la rflle de Tyr, aclon les Grecs , avait 40,000 habitants, entassés dans des maisons à çuairt étageÊ , oonstractkm rare ches les anciens.

Le voyageur qui ne peut converser, est un sourd et muet qui ne fait que des gestes, et de plus on demi-aveugle qui n'aperçoit les objets que sous un £biux jour ; il a beau avoir un interprète , toute traduction est un tapis vu à revers : la parole seule est un miroir de réflexion, qui met en rapport de»

âmes sensibles La plus forte finit par maîtriser

l'autre ; j'en ai fait d'bôireuses épreuves : miuiî des connaissances scientifiques que donne Féducatioo moderne à nous autres Occidentaux, j'ai imprimé l'attention et le respect en éveillant la curiosité. Le bon ton en ce pays est un air grave, un maintien posé, une indiffîrence apparente pour ce qui entoure; avec ces manières, on voit mieux et plus qoe les babillards et les empressés qui sèment leur argent ; j'ai circulé pendant trois mois dans un intérieur peu connu. Je me joignis à une caravane venant de Damas , pour m'introduira dans Jérusalem ; là, Je me suis gardé d'être pèlerin, j'eusse été en proie à l'avarice turke, et, ce qui la vaut bien , à fbypocrite mendicité chrétienne : J'ai eu le bonheur de sortir sans dommage de ce foyer de superstition et de fourberie, de malice et de pauvreté.

Je voulais rejoindre Acre par Jafa : un de ees hasards qui ne manquent guère en voyage, me fit trouver dans la garnison de cette dernière ville le frère de notre censal * , Maure de Tunis; il m*offrit ses services avec cette gravité musulmane qoi ne trompe point ; je lui coofiai mon désir de me rendre au Kaire : l'aga préparait ime petite caravane pour faire ce trajet hasardeux ; j'y fusjoint avec protection. Chemin faisant, je vis les ruines d'^zo^ et d'Ascalon; je traversai à sec le torrent d't^gy^, les anciens marais de Sirlwn, et depuis six semaines je suis en cette ville d'almndanee et de tranquillité : j'y occupe mon repos à digérer mes idées nouvelles, à mettre en ordre les faits assez nombreoi que j'ai acquis; c'est de ce sujet que je veux vous entretenir aujourd'hui.

Je ne saurais vous exprimer le changement qœ cette tournée de quelques mois a produit dans mon esprit, et surtout dans mes opinions du genre historique ; presque rien de tout ce que j'ai vu n a ressemblé aux images que je m'en étais faites , aux idées que nous en donne notre éducation : et, ao fait, que peuvent en savoir plus que nous nos doeteurs d'école et de cabinet? Aujourd'hui il m*est démontré que nous autres Occidentaux n^entendons rien aux choses d'Asie : les usages, les mcrars. l'état domestique , politique, religieux, des peuples de cette contrée , différent tellement des nôtres, que nous ne pouvons nous les représenter sur de

> Coartter.

mSTOIRE DE SAMUEL.

simples récits; il faut avoir vu soi-même les objets, pour en saisir les rapports» pour en lier le système; cela veut du temps, de la méditation : un voyageur qui ne ferait que passer ne verrait qu'incohérence, n'emporterait que surprise; il recevrait les récits sans apprécier les témoignages; il admettrait les faits sans les avoir discutés, et, par négligence on par amour-propre, il transmettrait à d'autres les erreurs qu'il aurait acceptées, il se dissimulerait même celles qu'il n'aurait pu redresser.

Pour moi , j'avoue franchement que je suis arrivé ici imbu d'une foule d'opinions que maintenant je reconnais pour n'être que des préjugés sans fondement ; par exemple, je croyais que ces traditions orientales, dont on nous vante l'autorité, avaient quelque chose de régulier et de certain dans leur origine et leur transmission ; aujourd'hui il m'est démontré que les habitants^ de ces contrées, juifs, arabes, chrétiens, musulmans, n'ont pas plus de sâreté dans la mémoire, pas plus de fidélité et de bonne foi dans l'intention que nous autres Occidentaux, que nos sauvages et nos paysans : il m'est démontré que là, comme partout, l'homme ne garde guère de souvenir que de ce qu'il a vu dans sa jeunesse ; que bien peu de ces gens-là connaissent l'histoire de leur propre famille au del^ de leur grand-père; que la plupart ne savent ni leur âge, ni l'année de leur naissance; que chez eux, comme chez nous , il n'y a de vrais moyens de garder, de transmettre les faits que par les écrits ; or ils en sont privés au point de ne tenir registre de rien , soit public , soit particulier.

De plus , la séné des générations ayant été plusieurs fois rompue par des guerres, des invasions et des conquêtes, lés traditions de faits anciens, aujourd'hui régnantes, ne peuvent être le fruit d*uiie transmission orale , mais dérivent d'une interprétation faite aprèscoup de ces mêmes livres anciens , c|ue l'on prétend maintenant soutenir par elles. Le pays de Jérusalem, plus que tout autre, fournit des preuves de cette vérité, puisqu'on y trouve de ces prétendues traditions , les unes contraires aux propres textes des Bibles ' , les autres portant sur des faits reconnus faux. Vous n'avez pas d'idée de ce que l'esprit de secte et la rivalité de dientelle font inventer de fraudes de cette espèce.

En général , ce que nous ne comprenons point

■ Dans VJiinéraire à Jérutalem, tome II, le poétique aulear cite, page 129 , le vUlage de Salnt-Jérémie oomme étant la |»atrie do prophète de ce nom , et H reconnaît qae cette tradition est fausse, puisque la Bible établit AnatoL

page 1S3 , selon Us hiibitants, tous les monuments du pays ««raient dus à sainte Hélène, et il convient que cela n*est pas

V rai , etc. hauteur eût pu en citer bien d*autres exemples ,

» ce D*étalt ni son InteuUon ni son but.

assez , nous autres Occidentaux , ce qui m'a le plus surpris en mon particulier dans toute cette contrée, c'est l'ignorance profonde et universelle en choses physiques et naturelles , jointe à l'entêtement et à la présomption en choses dîtes divines, c'est-à-dire , en choses hors de notre portée; c'est la crédulité la plus puérile, jointe à une défiance cauteleuse ; c'est l'esprit de dissimulation , de fourberie , joint à une simplicité de mœtirs apparente , quelquefois réelle ; enfin c'est l'esprit de servilité craintive qui n'attend que l'occasion de devenir arrogance et audace. Expliquer tout ce mélange, donner les raisons d'un tel état de choses , serait sans doute un travail très- Intéressant ; mais mon but en ce moment se borne à vous faire connaître comment la vue de l'état présent est devenue pour moi un moyen d'apprécier l'état passé, cet état idéal pour nous , et qui ne nous estindiquéquepardesKvresdontlesensobscurestou méconnu ou falsifié par ceux qui s'en font les docteurs. Quand je compare mes idées actuelles à celles que m'avaient imposées nos instituteurs , je ne puis m'empécher de rire de tous les contre-sens, de toutes les méprises dont, maîtres etdisciples, nous sommes également les dupes.

On nous fait lire dès l'enfance des récits grossiers, scandaleux, absurdes , et moyennant les interprétations mystiques qu'on leur donne , les pieuses allégories qu'on y trouve , on les retourne si bien que nous finissons par être édifiés de la sagesse cachée et profonde : notre enfance docile par crainte ou par séduction se plie à tout, sliabitue à tout , et notre esprit finit par n*avoir phis le tact de la vérité et de la raison. — Je vous l'avouerai, mon ami, avant ce jour je ne concevais rien à la plupart des événements qui composent l'histoire des Juifs, je les regardais comme appartenant à un vieil ordre de choses , aboli comme l'Ancien Testament ; cette histoire d'Abraham , de sa famille errante qui devient un peuple, de ce peuple qui d'esclave devient conquérant, de ces conquérants qui retombent en anarchie et en servitude, puis sont reconstitués en monarchie pour se diviser et se déchirer encore, tout cela me semblait plutôt romanesque que probable ; aujourd'hui tout cela me semble parfaitement nativel , conforme à ce que je vois, explicable par l'état actuel.

Dans les mœurs, la vie, les aventures d'une tribu arabe , d'un chef bédouin , je vois la copie ou le modèle des mœurs , des aventures de la horde hébraïque fondée par Abraham et Jacob. Je la vois errante d'abord , se fixer ensuite sur la frontière d'Egypte où on la tolère, comme les pachas tolèrent les Bédouins moyennant des redevances annuel-

HISTOIRE DE SABfUEL.

les, des tributs de nature quelconque; je la toIs se multiplier assez vite par Tabondanœ de ce pays; puis inquiéter ses protecteurs comme nos nègres trop nombreux nous inquiètent nous-mêmes ; puis , à raison de son malaise, eonoevoir des idées de rébellion et d'indépendance. Plaçons cet état de choses dans le temps présent; supposons sous le règne des Mamloufcs une horde de Ouahàbis établie dans la basse Egypte, entrée en contestation avec les naturels pour cause d'opinions religieuses et de vexatîonsdomestiques ; supposons qu'un hommede cette race ait voyagé en que^e contrée cÎTilisée de l'Europe; ^'il y ait puisé quelques connaissances militaires , législatives, physiques , qui le rendent supérieur à ses compatriotes, même à leurs oppresseurs, il pourra jouer le rôle de Moise, il pouna devenir chef, emmener ses sectateurs dans le désert, leur y donner une organisatÉon systéoMitique, religieuse et guerrière, au moyenne laqudle leur raee, renouvelée de personnes et de mœurs , pourra s'introduire en Syrie, s'y fortifier dans lesmontagnes, etenfin,àtraversbiendesvicissitades,s'yperpétiier, comme font les Druzes et les Motouâlis.

Ces Druzes, avec leur esprit exclusif, mystérieux,aveeleurcaraotèrepresque hostile aux étrangers, ofirent une anal€|;ie singulière avec l'ancien pèuplejuif;jedisplus, ils ensont la vivante image : leur manière d'être m'explique tout ce qu'il a pu être au sens moral, religieux, politique et militaire : les intrigues de leur petit gouvernement oligarchique, les manœuvres secrètes de leur corporation religieuse, appelée les Okkâis {spbrUueU), me donnent la def de celles qui ont dû exister chez les Hébreux au temps des juges et même de la monarchie : par exemple , l'anecdote de Samuel , le récit de son élévation, de sa haute influence, puis l'obligation oà il fut de se substituer un roi , de le consacrer , enfin le caprice qu'il eut de le changer pour lui en substituer un autre plus à son gré, tout cela m'avait dès longtemps donné le soupçon d'un jeu de causes naturelles , différent de celui que présente le narrateur; j'avais soupçonné des passions humaines et même sacerdotales là où l'historiographe nous présente des volontés mobiles , irascibles , vindicatives dans la Divinité.

En relisant ici ma Bible à mes heures de loisir et de repos, j'ai été frappé de voir mon soupçon se convertir en parfaite évidence; je me suis amusé à faire à ce sujet un travail nouveau, en appliquant au fond du récit les règles de notre critique historique moderne, et les calculs de probabilité raisonnable déduits des mœurs du temps, du caractère des témoins, des intérêts apparents ou cachésdu nar-

rateur; il en est résuhéuin tableau piqoantdenaÎTeté etdevraisemblanoe. Jerai communiqué à on Européen qui voyage ici, etqui se trouveétreversé dans b langue hébraïque ( il m'assure que, pour qui sait bien rar^)e,c^te langue est une bagatelle): non travail a tellement excité son intérêt, qu'il Fa enrichi dénotes précieuses, en ce qu'elles redressent en plusieurs endroits des fautes et des eontre-saa de nos traductions grecques et latines, que d*ailleurs il aeeuse d'inexactitude habitoelle; il n'a pas meilleure opinion de notre traduction anglaise, et il ne conçoit pas comment les sociétés htbSqmt^ avant de la tant prêner et propager, ne Font pis refaite meilleure. C'est leur a£&ire ; la mienne aa- ^ jourd'hui est de vous donner un témoignage de nnn constant souvenir; quand vous lirez le fragment que je vous envoie , j'eqière que vous ne jugerez point l'ouvrage d'un simple marckand avec la sévérité due à un lettré de profession; et que votre amitié recevra avec indulgence l'offrande que bi mienne se pkdt è lui adresser avec siaoérité.

Sn.

Histoire de Samod , calcolée sor les moBurt àa teni» eC wm let probabilités natoROes. -^ Dteposlttoiia motalci et po5tlqÛM des fiébmuL M temps <~

Pour bien entendre le drame historiqne dus lequel Samuel parvient, d'un grade très-snbaheroe, à être le premier personnage , il est nécessaire de connaître l'état des dioses et des esprits à s« époque; et cela ne s'entend bien qu'en fiiisant connaître les antécédents dont cet état ne lut que b conséquence.

Après que les Hébreux se furent emparés decetts portion de la Phénicie qui est entre le Jourdain et la mer, exception faite d'une lisière lîttiwale qui leur résista, ils éprouvèrent dans leur manière d'être un changement qui mérite d'être remarqué. Pendant leur long séjour dans le désert , Moïse les avait constitués en un régime à la fois noilitaire et sacerdotal ; le sacerdotal n'a pas besoin d'être expliqué; le militaire se prouve par les règlements que Moïse fit pour la distribution intérienre ds camp , par les manœuvres de marches , de campement et de décaropement , enfin par les stratagèmes que l'on voit employés à passer le Jourdain , à mverser les murs de Jéridio, et qui indiquent des études militaires dont on n'a pas jugé à propos de faire mention. Les Hébreux une fois étaÛia dans le pays qu'ils venaient de conquérir, n*enreDt phis le même besoin d'organisation militaire.

Dans les plaines du désert, ils étaient un esmfs d'armée sans cesse en mouvement, parce que vivant pasteurs, il fallait chaque jour changer ds

HISTOIRE DE SAMUEL

pâturages : dans les numUgaes de PhëniGÎe el de Jadée»iis forent tout à coup enltirateurs fixés chacun sur la portion de terrain qui leur éebut en lot de butin et dont ils devinrent propriétaires ; ce fut un peuple de paysans laboureurs* Dans le désert, il était fiacHe de mouvoir, de conduire une troupe errante : dans le pays eultâtable et cultivé , chaque tribu, chaque âumiUe , attachée au sol qui la fit vivre, ne fot plus disponible et maniable : chacun eut des occupations quil ne put aisément quitter. La niasse nationale était divisée en doute tribus distinctes; chaque tribu devint un petit peuple aspirant à régalité , presque à Tind^^endance i dans chaque tribu, toute famille puissante par le nombre de ses membres , eut encore de cet esprit égoïste qui tend à s'isoler : le gouvernement ne dut phis être que fédératif , et ce cas n*av«t point été prévu par le législateur, âttoun rapport de subordination n'avait été établi pour mouvoir au besoin les parties du corps politique ; on 8*ea aperçoU sitôt après la mort du géi^al Josué et de cette çénéraiUm de trieUiards qui avait été son état-mayor. L'on voit de suite naître une véritable anarchie , comme dans notre Amérique à la dissolution de notre armée sous H^<uidn0on; les petits peuples environnants en profitent pour attaquer chacun la tribu qui leur est voisine : les Ammonites, les Moabîtes vexent, soumettent au tribut celles qui sont à Test du Jourdain; les Philistins en font autant à celles qui leur sont contiguës : rarement les servitudes furent générales, et voilà pourquoi l'histoire des juges tt*a peint d^unité de chronologie.

En cet état de choses , la nation hébraïque edt été dissoute , si elle n'avait pas eu son lien d'unité dans le système sacerdotal comme dans la bizarre et indélébile cocarde * que lui avait imprimée Moïse. Les devoirs du culte rappelèrent sans cesse tous les individus au point central de l'arehe, dont le grand prêtre était le gardien, dont tous les mâles de la tribu de Lévi étaient la milice; mais ce grand prêtre et cette milice n'avaient d'armes que les prières et un certain pouvoir surnaturel de faire des miracles dont l'efficacité n'apparaissait pas toujours au besoin.

En lisant toute l'histoire des juges , on ne voit pas qu'aucun grand prêtre ait délivré la nation d'aucune servitude par aucun moyen divin ni humain i ces servitudes ne furent repoussées et dissoutes que par l'insurrection d'individus courageux, qui, irrités des vexations des incérconcis, appelèrent la nation anix armes, et qui, pour prix de leur audace et de

' La drooDdfioa.

leun succès milittires , étant regardés comme des envoyés de Dieu , s'investirent eux-mêmes ou furent investis par l'opinion publique, sous le nom de $^f' fêtes ' {Juge$)^ d'un pouvoir suprême qui ne fut temporaire que faute d'héritiers de leurs talents; alors Tantorité du grand prêtre était comme suspendue et limitée aux fonctions de chef des sacrifices et d'interprète des oracles. Cet état de choses ressemblait à celui dtt Japon et de bien d'autres pays , où le pouvoir est partagé en deux branches ayant pour chefs l'une le Covbo ou chef laïque , et l'autre le DtOrij ou chef ecdésiastique.

Tant que vivaient les Juges, le peuplebébreujouissait de la paix et de l'indépendance : étaient-ils morts , l'anarehie ne tardait pas à renaître et à ramener une servitude. L'expérience et robservation de ces alternatives ne purent manquer de faire naître et de répandre dans les esprits Popinion que, pour obtenir un état durable et solide , il eût fallu avoir un juge , un chef militaire permanent. On sent que les grands prêtres , appelés par la simple naissance et le droit héréditaire au pouvoir suprême, n'y apportaient pas également la capacité requise : on sent qu'eux et toute la caste sacerdotale, nourris aux frais de la nation, dans une oisive abondance, vivaient presque nécessairement dans une mollesse et un relâchement de mœurs qui devaient diminuer leurs facultés morales, et par suite leur crédit et leur considération. Le peuple dut remarquer que les étrangers qui le subjuguaient, avaient toujours des rots combattant à la tête de leurs armées ; il dut attribuer leurs suc ces à ce régime , qui effectivement en fiit une cause « par une conséquence naturelle, il dut concevoir l'idée et former le vœu d'avoir aussi des rois. Un obstacle à ce vœu se trouvait dans l'habitude de la théocratie, c'es^à-dire dans le respect rendu aux prêtres sous le manteau de Dieu, et dans l'intérêt qu'avaient ces piètres de maintenir un respect qui était la base de leur autorité et de leur abondance. A répoque dont nous parlons , le siège était occupé par le grand prêtre Héli , qui avait l'espoir de le transmettre à ses eq/ants ; mais un concours de circonstances singulières, où la superstition vit le doigt de Dieu , introduisit dans sa maison et dans le parvis du tabernacle, un enflBUDit étranger, une espèce d'orphelin qui, par son initiation aux mystères de l'art et par la force peraonnelle de son caractère, parvint à être plus que son successeur, puisqu'il parvint à cumuler les deux puissances. Cet enfant fut Samuel : pour tracer son histoire, je

* Cétait aussi le nom des <lMui le peuple , né phéaldan , piriaR m

giM à l*bébiea.

de Kafta^te, dont toutàMtanalo.

GOO

vais rentrer dans la narration du texte même, en Tabrégeant quelquefois , mais en conservant le plus que je pourrai son coloris et son instructive naïveté.

Enfance de Samuel , droonstanoes de son édaoattoa ; ion caractère en devient le résoltat.

« ' Un homme des montagnes d'Ëphraïm avait " deux femmes. Une d'elles, nommée ^anno^, était « stérile; sa compagne Tinsultait et la tourmentait « à ce sujet ( la stérilité a de tout temps été une « honte chez les peuples arabes }. Chaque année le « mari conduisait sa famille à Shiloh, où était la « maison de Dieu : il y offrait des victimes et ne « donnait qu'une seule portion à sa femme stérile,

• tandis que Tautre était Gère d'en avoir plusieurs. « Hannah pleurait et ne mangeait point. Dans Tun « de ces jours de sacrifice, elle se rendit à la porte « de la maison de Dieu; le grand prêtre Héli * « était assis à cette porte sur son siège de juge : « elle s'y livra à la prière avec tant d'effusion,

• qu'Héli la crut ivre; il la réprimanda, et lui or- « donna de se retirer. Elle, s'excusant, lui exposa « son chagrin , lui dit qu'elle demandait à Dieu un « enfant mâle, et qu'elle faisait vœu de le lui con- « sacrer pour la vie : jamais le rasoir ne passera « sur sa tête ( c'était le signe de ce dévouement ). « Allez en paix, répondit Héli, Dieu vous donnera « un enfant. En effet, de retour chez elle, et deve- A nue calme et contente, elle conçut peu après; et « elle eut un enfant mâle qu'elle nomma Samuel. »

Telle est la substance du premier chapitre , dont les détails sont de nature à faire supposer que quelqu'un aurait tenu procès-verbal de la conversation à'Héà et d'Hannah; je reviendrai ailleurs sur ce sujet.

On sent que, dans le petit bourg , dans le village où vivait cette famille , les querelles de ménage , causées par sa stérilité, avaient fait bruit : le vœu ne put manquer d*yétre également divulgué, ni son succès d'y causer une vive sensation. Ce peuple , qui voyait le doigt de Dieu en tout, qui , selon notre historien , disait : Dieu a clos les entrailles d'Hannahy n'a pas manqué de dire que Dieu lui avait donné cet enfant par un don spécial. Cet enfant consacré devint l'objet de la curiosité et de l'attention publiques. — Suivons son histoire :

« Lorsque le temps de sevrer Samuel fut venu « ( ceci dans les moeurs du pays comporte au moins « deux ans), Hannah fut le présenter au grand « prêtre à Shiloh, en y joignant une offrande de

■ 5rif}MKl oa Boii, Uv. I, chap. i.

' Ce nom est le même que TaoUie ^U , teUre pour lettre. Le latin a introduit Vh pour exprimer Vain,

« trois veaux , de trois mesures de fiirine et d'oM « amphore de vin. Héli accepta l'enfant , qui de ce « moment fut élevé sous sa surveillance. »

Ici le narrateur nous dit qa^Hannah composa elle-même un cantique qui remplit les dix pranien versets du chapitre second. La femme d'un cultivateur aisé, même riche si Ton veut, mais enfin b femme d'un homme de campagne, une paysanne, peut-elle avoir composé un morceau qui a les formes poétiques ? cela n'est pas probable. Ce cantique a dû être fait par quelque lévite du temps, et m&w après eoup par l'écrivain de cette histoire. Cette Hcence nous avertit de l'intérêt personnel et même de la partialité que nous devons trouver en tout ce récit.

La situation domestique de Samuel dans la maison d'Héli mérite une attention particulière, à raisoa de rinfluenee qu'ont dû exercer sur son caractère toutes les circonstances de son éducation : cet enâot est comme orphelin dans une famille étrangère; cette famille est composée d'une ou plusieurs femmes d*Héli déjà âgé, puisque ses drâx fils Ophid et Phinées étaient sacrificateurs en exerdee; ses deux fils déjà mariés ont aussi des enfiints sur qui doit se porter la tendresse de toute la maison. Se Ion les mœurs du pays et du temps , ces divers personnages ont dû vivre réunis; naturellement Samoel n'a dû recevoir que des soins de charité, et il a pu être exposé à des jalousies. Son caractère a dû se concentrer, le porter à se sufiSre à lui-même, ànese pancher, àneseconfieràpersonne :ila eu letempsde penser et de méditer. L^âge est venu développer eo lui cette double faculté ; il a dû devenir observateur de tout ee qui se passait autour de lui, et ila po tout voir, parce qu'il a vécu sous la protection do grand prêtre, dans une intimité de famille et dans un service d'autel et de temple, qui l'ont initié à tous les secrets.

Vers quinze ou seize ans , ce service du temple ' Ta mis en rapport avec tous les fonctionnaires ^ avec tous les lévites qui y étaient employés : Mloh, situe en pays montueux et de difScile accès, pour canse de sûreté, n'était pas une ville, mais un villa^ dont la population dut se composer uoiquemeot de prêtres et de lévites. C'est un état de choses qœ l'on retrouve chez tous les anciens , où les sièges d'oracles , les foyers de culte étaient tenos à distance des regards profanes et de l'inspection populaire; dans tout village, on sait combien i( y a de

» Le texte emploie ce mot, quoiqull n'y eût point rtcw* de tempiê comme celui de Salomoo : c'était ou ce dot itR m bâtimeot provisoire, assez simple, comme le fuceot tet ^ mien temples chex les anciens.

HISTOIRE DE SAMUEL

caquet, de petites passions, d'inimitiés, de jalousies ; dans un yillage de prêtres, qui, quoique mariés, ne participaient pas moins au caractère des moinesi on sent que si les formes furent plus graves , le fond ne fîit guère moins agité par des tracasseries de tout genre. Dans le cas dont je traite, des circonstances particulières durent y fournir un puissant aliment.

L.e grand prêtre Héli devenait vieux ; on calculait son successeur : ses deux fils Ophni et Phinées avaient aigri les esprits par un genre de vexation qui mérite d'être textuellement eité :

« Or les fils d*Héli étaient des hommes de vice a et de débauche qui ne connaissaient ni Dieu , ni le « devoir du prêtre envers le peuple. — Lorsqu'un « Hébreu offrait un sacrifice, le serviteur de l'un « d'eux venait à l'endroit où l'on faisait cuire la chair « ( de la victime) ; il plongeait une grande fourchette •« à trois dents, soit dans la chaudière, soit dans la « marmite, ettoutcequ'ilenpouvaitretirerducoup, •> il remportait pour le prêtre; ( de même ) avant que « I*on fit griller les graisses, il disait : Donnez-moi « de la chair pour le prêtre , il n'en veut point de a <niîte, il la veut crue. L'homme répondait : Lais- « sez-la-moi griller selon l'usage, et vous en pren- « drez ce que vous voudrez. — Non , disait le servi* « teur, donnez-la-moi de suite, ou je la prendrai de « force ; et l'on traitait ainsi tous ceux qui venaient « à ShUoh. »

S IV

Caractère essenttd da prêtre en tout pays ; origine et moUls des oorporatkmi sacerdotales chez toute oatton.

Ce récit naïf présente divers sujets d'instruction : d'abord il peint la simplicité ou pour mieux dire la grossièreté des mœurs du temps , très-analogues au siècle d'Homère; j'ai dit que ce peuple hébreu n'était composé que d'hommes rustiques , vivant sur de petites propriétés qu'ils cultivaient de leurs mains, comme font aujourd'hui les Druzes. La seule classe un peu bourgeoise, un peu moins ignorante , était la tribu des lévites , c'est-à-dire des prêtres, qui vivaient oiseux, entretenus par les offrandes volontaires ou forcées de la nation : cette classe avait plutôt le temps que les moyens d'occuper son esprit. Cet esprit se montre ici dans le ton et le style du narrateur, qui, parson instruction en devoirs de prêtre, s'annonce pour un homme du métier. On peut comparer ce lévite aux moines du huitième et du neuvième siècles , écrivant leurs dévotes chroniques sous les auspices de la superstition et de la crédulité. Dans ce même récit , on voit le caractère essentiel du prêtre, dont le premier et

constant objet d'attention est cette tnarmUe ou chaudière sur laquelle se fonde son existence ^ et cela nous révèle les moti£s de tout ce régime de victimes et de sacrifices qui joue un si grand rôle chez les peuples anciens.

Jusqu'ici je n'avais pu concevoir le mérite et la convenance d'avoir converti les cours et les parvis des temples en boucheries journalières, en vivanderies permanentes; je ne conciliais pas l'idée du hideux spectacle de ces égorgements d'animaux sensibles, de ce versement de flots de sang , de ce nettoyement d'entrailles, avec les idées que nous nous faisons de la majesté, de la bonté divines, qui repoussent si loin les besoins grossiers que supposent ces pratiques. En réfléchissant à ce qui se passe ici , je vois maintenant la solution très-naturelle de l'énigme ; je vois que dans leur état primitif, les anciens peuples ont été, comme sont encore les Tartares d'Asie et leurs frères nos sauvages d'Amérique, des hommes féroces luttant incessamment contre des dangers', contre des besoins dont la violence exaltait tous les sentiments , des hommes habitués à verser le sang à raison de la chasse y sur qui se fondait leur subsistance : dans cet état, les premières idées qu'ils se sont faites , les seules qu'ils aient pu se faire de la Divinité, ont été de se la représenter comme un être plus puissant qu'eux, mais raisonnant et sentant comme eux, ayant leurs passions et leur caractère : l'histoire entière dépose de la vérité de ce fait.

Par suite de ce raisonnement, ces sauvages crurent que tout fâcheux accident, tout mal qui leur arrivait, avait pour cause intime la haine, le ressentiment, l'envie de quelque agent caché, de quelque pouvoir secret irascible, vindicatif comme euxmêmes , et conséquemment susceptible comme eux d'être apaisé par des prières et par des dons. De cette idée naquirent ces habitudes spontanées d'offrandes religieuses dont la pratique se montre chez presque tous les sauvages anciens et modernes; mais parce qu'en tout temps, en toute société, il naît ou il se forme des individus plus subtils , plus madrés que la multitude, il se sera de bonne heure trouvé quelque vieux sauvage qui , ne partageant point cette croyance ou s'en étant désabusé, aura conçu l'idée de la tourner à son profit , et aura supposé avoir des moyens secrets, des recettes particulières pour calmer la colère des ^euœ, des génies ou esprits, et pour se les rendre propices : l'ignorance vulgaire, toujours crédule, surtout lorsqu'elle est mue de crainte ou de désir , se sera adressée à ce mortel favorisé, et voilà un médiateur constitué entre l'homme et la Divinité : voilà un

HISTOIRE DE SAlfUEL.

voyant , on jongleur, lu pcétre comme en onl tout les Tartares , comme en ont la plupart de noe sau* vages et des peuples nègres : cm Jongleurs auront trouvé commode de vivre ainsi aux dépens d'antnii, et ils auront cultivé et perfectionné leur art de fure des illusions^ des tromperiee : la ftuUasmagorte sacerdoiale sera née. Aujourd'hui q«e ses moyens physiques nous sont connus, no« apercevons ses artifices dans les prodiges des andcBs orades , dans les mirades de l'andenne magie.

A répoque où le métier devint avantageux , il se fit des associations d'adeptes, et le régime de ces associations devint la base du saestdooe : or, comme ces corporations de fUvins, de voyeaUs, d'inierpréies et de tnbiistres des dieux, employaient tout leur temps à leurs fonctions publiques , à leurs pratiques seâ*èles, il fiit nécessaire que leur subsistance journalière et annudle fût organisée en système régulier; alors le régime jusque-là casud des ofirandes et des sacrifices voiontaires fut constitué en tribut obligatoire par comclenee, régulier par législation; le peuple amena au pied des autels, au parvis des temples, l'élite de ses bitèîs, de ses agneaux, même de ses boeufs et de ses veaux; il apporta delà £miie, du vin,de rtmile : la corporation sacerdotale eutdesrentes,lanation eut des cérémonies, des prières, et tout le monde fut content. Le reste n'a pas besoin d'expKcation * : seulement je remarque que la division des animaux en purs et impurs paratt dériver de leur bonté comme fnangeables , ou de leur inamoenanet comme nuisibles ou désagréables à manger : voilà pourquoi le bouc puant était jeté dans le désert; pourquoi le vieux bélier coriace et nâoeux était brûlé sans reste; pourquoi le porc ladre et donnant la gdeétait Aoitiij ; mais c'est assez parler de la cuisine 4es prêtres de ShUok; suivons leur histoire.

SV

Manoeuvres secrètes en fbvear de Samuel. — Quel a pa en étrePaatear?

« Or Héli était très-vieux ; il apprit ce que fai- « saient ses fils ; il leur en fit des reproches, mais « ils ne l'écoutèrent point , parce que Dieu voulait « les tuer. »

Quelle pensée scélérate et perverse! endurcir les gens pour les tuer! mais à qui Dieu a-t-il dit sa

> Betaeoop d*oavngas erittqoes et phikMophSqiiei ont éti composés sur Torigine, le droit, le mérite on Fabus de la ToyantA; sur les Texattons, les vloes, les scandales des rois : n'cst-il pas singoUer que l*on en ait si peu composé de tels sur Toriglne, le droit, rabus de la prêtrise, sur les vloei, I» scandales des prêtres? Pourquoi cela, quand le sii^et est si riche?

-- Panse q«*en tout pays , te plupart des éerivains ont été de lacistodespittns.

pensée? d c'est à l'homme seutement, d cfest ai prêtre qui nous la répète, n'avons-noos pus 4rdt de l'attribuer à ce porteur de parole hû-mêdie , à ce soi-disant interprète ? Il est clair que eed ne vient point de Dieu , mais d'une bouche Juive , d'an cœur hébreu Janatique et /ëroce,^n des paseioos et des préjugés qu'il place dans son idole. — Eevenons à Samuel.

« Il s'avançdt (en années), et croissait, • dit le texte, « et U étdt agréable à Dieu et aux hom- « mes.»

Id toutes les traductions ooounettent une erreur, elles qudifient Samud d*et^ant; ce n'est pas là le sens du mot hébreu nar; il dgnifie jeune homme adolescent, et il peut s'appliquer jusqu'à l'âge de vingt à vingt-cinq ans ; la preuve en est que letextel'af^liqueàrécuyer qui accompagne Jooathas dans un coup de main militaire des plus audacieux; à David quand il est présenté à Saâl comme unstijet déjà fort et propre à la guerre; auxserriteurs des prêtres qui parient de prendre la chair par violence : toutes ces applications néoesdtent on âge de vingt ans au moins.

Samud n'a pu en avoir moins à l'époque dont nous parlons, et il a pu en avoir jusqu'à vingt-quatre, comme il résulte du cdcul de savie ; car, sous peu , nous allons voir périr Héli très-vieux; vingt ans et sept mois après, Samud va commencer sa pro^ judicature, jusqu'à ce qu'il devienne assez vieux pour vouloir se substituer ses enfants, et il vivra encore environ dix-huit ans sons Saûl. Enfin il mourut trèsâgé. Supposons4ui vingt ans d'administration , pha ces dia>-hât ans, plus les vingt entre son avènement et la mort d'Héli, voilà cinquante-huit ans; l'on ne peut lui donner moins de vingt à vingt-deux ans à la mort d'Héli, pour faire soixante-dix-huit ou quatre-vingts ans qu'exige sa vie«

A cet âge de vingt-deux ans., il aété déjà capable de beaucoup de calculs et de raisonnements; il a été nourri de tous les discours, de toutes les plaintes, de toutes les intrigues, de tous les projets du cercle sacerdotal dans lequel il vivait : il a entendu les vœux souvent formés de voir exdurc les enfin ts d'Héli; de voir apparaître un de ces hommes de Dieu envoyés de temps à autre pour sauver le peuple d'Israël ; il a su ce qu*il fallait pour être un homme de Dieu; pourquoi ne se serait-il pas lui-même trouvé propre àjouer ce rôle? La suite du rédt va nous éclairctr cette question.

Sur ces entrefaites arrive un inddent singulier; « un homme de Dieu > vient trouver Héli; il lui « reproche au nom de Jehooah ou Jehwh les pré-

' Voyet te noteàb te, tt« r*.

HISTOIRE DE SAIfUEL.

« varieatioos de sesenfants ; il lui annonoeqa'ils ne « lui suocéderoBt poiiit , et qm Jd^wh s'at choisi « ua Mitre prétrefidèle. Je couperai , dit Dieu , too « bras (c*est*à-dtre ton pouvoir) et le bras de « ta naisoii, eu sorte qu'elle a'aiura point de Tieik « laids. Le signe que j*ea donnerai sera que tes « dewL enlants Ophni et Phinées moarron^eift un « même jour; et je ne susciterai ua prêtre selon « mon coeur et mon esprit, pour gouverner pendant « toute sa vie. Les gens de ta maison viendront se « courber devant lui « et lui o£frïr une petite pièce « d'argent, en le priant de les admettre au servioedu

Que dechoses à noter dans ce récit ! D'abord voici un téte-à-léte divulgué; p«r qui? Héli ne s'en sera |Nis vanté; c'est doncrJbotiiJiie die /M» qui Ta ébruité. Quel int^t a-t-il eu de préparer les esprits à un changement désiré de plusieurs, même du plus grand aombre? £a sa qualité de prophète et et prédUeur^œXÂammede /Me» a dû connaître le successeur annoncé, défà présumé; n'agirait-il pas d^à de concert avec lui? Sa prédiction va se trouver faite en faveur de Samuel. — Samuel ne jouerait-il pas un rôle en celte affiûre? L'anome de droit dit : CeluMu^aUguiaeu Mérééde faire; mût $emlce pas iiaflitie/ même ? Notez qu'Héli était aveugle, et qu'on a pu lui parler sans qu'il ait reconnu la personne. U y a ici manœuvre de fourberie; Samuel n'est pas atteint, mais il est prévenu. Quant à la furédiction de la mort des deux fils d'Héli en un même jour, on sent combien il a été &cile à l'écrivain ou au copiste de l'interpoler après coup : où est le procès-verbal primitif? Suivons le récit.

Chap. m. « Or Samuel servait Dieu près d'Héli « ( il faisait le service du temple ); la parole de « Dieu était rare en ce temps-là ; il n'apparaissait « plus de visions >. Les yeux d'Héli s'étaient obs- « curcis, il ne voyait plus; et il arriva (une nuit) « qu'Héli était couché en son lieu; la lampe n'était « pas éteinte, et Samuel était aussi couché dans le « temple du (Dieu) Jekwh, où est rarche sainte; « et Dieu appela Samuel, lequel courut vers Héli, « et lui dit : Me voilà; tu m'as appelé. — Non, m. dit Héli, je ne t'ai point appelé; retourne etdorsi « Une seconde fois Jehwh appela Samuel, et Sa- « muel courut vers Héli , qui dit encore : Je ne t'ai « point appelé; retourne et dors. Or Samuel ne * connaissait point encore la parole de Dieu. Apa pelé une troisième fois, il courut encore vers « Héli , qui comprit alors que c'était Dieu qui l'ap- « pelait. Retourne, dit-il; si l'on t'appelle de nou-

« La mbam s'étaient édaMi imt qoeUpieB progrts 4e clviUsaUoD. — Voyez une note relative, à lalin de oettebiatoira.

« veau, réponds : Parie, Jehwh, ton serviteur « écoute. Samuel retourna se coucher , et (le Dieu ) « Jehwh vint se poser debout, et il lui cria deux « fois : Samuel ! et Samuel répondît : Parle , ton « serviteur éooute. » ( Voyez la note n* 2. )

Pour abréger oe récit, il suffit de dire que le Dieu Jëamh répéta en substance ce que l'homme de Dieu avait déjà dit à Héli, savoir : qu'à raison des prévarications de ses enfants et de sa faiblesse à ne pas les répriaser, il avait supplanté sa maison, et qu'il hii substituerait un étranger dans le pouvoir suprême. Le lendematti matin, Samuel resta silencieux sur la chose, mais Hâi le força de tout lui réciter. Après l'avoir entendu, le vîeiUaid se contenta de dû^ : « Il e&t Jehwh (le aiattre ), il fera « oe qui sera bon à ses yeux. »

Maintenant, pour apprécier cette histoire, je ne veux point raisonner sur le fond du lait. Dieu , venir dans une chambre , se posar debout à distance d'un lit, parler comme une personne de chair et d'os; quepounrais*jedireàqui croinitun tel conte? Je ne m'occupe que de la conduite et du caractère de Samuel ; et d'abord , je demande qui a vu, qui a entendu tout ceci, et surtout qui l'a raconté, qui l'a ébruité et rendu public ? Ce n'est pas Héli , ce ne peut être que Samuel seul , qui est ici acteur , témoin, narrateur; lui seul a eu intérêt de faire, intérêt de raconter : sans lui, qui eût pu spécifier tous les menus détails de cette aventure > ? Il est évident que nous avons ici une scène de fantasmagorie du genre de celles qui ont eu lieu chez tous les anciens dans les sanctuaires des temples et pour l'émission des oracles. Le jeune adepte y a été encouragé par la caducité, par la faiblesse physique et morale du grand prêtre Héli; peut-être par l'instigation de quelques personnages cachés sous la toile, ayant des intérêts, des passions que nous ne pouvons plus juger; néanmoins le plus probable est que Samuel ne s'est fié à personne, et ce que par la suite nous verrons de sa profonde dissimulation, fixe la balance de ce côté.

La divulgation n'a pas été difficile; il aura suffi de quelques confidences à un serviteur , à un ami dévoué, aune vieille ou à une jeune prêtresse, pour que l'apparition de Dieu, pour que son oracle venu de l'arche sainte se soit répandu en acquérant de boudie en bouche une mystérieuse intensité do certitude et de croyance.

A Or Samuel grandit, ajoute le texte, et Dieu

« L^anteor des ParaKpomènea (préstimé être le prttre Ezdras) nous dit positivement, liv. I, chap. xxn , Tera. S9 : « Tootea « les actions du roi David, tant les premières que les der* « nières , sont écrites dans le livre du prophète Samuel, dans « celui du propbèteiValAaii, et dans celui du prophète Gûd. «

HISTOIRE DE SAMUEL

« fut avec lui, et aucune de ses paroles ne tomba « par terre; et tout Israël connut qu'il était devenu « prophète de Dieu; et Dieu continua d'apparaître « dans Shiloh. »

Sur ce mot prophète ^ j'observe que le narrateur nous dira bientôt qu'à cette époque le terme hébreu nodiâ, employé ici, n'était point connu; que Ton ne se servait que du mot ràh^ qui signifie voyant. Nous avons donc ici un écrivain posthume qui a rédigé à son gré les mémoires que Samuel ou autres contemporains avaient composés au leur. Il lui a plu d'établir en fait positif la croyance de tout Israël en ce conte ; mais il est seul déposant , il n'est pas même témoin. Si nous avions de ce temps-là des mémoires de plusieurs mains; nous aurions matière à jugerraisonnablement : déjà nous en avons le moyen dans le verset où il nous dit que depuis du temps la parole de Dieu était devenue rare, et qu'il n'apparaissait plus de visions : pourquoi cela? parce qu'il y avait des incrédules ; parce qu'il était arrivé des scandales, de faux oracles, des divulgations de supercheries sacerdotales, qui avaient éveillé le bon sens de la classe riche ou aisée du peuple. L'aveugle et fanatique croyance était restée, comme il arrive toujours, dans la multitude; ce fut sur elle que Samuel compta, et nous verrons lors de l'installation de Sanl , qu'il eut toujours contre lui un parti de non croyants assez puissant pour l'obliger à beaucoup de ménagements , pour l'obliger même à se démettre.

S VI

Moavelle servitade des Hébreux. — Samael dans sa retraite prépare leur InsurrecUon et devient suffète ou juge. -- SupenUtiOQ du temps.

A l'époque où nous sommes , c'est-à-dire après sa vision , voilà Samuel candidat sur le trottoir de la puissance ; le peuple s'occupe de lui : on attend les événements : Héli tout vieux peut mourir à chaque instant ; le temps s'écoule ; supposons un ou au plus deux ans , Samuel a eu vingt-deux ans , ou au plus vingt-quatre. Une guerre survient, les Philistins , par motif quelconque , la déclarent : les Hébreux s'assemblent; une bataille se livre au lieu nommé ApJhek; ils sont battus; leurs dévots imaginent d'amener l'arche dans le camp, afin que Dieu Jehwh pulvérise les Philistins ; ceux-ci d'abord effrayés reprennent courage : ils taillent en pièces les Hébreux, ils s'emparent de l'arche, l'emmènent dans leur pays , et soumettent tout Israël au tribut. Dans cette bataille, les deux fils d'Héli sont tués; le vieillard , resté à Shiloh, apprend sur son haut siège déjuge tou t ce désastre ; frappé dedésespoir, il tombe renversé, se disloque la nuque et reste mort : le siège

est vacant , ouvert à Samuel ; mais sa fine pnidence juge le moment trop orageux : il se retire sans bruit en son pays, espérant avec raison que le peuple malheureux , vexé par l'ennemi , ne sera que mieux disposé à recevoir un libérateur quand il sera temps. Ce temps fut long; Samuel eut le loisir et la nécessité de préparer de longue main les moyens qui effectivement le ramenèrent sur la scène, comme nous le verrons. Ce qui se passa dans cet intervalle ne lui est pas directement relatif, mais parce qu'il offre une vive image de l'esprit du temps, il mérite de prendre place ici.

L'arche du Dieu des Juifs était aux mains profanes des Philistins; il semblerait ^e ce peuple ennemi eût dû profiter de l'occasion de détruire ce talisman dont il était lui-même épouvanté; mais à cette époque la superstition était commune à tout peuple ; et chez tout peuple la corporation des prêtres avait un intérêt commun à l'entretenir, de peur que le mépris d'une idole étrangère n*aroenât des guerriers farouches à examiner de plus près l'idole indigène. L'arche est donc respectée; les prêtres philistins la placent dans le temple de lew dieu Dagon en la ville d^jézot. Le lendemain, en se levant , les gens d'Azot trouvent l'idole de Dagon tombée sur le visage ( posture d'adoration ) à côté de l'arche ; ils relèvent l'idole et la replacent ; le lendemain ils la retrouvent tombée encore ; mais cette fois ses mains et sa tête , séparées du corps , étaient posées sur le seuil du temple. — On peut juger de la rumeur. D'où vint ce tour d'audace et de foarfoerie secrète? quelque Juif s'était-il introduit dans la ville avec cette ruse, avec cette habileté de filouterie dont les Arabes et les paysans d'Egypte et de Palestine donnent encore de nos jours d'étonnants exemples? Cela serait possible; le fanatisme a po y conduire; il paratt que le temple n'avait point de sentinelles , que même il était ouvert. La sécurité de la victoire aura banni toute vigilance ; d'autre part, ne serait-il pas possible que même les prêtres de Dagon eussent calculé cette fourberie par le motif que j'ai indiqué ci-dessus ? Leur conduite subséquente, tout à fait partiale, va rendre cette alternative la plus probable.

Le peuple é^Azot n'a point dû croire son Dieo assez impuissant pour se laisser traiter ainsi par une force humaine ; il aura dit : « Cest Dagon loi- « même qui explique sa volonté, qui déclare son « respect pour son frère le Dieu des Juifii, il ne « veut point le tenir captif. » L'alarme se répand, les prédisetars annoncent quelque calamité, suite de la colère céleste; survient une maladie épidémique d'intestins ( notez qu'en ce pays , les hernies

HISTOIRE D£ SAMUEL

H ^e8 dyssenteries sont communes ), puis une irruption de rats et de mulots destructeurs; les têtes s*écbaujffent; tout est attribué à la captivité de Tarche ; le peuple du lieu demande sa sortie ; le peuple d*une autre ville où on la mène , apprenant le motif, en conçoit un surcrott d'alarme ; la maladie survient par contagion : la terreur devient générale.

Enfin , après sept mois de déportation , les chefis militaires des Philistins appellent devant eux leurs prêtres et leurs devins ; ils leur demandent ce qu'ils doivent faire de l'arche; c'était le cas de la brûler; mais remarquez la réponse des prêtres; ils conseillent non-seulement de la renvoyer , mais encore d'y joindre une offrande expiatoire du péché des guerriers. Ceux-ci (par un cas assez commun ), non moins crédules que braves , demandent : Quelle offrande? Les prêtres répondent : « Faites fabri- « quer cinq anus d'or et cinq rats aussi d'or, selon « le nombre de vos principautés, pour calmer le « Dieu des Hébreux. Pourquoi avez-vous endurci « vos cœurs comme le roi d'Egypte ? Vous avez été « frappés comme hii ; renvoyez de même l'arche « du Dieu des Hébreux. »

Ici l'esprit et le système des prêtres sont évidents; ils nourrissent la crédulité publique en faveur de leur pouvoir particulier, aux dépens même des intérêts de leur propre nation; n'ai-je pas eu raison de dire que le tour joué à Dagon est venu de leur main?

La rentrée de l'arche chez les Hébreux est, conune de raison, accompagnée de prodiges ; mais leur existence prouverait encore plus le manque de jugement de l'écrivain que la crédulité du peuple. Cet écrivain veut que dans un seul village, où la curiosité engagea les paysans à regarder dans l'ardie. Dieu ait frappé de mort cinquante mille de ees curieux : dans le style sacerdotal , c'est toujours Dieu qui ^tt^, qui extermine; mais comme en ce pays-là il n'y a et il n'y eut jamais de village de cinq mille âmes, ni même de trois mille, il est clair qu'on doit supprimer plusieurs zéros et peutêtre tous; le but de notre lévite a été d'effrayer le vulgaire, et de tuer cet esprit de recherche et d'examen qui est l'effroi des imposteurs et des charlatans. L'arche fut déposée au village de Gabaay où ^le resta paitîble pendant vingt ans. (Voyez le ch. VII, vers 2. } A la mort d'Héli , Samuel en avait vingt-deux à vingt-quatre ; il était donc maintenant âgé de quarante-deux à quarante-quatre ans, dans la vigueur de l'esprit et de la maturité du jugement. Gomment avait-il passé ce long intervalle? Le livre ne nous le dit pas, parce qu'il n'est habituel-

lement qu'une chronique sèche, un vrai squelette dépouillé de ses ligaments; mais l'issue va nous prouver qu'il n'avait pas perdu son temps. Les circonstances étaient difficiles ; les Hébreux , accablés de deux défaites meurtrières, n'avaient plus de force morale ni militaire; l'ennemi, maître du pays , surveillait tous leurs mouvements ; sa jalousie ne leur permettait pas même d'avoir des forgerons , de peur qu'ils ne fissent des armes ; sa politique les épuisait par des tributs de toute nature, les divisait par des préférences perfides. Samuel, retiré dans son pays natal, où il avait apporté sa réputation de prophète, ne put manquer d'y avoir des envieux, des ennemis. Où eston prophète moins qu'en son pays? Il fallut calmer les passions domestiques, endormir l'espionnage étranger, dissimuler son crédit, sa capacité, et cependant préparer sous main les moyens de secouer un joug insupportable par une révolte inattendue qui n'allât pas être un coup manqué.

En effet, au bout des vingt ans cités, cette ré^ vol te éclate; tout à coup un cri de guerre appelle , assemble les Hébreux au camp de Maspha >. Les Philistins arrivent bientôt pour les combattre. A la guerre, un des premiers moyens de succès est dans la confiance de l'homme qui se bat, surtout s'il n'a pas l'habitude et l'art de se battre; ici ce n'étaient que des paysans levés en masse, précisément comme sont encore les Druzes actuels. En de tels hommes, la confiance na!t de l'idée qu'ila se font de l'habileté de leur chef et de la bonté de leur position ; Samuel , qui eut le choix de ces deux moyens, eut déjà un grand avantage; le local de Meupha, coupé de ravins et de coteaux, au bord d'une plaine, le mit en mesure d'accepter ou de refuser le combat ; ainsi posté , on sent qu'il attend le moment favorable. U connatt l'extrême superstition des deux partis combattants; il lui faut quelques prodiges, quelques présages semblables à ceux de tous les anciens peuples; il épie ce qui l'entoure; il aperçoit dans l'atmosphère une indication d'orage; des gens apostés le pressent d'invoquer Dieu en faveur du pei^e chéri ; il annonce un sacrifice, il immole un agneau; il invoque Jehwh à grands cris; les Philistins commencent l'attaque; le tonnerre éclate; les Juifs sont persuadés que Dieu répond à son prêtre; ils chargent avec transport, et l'ennemi est battu. Telle est la substance du chapitre vu , revêtue des

t De nos Joara , c^est encore le même usage chez les Druzes et leurs voisins du Kasraooan. Des honmies se placent le soir sur les hauteurs , et se transifiettent de l*un à Tautre un cri , qui , en moins de deux heures, est répandu dans tout le pays.

HISTOIRE DE SABiUEL.

probabilités omises par le narrateur. Le suooès de cette journée fut tel , que les Philistins vaincus rendirent les bourgs qulls avaient depuis longtemps usurpés, et cessèrent de troubler le peuple hébreu, qu*ils avaient dominé.

Ici commence la judicature de Samuel^ c*es^à-dire l'exercice de ce pouvoir suprâme vers lequel il tendait depuis si long-temps. Cette victoire de Maspha rétablit en une position nouvelle et meilleure ; mais il ne faut pas s'y tromper : dans un état démocratique comme était celui des Hébreux, chez un peuple de paysans répandus sur un territoire coupé de montagnes , de bois , de ravins , où chaque famille vivait sur sa propriété, où il n'existait ni subordination municipale, ni force militaire organisée, ni même une seule ville ayant une masse de six mille habitants , on sent que l'exercice du pouvoir était soumis à une opinion morcelée, flottante, susceptible de beaucoup de vicissitudes. La seule superstition était le lien général et commun; mais cette superstition n'est pas tov^ours un obstacle à la lutte des intérêts et dcî passions. Dans un tel ordre de choses , on ne peut disconvenir que Samuel n'ait gouverné avec prud^ice et talent, puisque tout le temps de son administration fut paisible au dedans et au dehors; la preuve de cette paix est que le narrateur passe sans aucun détail à nous dire que Samuel ne cessa plus de juger , et qu'étant devenu vieux , il établit ses enfanta jugesà oôtéde lui (pour les pré* parer à lui succéder). Gettedurée non exprimée comporte une vingtaine d'années, ce qui donne un âge de soixante-deux à soixante-quatre ans à Samuel , au moment où, contre son attente, on va le forcer de noDuner un roi.

S vn.

Le peuple MdcttelM entente d« Samuel «t le Ibioi de Doramev on roi. — Senoel a exeraé la profesiian de devin.

Ce contre-temps, auquel il paraît quesa divination ne* s'était pas attendue, fut causé par la mauvaise conduite de ses enfants, qui, semblables à ceux d'Héli , trouvèrent le secret d'irriter, de scandaliser le peuple parleurs vexations, leurs débauches, leur Impiété; de manière que nous voyons ici ce mécanisme général deTespèce humaine, qui, sans jamais profiter de l'exemple et de l'expérience, retombe toujours dans le cercle des mêmes habitudes , des mêmes passions. Les pères arrivent au pouvoir par beaucoup de peines et de soins ; les enfieints , nés dans l'abondance, se livrent aux écarts et aux habitudes vicieuses qu'engendre la prospérité ; néanmoins, il est à croire *que dans cette occasion , le mécontentement de la multitude fut alimenté par

l'of^ixwition et la haine secrètes de fiuniUfls passantes, peut-être même sacerdotales , cboqoéei 4V voir pour chef et maître un homme de bas élap, un intrus. Il est à remarquer qu'encore aojoardlwi , chez les Druzes et chez les Arabes, ce préjugé de ùimille ancienne, de famille riche et pour ainsi diic 11OM0 , exerce une grande influence sur ropinioB populaire. Toujours est-il vrai qu'à l'époque dont il s'agit, une sorte de conq^tionfiit formée, puisque, selon rhistorien, une d4Mitaitioa des aneicDs d'Israël vint trouver Samuel à sa résidence patemeUe de Ramatka pour lui demander un roi, un goufemment royal constitué oonmie chez les peuples toi* sins , dont l'exemple général lui fiit allégué.

La réponse quil fit à cette députatien , IM détails de la conduite qu'il tînt en celte affaire , déoèleetle dépit d'une ambition trompée , d'un or^ profoi' dément mécontent; il lui Mlut plier sous k force, céder à la nécessité; natais nous allons leveir dan l'exéeution porter un esprit de ruse, ménledope^ fidie , qui , par son analogie avec ses aventures do temple» ses prétendues visions et révélatioBs Do^ tunes, met à découvert tout soncaraetèie.Osk force de nommer un roi ; il poonrait , il dorrait par consdenee choisir l'homme le plus capable par ses talents» par ses moyena de tout genre, de reaiplir ce posta évînent ; point dn tout : un tel hoouMi^ gnenit pnr hri-même et ne lui eliéiiait im; il U faut un sujet docile; il le cherche dans une («nlli de bas étage, sans crédit, sans entoun, ayaatàla vérité cet extérieur qui en impose au peuple, suis quant au moral, n'ayant que la dose de sensaéoessaire à un oonrs de dioses ontinaires, en sorte qu^n tel homme aura le besoin de reeourir souvent I m bienfaiteur qm' conservera la hante main. Samael, en un mot, va chercher un bel homme de gueneqn sera son pouvoûr exécutif, son lieutenant, tandis que lui continuera d'être le pouvoir législatif, le régnant. Voilà le secret de tonte la conduite que noes allons hii voir tenir dans Tâection de Saûl, pois dans la disgrâce de ce roi et dans la substitotion de Darid , laquelle fut un dernier trait de machiavélisme sacerdotal. Écoutons l'historien, doalle récit est toujours d'une naïveté instructive et piquaste.

« U y avait dans la tribu de Benjamin uaboDoe « appelé Kis, grand et fort; son fils, noauaé Siûl, « était le plus bel homme des enÊmts d'Israël ;fl « taille était plus haute de tonU la tête que celle « ordinaire. Il arriva que les ânesaes de Kis dispa- « rurent un jour; il dit à son fils de pveadreuo valet « et d'aller ensemble à leur redierche. Bs tranrsè- « rent la montagne d'Éphralm , puis le cantea de « Skeàhakj sans rien trouver, puis encore le eaatos

HISTOIRE DE SAMUEL

«dej^metoelui de fenàfd. Quand ils furent à « celui de Souf, où vivait Samuel , Saûl voulut s'en ■ retouner, mais son valet lui dit : Il y a ici dans « le bourg un homme de Dieu très-respecté; tout < ee qu'il dit arrive : allons le consulter, il nous « édairera. Saûl répondit : Nous n'avons rien à lui « présenter M'ai surmolun quart desided'argent, « reprit le valet, je le donnerai au voyani; car alors, « dit le texte, on appelait voyant ( têh) ee qui au- « jourd*hui s'aj^Ue prophète ( nahiâ). »

Notez bien ces détails; e'est^à-dire qu'en ces temps d'ignoianoe générale et de crédulité rustique, le peuple hébreu partageait avee les Grecs d'Homère , avec les Romains de Numa , avee tous les peuples de l'antiquité, la ferme croyance aux devins, aux dUeurs d'oracles et de bonne aventure, et que Samuel fut un de ces devins-là. Nos biblistes s'efl&Nreent vainement d'imaginer des différences entre la divination des Juife et celle des païens >; ce sont des sid^tilités sans fondement. Les mœurs tant religiettses que civiles furent les mêmes ; les livres des Juifs en fournissent la preuve à chaque page , Jusque dans le reproche perpétuel tf idolâtrie qui leur est fait par leurs propres écrivains; oui , cette manie de connaître Tavenir , qui est dans le cœur humain, cet art fripon de s'en prévaloir pour se fedre des rentes sur la crédulité, sont des maladies épidémiques qui n'ont pas cessé de régner dans toute l'antiquité. Voyez le tableau que Cicëron en trace dans son curieux livre de la DioùuUion; voyez comment, sous le nom (tAtHeus, \\ nous dépeint, non le bas peuple seulement, mais les gouvernants, les philosophes entêtés de cette croyance , et la soutenant d'un appareil d'arguments qai ébranlerait encore aujourd'hui bien des gens qui s'en moquent; et comment cette croyance n'eût-elle pas dominé dans les temps passés , lorsque de nos Jours , au milieu de nos sdeoces et des nombreuses classes d'hommes éclairés qui résultent du moderne système social, elle n'est f^s éteinte, et se retrouve encore dans les campagnes de l'Italie, de la Suisse, de la France même, où Ton consulte le sorcier; lorsque les villes sont remplies de tireurs de cartes, et qu'au sein même des capitales il n'a cessé d'exister des devins et des Jevineresses , des voyants mâles et femelles con-

' L*aDcien et IndélébOe auge de ces pays, l*iiMge de toas es peoples aralws , est, oomme Ton sait, de ne Jamais se pié- «nter devant quelqa*an sans loi offrir an cadeau quelconque : d le qoart de ticle est connu pour avoir pesé 21 grains d'ai^ jent fin , valant on peu moins de 5 sous de France; mais à «tte épcMCfue , l'argent plus rare pouvait valoir dix fois plus ra'aqjoui^'^^ \ ce quart a pu représenter eu denréeg 40 de

' Païens » pagaiU, gens de village, paysans.

suifés par les bourgeois comme par les artisans , par les riches comme par les pauvres, par les gens d'église même comme par les laïques '.

Il ne faut donc pas s'étonner que chez les montagnards juifs cette croyance ait été générale, habituelle et même autorisée; car on voit leur roi Saûl consulter une femme devineresse, une vraie pythie delphique (chap. xxviii ), pour lui faire apparaître Samuel. Du temps de Jérémie, le roi Josias et les prêtres vont consulter la devineresse /To^eftiA. Ce serait un utile et curieux travail en ce tempsci, de traiter de nouveau et à fond le sujet des devins, des oracles, des revenants, des esprits aériens, sujet que dans le siècle dernier des savants tels que le Hollandais Yan-Dale et le Français Fontenelle > n'ont pu qu'effleurer ; il en résulterait sur les procédés des anciens serviteurs et agents des temples, sur le système de fourberie généralement adc^té par les ministres des cultes de toute secte , un jour de reflet dont le siècle présent , malgré son orgueil , éprouve encore le besoin. Mais je neveux pas perdre de vue mon sujet; je reviens à Saûl et à son valet, en chemin pour consulter le voyasU, « Ils montent vers le bourg*, ils rencontrent des « femmes et des filles qui venaient à la fontaine « chercher de l'eau; ils leur disent : Le voyant est- « il ici ? Elles répondent : 0 y est venu , parce qu'il « fait aujourdliui un sacrifice sur le haut lieu ; en « vous pressant, vous le trouverez avant qu'il y « arrive pour manger , car il a invité du monde. Ils « entrent, et bientôt ils trouvent Samuel qui ve- « nait en jfoce d'eux , s'acheminant vers le haut lieu. « Or Dieu avait le jour précédent révélé à Samuel « Tarrivéede Saûl, en lui disant : Demain je t'en- « verrai l'homme de Benjamin que tu sacreras chef « de mon peuple; et Samuel ayant regardé Saûl, « Dieu lui dit (à l'oreille) : Voilà cet homme. Saûl « s'avança et dit à Samuel : Indiquez-moi le logis « du voyant. Samuel répondit : Cest moi ; montez « devant moi au lieu haut, vous mangerez aujour- « d'hui avec moi ; demain je vous renverrai après « vous avoir dit tout ce qui est dans votre cœur; « quanta vos ânesses égarées depuis trois jours, « n'en prenez souci, elles sont trouvées. £hl tout « cequ'il y a de bon et de meilleur dans Israël , à qui « sera-t-il, sinon à vous et à la maison de votre père ? « Saûl (étonné) répondit : Ne suis-je pas un Benja- « mite de la moindre tribu d'Israël, et des moindres « familles de la tribu ? Pourquoi me parlez-vous de « la sorte? Et Samuel fit entrer Saûl et son valet

> Et les muminés de l'AUemagpe et du nord, Tanteur les oub11e-tU? Yoyei la note n» s, à la fin de oette histoiie. • Toat rteesunent M. Clavier, dans son livre des Grades.

HISTOIRE DE SAMUEL

« dans la salle du repas , où étaient en?iron trente « convives ; et Samuel dit au cuisinier : « Donnez « à ces deux étrangers le morceau que je vous ai « fait mettre à part ; et le cuisinier leur donna une « épaule entière (de mouton) '. Ensuite étant « revenus au bourg, Samuel entretint Saûl sur la « terrasse (toute la soirée), et à la pointe du jour, « Samuel vint dire à Saûl : Vous pouvez partir. « Et comme ils descendaient du bourg, il lui dit « encore : Faites passer votre valet devant nous , « mais vous , restez ici , j'ai à vous dire la parole « de Dieu. »

Que pensez- vous , mon ami, de tout ce narré? Croyez-vous que ce soit par hasard que les ânesses de Kis aient disparu , et que Saûl ait été amené à la maison de Samuel? Permis à ceux qui croient aux voyants, aux devins , et à la surveillance particulière du Dieu de l'univers pour faire retrouver des ânesses ; mais pour qui n'a pas perdu ou abjuré le sens le plus commun , il est clair que tout ceci est une manœuvre astucieuse, secrètement ourdie pour arriver à un but projeté. On ne peut douter que Samuel , homme si répandu dans Israël , n'ait déjà connu la personne de Saûl ; il a cru son caractère propre à ses fins; mais pour s'en assurer précisément, il a fallu causer avec lui ; il n'a pu décemment aller le trouver , il a dû le faire venir ; il a dit à un dévoué , comme en ont toujours les hommes de cette trempe : « Dieu veut éprouver son «serviteur Kis; va, détourne ses ânesses, et « mène-les à tel endroit. » L'honune a obéi : voilà Saûl en recherche. Il ne trouve rien. En pareil cas , combien de paysans suisses, bavarois, tyroliens, bretons, vendéens, iraient chez le devin? Or rien de plus facile à ce devin que d'aposter des gens sur la route que dut suivre Saûl ; elle était prévue par Samuel; il projeta le sacrifice et le repas, d'après ce calcul; la portion mise à part pour un convive absent en est la preuve. Lorsqu'il a eu Saûl en sa maison , il a employé la soirée à le sonder de toutes manières ; il l'a préparé à son nouveau rôle; finalement, il écarte le serviteur, et mystérieusement, sans témoin , il exécute la grande, l'importante cérémonie de lui verser un peu d'huile sur la tête (notez bien cette circonstance, U l'oint sans témoins , en secret, pour un effet qui sera public); il lui donne un baiser, dit le texte ; il lui déclare que de ce moment Dieu l'a sacré roi incommulahle , ineffaçable d'Israël.

Ace point de leur intimité , on sent que la confidence a été complète : Saûl a connu et accepté les

* L*é|Mia1e et le bras étaient remblème et même l'expresftion de la force acUve et du pouvoir.

propositions et les conditions de Samuel. Olui^l, qui a mesuré l'esprit de son client, pour le subjuguer de plus en plus , lui fait diverses prédictioDS d'un accomplissement immédiat. « En retoumaot diez « vous, lui dit-il, vous allez rencontrer à tel en- « droit deux hommes qui vous diront que votre père a a retrouvé les ânesses; plus loin, vous trouTera « trois hommes allant à Beitel : ils vous diront /ei^ « chose, ils vous feront tel présent. Plus loin, à b « colline des Philistins, vous trouverezlaproeessioD « desprophétesdesoNiàantéahautlieUyZuwxi^ a lyres, des tambours ( de basque ), des flûtes [ï « septtuyaux)etdesguitare8.L'espritdeDieuvoiis « saisira; vous prophétiserez avec eux, et vous S6 « rez changé en un autre homme. Quand ees signes a vous seront arrivés , vous ferez ce que vous roo- « drez. Dieu sera avec vous ; vous viendrei me troo- « veràGalgalapourfaireimsacrifice;j'yde8eeDdni a pour faire les offrandes pacificatoires ; vous atteo* « drez sept jouris mon arrivée, et je vous ferai m- « naître ce que vous ferez. Saûl s'en alla , et toutce « que lui avait prédit Samuel lui arriva. *

Si l'ony prend garde, on ne verra là rien de miraculeux; il fut facile à Samuel d'organiser tout» ces rencontres , et même de calculer le temps et \t lieu de la procession des prophètes , cérémonie religieuse , qui, par cette raison, dut avoir ses joun et heures fixes.

S Vin.

Qu'était-ce que les prophètes et la confrérie des propliètA(*a les andeus Juifs?

Autrefois je ne comprenais point ce que pouvaient être ces prophètes formant un cordon '. une file d'hommes nus ou presque nus, dansant. chantant, échevelés, marchant au sondesinstnh ments ( comme David devant l'arche ). Je ne pouvais allier cette idée avec celle que je me faisais d'Isaïe, de Jérémie, d'Amos, de Nahum, etc. qui nous sont peints comme des hommes graves , érootant en silence le souffie de vérités sublimes. Aojoord'hui que je connais ce pays , le caractère de ss habitants, je vois dans les mœurs actuelles la solotion la plus simple du problème.

Il faut savoir que dans tous les pays musolmans il existe des confréries de dévots qui s'assodffit pour certaines pratiques et cérémonies , qu'eonwmes s'imposent, ou qui leur sont dictée par da chefs; à le bien prendre, la toème chose na-t-cîi^ pas lieu en Espagne , en Italie ? n'a-t-ellepas» lieu dans la France, l'Angleterre, l'Allemagne, djw

I Le mot hébreu kabl signifie positivencot m céhU. b cardon, une chaine.

mSTOIUE DE SAMUEL.

toute la chrétienté, quand y régnait la ferveur religieuse ? Si je recherche les motifs de ces associations volontaires J'en trouve plusieurs : les uns naturels , dérivés de l'organisation même de l'homme, les autres artificiels, dérivés de l'état social.

L'homme, organisé comme il l'est , ne peut vivre ni solitaire, ni silencieux, ni immobile. Ses nerfs ont le besoin , la nécessité d'agir, comme son sang de circuler : ces nerfs sont construits de manière que si le fluide de sensibilité y est en surabondance , son évacuation , sa sécrétion deviennent aussi nécessaires que l'évacuation d'un excès de sang ou de sucs alimentaires. D'autre part , la nature a voulu , par un mécanisme singulier, que deux êtres humains ne pussent être en présence l'un de l'autre sans que leur système nerveux ne se mût réciproquement. De ces bases physiques, il a résulté que, dans l'état social , les hommes ont eu le besoin constant de se communiquer leurs idées , leurs sensations , leurs passions, et de s'associer selon les lois de sympathie , ou d'intérêt , variables dans leur application.

La facilité ou la diCQculté de ces communications et associations, forme ce que l'on appelle la liberté civile et politique. Là où existe cette liberté réglée par les usages ou les lois , le mouvement est paisible et sans secousses. Là où elle est contrariée, contrainte par la force , l'homme s'agite en tous sens pour vaincre ou éluder les obstacles et pour dépenser d'une manière quelconque son activité , sa sensibilité ; alors se forment les associations partielles, les confréries de factions ou de sectes, qui finissent en général par être la même chose , et qui sont au fond un instrument de pouvoir recherché parlesindividus comme abri , et par leschefis comme levier : voilà pourquoi dans les États despotiques , il y a plus spécialement de ces associations et confréries qui se couvrent d'un manteau religieux pour en imposer à la violence militaire ; tandis que dans les États libres , comme dans notre Amérique , il n^existe pour ainsi dire rien de semblable , ou ce qui en existe n'a pas d'effet sensible. Sans doute encore, voilà pourquoi ces confréries, ces associations pieuses ont beaucoup de ferveur dans les temps d*ignorance, de bigoterie, d'esclavage et de grossièreté, tandis qu'elles en ont moins en raison du progrès des lumières , des sciences exactes et de la civilisation.

A ces titres , vous apercevez les motifs de leur activité dans tous les pays musulmans, où, par un instinct naturel , les hommes se groupent en confréries autour des mosquées , en mobteries dans «les couvents, comme font entre autres lesdervi-

ches. Quelquefois le gouvernement les favorisecomme instrument; quelquefois iljes redoute comme résistance, parce que s'il frappe un membre, tout le corps retentit; c'est une compagnie d'assurance de la sûreté des personnes : et qu'y a-t-il de différent dans la chrétienté? Qu'était-ce que le gouvernement de la Provence quand le roi René y instituait la procession des fous y quand s'y formait la confrérie des pénitents blancs, des pénitents griSf etc. Remarquez encore que ces confréries sont surtout du goût des méridionaux, sans doute parce que leur vivacité a plus besoin de se dissiper ^n cris , en gestes, en spectacles, eu cérémonies.

Quand j'ai eu pesé toutes ces considérations , j'ai conçu que de telles institutions ne purent manquer d'exister chez les anciens Hébreux, où elles trouvèrent des aliments généraux et particuliers. Par exemple, la tribu ou caste sacerdotale, ou lévitique , vivait dans une oisiveté absolue : le nombre des prêtres en fonctions étant limité, tout le reste, qui vivait aux frais de la nation, c'est-à-dire, du produit des offrandes et sacrifices, n'avait à s'occuper, comme les brahmes et comme les druides, que de rites et de pratiques dévotes qu'ils avaient intérêt démultiplier pour provoquer les dons des fidèles; de tels hommes durent avoir des confréries, des processions et tout ce qui s'ensuit.

D'autre part, chez ce peuple livré à une anarchie constante , c'est-à-dire, au pouvoir déréglé, au despotisme transitoire de chaque individu, de chaque famille turbulente ou forte , dans cet état où fut le peuple hébreu pendant toute la période des juges (400 ans au moins) , les confréries religieuses durent être un abri, et, conune je l'ai déjà dit, une compagnie d'assurance contre les violences et les brutalités dont le livre des Juges offre de choquants exemples. Enfin à l'époque de Samuel , lorsque cet individu, faible d'abord, commença d'aspirer au pouvoir, et lorsque ensuite il y fut parvenu, les confréries lui offrirent un moyen d'appuyer sa marche, d'affermir, d'étendre son crédit; et il dut d'autant mieux cultiver ce moyen, qu'étant un intrus dans le sacerdoce, un usurpateur par rapport à la famille d'Héli, il eut un parti d'opposition, dont nous verrons bientôt les preuves, et parmi les hautes familles dont il blessait la vanité, et parmi les prêtres, qui durent savoir à quoi s'en tenir sur les visions.

De tout ceci je déduis que la procession des prophètes chantants et dansants comme des derviches , dont Samuel annonce la rencontre à 3aùl en le congédiant, a dû lui être bien connue en ses mouvements , a dû être formée de ses amis , de ses

HISTOIRE DE SAMUEL

(floués, comme Tindique une anecdote postérieure ; car rhistorîen nous dit que lorsque Saûl roi voulut faire tuer David , qui 8*était réfugié près de Samuel dans lecanton de NUmt, ses émissaires armés trouvèrent la confrérie des prophètes dans l'acte deprophéUser, et Samuel debout qui les présidait.

Quant à ce qu'ajoute Thistorien , « que ces émîs- « saires furent saisis de Vesprii de Dieu et qu'ils n se mirent à prophétiser aussi ; que même chose « arriva à deux autres escouades envoyées par Saûl ; « enfin que ce roi lui-même étant arrivé plein de R colère , il fut également s<xisi de l'esprit divin, « et se mit à prophétiser en présence de Samuel , « après avoir jeté ses vêtements pour demeurer nu « pendant un jour et une nuit ; « ces faits bizarres peuvent sembler incroyables à des hommes de sens rassis et de sang-fi'oid, comme nous autres gens du nord et de Vouest; moi-même je les ai d'abord rejetés comme non prouvés ; et en effet ils manquent de témoins suffisants; aujourdliui que je connais le pays , je les admets comme probables par plusieurs raisons naturelles.

D'abord j^observe que David, pendant le temps qu'il a vécu près de Saûl, s'est fait beaucoup d'amis , témoin , entre autres , Jonathas ( fils du roi ), qui se dévoue pour lui ; cette disposition a dû porter plusieurs émissaires à chercher des motifs d'éluder l'ordre ; d'autres ont pu être influencés par Tascendant religieux que Samuel avait conquis sur les esprits , et entre autres sur celui de leur prince ; enfin tous, et surtout Saûl , ont pu être maîtrisés par ce mécanisme du système nerveux , par cemagnétisme antmo/qni, encore aujourd'hui, exerce devant nous de fréquents exemples de ses phénomènes. Veuillez remarquer ce qui se passe toutes les fois que des hommes s'assemblent dans Pintention et rexercice d'un sentiment commun : leurs regards , leurs cris, leurs gestes, les électrisent à chaque instant davantage ; et pour peu que la parole vienne y joindre des tableaux, les têtes s'exaltent au point de ne plus se posséder. Voyez ce qui arrive au théâtre tragique, ou dans le meilleur drame : si la salle est peu remplie de monde, les spectateurs ne s'émeuvent que faiblement , tandis que si elle est bien pleine , ils s'exaltent progressivement jusqu'à l'enthousiasme : voyez encore ce qui arrive dans nos temples aux jours de prédication de nos zélés puritains et méthodistes : les auditeurs arrivent froids; peu à peu leurs nerfs sont agacés par les gestes convulsifs de l'orateur acteur, par ses cris acres tirés du fond de 4a gorge, par les tableaux de damnation et d'enfer dont il se feit un mérite et un art d'effrayer les imaginations: une femme nerveuse tombe en con-

vulsion, et voilà qu'une foule d*autres riniitentei que tout Tauditoure est en trépidation ; n'aTons-noas pas vu fréquemment ces scènes à Philadelphie , dans les prédications du dimanche , surtout celles qui se font à la fin du jour > ? Enfin consultez les médedos, et ils vous diront qu'en nombre d'oeessions, Faspect des convulsions, même épil^tiques, est devenu contagieux pouf les sujets délicats, tels que les femmes et les enfants. Or cette irritabilité neneose existe principalement dans les pays chauds, où die est &vorisée et promue par les aliments gàièalement ftcres , par l'abondance du calorique et par le jeûne , qui est un des grands promoteurs de maniet visionnaires et d'extase; voilà les diverses causes du phénomène nerveux qui a eu lieu dans l'assemblée chantante et hurlante des confrères projMa à Niout et à la colline des Philistins.

Quant à l'acte de prophétiser, ce n'est pas la faute des livres hébreux, si nous nous en fomoes des idées fausses; ils disent tout ce qu'il faut poor les redresser ; d'abord ils peignent les circonstaoces, le chant, ou plutôt les cris, la nudité; ensuite ie mot même qu*ils emploient pour signifierpropA^^e et prophétiser en est une définition , une e^Hkition très-claire ; car le mot nahià est un dérivé de naba, qui signifie littéralement être fim, foire le fou ( insanire ) , crier, déclamer comme vn poèU qui chante des vers , comme un prophète qui cÂanle des hymnes, des psaumes, des oracles [notez qse chofUer un psaume est un pléonasme, polsqn'a hébreu psaume se dit mazmoutj qui signifie dast et chansons ]. Or qu'est-ce que tout ceci, âiioi ce que faisait la Pythie de Delphea , ce que faisaient tous les rendeurs d'oracles cbe£ les peuples de rastiquité, oe que font eaccnre ches les musulmans les derviches et les ikours ( confrérie des écnmeurt] dont je vois ici les folies, ce que font chez noas même les ardents , les illuminés de nos sectes bigotes? Par cela même que tous ces gens-là étaient ou semblaient être hors d'eux-mêmes, bon de ktf sens naturel , ils étaient considérés comme saim, comme agités de Vesprit divin. Certes, si qiiéq» chose caractérise l'ignorance populaire d'une part, l'imposture de la fourberie sacerdotale d'uneantiti c'est cette idée bizarre, cette opinion monstneose d'appeler esprii de Dieu, les dérèglements mala-

> Et nous aatres Français , ne te voyona-noDi pas ai^ d*bai dans les prédicaUons des oomédiena miaiMMiiiRi fii parcourent les vttteB et les campagaf» de bqs provtooei « midi , où iU exploitent la sotUse populaire avec tow 1» w nements d'escamotage et de pantondme qa*h tevcolét ritale. NbapèfeSfdanslealèdednraAer^ne root-Uapaaindaiks aoèoes extravagantes , deveams al célèbres , des miiado «V^ rés au faubourg Saint-Maroel par tes accUteurs do dtaP Péris, etc.?

HISTOIRE DE SAMUEL

di6 de notre nature hamaine ; d'appeler Tépilqwe , esprit dioin, mal sacré ^ eomme il est encore nommé dans toute la Torquie par les musulmans et par les chrétiens. — Mais j'ai un peu quitté mon sujet sans néanmoins le perdre de Toe ; m'y voiei rentré.

SIX

5«dte de là ooBdidie astndeiue de Samuel. — Première installattoo de SatU à Maspha. — Sa victoire à iabès. —Deuxième inafaiia^fa^ MoUIb de ~

« Saûl donc congédié par Samuel , rencontra la « procession des prophètes, et à la vue de ce oor- « tége, saisi de l'esprit de Dieu, il se mit à prophé* « tiser avec eux. Ce fut une rumeur dans le peuple « d'apprendre que Saûl fût devenu prophète; ceux « qui Pavaient connu se disaient : Qu'est-il donc <t arrivé au fils de Kis, pour être aussi prophète? Et « quelques gens dirent : Quel est leur père à eux > ? « Son beau-pèt% Payant interrogé sur les détails « de son voyage, Saûl lui àMtauty excepté l'afifoire « de la royauté. » (Voilà une connivence entre Saûl et Samuel.)

11 restait une scène publique à jouer pour capter le respect et la crédulité du peuple : à cet effet, Samuel convoqua à Mtupha une assemblée générale. Après des reproches de la part de Dieu ( car rien ne se feit sans ce nom) : « Vous avez voulu , « dit-il , un autre roi que votre Dieu, vous l'aurez. « En même temps , il commença à tirer au sort les « douze tribus disraël , pour savoir de quelle tribu « sortirait ce roi. Le sort tomba sur la famille de « Benjamin : il tire au sort les fiimilles de Beqja- « min; le sort tombe sur la femille de MiUri, puis « enfin dans. cette fitmille, sur la personne de « Saûl. »

Assurément s'il est unejimglêrte, c'est celle de tirer au sort une chose déjà résolue. Quant à la ruse de diriger ce sort, on sait qu'il ne faut qu'un pea d'adresse de joueur de gobelets; partout on en a vu , on en voit encore des exemples. En ce temps de civilisation, la France n'a-t-elle pas vu ses cinq directeurs tirant au sort à qui sortirait de charge , lorsque entre eux le sortant était convenu ? Eh bien, moyennant un lot de cent mille francs comptant, une voitureatteléededeux bonschevanx, et le brevet d'un emploi, le sorUnt ne manquait pas, sur les cinq boules divoire mises dans l'urne, de prendre celle qui était chaude, et le monde était édifié.

> Ce mot est équivoque; est-ce des propMtos , est-oe de Kis et de Saûl doot oo demande cela ? Si c^est de Kis et de Saûl , cela voudra dire : Sontrlls lévites? Si c*est des prophètes , cela voudra dire, qu'eux-mêmes n*7 avaient pas plos de droit par paiasance que Saûl , et que la confrérie était fonnée de gens de toutes classes. Ce dernier sens nous parait le véritable; natremeot cette phrase ne serait que la répéttUon de la précédente.

Il allait ici que le peuple hébreu crûtque Dieu luimême faisait choix de Saûl, afin que ce choix imposât obéissance à tous, et respect aux mécontents, dont l'opposition ne laissa pas encore de se montrer : par surcroît de jonglerie, Saûl ne se trouva point pârésent : il est clair que Samuel Tavait fait cacher : on le cherche, bientôt on le trouve dans sa cache, que le wnfatU aura peut-être encore eu le mérite de deviner : le peuple fut émerveillé de voir un si bel honune , et selon le récit littéral , il cria : vive le roi iUMhéfnaiek)l

« Alors Samuel lut au peuple les statuts de la € royauté, et il les écrivit en un livre qu'il déposa ft (sans doute dans le temple). Après cette céré» « monie, le peuple étant congédié, Saûl revint en sa « maison, c'est^Hlire, en son domaine rural, en « sa métairie >, et il rassembla autour de lui , pour « faire une armée, les hommes dont Dieu toudia « le cœur (c'estnà-dire, les croyants, les partisans « de Samuel): mais des méchants dirent: Quoi! « c'est ta celui quinous sauverai £t ils ne lui por- « tèrent pas de présents. »

Ces derniers mots nous montrent un parti de mécontents qui est dans la nature des choses ; l'es» prit et le ton de dédain de cette expression indi» quent d'abord, pour son motif, le bas étage, la condition populaire où était né Saûl , etpeut-être ensuite la médiocrité de ses talents déjà connus de aes voisins, sans compter une infirmité secrètjB qa» nous verrons se développer. On sent alors que ces mécontents furent des gens de la classe distinguée par la naissaneeet la richesse, lesquels ne sont, dans le texte, qualifiés de méchants, que parce que le rédacteiur est un crwfoni, un dévot qui ai)onde dans le sens du (Mrêtre, son héros, et de la superstitieuse majorité de la nation.

D'autre part, un fait digne d'attention est ce livre àdAStoMs raifoux écrits par Samuel. Le nx>t hébreu est masl^fiit >, qui signifie sentence rendue^ loi imposée. Quelle fut cette loi , cette constitution de la royauté?

La réponse n'est pas douteuse : ce fut ce même mashfai, mentionné au chap. viii, vers. 11, où Smnuel (irrité) dit au peuple : « Voici le mash^at « du roi qui régnera sur vous ; il prendra vos en- « fants , il les emploiera au service de son char et « de ses chevaux ; ils courront devant lui et devant « ses attelages de guerre; il en fera des ( soldats), « des chefs de mille, des chefs de cinquante hom- «t mes ;ines emploiera à labourer sesehamps, à ftire «i s»B moissons, à fabriquer ses instruments dç com-

' Comme 1» rois de France de la première race. > Composé do radical êhafat^ U a Jugé, U a rendu tentmee,

HISTOIRE DE SAMUEL

(« bat , et ses armes et ses chars ; il prendra vos Glies .. et en fera ses parfumeuses (ou laveuses de véte- « ments), ses cuisinières , ses boulangères ; il s'em- « parera de vos champs de blés , de vos vergers « d'oliviers, de vos clos de vigne, il les donnera aux « gens de son service ; il prendra la dîmede vos grains « et de vos vins pour la donner à ses eunuques, à « ses serviteurs; il enlèvera vos esclaves ou servi- « teurs mâles et femelles, ainsi que vos ânes ; et tout « ce que vous avez de meilleur dans vos biens sera « à son service; il dîmera sur vos troupeaux, et de « vos propres personnes il fera ses esclaves*. »

On se tromperait si l'on prenait ceci pour de simples menaces : c'est tout simplement le tableau de ce qui se passait chez les peuples voisins qui avaient des rois ; c'est une esquisse instructive de l'état civil et politique, même militaire de ce tempslà, où nous voyons les chars, les esclaves, les eunuques , les dîmes , les cultures de diverses espèces , les compagnies et bataillons de mille et de cinquante, etc. comme dans les temps postérieurs; mais tels étaient les maux résultants du régime théocratîque y c'est-à-dire du gouvernement par les prêtres, sous le manteau de Dieu, que les Hébreux lui préférèrent le despotisme militaire concentré dans la personne d'un seul homme qui, à l'intérieur, eût le pouvoir de maintenir la paix, et qui , à l'extérieur, eût celui de repousser les agressions , les oppressions étrangères : il faut nous en rapporter à eux pour croire que de leur part ce ne fax pas une résolution si déraisonnable d'insister comme ils le firent , et de forcer le prêtre Samuel à constî^' tuer une royauté ».

Si ce prêtre eût été un homme équitable , il eût , en établissant les droits de roi , constitué aussi la balance de ses devoirs qui composent les droits du peuple; il lui eût imposé, comme il se pratiquait en Egypte, les devoirs de la tempérance en toutes choses , de l'abstinence du luxe, de la répression de ses passions , de la surveillance de ses agents , de la haine de ses flatteurs, de la fermeté à punir, de l'impartialité à juger entre les opinions et les sectes de ses sujets , etc. etc. Mais le prêtre Samuel , irrité de se voir arracher le sceptre qu'avait conquis* sa

> Dans rhébrea , U n*y a pas deux mots divers pour esclave et ierviteur, c'est t(M][J<Mm abd.

' > U ne faut pas s'y mépraiidfe : <^est ici la véritable royauté patriarcale des anciens temps ; chez les peuples de race arabe, le père de famille a toqjoars eu et a encore le droit de vie et de mori dans sa maison ; ses enfants , ses lionmes sont à sa discrétion. Voyez comme Abraham se dispose à égorger son fils sans aucun obstacle humain, et comme U force tout son monde, plus de 300 mâles , esclaves ou libres , à se faire la douloureuse amputaUoo du prépuce. On ne remarque point assez que le despotisme oriental a ses bases dans le despotisme domestique, qui Ure son origine de Tétat sauvage primitif.

fourberie, en aiguisa la pointe pour en faire, dans les mains de son successeur, une lance ou un karpon.

Le plus fâcheux de cette affaire fut que Saûl.de son côté, ne se trouva point doué d'assez de moyens , d'assez d'esprit pour contre-miner ce perflde protecteur : il l'eût pu, en feignant de se tenir strictement à ses ordres, en l'obligeant de les expliquer nettement , pour rejeter sur lui les échecs qui en eussent résulté, et pour avoir lui-même devant le peuple le mérite des succès qu'il eût obtenus ea 8*en écartant. David, à sa place, n'y eût pas manqué; mais Saùl fîit tout uniment un brave guerrier qui, ne se doutant pas de la politique des temples , devint la dupe et la victime d'un machiavélisme consommé. L'art exista longtemps avant que l'Italie en eût écrit les préceptes.

J'allais oublier une dernière remarque, importante sous plusieurs rapports : elle m'est suggérée par le contraste frappant que je trouve entre la doctrine de Samuel et celle de Moïse sur la royauté.

Nous venons de voir que, selon Samuel, le mashfiU ou statut royal est un pur et dur despotisme, une vraie tyraniUe; selon Moïse, c'est tout autre cbose. Pour s'en convaincre, il suffît de lire ses préceptes consignés au dix -septième chapitre du Deutéronome, vers. 14 et suivants ; le texte dit littéralement: « Quand vous serez entrés dans la terre que /e AouA, « votre Dieu, vous a donnée, et que vous la possé- « derez et l'habiterez , et que vous direz : Je ttu « établir sur moi un roi comme tous les peuples « qui m'environnent, •— vous établirez celui que « choisira lehouh , votre Dieu ; — vous le prendrez a parmi yoB frères (juifs ) ; vous ne prendrez point « un étranger, qui n'est point yotrt frère; — et (ce « roi) ne possédera point une muAf^ucfé de chevaux; « il ne fera point retourner le peuple en Egypte « pour avoir plus de chevaux; il ne se donnera point a une multitude d'épouses ; son cœur ne déviera

« point U n'entassera point de trésors en or a

« en argent; et lorsqu'il s'assiéra sur le trône, ii « écrira pour lui-même un double de la loi (copié ) « sur le livre qui est devant les prêtres lévites;- « et cette copie restera entre ses mains; il la lin « tous les jours de sa vie pour apprendre à craindre « lekouh son Dieu , et pour pratiquer tous ses préci ceptes. »

Quelle différence entre ce statut de Moïse et edoi de Samuel! Notez bien ces mots : Le roi sera un de vos frères y un homme tout simplement comme chacun de vous, et il sera soumis à toutes ks Ms qui gouvernent la nation! Comment se fait-il que Samuel n'ait pas intimé, pas insinué un seul mot d'une ordonnance si précise, si radicale du légis-

lateur ? Coinnient personne n'en a-t-il fait la moindre mention? Est-ce que la loi de Maîse était ignorée, oubliée? Est-ce que par hasard cet article, du moins, n'y était pas encore insécé? Des soupçons raisonnables peuvent s'élever à cet égard. — D'habiles critiques ont déjà remarqué que dans le Pentateuque, plus de trente passages sont manifestement postérieurs à Moïse, et postérieurs de plusieurs siècles : de ce nombre est le terme nabiâ , employé pour dire prophète , lequel, de l'aveu de l'historien des rois , n'a été substitué que très-tard au mot râA(vo^a/iO> usité par conséquent au temps de Moïse : or dans tout le Pentateuque on n'emploie que le mot nabià : donc cet ouvrage serait tardif.

De plus, ce qui est dit ici, « ne pas posséder une A muUitude de chevaux ; ne pas se donner une mul- « titude de femmes ; ne pas entasser des trésors « d'or et d'argent; ne pas laisser dévier son cœur « ( des vofes d'Iehouh ) , » est une allusion si directe aux péchés de Salomon, qu'il en résulte une preuve additionnelle de posthumité : par surcroît, ces mots , çuarid vous posséderez la terre ( promise) et que vous direz : « Je veux établir sur moi « un roi comme tous les autres peuples ; » ces mots , dis-je , sont tellement la peinture de ce qui est arrivé sous Samuel , que l'on a droit de les prendre pour un récit historique , métamorphosé après coup en prophétie. Qui jamais a fait mention d'aucun roi juif ayant copié de sa main la loi, h moins que ce ne soit celui qui eut pour régent et tuteur un grand prêtre, de la part de qui un tel ordre vient admirablement bien (Helqiah)? Si ce fut un précepte de Moïse , comment fut-il textuellement oublié par Samuel même , prophète et grand juge ? Ne sont-ce pas là autant d'arguments puissants en faveur de ceux qui soutiennent que le Pentateuque est une composition tardive , et peu antérieure à la captivité de Babylone ? et que le fond des Chroniques, sur divers points et sur diverses époques, conserve plus réellement le caractère de l'antiquité ? Je viens à mon sujet.

Après l'installation du nouveau roi, chacun retourne à son village, à ses champs. Bientôt le roi des Ammonites prend les armes, et vient assiéger la ville de Jabès à l'orient du Jourdain. Les habitants hébreux offrent de se rendre , de payer tribut. Ce roi ne veut les recevoir à composition qu'en leur crevant à tous l'œil droit , pour les livrer , ditil , à l'opprobre et au mépris d'Israël. Ces malheureux dépêchent à leurs frères d'Israël des députés que Ton conduit à Saiil ; on le trouve ramenant du labourage sa charrue attelée de deux bœufs (vive

peinture des mœurs du temps } ; Saùl est saisi de colère ( le narrateur appelle cela l'esprit de Dieu ) , il coupe ses deux bœu£s en morceaux qu'il envoie par tout Israël; avec ces paroles : « Quiconque ne « viendra pas de suite rejoindre Saûl , ses bœufs « seront traités de la sorte. »

Le moyen fut efficace; tout Israël se rassembla , comme un hom^ne, dit le texte; ici l'hébreu dit 80,000 hommes de Juda, et 300,000 des onze tribus ; le grec au contraire : 70,000 de Juda , 600,000 dureste. De telles variantes , qui sont très*répétées , montrent le crédit que méritent ces livres au moral, quand le matériel est ainsi traité. D'après le grec , en comptant 6 têtes pour fournir un homme de guerre, ce serait plus de 3 millions d'habitants sur un territoire de 900 lieues carrées au plus , par conséquent plus de 3000 âmes par lieue carrée , ce qui est contre toute vraisemblance. Le plus raisonnable est, nombre moyen, peut-être 20,000 pris par élite pour un coup de main qui demandait surtout de la rapidité. Saiil part comme un trait ; il arrive à la pointe du jour ( sans doute le sixième ) , et fond sur le camp des Ammonites , qui , habitués aux lenteurs fédérales des Juifs, n'attendaient rien de tel; il les surprend , les écrase et délivre la ville. Le peuple, charmé de ce début, le porte aux nue$, et propose à Samuel de tuer ceux qui ne l'avaient point reconnu et salué roi, Saûl, brave , et par cette raison généreux , s'y oppose. Ce jour-là , Samuel , satisfait , ordonne qu'il y ait une autre assemblée générale à Galgala , pour y renouveler l'installation ; cela fut fait.

Pourquoi cette seconde cérémonie ? Est-ce afin de donner aux opposants, aux mécontents, le moyen de se rallier à la majorité du peuple et d'étouffer un schisme qui eut plus de partisans qu'on ne l'indique; car nous en reverrons la trace lors de la prochaine guerre des Philistins , dans le camp desquels se trouvèrent beaucoup d'émigrés hébreux , portant les armes contre le parti de Samuel et de Saùl.

Voilà un premier motif apparent , déjà habile; mais nous allons découvrir que Samuel, toujours profond et plein d'embûches , en eut un autre secret, puisé dans son intérêt et son caractère.

Le texte nous dit , chap. xii , que l'assemblée étant formée, Samuel, debout devant tout le peuple, fit une harangue dont la substance est « qu'il a « géré les affaires avec une entière intégrité; qu'il « n'a pris le bœuf ni l'âne de personne; qu'il n'a «( opprimé, [K^rsécuté aucun habitant ; qu'il n'a point « reçu de présents de séduction, et cependant, « laisse-t-il entendre , vous m*avez forcé de mettre

UiSTOIRE DE SAMUEL.

• tm roi à ma place. » 11 attribue ce reproche à Dieu; mais Dieu, c'est lui. — Or comme par la nature du régime royal tel qu'il Ta dépeint , Saûl ne pouvait manquer de faire des vexations de ce genre, il en résulte à son détriment un contraste qui , en ce moment même , tend à diminuer le crédit qu'il venait d'acquérir, et qui met en évidence la jalousie qu'en avait conçue Samuel.

Ce prêtre insista sur l'idée que Dieu avait jusque-là gouverné la nation par des élus spéciaux tels que Moïse , Aaron , Sisara , Gédéon , Jephté , etc. et que le peuple, rebelle aujourd'hui, voulait segou* vemerde lui-même par des hommes de son propre choix; or comme ce nouveau système enlevait le pouvoir suprême et arbitraire à la caste des prêtres dont Samuel s'était rendu le chef, on voit d'où lui vient le profond dépit qu'il en conserve; en même temps que l'on voit l'arrogance sacrilège de ce caractère sacerdotal, qui s'établit de son chef interprète et représentant de la Divinité sur la terre.

Ici le narrateur (prêtre aussi) a joint une circonstance remarquable : « Vous voyez, dit Sa- « muel au peuple, que nous sommes dans le temps « de la moisson (c'est-à-dire à la fin de juin et aux « premiers jours de juillet ) ; eh bien ! j'invoquerai « Dieu , et il me donnera réponse par la voix du « tonnerre et par la pluie , et vous connaîtrez votre « péché de désobéissance. Or il survint du tonnerre « et de la pluie , et le peuple fut saisi d'effroi ; il » connut son péché , il demanda pardon à Samuel , « qui (généreusement) répondit qu'il ne cesserait « néanmoins jamais de prier Dieu pour eux, etc. »

Cest fort bien : mais sur ce récit, nous avons droit de dire d'abord, où sont les témoins ? Qui a vu cela? Qui nous le dit? Un narrateur de seconde main : fut-il témoin? il est le seul, il est partial; et d'ailleurs une foule de faits ou de récits semblables se trouvent chez les Grecs, chez les Romains, chez tous les Barbares anciens , et alors il faut croire que leurs voyants , que leurs (ienins eurent aussi le don des prodiges; mais admettons le récit et le fait : nous avons eneore le droit de dire que Samuel, plus habile en toutes choses morales et physiques que son peuple de paysans superstitieux , avait vu les indices précurseurs d'un orage , qui d'ailleurs n'est pas chose rare à cette époque de l'année. Moi-même, voyageur, n'en ai-je pas vu aux derniers jours de décembre, où le cas est bien plus singulier?

En résultat, le peuple prit une nouvelle confiance dans la puissance de Samuel, et c'était là ce que voulait ce roi ecclésiastique pour ne pas perdre la latelle de son lieutenant royal.

SI

Brouillerie et niptare de Samuel avec SaùL — Ses aoiib probaUes.

A cette époque , Saûl devait être un homme Ag^ pour le moins , de quarante ans ; car dans la goem des Philistins qui va éclater tout à l'heure, son fils Jonathas se montre un guerrier déjà capable de fûts d'armes hardis et brillants. Comment se fait41 donc que le texte hébreu et toutes ses versions nous disent que Saûl était âgé d'un an quand il régna? Les interprètes ont voulu corriger cela par diverses subtilités ; il n'est à cette erreur qu'une bonne solution. Le texte hébreu ne porte point le mot tui, il dît sèchement : Saûl était âgé de... an; il est dair que dans le manuscrit premier , source des autres, le nombre est resté en blanc, parce que l'autenr (présumé Esdras ) oublia ou ne put établir le nombre; et la preuve ou l'indice de ce fait est que b version grecque présumée faite sur ce manuscrit, a totalement supprimé l'article. Je reviens à Saiy.

Il fut naturel à ce nouveau roi d'être eollé de son premier et brillant suoeès , de sa subite et haute fortune : aussi le voit-on , très-peu de temps après cette assemblée, déclarer la guerre aux PÛlistios; divers incidents mentionnés donnent lieu de soupçonner que ce fut contre l'avis de Samuel , et que de là naquit entre eux cette mésintelligence que nous allons voir éclater. Samuel put, avec raison, représenter à Saûl « que les Philistins étaient puis- « sants, aguerris, redoutables; que leur commerce « maritime, rivai de celui des Sidoniens et des Tjr- « riens > , leur donnait des moyens d'industrie supé- « rieurs à ceux des Hébreux; que œux-ct , quoique « laissés en paix sous sa judicature, n'étaient ce- « pendant pas en état complet d'indépendance aide « résistance, puisqu'ils n'avaient pasmêmela liberté « d'avoir des forgerons ( chap. xin, vers. 19 ) pour « fabriquer leurs faux, leurs socs de diar, et à plus « forte raison des lances * ; que le mieux était de « temporiser. »

Tout cela était vrai et sage : Saûl passa outre; il était plein de confiance dans l'ardeur du peuple; il put répondre aussi que Dieu bienveillant y pou^ voirait, comme au temps de Gédéon et de Jephté. — 11 choisit 8000 hommes pour rester sur pied aiec lui, il renvoie le reste : sur cette élite il donne 1000

> Lliistoileik Joitln remanpie qa*à une époque qvi dot élit Il oa 1200 ans avant notre ère, les PUUsUnt s'MalflDleiBpHà de Sidon, et que oe fût à cette ocoastoo que des éiolgréi ds cette vUle bAUrent la TiUe de Tyr.

* Lorsque SaOl retoarne de la mabon de Samuel dbn im père, U est dit quHl doit trouver sur saroufe on corpa dtgaidB phiUsUn.etlalignede cette route est tout à lUt dans T ' rieur du pay|.

HISTOIRE DE SAMUEL

hommesàsoQ fils Jonatha8;hientdtoe jeune homine attaque un poste de Philistins qui crient aux armes , et se rassemblent ; Saûl les voyant nombreux, appelle tousles Hébreux. Selonrhistorien, les Philistins déploient 80,000 chars de guerre, 6,000 cavaliers et une multitude de piétons pareille au sable de la mer; nous demandons qui a compté ces chars et ces cavaliers ; en outre il y a ici une invraisemblance choquante,cartoutle territoire des Philistins n*était pas de plus de 100 lieues carrées, qui ne comportent pas plus de 200,000 têtes d'habitants : l'on nous supposerait id [âus de guerriers ; c'est une chose tout à fait remarquable que les nombres soient généralement enflés dans les livres juifs h un degré hors de croyance, et presque toiiuours en nombres ronds par décimales.

La peur saisit les Hébreux ; ces paysans ( à la mode des Druzes ) se dispersèrent, et furent se cacher dans les montagnes et les cavernes : Saûl se trouva dans un très^grand embarras; il invoqua Samuel s cdui-ei lui répondit d'attendre sept jours ( il voulait voir comment cela tournerait); pendant ce temps le peuple continue de déserter. Saûl croyant que le succès dépendait surtout du sacrifice propitiatoire , en ordonna les préparatifs ; et parce qu'il vit l'ennemi prêt à l'attaquer sans que Samuel fût arrivé , il se décida à faire lui-même le sacrifice, qui était l'attribut du piètre. Enfin Samuel arrive : « Qu'avez- « vous fkit? » dlMl à Saûl. Ce roi lui explique ses motifii. Sanrael lui répond : « Vous avez agi comme « un insensé ; vous n'avez point observé les ordres « que vous a donnés Dieu ; il avait établi votre règne « pour toujours : maintenant votre règne ne s'af- «fermira point; Dieu a cherché un homme selon « son cœur; 0 l'a établi dief sur son peuple, » et Samuel s'en alla.

Une tefie conduite , un changement si brusque , n'ont pu avoir lieu sans de graves motifs ; il fiiut nécessairement supposer qu'il s'était passé entre eux quelque dissentiment , quelque contestation grave du genre que j'ai indiqué , et cependant cela ne suffirait pas encore pour expliquer un parti si décidé , pour justifier tant d'orgueil et tant d'insolence ; j'aperçois un autre motif : la suite des actions publiques et privées de Saûl mettra en évidence qu'il fût attaqué d'une maladie nerveuse, dont les symptômes sont eeux de l'épilepsle : ne serait-ce pas que ce genre de maladie, si fâcheux en lui-même, étant ordinairement tenu caché, Samuel n'en eut point connaissance quand il choisit Saûl, mais que l'ayant ensuite connu , il se sentit pris en défaut devant l'opinion publique, devant ses propres ennemis , et qu'alors il chercha Toocasion et le j

6I& moyen de se dédire pour se redresser? Il n'eu est pas moins vrai qu'ici sa conduite est méchante et blâmable, en ce qu'elle détruit la confiance du peuple en son chef, et l'encourage à le déserter pour ouvrir le pays à l'ennemi.

Ce prêtre a cru toute victoire impossible , et en immolant son protégé vaincu, il a voulu se ménager des capitulations personnelles avec ses ennemis intérieurs et étrangers.

Le sort trompases calculs : « Saûl , resté seul avec six cents hommes déterminés comme lui , ne perd point courage; il prend poste devant le camp ennemi, en prohibant toute attaque. Quelques joun se passent : son fils Jonathas se dérobe à son insu (probablement de nuit ), suivi d'un seul écuyer * ; il se présente à un poste philistin, situé sur un roc escarpé ; il est pris pour un transfuge hébreu , tel qu'il en était arrivé un grand nombre depuis deux jours. Il grimpe avee son écuyer; ils sont accueillis, et à l'instant tous deux frappent avec tant d'audaceet de bonheur, qu'ils étendent morts vingt guerriers sur un demi-arpent de terre : la confusion et la peur se répandent dans le camp, les Philistins se croient trahis, soit les uns par les autres, soit par les transfuges hébreux : on se bat d'homme à homme; Saûl, averti par le bruit, accourt avec son monde , ki déroute devient complète : emporté par son bouillant courage, ce roi prodaqiie l'imprudente défense de rien manger avant d'avoir fini le jour à tuer et à poursuivre. Son fils , qui l'ignore, rafraîchit sa soif d'un peu de miel ; le père veut l'immoler à son serment ( comme Jephté ), mais le peuple s'y oppose et sauve Jonathas. »

Voilà une seconde victoire du nouveau roi ; mais celle-ci , arrivée contre toute attente , dut déconcerter Samuel ; aussi ne le voit-on point se montrer sur la scène ; les Philistins vaincus rentrèrent chez eux. Il parait qu'une trêve fut admise, puisque l'historien ne parle plus de guerre de ce côté; il spécifie au contraire que Saûl tourna ses armes contre d'autres peuples : « qu'il attaqua , l'un après l'autre, les Moabites, les Ammonites, les Iduméens, les rois syriens de Sobah ( au nord et par delà Damas ) , et que ce ne fîit qu'ensuite qu'il revint contre les Philistins et les Amalekites ; » partout il fut heureux et vainqueur.

On sent que ces diverses guerres prirent plusieurs années , et pour le moins , chacune d'elles une campagne : aussi le narrateur semble-t-il terminer là son histoire en dénombrant et nommant les femmes

< Ilot Impropre : on ne fait Jamais id mention de cavnlie ri, tout est piéton.

HISTOIRE DE SAMUEL

quYpousa Saùl, les enfants quMl eut de chacune d'elles, les hommes qu'il établit commandants de sa garde et généraux de ses troupes.

A la manière dont est terminé ce chapitre , un lecteur habitué au style de ces livres croirait que rhistoire de Saûl est réellement finie , car leur formule ordinaire pour clore l'histoire des autres rois est également de recenser leurs femmes , leurs enfants et les personnages marquants de leur règne; et cependant le chapitre xv , qui est le suivant , semble commencer une autre portion du règne de Saûl contenant spécialement les détails de la consécration et substitution de David , à dater d'une scène de rupture finale qui eut lieu entre le roi et Samuel.

Ne serait-ce pas que le rédacteur final présumé Esdras, en compilant les mémoires originaux, écrits par Samuel y Nathan et Gady selon le témoignage des Paralipomènes, chapitre xxix, aurait cousu leurs récits l'un à l'autre sans beaucoup de soins , comme ont fait , en général , les anciens? Nous verrons la preuve de cette idée se reproduire dans la présenUUion de Dtwid à Saûl.

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