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Pag. 621 . — L'ombre de Samuel évoquée par la magicienne de Almrdmr, Sam. liv. !•', chap. xxvui.
Cette scène est si curieuse, que le lecteur nous saura gré de lui en donner le récit textuel.
« Samuel était mort, Saûl avait chassé les devins et les ma- R glciens;or les PhUisUnss'étont assemblés en armes, vinrent « camper à Sunam ; Saûl rassembla Israël , et campa à Gelba ; « et voyant les dispositions des Philistins, U conçut de grandes R craintes , et il Interrogea Dieu ( lehooh ) : et Dieu ne répon- « dit ni par songes , ni par urim ou oracles de prêtres, ni par « prophètes. » (Voyez à ce su|et le Dictionnaire de to Bible, par dom Calmet , tom. IV, art. urim et thumim , où Pou voit que le prêtre rendait l'orade par l'hispection des pierres précieuses qui , à SCS yeux , Jetaient ou ne Jetaient pas d'éctot.) « Et Saûl dit à ses serviteurs : Cherehei-mc^ une femme mat- « Ireue des évocations, que Je l'interroge; ils lui répondirent : « U y en a une à Aînrdor (la fontaine de Dor ) ; Saûl changea « ses vêlemento , en prit d'antres , et s'y achemina avec deux fc hommes; ils arrivèrent de nuit chez cette femme , et il lui « dit : Devfaiez-moi, Je vous prie, par les eipriu ou revenante, « et faites-moi monter qui Je vais vous dire. La femme réponn dit : Vous savez ce qu'a fait Saûl , qui a détruit les devins •I et gens de mon art, pourquoi me tendez-vooaun piège pour m me faire mourir? Et Saûl lui Jura par lehouh en disant « Vive Dieu , il ne vous arrivera pas de mal. La femme reprit « Qui vous ferai-Je monter? Saûl dit : Faites monter Samuel , « et ( bientôt ) la femme vil Samuel , et elle s'éciia : Pourquoi « m'avez-vous trompée? vous êtes Saûl; et le roi dit : Ne « craignez point, qui avez-vous vu? — J'ai vu ÉlaMm (lee « dieux) montanU (du sein ) de la terre. » (Notez bien quld to mot Élahim gouverne te pluriel montanlt,) « Saûl dit : « Quelle est sa forme? Elle reprit : Un vieillard couvert d'un « manteau ; et Saûl reconnut que c'était Samuel , et il s'inclina « vers to terre; et Samuel dit à Saûl : Pourquoi m'avez-voua « troublé en me faisant monter? Saûl répondit : Je suto dans « les angoisses : les PhiUstins me combattent; Dieu (^ioAtm)
■ a'est retiré de moi, il ne me répond ni par les prophètes, ni « par les songes; Je vous ai invoqué pour m'éctoirer sur ce « que Je dote faire. Et Samuel répondit : Pourquoi minterro- « ges-vous quand Dieu s'est retiré de vous et qui! s'est fait « votre rival, comme Je vous l'ai dit? il a rompu le pouvoir de « votre main et l'a donné à David, parce que vous n'aves « point écouté sa voix , et que vous l'avez irrite pour Amalek
■ ( te texte dit irrité êomnet); Dieu vous livrera ai:^fourd'hui « avec Israll, aux PhiUstins; deoudn vous et vos fito vous serez « avec mot A. ces moto Saûl de sa haute tailto tomba subite- « ment par terre, saisi de terreur; il fut sans force, il n'avait «pas mangé de pain, ni ce Jour, ni to nuit (précédente); et « la femme vint à lui , et comme elle to vit épouvante , elle « lui dit : Votre servante vous a entendu , elle a mto son éme « dans sa main; elle vous prie d'entendre ses paroles, elle « vous offre une bouchée de pain, afin que vous mangiez; « vous reprendrez des forces , et vous retournerez (chez vous). « Saûl retasa et dit : Je ne mangerai point; et ses serviteun « et celte femme le contralffiiirent : il se rendit à leurs prières; « il se releva de terre et s'assit sur te lit (matelas posé par « terre); et to femme avait un veau qu'elto engraissait; elte « se hàtode l'égorger; elto prit detotorine, fit cuira des gi- « teaux ou gstettes ( non levées faute de temps) , elte présente « ces alimente à Saûl et à ses serviteun; Ito mangèrent, lisse « levèrent et s'en allèrent pendant cette nuit » — (Le ch». I^tre finit.)
Cette scène a éte le sqjet de beaucoup de ralsonnemento de to part de divers écrivains chrétiens, anciens et modernes; presque tous y ont vu l'opération du diable, an moyen duquel
NOTES SUR LUISTOIRE DE SAMUEL
Us expliquent tout ce (fui D*est pas divin dans leur ligne. Le hollandais f^an Date et le philosophe françabFonfofiWfo, s*en sont particulièrement occupés ; mais à leur époque , 11 n*y a eu ni asseï de connaissances physiques, ni assez de liberté d'écrire pourquUls pussent clairement s'expliquer ; 11 est bleu clair ai^urd'httl que cette femme n'a usé que des prestiges naturels dont nos physiciens modernes ont retrouvé la science secrète : elle n'a pas eu besoin d'une grande magie pour reconnaître le roi Saûl » si connu de tout Israël pour sa taille qui dominait le vulgaire de toute la tête; ni pour faire apparaître une ombre au moyen de ces lanternes sourdes placées dans un réduit caché , d*où elles projettent sur un mur ou sur une toile tendue , un spectre lumineux dessiné par une feuille de métal ou de bois accolée à la lampe , l'antiquité de ce meuble est attestée par les ruines d'Herculanum , où on l'a trouvé , comme une leçon pour noua de ne pas dénier aux anciens la connaissance de tout ce que nous ne voyons pas. Que de choses le» Jongleurs de tonte robe ont eu Intérêt de cacher! Cette femme n'a pas eu besoin d'une grande magie pour cacher quelque complice qui a fait le dialogue (si elle ne l'a pas fait elle-même), ni pour subjuguer l'esprit de trois hommes dépeints si superstitieux, si crédules, si épouvantés; et comment ces tours de gobelet n'auralent-lls pas réussi à cette époque de profonde Ignorance , lorsqu'au mUieu de nous , au dix-buitlème siècle , l'on a vu sous le nom de loge égyptienne, des associations ou confréries d'hommes de haute qualité, des comtes, des mar^ quis , ûe& princes , en France , en Italie , en Allemagne , se laisser illuminer par les fourberies de quelques Imposteurs (de Cagllostro par exemple), et cela, au point de croire que Fombre de Sésostris, ou de Nekepsos, ou de Sémiramis, pouvait venir assister à leurs banquets nocturnes? On parle beaucoup de la crédulité do peuple, on devrait dire de Vhomme ignorant, qui , pour être vêtu d'habits divers , tantôt de haillons, tantôt de galons , de percale ou de bure, n'en est pas moins toujours le même animal ridicule par ses prétentions, pitoyable par sa faiblesse; heureux quand ses passions irritées n'en font .pas une béte féroce , dangereuse surtout lorsqu'elle cache la griffe du tigre sous le velours des formes religieuses.