NOUVEAUX ÉCLAIRCISSEMENTS
SUR LES PROPHÈTES MENTIONNÉS AU § YIII, page 006.
Les usages et les moeondes peuples asiatiques, et spécialement des races arabes au temps ancien et même actuel, sont si peu connus en général de nous autres occidentaux, que beaucoup de lecteurs ont pu ou pourront croire que notre voyageur MstorleB s'est livré à quelques idées systématiques dans ce quil a dit, § VIll, de la oonfirérie des prophètes. Nous regardons comme un devoir de confirmer la Justesse de ses vues à cet égard, en Joignant id le témoignage d'un autre voyageur récent qui, dans une brochure intitulée : Notice sur la cour du Grand Seigneur, euivie (Pun Essai hUtorique sur la reKgion mahométame ■ , a publié des faits notoires Û4^ cités par d'autres historiens , tels que Paul Rica , qui démontrent , dans l'état présent, le miroir antbeatiqtte et fidèle de l'état passé. Nous allons copier quelques articles de la paga
DBS SANTONS, AIFAQUIS, SCOEUS, HOGIS ET TALISMANS.
« Les trois premiers ordres sont parmi les Tnrks les plus M éminents dÂis le sacerdoce , et ils l'exercent avec beaucoup m d'autorité; les hogis et talismans tiennent le rang de diacres « et sous-diacres. » Les santons assistent à rofiice( de la mosquée), rédteot les prières, expliquent des textes du Qoran, et sont quelquefois d'une telle véhémence , qu'ils manient les esprits au gré de leurs passions. On en vit un grand exemple en 1664 , lorsque Soliman II hésitait d'aller assiéger Malte. Un de ses santons , préchant un vendredi devant le sultan , parla
' tJn Tolame ln-R*>, publié en 1809, à Puis, par Joteph Eagêne Bes«Tolil]ii , chff d'escadron , et Jof e militaire «a tribanal spécial de Naples.
avec tant de force, que le peuple, transporléde hainecoolnki chrétiens , demanda la guerre à grands cris , et oontraigatt Soliman de la promettre sur-lfrchamp. On sait combien de bH. Uers de soldats y périrent , et combien fût bonleuie la itlnite de Soliman.
En! 600, vivait dans la ville d'Alep un vleUlard leptiueénalre de l'ordre des santons , qui s'était acquis une telle imputation de sainteté, qu'elle attirait un grand conooun dépeuple dans sa maison, quoique son humeur sauvage en rendit ratm difficile. Les grands de l'empire en avaientseols rentrée ;biA croyant en recevoir des bénédictions , ils n'en Rcevaientqiie de fortes réprimandes.
Ce vieillard avait passé douze années entières dans lasnison sans en sortir, et depuis trois ans 11 n'avait pas seuloant dépassé le seuil de la porte de sa chambre, quand on t« quil avait fait interrompit sa solitude , et le força à faite sn voyage à Jérasalem. Le bruit s'en répand bientôt dam les environs d'Alep; le peuple accourt pour le voir partir, et k rend en foule sur son passage, aux portes de la ville, das les rues, devant sa maison : il parut, monté sur nw mie que son fils menait par la bride, et tenant les yeux fanéi pour être ptus recueilli dans ses méditations; Il l'étera on cri universel d'admiration. Les spectateurs se séparantenoile en trois bandes, marchèrent devant lui, et raccompagnerait par-honneur à trois lieues de la ville. Le pacha d'Alep clait 4e cette troupe, suivi de deux cents clievaux ; et celai do Gain vint au-devant de lui avec un appareil pompeux. Ces deu pachas alwrdèrent notre santon au milieu de la campape, et lui soutinrent les bras , Jusqu'à ce qulI les eût priéi de k retirer. Les lieux par où il passait étaient couverts dlMoses accourus de tous côtés pour voir un saint.
DBS MOINES TCRK8.
Les moines tufàs se partagent en quatre dasscs; ki gtomallers , les dervis , les caienden et les torlaquis.
Les géomailers sont des Jeunes gens de bonne maisoo.polli, formés aux usages du monde : ils voyagent en Barbarie, es Egypte, en Arable, en Perse et même dans les Inda oH» taies. Ils sont vêtus d'une saye de pourpre violette qui kv descend Jusqu'aux genoux, et portent une loogoe côntoR d'or et de sole , au bout de laquelle sont suspendoei dei ejii> baies d'argent, dont le son Joint à leur voix, forme une agréable harmonie. Une peau de lion ou de léopard, nouée am ks deux pattes de devant sur leur poitrine , leur sert de maatm- Hs ont pour chaussure des sandales de oorde; Us nmtUle nue, et laissent croître leurs cheveux, qu'ils ont soin de pu' fumer. Un livre d'amour plein de chansons quils ont eomposées en langue arabe ou persane, est le seul quils lisent Ptf les chansons et la musique de leurs cymbales, ib annsent les artisans , qu'ils obligent ainsi de leor donner de Tarpsl Us sont tous aussi savants quil est possible aux Tora de Tttit. Aussi écrivent41s les relations de leurs voyages, et leonj^ cours sont-Us propres à séduire les Jolies femmes, qui «w* leurs ont beaucoup dlncUnatlon pour eux.
Lesdervtssontvètusdedeux peaux de mouton ou decbène, Bêchées au soleU; ils vont tète et pieds nus.se raMBtlelcb^ veux, la barbe et tout le poil du reste du oorps,etielirtknt les tempes avec un fer chaud , ou un morceau de Ja^ie de diverses couleurs. Us habitent hors des villes, dans ks teibooi^ et dans les villages. Ib voyagent au retour du printempi ot pendant l'automne ; et partout où ils passent , iU laisseot da marques de leur lubridté. S1U rencontrent en leur cbeaiB un passant quils Jugent un peu aisé , ils lui demandent lismône en l'honneur d'Eau, gendre de Mahomet; sll mine. Us lui coupent la gorge, en l'assommant avec une petite hacHe
quils portent à la ceinture. Us violent les femmes qulk tn» vent à l'écart, et se livrent entre eux aux excès ks pks monstrueux.
Le chef-lieu de leur ordre est dansPAsie mineure. Beitjtt tout près de la tombe d'un peraonnags de leur sede,dofil» célébrait la mémoire et révèrent les ossements. Uv i»^ loge dans ce monastère , qui contient cinq cenU icfist»^ ;? l'appcUent Assambaba, c'est-è^yre pire des pères. U «od»» est leur Jour de fête. Après l'office, fis se tendent dans kspj» ries qui environnent leur monastère; Us y dresMnt dei ^/«^
NOTES SUR L'HISTOIRE DE SAMUEL
et m ttwttni aux plaisirs de ta bonne cbère. Le général est assis aa miiieo d*eiu. Après le repas, Us se lèvent et font leor prière d'actions de grÂoes. Ensuite deux Jeunes garçons leur apportent d'une certaine poudre enivrante, et des feuilles d'une plante qutb nomment tnastach. Après en avoir pris, ils passent bientôt de la Joie à la fureur. Dans cet état, ils allument un grand feu, et se tenant par la main, ils dansent autour, et parviennent à un tel degré d'exaltation , qu'ils se déchirent la peaa de mille manières et y tracent avec leurs couteaux diverses figures, comme des fleurs ou la figure d'un cœur, ou des paroles analogues à leurs amours.
A œs extravagances, Us ijoutent une certaine danse qu'ils exécutent en tournoyant avec une incroyable vitesse. Ils se forment en cercle; un de la troupe commence à battre un tambourin et à se mettre à tourner. Les autres le suivent , et tooment si rapidement qu'U est impossible de discerner leurs traits. Tant que dure ce mouvement, ils récitent lentement certaines prières , Jusqu'à ce que les forces venant à leur manquer, ils tombent à terre comme morts. Quand ils se sont relevés , ils recueillent les aumônes des assistants.
Malgré tous leurs exercices religieux , les dervis sont niéprises à Ooostantinopte; on les regarde même comme des lioiiiiDes dangereux. Néanmoins, les habitants de cette ville ne refusant l'aumône à personne , Us y trouvent de quoi remplir leurs besaces aussi bien qu'ailleurs.
Les calenders sont moins vicieux que les dervis. Ils sont vêtus d'une pettte robe courte, sans manches, peu différente d'un dUce, étant tissue de poU de cheval ou de chameau, mêlé avec de la laine. Ils se rasent le poU et se couvrent la tète d'un bonnet de feutre à la grecque, bordé à l'entour de franges longues de quatre doigts , faites de crin de cheval. Us portent an cou un gros anneau de fer, en signe de l'obéissance qu'Us rendent à leurs supérieurs. Leurs oreUles sont ornées d'anneanx du même métal. Us font gloire du céUl)at, et portent d'énormes anneaux de fer qui les mettent dans llmpossibiUté d'en enfreindre les lois. Us demeurent dans de peUtes chapelles nommées tecMe.
Ces moines ne sont pas plus exempts d'ambition que les autres hommes ; et leurs anneaux de fer , et leur dUce , et leur grand bonnet, n'empêchent pas qu'Us n'entrent dans les révoltes contre l'autorité du souverain. En I&36, l'empereur Soliman étant occupé à la guerre de Hongrie , les calenders se prévatarent de son absence pour se Joindre aux dervis, et sous la conduite d'un nommé Zélâ>is, s'emparèrent de plusieurs places de FAsie mineure. Le peuple entra avec une sorte de fureur dans leur révolte, et nombre de soldais s'enrôlèrent sous leurs drapeaux. Au retour de son expédition, Soliman, pour éteindre ce feu qui menaçait le reste de l'Asie d'un embrasement général , envoya en <UUgence contre les rebelles , le pa(ha Ibrahim , avec une partie de l'armée qui avait triomphé de la Hongrie. Les motaMS attendirent ce gteéral avec toutes leurs forces , et lui présenfèmt la bataiUe. Quoiqu'Us ne fussent pas accoutumés aux exercices miUtaires , Us combattirent avec tant de courage, qu'ils arrêtèrent tout court les braves et vieux soldats de SoUman, et que la victoire resta indécise Jusqu'à ce que le pacha , outré de la résistance de cette canaUle , s'empara d« l'enseigne la plus remarquable de son armée , et la Jeta au mUieu des ennemis, en criant à ses soldats : Laisiez ces nurineg vous ravir F honneur de vos victoires, et qu'ils se glorifient mainienami Savoir voiftcu Us vainqueurs des Hongrois, A peine eut4l achevé , que les troupes , animées d'une ardeur incroyable, se précipitent sur les moines, les enfoncent, leur arrachentrenscigne que le pacha leur avait Jetée, et les taUlent en pUces. Le chef de la révolte Ait tué ; et au Ueu de retourner dans leor monastère, les moines qui échappèrent au carnage cherchèrent un asUe dans les cavernes et les déserts.
Les torlaquis s'habUlent à peu de chose près comme les dervis; ils portent un bonnet de feutre sans bord, de la forme d'un pain de sucre cannelé; le reste de leur corps est nu : ils ne savent ni lire, ni écrire, sont grossiers, fainéants, et passent leur vie dans une iionteuse mendicité. Ils fréquentent les bains, les cabarets et les maisons de débauche, pour y trouver un diner ou attraper quelques pièces d'argent, tout en marmottant des prières. A la campagne ou dans les bois , s'ils rencontrent un. passant bien vêtu, ils le dcpoulUent, ils lui
enlèvent son argent, et lui assurent que la volonté de Dieu est qu'U aille nu comme eux. Us se mêlent aussi de prédire l'avenir; et pour tromper le bas peuple, Us regardent dans les mains, comme font nos diseuses de bonne aventure. Us mènent ordinairement avec eux un vielUard de leur ordre , fourbe habUe, à qui ils aCreetent de rendre des honneurs prewiue divins. Quand Us arrivent dans un vUlage , ils le logent dans la meUleure maison , et se rangent autour de lui , observant ses gestes et ses paroles. Le vieUlard , après avoir affecté un grand air de sahiteté et marmotté quelques prières, se lève tout à coup, et Jetant de profonds souptes, invite ses collègues à sortir promptement du vUlage, qui, dit41, va êfam détruit, en punition des péchés de ceux qui l'habitent; le peuple , époavanté, accourt de toutes parts , et comble les torlaquis d'aumônes, pour qu'Us obtiennent la miséricorde divine.
AUTRES RELIGIEUX TURU.
Outre les religieux dont nous venons de parler, les Turks ont encore certains soUtaires qui ne sont sqjets aux lois d'aucun iman ni général d'ordre, mais qui vivent en leur parUcu- Uer, se logent dans des espèces de boutiques, en couvrent le pavé de peaux de bêtes sauvages , et tapissent les murailles de différentes espèces de cornes. Au miUeu de cette loge Us placent un escabeau , le couvrent d'un tapis vert , et mettent dessus un chandelier de laiton sans lumière : ils traînent avec eux un cerf, un loup, un ours ou un aigle, symboles de leur renonciation au monde. Cependant Us vivent au mUieu des grandes viUes et des villages les plus peuplés ; onen volt beaucoup à Andrlnople. Dans cette boutique, où Us ont pris leur logement , Us reçoivent de l'argent et des vivres que la charité turke leur envole : s'ils n'y font pas leurs affaires , ils se promènent dans les rues avec un des animaux dont on a parié plus haut , au cou duquel ils ont suspendu une clochette pour avertir les habitants de leur donner l'aumône.
n ne faut pas oublier les pèlerins de la Mecque , qui , après un si saint voyage, se dévouent le reste de leur vie à porter de l'eau par les carrefours , et à donner à boire à qui le désire. A cet effet, ils portent, pendue en écharpe, une outre de cuir couverte d'un drap de couleur, où sont brodées des feuilles de plusieurs sortes ; i]B ont à la main une tasse de laiton dorée et damasquinée , dont le fond est orné de Jaspe ou de calcédohie, pour rendre l'eau plus agréable à la vue. Tandis qu'ils la versent, ils exhortent ceux qui la reçoivent à mépriser les vanités de la vie , à penser à la mort ; Us ne demandent aucune récompense pour ce service , mais ils reçoivent l'argent qu'on leur donne, et répandent de l'eau de senteur sur la barbe de celui qui le leur offre. Il ne faut pas croire néanmoins à leur parfait désintéressement ; car on Jes voit quelquefois attroupés en grand nombre et demandant une rétribution à tous ceux qu'ils rencontrent, en l'honneur de quelque sahit dont ils célèbrent la fête ce Jour-là.
On voit par ces tableaux comment de tout temps un esprit d'astuce et de fourberie a suscité dans les États mal policés , chez les peuples crédules et superstitieux , des associations de fripons et d'escrocs qui , sous le manteau de la reUgion et les grimaces de la piété, ont su s'affranchir de ta morale commune, et lever sur la multitude et même sur l'autorité miUtaire et civile, des contributions arbitraires au profit de leurs passions et de leurs vices. Comme les hommes placés dans les mêmes ciroonstances, prennent presque toc^ours des habitudes semblables , on ne peut douter que chez les Hébreux il n'y ait eu des oonfiréries d'un genre analogue , et que ces prédiseurstHi prophètes qui se montraient nus en public, même par les processions , comme le fit si notoirement David , n'aient eu beaucoup d'analogie avsc les moines musubnans que nous venons de citer ; surtout lorsque la reUgion et les rites musulmans ne sont, pour ainsi dire, que le Judaïsme modifié.
N<yrE relative à la page 618* I^» Hébreux s'étaient éclairés par quelques progrès de nvilisaiion.
Chez tous les peuples anciens , les erreurs nécessaires que commirent les prêtres dans les prédictions ou oracles qu^ils étalent obliges de foire très-souvent, ne purent manquer, par
TABLEAU DU CLUCAT ET DU SOL
leur répéUtkm , d*aUémier la oonfianoe en leur véracité. HércNlote, en parlant des oracles divers consultés par Crésos , nous rend sensible œt état de choses , d'ailleurs très-naturel : U eut Ueu chei les Hébreux comme chez les autres. Le livre des Juges nous offre un exemple frappant de Tune de ces erreurs sacerdotales. Toutes les tribus s*étant armées contre celle de BeiOamin , pour la punir du crime atroce commis envers le lévite dont la femme avait été publiquement violée dans la ville de Gabaa, les cheb d'Israél, après une première défslte» allèrent pleurer devant Tarche et consultèrent Tovade , en disant : « DevonsHOOUs combattre encore les enfants m de Bo^min, qui sont nos firères? ( chap. xx , vers. 93) Et i*a « rade répondit : Harchez contre eux et leur livrez bataille. »
n est évident que le piètre aenteoda qnlls mnkùivi^ queors : U devait le croire, vu leur Immense sopérioiilé de nombre; cependant Us lurent battus avec beswoapdepole; le prêtre leur aura dit : « Cest que vous aviez pédié, dqne « Dieu aura voulu vous purifier. » Mais oeei iupUqoentt ose extrême ii^ustice de Dieu, puisque le diAHmat eût Vmià sur beaucoup d'innocents. On sent que ce ne sont là que ta raisons évasives. — Les chefii revinrent encore pleurer et eossulter : alors Torade leur assura la victoire , qui cette fobeel lieu; mais la leçon avait rendu le prMre et ks diciipkipndents ; Us avaient concerté un stratagème anqud Us te doicBL Dans la guerre du pcéire babylonien Béftéays eontnSiidttipal , nous voyons le i