CHAPITRE V
Des lacs anciens qui ont disparu.
U existe encore dans la construction des montagnes des États-Unis une autre drconstance plus caractérisée que partout ailleurs, qui a dû singulièrement augmenter l'action et varier les mouvements des eaux : lorsqu'on examine avec attention le terrain et même les cartes qui le représentent, l'on remarque que les chatnes principales ou aillons à*Alleghany, de Bltte-ridge , etc. se trouvent tous . dh^és en sens transverse au cours des grands fleuves, et que pour se Oiire jour du sein des vallées vers la mer , ces fleuves ont été contraints de percer les sillons et d'en renverser la barrière. Ce travail se montre avec évidence dans la James , le Potémac , la Susquehannah , la Delaware , etc. lorsque ces fleuves sortent de l'enceùite des montagnes pour entrer dans le pays inférieur; mais l'exemple qui m'a le plus Aappé sur les lieux est celui du Potdmae, 3 milles au-dessous de l'embouchure de la Sbenandoa. Je venais de Frederick'tawn , distant d'environ 20 milles, et je marchais du sud-est vers le sud-ouest par un pays boisé et ondulé; après avoir traversé un premier sillon assez bien marqué, quoique de pente aisée, je commençai à voir devant moi, à 11 ou 12 milles vers l'ouest, le chaînon de Blue-ridge, semblable à un haut rempart couvert de forêts et percé d'une brèche du haut en bas. Je redescendis dans un pays ondulé et boisé qui m'en séparait encore , et enfin m'étant rapproché, je me trouvai au pied de ce rempart qu'il fallait franchir, et qui me parut haut d'environ 3ôO mètres '. En me dégageant des bois, je vis dans son entier une large brèche, que bientôt je jugeai être de 12 à 1300 mètres de largeur. Au fond de cette brèdie coulait le Potdmac, laissant de mon cdté sur sa gauche une rive ou pente praticable, large comme lui-même, et sur sa droite serrant immédiatement le pied de la brèche : sur les deux parois de cette brèche, et du haut en bas, beaucoup d'arbres sont implantés parmi les rocs, et masquent en partie le local du déchirement ; mais vers les deux tiers de la liauteur du flanc droit du fleuve, un grand espace à pic, qui a refusé de les recevoir , montre k nu les traces et les caricatures de l'andenne attache ou muraille naturelle, formée» de quartz gris, que le fleuve vainqueur a renversée, en^ roulant ses débris plus loin dans son cours ; qudques blocs considérables qui lui ont résisté demeurent encore comme témohis à peu de distance. Le fond de son lit à l'endroit même est hérissé de roches fixes qu'il ne brise que peu à peu. Ses eaux rapides tournoient et bouillonnent à travers ces obstades, qui dans un espace de 2 milles forment des /a/(s ou rspicies très-dangereux. Je les vis couverte des dé-
> Faute dlnstrumento et de temps , mon moyen de mesurage fût de choisir, vers le pied du sttkm , plusieurs arbres, d'une hauteur à peu près ooonue de 25 mètres, et d'en répéter, d'échelon en échelon , la mesure comparaUve, ayant égard à la lédodion de perspective.
TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL
bris de bateaux naufragés peu de Jours auparavant S qui avaient perdu 60 barils de farine.
A mesure que l'on s'avance dans ce défilé» il se resserre au point que le fleuve ne laisse plus libre qu'une voie de charrette, qui même est inondée dans ses liantes crues. Les flancs delà montagne donnent jour à une foule de souroes qui dégradent encore cette voie en plusieurs endroits ; et comme sa migeure partie est de pur roc, de quartz gris et de grès, et même de granit, je tiens pour impossible le canal que l'on y projette : au bout de 3 milles on arrive au confluent de la rivière Shenandoa : elle sort brusquement à main gauclie du revers escarpé de Blue-ridge, qu'elle serre et ronge dans son cours. J'estime sa largeur, à cet endroit, environ le tiers de celle du Pot6mac, qui m'a paru avoir 200 mètres. Un peu plus haut , on traverse ce dernier fleuve au bac de Harper ( Harper's Ferry ), et par un coteau rapide on monte à l'auberge du lieu. De ce poml saillant, le défilé se présente comme un grand tuyau où la vue resserrée ne rencontre que des rocs et la verdure des arbres, sans pouvoir pénétrer jusqu'à l'extrémité , vers la brèche. Quand on vient de Frederick-town , l'on ne voit pas non plus la riche perspective dont les notes de M. Jeflersou font mention; sur l'observation que je lui en fis peu de jours après, il m'expliqua qu'il tenait sa description d'un ingénieur français , qui , pendant la guerre de l'indépendance , s'était porté sur le haut de la montagne ; et je conçois qu'à cette élévation la perspective doit être aussi imposante que le comporte un pays sauvage dont lliorizon n'a pas d'obstacles.
Plus j'ai considéré ce local et ses droonstanoes, plus je me suis persuadé que jadis le sillon de Blue-ridge, dans son mtégrité, fermait absolument tout passage au Potômac , et qu'alors toutes les eaux du cours supérieur de ce fleuve, privées d'issue et accumulées au sein des montagnes, formaient plusieurs lacs considérables. Les nombreuses chaînes transverses qui se succèdent depuis le fort Cumberland n'ont pu manquer d'en établir à l'ouest de Northmountain. D'autre part, toute la vallée de Shenandoa et de Conegocheague dutn'en former qu'un seul depuis Staunton jusqu'à Chambersburg ; et parce que le niveau des collines, même d'où ces deux rivières tirent leurs sources, est de beaucoup inférieur aux chaînes Blue-ridge et North' mountain, il est évident que ce lac dut n'avoir d'abord pour limites que la ligne générale du sommet de ces deux grands sillons; en sorte qu'aux premières époques il dut s'étendre et s'appuyer comme eux jusqu'au grand arc de fAUeghany vep le sud. Alors les deux branches supérieures du fleuve James , également barrées par Blueridge, devaient l'augmenter de toutes leurs eaux; tandis que, vers le nord, le niveau général du lac ne trouvant point d'obstades, dut se prolonger entre Blue-ridge et le sillon de Kittatiny , non-seulement jusqu'à la Susquehannah et au Schuylkill, mais encore par delà le Schuylkill et même la Delaware. Alors tout le pays inférieur, celui qui sépare Blue-ridge de la mer, n'avait que de moindres rivières, fournies par les pentes orientales de Blue-ridge, et par le trop plein du grand lac, versé du haut de ses som-
< La témérité des navigateurs américains rend ces accidents fréquents dans leurs fleuves comme sur TOcéan.
mets. Par suite de cet état , les rivières devaient y être moindres , le sol généralement plus plat; le sillon de granit talqueux ou isinglass , devait arrêter les eaux et former do lagunes marécageuses. La mer devait venir jusqu'à son f oisfaiage, et y occasionner d'autres marais de l'espèce de Dnmal Swamp, près de Norfolk; et si le lecteur se rappelle la couche de vase noire mêlée de roseaux et d'arbres que la sonde trouve partout enfouie sous la c^te, il y verra h preuve de toute cette hypothèse. Avec le secours des tremblements de terre très-fréquents sur toute la o6te allanlique, ainsi que je l'expliquerai, les eaux , qui ne cessèrail d'attaquer et de miner les sommets qui leur serraient de digues, s'y formèrent des issues; du moment que des volumes plus coBsidénibles purent s'échapper, les brèches s'accrurent davantage et plus rapidement ; et l'action puisk santé des cascades démolissant le siUon du haut en bas, finitpar livrer passage à la plus forte masse du lac : cette qiéralion a dû être d'autant plus fiidle, que Blue^idge, en général, n'est pas une masse homogène oistalUsée par de vastes bancs, mais un amas de blocs séparés, plus ou moins gros, entremêlés d'une terre végétale qui se dâaye fodlement : c'est une véritable digne maçoimée de tcne grasse; et comme ses pentes sont très-escarpées. Il arrive fréquemment que les dégels et les grandes pluies , enlevant cette terre, privent les blocs de leur appui , et alors la chute d'une ou de i^usieurs masses y cause àêa éboulements et des espèces d*avaianehes de pierres très-considérables, et qui durent pendant plusieurs heures ; par cette dmnstance , les cascades du lac durent exercer cette action d'autant plus rapide et plus efficace. Leurs premières tentatives ont laissé des traces dans ces ^aps ou cofj qui, d*e6paee enespace, fontdesdentdures à hi ligne des sommets; l'on voit clairement sur les lieux que ce furent de premiers versoirs du trop plein, abandonnés ensuite pour d'autres versoirs qui se démolirent plus aisément L'on conçoit que Véa» lement des lacs dut changer tout le système du pays inSérieur : alors furent roulées toutes ces terres de seconde formation qui composent la plaine actuelle. Le banc d'isinglass, forcé par des débordements plus flréquenta et plus Yolumineux , creva sur plusieurs points , et ses marécages , mis à sec, écoulèrent leurs vases et les joignirent à ces vases noires du littoral , qu'aïqourd'hui nonstroovons enfouies sous les terres d'alluvions, apportées depuis par les fleuves agrandis.
Dans la vallée entre Blue-ridge et North-mountain, tes changements furent relatif^ à la manière dont se fit l'écoulement. Plusieurs brèches, ayant à la Ibis ou sncoessivement livré passage aux cours d'eaux appdés mainlenant James , Potômac, Susqnehannah, Schuylkill , Delaware, leur lac général et commun se partagea en antant de lacs particuliers s^»arés par les ondulations de tenaia qui excédèrent leurs niveaux ; chacun de ces lacs eot son versoir particulier, jusqu'à ce qu'enfin ce versoir se trouvant miné au plus bas niveau, les tenes furent totalement découvertes. Cet événement a dû être pins anâoB pour les rivières James , Susquehannah et Delaware, paroi que leurs bassms sont plusâevés. Il a dû arriver plus récemment au fleuve Potûmac , par la raison invcrseqne toa bassin est le plus profond de tous : il serait à désirer que
DES ÉTATS-UNIS
quelque Jour le goaTernemmt des Étato-Unis , oa quelque société sayante du pays Yonlût charger d*habilea ingénieurs de faire des recherches sur cet intéressant sujet; il en résulterait infailliblement, à l'appui de ce que je Tiens de dire, des preuves de détail et des yues nouvelles du plus grand avantage pour la connaissance des révolutions <iu'a subies notre globe.
Je ne puis déterminer jusqu'où la Ddaware étendit alors, vers Torient, le reflux de ses eaux. Il parait que son bassin fiit borné par le sillon quj côtoie sa rive gauche, et qui est le prolongement apparent de Blue-ridge et de NorthmouBtain. H est probable que son bassin a toujours été séparé de celui de THudson, comme il est certain que l'Hudson en a eu un particulier dont la limite et la digue forent aiFdessus de West-Point, à l'endroit appdé/fi^^iand ( terres hautes ). Pour tout spectateur de ce local , il semble incontestable que le chaînon transverse qui porte ce nom a autrefois barré le fleuve et contenu ses eaux à une hauteur considérable ; et lorsque j'observe que la marée remonte jusqu'à 10 milles au delà d'Albany, ce niveau si bas dans une si grande étendue, comparé à l'élévation des montagnes qui enveloppent ce bassin, me fait penser que > le lac dut se prolonger jusqu'aux nq»ides du fort Edouard , peut-être même communiquer avec les lacs George et Champlain, et dans cet état rendre insensible la chute de la Mohavirk (le Cohoes), dont il dépassait le niveau : cette chate ne put se former qu'après l'écoulement du lac par la brèche de West-Point : et l'exbtence de ce lac, en expliquant les traces d'alluvions, de coquilles pétrifiées, de t>anc8 de schistes et d'argiles dtés par le docteur MitcfaiU , prouve la justesse des inductions de cet observateur judicieax sur la présence stationnaire d'anciennes eaui.
Ce sont aussi ces lacs anciens, maintenant à sec par la rupture de leurs digues , qui expliquent les banquettes correspondantes à 1 ou 2 étages, que l'on observe sur les rives de la plupart des rivières d'Amérique; elles sont surtout remarquables dans celles du pays d'Ouest, telles que la Tennessee, le Kentucky, le Mississipi, le Kanhawa et l'Obio : je vais dérelopper ce foit par la figure du lit de ce dernier fleuve, à l'endroit appelé Cincinnati, ou f<Mi Washington , quartier-général de North-west-territory, aa est le lit du fleure dans les plus basses eaux, tel que je rai vu au mois d'août 1796.
d^ est son éoore, presque verticale, formée de couches de grarier, de sable et de terreau , et minée par les grandes eaux de chaque printemps; cette écore a presque 50 pieds de liauteur.
ec est une première banquette large de 400 pas ou 900 pieds, aussi formée de gravier et de cailloux roulés : les hautes crues arrivent sur cette banquette , et larent de plus en plus le gravier et les cailloux '.
dd est un talus à rampe douce d'enTiron 30 pieds de liaoteur, composé de diverses couches de gravier et de
« Cette banquette et les talos sur tout le cours de TOhio, sont oouTerts de Todleuse plante ttramonium, que l'on m'a dit y avoir été importée de Virginie, mêlée par accident à d*autres graines; elle ft*est tellement multipliée, que Ton ne peut se promener sur tes banquettes sans être infecté de son cMieur narcotique et nauséabonde.
teneau pleins de coquilles fossiles et de substances fluviar tiles que l'on observe également dans l'écore : les hautes eaux ne dépassent jamais ce talus.
ee est une seconde banquette qui s'étend jusqu'au pied des collines latérales, et sur laquelle est assise la ville récente de Cindnnati ' : telle est la rive droite du fleuve.
Sa rive gauche répète à l'opposite les mêmes banquettes, les mêmes talus, par niveaux correspondants : en d'autres endroits ces banquettes ne se montrent que d'un cdié ; mais alors la rive opposée est tantôt une côte escarpée sur laquelle le fleuve n'a pu marquer de traces fixes, tantôt une plaine si large, que Tceil ne va pas chercher au pied des collines lointames les traces qu'il y trouTerait
Lorsque l'on examine la disposition de ces banquettes, de leurs couches, de leurs talus, et la naturo de leurs substances, l'on demeure convaincu que même la partie la plus élevée de la plaine, celle qui s'étend de la ville aux collines, a été le siège des eaux, et même le lit primitif du fleuve, qui parait en avoir eu 3 à des époques différentes.
La première de ces époques fut le temps où les sillons transverses des collines , encoro entiers , comme je l'ai expliqué plus haut, barrèrent le fleuve, et lui servant de digues , tinrent ses eaux au niveau de leurs sommets. Alors tout le pays soumis à ce niveau était un grand lac ou marécage d'eaux stagnantes. Par le laps des temps, et par l'eflet annuel et périodique des fontes de neiges et de leurs débordements, les eaux rongèrent quelques endroits faibles de la digue : l'une des brèches ayant cédé au courant, tout l'effort des eaux s'y rassembla, la crousa plus profondé* ment, et abaissa ainsi le niveau du lac de plusieurs mètres. Cette première opération dégagea la plaine ou banquette supérieure ee, et les eaux du fleuve, encore lac, eurent pour lit la banquette ce, et pour rivage le talus dd.
Le temps où les eaux demeurèrent dans ce lit fut la seconde époque.
La troisième eut lieu lorsque la cascade ayant encore été surbaissée par le courant plus concentré et plus actif, le fleuve se creusa un lit plus étroit et plus profond, qui est l'actuel , et laissa la banquette ce habituellement à sec.
n est probable que l'Ohio a été barré en plus d'un endroit, depuis Pittsburg jusqu'aux rapides de LouisrUle : lorsque je le descendis depuis le Kanhawa, n'étant pas prévenu de ces idées qu'un ensenible postérieur de faits m'a suggérées , je ne dirigeai pas une attention spéciale sur les chaînons transverses que je rencontrai; mais je me suis rappelé en avoir remarqué plusieurs assez considérables, particulièrement vers Gallipolis et jusqu'au Sciotah, très-capables de remplir cet objet ; ce ne Ait qu'à mon retour die Poste-Yincennes sur Wabash, que je fus frappé de la disposition d'un chaînon situé au-dessous de St/vercreek *, à environ S milles des rapides d'Ohio : ce sillon, désigné vaguement par les voyageurs canadiens sous le nom des côtes, trayerse du nord au sud le bassin de l'O-
' Elle est composée d'environ 400 maisons de bols, en planches et en troncs, que Ton a commencé d'y construire à l'époque de la guerre des sauvages, vers I79I : ce n'était qu'un camp de réserve et parc d'artUlcda
* Ruisseau d'argent
TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL
hio : il a forcé le fleure de changer sa directioo d'est vers ouest, pour aller chercher une issue iju'en effet il trouve ao confluent de Salt-^iver; et même l'on dirait qu'A a eu besoin des eaux abondantes et rapides de cette rivière , et de ses nombreux affluents pour percer la digue qui le barrait La pente assez rapide de ces côtes , quoique par un sentier oonunode, exige environ un quart d'heure pour être descendue, et par comparaison à d'autres élévations, elle m'a paru donner une âévation perpendiculaire d'environ 400 pieds. Le sommet est trop couvert de bois pour que l'on puisse voir le cours latéral de la chaîne; mais l'on aperçoit qu'elle se prolonge fort loin au nord et au sod, et qu'elle ferme le bassin d'Ohio dans toute sa largeur. Vu du sommet, ce bassin présente tellement l'aspect et les apparences d'un lac, que Tidée de son ancienne existence, déjà préparée par tous les faits que j'ai exposés, prit pour moi tous les caractères de la probabilité et de la vraisemblance : d'autres droonstanoes locales viennent à l'appui de cette vraisemblance , car j'ai remarqué que depuis ce chaînon jusqu'au delà de White-river (la rivière blanche) , à hait milles de Poste-Vinoennes, le pays est entrecoupé d'une foule de sillons souvent élevés et rapides, qui rendent la route âpre et pénible : ils sont tels, surtout après Blue-river et sur les deux rives de White-river; ils tiennent partout une direction qui les ûdt tomber sur l'Ohio en sens transverse. D'autre part , j'ai su à Louisville que la rive Kentuckoise ou méridionale de ce fleuve qui leur correspond, avait des sillons semblables; en sorte que dans cette partie, il existe un dlsceau de chaînons propres à opposer aux eaux de puissants obstacles. Ce n'est que plus bas sur le fleuve, que le pays devient plat, et que commencent les immenses savanes de Wabash et de Green^iver, qui s'étendant jusqu'au Mississipi, excluent de ce côté l'idée de toute autre digue K
Un autre foit général favorise encore mon hypothèse. L'on remarque en Kentucky comme une bizarrerie, qae toutes les rivières de ce pays coulent plus lentement près de leurs sources, et plus rapidement près de leur embouchure; ce qui en effet est l'inverse de la plupart des rivières des autres pays; d'où il fout conclure que le lit supérieur des rivières de Kentucky est un pays plat, et que leur lit inférieur aux approches de la vallée d'Ohio est une rampe déclive. Or ceci colndde parfoitement à mon idée d'un anden lac; car à l'époque où ce lac occupa jusqu'au pied des Alleg^anys, son fond, surtout vers ses bords, dut être assez uni et plane, aucun travail des eaux n'en déchirant la su-
* Un ooloo du Tennessee m*a fait observer que toutes les rivières de oe pays, qui versent immédiatement dans le Mississipi, ont éfl^lement des banquettes; oe qu*on attribue, at-H tjjouté, à ce que chaque année, dans le cours du mois de mai, le Mississipi a une crue d'environ 26 pieds anglais , laquelle force tous ses affluents de déborder et de se faire un plus large Ut Mais cette crue fait pour ces rivières ofHce de digne temporaire, et confirme, en ce point , la théorie que j*ai présentée pour d'autres cas. Au reste , je ferai observer à mon tour , que sur sa rive gauche , du côté d'est , le Mississipi est constamment restreint par une chaîne de hauteurs qui lui laissent rarement 4 ou 6 milles de terrain plat pour se déployer, tandis que sur la rive droite, du côté d^ooest, lorsqu'il a franchi sa berge, il perd ses eaux sur un sol plat de plus de ao lieues de largeur.
perfide; mais lorsque la digue qui retenait cette masM d'eaux paisibles se fut abaissée, le sol découvert eommcBçs d'être sillonné par les écoulements ; et kvrsque enfin le onrant concentré dans la vallée d'Ohio^ dànoUt plus rapidement sa chaussée, alors les tenres de cette vaUée, bras* quement enlevées, laissèrent comme un vaste fosaé, dont les escarpements sollidtèrent toutes les eaux de la pUiae d'arriver plus vite, et de là oe cours, qui malgré leurs tn> vaux subséquents , s'est conservé plus rapide jusqu'à ce jour.
Admettant donc que l'Ohlo ait été bairé, toit parle chaînon de Silver-creek , soit par tout autre oontign , il dit en résulter un lac d'une très-vaste étendue : car drpoii Pittsburg , la pente du terrain est ai douce que le fleuve m eaux basses ne court pas 3 milles à l'heure : ce que roocstime donner une pente d'environ 12 pouces par lieue; or la distance de Pittsburg aux rapides de Louisville, enlevant les détours du fleuve , ne s'évalue pas aetneUemint à 590 milles, que l'on peut réduire à environ IHO lieues'.
lî en résulte par aperçu une différence de niveau d'cnvh ron 180, ou si l'on veut, 200 pieds : à défout de mesures précises pour la hauteur du sillon des côtes , snpposoaslui-en 200 : il sera encore vrai qu'une telle digue a pu contenir les eaux , et les refouler jusque vers Pitlaburg : et !• lecteur trouvera une tdie hypothèse eooore plus pro* bable, quand lise rappeDera ce que j'ai d^ dit (pag.638 V que tout l'espace fompris entre VOhio et le lac Érié, est un grand plateau d'un niveau presque iiuauihle : assertion qui se démontre par plusieurs fiiita hydraofiqnes incontestables.
1® L'Ohio dans sesdébordementsamraele, même avnl de sortir de son lit sur la première banquette , c'est-à-£re avant d'attdndre à 50 pieds de son fond , refbnle le grand Miami jusqu'à Grenvûle, lieu situé à 72 nEdUea an nord dans les terres; il y cause stagnation, et ménie inondation, ainsi que me l'assurèrent les offiders que je trouvai à ce poste, quartier général de l'expédition da gteéni Wayneenl794.
2<* Dans les inondations du printemps, la bnacfae nord du grand Miami se confond avec la braiidie and du MUoi du lac Érié ( ou rivière Sainte-Marie ) * : alors le portaqe^ d'une lieue qui sépare leurs tètes , disparaît aosa l'eau, et l'on passe en canot du fort Loremierk Guertifê-kmm , e'est-
> Hutchlns suppose près de 700 mines; mais il tet nmarquer que ce géographe n'eut aucun moyen exact c( géométrique de mesurer l'Ohio : 11 le descendit en balcao , àam un temps de guerre avec les sauvages, calculant sa raarrlK par le courant, sans faire de relevée terre, dans la cni&le de surprises toujuon menaçantes : depuis queiqnes aoaéa , la navigation plus libre du fleuve a étabU des caleoli pin justes, et prouvé que ceux de Hutchins pèchent tons par exeèi ; ainsi , du petit Miami aux rapides , l'on compte 146 ndDn, « lieu de 184 qu'U portait; du grand Kanhawa au petit MMnt. 207, au lieu de 281 : en général, on le réduit d'Un scpUèse.
* n y a trots Miâmis : le petit, au-dessos de Cfaidniuli; le second ou grand Miami, annlessoos de ce même poste, tous deux versant dans TOhlo ; et le troisième veesant dans te lacËrié.
' Portage est Tespaoe de terre qui se trouve entre éns eaux navigables, parce que Ton est oMlgé de porter le canot pour passer de l'une à Fautre; c*cst ce que les Angl^ appellent carrying pUuê.
DES ÉTATS-UNIS
iHlire, d'mi afflneût d'Ohio dans un tflhient d*Érié, comme je rai TU sur les lieux, en 1790.
3« Aoemèmeliendeloremier, Tientiboatirmwlinncbe orientale de la Wabttsh, qn*«M simple fossé joindrait aai deuxririëres précédentes; et cette m6meWabash par une branche nord, communique au-dessus du fort Wayne , toujours dans la saison des grandes eaux, au Miami du lac £rié.
4« Pendant l'hiver de 1792 à 1793 , deux pirognes ftvent expédiées de fort Détroit sur le Saint-Laurent, par une maison de commerce, de qui je tiens le fiût, et elles passèrent immédiatement et sans portage de la rivière Muron , qui Terse au lac Érié, dans la riyière Grande , qui verse aa lac Michigan, par les eaux débordées des tètes de ces deux rivières.
5* U rivière Mbsidngom, qui coule dans l'Ohio, com* mnnique également par ses sources et par de petits lacs aux eaux de la rivière Cayaboga, qui verse dans l'Érié.
De tous ces faits, il résulte que lé sol dombiant du plateau entre l'Érié et l'Ohio, ne saurait excéder de plus de foo pieds le niveau de la première banquette de ce fleuve, ni de plus de 70 celui de la seconde , qui est la surfiMse générale du pays : par conséquent une digue de 200 pieds seatement, placée à SilverHTeek, a suffi non-seulement à refouler les eaux jusqu'au lac Érié, mais encore à les étendre depuis les dernières rampes de l'AHeghany jusqu'au nord du toc Supérieur.
Au reste, quelque élévation que l'on admette à cette digne naturelle , soit même que l'on suppose en divers lieux plusieurs digues qui auraient versé successivement les unes lor les autres, l'existence d'eaux sédentafares dans cette contrée de VOuest, et de lacs anciens tels que je les aidémontfés entre Blne-ridge et North-mountain, n'en est pas moins on bit nicontesfable pour tout observateur du terrain ; et ce foitexplique, d'une manière satlsfiiisante est simple, une foule d'accidents locaux qui, par contre-coup , lui servent de preuve : par exemple , ces anciens lacs expliquent pourquoi dans la totalité du bassin d'Ohio, les terres sont toujours nivelées par couches horizontales; pourquoi ces couches descendent par ordre graduel de pesanteur spécifique ; pourquoi l'on trouve en divers lieux des débris d'arbres , de roseaux, de plantes et même d*animaux , tels que les ossements des mammouths entassés entre autres au Ueu appelé Bigbones, 36 milles au-dessus de rembouchure de h rivière Kentucky, et qui n'ont pu être ainsi rassemblés que par l'action des eaux : enfin ils donnent une solution aussi heureuse que naturelle de la formation des coudies de charbon fossile qui se trouvent de préférence dans certains cantons et dans certaines situations du pays.
En effet , d'après les fouilles que l'industrie des habitants multiplie depuis 20 ans, il parait que c'est spécialement auHiessus de Pittsburg, dans l'espace compris entre le chaînon àe Laurel et les hautes branches des rivières AUeghany et Monongahéia, qu'il existe une couche presque universelle decharbon de terre à la profondeur moyenne de 12 à 16 pieds : cette coudie est appuyée sur le banehoriaontal de pierres calcaires , et recouverte découches de schistes et d'ardoises ; elle ondule avec le banc et avec ces couches sur les coteaux et dans les vallons; elle
estpitts épaisse dans oeux-d, plus mince sur ceux-là, et en général elle a 6 à 7 pieds d'épaisseur : par sa situation topographique. Ton voit qu'elle affecte le bassm mférieur des 2 rivières dont j'ai parlé, et de leurs affluentes, Y<h hogantf et Eiskéménitoi, qui versent toutes par un terrain assez plane dans VOhio sous Pittsburg : or, dans l'hypothèse du grand /œdont j'ai parlé, cette partie se serait trouvée primitivement être la queue de ce lac, et le p(Hnt des eaux mortes causées par son refoulement. Il est reconnu par les naturalistes que lès charbons fossiles ne sont que des amas d'arbres entraînés, puis recouverts de terres par les rivières et les torrents : ces amas ne se font point dans le courant, mais dans les lieux de remous oh Us sont abandonnés à leur propre poids : ce mécanisme se montre encore aujourd'hui dans beaucoup de rivières des États-Unis, mais surtout dans le Mississipi, qui, comme je l'ai dit, entraîne annuellement une immense quantité d'arbres : quelques portions de ces arbres se déposent dans les anses ou baies de ses rivages , où les eaux tournoient et reposent; mais la plus grande masse arrive aux bords de la mer ; et parce que là il y a équilibre entre le cours du fleuve et les marées de l'océan , les arbres s'y fixent par un mouvement stationnah'e , et ils y sont enfouis par la double action du reflux de la mer et du courant du fleuve, sous les vases et les sables. De même, dans les temps andens, les rivières qui versent des Alleghanys et du chaînon de Laurel dans le bassin d'Ohio , trouvant vers Pittsburg les eaux mortes et la queue du grand lac , y déposèrent les arbres que chaque année elles entraînent encore par milliers dans les fontes de neiges et les grands dégels du printemps; ces arbres y furent entassés par couches nivelées conune le liquide qui les portait : et parce que la digue du lac se surbaissa successivement, ainsi que je l'ai expliqué, sa queue descendit aussi de proche en proche ; et par ce mé^ canisme le local des d^ts se prolongeant à sa suite , forma cette vaste nappe qui , par le laps des temps postérieurs , s'est recouverte de terre, de graviers , et a pris l'état que nous lui voyons. Si nous pouvions connaître la durée nécessaire à convertir en charbon fossile les arbres enfouis avec de telles circonstances, ces opérations de la nature deviendraient pour nous des échelles clironologiques d'une autorité bien différente de celle des chronologies rêvées par des visionnaires chez des peuples barbares et superstitieux.
Les charbons fossiles se retrouvent en plusieurs autres lieux des États-Unis, et toujours dans des circonstances analogues à celles que je viens d'exposer.
Évans parle d'une mine située près du Moskingom , visà-vis de l'embouchure du ruisseau laminski-cota, laquelle prit feu en 1748 , et brOla pendant une année entière. Cette mme appartient au même système dont je viens de parler, et les grandes rivières qui versent dans l'Ohio , doivent presque toutes avoir des dépôts de ce genre dans leurs parties plates et dans leurs cantons de remous.
La branche supérieure du Potomac, au-dessus et à la gauche du fort Cumberiand, est devenue célèbre depuis quelques années pour des couches de charbon fossile disposées en dunes sur ses rives, de telle manière que les bateaux se mettent au pied de la bergeet font un chargement immédiat : or ce local porte toutes les af^iarences d'un lac
TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL
qui aurait été formé par un on plusieurs des nombreux sillons IransYcrses qui barrent le Potômac au-dessus et audessous du fort Cumberland.
En Virginie , le lit du fleuve James , dix milles au-dessus des rapides de Richmond, s'appuie sur une couche de charbon fossile trèfrconsidérable : aux deux ou trois endroits où on l'a fouillé sur sa ri?e gauche, l'on a trouvé , sous environ 1 20 pieds anglais d'argile rouge , un banc de charbon d'environ 24 pieds d'épaisseur a^is sur un banc de granit incliné : il est évident que les rapides qui se trouvent plus bas et qui font encore obstacle au fleuve, l'ont autrefois totalement barré; alors il y eut dans ce local une eau stagnanle , et très-probablement un lac : le lecteur observera que partout où il y a stagnation dans la nappe d'eau qui le précède, comme il arrive aux vannes des moulins : les arbres durent donc s'entasser dans ce lieu : lorsque le fleuve eut creusé sa brèche et abaissé son niveau, les crues de chaque année y vinrent déposer cette argile rouge que Ton y trouve ; et elle y décèle avec évidence une origine étrangère, en ce que cette qualité de terre appartient au cours supérieur du fleuve, et spécialement au sillon dit de Sud-ouest
n serait néanmoins possible que l'on dtàt ou que l'on découvrit sur la côte AHantique des veines ou des mines de charbon fossile qui se refusassent à celte théorie ; mais un ou plusieurs exemples ne suffiraient pas à la renversa, parce que toute la c6te Atlantique, c'est-à-dire tout le pays situé entre l'Océan et l'Âlleghany, depuis l'embouchure du Saint-Laurent jusqu'aux Antilles , a été bouleversé par des tremblements de terre dont les traces se rencontrent partout, et ces tremblements ont altéré et presque détruit, dans toute cette étendue, l'ordre horizontal régulier des couches de terres et des bancs de pierres qui les supportaient.
Désormais j'ai assez développé l'état et les droonstances du sol des États-Unis : il me reste à dire uu mot sur l'une des singularités physiques les plus remarquables de cette contrée, celle-mème qui la caractérise le plus particulièrement, puisque le reste du globe n'a pas encore offert son pendant ; je veux parler de la chute du fleuve Saint-Laurent à Niagara.