CHAPITRE VL
De la chute de Niagara et de quelques autres chutes remarquables.
Quelques voyages publiés récenunent ' ont déjà donné sur la chute de Niagara des détails propres à faire connaître ce phénomène gigantesque ; mais parce qu'ils me paraissent s'être attachés à en décrût plutôt l'imposant spectacle que les circonstances topographiques, dont néanmoins il n'est que l'effet, je crois devoir m'occuper spécialement de cette dernière partie, qui a son genre d'intérêt
C'est un mddent réellement étrange en géographie, qu'un fleuve de 700 mètres de largeur ( c'est-à-dire la longueur du jardin des Tuileries ), sur une profondeur moyenne de lô pieds de courant, à qui tout à coup manque le sol de la plaine où il serpente, et qui, d'un seul jet, précipite
> Voyage dans les États-Unis d'Amérique , par la Rochefoocauld-Lianoouri , tome n.
Voyage dans le Haut-Canada, par Isaac Weld, tome H.
Ces deux livres peuvent passer pour une bibliothèque por- UUvedes£Uts-Unis.
toute sa masse de 144 pieds de hauteur, dans on terrain mférieur où il poursuit son cours, sans que d'aineurs l'cril du spectateur aperçoive aucune montagne qui ait gêné oa barré sa route. L'on n'imagine point par quelle localité singulière la nature a disposé et nécessite cette scène prodigieuse; et quand on l'a reconnu , r<m demeure presque aussi surpris de la simplidte des moyens, que de la grandeur du résultat.
Pour que le lecteur saisisse facilement l'ensemble de « tableau , il doit d'abord se rappeler que tout le pays compris entre le lac d'Érié et l'Ohio, est un vaste plateau d'oa niveau supérieur à presque tout ce continent , comme fl est prouvé par les sources des différents fleuves qui en dc^ coulent, les uns au golfe du Mexique , les autres à la mer du Nord et à l'océan Atlantique. Du côte de l'ouest et da nord-ouest, ce plateau vioit sans mterruptiondes savanes situées par delà leMississipi et les lacsanxqtMds il sert d'appui; du c6te du sud et de l'est, il se joint aux rampes des Alleghanys ; mais du c6te du nord , Imqu'il a dépassé le lac Érié, envircm 6 à 7 milles avant le lac Ontario, le terrain subit tout à coup une forte dépression , et , par sœ pente brusque , il verse dans une autre plaine d'un niveaii inférieur de plus de 230 pieds, dans laquelle s'assied le lac Ontario. Lorsqu'on vient du c6te de ce lac » on saisit fiicHement cette disposition de tenram; de trèft4oin sur la nappe d'eau douce , l'on aperçoit devant soi comme on haut rempart, dont l'escarpement garni de forêts, semble devoir interdve tout passage ultérieur : l'on entre daos le Saint-Laurent, que l'on remonte jusqu'au village di Queens-town, et bientôt l'on aperçoit sur la gauche un» gorge étroite et profonde, d'où sort le fleuve assez rapide, mais calme : la cascade reste encore une énigme: cet escvpement vient de Toronto, ou même de plus loin, et côtoyant la rive nord du lac Ontario à la distance variable d'un et deux milles, il tourne par une courbe à l'est, soi la rive méridionale du lac, traverse le Saint-Laurent à 7 milles de son embouchure, la rivière Génésee à 8 de la sienne , puis se recourbe encore vers le sud , et par une ligne distante de 5 à 6 milles ouest du lac Seneca, où je reconnus sa rampe ' , ii ▼& ^ rejoindre, presque de plaiapied , aux rameaux des Alleghanys, d'où ce lac tire ses priicipales eaux.
L'on peut même dire, que presque de nivean dans cette partie avec ces montagnes, le plateau se prolonge avec elks jusqu'au fleuve Hudson > où il se termine comme à Niagaia par une rampe également haute et rapide ; ce qui présente un autre incident également ronarquable en géographie, d'un terrain où la marée pénètre à plus de 166 milles précisément au pied d'unautreoù viennent prendre leors som^ ces des rivières, telles que la Delaware, dont le oonrs en a plus de 400.
L'artifice du local de Niagara est plus difficile à saisv
s A un mille et demi de New-Geneva, venant de i darké , je me trouvai au bord d'un amphithé&tre tf'ODe penta plus douce et plus longue que celle dont je parierai bientôt, mais d*UDe Yue encore plus magnifique , car Poo y déouuviv, sans obstacle et d*on seul coup d'œil , un Immense baaslD parfaitement plane , composé , an nord-est, du lac Ontario , ci à
Test, d'une véritable mer de forêU, parMmée de «oeiqi fermes et villages, et des nappes d'eaux des lacs Iroqnois.
DES ÉTATS-UNIS
peur œax qui TieiuMQt du côté du lae Érié, ainsi qu'il m'arriva le 24 octobre 1796. Depuis œlae» et même Toguant sur ses eaux , l'on n'a en Yue aucune montagne , exœpté par le trayers de Presqu'île, où Ton découvre quelques tètes basses et lointaines dans le nord-ouest de la Pensylvanie. Le pays où coule le Saint-Lanroit ne présente qu'une yaste plaine oouTerte de fbrèts ;et lecoursdn fleure, qui>Sfo à peine 3 milles à l'heure, n'indique point encore Taccident qui l'attend plus bas. Ce n'est que ?ers l'emboucbure du ruisseau Chipéwu, six lieues au-dessous du lac Érié , que l'eau derenant plus rapide, aTcrtit les rameurs de serrer le riyageet de prendre port au rillage situé à cet endroit : là, le fleuTO d^kûe une nappe d'eau d'environ 350 toises de laige, de toutes parts bordée de fiitsies. L'on n*est plus qu'à 2000 toises ( 2 milles et demi ) de la cascade : Ton entend un bruit sourd et lointain, comme des yagnes de la mer; et ce bruit est plus ou moins grand, selon le yent régnant; mais l'œil n'aperçoit encore rien. L'on suit à pied une route sauvage tracée par des charrettes, sur la rive gauche du fleuve, que les arbres empêchent de voir en avant Au bout d'un mille l'on aperçoit le fleuve tournant sur sa gauche, et s'engageant un mille encore plus bas parmi les écueils qu'il couvre d'écume.... Par delà ces brisants , l'on voit sortir d'un enfoncement dans la forêt un nuage de vapeurs.... et plus aucune trace de fleuve : le bruit est bien plus violent,maisron ne voit point encore la chute : l'on continue de marcher sur le rivage , qui d'abord n'excédait que de 10 à 12 pieds la surfoœ de l'eau, mais qui bieotât s'approfondit à20 , à 30 et 50 , et indique, par cette pente , l'accélération du courant Alors quelques ravins obligent de faire encore sur la gauche un détour qui écarte du fleuve : pour y revenir, il faut traverser les terrains d'une ferme déjà établie, et enfin, n dégageant des arbres et des broussailles, l'on arrive sur le flanc de la cataracte ' : c'est là qu'on voit le fleuve se précipiter tout entier dans un ravin ou canal creusé par lu^mème, d'environ M mètres ( 200 pieda ) perpendiculaires de profondeur, sur une largeur d'environ 400 mètres ( 1 200 pieds ). Il y est encaissé comme entre deux murailles de rochers dont les parois sont tapissées de cèdres, de sapmsyde hêtres, de chênes, de boukanx, etc. Ordinairement les voyageurs contemplent la chute de ce local , où un roc proémnwnt domhie sur l'abtme : quelques voyageurs de la société dont je faisais partie lui donnèrent en eOet la préférence; d'autres , auxquels je me joignis, informés que l'on pouvait descendre 5 à 600 toises plus bas, au fond do ravin, par les échelles du gouverneur Simcoe , pensèrent que l'on y jouirait mieux de tonte la grandeur du spectacle, les objaU de ce genre produisant plus d'effet lorsqu'ils sont vus de bas en haut Noos descendîmes, non ■ans difficulté, par ces écfadles, qui ne sont que des troncs d'arbres entaillés et fixés contre la paroi du prédploe : par- Tenus au fond, nous pûmes remonter vers la chute par une rive de roches écroulées et de sables déposés, où nous trouvâmes descadavresdedaimsetde sangliers que la cataracte tTait entrataiés lorsqu'ils voulaient passer à la nage au-des* lus d'elle. Le courant près de nous était très-rapide sur un Kft de rocs, mais il n'offrait aucun danger. Surnotre gauche,
> D^à de^oolons ont profité de cette pente pour oons- Iniire des moulins à ade et à farine.
en avant, était une portion de la chute d'environ 200 pieds de large : une petite Ue la sépare de la grande cataracte. Au delà, en avant et en face du spectateur, celle-ci forme na fer-à-cheval d'environ 1200 pieds de développement masqué sur la droite par les rocs saillants du flanc du ravin. A plus de 300 toises de distance, la pluie causée par les rejafllissements de l'eau qui se précipite et se relève en colonnes était déjà si forte, que nous en étions pénétrés. Convalescent d'une fièvre maligne que j'avais essuyée au fort Détroit, je n'eus ni la force ni le désir d'aller plus avant quelques-uns de mes compagnons entreprirent de pénétrer jusqu'à la cascade , mais ils forent hientôt rebutés par des obstacles supérieurs à l'idée qu'ils s'en étaient foite : un voyageur anglais , avec qui je traversai le lac Érié, avait été plus heureux que nous deux mois auparavant Dirigé par d'excellents guides, et disposant de moyens et de temps que nous n'avions pas, il pénétra aussi loin qu'A est possible sans y périr; et pour satisfiiire la juste curiosité du lecteur, je vais extraire la description qu'A en a faite dans l'ouvrage intitulé : Voyage au Canada , et qui a été traduit en français'.
« En arrivant au pied des échelles de Simcoe au fond du « ravin , l'on se trouve au milieu d'un amas de rochers et ft de terres détachées du flanc du coteau. On voit ce flanc « garni de sqpins et de cèdres suspendus sur la tète du « voyageur, et comme menaçant de l'écraser : plnsieora « de ces arbres ont la tête en bas, et ne tiennent au coteau « que par leura racines. La rivière, en cet endroit, n'a « qu'un quart de mille de laigeur ( unpeu plus de 200 toises ), « et sur la rive opposée * l'on a une très-belle vue de la a petit cataracte. Celle du fer-à-cheval est à moitié cachée « par le coteau.
« Nous suivîmes la rivière jusqu'à la grande cataracte : « nous mardiàmes une bonne partie du chemin sur une a couche horizontale de pierres à chaux couverte de sable, « excepté en quelques endroits où fl follut gravir des amas «t de rochers détachés du coteau.... Id l'on trouve beaucoup « de poissons , d'écureuils , de renards et d'autres animaux « qui, surpris au-dessus des cataractes par le courant qu'ils « voulaient passer à la nage, ont été précipités dans le « goufire et jetés sur cette rive ; l'on voit également des ar- « bres et des planches que le courant a détachés des mou- « linsàacier : le bois, ainsi que les carcasses des animaux , R et particulièrement les gros poissons, paraissent avoir « beaucoup souffert par les chocs violentsqu'ilsontéprou- « vés dans le gpuflre. L'odeur putride de ces corps répan- « dus sur le rivage , attire une foule d'oiseaux de proie qui « planent habituellement sur ces lieux.... Plus on approche « de la chute, plus la route devient difficile et raboteuse : « en quelques endroits où des parties du coteau se sont « écroulées, d'énormes amas de terre, d'arbres et de rochere « gui s'étendent jusqu'au bord de l'eau s'opposent à la « marche, présentent une barrière qui paraît impénétrable , ti et qui le serait en effet, si l'on n'avait un bon guide pour « les franchir. Il font, après être parvenu avec beaucoup
' Yoyex le voyage de M. Weld, tome H, p. 206, traduit par M. Caslera.
* La traduction française dit, un peu sur la droite : oui, quant an fleuve ; mais quant au spectateur , c'est Incontestablement sur la gauche.
TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL
« de peise jusqu'à leur sommet » traverser en rampant sur « les mains et sur les genoux» de longs passages obscurs « fonnés par des vides entre les creTssses des rochers et n des arbres; et lorsque l'on a franchi ces amas de terres « et d'arbres , il fiiut encore gravir les uns après les autres «t les rochers qui sont le long du coteau; car ici la rivière « n^laisse qu'un très-petit espace libre, et ces rochers sont « si glissants , à cause de l'humidité qu'y entretiennent les « Tapeurs ou plutôt la pluie de la cataracte, que ce n'est « qu'en prenant les plus grandes précautions que l'on peut « se préserver delà plus terrible de toutes les choies. Nous « avions encore un quart de mille à ftire pour arriver an « pied de la chute, et nous étions aassi mouillés par ses « vapeurs que si nousavions été trempés dans la rivière.
« Arrivé là, aucun obstacle n'empêche d'approcher jus* « qu'au pied de la chute. On peut même avancer derrière « cette prodigieuse nappe d'eau, parce que, outre que le « rocher du haut duquel elle se précipite a une forte sail- « lie, la chaleur ' occasionnée par le violent booillonne- « ment des eaux, a causé, dans la partie inlérieure du roc , « des cavernes profondes qui s'étendent au loin sous le lit « de la cataracte. En entendant le bruit sourd et mugis- M sant qu'elles occasionnent , Gharlevoix a eu le mérite de « deviner l'existence de ces cavernes *. Je m'avançai de « 5 ou 6 pas derrière la nappe d'eau, afin de jeter un coup « d'ceil dans l'intérieur de ces cavernes; mais je faillis « d'être suffoqué par un tourbillon de vent qui règne « constamment et avec furie au pied de la chute, et qui « est causé par les chocs violents de cette prodigieuse « masse d'eau contre les rochers. J'avoue que je ne tûs « pas tenté d*aUer plus avant, et aucun de mes compagnons « n'essaya plus que moi de pénétrer dans ces antres ter « ribles, séjour menaçant d'une mort certaine. Aucune « expression ne peut donner une juste idée des sensations « qu'hnprime un spectacle si imposant : tqiis les sens sont « saisis d'effroi; le bruit effrayant de l'eau inspire une ter- « reur religieuse, qui s'augmente encore lorsque Ton reflète chit qu'un souflle de ce tourbillon peut subitement enle- « ver de dessus le rocher glissant le fSûble mortel qui s'y « place, et le fkire disparaître dans le gouffre affreux qu'U « a sous ses pieds, et dont aucune force humaine ne pour- « ratt le sauver. » Tel est le récit de M. Weld.
Il me restait à savoir comment le fleuve se dégageait du ravin oh il était captif. Je continuai ma route à pied à travers les bois, par un sentier toujours en pente, l'espace de 6 milles : je cherchais à deviner quelle en serait l'issue , lorsque enfin j'arrivai au bord de l'escarpement dont j'ai parlé : les Canadiens appeUent cet endroit le Platon , au lieu ânPlateau, et Ton dirait encoremieux la Plateforme,
> Cette chaleur a réellement lieu dans le dégagement de Teaa des grandes meules de moulins, comme Je Toi éprouvé à Kichmond , et elle est asset forte; mais c*est au r^aillisaement des eaux , et non à eUe, que Ton peut attribuer les caveroes.
> Voyez page 304. Je ne pense point d'ailleurs que M. Weld veuille dire , avec quelques voyageurs , qu'il y ait un vide capable de donner passage. En oonfiUlérsnt la petits cascade , nous avons remarqué que les nappes supérieures pressent sur les inférieures, et les foroenl de a'éoouler le long de la paroi du rocher; la raisonnement lui seul Indique ce nisme, et le passage est totalement impralieahle
Ma vue, alors dégagée des arbres, découvrit lool è conp un horizon Immense; en avant, an nord, le inc Oalaiio semUabie à une mer ; plus près de moi, nne im^ne fnirie par laqudle k Sahit*Lanient 8*y rend, esi famanis coudes; sous mes pieds, et comme an fimd d^nie vaBée, le petit village de Queens-town assis sur sa rive ouest , taa. disque vers ma droite, le fleuve sortait enfin coiuiie d'ass caverne, par l'issue du ravm dont le bois me Bnaqoait Is bord et Tonvertare.
Pour quiconque examine avec attention toirtea les ôooMtanoea de ee local, il devient éviéeirt qw c'eut ici qv la chute a d'ahard eommoMé, et qm c'est en flcint, psv ainsi dure, les bancs du radier, que le ienve nocnsék nvin, et reculé d'âge en âge sa brèche jiiaqii*kn Ken oè est maintenant la cascade. 11 y continue son travail sécalaireavec une lente mais in&tigaUe activilé : les plus vieux hahitanis du pays, comme l'observe M. Wdd, ae rappellent avoir vu la cataracte plus avancée de plosieDrs pas : un officier ang^, stationné depuis 30 ans na fbrt Érié, lui cita des faits posilil^, prouvant que des rochers slon existants avaient été minés et englootis ; dans nuver qoi suivit mon passage ( 1797), les dégels et le débordcneot détachèrent des blocs considérables qui gênaient réiaade Teau : et si depuis que les Européens y ont abordé la |i«mièrelbis,fly ai^ns d'un siède et demi, ils eussent tenu dsi noies prédses de l'état de la dntte, nouaaorioiis déiàqodques idées de ses progrès, attestés d'aillears par le raisoanement et par une Ibale ^indications locales qoe l'oa rencontre à chaque pas *.
Pendant 5 jours que je passai dies M. Piovrel, jogs, qui a formé son établissenisnt à 4 maies dn PUUon, feus le loisir d'aller vlsller le ravin à on endroit oà se trouve sas espèce de grands baie dans Ton de ses flancs : celte baie a cda de remarquable, que les eaux y forment mi ^uA remous ou loomriement dans lequel Rengagent la plupart des corps flottants qui n'en peuvent phu sortir. L*on voit à cet endroit queleflenve, arrM par la dureté iln rodwr, a porté sa chute sur plusleurepolnls,etqneoen*èstqa'eB les tàtant quil en a trouvé on plus folble par leqod fl a
A cet endroit, le banc dn rodier à Heur de tenre, est calcaire, ahisi qu'à la brèche du Platon; et Pon a droit de le croire tel dans tant le ooors du ravin, puisque la IsMe sur laquelle s'appuie la cataracte Test aussi , et de Fespèoe appelée calcaire pritfUH/ùa eristolHsé. M. le dodesr Barton, qui l'a examiné avec plus de loisir que Je n'ai pa le faire, évalue son épaisseur à lé pieds aurais; il cntt ce banc calcaire assis sur des bancs de sehisle bleu ^ contiennent une forte dose de savflre \ J'ai tronvé besacoup de ces aehisles sur les bords do lac Érié , et B est probable que ce mène banc tapisse son flmd et lé fit da Saint-Laurent : avec les siècles, si le fleuve, ]
s II serait à désirer que le l présidé en ce moment par un ami des i fit dresser le procès-verbal le pUis précis de Tétat de la cataracte. Cet ade deviendrait un monurnoot prédeoz , aiMfocl . d*âge en ige, on pourrait comparer ses progrès , et appréôer avec certitude les changements qui surviendrateat.
* il reste à savoir si tes cavernes se trouvent dans cette nature de pierre; Texamen attentif des parois do ravta don-
DES ÉTATS-UNIS
MB InTMl » ee«e de trottTer la radie oâlcftlre qui rarrèta* el ft*U icncQDlie des couches plus molles, U linin par arriver ao lac Ènéf et alors s'opérera dans TaYenir Tun de ces grands dessécfaeoMQts dont les yallées du PotAinaCy de l'HodsoD et de VOhio nous oot offert des exemples dans le passé. Ce grand incident pourrait 6tre aidé et bâté par des causes qui paraissent avoir joué un grand r^e dans toute la structure de ce pays, je veux dire les volcans et les tremtaements de terre, dont les traces physiques et les souvenirs historiques se retrouvent en grand nombre sur toute la oMe Atlantique, ainsi que je l'exposerai dans un
La chute de Nia^uca est sans contredit la plus prodigieuse de toate cette contrée ; mais Ton y en compte beaucoup d'autres dignes de l'attention des naturalistes , les unes par leur Tolnme» les autres par leur élévation.
Sur le prdongemeBt du même coteau , d'où tombe le SainMaurent, et aussi sur la rive méridionale du lac Ontario, la rivière Génésee subit 2 ou 3 chutes dont la somme additionnée égale ceDe de Niagara, et prouve que l'eacarpemeDt conserve son niveau avec une régularité remarqua* ble : J*ai dit 2 on 3 chutes , parce que les voyageurs diflèrent entre eux sur ces nombres, et que n'étant pas témoin, je ne puis résoudre la question. M. Arrow-Smith n'en compte que a , dont la i^us voîstaie du lac a 75 pieds anglais de
hauteur» ci. 75 pieds.
et la seconde, an-dessus d'elle, 96 pieds, d. . . 96 ce qui Ikil 171 pieds anglais.
Total 171 pieds.
etrevieDlàenviron157 pieds de France, d... U7
M. Pouchot, officier français en Canada, dans la guerre de 1756, compte 3 chutes * ; la -première large de 2 arpents
et hante de 60 pieds, ci 60 pieds.
la seconde, peu considérable »
b troisième, large de 3 arpents et haute de 100 pieds, d 100
Total 160 pieds.
Cette somme de 160 pieds coïncide très-bien, comme Poo Toit , avec les 157 de M. Arrow-Smith , dont les auteurs paraissent avoir négligé la seconde cascade.
Bougainville, le célèbre navigateur autour du monde, qui fit aussi la guerre en 1756 au Canada, évalue, dans son journal manuscrit qu'il m'a communiqué , cette seconde chute à 20 pieds : ce serait donc une hauteur totale d'en- Tiron 180 pieds, ci 180 pieds.
Or Niagara compte pour sa chute 144 piedSy ci 144
Plus , pour la pente des rapides qui la précèdent , environ 50 pieds anglais, à peu près 46 lie France, ci. ..... 46
TOTM. 190 pieds *.
nera , h cet égard, des hradères que Je n*al pas eu le temps
X Voyez tioisiènie volume, p. 1 69, des Mémoires de M. Pouctioi , publiés à Tverdun , I78I. Il appelle cette rivière Casci^mahiagim , oe qui est son nom canadien.
» Voyea Jlmenean JImmmii, tome ym, p. Sift : un ano-
U diflérenœ se réduit à lO pieds, et si l'on considéra que ces élévations varient selon les époques des eaux basses et desdébwdcments, l'on conviendra que des mesurespriset en temps divers , par diverses personnes , peuvent difficilement mieux cadrer.
Au-dessous de Quâ)ec^ sur la rive nord du Saint-Laurent, une rivière médiocre forme une chute célèbre sous le nom de Jfon^morency : elle a 220 pieds dehauteur sur une nappe de 46 à 50 de large, et elle présente des effets très-pittoresques, par l'apparence blanche et neigeuse qu'elle prend dans cette énorme chute.
Au-dessus de la même vUle, sur la rive sud, est la chute d'une autre rivière appelée la Chaudière; elle est moins haute de moitié que les précédentes ; mais sa largeur est de 225 à 230 pieds'.
Une troisième chute, nommée le Cohœs, est celle de la Mohawk , 3 milles avant son embouchure dans le fleuve Hudson : ce nom de Cahoes me parait un mol imitatir conservé des sauvages, et, par un cas singulier, je l'ai retrouvé dans le pays de Li^ appliqué à une petite cascade, à trois lieues de Spa : le Cohoes de la Mohawk est évalué par les uns à 65 pieds, par d'autres à 50 seulement : la nappe d'eau a environ 800 pieds de large; die est brisée par beaucoup de roches.
Une quatrième chute est celle do Potdmac, à Matilda, 6 miUes au-dessus de George-town : elle a environ 27 pieds de hauteur, sur 8 à 900 de large. Le fleuve, qui jusqu'alors avait coulé dans une vallée bordée de coteaux sauvages comme ceux du Rhâne en Yivarais, tombe tout à coup comme le Saint-Laurent, dans un profond ravin de pur roc, granit micacé, taillé à pic sur les deux rives: U s'en dégage quelques milles plus bas par un évasanen/ de la vallée dans le pays inférieur.
L'on compte encore plusieurs autres chutes remarquables plutôt par leur hauteur que par leur volume : telle est celle de Falling-spring, sur l'une des hautes bi:anches de la rivière James, venant de Warmrspring : M. Jefferson, qui la cite dans ses notes sur la Virginie *, l'évalue à 200 pieds anglais de hauteur ; mais sa nappe n'a que 15 pieds de largeur.
Telle encore celle de Paissaik, dans le New-Jersey, haute de 66 à 70 pieds , large d'environ 1 10 ; quant à celle appelée Saint-Antoine, sur le Mississipi, au-dessus de la rivière Saint-Pierre, je dirai seulement, d'après M. Arrow- Smith , qu'elle a 29 pieds anglais , c'est-à-dire 8 mètres 4/5.
A tdtas ces grands accidents de la nature, notre Europe n'offre de comparable que la chute de Terni en Italie, et celle de LaMffen, sous Scha/fouse, où le Rhin se préci-
nyme, qui parait avoir eu des notes précises sur Niagara, évalue ainsi toutes les pentes t
mètrei. plcdfaag.
!• la pente des rapides à " I/i 68
3» la haateur de la chute à 47 1/2 157
3» et la pente du ravin jusqu'au Platon ,
pendant sept milles, à - » 1/5 «7
TcftKL «6 I/a 38t
* Voysala description détaUlée de ces deux chutes dans le Voyage de M. Weld , tome II , p. 66.
* Page ao derédltion française.
TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL
plie, sdon M. Cox«, de 70 à 80 pieds : C6 voyageur obMTYe que la nappe d'eau est brisée par de grandes masses de rochers, et c'est, arec sa hauteur, un second motif de la comparer à celle du PotAmac Quant à la chute de Terni , eUe est la plus haute de toutes , puisqu'elle a 700 pieds de hauteur; mais le yolume d'eau n'est pas très-considérable. Cetiue l'on pourrait dter des autres cascades des Alpes et des Pyrénées, ne mérite pas de mention après de si grands objets; et maintenant que nous connaissons arec précision les cataractes du iVi^ jadis si vantées, et que nous savons qu'elles ne sont réellement que des rapides depuis 4 pouces jusqu'à un pied^Mir chaque banc de granit , en eaux basses , nous avons une preuve nouvelle de l'esprit wagérateur des Grecs, et de leur faible histructionen géographie et en histoire naturelle.
(MÂPiTRE vn.
Des tranblementi de terre et des volcans. Quoique l'Amérique du nord ne nous soit connue que depuis moms de deux siècles, cet intervalle, si court dans les annales de la nature, a déjà suffi à nous prouver, par de nombreux exemples, que les tremblemenls de terre ont dû y être fréquents et violents dans les temps passés ; et qu'Us y ont été l'agent principal des bouleversements dont la côte Atlantique offre des traces générales et frappantes. En remontant seulement à l'an 1628 ( époque de l'arrivée des premiers colons anglais ), et terminant à 1782, dans une période de 154 ans, M. Williams , à qui nous devons des recherches curieuses sur ce siyet, a trouvé mention authentique de plus de 45 tremblements de terre : les détails qu'il en a consignés dans plusieurs mémoires ' établissent en foits généraux :
« Que les tremblements de terre s'annonçaient par un « bruit semblable à celui d'un vent violent, ou d'un feu « qui prend dans le tuyau d'une chemmée : qu'ils abattaient « les têtes des cheminées , quelquefois même les maisons : « qu'ils ouvraient les portes, les fenêtres, séchaient les « puits et même plusieurs rivières : qa'ils donnaient aux « eauxtincccw/ewr trouble, et l'odeur fétide du foie « de smifre ( sulfure ammoniacal), et qu'Us jetaient « par de grandes crevasses du sable ayant la même a odeur : que leurs secousses semblaient partir d'un foyer K intérieur qui soulevait la terre de dessous en dessus, et « dont la ligne principale courant nord-ouest et sud-est, « suivait la rivière Merrimac, s'étendait au sud jusqu'au « Potômac, et au nord par delà le Samt-Laurent, qffectant « surtout la direction du lac Ontario, »
Quelques phrases de ce texte sont remarqiuibles par leur analogie avec des faits locaux que j'ai présentés. Cette odeur de foie de soufre ( ou sulfure ammoniacal ) donnée aux eaux et aux sables vomis du sein de la terre par de grandes crevasses, n'aurait-eUe pas été fournie par la couche de schistes que nous avons vue à Niagara sous la couche calcaire, et qui , lorsqu'on la soumet an feu , exhale fortement le sin^fre; U n'est, à la vérité, que l'un des éléments du produit cité, mais une analyse exacte pourrait y découvrir l'autre : cette conebe de schistea se re-
* Voyez American Muêœtum, tomes m et Y.
trouve sons le Ut de raudson , et reparaît dana beancoop de lieux de l'État de New-Yorfc et de U Pensylvame panai les grès et les granits : l'on a droit de soppoeer qu'elle règne autour de l'Ontario, et sons le lac Érié, par conséquent qu'dle forme l'un des planchera du pays où tes tremblemenU ont leur principal foyer.
La ligne de ce foyer courant nord-oueat et sud-est, affecte surtout la direction de l'Atlantique aa lac Ontario. Cette prédUection est remarquable à raifloo de la stmctare singuUère de ce lac : les autres lacs, malgré leor étendae, n'<mt point une grande profondeur ^'Érié n'a jamais ptas de 100 à 120 pieds : Ton voit en nombre d'endroitatefinâ du lac Supérieur : l'Ontario, au contraire, est en géaénl très-profond , c'est-à-dire, passant 45 et 50 brasses ( 2âO pieds }; et dans une étendue considérable l'on a essayé des sondes de 110 brasses armées de bouleto, sans ri» toucher ni rapporter. Cet état a Uen quelquefois près de ses bords : d'où U résulte une indication presque éndcate que le bassin de ce lac est un cratère de volcan éteint : cette induction se confirme , 1 <* par les produits vokaniqaes d^à trouvés sur ses bords : et sans doute des yeox exercés ea trouveront beaucoup d'autres; 2'' par la fonne du gmd talus ou escarpement qui entoure presque ciiailairenieBt le lac, et qui annonce de toutes parts à l'Geil et au rai«anement, que jadis le plateau de Niagna s'étendait jnsqae vers le mUieu du lac Ontario, et qu'il s'y est allaiscé et englouti par l'action d'un volcan alors en Tiguanr. Veûsr tence de ce fourneau se Ue parfaitement avec les trenblements de terre cités : et ces deux agents que ooas trouvons ici réunis, en nous confirmant d'une part ték d'un grand foyer souterrain à une profondeur incoonie» mais considteble, donne de l'autre une explicatioB heorense et plausible de la oonAision de ton tes les eoacbes de pierres et de terres qui a Ueu sur toute la oMe Atlantique: eUe expUque aussi pourquoi les bancs calcaires et mène granitiques y sont inclinés depuis 45 jusqu'à 80 de^ a l'biMrizon , leurs tables fracturées ayant dû rester dans le déplacement occasionné par les graiides explosions. C'est à cette fracture du banc d'isinglass que sont dues ses petites cascades; et ce fait hidiqnerait que jadis le foyer s> tendit au delà du Potômac dans le sud, comme ce baae lui-même. Sans doute il avait des cofnmnnicaitinms avec celui des Antilles. J'ai dit ailliwrs que ces trtBùAeme^ de tçrre n'ont point de traces dans te paya de TOnest; 91e les sauvages même n'en connaissent point te nom : f ajoele que, sdon le docteur Barton, as ne connaissent pas a* plus celui de volcan , dont en effet l'on n'aperçoit aBon vestige au midi des lacs, mais dont les Alleghanys en oflrsi plusieurs. L'on m'a dit au fort Détroit que les saovafses^h nord du Canada font mention d'un volcan qui ftaneencw quelquefois dans l'intérieur dupays; mais oe ftil a bcM de rapports plus authentiques.
U est à désirer, et l'on a droit d'espérer, que par te saite du temps des sociétés savantes formées aux États^Tsi», pourront appUquer à ce genre de recherches géologiq"» ^ soins et des dépenses qui passent tes moyens des vnjiçn» étrangers et isolés. L'on peut assurer d'avanee qu'elte*» obtiendront des résultaU très-nouveaux et très-préciesi pour l'histoire du globe , et qu'dtes porterant jnsqu'à 1>
DES ÉTATS-UNIS
TîdeDce une conjecture déjà formée par plusieurs physiciens, et dont je demeure coo vaincu; savoir^que le continent de l'Amérique du Nord n'a été dégagé que postérieurement à la majeure partie de l'ancien hémisphère et de l'Amérique du Sud, des eaux soit océaniques , soit douces et flu- Tiatiles, qui ont jadis couvert la totalité de notre planète, à une hauteur supérieure aux plus hautes montagnes, et pendant une durée si longue qu'elle a sufQ à la dissolution des matériaux, qui se sont cristallisés depuis leur évapora-
tion ou depuis leur retraite mais j'ai désormais assez
parié de l'état du sol; il est temps d'occuper le lecteur de celui du climat.