CHAPITRE Vm
DucUmat.
Par climat ', on devrait, selon le sens littéral du mot n'entendre que le degré de latitude d'un pays ; mais parce qu'en thèse générale les pays se sont montrés fh>ids ou chauds , selon leurs degrés de latitude , l'idée accessoire s'est teUement associée à l'idée principale, que le tame ciimat est devenu synonyme de température habituelle de l'air ; et néanmoins il n'est pas vrai que la t^npérature soit essentiellement déterminée par la latitude : une foule dm faits prouvent an contraire qu'elle est modifiéeet même dénaturée par diverses circonstances du sol, telles que sa surface aride ou aqueuse, nue ou boisée, son élévation ou son abaissement au niveau de la mer, son exposition à td ou tel aspect du del , enfin et par-dessus tout, par l'espèce et la qualité des courants de l'air, c'est-à^ire, des venu qui parcourent cette surface ; d'où il suit que le sol devient un élément constituant de la température , et par conséquent du climat tel qu'on l'entend; et ce que je Tais exposer des divers phénomènes de celui des États- Unis ijoutera de nouvelles preuves à cette vérité.
SI
Le climat de la côte Atlantique est plus froid en hiver et plus chaud en été que ses parallèles d'Europe.
Depuis longtemps les historiens de l'Amérique et les physiciens ont remarqué avec surprise que le climat sur la cAte Atlantique était de plusieurs degrés plus froid en hiver que ses parallèles d'Europe, et même d'Asie et d'Afrique sur le bassin de la Méditerranée ; mais ils me paraissent n'avoir pas donné assez d'attention à une seconde circonstance également remarquable ; savoir, que la température y est aussi généralement plus chaude en été de plusieurs degrés. Je vais développer l'un et l'autre cas par des exemples détaillés.
Dans les parties nord de la Nouvelle-Angleterre, par une latitude moyenne de 42 à 43**, des observations faites à Salem près Boston , pendant sept ans, par M. Edouard Holyhoke *, et comparées à 20 autres années d'observations recueillies à Manheim', constatent que le clhnat de Salem est à la fois plus froid en hiver et plus chaud en été
* Le mot grec Mima ne sisnifle gue degré, échelon.
» Voyez 'mntacUons of the phiiotophtcai society ofPhiisadeljp/ua, tom. I*'. in-»^
* voyez Ephtmertdes meUorologica Palatinœ, Manheim.
que celui d'un nombre de villes donné en Europe» ainsi qu'on le voit dans le tableau suivant :
Latitude. Max. de froid. Max. de chaud. Kch. de variât. Rome. 41" 6.T 0* 24» 24*
Marseille. 43 17 4 25 29
Padoue. 45 22 10 29 30
Salem. 42 35 19 1/2 31 1/2 51
L'on remarquera, dans ce tableau, qu'à Salem la dif* férence du froid au chaud est de 51", tandis qu'à Rome elle n'est que de 24'', à Marseille de 29% et à Padoue de 39".
En général, dans les États du Maine, Vermont, New- Hampshve, et même Bfassachusets , pays situés entre les 42 et 45", c'est-à-dve, correspondants au midi delà France et au nord de l'Espagne, la terre demeure chaque hiver assez couverte de neiges pendant |rois et quatre mois , pour rendre habituel et général l'usage des traîneaux. Le tliermomètre , qui varie alors depuis la glace jusqu'à 8 et H)" au-dessous, descend quelquefois à 12, à 14 et jusqu'à 18** sous zéro. L'historien de New-Hampshire,M. Bellmap, l'a vu à 18 1/4 à Portsmouth, sur la côte au nord de Salem; et l'historien de Vermont, M. S. Williams, l'a vu à 26'' sous zéro à Rutland , au pi^ des Montagnes- Vertes,
Un peu plus avant dans le nord, c'est-à-dire, en Canada, par les 46 et 47 <> de latitude, ce qui correspond au milieu de la France, la neige s'établit dès le mois de novembre et dure jusque vers la fin d'avril, c'est-à-dire, pendant 6 mois, épaisse dfr4 à 6 pieds, par un ciel très-clair et un air très-sec : elle est telle surtout vers Québec, où le tlier* momètre descend ordinairement à 20 et 24** sous glace; Ton y a même vu , en 1790, geler le mercure, ce qui suppose 38 à 40*" ; or un tel cas n'arrive en Europe que sous les parallèles de Stockliokn et de Rétersbouig *> par les 60° de latitude.
Ces froids ont donné lieu à quelques expériences curieuses sur la force expansive de l'eau à l'instant de sa congélation. M. le msjor Edouard Williams se trouvant à Québec, a rempli d'eau des bombes de fer; il en a bouché l'orifice avec des tampons de bois frappés fortem^t, et il les a exposées à la gelée.
Lorsque les bombes ont eu des fêlures ou d'autres vices, elles ont éclaté à l'instant de la congélation , et il en a sailli subitement des proéminences en forme d'ailes ou de nageoires : mais ordinairement le tampon de bois a été lancé avec détonation, à des distances depuis 60 jusqu'à 415 pieds, quoiqu'il pesftt 2 1/2 livres (poids anglais), et Ton a toujours trouvé à sa place une mèche ou fusée de glace saillante de 6 à 7 1/2 pouces : l'on a déduit de ces expériences que l'eau en se congelant se dilate entre 1/17 et 1/18 de son volume.
Je remarquerai par la suite qu'à Montréal, au-dessus de Québec, les neiges durent moins longtemps de près de 2 mois qu'au bas du fleuve ; et qu'à Niagara, bien audessus de Montréal , elles sont de 2 mois encore plus
» Voyage de Uaucourl , tome II , p. 207.
> Le froid moyen de Pétersbourg , depuis 1772 jusqu'oi 1792, selon 1*académie des sciences de cette capitale, a été de W J/2; mais cela ne nous dit pas quel a été le maximum: les gelées ont commencé le 27 septembre, et fini le 25 avrU (comme à Québec).
TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL
courtes que dans cette ville; ce qui est précisément le cxminure du la rè^e flénénle A» niveaux, observée sur le jreste de la côte; je me Ixmie en ce moment à prendre note de cette singularité , qui viendra par la suite à Tappui d*une Uiéorie que j'exposerai.
Dans ces mêmes États de Maine, Vermont, New-Hampsliire, etc. les chaleurs , à dater du solstice d'été , sont d'une intensité aussi excessive : pendant 40 ou 50 jours, Ton voit souvent le mercure monter à 21 et 22** , et quelquefois à 24"* , même à 26"* : il se passe peu d'années à Salem sans qu'il monte à 30 et 31"*, ce qui est la température du goife Persique et des côtes arabes. Cet état a lieu dans beaucoup d'autres endroits de la Nouvelle-Angleterre ot l'on n'a pas fait d'observations : à BuUand, déjà dté, M. WiUiam$ a vu le mercure à 27®. Mais ce qui surprendra davantage, c'est qu'à Québec, et jusque sur la baie de liudson, aux forts d'York et de >yales, par le 59' de latitude, l'on éprouve pendant 20 ou 30 jours des chaleurs de 28 à 31* , d'autant plus accablantes que les corps n'y sont point accoutumés, et qu'elles sont accompagnées d'un cahne plat, ou d'une brise de sud chaude et humide qui suffoque : or, comme en hiver le finoid en ces contrées descend jusqu'à 30 et 32"* sous glace, et même à 37* an fort Wales , il en résulte une édielle de variation de 60 à 6ô* de Réaumur,dn froid au chaud.
Dansles États dits du milieu , tels que la partie sud de New-York , la totalité de la Pensylvanie, de New-Jersey et du Maryland, les hivers sont moins kmgs, les neiges moins abondantes, moins durables; rarement persistentelles plus de 15 à 20 jours; mais les froids ne sont guère moins piquants ni moins rigoureux. Ils s'établissent ordinairement vers le solstice, et durent 6 à 7 semaines en pleine vigueur; mais on commence à sentir leurs attehites dès la fin d'octobre.
Par exemple , à Philaddphie, par les 40* moins 5 ', ce qui répond aux latitudes de Madrid, de Valence, de Naples, etc. le tiiermomètre descend chaque hiver pendant plusieurs jours à 8 et 10* sous zéro, et pendant quelques-uns à 12 et à 14* ^en deux hivers de suite, 1796—97 et 1797—98, je l'ai vu tomber à 17 et 1 8* plusieurs jours de suite. Le lh>id alors est si vif, que malgré le mouvement d'une marée de 6 pieds, la Delaware, large de 800 toises, se trouve gelée en 24 heures; elle reste ainsi fermée cliaque hiver pendant 20, 30 et quelquefois 40 jours, en une ou deux reprises; car il y a chaque hiver deux ou trois dégels , surtout entre le trentième et quarantième jours après le solstice : en 1788 , du 4 au 5 février, le thermomètre , en une nuit, tomba depuis 2 1/2 degrés sous zéro jusqu'à 16 1/4 , et la rivière fut gelée ferme le lendemam au soir. £n 1764 , le 31 décembre, entre 10 heures du soir et 8 heures du matin, elle gela de même au point de porter les passants. Dans cette conversion presque subite du liquide au solide, l'on voyait , dit le docteur Rtuh , une vapeur fumeuse s'élever de sa surface avec tant d'abondance, que le peuple étonné s'assemblait pour considérer ce phénomène.
Cependant, à partir du solstice d'été, et même une vingtaine de jours auparavant, Philadelphie éprouve des chaleurs si accablantes, que les rues sont désertes depuis midi jusqu'à 5 heures, et que la plupart des habitants se
couchent après leur dîner. Le thermomètre atteint asaet souvent 25*; l'on cite un ou deux exemples de 28 et de 30* : du jour à la nuit, il varie d^uis 15 et 16 jusque ven 22 et 23* , c'est-à-dire de 8*. Mais ce qui rend la chalear plus insupportable, c'est le défont presque absolu de vent, surtout depuis trois heures après midi, et l'humidité dont l'air est chargé sur toute cette côte.
Il résulte de ces termes extrêmes uœ échelle de varialjuo peur les États du milieu, d'environ 46 à 48*. Le docteur Rush a été l'un des premiers à observer que le climat de Pékin offrait la plus grande analogie; et en étendant cette comparaison , l'on trouve en effet que l'Amérique-nord a les rapports les plus marqués de clùnat et même de sol , avec le nord de la Chine et avec la Tartane adjacente.
Dans les États du Sud , tels que la Y iiigiiiie , les Caroline* etlaOéoi^e, la durée et l'intensité du froid diminuent assez régulièrement comme les latitudes : la ligne du Potômac, et plus exactement celle du Patapsco, forme à cet égard une démarcation tranchante. L'empire des nages s'anêle là, et le voyageur venant du Nord, qui jusqu'alors avait vu des traîneaux à la porte ou dans la cour de cbaqne ferme, n'en aperçoit plus sitôt qu'il a descendu le coteau rapide au pied duquel coule le Patapsoo : mais dans l'iatérieur des tenes, vers Blue-ridge, les neiges prolonge&l
un peu leur limite à raison de l'élévation du sol Cette
côte néanmoins éprouve des attaques de gelées assez vives dans les quarante jours qui suivent le solstice d'hiver. A NorColk y le 14 février 1798, il tomba dans une nuit 4 pieds de neige; et à Chariestown même, par le 32* de latitude, c'est-à-dire, par le parallèle de Maroc, le mercure tombe jusqu'à 4* sous zéro (selon Liancourt) , et la terre gèle ferme jusqu'à 2 pouces d'épaisseur dans une seule nuit *.
Par inverse, sur toute la côte, depuis le Potômac, les chaleurs , dès un mois avant le solstice d'été , sont si fortes que pendant 4 mois le mercure s'élève communément après midi, entre 22 et 24* , malgré une petite brise de mer : Û va même jusqu'à 32 et 33* à Savanah, ce qui est bien plus que Ytgypte , où 25 est le terme ordUiaire à l'ombre, sanS compter qu'un vent vif et constant et un air très-sec rendent ce degré très-supportable : le 17 juillet 1788, J/eiiH Ellis observait à Savanah le mercure à 31* ; fl se plaignait que defNiis phisieurs nuits il ne baissait pas au-dessus de 29. Dans sa cet e il restait à 21* * , et sous son aisseOe à 29*. Ledoctenr RaiBsay , qui a fiiit des observations suivies à Chariestown, ne l'y a vu monter à 28* 1/2 qu'une seule fins en S ans : mais Chariestown, situé à l'embouchure d'une petite rivière qu'agite la marée , jouit des brises littorales , et passe tellement pour un lieu frais relativement au reste du pays, que tous les planteurs aisés viennent s'y réfugier en été, et qu'A ne reste que les noirs sur les habitatîoiis. ^n résulte de ces faits pour les États du Sud, une écbeBe
' Cette droonstaooe empêche d'y élever Toranger en pMne terre; mais elle n'empêchera pas d*y cultiver PoUvinr , dont M. Jeffersoo a fait le présent prédenx à ce pays ; sofloat li c'était roUvler corse ; car j*ai vu en 1792, dans les montapMs de celte Ile , à Corté, qui est élevé de 600 toiies aiHlessos de la mer, j'ai vu, dis-je, les oliviers prospérer; malgré 3 et 4* sous zéro. Les Corses même prétendent quehultjoimde ncigr au pied, détruisent les Insectes et assurent la récolte.
* Voyez American Musttum.
DES ÉTATS-UNIS
de 31 à 34"^ de Tariation; et sans doute le lecteur observe que cette échelle va tonjours décroissant du nord au midi : elle était de 66 à la baie dé Hudson; de 51 dans le Massacfausels y de 48 en Pensylyanie ; elle se réduit à 36 ou 36 en Caroline; et si l'on s'avançait encore plus vers les tropicpies, on ne trouverait en beaucoup d'endroits que 18 et 20° de ▼ariation annuelle : à la Martinique , par eiemple , à Porto- Rico et autres Ues du Vent, le thermomètre , grAce aux brises régnantes , ne s'élève pas au-dessus de 28** , ne tombe pas au-dessous de 10 au-deesus de zéro» diffiérenoe 18. Sur la cbataie des montagnes de Caracas, par les 10* de latitude nord, à une élévation de plus de 1200 toises au-dessus de rocéan, le mercure se balance entre 10 et 21*" sur zéro; à Surinam, près du rivage de la mer, il joue entre 15 et 17**; aussi les voyageurs venant de ces parages en été, trouvent-ils que la chaleur devient plus insupportable à mesure qu'ils s'avancent an nord; et moi-même je préfère, aana aucune comparaison, celle du Kaire à celle de Philadelphie, n est vrai qu'en s'approcfaant des Alleghanys, et màeoK eneore en s'élevant sur leurs sosunets , l'air plus vif, plue élastique, rend la chaleur plus agréable, quoiqu'eOe y soit souvent aussi piquante, mais en général dans nos zones dites tempérées, et surtout dans les lieux bas et humides, eUe est plus désagréable que dans ce qn'on appelle lespoys efuntds, et il est encore vrai que dans la zone dite torridtf]A climat est plus égal que dans nos zones moyennes , et qu'U y serait plus fkvorable à la santé, à la force vitale, si l'air n'y était souvent gâté par les exhalaisons des eaux croupissantes et des corps organisés en putré&ctlon , et si les étrangers , surtout les Eun^téens , n'y portaient leur voracité de viande et l'abus des liqueurs spiritueuses, à qui la chaleur ne pardonne pas.
Les météorologiates anglais et américains, qui, selon le génie national , ramènent tout à des calculs positife on systématiques, en mentionnant ces extrêmes, le chaud et le froid, ont coutume d'en déduire un terme moyen auquel je ne puis souscrire : par exemple, étant donnés pour termes extrêmes 4b température à Salem, 19" sous glace et 31° par-dessus glace, ils ea font une somme de 60°, et prenant pour terme moyen la moitié, 25°, qui donne 6° au-dessus de glace, ils supposent ces 6° être la température fondamentale et habituelle du pays : ils appliquent également cette méthode aux variations d'une même journée; et si, comme il arrive souvent aux États-Unis, il y a 8, 10 et 12° de variation dans les 24 heures, ils en prennent pareillement le terme moyen comme la température du jour; mais dans la réalité, cette température fictive n'a point lieu y parce que dans le cours d'un même jour, l'air varie si brusquement, qu'il passe aux termes extrêmes sans station au terme moyen, et que dans le cours de l'année , ce prétendu terme moyen n'a peut-être pas lieu pendant 100 heures. Cette règle d'arithmétique est un peu moins vicieuse dans les additions sommaires qu'ils font du nombre dlieures et de jours où a régné un même vent ; mais quand de pareils tableaux ne sont point accompagnés de la correspondance du thermomètre avec le vent régnant, la nujeure partie de leur instruction est perdue, en ce que l'on ne peut plus connattre la nature et les effets de chaque vent, ni les causes de variation dans la température, dont
nous verrons bientêt qu'ils sont les prhicipaux, pour ne pas dire les seuls agents.
Un moyen plus convenable d'évaluer la température fondamentale d'un pays, serait celui proposé par M. Williams, qui pour base de cette température prend la chaleur naturelle et constante dont est imprégné le terrain , et en cherche la mesure dans l'air et l'eau, soit des puits, soit des cavernes les plus profondes, et il cite à cette occasion des faits qui méritent d'être rapportés.
' A Rutiand, en Vermont, il a trouvé la température des puits à 45 pieds de profondeur de 5° 1/4 (Réaumur ) d. 5° 1/4
En divers lieux de Massachusets 7° 1/2 , ci. . 7° 1/2
A Philadelphie, 9° 1^, ci o« ^/5
En Yiigmie (selon M. Jefferson) * elle est de 11°, ci • H»
A Charlestown (selon le docteur Ramsay), elle est de 14°, ci 14° *
L'on voit dans ce tableau une gradation proportionnelle aux latitudes, qui s'accorde avec les expériences de M. de Saussure pour réfuter la vieille doctrine d'une température moyenne de 10° partout le globe, et pour prouver que la chaleur de chaque lieu est en raison de la latitude, ou plus exactement, de l'action du soleil sur le sol que ses rayons imprègnent de chaleur.
sn.
Les varlallonsJOQinaUèreB sont plus grandes etpins brusques sur la côte Atlantique qu^en Europe.
Les variations excessives d<mt je viens de parler ne se bornent pas aux saisons sur la côte Atlantique ; elles y ont encore lieu d'un jour à l'autre, ou, pour mieux dire, très-fréquemment dans l'espace d'un seul jour. On les remarque surtout dans les États au milku, tels que le sud du New-York, la totalité de la Pensylvanie et du Maryland, et dans le pays plat, plutôt que sur les montagnes; par la raison sans doute que- ces États du milieu, placés entre deux atmosphères opposées , celle du pôle et celle du tropique, sont le théâtre où se passe la lutte perpétuelle des grandes masses d'air froid et d'afr chaud.
« Notre climat de Pensylvanie , » dit le docteur Kusk \ <t est un composé de tous les climats; l'humidité de l'An- « gleterre au printemps, la chaleur de l'Afrique en été, le « del de l'Egypte en automne, le froid de la Norvrége en « hiver; et ce qui est bien plus f&cheux, qudquefois la • réunion de toutes dans un jour... Dans le coure de nos lii- « vers, surtout en janvier et février, 11 anive souvent, en 1 moins de 18 heures, des variations de 6°, 8° et même « de 12° (R.) ^ du froid au chaud et du chaud au froid, « qui ont les plus ftcheux effets pour la santé. Du 4 au 5
' History of Vermont, page 4S.
* Voyez notes sur la Vlrghile , page 63.
3 Humboldt a trouvé le même degié dans rAmérique méridionale.
4 Voyez les trois Mémoires d'observations de ce savant médecin , sur le climat de Pensylvanie , dans les tomes VI et Vil de V American MuuBum.
5 Je traduis en degrés de Réaumur les degrés de Fahrenheit, usités en Amérique comme en Angleterre.
TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL
« février 1788, le mercure tomba, en moins de 10 heu- '• res, par vent de nord-ouest, depuis 2° 1/4 sous glace à H 16° 1/4; différence U** (R.). D'autres fois les vents de « sud et sud-est amenant un air chaud de 1 0° et 1 2° , occa- « sionnent des dégels subits, et Ton a vu cette température, -«persistant quelques jours, tromper la végétation, et <• faire édore les fleurs des pêchers en janvier; mais parce « que le règne des froids ne finit réellement qu'en avril, il <( ne manque jamais d'arriver de nouvelles gelées par les « vents de nord-est et nord-ouest, qui reproduisent les al- « tematives que j'ai citées.
« Les mêmes variations ont lieu en été, continue le » docteur Rush, et de vives fraîcheurs remplacent pres- «< que chaque nuit les violentes chaleurs du jour. L'on ob- •t serve même que plus le mercure monte dans l'après-midi, u plus bas il tombe le matin au point du jour, car ce sont <« là les époques extrêmes du froid et du chaud. Si à 2 « heures après midi, il a monté à 22*' , à la pointe du jour <« suivant, il sera vers 15° ou 16°; s'il n'a monté qu'à 16° « ou 17°, il tombera vers 1 1° ou 12** : ces chutes arrivent « surtout après une pluie d*orage; dans l'été de 1775 , on a « vu , en pareil cas, dans l'espace d'une heure et demie, 'c une chute de 8° 1/2 (R.)... En général, excepté en juillet » et août, il se passe peu de soirées sans qu'on trouve le (I feu agréable. Ces variations ne sont pointaussi marquées « dans la haute Pensylvanie vers les sources de la Snsque- « hannah et sur les plateaux de l'Alleghany : les froids en n hiver y sont plus fixes ; en été les chaleurs y sont moins tt intenses; et sans doute la qualité de l'air les rend aussi H plus supportables que dans notre pays Uiférieur, où l'at- <i mosphère est dense et humide. »
Ce que nous venons de voir de la Pensylvanie, et qui convient également au sud du New-York, au New-Jersey, au Maryland, s'applique encore avec assez peu de différence à la côte de Vh^e et des Carolines : dans la ville de Charlestown, l'on éprouve fréquemment dans un jour d'été ou d'hiver les variations de 8*" et 10° (R.). L'onades exemples de 1 2° et de 1 5°, et le docteur Ramsay en cite un de 22° (-R.) en moins de 15 heures. Le 28 octobre 1793, le mercure tomba de 18^ sur zéro, à 3° sur zéro; différence 15° en 10 à 12 heures '.
A Savanali , Henri ElUs après s'être plaint des chaleurs d'été, ajoute :
<« J'ai vu à la baie de Hudson tous les climats en un an; " ici je les éprouve en 12 heures. Le 10 octobre 1757, » le mercure était au soir à 24° ( R. ); le lendemain 1 1 , il fut « à 2° 1/3; différence 21*» 2/3 ». »
Les pays du Nord ne sont pas moins exposés à ces vids^ situdes; mais il y a cette différence entre eux et ceux du Midi, que dans les États du Sud, les variations se font plutôt du diaud au froid , tandis que dans les États du Nord elles ont plus souvent lieu du froid au chaud ; en sorte que dans ces derniers, l'effet produit sur les corps arrive plus souvent par dilatation, tandis que dans les premiers il arrive plutôt par consirictton. Je trouve dans le journal manuscrit de Eougatoville , des foiU de ce genre qui méritent d'être cités.
> Voyage de Llaocourt, tome IV.
> American Musœum, tome VIII.
« 11 décembre 1756, à Québec : depuis trois jours, le n thermomètre a monté de 19° soos glace à léro déglace. « Ai^urd'hui il pleut et dégèle par vent de sud, et U « temps est aussi vain qu'au printemps.
« 14 décembre après midi : le vent vient de tourner à « nord-ouest; la gelée reprend ferme : déjà 3* i/2 sous « glace : le lendemain 15, le mercure est à 21*» le veot a « passé du nord-ouest au sud-ouest, ciel clair -fin.
« Le 18 janvier par vent de nord-ouest, 27° aoos glace; « temps clair, prodigieusement froid : les voyageurs arri- « vent avec le nez et les doigts des mains et des piedsgelés : « le froid est toujours moindre à U basse ville qu'à U dua délie ; l'élévation de celle-ci l'expose au vent de nord- « ouest , dont la ville est garantie. »
A la baie de Hudson, Umfreville et RdtMODy obsenaleurs également exacts et judideux , dtent des faits semblables : ils remarquent que pendant les 20 à 30 jours qw durent les chaleurs d'été, les nuits se tienneot ^souvenl assez chaudes ; mais pendant Thiver, il arrive par les vents de sud de ces transitions d'un froid de 18° et 20° à lérode glace, qui occasionnent cette sensation d'un tempe vain, dont parle BougainviUe, sénsatxm très-bizarre pour nous, qui à ce terme de zéro nous plaignons du froid ; mais qui est réellement la même chose que lorsque nous passons de zéro à 15° sur glace, et que lorsqu'un Africain passe de 20 à 30°, toujours effet de comparaison. C*est encore par l'effet de cette habitude desorgianes, qu'à Cbarfestowo on se plaint du fh>id quand le thermomètre est à 10° oa 12° sur glace, et que l'on y brûle, selon la remarque de Lîancourt, autant de bois qu'à Philaddphie, où le mertare tombe 15"* plus bas.
En comparant les tables thermométriques des divers lieux dont je viens de parler, et en ftisant moi-mèoie des observations jounuilières sur les variatioDS de l'air, je n'ai pu manquer d'apercevoir une harmonie oonstante cotsp ces variations, et oertams rumbs de vents qui leur août toiijours associés : toujours j'ai vu les transitkMis du fr^ au chaud se faûpe par le changement et le passage des vents de nord-est et nord-ouest, aux rumbs de sud-est et de sud : et par inverse les transitions du chaud au froid, se faire par le changement des vents de sud et 8iid-e>i en vents de nord est et nord-ouest, et cela depuis U Floride jusqu'au Canada et à la baie de Hudson : de là ua premier élément de théorie applicable à tous les problèmes de ce climat; mais parce que les bonnes théories ne sont que la série méthodique et la réunion de tous ks ûJù d'un même genre, je ne veux point me hâter de résoudre ces problèmes par des faiU isolés, et je continue d'y procéder par l'exposition de plusieurs singularités, qui ao premier coup d'œil sembleraient y (aire exœptioiL
S in.
Le climat du bassin d*Ohio et de Mississ^ est i de trois degrés de laUtude que cdui de la cMe Atlantique.
Void une de ces singularités qui mérite d'autant plus d'attention que je ne sache pas qu'on Tait décrite jiuqa'à ce jour avec toutes ses droonstanœs. Pour le bit princi-
DES ÉTATS-UNIS
pal , j'emprunterai les paroles de M. Jefferson dans ses notes sur la Virgmie (p. 7 ).
a c'est une chose remarquable, dit-il, qu'en allant de n l'est à Touest, sous le même parallèle, notre dimat n devient plus froid à mesure qu'on avance vers l'ouest, « comme si Ton se rapprochait du nord. Cette observait tion a lieu pour celui qui vient des parties du continent « situées à l'est des AUef^anys , jusqu'à ce qu'il ait atteint « le sommet de ces montagnes , qui sont les terres les plus « hautes entre TOoéan et le Mississipi. De là , en se tenant « toujours sous la même latitude, et allant à l'ouest jusqu'au « Blissistipi, la progression se renverse; et si nous en « croyons les voyageurs, le dimat devient plus chaud « qu'il ne l'est sur les côtes aux mêmes latitudes. Leur té- « moignage sur ce point est confirmé par les espèces de vé- <t géCanx et d'animaux qui subsistent et se multiplient natu- « reliement dans ces pays, et qui ne réussissent point sur « les côtes. Ainsi l'on trouve les catalpas sur le Mississipi *« jusqu'au a?"" de latitude, et les roseaux jusqu'au Zè"* : •< on voit les perroquets, même l'hiver, sur le Sdoto au H 390. Dans l'été de 1779, lorsque le thermomètre était à H 90** Fahrenheit (Sô*" 3/4R.) à MonUcdle , et à 96° F. M ( 28« 1/3 R. ) à Williamsburg, Uétait à 1 10<> F. à Kaskas- « kiA(34«2/3R.),etc»
Comme voyageur, je puis confirmer et développer l'assertion de M. Jefferson : dans le trajet que je fis pendant Tété de 179e, depuis Washington sur Potômac, jusqu'au i^oste-Vinœnnes, sur la Wabash, je recueillis des notes dont voici les prindpaux r^ultats:
5 mai 1796 , premières fraises à Annapolis sur le rivage et au niveau de l'Océan;
12 mai, les mêmes à Washington, sol déjà plus élevé;
30 mai, les mêmes à Frederîck-town, au pied de Blueridge , environ 180 pieds au-dessus de l'Océan ( ici les cerises ne mûrissent pas mieux qu'à Albany , 50 lieues plus nord; mais situé au niveau de la marée );
6 juin, premières fraises dans la vallée de Sbenandoa à l'ouest de Blue-ridge, et peut-être 150 toises au-dessus de l'Océan;
1*' juillet, à Monticdlo, chez M. Jefferson, la moisson de froment a commencé sur les basses pentes de South' west-mùuntain, à l'exposition de sud et sud-est, tandis que sur les revers exposés au nord-ouest, vers Charlotteville, elle n'a conuneucé que du 12 au 14;
10 juillet, moisson à AocA-/«A-$rap, au sommet de Blueridge, 1150 pieds anglais d'élévation, 350 mètres : deux jours plus tôt elle a lieu dans le vallon de Staunton , situé environ 70 mètres plus bas.
12 juillet, moisson sur les montagnes de Jackson, élévation de plus de 2,200 pieds anglais ( 683 mètres ).
20 juillet, moisson sur rAlleghany , élevé de plus de 800 mètres.
L'on voit que dans cette ligne ascendante, elle a constamment tardé en proportion des niveaux.
En descendant l'autre pente de l'Alleghany, celle de l'ouest, je trouvai qu'à Green-brïar, situé en plaine basse, elle avait eu lieu 5 jours plus tôt ( 15 juillet ).
Dans le vallon du grand Kanhawa, à l'embouchure de TElky die avait eu lieu le 6.
Le 1 1 , à Gallipolïs, colonie des Français, au Scioto '.
Le 15, à Cindnnati, situé plus au nord.
Je ne trouvai point de fixNnent à Poste-Vinceniics, sur la Wabash ; on y préfère le maïs , le tabac et le coton , produits qui caractérisent un dimat chaud.
Le 1*' juillet, on avait moissonné à Kaskaskia, sur le Mississipi, comme à Monticello.
Cette seconde ligne , depuis l'Alleghany , ne présente pas en apparence la même régularité que la précédente , sans doute par une rai§on combinée de la diversité des niveaux, des expositions, et même des latitudes, qui y sont plus variées; par exemple, si Cindnnati est plus tardif que Gallipolis, ce doit être parce qu'il est un peu plus nord , et surtout moins abrité des vents de cette partie, et moins ouvert au midi. Si le vallon de Kanhawa est encore plus précoce, quoique plus élevé, ce peut être à raison de son encaissement , dont l'effet concentre la chaleur, que j'y trouvai rédlement bien plus vive qu'ailleurs; et dans nos propres jardins, nous avons la preuve de cette action des divers aspects, puisque nos espaliers mûrissent les mêmes espèces de fruits à des époques différentes de huit et dix jours , selon qu'ils sont exposés au midi, au levant ou au couchant, et encore, selon qu'ils sont abrités des vents et frappés de la réverbération d'autres murs. Il n'en est pas moins vrai que la règle des niveaux se trouve en général observée dans la ligne décrite, et qu'il y a une identité remarquable d'époque de moisson ( T' juillet ) entre Kaskaskia et Monticello, situés sous le même parallèle, et à une dévation que je présume très-ressemblante.
Néanmoins je suis loin de disconvenir qu'il existe dans le pays d'Ottest plusieurs phénomènes de température et de végétation, auxquels ne peuvent satisiàire ni les niveaux, ni les expositions : au premier rang de ces phénomènes, est cdui que depuis qudques aimées les botanistes observent et constatent davantage de jour en jour : ayant comparé les lieux où croissent spontanément certains arbres et certaines plantes à l'est et àl'ooest des Alleghanys, ils ont découvert qu'il y avait une différence uniforme générale d'environ 3"* de latitude plus chaude, en faveur du bassin d'Ohio et de Mississipi; c'est-à-dire, que les arbres et les plantes qui veulent un climat chaud, et des liivers moms longs et froids , se trouvent 3** plus nord dans l'ouest des Alleghanys , qu'à l'est sur la côte Atlantique; ainsi le coton, qui réussit à Cmcinnati, à Poste-Vincennes, par le^ 39** de latitude, n'a encore pu se cultiver plus nord que 35 et 36* dans les Carolines. Il en est de même des catalpas , des sassafras , des pàp&s , des pacanes ou noix illinoises ', et de beaucoup d'autres arbres et plantes dont le détail exigerait des coimaissances que je n'ai point en cette parUe^ Ce genre de preuves, qui est irrécusable, se trouve d'ail-
I, < Fondée par suite des opérations de la compagnie de Scioto, qui , en I780 , fit tant de bniit à Paris pour vendre des terres qu'dle n*avait pas, mais dont elle se faisait bien payer. Taurai occasion d*en reparler.
* Noix tiès-oblongues, d^une coquille fine et fraple, et en tout infiniment supérieures aux noix ligneuses ( hickorys ) de la côte Atlantique.
3 M. le docteur Barton m*a dit qu'il préparait sur ce sujet un mémoire qui ne pourra manquer d'être très-lntéressanl-
TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL
leurs appuyé par les phénomènes particuliers à diaque saison. Dans toute ma route sur TOhio, et dans mes di- Terses stations en Kentucky, à GaWpolis, à Lime-stone, à Washington de Kentucky, à Lexington, à LouisTille, à Cincinnati , au PostirVincennes, les rcnseignonents que j*al recueillb ont été unanimement les faits suivants.
<t L*hiver ne commence que vers son solstice, et les « froids ne se montrent que dans les 40 à 50 jours qui «( le suivent. Ils n'y sont pas même fixes et constants; « mais il y a des rel&ches de jours temnérés et chauds. « Le thermomètre ne descend ordinairement pas au-desfl sous de 6 et 6<* (R.) sous zéro; les gelées, qui d'abord A se montrent dans quelques jours d'octobre pour dis- « paraître , puis revenir vers la fin de novembre, et cesser « encore, les gelées, dis-je, ne s'établissent que vers jan- « vier : les ruisseaux, les petites rivières et les eaux dor- •( mantes gèlent alors , mais restent rarement gelés plus •( de 3à 15 Jours. M
L'on a regardé conmie un cas sans exemple celui de Thiver 1796—97 , où le mercure a tombé à 15* sous zéro , et où les rivières Alleghany, Monongahélah et Ohio, ont été scellées de glace, depuis le 28 novembre jusqu'au 30 janvier, c'est-à-dire 65 jours : la Wabash gèle presque chaque hiver, mais seulement de 3 à 15 jours.
Dans tout le Kentucky et le bassin d'Ohio , les neiges ne durent ordinairement que de 3 à 8 ou 10 jours; et dans le cours même de janvier, l'on a des jours vraiment chauds, à 15 et 18* par des vents de sud-ouest et de sud, et par un cid brillant et pur. Le printemps amène des pluies et des giboulées par des vents de nord-est et de noitl-ouest; mais dès 40 jours après l'équlnoxe, les chaleurs commencent à s'établir. « Elles sont dans toute leur Ibrce « pendant les 60 à 70 jours qui suivent le solstice d'été : « le thermomètre se tient alors entre 26 et 27* (R.). On le
• remarqua en 1797 à Cincinnati et à Lexington, à 29* « (R.)... Pendant tout ce temps, les orages sont presque « journaliers sur l'Ohio; ils y produisent une chaleur pe- « santé que la pluie ne tempère pas; tantôt ils airivent par
• les vents de sud et de sud-ouest, tantôt ils sont le produit « de révaporation du fleuve et de la vaste forêt qui couvre « la contrée. La phiie qu'ils versent par torrents ne rafral- « diit qu'un instant le sol embrasé , et la chaleur du len- « demain l'élevant en vapeurs, forme au matin d'épais « brouillards qui se convertissent ensuite en nuages , et re- <i commencent le jeu électrique de la veille : l'eau du « fleuve est chaude à 14 et 15* sur zéro : les nuits sont « calmes, et ce n'est qu'entre 8 et 10 heures du matin « que s'élève une légère brise d'ouest ou de sud-ouest , qui « cesse vers 4 heures du soir. »
Dans la totalité des saisons, le vent le plus dominant est le sud-ouest; c'est-à-dire, le courant d'air qui remonte dans la ligne du fleuve Oliio, et qui vient par le Mississipi ( où il règne sud) du golfe de Mexique. Je trouvai ce ?ent chaud et orageux dès mon entrée dans le vallon de Kanhawa, dont sans doute il élève la température en s'y arrêtant au pied des montagnes : il change de ligne selon les courbures de rohio, et on le croirait quelquefois ouest et sud; maistoiyoursidentique, il règne loparties de temps sur 12, et n'en laisse que 2 à tous les autres vents réunis : il do-
mine également dans tout le Kentudiy ; mais il n'y produit pas les mêmes effets, car tandis que la vallée d'Ohio, dans une largeur de 5 à 6 lieues , éprouve une hanndilé et des pluies abondantes , le reste du pays est tounnenté de sécheresses qui durent quelquefois trois mois : et les cnltivateurs ont le chagrin de voir de leurs coteaux on fleoTe aérien de lurouillards , de pluies et d'orages, qui serpente comme le fleuve terrestre, et qui ne sort pas de son \maà.
A l'éqninoxe d'automne arrivent les pluies par les vents de nord-est, de sud-est, et même de nordnmest : la fraîcheur qu'elles établissent prépare les gelées : l'aatomDeaitière est sereine, tempérée, et est la plus belle des trois saisons de l'année : car dans tout le continent de l'Énénque-nord û n'y a pas de printemps.
Tel est le dimat de Kentucky et de tout le bassin d'Ohio. Il faut remonter bien avant dans le nord pour lui trouver des changements remarquables, et surtout pour le retrouver en harmonie avec ses parallèles de la côte Atlanlique.... A la hauteur de Niagara même, il est encore si tempéré, que les firoids ne durent pas phis de 2 mois avec quelque àpreté ; et cependant l'on est au pomt le plus âevé du plateau; ce qui déconcerte totalement la rè^ des niveaux.
Dans tout le Genesee , les descriptions que Fon m'a biles de l'hiver ne correspondent point avec les froidi de cette saison sous les parallèles de Yermont ni de Ntw^amp. shire, maisplutôtavecleelhnatdePhOadelphie3*pliis8ad. L'on a remarqué dans cette deraière ville, comme diose singulière, qu'il y gèle dans tous les nxMS de l'Umée, aoepté en juillet ; et pour retrouver U même drobnstanee, il faut s'élever jusqu'au village d'Onéida en Genesee, par les 43* de latitude; tandis qu'à l'est des monts, à Albany, il gèle dans tous les mois, et il n'y peut mûrir ni pécha ni cerises.
Enfin, à M<mtréal, par tes 45* 20', de latitude, les froids sont moins rigoureux et moins longs que dans la partie de Mahie et d'Acadie à l'est des monta^œa; et tes neiges & ce même M<mtréal durent 2 mois de moins qu'à Québec, quoique cette dernière ville soit située plus bas sar le fleuve ; ce qui contrarte encore la loi dee niveaux, et indique une autre cause qui reste à trouver.
Avant d'y procéder, j'ajouterai encore qudques observations et quelques ftito qui en prépareront d'autant mieai le développement.
1* 11 résulte des comparaisons que je viens de présenter, que pour mesurer les divers degrés de tempécëlDre des Étets-Unis, il faut appliquer sur la totalité de ce pajs deux grandes échelles thermométriques se croisant en ses» q>po6é : l'une placée dans le sens naturel des latitudes, ayant son maximum de froid vers te p61e, par exemple, an Saint-Laurent; et l'autre son tnajciimisa de chaud ven te tropique , par exemple, en Floride : entre ces deux points extrêmes, la chaleur, à droonstonces égales de niveaux 4 d'expositions , décroît ou augmente régulièrement sebn les latitudes. L'autre échelle, placée transversatenHnt de l'est à l'ouest dans le sens des kmgitndes, est on tiieraionièfre à deux branches renversées , ayant une boute eononae ou maximum de froid qui pose sur l'Allegbuiyf <*^ que l'extrémité de chacune des bmches va chercher à
DES ÉTATS-UNIS
Test el à Touest son maximum de chaleur sur le rivage de TAtlantique et au Mtssissipi; et les degrés de chaleur se mesurent sur chacune en raison combinée des niveaux et des expositions. Ce n'est qu'en ayant égard à ces règles compliquées que Ton pourrait dresser un bon tableau général de température et de végétation pour les Étata-Unis : ridée que Ton en trouve jetée dans un mémoire de la Société de New- York, est une idée ingénieuse, et qui peut devenir utile ; mais pour remplir son objet avec exactitude , elle a besoin de l'application et de remploi des principes que je viens d*expo6er.
2"* La différence de climat entre l'est et l'ouest des Ailegfaanys, est d'ailleurs accompagnée de deux circonstances oiajeures que je crois n'avoir pas été remarquées. La première est que par delà les 35 et 36° latitude allant au sud , cette différence cesse d'avoir lieu» et la température des Florides et de la Géorgie occidentale, depuis le Mississipi jusqu'à la rivière Savanah et à l'Océan, est sonmise à des règles identiques et communes; en sorte que la chaîne des Alleghanys et le retour des Apalaches forment réellement de ce côté4a limite de cette différence, et par cela même se décèlent pour être une de ces causes efficientes.
La seconde droonstance est que cet excès relatif de tmpératore cesse encore presque subitement entre le 43 et éS"* latitude nord, vers les grands lacs de Safait-Laurent : à peine a-t-on passé la rive méridionale du lac Érié, que le dimat se refroidit de minute en minute dans une proportion étonnante : au fort Détroit. U ressemble encore à celui de Niagara son parallèle; mais dès le lac Saln^Clair, les colons tronyent les froids beaucoup plus longs et plus rigoureux qn'àDétroit. Ce petit lac reste gelé tous les ans, depah novembre jusqu'en février : les vents de sud et de sud-ouest, qui tempèrent l'Érié, deviennent plus rares ici, et l'on ne peut y mûrir d'autres fruits que des ponunes et des poires d'hiver.
▲ufortdeMichillimakinac,y 1/) plus nord , des obser. valions faites en 1797, sons la direction du général américain WiUdnson ', constatent que du 4 août au 4 septembre, le tbeimomètre en diverses stations depuis le lac Sain^ Clair, ne marqua jamais plus de 16° 1/2 R. à midi; et qu'an smr etau mathi, il descendit souvent jusqu'à 5° 1/2 R. ( sur glace ) ; ce qui est plus froid que Montréal soua le même parallèle.
Ces bits s'accordent parfaitement avec les résultats généraux que M. Alexandre Mackensie a récenunent publiés dans la relation de ses intéressants voyages à l'ouest et au nord-ouest de l'Amérique : j'avais déjà eu occasion , dans nwn s^our à Philadelphie, de connaître cet estimable voyageur et d'en obtenir divers renseignements sur ces objets : l'un de ses associés, M. Shaw , avec qui j'eus aussi l'avantage de me rencontrer en 1797 , et qui arrivait d'un séjour de treize ans dans les postes les phis reculés de la traite des pelleteries, eut également la complaisance de satisfaire à mes questions, et il résulte de ces informations réunies:
« Qu'àpartirdulaeSupérieur,al]antàrouest,jusqu*aux
' yojtz Médical Repotiiaryof New-York, tome 1*% page 630, où ae trouve un tableau météorologique dressé par le ui^)or Swan.
« fnontagnes Stony ou Chifiewafis, et remontant au nord « jusqu'au 73<^, le pays, maintenant bien connu par les « traitants canadiens, offre un climat d'une rudesse et « d'une àpreté de froid qui ne peut se comparer qu'à la Si- •i bérie : que le sol généralement plane, dénué d'arbres , •i ou n'en ayapt que de rares et de rabougris , parsemé de « lacs, de marais, et d'une prodigieuse quantité de cours « d'eaux, est sans cesse battu de vents furieux et glacés, «venant des parties de nord et surtout de nord-ouest : « que dès le 46** la terre ^t gelée pendant toute l'année : « que dans plusieurs fortins de la traite , entre les 50 et « 56^ , l'on n'avait pu par ce motif établir des puits, ceci pendant très-nécessaires : que M. Shaw lui-même en « avait creusé un au poste Sain^Augustin, à environ 16 « lieues des montagnes; et quoiqu'il l'eût entrepris en juil- « let, il avait, dès le troisième pied, rencontré le sol « gelé; et le trouvant de plus en plus ferme, il avait été « contraint d'abandonner le travail à une profondeur de « 20 pieds. »
L'on ne peut douter de ces foits , tant à raison du caractère des témoins , que de l'appui qu'ils trouvent dans d'autres semblables : Robson, ingénieur anglais qui , en 1745 , construisit le fort de Galles, sur la baie de Hndson, par les 59*, raconte avec surprise et candeur :
« Qu'ayantToiilu creuser un puits au mois de septembre, « il trouva d'abord 36 ponces an^s de terre dégelée •i par les chaleurs antérieures ; puis une couche de 8 « pouces gelée ferme comme roc : sous cette couche, un « terrain sableux et friable , glacial et très-sec , dans lequel fi ses sondes ne purent trouver d*eau, parce que, dit-il, le « froid continuel gelant les eaux superflcielles, les empêche « de pénétrer au-dessous du point où les chaleun de l'été « parviennent à'ies dégeler '. »
Edouard Umfreville, focteur de la compagnie de Hudson, depuis 1771 jusqu'à 1782, observateur plem de sens et d'exactitude, atteste également que :
« La terre dans ces contrées, même au cœur de l'été , « oii les chaleun sont vives pendant 4 à 5 semaines, ne n dégèle qu'environ 4 pieds anglais là où le sol est dé- « boisé et soumis à l'action du soleil; et 2 pieds seo- «I lement là oùU est ombragé des chétif^ genévriers et pins « qui cofl^NMcnt toute la végétation du pays *. »
> An acooont of six vears reddenoe In Hudson's bay, i vol. in-8°, London, 1762.
* Preient ttate of Hudton't boy , I vol. in-6<*, London , 1700. Les mêmes faits se répètent dans le oontloeot asiatique , et confirment l'analogie de cUmat et de sol que J*ai indiquée. Les savants russes Gmelin, Pallas, Geor^^, attestent que passé le 66<>, et même dès le 60<> de latitude , en Sibérie , Ton trouve des marais étemeUement gelés au fond , dont la glace conserve, depuis une antiquité inconnue, des ossements et même des peaux d'éléphants , de rhinocéros , de mammouths. ( Voyes le Nord littéraire , u? I", page 380. )
Le célèbre voyageur américain Ledyard atteste également qu'à Yakoutsk f par mohis de 9S9 de latitude, Ton n'a pu établir de puits , attendu que les fouilles faites Jusqu'à 60 pieds de profondeur ont appris que la terre était gelée de plus en plus ferme. ( Voyez Jinerican Mutœum , tome YIII, lettre de Ledyard, août 1790. ) Le capitahie Phlps dit également que le 20 juin 1778, par 6S« M', l'eau de la mer, puisée à 780 brasses de profondeur , marqua 2<> ^ sous glace ( R. ). Parmi nous , M. Patrin , naturaliste instruit , qui a voyagé plusieurs
TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL
II est donc éviJeiît qu'au (h;là d'une certaine latitude, le climat à l'ouest des Alleghanys d'càI pas moins froid que ses parallèles à Test; et cette latitude, dont le terme moyen parait être Ters les 44 ou 45'' , en prenant pour limite les grands lacs, et surtout la chaîne des montagnes Canadiennes ou Algonkines, circonscrit par cela même le climat chaud du pays d'Ouest à un espace d'enTiron 9 à 10 degrés qui se trouve enceint sur trois de ses côtés par des montagnes. Sans doute la présence de ces montagnes contribue pour quelque partie à cette différence ; mais quelle en est la cause majeure et fondamentale? d'où provient ce phénomène géographique réellement singulier? Voilà le problème à résoudre ; et parce que la comparaison de beaucoup de faits et de circonstances m*a fait reconnaître pour agent principal un courant d'air ou vent dominant habituellement dans le bassin de Mississipl, dont les vents dilSèrent de ceux de la oôte Atlantique, je crois devoir fournir au lecteur les moyens d'asseoir son jugement, en lui développant le système entier des courants de l'air qui régnent pendant l'année aux États-Unis.