CHAPITRE IX
Système des vents aux Ëtats-Unis.
En Europe, surtout en France eten Angleterre, nous nous plaignons de l'inconstanoe des vents et des variations qu'elle produit dans la température de l'air; mais cette inconstance n'est en rien comparable à celle de l'atmosphère des États-Unis; j'oserais affirmer que dans une résidence de près de trois ans ■ , je n*û pas vu un même vent régner 30 heures de suite, un même degré de thermomètre se maintenir pendant 10 heures; sans cesse les courants de l'air varient, non de quelques degrés de compas, mais d'un point de l'horizon à son opposé; du nord-ouest au sud et au sud-est; du sud et du sud-ouest au nord-est ; ces variations attirent d'autant plus l'attention, que les changements de température sont aussi contrastants que
années en Sibérie, rapporte que môme, par les 64*, étant descendu , en juin 1786 , dans un puits récent de la mine iTIldikan en Daourie, il remarqua ^ à la hauteur de 40 pieds, des gerçures remplies de glaçons ( et cependant c'était une mine métallique ); ce qui prouve, [\joate-t-il , que le feu central n*apas beaucoup d^ activité en Daourie ( JouriKiI de physique , mars 1791 , page 236 ). Mais comme désormais la saine physique , aidée de tous ces faits et des expériences in génleuses de M. de Saussure , a relégué au rang des vieux contes mythologiques celte vieille rêverie d'un foyer central , et même la théorie hasardée sans preuves suffisantes, d*0Qe température moyenne de lO", Ton a droit d'en conclure contre les hypothèses de Buffon et de divers autres physiciens , que le globe est une masse cristallisée essentiellement froide , dont la superficie seule est échauffée par les rayons du soleil , en raison de la force et de la continuité de leur action. De là vient que sous la zone torrlde Ton trouve, pour terme moyen , le sol hnprégné d'environ 14* de Réaumur , à une profondeur qui probablement ne pénètre pas plus de 3 ou 4 mille toises : à mesure que Ton s'éloigne de ce grand et principal foyer , vers le nord, la chaleur diminue par proportion inverse des latitudes; IP en Virginie, V* à Philadelphie, T* en Massachuscts, 6° en Vermont , 4<* en Canada, et finalement zéro et moins de zéro sous le pôle : en sorte que si jamais le soleil abandonnait notre pauvre planète, elle finirait par n'être qu*un amas de glaçons, et par n'avoir, pour derniers habitants, que des ours blancs et des Esquimaux.
* Depuis octobre 1796 Jusqu'en Juin 1798.
subits ; et dans un même jour, en hiver même, on aora eu au matin de la neige, et zéro déglace par vents de nord-est et d'est ; vers midi, 6 et 7*" par vents de snd-est et de sud; et dans le soir 1 et 2*" sous glace par vent de nord-ouest: en été, vers 2 heures après midi, on peut avoir 24 et 26^ de chaleur par calme ; un orage arrive par vent de sod-ooest; il pleut vers 4 ou S heures : à 6 ou 7, le vent de nordouest se déclare frais et impétueux à son ordinaire, et avant minuit le mercure sera à 17 et même 16*. L'automne seule, depuis le milieu d'octobre jusque vers U mi-décembre, montre quelques jours oontinos de vent d'ouest, et d'un cid clair et serein; genre de temps que sa rareté rend d'autant plus remarquable. Cette mobilité de l'air l'est elle-même d'autant plus qu'elle a lieu sur une étendue de pays très-vaste, et que les mêmes vents se font sentir presque à la f<HS sur toute l'étendue de la oôte Atlantique, depuis Charlestovrn jusqu'à Newport, et même Halifax , et depuis le rivage de l'Océan jusqo'à l'AUeghany . Ce n'est pas qu'il n'y ait de ces brises partielles qui, dans tous les pays maritimes, affectent certaines localités et certaines positions du soleU sur l'horizon : je veux dire seulement qu'à l'ordinaire, les courants de l'air aux États-Unis parcourent de très- vastes surfaces, et que les vents y soot généraux beaucoup plus qu'ils ne le sont en Eun^.
Tel est surtout le caractère des trois vents princtpanx, k nord-ouest, le sud-ouest et le nord-est, qui nemblent s« partager l'empire de l'air aux États-Unis. Si l'oa sufiposait l'année divisée en 36 parties, l'on pourrait dire qu'à eu trois ils en prennent 30 ou 32; savoir , 12 pour le noniouest, 12 pour le sud-ouest, et 6 ou 8 pour le nord-est et l 'est : le surplus est distribué entre le sud-est, le sudetl'ouest Le nord pur n'a presque rien. Chacun de ces Yents étaat accompagné de circonstances particulières, et deveniat successivement dans l'atmosphère effet et cause de plié' nomènes considérables et différents, je vais entrer dans les détails néoessafaes à faire ooonaitre leur marcbe reqiectif e.
SI-
Des vents de nord , de nord-est et d'est.
Le vent du nord direct est le plus rare des ooniants de l'air aux États-Unis : d'après les tables météorologiqiies que j'ai pu consulter à Boston, à Philadelphie, à Mooticello, il ne souffle pas dans le cours d'une année huit jours par ces latitudes. U semble être plus fréquent dans les plages du sud, d'après des observations faites à Willianisburg, et citées par M. Jefferson ' ; mais outre que ces ol>servations trop sonunaires sont vagues, il est probable que la direction de nord à Williamsbuig est locale et caosée par la position de cette ville sur un cours d'eau qui va droit au sud dans le fleuve James : il existe beaucoup de ces cas où un vent général sur un pays se trouve eu «rtaini cantons dévié de 30 à 80° par des bassins de rivières, par des sillons de montagnes, par des massifs de fôféts, etc. ; il y a du moins ceci de certain, que d'après tons les rcaseîgnements que j'ai recueillis, tant à Test qu'à l'ouest des Alleghanys , le vent de nord direct est le moins fréquent des vents aux États-Unis *.
> Voyez notes sur la Virginie , page 7.
* Les tables du docteur Ramsay a Cbariastovni oootirvcttl
DES ÉTATS-UNIS
Lorsqu'il se montre, il est plutôt humide que sec, plutôt nuageux que clair, et toujours froid.
Celte rareté du vent de nord semble au premier coup d'œil oontrarier la théorie générale des vents, qui explique tout leiu- mécanisme par Faction du soleil sur Tatmosphère terrestre; par la dilatation inégale que ses rayons causent en diverses parties ; par la lutte qui s*établit entre les masses d'air froid plus pesant, et les masses d'air chaud plus léger, pour rétablir l'équilibre et le niveau, qui est la loi impérieuse et constante des fluides : d*où il résulte que l'oeéan aérien éprouve une agitation continuelle de courants qui se meuvent en divers sens; et que l'atmosphère dense et froide du nord doit exercer une pression habituelle et aYoir une tendance constante à s'épancher et à se porter Yers ratmosphère chaude et dilatée des tropiques; mais oatre que ce mécanisme général est soumis à certaines drcoQstances géographiques, nous aurons occasion de voir dans le cours de ce chapitre, que le cas actuel n'est pas même une exception au principe, et ifue la dette du vent de norà est amplement acquittée par deux de ses collatéraux , les vents de nord-ouest et de nordrest, qui s'alimentent du même fonds, et qui puisent aux mêmes sources qae lui '.
Vent de nord-est.
Ainsi que la plupart des vents, le ?ent de nord-est, en dumgeaiit de pays, change de caractère ou du moins de qnaKtés. En Egypte, sous le nom de gregale, je l'avais tnraTé froid, nuageux, pesant à la tête : sur la Méditerranée je l'éprouvais pluvieux , bourru , sujet aux rafales : en France , surtout au nord des Cévennes , nous nous en plai-
pleinement cette assertion; car sur quatre années, depuis 1791 jasqu*en I7M , elle» •n'offrent que huit Jours où le nord ait Boufflé : il ne souffla pas un seul Jour en 1792 , et la même rareté a lieu à Québec.
' Le lecteur peut avoir d^Jà vu , ou peut consulter une esquisse de cette théorie , dans le chapitre XX de mon Voyage en Syrie (publié en 1787 ). Novice alors dans cette branche desdence , j^gaoraSs que de grands maîtres, tels que Halley et d'Alembert, s'en fussent occupés. A mon retour d'Amérique, lorsque J'ai voulu reprendre le cours de mes idées et leur donner un développement conforme aux nouveaux faits que j'avais rassemblés, j'ai dû me mettre au niveau des connaissances acquises , et J'ai trouvé qu'un mémoire intitulé Théorie des vents, par le chevalier la Coudraye, avait rempli la tâche que Je me proposais. Ce mémoire, couronné dès 1786 par l'académie de D^on , est un traité complet syr cette matière, et Je ne puis mieux faire que d'en conseiller la lecture à ceux qui veulent se former un tableau sommaire du jeu des courante de l'air : ce n'est pas qu'il ne reste eno<9re beaucoup à dire sur le système général des vente par tout le globe , et qu'il n'y ait beaucoup d'expériences et de calculs à établir sur le foyer, le lit, la vitesse de chaque courant d'afr , sur les directions diverses et souvent contraires qu'ils suivent dans l'océan aérien; sur l'épaisseur de leurs couches; sur la formation , la composition , la dissolution des nuages , sur les causes et les effete des dilatations et des condensations plus ou moins subites qui accompagnent les orages , etc. Mate parce qu'un tel travail veut la réunion des connaissances combinées d'un navigateur, d'un physicien et d'un chimiste, et qu'elle exigerait des recherches longues et même dispendieuses, dirigées sur un plan méthodique, ma t&che se trouve naturellement réduite à fournir mon contingent de matériaux pour cette opéraUon, et c'est ce que Je vate faire , en Jetant dans les chapitres suivante les faite qui m'ont paru les plus importante et les plus certains.
gnons comme du plus sec de tous les vente : aux Étate-Unis, au contraire, j'ai vu qu'avec autant de raison l'on s'en plaint conmie du plus humide et de l'un des plus froids. Le problème de ces diversités ou de ces contrastes se résout avec assez de facilité par Tinspection des cartes géographiques. En effet, en Egypte le vent de nord-est arrive du nord de la Syrie et de la chaîne du mont Taurus, qui par l'Arménie va se joindre au Caucase, et qui, pendant plusieurs mois de l'année , est couverte de neiges : le courant de Tair qui en provient n'a pas le temps de s'humecter dans son court trajet sur l'extrémité de la Méditerranée; et il conserve sa firoideur et presque sa sécheresse originelles : à mesure que l'on navigue vers l'ouest, ce même courant d'air, qui sucoessivtanent décline de l'Asie mineure sur TArchipel et sur te pénmsule grecque, devient plus tempéré; et parce qu'il traverse ensuite te Méditerranée obliquement, sur une plus grande largeur, il y acquiert plus d'humidité et de moiteur, et finit par être pluvieux, particulièrement sur la côte d'Espagne.
En France, au midi des Cévennes, le nord-est venant des Alpes, ne peut être que sec et froid; mais il y est rare, parce qu'un autre courant collatéral, le mistral des Provençaux, usurpe sa place : au nord des Cévennes, le nordest ne nous arrive qu'après avoir traversé une des plus longues lignes du continent , à travers les parties nord de l'Allemagne, pute la Pologne et la Russie; et certes dans ce vaste trajet il acquiert bien des raisons d'être sec , froid et de longue durée, tel que nous l'éprouvons... Si Ton s'écarte un peu au nord de cette ligne, il prend un caractère différent pour te côte de Suède, et il y devient grand pluvieux, non-seulement parce qu'il traverse de biais la mer Baltique et le golfe de Bothnie, mais encore parce qu'il vient de la mer d'Archangel » et que la Finlande marécageuse l'abreuve au lieu de le sécher. Par un nouveau con^ traste , te côte de Norwége , adossée hnmédiatement à celle de Suède , en l'éprouvant encore froid , ne l'éprouve cependant plus humide, et cela parce que le chaînon du Dofre, qui court presque nord et sud entre les deux pays , arrête les nuages, et purge de leur pluie le courant d'air qui les transportait '.
Aux Étate-Unis , le vent de nord-est vient d'une étendue de mers dont la surface , prolongée jusqu'au pôle , le sature sans Interruption d'humidité et de froid : aussi déploye-tril éminemment ces deux qualités sur toute la côte Atlantique : il n'est pas besoin de regarder le ciel pour savoir s'il souffle : dès avant qu'il se déclare, on peut le pronostiquer au sein des maisons , à l'étot déliquescent que prennent le sel, le savon, le sucre, etc. Bientôt l'afr se trouble ; et les nuages , s'il en existait , n'en forment plus qu'un seul, sombre et universel- Dans les saisons froides, ou seulement fraîches , ce vaste nuage tombe en neige ; et si l'air est chaud, il se résout «i pluie opiniÂtre... Depuis le cap Cod jusqu'au banc de Terre-Neuve, le vent de norcf-es^ pousse sur te côte les brouillards les plus froids, les plus transissants que j'aie jamate éprouvés; il appartient aux physiologistes d'expliquer pourquoi à Phiteddphie comme au Kaire, ce vent aflecte la tête d'un sentî-
1 Voyez à l'appendice une Wtre sur le système des vents de ces deux contrées.
TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL
ment douloureux de pesanteur et de compression : ce qu'il y 8 de certain, c*est que dans ces deux Tilles, j'ai senti paiement bien à mon réveil , avant de voir le ciel » si le nord-est régnait Or si une telle disposition de corps ou toute autre de ce genre est la conséquence nécessaire d'un état donné de l'atmosphère; s'il en résulte aussi nécessairement une disposition analogue d'esprit et de faculté pensante, ne s'ensuit-il pas que l'air exerce une influence majeure sur nos facultés physiques et morales , comme l'a si bien observé le plus grand des médecins dans son traité des airs , des eatix et des sites ? et ne serait-ce pas à des causes de ce genre qu'il faudrait attribuer la différence frappante qui existe entre certains peuples, dont les uns ont généralement l'esprit vif ,1a conception aisée et rapide , tandis que d'autres ont l'esprit pesant et la perception obtuse et lente ' P
Les qualités du vent de nord-est dindnuent naturellement d'intensité sur la o6te Atlantique, à mesure que l'on s'avance plus au sud; mais elles demeurent reoonnaissables jusqu'en Géorgie, et nommer ce vent depuis Québec jusqu'à SaTanah, c'est désigner un vent humide, froid et désagréable.
Ce langage change lorsqu'on passe à l'ouest des Alle^ianys : là, au grand étonnement des émlgranls de Connecticut et de Massachusets, le nord-est et Vest sont des ▼ents plutôt secs qu'humides, plutôt légers et agréables que pesants et f&cheux. La raison en est que là cooune en Norwége, ces courants d'air n'arrivent qu'après avoir franchi un rempart de montagnes, où ils se dépouillent dans une région élevée des vapeurs dont ils étaient gorgés. Aussi n'est-ce que par des cas accidentels et rares, surtout en été, qu'ils transportent sur l'Ohio et le Kentucky les pluies que l'on y désire; et alors elles y durent au moins vingt-quatre heures, et quelquefois trois Jours consécutifs, parce qu'il a fallu un Tîde considérable dans l'atmosphère du bassin de Mississipi , pour déterminer l'irruption de l'atmosphère atlantique, et qu'il faut un ou plusieurs retours du soleil sur l'horizon, pour que la chaleur de ses rayons rétablisse le niveau entre ces deux grands lacs aériens: ces ruptures d'équilibre^nt plus fré(pienles pendant l'hiver, à raison de l'état tempétueux de l'atmosphère sur la mer et le continent; alors il n'est pas rare que le nordest et Vest traversent les Alleghanys, et jettent sur le pays d'Ouest des ondées de neige ou de pluie; mais bientôt leur antagoniste perpétuel , le sud-ouest , qui règne dans cette contrée dix mois sur douze, les chasse de son «U^^inft et les force de se replier sur les monts. Là s'établit entre eux une lutte habituelle, dont les efforts inégaux et Taries sont l'une des causes de l'agitation de l'atmosphère pendant cette saison. Si par hasaid ils se balancent l'un l'autre, leur double courant n'a d'issue qu'en s'éleTant verticalement dans la région supérieure oil ils se replient l'un et l'autre, glissent horizontalement ou se renversent dans les couches inférieures; mais tantôt le sud-ouest l'emporte, et 0 se répand jusqu'à l'Océan; et tantôt le nord-est est vaÛMiueur , et il envahit jusqu'au Mississipi et au golfe du Mexique. C'est surtout aux équinoxes que
t Baotium crastojurares aère natum , a dit un poète philosophe.
le choc est violent et l'imiptlon impétueuse : alors que le passage du soleil à l'équateur, en refroidissant l'un des pôles qu'il quitte, et réchauffant l'autre qu'il éclaire, occasionne un balancement général dans l'océan aérien; il arrive entre les masses opposées et les courants antagonistes, des ruptures d'équilibre dont les conséquences sont plus violentes «t plus étendues. Aussi eslr«e de préférence à cette époque, et dans les mois d'avril et d'octobre, que se montreht les ouragans dont le vent de nord-est esi l'agent le plus habituel aux États-Unis. Ces onraguis ont cela de particulier, que leur furie se déploie ordinairement sur une courte ligne d'un quart de liene , qnelqnelbiB de 300 toises de largeur, et seulement d'une ou deux lieues de longueur. Dans cet espace, ils arrachent et renversent les arbres des forêts, et ils y font des dairières, comme si la faux d'un moissonneur aTait passé sur quelques sillons d'un champ de blé. En d'autres occasions plus rares, ils traTersent le continent dans toute sa longueur, et cela par un mécanisme que j'aurai occasion d'expliquer à l'article du vent de sud-ouesL •
La fréquence des vents de nord«st sur la oôte Atlantique peut s'attribuer en partie à la direction du rivage et des montagnes de dette contrée, laquelle favorise le cours da fluide aérien. Des observations faites à Montioello, à Frederick-town , à Bethléem , prouvent que souvent tout autre rumb souffle dans l'intérieur des terres; quant à Ifew- Port, à New-York, à PhiUdelphie, à Norfolk, des obserratioDS du même jour attestent le nord-est. Qoelqiiefbis ee vent lui-même en porte des preuves notoires sur sa trace, en versant sur le littoral desondées déneige qui ne pénètrent pas 10 milles dans l'intérieur. Ce cas arriva à !lorfolk, le 14 février 1798, kirsque dans une seule nuit il tomba sur cette ville et ses environs plus de 40 pouees de neige, par un vent de nord-est, tandis *qu'à 10 lieœs au aeio des terres, 0 n'avait pas même plu , et qu'il régnait plutM un vent' de nord-ouest, ainsi que l'observèreni plusieurs papiers publics.
Si le vent de nord-est varie ou dévie, c'est ordiiiaireaMnl pour passer à l'est, et ce dernier vent peut se oonsidéMr comme son suppléant et son alternatif natureL Moins fréquent quehii, ilpartidpeà ses qualités pluvieuses et froides, surtout au nord des 40 et 41° : à mesure que Ton s'a- ' vanœ au sud, il devient plus tempéré, sans cesser d'être humide ; ce qui s'explique de soi-même , à raison de la tanpérature des mers de ces latitudes. Il ne fkut pas les confondre avec le vent d'es^ alizé des trc^iques. Cehti-d ne s'élève jamais au delà des 30 ou 32° de latitude, et seulement lorsque le soleil, au solstice d'été, entraîne de oe oêlé la zone d'air qu'U gouverne, en établissant un foyer d'aspiration dans les parties nord de ce continent En hiver, Fa- Uxéd'es^se replie jusque vers le 32 et 23« , étantd'iMe pvt repoussé par l'atmosphère refroidie de l'Amérique nord , ef de l'autre attiré par un nouveau foyer établi dans TAmériqne sud par le solâl perpendiculaire au Paraguay. Dansles deux cas, lors même que les vents irrégnliers de nord-est et (Vest régnent sur l'Atlantique, leur empire est presque toi^ours séparé de celui de l'alizé par une frontière, on de catane ou de contre-courants que cause leur hég^é em température, w densité, en vitesse. Il y a d'amen» tsân
DES ÉTATS-UNIS
eitt ce cachel disUnctif que tes rents eontioentaax de nordest et à'at, malgré rirrégularité de tout le système de leur zone, affecteut de paraître aux deux équinoxes pendant leB 40 ou 50 jours qui suivent le passage du soleil à l'équateur : aussi est-ce la saison la plus favorable pour se rendre d'Europe en Amérique, celle dont profitent les vaisseaux de oommeroe» qui plus tard ou plus tAt sont exposés à de ioogs passagesyà raison des vents de nMknies^ et denorc^ (mest qui dominent Tooéan Atlantique , Tun en hiver et l'autre en été , et qui dans toutes les saisons ne permettent que des apparitions courtes et interrompues aux vents de nd-est et de sud, dont je vais parler.
Sn.
Yents de sud-est et de sud.
Le veut de nui^/aux États-Unis a plusieurs traits de rcssemUanoe arec te icirooeo de la Méditerranée, qui est aussi un aud-ut : comme lui, Q est cbaud, humide, léger, rapiâe; comme lui, fl affecte la t6te d'un sentiment péaiUe de pesanteur et de compression; mais à un d^ré iaiiDifflent moins Acheux que le sctrocoo.
Si Ton remarque que te ianuinm , ou vent du sud, prodoit en Egypte la même sensation ; que dans d'autres pays tds que Bagdad, Basrt, c'est le vent du sud-ouest; et que diDs tous, c'est toqjoars un courant d'air qui a balayé des surfaces terrestres brûlantes et sèches, l'on oondura qoe eet effet physiologique est dû à l'action sur nos nerfs d'une qualité oa d'une combinaison particulière du calorique ou fluide Igné. La différence d'intensité qui existe entre ces divers rents favorise elle-même cette induction ; car si, comme il est de fkit, le sud^t américahi est moins pAiible que le md-êst italien , l'on peut l'attribuer au long trajet du premier sur l'Atlantique, dont l'humidité a neutralisé les exhalaisons du continent africain, tandis que te scirocco n'a pas eu le temps d'acquérir cet avantage sur le bassin étroit de te Méditerranée; et cependant il le possède plus que le kamsinn et que te tud^mestàe Bagdad, qui ne parcourent que des continents. Or si tds sont les effets physiologiques de certains airs, qu'ite rendent le corps paresseux, U tête lourde, et l'esprit inapte * à penser, serait-il étonnant que dans certafaies parties de l'Afrique où un td air est habituel , les indigènes eussent réellement contracté les habitudes paresseuses de corps et d'esprit queron remarque à quelques peuples noirs, et que par le cours des générations elles se fussent tournées en nature, qui par cela même pourrait à son tour être changée par une habitude des circonstances contraires.
Revenant aux États-Unis , lorsque te sud-est se montre en hiver sur te oOte Atlantique , ce qui arrive surtout aux approches de l'équinoxe , 0 produit parfois , asqu'au Canada, des dégels passagers qui ont lefSteheux effet de gAter les provisions de viandes que l'on fait dans les pays fMds, dèste mois d'octobre, pour cinq ou six mois. Plus an sud, ces dégete trompent perfidement la Tégélation, en pro« roquant, dès janvier et février, des fleurs qui ne devraient
■ Les Italleni disent d^un plat ouvrage, c'eti une eompoti- Itou de eeiroeeo.
paraître qu'après l'équiiioxe , et que le retour inlaiUibte des gelées ne manque pas de détruire.
Vers l'équinoxe, surtout vers celui de printemps, le sudest produit, particulièrement dans les embouchures de l'Hudson, de la Delaware, et dans la baie de Cbesapeak, des tempêtes courtes mais violentes; leur durée est asses ordinairement de 1 2 heures ; elles ont ceci de singulier, que leur furie s'exerce comme un ouragan, sur un espace limité de 10 ou 20 lieues de longueur et de 4 ou 5 de large, sans que hors de cet espace l'on s'iqierçoive du moindre mouvement J'ai coimu deux exemples de ce phénomène à New- Yorlt et un à Philadelphie , où pendant 1 2 heures l'on avait essuyé une si violente tempête , que l'on croyait apprendre te pcârte de tous les vaisseaux voisins de te côte ; cependant, 12 heures après, les vaisseaux arrivèrent sans avoir remué une voile, et sans avoir senti le moindre vent extraordinaûe.
Cette irruption violente d'un vent 1^ et chaud ne peut s'expliquer par te théorte ordiuaûre des pesanteurs spécifiques , puisque tout antre vent est plus firoid et plus dense que le sudrtst: il faut donc admettre l'expansion d'une masse oonsidérabtede cet air chaudqui rqwusse et chasse rairjplua froiddont il est environné. La Ibcme de cOne ou d'entonnoir des bniesetemhondinres des fleuves, où ce phénomèneaUen de préfiéranœ, prêle à cette expUcaUoo, en ce qu'un grand Tolnme d'air poussé dans ces entonnoirs est obligé de s'édi^per par un canal de plus en plus resserré : il y agit presque à te manière des eaux d'un étang contenu par de hautes digues, auxquelles on ouvre d'étroites issues : là où terésistance te tient en équilibre, le liquide demeurecalme : teaisils'élanceaveefanpétuositéteoù eUe vient à manquer ; et cette mipétnosité a pour donbte cause te pression qu'il éprouve d'unepart, et l'espace phis grand où il se développe de l'antre, en sortant de ses conduits ressenrés. Dans le cas dont il s'agit, cet espace vide est nécessairement dans te région moyenne de Tair, à une élévation peut-être de moing de 1000 mètres, et te torrent du sud-est s'y échappe en ffiofifaii^ comme tous les airs chauds : il y est on condensé par teoouche supérieure qui s'y trouTe an terme de ^aoe;on bien , glissant sons elte, il s'échappe horizontalement, et peut-être se repUe sur lui-même, et forme un tourbillon dont te centre ou l'axe est en l'air à une hauteur de ô ou 600 mètres , et dont te circonférence bateye et rase te terre. Mais quelle est la cause première de ce vide sans tonnerre et sans météores préalables, du moins sans qu'on en ait vu? 11 fiwdrait pour résoudre ce problème, avoir rassemUé toutes les circonstances du phénomène; aToâi Gonutt sa manière d'agir, du moins, en divers pohits de sa sphère d'action et de sa dreonférenoe; connaître enfin l'état de l'air et ses directions, ayant et après te crise; or conune ces données positives m'ont numqué. Je ne sais pas y suppléer par de pures hypothèses.
Du vent de sud.
Le vent de sud direct, que l'on croirait plus chand que te sud-est, est néanmoins plus tempéré aux État«-Unli. Pendant l'été, saison où il se montre plus fWqoemment, on le regarde comme une brise agréable, et presque rafirafddssante , à raison de la vapeur 'humide dont elte abreuv»
TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL
l'air : j*ai trouvé que cette vapeur, tant à IS^ew- York et à Philadelphie qn*à Washington , avait une odeur ftappante de marécage de mer, telie que celle des huîtres, laquelle décèle sa source d'une manière moins agréable qu*on ne yeut le dire. L'on ne peut cependant lui refuser le mérite de tempérer l'excessive ardeur du soleil et la réverbération encore plus brûlante de la terre dans les mois de juin, juillet et août : c'est pour jouir de cette brise de sud , que dans tout le continent américain Ton préfère l'exposition des maisons au midi, comme en France nous préférons celle à l'est et au sud-est : dans les États-Unis , elle a cet avantage qu'as été le soleil est assez élevé sur l'horizon pour ne point s'introduire dans les appartements protégés par les por^icos ou piatzas , dont l'usage est général. En hiver, l'astre abaissé introduit dans les maisons ses rayons que l'on désire, et il y fait sentir sa cluUeur, en dépit du nord-ouest, qui trop souvent accompagne sa clarté. Dans cette même saison , si le vent de sud est quelquefois assez fh>id, c'est qu'il a passé sur quelques neiges ^nt la terre se couvre momentanément, même en Caroline. Et si d'autres fois il en apporte lui-même au lieu de I^uies , c'est parce que dans sa route aérienne il a roicontré des nuages du nord-est et de l'est , qui n'ont pas eu le temps de se replier. Mais de telles neiges fondent de suite , ou deviennent de la pluie en tombant. Six heures de durée suffisent à rendre au vent de sud le caractère de chaleur moite qu'y tire des mers tropicales où il prend naissance : je lui ai vu donner à Philadelphie, le 10 mars 1798, une véritable température de Floride. En été, lorsqu'il est plus rapide qu'à son ordinaux, il ne tarde pas d'amener des orages, et l'on remarque à Louisville et en d'autres lieux situés sur l'Ohio, que s'il dure 12 heures continues, il ne manque pas d'amener du tonnerre; or, en calculant sa marche à un terme moyen de 16 lieues à l'heure, selon une estimation que des expériences sur la vitesse des vents rendent plausible, c'est précisément le temps qu'il lui a fallu pour apporter les nuages du centre du golfe mexicain , distant de 10 à 12*. La fréquence du vent de sud en cette saison prouve qu'il existe alors un foyer d'aspiration dans le nord do continent : mais il reste à savoûr si ce foyer est au delà ou en deçà de la chaîne algonkine , qui borde les lacs à leur nord. Ce fait ne peut être constaté que par des observations établies simultanément sur une ligne, depuis le rivage de Floride par le Kentucky , les lacs Érié , Huron et U chahMS algonkine, jusqu'aux bords de la baie de Hudson; eUes jetteraient un grand jour sur le jeu correspondant de l'atmosphère du pôle et de l'atmosphère du tropique , ainsi que sur la lutte et sur le balancement des courants du nord-ouest et du 8udH>uest, qui sont les prin« cipanx vents des États-Unis.
S ni.
Du vent de sud-ouest.
Le vent de 9ud<mest, l'un des trois grands dommants aux États-Unis, y est plus fréquent pendant l'été que pendant l'hiver, et plus habituel dans le pays de l'Ouest que sur la côte Atlantique; en hiver, l'on dirait qu'il a de la peine à franchir les Alleghanys; et réellement il parait que les vents de nard-mtest, de nord-tst et à'est, plus puissants
^ dans cette saison, lui interdisent le passage des nioiiU(. Quelquefois néanmoins il profile de leurs déviatiov, ou surmonte ieur'obstacle, et U se montre sur la côte A!Untique plus impétueux, et surtout plus froid qu'il n'appartient à son habitude et à son origine : Ton en sent aisémoii la raison , quand on considère qu'il a traversé la réfûuo élevée des Alleghanys , souvent couverts de neiges pendant l'hiver, et qu'U a trou vé dans l'Ouest une terre abrea\ ee de pluie, dont l'évaporation ne peut que le refroidir.
Au printemps, devenu plus fréquent, il apporte loi même des neiges passagères , des ondées de pluie et même de grêle, qui cependant paraissent |dutôt dues aux veiib de nord-est et de nord-ouest, dont il replie et diasse I^ nuages amoncelés sur les Alleghanys : ces monts de^iennent eux-mêmes le champ clos visihie des combats de (t> courants d'air opposés : souvent Ton peut de la phine observer les nuages marchant vers Blne-ridge, par les vent^ d'est ou de nord-est : bientôt s'y arrêtant, y demenraol stationnaires, puis tantôt s'y fondant en pluie , tantôt revenant sur leurs pas, diassés par le sudouest, qui à son tuir s'établit pour quelques heures. Je fiis témoin de oe spedade dans la soirée que je passai à Rof^-fish-gap, sur Bloerigde; et mon hôte, sans être physiden, m'en donna des raisons très-satisfUsantes.
Ce n'est que vers le solstice d'été que le sud-ooest règne sur la côte Atlantique d'une manière plus constaïUe qu'aucun autre vent U y devient l'agent prindpal des oia. ges qui se multiplient dans les mois de juillet et d*aoât, et qui sont mfiniment plus violents que les nôtres en Fraore. Souvent la brise du sud, qui a coutume de s'élever ven 10 ou 1 1 heures, lait place au sud-ouest, qui dans Taprès* midi remplit le dd de nuages orageux : deux ou trots heures se passent en édats de tonnerre d'un bruit prodigiem, et en éclairs d'un volume énorme; U crise se tenniae avant le coucher du soldl, par des ondées, tantôt plus et tantôt moins abondantes.
L'équinoxe d'automne apporte un changement à «fie direction 'du courant de l'air, et c'est alors soo oppo»é diamétral, le nord-est, qui pendant 40 à 50 jours a b prépondérance sans néanmoins régner seul : après cette période, le sud-ouest, qui n'avait pas été eatièfenwtt éteint, se ranime et partage le reste de la saison avec ¥ nord-ouest qui s'éveille, et avec l'ouest direct, qui e&l le plus égal, le plus serein et le plus agréable des vents de ce continent.
La mardie du sud-ouest dans le bassin du Blîsaissipi et d'Ohio, jusque sur le fleuve Saint-Laurent , est plnssar pie; l'on peut dire en deux mots que ce vent domine depuis la Floride jusqu'aux lacs, et à Montréal pendant to mois de l'année. Les deux mois où il est le plus sUendeai . sont ceux du solstice d'hiver, pendant lesquds le noidouest et le nord-est occupent ratmo^>hère. Après cette époque, il se ranime en proportion de l'élévation du sokS au zénith, et il acquiert de telles forces, qu'en juillet et ea août il est presque alizé en Louisiane, en Kentucky, et jusque sur le lac Champlain, pendant 40 à 50 jours; il domine presque également sur le Saint-Laurent; et pow remonter ce fleuve à la voile, l'on attend qudquefob oa mois de suite des vents d'est ou de nord-est, qû alen
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môme sont pea durables. C'est encore le sud-ouest qui, Ters le 20 a?ril, fond les glaces du Saint-Laurent, comme c'est le nord-ouest qui les établit à la fin de décembre. Le nud-ouest est, avec le sud, le vent chaud du Canada, du Genesee;mais il n'a ce caractère bien marqué que pendant Télé : il se rafraldiit dans les autres saisons, en proportion de rabaissement du soleO à l'horizon, et du rapprodienient des tenes yers le pôle. U se montre au contraire plus diaud, à mesure que Ton revient rers le Kentucky , le Ttanessee et le golfe du Mexique , qui est son foyer origiuel.
A raison de ce Toisinage, n procure à la basse Louisiane une température si élevée pendant les quatre mois d'hiver, que malgré l'apparition assez fréquente des vents de nord-nord-ouest et d'est , Ton peut s'y permettre la culture de la canne à sucre , surtout ceUe d'Otahiti : mais il fait racheter œtie faveur pendant les quatre mois d'été par des chaleurs accablantes et des orages extrêmement violents et presque journaliers, de l'espèce de ceux qu'aux Antilles l'on appelle grains blancs. La mousson de ces orages ooaunence après le solstice , et suit une marche progressive digne d'attention. D'abord c'est vers les cinq heures du soir, lorsque la chaleur étouf&nte et humide est parvenue à son comble , que les nuées orageuses s'élèvent et accourent du bas du fleuve et de la partie sud-ouest du golfe : chaque jour Tapparition de ces nuées anticipe de quelques minutes ; en sorte que vers le milieu du mois d'août , les tomierres se déclarent vers deux heures après midi; de violentes ondées précèdent et suivent leurs éclats effrayants; au coucher du soleil tout se pacifie; le ciel redevient calme , tantôt serein, tantôt voilé de brouillards qu'exhalent d'immenses marécages et un sol fumant; la nuit se passe tranquille, mais fatigante par sa chaleur calme, et surtout par les maringouins. Le lendemain matin, la chaleur se ranime à mesure de l'élévation du soleil à ruorizon et de l'état calme de l'air ; dans l'après-midi la crise de la veille recommence ' : le vent du sud-ouest Iiousse ces nuées orageuses dans l'intérieur du pays, sur le Tennessee et le Kentucky , où elles en rencontrent d'autres fournies par les rivières, les swamps et les lacs; par ce moyen, la série des orages s'étend et se prolonge avec des forces renaissantes jusqu'au Canada.
Maintenant, pour bien apprécier les effets et l'action de ce grand courant d'air sur la surface du sol qu'il parcourt, et qui lui sert en quelque sorte de lit; pour bien calculer le caractère et la puissance du foyer dont il émane, c'està-dire l'atmosphère du golfe mexicain , il faut se retracer plusieurs circonstances géographiques et nautiques de ces parages : il faut remarquer que le centre du golfe est immédiatement situé sous le tropique; que pendant les six mois d'été, toute la surface de ses eaux est frappée d'un soleil vertical et brûlant, qui provoque une évaporation énorme; que pendant les six mois d'hiver, l'action de cet astre y est encore si vive , que les gelées n'approchent point de cette mer : que les plages d' Youcatan , de Campêche, delà VerorCruz, des Florides et de Cuba, sont
' Je tiens ces notes de M. Power , Américain nMuralisé su- Jet d'Espagne, à la Nouvellt-Madrid , qui a observé le pays en homme éclairé.
connues pour être d'une dudeur insupportable; qu'en effet la chaleur doit y être d'autant plus intense, que le bassin presque circulaire du golfe, enclos d'Ues et de terres, n'admet pas une libre ventilation; qu'enfin les marins citent cette mer pour être la plus féconde de toutes celles de la zone torride en orages , en tonnerres, en trombes, en tomados ou tourbillons , en calmes étouffants et en ouragans , tous accessoires naturels d'un air embrasé et pourtant humide.
Ces circonstances rendent déjà raison des qualités que nous avons reconnues au vent de sud-ouest sur le continent américain ; mais l'observateur ne doit point boner là ses regards; il doit encore rechercher quelle source inépuisable et première fournit à la déperdition journalière et immense de ce réservoir aérien : or, s'il porte sur la carte un œil attentif ', il remarquera que les deux seules embouchures ou issues du golfe sont situées entre Cuba et les presqu'îles d' Youcatan et de Floride; que par celle d' Youcatan , la plus considérable des deux , le golfe reçoit les courants d'eau et d'air delà mer de Honduras, qui ellemême les reçoit à son tour de la mer des Antilles, ouvertes dans l'océan Atlantique; que par le canal de Floride et de Bahama, le golfe p^ et vide continuellement ses eaux dans le même Océan, et que l'accès de l'air y est obstrué par une triple chaîne d'Iles; il remarquera que ces deux issues sont placées entre les 20 et 24<* latitude nord , et que même celle d' Youcatan , par sa communication médiate avec la mer des Antilles , ouvre et dilate réellement son embouchure jusqu'au dixième degré;or il sait que c'est précisément sous les latitudes de 10 à 24° que les ventsalizés du tropique soufflent toute l'année des parties d'es^ sur l'océan Atlantique : il apprend des marins que ces alizés naissent à 80 on 100 lieues des côtes d'Afrique; qu'ils traversent l'Océan avec une vitessed'environ 32 ,400 mètres * ( à peu près 8 lieues ) à l'heure ; qu'ils arrivent à la chaîne des Antilles sur un fh)nt d'environ 10® on 200 lieues marines : fl conçoit que cet énorme fleuve d'air doit franchir les lies , comme un fleuve d'eau franchit des roos semés dans son lit; qu'il entre dans la mer des Antilles , et que là, emprisonné à droite par les terres de Saint-Domingue et de la Jamaïque , à gauche par celle du continent méridional , il est forcé de poursuivre son cours dans la mer de Honduras, et finalement d'oatrer dans le golfe du Mexique..... et dès lors le problème est édahrci et résohi.
En effet, c'est réellement le vent alizé de l'Atlantique qui, par la marche que je viens de décrire, alimente l'atmosphère du golfe, et y produit la plupart des phénomènes dont il est le théâtre. Il y arrive d'autant plus puissant , que depuis la chaîne des Antilles il resserre de plus en plus son courant , et accumule ses Ibroes sur un moindre espace : sans doute cette chaîne a d'abord brisé et morcelé son courant , conune les rocs et les récifs divisent un torrent d'eau, ou même comme les piles d'un pont divisent le courant d'une rivière. Comme les courants d'eau , le torrent aérien a éprouvé un mouvement de remous et de tourbillons aux avant-becs de ces Iles qu'il heurte; il s'est partagé et comprimé pour s'échapper par leurs détroits.
> Voyez la carte générale.
» Voyez Annuaire de la république , an 6 , p. M.
TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL
C«tte oompresskm Yy rend plat npide : il se déploie avec plus de force à leur isMie , et il forme dee tonmoiemenU à leurs arrière-becs, dont diaque courant se dispute le vide ; la navigation locale des lies rend sensibles tous ces accidents, par les directions diverses que prend le yent plus près ou plus loin , au-dessus ou au-dessous de leurs masses émergentes : c'est absolument le même mécanisme que celui d'un courant d'eau, à la légèreté près du fluide; et Tétude attentive de tous les touibillonnements qui ont lieu soas un pont ou à travers les rocs d'un torrent, donne en petit une idée exacte de ce qui arrive dans le cas actuel , et en général à tous les courants aériens.
L'alicé de l'Atlantique parvenu à l'isthme de Mosquitos, semblerait devoir ou pouvoir franchir cette digue; mais malgré sa légèreté, fl agit encore plus qu'on ne Ifmagine à la manièn de l'esn, et il ne sort qu'avec difficulté des canaux et des lits dans lesquds fl coule ou seole^ ment repose : plusieurs faits ici pnmTent que les montagnes de l'isthme de Mosquitos, qui sont le prolongement de la chaîne des Andes, lui opposent un obstacle efficace, et l'empéchent d'entrer dans l'océan Pacifique. Pour bien apprécier la distribution d'air qui se fait à ce lieu, nous aurions bes<Ài de deux données, satoir, la hauteur précise de ces montagnes, et l'épaisseur de la couche ou courant d'air : ti est possible que cette couche soit moins épaisse qu'on ne serait porté à le croire, les aérostats nous ayant appris que souvent les couches de l'atmosphère n'excèdent pas 200 mètres, et qu'elles glissent et coulent les unes sur les autres en sens quelquefois diamétralement opposé, de manière que dans une ascension de 600 à 1200 mares. Ton trouve ou l'on peut trouver deux ou trois vents divers; de nouyelles applications des aérostats à ce genre d'observation dans le cas dont je parle et dans d'autres semblaldes, pourraient rendre à la science aérologique des services que sous d'autres rapports ils ont jusqu'ici assez vainement promis.
Quant à la chaîne transverse de ifof^iiitof, supposonsla seulement de 300 toises ( 600 mètres ) d'élévation; elle sera d^ capable de barrer le coorant alizé dans une étendue plus que suffisante à lui conserver toute sa puissance : la portion supérieure qui s'en échapperait ne serait qu'un irôjMlMn inutile et l'on a droit de croire que ce trop-plein n'existe pas; car on ne trouve pomt sa trace au revers occidental de ces montagnes, sur la oMe de la mer Pacifique : les vents sur cette c6le suivent une marche tout à bit différente: l'on y a des brises locales de terre et de mer qui s'étendent à plusieurs lieues du rivage d'une manière indépendante de tout autre système que le leur : ce n'est qu'à eaviron 40 lieues au large que soufflent des vents généraux, qui surtout en été sont de la partie d'ouest, par conséquent diamétralement opposés à l'aUzé; ces vents régnent depuis le dixième degré de latitude jusqu'au vingtunième, c'est-à-dire sur toute la céte de Mexique, entre le (k^Coriente» et le Cap-Blane de Costarica, L'on ne saurait dire que l'alizé s'échappe latéralement par l'isthme de Panama.pmsque dans ces parages, les vents de la mer Pacifique viennent en été des parties de sud et sud-ouest opposées à l'est. Amsi 11 est constant que l'isthme de Mosquitos et sa chaîne, quelle que soit sa hauteur, sont une
frontière de séparation entre deux systèmes de vtois différents.
L'alizé atlantique ainsi barré, doit cependant trouver une issue : celle du canal de la Jamaïque, large «t hLie • s'offre de préférence à toute autre. Il y porte donc mw coqrant, et fl entre dans la mer de Honduras. Quelques portions latérales de ce vent effleurées par les terres , parus* sent se détacher de son courant : car les marins obwrvnt que depuis le cap Vêla, pointe de Maracaibo, les venu varient et diflèrent dans une ligne parallèle au coonai principal, et en fermant au sud les golfes de Sainte-Martlie, de Carthagène, du Darien et de Porto-Bdlo ; qiieh|iMSuns sont aspirés par les bassins des grandes rivières et psr les hautes montagnes de tenre ferme, et souillent de nodest à nord-ouesL D'antres soufflant ooesl, soni de véritables eontre^xwruits semblables à ceux qn'on < tontes les rivières rapides, et dont le Min exemples si firappants qu'As aident en partie à : ce fleuve; tandis qu'à la droite du grand < une autre portion détachée forme les vents de and qui soitf» fient en été de juin en août, sur la c6te méridionale de Cuba et de la Jamaïque. Ainsi, par un dernier trait de reasemblanoeavec l'eau, le courant aérien ne jouit de toute sa force que dans la ligne flbre et droite de son canal.
Ason entrée dans la baie de Honduras, fl décline on peu et devient sud-est : et comme fl ne rencontre pins d'obstacles, fl entre sous cette ligne dans le golfe du Mexique : je dis qu'A ne rencontre plus d'obstadea^ parce que la presqu'île d'Youcatan est une terre de sables, ai basse qu'efle ne lui en oppose aucun : aussi don Bernard de Orta , à qui l'on doit une instructive dissertation ' sur les venis de la Vera-Gruz , observe-t-fl que le sud-est est le ^<^^"*î»*-»* de tous ces parages.
Maintenant représentons-nous un volume d'air d*environ 90 à 100 Ueues de largeur, sur 200 ou 300 loises de hauteur, affluant comme un torrent qui court an moins 400 toises ou 800 mètres à la minute, et ûnaginosM ce que peut devenir cette immense quantité de fluide nocumolé dans l'espèce de cul-de-sac que forme le bassin drculaiie du golfe. 11 est évident que par un effet composé et de la courbe des terres qui lui servent de rivage, et de la diminution gradudle de sa force d'hnpolsion , ce torrent aérien, d'abord vu en masse, prend un mouvement de Hoomoiement dont l'axe ou vorfejc «variable, selon certaines circonstances, s'établit principalement vers le nord du goUè, d'où le trop-plein se verse sur les terres a4iaoentes: de là une cause fondamentale de tous les phénomènes que nom présentent et l'atmosphère de ce local, et le sud<Niest continental qui en dérive.
Ensuite analysé dans ses détafls, ce vaste ooonnt m subdivise en plusieurs branches qui suivent des lois qaî lui sont propres et des directions que les localités leur mposenL
La première et la plus latérale de ces brandies, eeBe qui, après avoir traversé l' Youcatan, prolongB les tmes de la Vera-Cruz et de Panuco, obéissant à sa directioB propre et à jceUe des montagnes de TUueala, se porte
> Insérée dans le supplément de la gasette de Mezi», ss octobre I79S.
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vers rintérieur du Mexique , et remonte par les bassins des rîTières de Panuco,Ae IM-Naçcu , dd Narte ou Bravo, et de toutes leurs affluentes jusqu'aux montagnes de la Nouvelle-SUcaye, du Nouveau-Mexique et de SantO' Fé : j'oserais dire, sans connaître les vents de l'intérieur de œs pays, que les dominants, y sont du sud à Test , dans toute la partie qu'arrosent les rivières dont j*ai cité le nom.
Ce doit être cette même brandie de vent qui , parvenue sur les montagnes du Nouveau-Mexique, prend un antre caractère, et qui se versant sur la côte de nordrouest, si bîeo explorée par Vancouver, domine pendant Tété sur les parages de Noutkà : le capitaine Meares, qui, dès 1791, y avait fait plusieurs bonnes observations, nous y représente ce vent de sud-est comme un veot violent, teôapêtoeux, pluvieux, brumeux, et d'un froid piquant; ce qui est un cas nouveau pour le sud-est, dans tout rhémisphère boréal; mais ce vent acquiert cette qualité en passant sur les neiges et sur les glaces qui couvrent les nx)ntagnes du Nouveau-Mexique, glaces qui ont mérité à leur dialne, parmi plusieurs noms, ceux de Icy, ou Monts de glace, et de Shining ou Brillants. Il parait que ces montagnes ont une élévation digne de la Cordillière des Andes dont elles sont le prolongement, et que le sud-est Noutkan doit sa force à leur hauteur : car le même nayigateur Meares observe que plus loin au sud, le vent dominant sur cette mer, fiiussement appelée Pacifique, est pendant Tété le vent d'ouest, qui r^^ jusqu'au 30^, 0 où commence, ajoute-t-il, la zone des vents aliiés « d'est '; » c'est-à-dire que ce parallèle ( le 30®) est la frontière de deux vents diamétralement opposés : cas singulier eo apparence et pourtant naturel et commun : ce vent d'ouest, doux, serein, clair et beau , étant le contre-courmt de l'alizé d'est, torrent principal, rapide et presque impétueux; c'est de leur frottement que naissent ces tourbQlons, ces vents variables, ces remous, ces calmes, qui ont été si funestes aux vaisseaux qui les premiers firent leur retour en Chine, en suivant ce même parallèle.
Retournant au golfe du Mexique, une seconde branche de l'alizé atlantique , intérieure à la précédente, et formant la m^eure partie de ce courant, se dirige vers les plages de la Louisiane et des Florides : sa ligne, comme Ton voit, deTÎent sud-ouest : cependant sur le Mississipi même, elle est plutôt sud direct, car les navigateurs de ce fleuve observent que sur son lit il ne règne (Mt>prement que deux vents, le sud et le nord : la raison en est, comme pour toutes les rivières , que la direction du vent y est maîtrisée et décidée par celle du lit et de sa vallée. Il est d'ailleurs naturel qu'avant de tourner totalement sud-ouest, une portion se soit détachée sud ; et cette portion ou rumb doit dominer sur les parages de la baie Saint-Bernard.
Une troisième branche en retour vers la presqu'île de Floride, essaie de la franchir et de s'échapper sur l'océan Atlantique; mais eDe est forcée de se replier dans le golfe, parce qu'elle rencontre , surtout en été , le vent alizé d'est , dont la zone s'étend alors sur l'Atlantique jusqu'aux 30 et
> L*ainiral Ansoo observe également que par les ao et 8S«, le dominant est Vouest, doux et agréable, mais que vers les 40 et 460, il devient plus vif et plus constant.
3V. Le reversement de cette branche et son addition à la précédente, deviennent l'une des raisons pour lesquelles, à cette époque, c'est-à-dire en juillet et août, le sud-ouest redouble de force sur le continent des États-Unis.
Enfin la portion centrale du grand tourbillon, maintenue en une sorte d'équilibre par des mouvements opposés, est l'agent et le siège des vents variables, des calmes étouffants, des orages qui en sont la suite, et de tous les faicidents propres à ce golfe. Ces données du raisonnement sont confirmées par les récits positifs des navigateurs. Don Bernard de Or ta, capitaine du port de la Vera-Cruz, établit > que dans la partie sud du golfe , les vents dommants , surtout en été, sont le sud-est et l'est; qu'en hiver ils Inclinent jusqu'au nord-est avec des rafales de nord, courtes dans leur durée, mais terribles dans leur action. Bernard Romans, voyageur anglais qui, en 1776, publia sur les Florides un ouvrage plein d'instruction et de sens, observe * que dans la courbe qui attache la presqu'île de Floride au continent, les vents dominants, surtout en automne, sont le nord<»uest et l'ouest; et ces deux directions sont précisément la ligne du courant d'air en retour dans son tournoiement Enfin ces deux écrivains insistent , avec tons les navigateurs, sur la fréquence des trombes, des tourbillons, des grains orageux, <ks calmes et des ouragans de celte mer.
Quelques physiciens ont d^ aperçu qu'entre les ooragans des golfes du Mexique et ceux du continent, même en des lieux très-reculés dans le nord, il existait une correspondance singulière d'action et de tempe. En 1757 , Franklin comparant les heures oti s'était dit sentir en divers lieux un ouragan qui an mois d'octobre traversa le continent, depuis Boston jusqu'à la Floride occidentale, trouva que le déplacement de l'air n'avait commencé à Boston que plusieurs heures après avoir commencé sur la cdte du golfe, et que de proche en proche, l'avance ou le retard avait été proportionnel aux espaces : c'est<À-dire que l'ouragan s'était flût sentir d'abord au lieu oà le vent allait, et qu'il avait fini vers le tien d'où le vent venait: ce quià cette époque où ce siqet était neuf, ne parut qu'une bizar» rerie de physique; mais Franklin en conçut, avec sa sagacité ordinaire , que le foyer du mouvement était placé sur le golfe, et que c'était par l'effet d'un vide subit dans l'atmosphère de ce golfe, que l'air du continent, aapiré de proche en proche, s'était précipité pour remplir le déficit
Des faits postérieurs ont confirmé ce premier aperçu, et ils lui ajoutent de temps à autre quelques preuves nouvelles : presque tous les ans, du 10 au 20 octobre, l'on éprouve dans le nord des États-Unis , et particulièrement surlelacÉrié, unouragandel2à 15 heures, du quart de nord-est à nord-ouest; et précisément à la même époque, les gazettes font presque toiqours mention de quelque ouragan dans les parages de la Louisiane et des Florides, jpar des vents du quart de nord. L'attraction, ou phitôt l'aspiration, est bien indiquée; mais il reste à expliquer comment se fiût le vide, et pourquoi, dans la contrée des Allegbanys, c'est le courant de nord-est qui est spécialement
> INsserUtiond^à citée.
> Histdre naturelle et civile des Florides, l vol. In-I9 , imprimé à New-Yorit , d^à très-rare à trouver.
TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL
%\\iré; car c'est lui qui est Tagent le plus liabitael des ouragans intérieurs, soit généraux, soit partiels. En m'occupant de rhistoire des rents, et combinant les dlTerses idées que ce sujet m'a fournies sur le mécanisme des orages, il m'a semblé que ce problème , assez curieux en physique, ne m'était pas entièrement insoluble.
La chimie , il est rrai , n'a point encore analysé les nuages orageux, ni leur manière d'agir les uns sur les autres ; eUe n'a point décomposé leurs parties constituantes,au point défaire connaître tous les agents et tous les effets des détonations, des dissolutions subites qui en sont la suite, et des condensations aussi subites qui réduisent un volume trèsconsidérable d'eau vaporisée en un petit volume de pluie et d'air refroidi : mais les faits matériels et plusieurs faits subséquents sont connus , et d'induction en induction , ils conduisent à des résultats satisfaisants.
L'on sait qu'il n'y a pas de nuages sans surfaces humides ; que les nuages sont le produit de l'évaporation des eaux et des principes volatils qu'elles contiennent; que cette évaporation est abondante en raison de la chaleur, de la sécheresse et du renouvellement de l'air ; que par conséquent les vapeurs nuageuses sont une combinaison des molécules de l'eau avec les molécules du calorique oa fluide igné, ou électrique; car tous ces mots ne représentent à mon esprit qu'un même principe, soit pur, soit modifié. Ce principe léger et centrifîige de sa nature , enlève Teau essentiellement pesante , et il en forme , si j'ose le dire, de petits ballons, combles de flotter ou voguer dans l'air, et pareillement électriques en plus ou moins grande proportion : ainsi l'on peut dû% que les nuages sont des espèces de seU neutres volatils composés de calorique , d'air et d'eau, dont les éléments constituants redeviennent sensibles à l'instant de leur réduction ou détonation '.savoir, l'eau par la pluie qui tombe , le calorique par l'éclair qui brille et s'échappe, et l'air d'une manière quelconque uofais sensible aux yeux : cependant tons les nuages ne sont pas orageux ou Umnerriques : ponr être tels, U parait qu'ils ont besoin d'une quantité plus forte de calorique , et qu'ils sont susceptibles de s'en charger à des doses diverses : il parait encore que sur la mer, l'abondance du fluide aqueux, et la température, toujours plus modérée que sur terre à égalité d'atmosphère, ne leur permettent pas de se charger d'autant de calorique, ni d'être aussi orageux ou détonants; et en effet, les marins remarquent qu'il y a moins d'orages sur la pleine mer; qu'ils y sont moins violents, et que c'est à l'approche des terres qu'on les trouve plus fréquents et plus forts : par conséquent l'intensité de la chaleur , ou l'abondance du 4»lorique , occasionnée par la réverbération des terres , est une cause déterminante, un principe constituant d'orage; il faut y ajouter une foule d'autres matériaux abondants sur la terre , et rares ou nuls sur l'eau , tels que les substances minérales volatiles, le soufre, les gaz de diverses espèces qui se dégagent en quantités très-considérables des corps animaux et végétaux en putréfaction ou en simple macération : cet état a lieu surtout dans les terrains marécageux et fangeux , dont la pâte est susceptible d'un degré de chaleur bien pins élevé que l'eau pure : or cette circonstance se trouve jointe , de la manière la plus remar-
quable, à toutes les autres dans le local dont nous traitou ; car tout le Delta du Mississipi est un terrain à demi submergé d'eau, partie douces, partie sanm&trcs. Toute U rive droite ou occidentale de ce fleuve, sur une longocor de plus de 150 lieues et une largeur moyenne de 20, est un terrain noyé chaque année par les dâiordements : toute la côte nord du golfe , depuis la baie de Mobile jo»qu'à la baie Saint-Bernard , et même à la rivière del Norte^ sur un développement de 200 lieues, n'est formée que de marécages. Enfin les plages d'Youcatan, de Cuba, de Campêche et de la presqu'île de Floride, en sont abondamment parsemées ; et l'on conçoit que toutes ces smiices , qui composent plusieurs centaines de lieues carrées , doivent fournir une énorme quantité de gaz inflammaUeel d'autres matériaux d'orages...
Il est encore assez bien démontré que lorsque des nuages diversement chargés s'approchent et se tondie&t , il « produit entre eux une action tendante à mettre en équffibre le fluide électrique on igné et tout antre gaz; que dm cette action le fluide électrique ne se conduit pas aossi lentement que l'air ou l'eau ; qu'à raison de soo excessive ténuité toutes ses parties se mêlent à la fois, et que lenrdéw gagement de toute autre combinaison est suint et stmaltaDé : l'efTet de ce dégagement sur l'eau qui est combinée , est de Tabandonner à sa pesanteur naturelle; de laces gDOttei de pluie plus ou moins grosses qui suivent à la fois, et Téclair dont la lumière montre \epur fluide igné an moment où il se dégage , et le coup de tonnerre dont le hnà est le choc de l'air qui se précipite dans le vide formé pir la condensation ou réduction de la vapeur cd ean. Or â l'on csnsidère que l'eau bouiUante dévdoppée en vapeuiv est estimée occuper 1800 fois son premier volume, et qt'i de mohidres degrés elle l'occupe encore plus de 1009 fois; que par conséquent im nuage de 1000 toises cota peut subitement se réduire à une seule, on si l'on veut compter au plus bas, seulement à 10 toises ; si Toii tiaé/e que la vitesse de l'air qui rentre dans le vide est é^ > celle du boulet de canon , c'estè-dire qu'elle paraoort 4îl mètres par seconde, l'on ne sera plus étonné de la forte prodigieuse de ces coups de vent qui, sous le nom depronu, àe rafales, de trombes et ù^ouragans, arrachent ks arbres , renversent les édifices , soulèvent les eanx, et jettent du haut de leurs remparts des canons de 24 arec leurs tf • fûts, comme on en a vu plusieurs exemples aox SalSAcs-. et l'on concevra que ce sont réellement des vides poramatiques subitement formés qui sont la cause haWtneBett puissante de tous les mouvements violents de l'atmoepiièr^. Ils expliquent très^ien, ces vides, le cas particalii-r des ouragans par vent de nord^est ou de nord-ouest qi t ont lieu aux États-Unis; car si l'on suppose, comme ii est de fait, qu'U y a continuité d'atmosphère depuis W AUeghanys et le hic Érié jusque la diatne de Fisthme d^ Mexique , il est évident que lorsque les orages du golfe a»> densent subitement une partie considérable de Fair de son atmosphère, celle du bassin de Mississipi s'ébranle ifflD>diatement, et s'élance pour remplir le vide : si, dans ces c»^ la colonne de nord-est est le plus souvent affsciée et nar. c'est paree que son antagoniste diamétrale, la eoloone à* sud-ouest , est celle-là même qui manque et qui se retirr i
bES ÉTATS-UNIS.
Hk sorte que dAns celte ciroonstanoe Van peut dire que le v^t de nord-est eB\ le repli do rent de rad-oiiest. L'od doit d'aillears considérer comme un Iscou océan d*air tout Tespaoe que je Tiens de désigner, ayant pour rivages et pour digues les chaînes des montagnes et' les terres des Antilles : l'Alleghany, qui fonne une de ces digues sur tonte U c6te orientale, y sert d'appui en même temps à un autre lac aérieo qui est l'atmosphère de la côte Atlantique : or ce dernier lac, contigu à l'atmosphère du nord et nonKest qui Talimente, est composé d'an air froid et dense, tandis que celui du pays d'Ouest est composé d'un air chaud et dilaté; par conséquent, le iac ÀUanUquepèae sans cesse à sa frontière sur le lac d'Ouest, et par les lois de l'équilibre il tend sans cesseà s'y Yerser : du moment donc que l'effort habituel de l'air chaud dilaté cesse de soutenir et de repousser le poids qu'il soutient, ce poids se détend et se yerse par un effort aussi puissant que naturel, et le Tent de nord-est s'établit.
Cependant je conTîens que le retour constant de Tun de ces ouragans à l'époque du 1 0 au 20 octobre, tient à quelque circonstance particulière et déterminée. Je crois la voir dans le changement général que le passage du soleil à i'équaleur opère alors dans la totalité de l'atmosphère. Tandis que cet astre s'était tenu au nord de la ligne, et surtout dans le voisinage du tropique du cancer, ses rayons appliqués sur le continent septentrional , en y excitant de ^ives chaleurs, y établissaient un foyer d'aspiration vers lequel se dirigeaient tous les courants de l'air; en sorte que l'atmosphère de la zone même du tropique se reversait jusque vers le cercle polaire, et y restreignait l'empire et les limites des vents froids du nord... Lorsqu'au contraire le soleil a repassé la ligne, précisément 20 à 25 jours après vers la mi-octobre, il se trouve perpendiculaire au plus grand diamètre de l'Amérique méridionale : dans cette situation , échauffant ce vaste continent sur sa plus large surface, il y établit un autre foyer d'aspiration qui attire vers loi un volume immense d'au* dont il a besoin, et qui détourne aussi, à une grande distance, les courants de l'air, ou vents , de leur direction antérieure : alors l'atmosphère boréale a la faculté de se reverser jusqu'au tropique du cancer; et de là le repli et U retraite des vents alizés d'est, qui se rapprochent de l'équateur jusqu'au 20 et même jusqu'au 18" degré ; de là ces vents périodiques de nord-est, qui de l'Atlantique affluent sur la Guyane depuis décembre jusqu'en mars et avril , quand le soleil est sur le Paraguay, et qui, après avoir versé leur excessive humidité sur cette Guyane, continuent leur route par-dessus le continent vers les Andes ; delà ces vents de la partie de nord qui , à dater d'octobre, se montrent plus fréquents sur le golfe de Mexique, et arrivent jusqu'à l'isthme de la mer Pacifique. Le passage du soleil au sud de l'équateur est donc un moment de secousse qui ébranle à la fois l'atmosphère de l'une et de l'autre zone polaire. Au premier matant où se fait l'un de ces reversements, l'air du golfe mexicain venant tout à coup à se ^porter vers le sud , il en résulte un vide immense dans lequel se reverse à son tour l'atmosphère du bassin de Misslssipi; et si l'on considère que la durée d'environ 12 Iieui'es qu'affectent les ouragans du lac Érié, et en génépi de ces contrées,
TOUIET.
est à peu près un temps proportioniiel à i espace qui doit être parcouru et comblé » l'on regardera comme d'autant plus probable la cause que je leur attribue.
Les vides pardétonation me paiftissentaussi le seul moyen d'expliquer ces grêles incompréhensibles, où, contre toutes les lois de la pesanteur, l'on voit descendre du haut de l'air des glaçons de plusieurs livres '. L'explosion électrique ayant subitement purgé de calorique et condensé un volume immense de vapeurs , l'air glacial de la haute région fond tout k coup dans le vide, comprime l'eau qu'il gèle en même temps, et par cette même Ihroe d'élan qui arrache les arbres et renverse les édifices, il saisit et transporte les masses glacées dans la région de l'air ; aussi ne voit-on jamais de grêle sans veot plus ou mohis violent , et l'on peut même dire que la force du vent est toujours proportionnée à leur grosseur.
Un mécanisme semblable peut encore expliquer les trombes , qui sont des tourbillons de vent et d'eau que l'on voit ordhiairement en temps orageux et calmes, et toujours nuageux, se promener ou pluUVt courir sur la mer, quel* quefois sur la terre, en forme de cône renversé, ayant sa base dans les nuages , tandis que sa pointe , en forme de spfrale, verse en bas un torrent d'eau qui a quelquefois submergé des vaisseaux. L'on a cru d'abord, par comparaison aux jets d'eau , que les trombes étaient un effet des volcans sous-marins qui les lançaient, pour afaisi dû^, comme les baleines lancent desfhsées d'eau par leurs évcnts^ Sans doute U est possible que de tels cas soient arrivés ; et alors le jet d'eau a dû être stationnaire et trè»coasidé« rable : mais les trombes dont il s'agit étant mobiles , errantes, et même rapides dans leur course comme dans leur tournoiement , il faut leur reconnaître une cause toute diffé. rente : fl parait que par suite de l'état orageux de l'air, et de quelques détonations imparfiiites, il se fait dans la région moyenne de l'atmosphère des vides moins étendus ou moins subits , dans lesqi^pls les nuages sont néanmoins
' Faï longtemps refusé de croire à reiisteoce de ces grêlons pesants des onces et des livres, dont parlent trop souvent les gazettes et les voyageurs; mais Torage du 13 Juillet 1788 m'a convaincu par mes propres sens. Tétais au ch&teau de Ponlehartrain , à quatre lieues de TersaOles. A six heures . du malin, étant allé visiter un pare de moutons, Je trouvai les rayons du soleil d*une chaleur insupportable; Tair était calme et étoafTant , c'est-à-dire très-raréfié : le ciel était sans nuage, et cependant je distinguai quatre à dnq coups de tonnerre : vers sept heures et un quart, parut un nuage au sud-ouest, puis un vent très-vif. En quelques minutes, le nuage remplit l*horizon, et accourut vers nptre zénith avec un redoublement de vent alors frais, et tout à coup commença une grêle , non pas verticale , mais lancée obliquement comme par 46<», d'une telle grosseur, que Ton eût dit des plâtres Jetés d'un toit que l'on démolit Je n*en pouvais croin* mes yeux ; nombre de grains étaient plus gros que le poing d'un homme, et Je voyais qu'encore plusieurs d'entre eux n'étaient que les éclats de morceaux plus gros ; lorsque Je pus avancer la main en sûreté hors de la porte de la maison , où fort à temps Je m'étais réfugié, J'en pris un, et les balances qui servaient à peser les denrées m'indiquèrent le poids de plus de cinq onces : sa forme était très-irréguUère; trois cornes prhicipsles, grosses oomme le pouce et presque aussi longues, proéminaient du noyau qui les rassemblait Des témoins dignes de foi m'assurèrent qu'à Saiot-Oermain l'on avait pesé un grêlon de plus de trois livres , et Je ne sais plus quel poCUs l'on peut refuser de croire.
TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL
entraînés pur Tair qui y afllue; quelque couche d*air plus froide que les autres condensant ces nuages, cooune fait la goutte d'eau froide dans la pompe à feu , il 8*y établit un mouTement de dissolution et de résolution en pluie; mais soit parce que la couche inférieure résiste par sa densité ou par sa chaleur, soit parce que le tourbillonnement de l'air maîtrise et tient à demi suspendue l'eau qui Yeul tomber , les divers filets de cette pluie finissent par se rassembler inférieurement m un même fiiisoeau, et cette masse prend la forme d'un entonnoir qui a sa bouche dans la nue en dissolution, et sa pointe sur la mer, où se fait le Tersement de l'eau rendue à son poids naturel. Cette forme de c6ne ou d'entonnoir a exactement la même cause mécanique , quoiqu'en sens inverse , que les flaounes des grands incendies, dont les défirichements offrent de fréquents exemples aux États-Unis : lorsqu'on y déboise un terrain pour le cultiver, on rassemble les arbres abattus en un seul monceau au milieu du champ devenu libre , afin de les mieux brûler et de ne pas communiquer le feu aux arbres qui entourent encore de toutes parts : Ton allume l'énorme bûcher, qui couvre quelquefois un arpent entier, et quand les flammes l'ont saisi de tons côtés , l'on remarque qu'elles ne montent pas perpendiculairement chacune à elle-même, mais que toutes se courbent et vont se rassembler en un faisceau au centre du bûcher, où elles s'élèvent ea cône droit ou en entonnoir renversé dont la pointe s'élance dans l'air, toujours avec ce mouvement de tourbillon et de spirale qui a lieu en sens inverse dans le cône de la trombe : de tous les points de la circonférence, l'air afflue et se porte également au centre du brasier, auquel il porte l'aliment : la seule différence entre ces deux opérations, est que dans la trombe c'est un liquide pesant qui gravite, tandis que dans l'incendie, c'est un fluide essentiellement léger qui s'élève; tous les deux réunissant leura parties pour percer plus facilement l'obstacle qui les presse, et dont la pression cause la forme spirale, et tous les deux se versant à leur manière, l'un en bas et f autre en l'air.
Il serait possible aussi que la trombe fût occasionnée par le flrottementdedeux courants d*air en sens opposés, poisque ce firottement serait une cause efficace du mouvement tourbilkmnaire; il suffirait que l'un des deux fût plus flrals que l'autre pour faire entrer ses nuages en dissohilioQ : mais tous les autres effeU et termes de comparaison n'en restent pas moins les mêmes.
Résumant les &its énoncés dans le cours de ce long article, je pense avdr clairement démontré que le vent de sud-ouest aux États-Unis n^est autre chose que le vent alizé des tropiques dévié et modifié, et que par conséquent l'atmosphère du pays d'Ouest n'est autre chose quft l'at^ mosphère do golfe du Mexique, et primitivement de la mer des Antilles, transportée sur le Kentucky. De cette donnée découle une solution simple et naturelle du problème, qui au premier aspect a pu paraître embarrassant, savoir : pourquoi la température du pays d'Ouest est plus chaude de 3 degrés de latitude que celle de la côt4'. Atlantique , avec la seule séparation de la chaîne des Alleghanys : les ndscmsen sont si palpables, que ce serait fatiguer le lecteur que d'y insister : une autre conséquence de cette donnée est que le vent de sud-ouest étant la cause d'une
température plus élevée, il eo étendra d'anlant plus te sphère qu'il aura plus de fiMàlité à pénétrer dans le pays; et de là un présage favorable aux contrées situées sor son passage et sous son influence, c'est-à-dire anx pays voisins des lacs Érié et Ontario , et même à tout le bnasin ds fleuve SaintrLaurent, dans lequel le sud-ouest péaèlre. L'on peut espérer de ce côté une amâioration de clintit plus prompte, plus sensible que dans des parties beaucoup plus méridionales de l'autre côté des monta : or cette amélioration arrivera à mesure que l'on abattra les foréli qui ferment le passage au fleuve aérien.
^ Et déjà cette cause a commencé de produire ses cfEBts» puisque depuis les première temps de la colonie du Canada, les époques de la clôture du fleuve par les gUoes ont relardé de près d'un mois, et qu'au lieu d'assurer les vaisseaux sous la condition d'être sortis à la fin de noTcmbre , comme il éUit spécifié au commencement du siècle dernier, la danse actuelle d'assurance n'a plus lieu que pour le 15 décembre, ou jour de Noël : malheureusement de phis grandes espérmces à cet ^rd sont fortement contrariées par le vent de nord-ouest, dout il me reste à tracer l'histoire. Mais avaat d'examiner le pour et le contre de cette question d'amélioration , je ne puis me dispenser de dire un mat d'an pbéDomène intimement lié au sujet que je quitte , et qui dans nns études géographiques ordinaires n'occupe pas la pUa qu'il mérite : je veux parler du courant du golfe mexicaiD, très-bien connu des Anglais et des Américains sous le non de Gulph'Stream,
S IV
Bu courant du golfe du Mexique.
Les effets de l'alizé du tropique ne se bornent pas à entasser l'air dans le golfe du Mexique : à force de sooflkr depuis les côtes d'Afiriç^ue vera celles d'Amérique, et de pousser les flots dans un même sens sur une ligne de 1 MO Ueues de longueur, le vent d'est finit par amonceler ks eaux dans le cul-de-sac formé par les rivages du Mexique et de la Louisiane ; il est f&cheux que nous n'ayons pas à cet égard des données précises de hauteur, et que le gouvernement espagnol , qui s'est quelquefois occupé de la communication des deux mère par l'isthme de Panama, n'ait pas fait mesurer leura niveaux respectifis ; nuis je n'en assurerai pas moins avec confiance que les eaux du goUie du Mexique sont effectivement élevées de plusieurs pied» au-dessus de l'espace qu'elles laissent derrière elles, mtoe à partir des Antilles, et davantage encore au-dessus de l'océan Pacifique, qui est de Taulre côté. Je me faodc sur l'analogie de ce qui arrive dans la Méditerranée et dans les lacs et les étangs d'une certaine étendue, oà les vent* qui soufflent deux ou trois joure du même point occasionnent à l'extrémité opposée une espèce de reflux de 2 oa 3 pieds de hauteur perpendiailaire : cet effet est sensible dans le port de Marseille, dont j'ai vu les eaux mouler jusqu'à 28 pojices par les vents d'est; et il a lien en inverse par les vents d'ouest et de sud-ouest sur les côtes de Syrie et d'Egypte, où les ingénieure français ont trouvé jusqu'à 31 pouces de variation. J'oserais assurer que dans le cas présent leur élévation est beaucoup plus cooaidéFabIr,
DES ETATS-UNIS
À ralâon de la puiasaïue et de la cootinuité de la cause efGcieiite ; et lorsque je oonaidère que ces mêmes ingénieiirs français ont constaté que la mer Ronge à Suez est élerée d'environ 2S pieds au-dessus de la Méditerranée k Peluse % je sois porté à croire que quelque chose de semblable a lieu dans le golfe du Mexique relatiTement à la côte de Tooéan Pacifique, et à celle des États-Unis. Mais, me dirat-on, admettant un excédant quelconque de niyeau, il fiiut bien néanmoins que l'équilibre du liquide se rétaûisse de quelque côté. — Oui, sans doute , il le faut; or cela ne se peut par le canal entre Youcatan et Cuba, attendu que le double courant de Tair et de la mer arrive de ce cMé dans toute sa force. La surabc»danoe des eaux n'a donc de ressource et d'issue que par le canal de Bahama : et en effet, c*est de cet autre côté que les eaux, après avoir tournoyé BOT les rivages du Mexique , de la Louisiane et de la Floride , s^écfaappent à la pointe de la presqu'île, sous la précaution et l'abri de la terre de Cuba et des nombreux écueils et Iles Lucayes, qui de ce côté rompent les efforts de l'Océan el le cours du vent alizé. La rapidité du courant de ses eaux dans le canal de Bahama, en même temps qu'elle est un fait trop connu pour y insister, devient une preuve de l'élévation de leur source dans le golfe. Au sortir du canal, elles conservent dans l'Océan un caractère très-distinct, nonseulement par la vitesse de leur courant , qui est de 4 et S milles à l'heure, c'est-à-dire plus vif que la Semé; mais encore par leur couleur et par leur température, plus chaudede S à 10 degrés ( R.) que celle de l'Océan qu'elles traversent; cette espèce singulière de fleuve prolonge ainsi toute la côte des États-Unis avec une largeur variable que Ton estime, tenue moyen, à 15 ou 16 lieues; et il ne perd sa force et ses caractères que vers le grand banc de Terre- Neuve, où 0 se dilate comme dans son embouchure , alors dirigée vers le nord-est U parait que l'habile navigateur François Drakeest le premier qui, dèsla finduseizièmesiècle^ remarqua ses effets et devina sa cause ; mais l'une des plus curieuses droonstances, celle de la température, lui échappa : ce ne fut que vers 1776 que le docteur Blagden faisant des expériences sur la température de l'Océan à diverses profondeurs, trouva que vers le 31" de latitude nord à la liauteur du cap Fear, le thermomètre plongé dans l'eau, après avoû- marqué 72" Fahroiheit ( 17 3/4 R. ), vint tout à coup à marquer 78 ( 20 1/2 R. ), continua tel pendant plusieurs milles, et ensuite baissa graduellement à 16 1/2, puis à 14 2/Q R. en s'approchant de la côte, quand la sonde prit fond et que l'eau devmt olivÂtre. Ce phénomène, alors nouveau, fit sensation en Angleterre, et Franklin, qui, dans la même année, venait en Europe et faisait les mêmes observations, lui donna encore plus de célébrité. Son neveu et compagnon de voyage, M. Jonathan Williams, a continué et multiplié les recherches sur ce siget; et mamtenant l'on peut établir comme théorie complète les faits suivants : 1^ Le courant du golfe marque sa route depuis le canal de Bahama jusqu'au banc de Terre-Neuve.
« Yoyeile Foyage en Syrie, tomeP', page 179, troisième édition ; en rapportant Topinion des anciena à cet égard , j*ai insisté sur sa probabilité, motivée par la pente générale do sol et du cours du fleuve, et par l'action que les vents exercent sur tes surfaces aqueuses. Le iàit a constaté mon aperçu.
2" Il côtoie les rivages des États-Unis à une distance que les vents rendent variable, mais qui , en terme moyen , s'estime à un degré ou 20 lieues.
3" A mesure qu'A s'éloigne de son origine , il dilate son volume et dimmue sa vitesse.
h!^ Il paraît qu'au fond de l'Océan U s'est creusé un lit particulier très-profond ; car les sondes y perdent terre ou deviennent tout à coup très-longues.
S'Ilronge la côte sud des États-Unis, malgré la résistance des écueils HaUeras,f{m le détournent vers l'est d'une poiute et demie de compas ', et il menace de les détruire eux-mêmes tôt ou tard. Les lies sableuses de Bahama , les atterrissements de même nature sur la côte du continent , les bas^fonds de Nantoket , paraissent n'être que des d^ts formés par lui; et je suis tenté de dire que les bancs de Terre-Neuve ne sont que la barre de l'embouchure de cet énorme fleuve marin.
ô"* Sur chacun de ces côtés fl forme un eddy ou contrecourant qui, aidé du côté de terre par les fleuves du con» tment, arrête les dépôts vaseux qu'on nomme \e& sondes,
T De longs vents de sud-ouest le rendent moins sensible, parce qu'ils poussent les flots dans son sens; maÎA les vents de nord-est, en le heurtant de front, le rendent plus saillant, et comme disent les marins, creusent telle*ment sa vague, que les navires à un seul pont et à haut bordage courent risque de sombrer sous les fortes lames qu'ils embarquent
8"* On entre sur son domame quand on volt la couleur de l'eau devenir bleue-indigo au lieu de bleue-del qu'elle est en plein océan, et de verdAtre ou olivAtre qu'elle est du côté de terre, sur les sondes de la côte. Cette eau vue dans un verre est sans couleur comme sous les tropiques, et d'une salure plus forte que l'eau de l'Atlantique qu'eNe traverse.
9** Beaucoup d'heibes sur l'eau n'assurent pas de la. présence du courant : elles en sont seulement l'indice.
10" L'on sent son atmosphère plus tiède que celle de l'Océan : en hiver, la gelée fond sur le pont du vaisseau qui y entre : l'on se trouve assoupi, et l'on étouffe de cha^ leur dans les entreponts.
Quelques expériences donneront des idées fixes de cette différence de température.
Au mois de décembre 1789, M. Jonathan WUliams, parti de la baie de Chesapeak, observa que le mercure mar^ quait dans l'eau de TOcéan,
Fahmih. Ré«am.
1 *" Sur les sondes on baa-fondS'de la côte... 47" 6" 3/1
2" Un peu avant d'entrer dans le courant.. 60 12 2/3
3" Dans le courant 70 17 i/4
4" Avant Terre-Neuve, dans le courant
no^me 66 15 1/4
5" Sur Terre-Neuve hors du courant . . 54 lo
6" Au delà du banc en pleine mer. ... 60 122/3 7" Puis en approchant des côtes d'Angle-
■ Les marina disent : Quand on est hors des écueils en mer, fond de 16 brasses, et que du haut du mât d^m sloop, l'on voit juste le cap Hatteras , l'on va entrer dans le Gulpbstream, et de suite l'on perd las sondes.
TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL
Fahrenb. Résum.
terre, Q baissa gradaeUement à W* T* MZ
En juin 1791 , le capitaine BiUing allant en Portugal, observa à son départ, sur la o6te d'Amérique, et dansles eaux des sondes ... 61 13
Puis dans Teau du courant 77 20
C'est-à-dire, une difiérence de 7'' Réaumur, ou le"" Fahrenheit. En hiver, M. Williams avait trouvé47° et 70° ; difiérence 23"* F. ou lO"" de R. ; donc en été la difiérence est moindre qu'en hiver ; et cela devait être.
Ces recherches ont conduit à une autre découverte qui peut devenir utile aux navigateurs : à force d'essayer la température de l'Océan en des lieux divers, l'on s'est aperçu qu'elle était d'autant plus froide que l'eau avait moins de profondeur, et l'on en a tiré un double indice, tantôt de l'approche des terres et des rivages , tantôt du voisinage des écueils sous-marins. En juillet 1791 , le même capitaine BilUng observa que trois jours avant de voir la oôte de Portugal , le thermomètre avait baissé en peu d'heures de 65 F. ( 15 R.) à 60 ( 12 2/3 R.) , et cette difiérence arriva précisément sur la frontière de l'Océan sans fond, et de la mer sondable qui borde notre continent. M. >YiIliams observa également au mois de novembre, dans un autre voyage, qu'à l'approche des côtes d'Angleterre le thermomètre tomba de 53 (9 ^) à 48 (7 2/3) ; et il remarque avec le capitame Billing, que si en mer le thermomètre baisse subitement , c'est l'indication d'un écueil sous l'eau; soit parce que sous mer la terre serait plus fitiide que l'eau S soit parce que l'effet refrx>idlssant de l'évaporation se fait plus sentir dans les eaux minces que dans les eaux projtndes.
Ce que je viens d'exposer de la marche du courant du golfe mexicain, devient un moyen satisfaisant d'expliquer deux incidents d'histoire naturelle, dignes de remarque, sur la côte des États-Unis.
\^ Admettant, comme je Tai avancé, que le courant est la cause des atterrissements qui bordent son lit, par l'abandon que son remous y fait des matières charriées, l'on trouve une raison naturelle et simple de la présence des produits fossiles du tropique à des latitudes très-avancées vers le nord. Il est très-probable que les bancs de coquilles pétrifiées, découvertes en fouillant et sondant les rivages d'Irlande ' , et qui n'ont leurs analogues que vers les Antilles, doivent leur origine à cette cause ou à toute autre semblable ; du moins son action jusqu'au delà du banc de Terre-Neuve est incontestable.
2** En considérant la dilatation du courant sur ce même bancde TerrcrNeuve, comme l'embouchure de cette espèce de fleuve marin, l'on obtient encore une raison plausible de l'afiluence des poissons-morues à cet endroit, et de leur prédilection pour ses eaux : car en prolongeant toute la côte du continent depuis la Floride , le courant devient le
> L« savant voyageur Hamboldt, à qui nous devons tant d'observations neuves et importantes , a aussi trouvé que sur les bas-fonds, son thermomètre a baisséde 8« de R..^.. M. Lalande, qui a publié ce lait comme une découverte, n'a pas sans doute connu ceux dont Je parle.
* Voyez Trantactûmi pkiladelphiqueê , tome X , page 306 , tome XIX, page 308.
véhicule de toutes les substances végétales et animales charriées et jetées en mer par les fleuves nombreux et tolumineox des États-Unis; et ces matières légères, teDes qoe poissons, insectes, vermisseaux, etc. ne cessant de flotter que là où l'eau amortit son cours, il est très-naturel qoe les morues qui s'en nourrissent se rassemblent au Uea de la ntbsidence ou du dépôt
3^ Enfin j'y vois l'explication des étemels brouillards qui aflëctent ce parage, et à qui l'on ne connaît pas de cause spéciale. En effet , le courant déposant là oontinueUemeot un volume d'eaux tropicales, dont la températnre est plus chaude de 4 1/2 de R. ou 9 de F. que celle de la ner envm>nnante , fi en doit résulter le double effet d'une érsporation plus abondante , provoquée par la tiédeor de ces eaux exotiques, et d'une condensation plus étendue, à raison de la froideur des eaux indigènes et de leur atmosphère, qui prédsément se trouve dans la direction et sous l'influence des vents du nord-est, et de ceux de h baie glaciale de Hudson... Mais il est temps de revenir k mon sujet, dont je ne me suis cependant pas écarté , puisque parlant de courants en général , ceux des eaux ne sont pas une digression étrangère à ceux de l'air, qui en sont habituellement la cause motrice '.
sv.
Du vent de nofd<Miest Le vent de nord-ouest, le troisième et presque le principal dominant aux É^ts-Unis , diffère du sad-ooest mus tous les rapports; il est essentiellement ftx>id, see , élasfique , impétueux et même tempétueux ; fl est plus fréquent l'hiver 'que l'été, et plus habituel sur la côte Atlantique qu'à l'ouest des Alleghanys , c'est-à-dire dans les bassins du Saint-Laurent, de l'Oliioet du Mississlpi : l'on ne peot mieux le comparer qu'au mU^al provençal , qui est aussi un vent de nord-ouest , mais d'une origine très-dUTérente; car le mistral , moonnu au nord des Alpes , des montagtfs du Yivarais et de l'Auveigne, ne va point cfaerdier sa source par-delà notre océan tempéré; fl la tire évidemment de la r^on supérieure des montagnes qui envirooneiit ks bassins du Rhône et de la Durance, théâtre spécial de sa finie ; et fl me paraR venir principalement des soimnea des Alpes, dont la couche d'au- refroidie par les neiges et par les glaciers , se verse dans les vaUées pendantes aa midi, et surtout dans oeUe du Rhône, où son cours, réfléchi et dévié par les chatoies vivaraises, prend la directin de nord-ouest pour toute la Provence; fl s'y précipite
* Au moment où cette feuille s*imprime , je reçob des États- Unis le cinquième volume des Tranâoctiotu de la meUU et Philadelphie, et J*y trouve, page 90, un Mémoire de M. Stfickland, qui, par une série d'observations faites en I7M , allant et revenant d'Europe, oonflrme tout œ que fai expwt sur las Indlcatioos du thermomètre. L'auteur ^|oQta qa^ a reconnu unebranchedu Gulpb4treamdansladltecfi0D de rOt Jaquet, et 11 insiste sur la probabilité du transport des lo»ailes tropicaux de la côte dlrlande , par les eaux de ce mime courant : ses observations me oonfinnent dans foplnioa qot le banc' de Terre-Neuve est la barre de remboocbore de ce grand fleuve marin qui , avant de ravoir créée, marchait droit au nord-est sur rirlande, et qui ne s*est dévié Jven ftât qoe par suite de l'obstacle de cette barre grossie et aceoaBnléedt siècle en siècle, n faudrait comparer ses gravien àeenx dt la eôte Atlantique.
DES ETATS-UNIS
arec d*auUiit plus de violence qu'outre sa pesanteur apécifique et la pression de Tatmosphère élevée d*où il se verse , il troave encore sur la Méditerranée un vide habituel occasionné par l'aspiration des o6te8 et du continent brûlant de l'Afrique. Aussi se fait-il toujours sentir d'abord sur la mer, et Une s'établit que successivement et en remontant dans l'intérieur des terres; peut-être à ce torrent aérien qui tombe des Alpes, se môle-t-il des courants du haut des chaînes du Vivarais et de l'Auvergne; mais ils n'y sont qu'accessoires, et le foyer ou réservoir principal est évidemment le haut pays alpin, sans lequel il serait impossible d'expliquer et de concevoir les apparitions du mistral , subites comme un coup de canon après diaque pluie , surtout dans la saison chaude.
Le nord-ouest américain a bien quelque chose de cette mmlé; et j'aurai occasion de montrer que dans plusieurs cas il dérive aussi de la couche supérieure de l'atmosphère; mais à l'ordinaire et dans ses longues tenues , il vient j usque des mers glacées du pôle, et des déserts également glacés qui sont au nord-ouest du lac Supérieur. Dans les premiers temps, Ton a cru que ce lac et les quatre autres qui lui sont contigns , étaient la cause principale et même première do froid que le vent de nord-ouest apporte sur la c6te Atlantique. Aiyourd'hui que tout le continent est mieux connu, cette opinion ne conserve de partisans que dans le vulgaire ; de bons observateurs avaient déjà remarqué que dans les cantons du Vermont et du New-York, qui ne sont point sous le vent des lacs, le froid n'était pas moins violent qu'ailleurs ; les récits des Canadiens qui vont à la traite des fonmires bieD au delà des lacs, ont achevé de dissiper tout doute : ces traitants attestent unanimement que plus ils s'avancent dans le grand-nord ' , plus le vent de nordouest est violent et glacial , et qu'il est leur principal tourment dans les plaines déboisées et marécageuses de cette Sibérie, et même en remontant le Missouri jusqu'aux monts Chipeunms; il fiiut donc reconnaître que primiti- Tement le nord-ouest américain tire sa source, et de ces déserts qui d^nis les 48 et 50*" sont glacés pendant 9 et 1 0 mois de l'anoée, et de la mer Glaciale, qui commence vers le 72* degré, et enfin de la partie nord des monts Stonp ou Chipeioans, qui parait être couverte de neige pendant toute Taonée ; il est à remarquer que par-delà ces monts , sur la côte de Vancouver , le nord-ouest qui vient de l'Océan et dn bassin de Baring , est déjà plus humide et moins froid; et comme il souffle bien moins habituellement, il appartient à on autre système *.
Sur la c6te Atlantique, le vent de nord-ouest, qui a
■ Cestrexpression canadienne pour désigner tout le pays.
' Selon le capitaine Meare«, c'est le vent de nord qui est le dominant de ces parages.... Pour donner une Idéedu refroidissement que les surfaces glacées occasionnent dans Tair, il me suffira de citer une observation de Cbarlevolx. Ce missionnaire rapporte que traversant le banc de Terre-Neuve , par un temps d^ailleurs doux, son vaisseau Ait tout à coup assailli d*une brise si glaciale, que tous les passagers furent contraints de se réfugier dans Tentre-pont ; bientôt ron aperçut one de ces lies de glaces qui , à chaque printemps , viennent do nord flotter dans l'Atlantique, et tant que Ton resta sous le vent de cette lie, longue d*un quart de Ueue, Talr resta Insupportable. Celte expérience se renouvelle presque chaque année pour les navigateurs de Terre-Neuve.
parcouru le continent, amène aussi quelquefois des ondées de neige ou de pluie, ou même de ^le ; mais ces nuages appartiennent plutôt à d'autres courants d'air, tels que le nord-est et le sud-ouest qu'il force de se replier, et qu'il dépouille en les chassant; d'autres fois ils apnt le produit des surfaces humides qu*il trouve sur sa route; tels les cinq grands lacs du Saint-Laurent, les marécages, et même les fleuves pris dans les longues lignes de leur cours; c'est par cette raison que sous le vent de ces lacs et des longues lignes du Mississipi et de TOhio, le vent de nord-ouest prend un caractère humide en hiver, et orageux en été, qu'on «e lui trouve pomt en d'autres cantons. Car depuis Charlestovrn jusqu'à Halifax, parler du nord-ouest, c'est désigner un vent violent, froid, incommode, mais sain, élastique et ranimant les forces abattues. Seulement il a cela de perfide en hiver, que tandis qu'un ciel pur et un soleil éclatant réjouissent la vue et invitent à respirer l'air, sien effet l'on sort des appartements, l'on est saisi d'une bise glaciale dont les pointes taillent la figure et arradient des larmes, et dont les rafales impétueuses, massives, font chanceler sur un verglas glissant. Moins rude en été, on le désire pour calmer la violence des chaleurs ; et en effet, il lui arrive alors assez souvent de se montrer après une ondée de phiie d'orage; et comme il est Unpossibleque le laps d'une demiheure lui ait suffi avenir de loin, il est évident qu'il tombe de la région supérieure, qui, à ces latitudes, n'est pas distante de plus de 2,800 à 3,000 mètres : le vide étant formé près de terre par la condensation des nuages en pluie, la couche supârieure s'y abaisse pour le remplir ; sa direction de nordouest vers sud-est lui est imprimée , parce que l'atmosphère du côté de l'Océan jusqu'au tropique, est composée d'un air léger et chaud qui ne peut soutenir l'équilibre contre ce courant froid et lourd; et cette direction n'est pas du nord vers le sud, parce que de ce côté elle serait repoussée par le reflux du ve^t de sud-ouest et de l'alizé tropical , dont le contre-courant vient remplir les latitudes naoyennes. 11 parait que tous ces courants se joignent ensemble pour former sur l'océan Atlantique, depuis les 35 jusqu'aux 48 et 50 degrés de latitude, ce vent d'ouest que nous voyons être le dominant presque perpétuel des côtes d'Angleterre, de France et d'Espagne.
Cette attraction ou aspiration de l'atmosphère atlantique est constatée par l'observation de M. Williams : « Ou re- « marque, dit-il, que nos vents de nord-ouest et d'ouesC*' « commencent toujours du côté de la mer ; c'est-à-dfre que K si plusieurs voOes se trouvent à la file, c'est la plus « avancée en mer qui s'enfle la première , et successive- « ment les autres jusqu'à la plus voisine du rivage, qui « s'enfle la dernière '. »
Les marins font journellement la même observation sur les brises Uttorales, dont celle de jour, appelée brise de mer, commence toujours dans l'intérieur des terres au sommet des montagnes et des collhies, qui vers midi deviennent le foyer de chaleur, je dirais presque la cheminée d'aspûTition : en sorte que le vent y est senti un quart d'heure ou une demi-heure avant de l'être au rivage, et^ cela proportionnellement à la distance entre les deux.
< History of Yennoot, p. 4.s.
TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL
points, ainsi qae je l'ai sonirent remarqué en Syrie et en Corse; la brise dite de terre oomnienoe aussi sur ces mêmes sommets, parce que là se fait le premier refroidissement, et que Tair so^Terse par son poids du hant des montagnes en bas vers la mer, comme un courant d'eau. Cette différence dans la manière d'agir de certains yents ou courants d'air, mérite d'être étudiée , comme serrant à caractériser la nature de l'air qui les compose ; mais eDe n'est pas moins dans tons les cas l'effet des vides relatifs et des densités alternatives que cause l'absence ou la présence du soleil, tantôt sur la terre, tantôt sur la meaf effet qui est une sorte de diastole et de systole qu'éprouve l'air tour à tour échauffé, dilaté, grimpant, ou refroidi, condensé et retombant '.
Une objection me reste à lever contre un fiiit qui n'a pu manquer de frapper le lecteur. — J'ai dit que le vent de nord«ouest était beaucoup plus fréquenta l'est qu'à l'ouest des Alleghanys; l'on demandera comment il est possible qu'il arrive au second pays sans avoir passé sur le premier qui est sur sa route : comme le fait est avéré, il faut bien qu'il ait un moyende solution , et ce moyen est de l'espèce du précédent que je viens de citer ( à la note), c'està-dire, que les Alleghanys sont la digue d'un lac aérien dont le fond, nivelé par cette <J^e, est, sous sa protection, dans un état de repos ou de fluctuation indépendant de la couche au-dessus du trop-plehi ; en sorte que tandis que le vent de sud-ouest traverse le bassin de Mississipiet le pays de Kenlucky, d'OhIo, etc. jusqu'au bassin du Saint-Laurent, par lequel il s'écoule, le courant de n(M^-ouest ^sse pardessus lui diagonalement, et va par-dessus les All^hanys et au niveau de leur dme , se verser sur la côte Atlantique, où il acquiert trois motifs d'accélération ; savoir : 1" le poids de son fluide; 2" la pente du terrain; 3** le vide de l'Océan dans U direction de sud-est.
Le môme cas a lieu pour le Saint-Laureqjt et le bas Canada , où les voyageurs s'accordent à dire que le vent le plus habituel est le sud-ouest, et après lui le nord-est ; très-
' Cet versements d^air froid de la région , soit moyenne , soit supérieure, sont attestés par Belknap, qui cite , dans le New-Hampsbire, un lieu où le vent semble toqjours tomber d'en haut comme Feau d'un moulin : moi-même je pourrais en citer en France un exemple remarquable sur le chatnon du Forez qui sépare le bassin du Rhône de celui de la Loire : en plusieurs endroits, mais surtout au local du château de ta Farge, entre BeUeviUe et Roanne, six à sept lieues audessus de Tarare, Ton éprouve habituellement, que tandis que Ton monte ou descend du côté du Rhône la pente rapide de ce chatnon , Ton ne sent aucun vent ; mais à peine a-t-on attefait la crête du sillon , et surtout à peine oommence-t-on de descendre le revers du côté de la Loire , que Ton sent un vent d'une vivacité extrême , versant de Test à Touest, c'està-dire du bassin du Rhône, dans celui de la Loire; et si de suite l'on revient sur ses pas, et que Ton redescende la pente d'est vers le Rhône, l'on ne trouve plus de vent : la raison en est, que le bassin du Rhône est un grand lac d'ahr frais et dense, qui communique avec l'atmosphère des Alpes ; tandis que le bassin de la Loire est un lac d'air plus léger et plus chaud , qui vient de l'Océan par les vente régnante d'ouest : le chatnon de Fortz est une digue qui les sépare, et qui les tient l'un et l'antre cahnes jusqu'à sa hauteur ; mais pardessus cette digue, le trop-plein du bassin du Rhône se verse comme de l'eau , et se montre d'autant plus froid et plus rapide , qu'il est l'écoulement de la région moyenne d'air qui vient des Alpes et tombe en glissant sur le lac.
souvent le nord-ouest n'est pomt senti à Québec, taadU qu'il l'est dans le Maine et dans l'Acadie. 11 estéridest qu'il a glissé par-dessus le lit concave du fleuve Siiot- Laurent, sans déplacer l'air qui y est stagnant; et » Poo fiiit attention que dans un appartement où deux feoMm sont ouvertes en face l'une de l'autre , O passe on vent trèsvif sans éteindre et sans même agiter une chandelle placée dans les coins ou dans les côtés, hors du eooraiit, l'os concevra que l'afa' a quelque chose de tenace et dliiiileQx qui le rend plus difficile à déplacer que ne le suppownlltt idées que r<m en a vulgairement
Enfin un dernier lait curieux à dter sur le vent de nordonest , c'est qu'aux États-Unis le dment et le mortier des murs exposés à son action directe, sont toujours plos dan, plus difteiles à démolir qu'à aucune des antresexponUost; sans doute à raison du hàle extrême qui l'accompsgBe : pareillemettt dans les forêts, Técorce des arbres est plsi épaisse et plu s dure de son côté que de tout autre: et celle remarque est l'une de celles qui guident les sauvages àm leurs courses à travers les bols, par le ciel le pins bnimeux. — C'est à des fiiits, à des observations de eet ordre, aussi simples et aussi naturels, que cette espèce d'boiDOMi doit la sagacité que nous admirons âi elle; et lorsque des voyageurs romanciers ou des écrivahM qui jamais n'osl quitté le corn de leur cheminée, s'extasient sur lajfsefse des sauvages , et en prennent occasion d'attriboer à kor homme de to nature une supériorité absolue sorllioiiioe civilisé , ils nous prouvent seulement leur ignorance a bit de chasse, et du perifectimuienient des sens de rodoratel de la vue par Thabif ude et la pratique d'un exercice quelconque. Aujourd'hui que l'on a aqi États-Unis des eieo* pies innombrables de colons de frontière, irlandais, écossais, kentokais, qui sont devenus en peu d'années ds hommes de bois aussi habiles et aussi msés, des gserriers plus vigoureux et plus mfetigables que les homma rouges ■ , l'on ne crmt plus à la prétendue exœllenœ ni ds corps, ni de l'esprit , ni du genre de vie de l'homme «»vage; et ce que j'aurai occasion d'en exposer ailleorsaTec plus de détail et avec un esprit impartial, exdiers lass doute bien mobs les sentiments de l'admintkin on de ia jalousie , que ceux de l'elfroi et de la pitié.