CHAPITRE X
Comparaison du climat des Étets-Unis avec celui de rCurope quant aux vente , à la quantité de pluie , à révaporatk» et à l'électricité.
D'après tout ce que j'ai dit des vents , de leurs lits , de leur marche, de leurs qualités propres ou respectîTes aai État»-Unis , il devient de plus en plus facile de se lUre sse idée nette et générale du climat de ce vaste pays. De ce qae l'on sait que les vents les plus habituels y viennent preapK immédiatonent , les uns de U zone du tropique , les aotits delà zone polaire, l'on conçoit pourquoi ilsont desqoalités de froid et de chaud si contractantes, et pourquoi le dimil est si variable et si bourru : de ce que l'on sait que ron des dominants ( le sud-ouest ) vient d'une mer diande, raotrt (le nord-est) d'une mer très-froide, le traisiènie( le aoidouest) de déserts glacés. Ton sent pourquoi chacun d*ev (il
' Nom que se donnent les sauvages.
DES ETATS-UNIS
sec et dair, pliiTieax ou brumeux. — L*on derine même les cas d'exceptkm que quelques localités peuvent et doiyent apporter à ces règles générales , et Ton infère naturellement qu'un Tent sec peut deyenir pluvieux s*U rencontre sur sa route des surfaces humides, telles que des lacs, des marais, et des lignes prolongées de rivières, ainsi qu'il arrive au pays de Genesee, où il pleut par vent de nord-ouest à cause des lacs Ontario et Huron; par vent de sud-ouest à cause du lac Érié : tandis que le nord-est et Test , si pluvieux à la côte, y sont secs ' : par inverse un vent pluvieux peut devenir sec en se dépouillant sur les montagnes de Thu- Riidité qu'A transporte : enfin , dans les violentes agitations de ratniosphëre, les ooorants venant à se mêler, ils peuvent momeQtanément échanger et oonfoodre leurs attributs et leurs propriétés.
D'autre part , en considérant que le territoire des États- Unis n'est traversé que par des montagnes d'un ordre inférieur , et qui n'offrent pas un obstacle suffisant à rompre la marche des courants, l'on aperçoit pourquoi les vents y sont et y doivent être presque toujours généraux , c'est-à-dire btUe^er, selon l'expression anglaise, toute la surface du pays en long et en large. Et en effet, à cette règle générale, il n'y a d'exception remarquable que les brises littorales qui ont lieu pendant les six mois d'été, et qui se modifient selon le gisement soit de la o6le, soit des lits de rivières , et à raison de la distance, de la pente et de la direction des chaînes et sillons de montagnes. Par exemple, depuis la Floride jusqu'au New-Jersey, la brise incline au sud-est, et l'on voit que, le terrain verse, et que la côte tourne de ce côté. Au contraire, depuis le New-York jusqu'au cap Cod, la brise est de sud direct; et du cap Co(f jusqu'à l'Acadie, elle vient de l'est et du nord-ouest, toujours par l'application du même principe à des cas divers : de même encore elle est plus lente ou plus vive, plus forte ou plus faible , plus en avance ou plus en relard, selon le degré plus ou moins intense de la chaleur, selon la pente plus ou moins inclinée des terres, et l'éloignement plus ou moins grand des bauteursoù se trouve le foyer d'aspiration ' , ainsi que l'on en a l'expérience trèsconnue en marine.
De ces faits dérivent deux vérités lumineuses en géographie physique :
L'une, que ce sont les courants habituels de l'av, les vents , qui déterminent la température , ou le climat d'un pays.
L'antre, que la configuration du sol exerce sur ces courants une influence de direction ordinairement décisive, et qu'elle devient par là un agent constitutif, une partie intégrante du dimat.
Notre Europe offk« l'exemple et l'application de ces deux principes dans un sens inverse de VAmériptt'nord, Dans
' De même aux sources de la Wabash et des deux grands Wâmis, il pleut par tous les vente; à GaHipoUs sur l'Ohio , il pleut surtout par ouest-«ud-ouest, tandis que plus bas, à Cincinnati , Touest est sec, et il pleut par nord-ouest
' En Massachusete la brise commence dès huit et demi ou neuf heures du matin an motede Juin, tandis qn*en Caroline elle ne commence qu'à dix et onze; comparez les distances respecttves des sillons à la côte, et vous en voyez de suite la
l'Europe ooddentale, les ventt d'ouest sont les grands pluvieux, parce qu'ils viennent de l'océan Atlantique ; et Us se montrent plus (irais en Angleterre , plus chauds en France et en Espagne, à raison des latitudes d'où ils viennent sur ce même océan : aux Etats-Unis, les vents d'ouest sont les plus secs, parce qu'ils y viennent de la partie la plus laiige du continent : en France, ils sont les plus généraux» les plus habituels, parce que U haute chaîne des Alpes est un foyer d'aspiration et de condensation, qui sans cesse les appelle vers elle : aux États-Unis , ils sont les plus rares , parce qu'il n'y existe pas de point dominant d'asphvtion. En Europe, les vents ne sont presque jamais gâoéraux, mais plutôt divisés en systèmes indépendants, parce que les hautes chaînes des montagnes, telles que les Pyrénées» les Alpes , forment des enceintes et comme de grands lacs d'atmosphère séparés et distincts ; et parce qu'ensuite une foule de chaînes secondaires, telles que les Asturies el les autres sillons de l'Espagne ' , les Cévennes , les Vosges» les Ardennes » les Apennins, les Krapatz , le Dqfire de Norwége et les montagnes d'Ecosse, presque toutes supérieures aux Alleghanys, forment d'autres subdivisions fanent caractérisées.
Dans la France seule nous avons autant de systèmes de vents que de bassins de rivières principales, telles que le Rhône, la Garonne, la Loire et la Seine. La Belgique a son système distinct du nôtre par les Ardennes; elle tire du canal de la Manche un courant d'air qui primitivement ouest, puis dévié dans la direction de sud-ouest, y est la cause de cette humidité qui la rend si fertile et si pâturagère.
D'autre part, si notro Europe occidentale est plus tempérée que l'orientale, ce peut être, comme l'a ditPallas» parce qu'elle est abritée par les montagnes d'Ecosse et de Norwége ; mais c'est encore plus parce que les vents les plus généraux et les plus régnants sont de l'ouest et du sudouest, et qu'ils y arrivent par la mer, toujours plus tempérée que la terre.
C'est par cette raison que la côte de Norwége diffère totalement de celle de Suède, et que la température de Berghen ne ressemble pas plus à celle de Stokholm , que la température de Londres ne ressemble à celle de Samt- Pétersbourg : c'est aux vents d^est et de nord-est j originaires de la Sibérie, que l'orient de l'Europe doit son climat froid, sec et salubre ; et si de hautes montagnes eussent fermé la Russie sur sa frontière orientale; si quelques remparts eussent abrité la Sibérie vers la mer du pôle,, cette contrée , ainsi que la Pologne et le pays de Moscou ,. ne seraient pas plus froids que le Danenurk et la Saxe. Cette différence de configuration entre l'Europe et l'Amérique-nord , me parait être la cause prindpaie , et peut-être unique , de plusieurs dilEérenees météorologiques que l'on remarque dans les atmosphères de ces deux continents. L'on y trouve une explication satisfaisante de deux ou trois phénomènes et problèmes singuliers, savoir : par exemple,, pourquoi la quantité de pluie annuelle et moyenne est phis grande aux États-Unis qu'en France, en Angleterre, ea
*■ Le chaînon qui sépare Saint-Ddephonsc de l'Esenrial , sépare tellement l'atmosphère de ces deux lieux, que quoique rapprochés à 6 ou 7 lieues , ce sont deux climato différents.
TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL
Allemagne : -^ Pourquoi la diute de œa ploiea e^ généralement plus brusque et leur éTaporation ensuite plus vire en Amérique qu'en Europe : — Pourquoi enfin les Tents sont habituellement plus forts, les tempêtes et les ouragans plus fréquents dans le premier de ces pays que dans le second : quelques détails deviennent nécessaires pour rendre ces faits plus précis» et leur solution plus pro* bable et plus persuasive.
SI
De la quantité de ploie qui tombe aux États-Unis.
Des observations exactes et multipliées , faites par di- ▼ers savants anâéricains , en différents lieux de la cMe Atlantique, ont désormais constaté que la quantité annuelle et moyenne de pluie qui tombe aux États-Unis est beaucoup plus considérable que dans la plupart de nos pays d'Europe, en exceptant toutefois certaines localités des pays de montagnes ' ou des fonds de golfe. Le tableau suivant en fournit la preuve. Aucun lieu du pays d*Ouest n'y est mentionné , parce que ce genre d^observation n'y a pas encore été pratiqué, du moins à ma connaissance.
rbac angl.
A Charlestown ( selon Ramsay ) , en 1 795. . 714/5
Par terme moyen, de 1750 — à 1759*. . . 4f 3/4
A Wllliamsburg * 47
Cambridge, près Boston 4 47 i/i
Andover (en Bfassachusets ) 5t
Salem' 35
Rutland en Yermont^ 41
Philadelphie 7 30
En Europe , au contraire, il ne tombe que les quantités suivantes, savoir :
Pooc fraaç.
A Saint-Pétersbourg. 12
Upsal 14
Abo 24
Londres 21
Paris 20
Utrecfat . . i 27
Brest, aucune observation *.
Marseille. 20
Rome 28 1/2
Naples 35
Alger 27 1/î
Padoue 33
Bologne. 24
Vienne. . . , 42
DI0Ù SI résulte qu'en Europe, par terme moyen , il tombe
> Par exemple, Udlne, où il tombe 62 pouces, et Garfagnana, 02 pouces : aux Anttlles, il tombe plus de 100 pouces par an.
> Selon Chalmers, cité par Ramsay, ibid.
3 Jeffersoo , page 6.
4 S. Williams, /ft'ftory off^ermont, page 51. & et ^ Idem,
? Docteur Rush , OUervatùnu tur la Pemylvanie , Jmerican Muaœtim , tome YII.
^ Mais en récompense J'ai vu un journal météorologique manuscrit, où le nombre des Jours pluvieux à Brest est de 349 Jours par aui tandis qu'à Marseille le nombra des jours daiis eat de 3SS.
un tiers moins de pluie que dans l'Amérique-noid : Bé»moins, dans son Blémoire d<yà cité, M. Holyboke die vingt villes d'Europe, qui par terme moyen de 20 ans, ont eu 122 jours de pluie, taudis que Cambridge n'en a eu que S8
et Salem 95
Ainsi plus de pluies en moins de jours indique éfidemment que les pluies ont tombé par ondées plus vives et plus fortes en Amérique, par arrosements plus doux m Europe; et nous avons vu que les faits sont confonnes à ce raisonnement
sn.
De révaporation et de la sécheresse de Tair.
D'antre part, des observations également exactes el nombreuses attestent que l'évaporation de ces méoies pluies se fait beaucoup plus vite aux États-Unis qu'en Europe , et que par conséquent Tair y est hafaituellemnit plus sec et plus agité : Franklin avait déjà fkit et publié cette remarque, si contrmre aux asserUons du dodnir Pat0' , en citant l'anecdote d'une botte d'acajou à tiroirs, exécutée avec le plus grand soin par le câèbre Saime : les tiroirs de cette boite , justes et même serrés à Looârrs, s'étaient trouvés trop lâches à Philadelphie, et lorsqu'elle eut été renvoyée à Londres, ils redevinrent justes et serrés comme auparavant Franklm en avait induit avec raison une plus grande sécheresse à Philadelphie qu'à Londres , mais le cas de ces deux villes était trop particulier potir en faire une règle générale : M. J. Williams * Ta mm\ établie et développée par les fkits suivants. II a trouvé, par des expériences et des recherches suivies , que ta quantité moyenne d'évaporation pendant 7 années à Cambrk^ prb
de Boston Pmc angL
avait été de. 56
tandis qu'en 7 villes d'AIlemagneet d'Italie, par pmc. frao^. terme moyen de 20 ans, elle n'a été que de. . . 46 II est vrai que les 56 -pouces anglais se réduisent à 54 ponces des nôtres, moins envhon 1/4.
Différence. 7 1.4
Et cependant les TîIleB d'Italie sont sous une lalilode bien plus fkvorable à l'évaporation que le Toisin^ de Boston mQaeent è l'Océan.
^ Cest un étrange livre que les Recherches de M. Psw sur les Américains. A mon retour d'Amérique , j'ai voulu le lire pour profiter de tant de lumières dont on lui fait honiwar ; mais lorsque j'ai vu avec quelle confiance il adopte des (Uts faux , avec quelle hardiesse il en tire des oonséquenea chimériques , établit et soutient des paradoxes divergents, et avec quelle acrimooie il attaque d'autres écrivains, j'arooe que le livre m'est tombé des mains, le ne conçois pas comoKot du fond d'un cabinet on ose écrire avec assertion sur des falti qu'on n'a pas vus, mit des témoignages faunffisaotsmj contradictoires ; pour moi, plus j'ai vu le monde et nmltiplié mes obaervations , plus je suis convaincu g»e rien n'ai plus délicat et plu» rare que de saisir les objets, surttmt compliqués, sous leurs véritables faces et sous leur» vrât rapports : qu*U est presque impossible de potier ratgonms" hUment du système général d'tm pays ou ^une natien mm y avoir vécu : qu'il en est de même, et encore pis, pour la temps passés , et que le plus grand obstacle aux progrès drt lumières est Pesprit de cerHhtde , qui jusqu'ici a jmt la base de VédueaHon chez presque tous les peuples.
* Transactions of the American phllosoph. society.
DES ETATS-UIWS.
Joan elalrv.
Dans on an, Too a eu à Salem 173
Dans TÎngt villes d'Europe» Ton en a eu 64 Dans ces mêmes yingt Yilles, en 1785» Joon nsageai.
Ton aeu 1 13
A Cambridge, prèa de Boston 69
A Salem, par terme moyen de 7 ans, 90 ' Ainsi , en termes générant , il tombe aux États-Unis plus de pluie en moins de jours qu'en Europe , et l'on y compte moins de jours nuageux, plus de jours clairs , plus d'évaporatkm qu'en Europe : or la cause de ces fiûts divers me paratt absolument unîToque et simple; elle existe dans l'état particulier de l'atmosphère de chacun des deux continents , selon la modification que leur configuration respective y appwle.
Si donc aux États-Unis il pleut davantage qu'en Europe , c'est parce qu'à l'exception du nord-ouest, tons les autres mmbs , surtout les plus fréquents , y viennent de quelque mer, et par conséquent arrivent chargés de vapeurs.
Si les pluies y sont plus vives et plus brusques, c'est parce que les qualités des vents y sont très-contrastantes en chaud et en fiioid , ce qui est un premier moyen de dissolution , et le mélange de ces courants fit>ids et chauds y est fréquent, ce qui est une seconde cause d'abondance et de vivacité de pluie : nos pluies fines et douces y sont tellement étrangères, qu'on les appelle des pluies anglaises, un temps anglais: et lorsque l'on en voit, ce qui arrive quelquefois après réquinoxe, il est du bon ton de sortir sans parapluie pour s'en faire mouiller comme des oiseaux d'eaa. Or ce mélange fréquent, qui constitue l'air variable, arrive parce que le pa3rs est*presque plat, et que les vents n'y trouvent aucun obstacle qui les arrête. — Ainsi h configuration du sol influe radicalement sur l'abondance et U vivacité des pluies.
En Europe , au contraire , de hautes montagnes rompant les courants de l'air, l'atmosphère est plus calme, plus statiomnlre , les mélanges de courants froids et de courants chands sont moins faciles, moins fréquents; par suite, les dissolutions sont moins vives; les pluies sont plus lentes, plus douces; l'air reste plus chargé de vapeurs et d'humidité ; il y a plus de brouillards et de jours nuageux , etc. et révaporation est plus lente.
Si aux États-Unis l'évaporation est rapide, c'est encore parce que les courants sont libres, à raison de la planimétrie géniale , et parce que l'un de ces courants , le nord-ouest , vent d'une sécheresse extrême, domine pendant les deux cinquièmes de l'année.
En Europe , au contraire , le grand dommant est le vent d'ouest, et il est aussi le grand humide.
X On a observé , i^ que Peau mise une fols par mois dans les
vases, évaporait 4 lo
Et qoemise une fois par semaine, elle évaporait 6 35 Sans doute parce que dans le premier cas le rent n'atteint pas bien au fond du vase ; 3<> Sur une rivière, un vase a évaporé. . . I 15
Eo local sec il a perdu I 50
8^ Quatre plantes pesant 1 18 grains , mises en caisse de pur sable et bien arrosées , ont évaporé 10,044 grains , qui sont plus que n*eût donné une surface de 10 pouces carrés dans te même espace de temps.
Enfin c'est encore cette forte évaporation de l'air aux États-Unis qui y cause des rosées énonnes, hiconnuea dans nos dimaU tempérés. Elles y sont si fortes en été, que les premières nuits où je couchai dans les forêts désertes de l'Obio et de la Wabash , je crus à mon réveil qu'il pleuvait à verse; et cependant , en considérant le ciel , je le trouvai clair et serein ; bientôt je m'aperçus que les grosses gouttes qui tombaient avec bruit de feuilleen feuille sur les arbres n'étaient que la rosée du matin, c'est-àdire, l'évaporation du jour précédent, dissoute et précipitée par la fraîcheur de l'aube du jour. Enfin, si les vents y sont plus rapides, et les ouragans plus fréquents que dans notre Europe, l'on peut dire que ce n'est pas seulement parce que le tropique est plus voism , mais parce que les courants de l'air ne trouvent sur le continent aucun point d'appui qui les arrête et les fixe ; et si le chahion de T Apalache avait 8 à 900 toises d'élévation, le système atmosphérique de tout le bassin d'ouest serait changé.
S ni.
Derélectricitédel'ah-.
Un dernier point météor(4ogique sur lequel l'air du continent américain diftère encore de celui de l'Europe, est la quantité de fluide électrique dont l'air du premier est imprégné dans une proportion beaucoup plus forte : l'on n'a pas besoin des appareils mécaniques et artificiels pour rendre ce fait sensible ; il suffit de passer vivement un ruban de soie sur une étoffe de laine pour le voir se contracter avec une vivacité que je n'ai jamais remarquée en France : les orages d'ailleurs en fournissent des preuves effrayantes par la violence des coups de tonnerre, et par l'intensité prodigieuse des éclairs. Dans les premières occasions où j'eus ce spectacle à Philadelphie , je remarquai que la matière électrique était si abondante, que tout l'air semblait en feu par la succession continue des éclairs; leurs zigzags et leurs flèches étaient d'une largeur et d'une étendue dont je n'avais pas d'idée , et les battements du fluide électrique étaient si forts, qu'ils semblaient à mon oreille et à mon visage être le vent léger (pie produit le vol d'un oiseau de nuit. Leurs efliets ne se bornent point à la démonstration m au bruit ; les accidents qu'ils occasionnent sont firéquents et graves. Dans l'été de 1797, depuis le mois de juin jusqu'au 28 août, je comptai, dans les papiers publics , 17 personnes tuées par le tonnerre; et feu M. Bâche , petit-fils de Franklin , auteur du journal Aurora » à qui je fis part de ma remarque , me dit qu'il avait compté 80 graves accidents. Ils sont fréquents en rase campagne, surtout sous les arbres; et l'on n'y connaît pas assez l'efficacité des toiles et des taffetas cirés on vernissés, qui en pareil cas sont le meilleur préservatif, en même temps qu'ils garantissent de la pluie.
Cette i^ndance du fluide électrique est une nouvelle preuve de la sécheresse de l'air, de même que sa moindre quantité en France et en Europe est une preuve d'humidité : il paratt constant que le calorique est absorbé et neutralisé par l'eau réduite en vapeur, et qu'alors il ne développe plus ses propriété^ naturelles; lorsqu'au contraire l'air est très-sec, fùt-il d'ailleurs froid, la matière ignée qui ne trouve pas à se combiner, surabonde et manifeste
saprésoice partout oji le lui permettait ses lois. Ce doit être l'une des raisons pour lesqudles la végétation^ une fois développée, est bien plus active anx États-Unis qu'en France; et l'on ne peut pas dire que la chaleur de la saison ou du tropique soit une cause nécessaire de l'abondance du fluide électrique ou igné, puisqu'il n'est jamais plus abondant que par le froid vent de nord-ouest, et que d'après les observations des savants russes Gmelin, Pallas, Mulleret Georgi, etc. l'électricité est d'une abondance excessive dans Tair glacial et sec de la Sibérie '..... ilinsi la configuration plane de rAmérique, en occasionnant la rapidité des courants de Tair , la célérité de l'évaporation de l'eau et la sécheresse de l'atmosphère, devient une cause primordiale de Tabondance de l'âectricité.
J'ajoute une remarque qui peut avoir son importance en physiologie. Il est connu que les brouillards et l'humidite sont une cause constante et féconde de maladie»; qu'ils occasionnent spécialement les catarrhes, les rhumes , les rhumatismes, c'est-à-dire, l'obstruction et l'atonie de tout le système vasculaire; qu'ils produisent des fièvres d'espèces variées, mais toutes avec le symptôme commun de frisson , auquel succède une vive clialeur. Or si l'effet de l'humidité , soit en gouttes d'eau , soit en vapeurs , est d'attirer et de s'approprier le fluide électrique ou igné, de le soutirer des corps dans lesquels il est engagé ; si ce fluide électrique ou igné dans notre organisation est un des principes de la vie, un des agents de la circulation du sang et des autres humeurs; s'il est surtout l'un des principes constituants, peut-être le principe radical du fluide nerveux, ne peut-on pas conclure que c'est en nous soustrayant ce principe de la vie, que l'eau en gouttes ou en vapeurs nous devient si nuisible? Que c'est en l'aspirant de notre tissu cellulaire et de nos nerfs qu'elle les paralyse, les réduit à l'atonie, à l'obstruction passagère ou durable , selon la force et la durée de l'action; et alors, outre l'indication du préservatif, celle du remède ne serait-elle pas de trouver le moyen de restituer ce feu par un procédé inverse, de la même espèce? les fomentations, les frottements de corps chauds, même des fers de tailleurs, ont un effet confirmatif de cette idée; mais il reste à découvrir une opération plus radicale, plus chimique, qui appelle les talents et les expériences des gens de l'art '.