‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 180 sur 230 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

Des maladies dominantes aux États-Unis.

Laissant à part les maladies communes à lous les pays, il m*a paru qu'il en existait aux États-Unis quatre principales, que leur fréquence et leur universalité donnent le droit de regarder comme le produit spécial du climat et du sol.

Au premier rang de ces maladies se placent les rhumes > les catarrhes, et tout ce qui dépend des transpirations supprimées, dont les symptômes et les accidents se diversifient, comme Ton sait, à raison des organes affectés. L'on peut dire que les rhumes sont la maladie endémique des États- Unis : Us régnent dans toutes les saisons, et naturellement davantage en hiver et à Téquinoxe de printemps; ils ont pour cause évidente ces hrusques variations de température, qui sont le trait caractéristique du climat; ils affectent les femmes plus que les hommes, soit à raison de leur peau plus fine , de leur vie plus sédentaire et plus renfermée , soit à raison des vêtements légers et découverts, dont les modes flrançaises ont déjà passé jusqu'en Amérique : il est vrai que pour s'y mtroduire, au fort même de la révolution, il leur a fallu prendre des lettres de naturalisation en Angleterre; car je dois dire, pour l'hislruction des amateurs et pour l'histoire importante des modes , que j'ai vu arriver en 1795 à Philadelphie, celle qui régnait à Paris en 1793; puis celle de 1794 , arriver en 1796; et lorsque je m'mquiétai de ce qu'elle devenait dans l'année mtermédiaire. Ton m'expliqua qu'elle la passait à Londres , où elle recevait les formes anglaises, pour lesquelles les Anglo-Américains ont conservé un goût et unrespect filial. Dans les villes de la côte, où l'on s'empresse d'imiter l'Europe, ces rhumes ont aussi pour causes les appartements trop chauds, les bals, les parties de thé, et les lits de plume , quelquefois à Tallemande, c'est-À-dire, plume dessus et plume dessous le corps. Les secousses de la toux, déjà si fatigantes pour le poumon, lui deviennent surtout pernicieuses par la répétition des rhumes : pendant deux hivers , j*en ai remarqué jusqu'à quatre et cinq récidlTes chez un grand nombre de personnes de la btmne société, car les riches y sont sujets de préférence : il en résulte qu'en peu d'années le poumon s'affaiblit, s'excorie, s'ulcère, et que devenant le siège et presque le cautère des humeurs viciées de tout le corps , le mal se termine par l'incurable consomption pulmonaire.

Tous les voyageurs aux États-Unis ont parié de la fréquence de cette funeste maladie, qui y moissonne princi- , paiement les jeunes femmes et filles dans la fleur de l'âge et de la beauté : elle est plus commune dans la Nouvelle-Angleterre et dans les États du milieu que dans les États du Sud et de l'Ouest. Le docteur Currie, de Liverpod, me parait en expliquer très-bien la raison , lorsqu'il dit ' que dans les Carolines et la Tfa^e, l'air chaud attire vers la

■ Yoyez American Musœum, tome Y.

peau, et dissipe par la transpiration abondante, les hniMai morbifiques et les matièfes crues des mauvaises digesikiis ( qui elles-mêmes sont effets et causes des rhumes); tandis que dans les États du miieu et du Nord^, l'air humide et froid fermant l'exutoire poissant de la peaa, concentre an dedans du corps les homeurs qui, pourie faire issue, attaquent chaque oigane et se fixent sur aki qui offre le moins de résistance '. J'ai lieu de croire «p» le thé très-chand, dont les Anglo-Américains cbériffeat l'usage, contribue encore à mohipiier lesrhiunei; car j'ai souvent remarqué sur eux comme sur moi, que la moiim qu'il occasionne rend la peau plus sensible ao froid, et que très-souvent j'ai pris un rhume après un â^eoier 4e thé,en sortant par un tempa frais. L'on m'a dit qoede ma part c'était faute d*habitttde; mais si tel estsor anoorps neuf l'effet de cette boisson , pour être moins vif, fl n'ot pas moins réel sur un corps habitué. J'aurai d'aillenrt biestôt occasion de remarquer que tout le régime iliiMDtaiR des Américains est calctUé pour détruire la meilkore noté, et qu'ils vivent dans un état habituel d'indigestion eiMmeroentfiivorableaux rhumes. En ce moment je me réioBie à dire que puisque les phthisies et les consompfiona dérivent des rhumes habituels, les rhuflMS dérivant tm-aèmes de l'état habituel de l'air et de ses trop brusqua Tariations, l'on a droit de regarder ces maladies comme n .effet spécial du clûnat

2® Les voyageurs sont également d'accord sur les tiiéquences des fluxions aux gencives, de la carie des desU et de la perte piéooce de ces prédenx instruments de la mastication. L'on peut dire que sur cent indiridos aa-dessous de 30 ans, il n'y en a pas dix qui soieot iolacts à cet égard : l'on est surtout affligé de voir presque généralement de jeunes et jolies personnes qui, dès l'âgede U à M ans, ont le dentier perdu de taches noires, et soaTeat détruit en nujeure partie. Les opinions , celles des mèdecips même, diffèrent sur la cause d'un mal si universel : les ans veulent que ce soit l'usage effectivement habitod el aaiversel des viandes salées; d'autres prétendent qu'il iaat l'attribuer au thé et à l'abus des sucreries. Le fflédeda suédois Peter Kalm, en comparant les régimes de diio^ ses nations et de diverses classes de la société, me panM avoir démontré que ce n'est point comme boisson suciee, ni comme plante acrimonieuse, que le thé nuit aux deals, mais comme boisson trop chaude; et en effol, il ctf d'expérience ancienne et connue, que toute boiscoa fnp diaude, même du bouillon , donne aux dents une aeaaibilitt douloureuse, qui se manifeste lorsque ensuite on icor ûit toucher des corps froids : il s'établit réellement dans Inf

> Pal éprouvé sur moi-même la Justesse de cette Uwrit à mon retour d*Égypte. Au Kalre, Je preoate sans foanwnient cinq ou six tasses de café par Jour. Lorsque je fus scdestahre à Paris , il me devint hnpossible , dès le mob d^ododrr. d*en supporter même une tasse à Jeun sans reasmtfr m m» vement fébrile et nerveux. TaJoote que pendant ks lni> m que J*al passés en Syrie et en Egypte. |e n*ai eu de louirn^ ladie que Yi^fiaenza de 1783; tandis qa*aux ÉUtt-Cnb, «d trois ans aussi , J*ai en deux fièvres malignes tr(»«riTff , nw} ou six gros rhumes , et des affections rfaumatlquei ûewun incurables ; et cela en me conformant en chacon de ca^P au réghne suivi par les habitants.

DES ÉTATS-UNIS

partie ossease un ramoilissement qui les rend , comme Ton dit, gelives , et les prépare à la dissolution : voilà sans doQte pourquoi les dents g&tées sont un mal universel dans tout le nord de TEurope, parce que dans les pays froids, boire chaud est une sensation agréable ao palais, à restomac et à tout le corps ; de même que, par inverse, boire frais est la sensation désirée dans les pays chauds ; et fl est remarquable que dans ces derniers pays les dents sont en effet très-génâralement saines et belles, comme nous le voycms chez les N^res , chez les Arabes, chez les Indiens, etc.

A Tappui de cette théorie, vient un fait remarqué depuis 70 ans aux États-Unis : jusqu'alors l'on n'avait jamais vu de sauvages ayant le dentier gftté, et les sauvages mangent ordinairement froid. Quelques individus , et particulièremrat des fenmies des tribus Onéidas^ Senecas et TUscaroraSf qui vivent dans l'enceinte des États-Unis, ayant pris l'usage du thé, leurs dents en moins de trois ans sont devenues semblables à celles des blancs, tachées de points noirs et de carie. Un autre feit, dtépar le navigateur Bougain ville, y est encore parfaitement analogue, lorsqu'il dit que les misérables ichthyophages de la Terre de Feu ( les Pecherés), ont tous les dents g&tées; et ils vivent, ajoute-t-il, presque uniquement de coquillages, non pas crus, mais qu'ils font griller et qn*ih mangent brûlants.

Cependant je ne croîs pas que l'on puisse exclure comme raison auxiliaire l'usage des viandes salées , puisqu'il est constant que le scorbut, ennemi spécial du dentier, affecte le sang de tous les peuples qui usent de cet aliment Si même l'on remarque que l'un des symptômes de cette maladie est l'odeur putride de l'haleine, et que cette odeur a lieu plus ou moins dans ceux qui ont les dents gâtées, l'on conclura que ce sont les viandes salées, dont la digestion et même le chyle alkalin et à demi putrescent portent an poumon ce genre d'exhalaisons, qui sont réellement la cause radicale et première des caries; et les boissons trop chaudes en y disposant immédiatement le dentier, et par elles-mêmes et par le contraste subséquent de l'air froid , y concourront encore par la propriété qu'elles ont de débiliter l'estomac, el de vicier les digestions. L'on ne saurait foire les mêmes reproches aux viandes fraîches , puisque les Tartares, les sauvages de l'Amérique du nord, les Patagons, et tous les animaux carnassiers, lions, loups, chiens, etc. ont des dents parfaitement belles et sames : l'on ne peut non plus inculper le sucre ni les sucreries, puisque les Africains , les Indiens , et tous les peuples qui usent el abusent de la canne à sucre et de fruits sucrés , ont des dents admirables; et que les sucs acides même des digestions (cas habituel des pays chauds) ne sont propres qu'à les nettoyer. D'après ces remarques, il serait di^ie de la tendresse des parents et de la sagesse des médedns en tous pays, et surtout aux États-Unis, de décréditer l'usage des boissons cliandes, des viandes salées, et de les proscrire du régime, surtout de celui de l'enfonce et de la jeunesse. Alors les fluxions, dues aux variations de l'air, et qui ne sont qu'un agent secondaire de la perte des dents, n'exerceraient qu'une très-petite portion d'influence.

3» Les fièvres d'automne vrec frisson , appelées/n;er,

an ague, les mtermittentes, les tierces, lesquartes, ete» sont un autre mal régnant aux États-Unis, à un point dont on ne se fait pas d'idée; elles sont surtout endémiques dans les lieux nouvellement défrichés et déboisés , dans les vallées, sur le bord des eaux soit courantes , soit stagnantes, près des étangs, des lacs, des chaussées de moulins , des marais, etc. Dans l'automne de 1796 , sur une route de plus de 300 lieues, je n'ai pas trouvé, j'ose le dire, 20 maisons qui en fussent parfaitement exemptes; tout le cours de l'Ohio, une grande partie du Kentucky, Ions les environs du lac Érié , et principalement le Genesee , et ses 5 ou 6 lacs, le cours de hi Mohawk, etc. en sont annuellement infectés. Étant parti du poste de Cincinhaii le 8 septembre avec le convoi du payeur général de l'armée, major Swan, pour nous rendre au fort Détroil, distance de plus de 100 lieues, sur 25 têtes que nous étions, nous ne campâmes pas une seule nuit sans acquérir un nouveau fiévreux. A Grenville , d^t et quartier général de Tannée qui venait de conquérir le pays, sur environ 370 perscmnes» 300 étaient attaquées : quand nous arrivâmes à Détroit, j'étais le troisième resté sain, et le lendemain, le major Swan et moi , nous tombâmes dangereusement frappés de fièvre maligne. Cette fièvre maligne visite chaque année la garnison du fort Midmi , et elle y a pris d^à plus d'une fois le caractère de la fièvre jaune.

Ces fièvres automnales ne sont pas mortelles, mais ellee minent peu à peu les forces, et abrègent très-sensiblement la vie. D'autres voyageurs ont remarqué avant moi que» par exemple, dans la Caroline du Sud, qui y est très*sujette, l'on est vieux à 50 ans, comme on l'est en Europe à 65 et 70; et j'ai ouï dire à tous les Anglais que j'ai connus aux États-Unis, que leurs amis établis depuis peu d'an* nées dans la partie méridionale et même moyenne , leur pa» raissaient vieillis du double de ce qu'ils eussent été en An*gleterre et en Ecosse. Ces fièvres une fois établies chez un sujet à la fin d'octobre, ne le quittent plus de tout l'hiver, et te jettent dans une langueur et dans une foiblesse dé^ plorable. Le bas Canada et les pays firoids a4jacento n'y sont presque pas sujets. Elles sont plus communes dans le plat pays tempéré , et surtout au bord de la mer, que dans les montagnes : par cette raison , il semblerait que les cultivateurs dussent préférer les pays élevés; mais comme le sol en est maigre et moins productif, ils préfèrent la plaine Instruit par les Américains à réduire tout en calcul , je leur ai quelquefois fait ce raisonnement : « La plaine, dites- vous , « et les bas-fonds, vous rendent par an 40 boisseaux de « maïs ou 20 de firoment : les terrains de côte ou de monte tagneenK^tucky et en Virginie ne vous en rendent pas « la moitié : fort bien ; mais en plaine vous êtes malades six « mois, et en montagne l'on travaille pendant les douze; « donc tout est égal, excepte qu'en montagne on est gai « et alerte : or gaieté vaut mieux que richesse, dit le bon « homme Richard ; et en pUine on est triste et souffrant « une moitié de l'année , et l'on passe l'autre moitié à se « rétablir et se préparer à retomber encore. » — -.« Fort bien ^ « monsieur, me répondit un jour un ipimstre (curé ) ; mais « dans votre équation vous oubliez un terme très-puissant^ a plut puissant peut-être ici qu'en Europe : l'avantage d'être; « six mois sans rien faire. » Et ce ministre avait raison :

TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL

car j*ai fréquemment entendu usurer en Viiginie que les habilantodelacôtedeNorfblk pré(èrentleur séjour fié Yreui^ mû» abondant en poisson et en huîtres, qui ne coûtent presque rien, à la Tîe salubre des pays montueux, où Ton ne garnit sa table qu'à force de travail.

Par suite de ces raisonnements, le remède qui platt le plus k ces malades est celui qu'Os appellent MUen , les amers, dont Teaiwie-Tie, le rhum ou le vin de Madère sont la base : et ce qui pourra étonner mon lecteur, c'est que réellement ce remède est l'un des plus efficaces : j'ai recueilli plusieurs exemples en Virginie et en PensylTanie de familles cultiTatrices , dont tous les membres ne buvant que de la bière ou de Teau étaient si^ts à la fièvre , tandis que le mari, qui usait et même abusait des boissons spiritueuses , en était constamment exempt : il parait même qu'en Hollande on a généralement cette ophiion, et que Ton y regarde la fumée de tabac et les boissons fortes comme des préservatifs de la fièvre et de l'humidité. J'ai aussi connu deux cas où le dessèchement d'un petit étang et du canal d'un moulin ont radicalement délivré deux familles des visites annuelles des fièvres d'automne.

Quelques observations que j'ai recueillies en Corse pendant ma résidence en 1792 , se lient si bien à ce sujet important, que je ne puis les passer sous silence. Des fièvres de la même espèce infestent régulièrement chaque année plusieurs postes militaires en cette Ite, et entre autres le petit port de Saint-Florent, qu'avoisine un pernicieux marais de 72 arpents : elles y prennent sur la fin deUété, et dans les six premières semaines de l'automne, le cap ractère putride et malin , à raison de l'intensité de la chaleur et des exlialaisons; il làut alors tous les 15 on 20 jours en renouveler les garnisons françaises en tout on en partie, sous peine de voir les soldato en subir les suites graves et finalement mortelles ; nos médecins, après l'essai de beaucoup de remèdes , remarquèrent que deux seuls postes dans toute l'Ue étatent absolument privilégiés , et que jamaisauounefièvre n'approchait des forts de Vivario et de Vitzavona sur Bogognano. Le hasard, comme il arrive toujours, rendit encore plus saillante la vertu salubre et même curative de ces deux situations : un officier suisse-grison tomba dangereusement malade de la fièvre à Saint-Florent, et ayant désh-é d'être transporté au fort de Vivario, dont la garnison était de son régiment, il y recouvra en moms de 1 3 jours et la vie et la sante : le médecin répéta cette expérience sur les soldais fiimçais de son hôpital ; et elle réussit si bien, que l'usage s'est établi d'y envoyer des fiévreux presque désespérés ; et sans autre remède, jamais la fièvre n'a persiste au delà du onxième Jour.

Or ces deux postes diflèrent de tous les autres, en ce que non-seulement ils sont éloignés de tout marais, de toute eau stagnante, mais qu'en outre Us sont placés conune deux nids d'aides sur la chaîne des monts qui partagent rtle par son centre et dans sa longoeur. L'élévation des forts au-dessus de la mer est d'environ 1 100 toises : leur température ressemble à celle de la Norwége on des Alpes moyennes bien plus qu'à celle de l'Ile. Les plus vives chaleurs n'y excèdent jamais 16 à 17 degiés , et ne sont telles que dans les trois mo» d'été; les neiges les envhonnent r endant a ou 4 mois, et quelquefois mterrompeut toute com-

munication pendant huit ou dix semaines. La veniilaljaa y est constante et souvent trè8*vîolente, parce qalli loai situés aux deux extrémités d'une goige ou déinU, i^ à ce lieu sépare la ligne des sommets, fonnés de raesgéàénlement hnpraticables. L'on a remarqué que le fbrt de Vitavona,an revers occidental des montaffMs, était pins kamlde que celui de Vivario, et un peu moins sain : jasqo'M 1793, la garnison de ces deux fivts, consistant en l& à 20 soldato pour chacun, avait éte composée de Grisoai, parce que ces montagnardsy trouvant un dimatanslogne as leur, s'y plaisaient, quoiqu'on y menant une vie propre i ennuyer. Leur régime consistait , surtout en hiver, ea tîibdes salées, en saw-craoui ou choux feimenlés, en bien et vm de basse qualite, et très-souvent en biscuit sa lien de pain. A peine avaient^ils autour du fort et psim ta rocs quelque espace libre pour se promener; p<;^idsnt lei 6 mois de la mauvaise saison, fl leur arrivait liPéqMai* ment d'être enfermée 8 et 16 jours de suite, à kuitcim, par les tempêtes furieuses, les pluies, les neiga, les brouillards, dont cette ré^n des nuages est alors k théêtre ; en un mot , leur vie était celle d'une gunisoB de vaisseau. Jeparie de ces faite comme témoin, aysnt îisité l'mtérieur de ces deux singulières babitetions, où la naladie la plus dominante est la pleurésie.

Un tel r^^lme ne peut être la cause de tant de sataliilé, puisque dans le pays mférieur il eût certainement dooaé la fièvre et le scorbut. Le principe de la sante ne peut dose s'attribuer qu'à la qualite de l'air, qui, à cette âératka de 1100 toises, est pur, subtil, fiais, tandis qn'à k phfle il est ehttud, fmmUiey et chargé d'exhalaisons de loil genre.

De là, une première indication curative très«mple, qui consiste à chimger d'atmosphère, et à choisir un air I^ connu pour élastique et pur, tel qu'il se trouve asso «^ dmauement dans nos cUmato, sur les lieux éterés : Je ae fris pas une règle générale ni absolue de cette coodilion des lUux élevés , parce que, même en France, noosaToai des lieux élevés qui sont malsains ei fiévreux S etoda parce qu'ils sont au voisinage ou tous le vent de temia^ humides et marécageux :tecas est beaucoup ploscamBaB dans les pays chauds; et une foute de ooteaux el detuoteursen Corse et en Italie sont tout à lait ùdiabitabks, parce qu'encore qu'ils soient quelquefois tiès-distaoU des marais, ils ont l'inconvénient grave d'être placés da» b ligne et dans le ;</ du vent te plus habituel qui leur ea apporte les exhalaisons.

La même chose a lien dans te Bei^sate, où les troupes anglaises ont trouvé sur des hantenra boisées , de l'aspect teplus séduisant, dans un pays chaud, te fièvre déoiiepv leure médedns sous le nom de/éoredecotf é]ie(hi]ly fetrer ). L'on n'imaginerait pas qu'avec ce nom elte At la nêae que celle des Ueux bas et marécageux, et néanmoias dk est réellement tdte, ayant pour causes nosMeuleoieDl m humidite locate einsssive, élabUeparlespteieaéBoraMS des moussons, mais encore l'évaporation de toute la pbiae du Bengale, dont les nuages sont arrêtés et fiiés par les

< Par exemple, la plaine de Trappes^ près TrnaiOa. quoique élevée et découverte , est tofestée de fiêrros far W étangs de Salnt-^^yr.

DES ETATS-UNIS

b(^ qui ccNirniit 066 monto oa dttliioiis. L'on ne doit donc défli^ier le6 lien életée comme salnbres qu'autant qu'ils joignent lea conditionB de séchereese locale , d'abri des oonrants d*air infectés et de Tentilation fraîche et libre.

Une seconde indication plus compliquée , est de procurer par art cette espèce ou qualité d'air que la nature produit en certaines circonstances sur les hauteurs, et de neutraliser l^^azmorbifiques des lieux infectés. La chimie a £dt depuis 10 ans d'heureuses et savantes découTertes eu ce genre, et la sagacité que sonble hispirer cette science donne le droit d'en attendre d'autres des esprits distingués qui la cultivent Ils ont prouvé que dans l'air atmosphérique, le principe favorable à la respiration et à la vie était le gaz appelé oxifçènê; que de sa dose plus ou moins grande dépendait cette plus ou moins grande pure^ on salubrité dont on parlait sans la bien OMmaltre. Les expériences de Lavoisier ont porté la dose de ce gaz oxygène à 27 parties sur 100 d'air ordinaire, les 73 restantes étant de Vazoie ou air fixe : phis récemment celles de Berthollel l'ont réduite à 33 1/2; et peut-être cette différence n'imphopte-t-elle pas erreur ou contradiction, puisqu'il est probable que la dose varie selon les vents régnants. Elle doit également varier selon les contrées ; il serait intéressant d'appliquer ces recherches àdes pays de température trè»diTerse , et de comparer l'air sec et firoid de la Sibérie à un air tantôt chaud et humide comme celui des Antilles % tantôt chaud et sec comme celui d'Egypte et d'Arabie^ et aussi de comparer l'air des couches terrestres à l'air des couches moyennes et supérieures. Les baOons peuvent rendre d'utiles services pour cet ol^et : quant à présent, il parait certain que dans nos zones tempérées, l'air n'est plus pur sur les hauteurs que parce qu'il contient plus d'oxygène et moins de gaz exhalés; et dans le cas dté de Vitzavona et de Vivario, le poids spécifique de l'oxygène, qui est on peu plus fort que celui de l'air atmosphérique , n'est pas une circonstance contradictoire, puisque la fraîcheur du local doit l'y retenir et l'y fixer de préférence à la plage brûlante dont il serait chassé.

D'autre part, des expériences récentes ont constaté que Vaeide mnriatique oxygéné possède à un degré éminent* h qualité de désinfecter l'air atmosphérique, c'est-à-dire lie neutraliser et détruire les gaz morbifiqnes qull contient : ce moyen ne fttt-il que préservatif, il serait encore un nouveau bienfiiit précieux par sa simplicité et son énergie. Mais il nous reste beaucoup à connaître sur les diverses espèces des gaz pernicieux qui flottent dans l'air, et sur leur manière d'attaquer la santé et la vie ; Je dis diverses espèces, parce qu'en effet il en est de si subtiles, que jusqu'à ce jour les instruments n'ont pu les saisir. A juger ces gaz par leurs effets , l'on peut les considérer comme des poisons dont les particules agissent sur les humeurs du

« Un médeehi amérleain, en présence de quatre médecins anglais , a fait à la Martinique , en 1796 , des expériences dont il a condu que l'air atmosphérique contenail en celte ilc 67 parties d'oxygène sur 100. Pal communiqué celte expérience à M. Fourcroy , qui pense que quelque erreur sVst introduite dans rezpéiience, et que la vie ne pourrait se soutenir longtemps à cette proportion. Les expériences de Humboldt dans TAmérlque m^dionale, confirment celles d^Europe.

système tantôt sanguin et tantôt nerveux , à la manière des levains de fermentation, qui appliqués à une masse, y développent un mouvement intestin d'un progrès croissant rapidement. L'action de divers gaz , et particulièrement du muriatique oxygéné, qui sans secousse et sans avertissement anéantit la vie, non-seulement par la respiration , mais encore par l'absorption de la peau, est un exemple de l'activité que d'autres peuvent avoir. C'est à de telles causes qu'U &ul attribuer ces épidémies dont i'invasion est si brusque en certaines constitutions de l'atmosphère et en certains pays : et quant aux affections fébriles, spécialement cdles avec frisson et avec retours périodiques, si l'on remarque que dans ces retours réguliers de 13 , de 34, de 36 heures, etc. elles suivent une marche semblable à celle de plusieurs fonctions essentielles de la vie , telles que le sommeil , la faim, etc. Ton sera porté à croire que le foyer de perturbation n'est ni dans les premières voies, ni dans le sang , mais dans l'organe immédiat de vitalité, dans le système nerveux : c'est par une action quelconque sur le fluide qui abreuve la pulpe des nerfîs, que la fièvre en général se déclare si subitement, qu'elle n'a besoin que d'un coup de soleil, d'un coup de vent fMs , d'une ondée de pluie, d'une transition brusque du chaud an ih>id , et même du froid au chaud. Si l'on ajoute qu'elle se déclare de préférence dans les saisons et dans les lieux sujets aux vicissitudes de lh>id et de chaud ; qu'elle-même n'est qu'une sensation alternative de chaud et de froid; que la sueur qui suit le paroxysme est un symptôme spécial de toute crispation des nerfs : le foyer que j'indique acquerra une nouvelle vraisemblance ; et alors le mécanisme des contagions deviendra évident, simple, puisque le poumon et les parois du nez mettent d'immenses faisceaux de nerf^ en contact immédiat ayec les miasmes flottants dans l'air respiré, et l'on concevra pourquoi les drogues et lès remèdes bus et mangés pendant plusieurs mois, ont moins d'efficacité à guérir les fièvres, surtout automnales, que le cliangement d'atmosphère et la respiration de l'air oxygéné de Vitzavona et de Vivario.

De la fièvre Jaune.

Une maladie qui devient de plus en plus firéquente aux États-Unis , est la fièvre trop connue sous le nom de fièvre Jaune. J'en parlerai avec quelque détail, à cause de l'importance du sqjet, et parce que profitant de quelques anciennes études en médechie , état auquel je m'étais destiné , j'ai pu raisonner de cette maladie avec des personnes de l'art, et discuter des opinions diverses , avec la réserve toutefois qui convient à celui qui n'a fait qu'apercevofal'étendue de la carrière. Sans cette sorte de compétence , je me garderais de m'en mêler; car parler médecine sans l'avoir étudiée, c'est vouloir parler astronomie, mécanique, ou art militaire sans instruction préalable; encore seraitil possible de mieux raisoimer de ces sciences , attendu que leurs principes sont simples et fixes; au contraire, ceux de la médecine, quoiqu'ils aient une sphère de régularité, sont soumis à des circonstances compliquées et variables qui exigent une finesse de tact , une justesse de coup d'ceil , une prestesse d'application dont la difficulté constitue le

TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL

mérite : dire, comme on Tentend tous les Joun, qu'en médecine toul est liasard et conjecture , cela est un travers d*autant plus bigarre, (jue Ton conunence par déclarer qu'on n'y entend rien : or comment juger de ce que l'on ignore ? Aussi à la moindre égratignure , ces Hippocrates innés Tont-ils courir chez le médecin, heureux , en l'attendant , de trouver une garde-malade qui elle-même est une première ébaudie de science médicale , à raison des faits ot «les observations dont elle a acquis la pratique. Revenons à la fièvre jaune.

Elle a tiré ce nom d'un de ses symptômes distinctifs, la couleur de citron foncé que, dans la dissolution des humeurs, prennent les yeux, puis la peau de tout le corps. Les Français l'appellent >îét;re ou nuU de Siam, soitparoe qu'elle vint d'abord de ce pays, soit parce que la couleur de ces Asiatiques est assez semblable. Chez les Espagnols elle a le nom de vonUto preto, vomissement noir, autre accident grave qui la caractérise. Les symptômes les plus ordinaires et les plus généraux sont les suivants, qui se succèdent rapidement dans le court espace que met cette maladie à se juger pour la mort ou la convalescence (ordinairement trois jours).

Dans les jours qui précèdent l'attaque, il y a sensation de lassitude générale, rouement de membres, assoupissement, quelquefois stupeur... La fièvre se déclare par un violent mal de tète, surtout au-dessus des yeux et derrière les orbites; Ton se plaint de douleurs le long de l'épine dorsale, dans les bras et dans les jambes : des chaleurs vives et des frissons se succèdent alternativement.. La peau est sèdie, brûlante et souvent parsemée de taches rougefttres, puis violettes ; le blanc des yeux est injecté de sang et humide d'une rosée brilUnte : la respiration est oppressée, les soupirs fréquents; Tair exhalé du poumon est brûlant : le pouls varie selon les tempéraments et selon certaines circonstances : en général, il est dur, fréquent, irrégulier, même mtermittent; s'il ressemble à l'état naturel, le danger est phis grand : les évanouissements et la surdité au début du mal sont aussi un signe GIcheux; la soif est ardente ; la langue, d'abord rouge, se couvre d'un limon noirâtre qui devient fétide. Le malade se plaint d'une violente chaleur à l'estomac; les vomissements passent du glaireux à l'adde le plus corrosif , quelquefois sans bile, plus souvent avec de la bile verte et jaune , puis une matière noir&tre , comme de la lie d'encre ou du marc de café, avec odeur d'œufs pourris, et tellement Acre, que la gorge en est excoriée : la constipation a souvent lieu, d'autres fois c*est une diarrhée noirâtre... Alors le mal a déjà parcouru la période d'inflammation, par suite de laquelle, les humeurs se trouvent décomposées ; la fièvre semble s'abattre , noais c'est à raison de la chute même des forces vitales ; le pouls devient petit, convulsif , déprimé : le malade (%t agité, mal à l'aise, quelquefois délirant : les déjections oolliquatives et fétides, le vonUssement noir comme de grains de café, l'afTaiblissent de plus en plus par leur fréquence et leur abondance : il affecte la position sinistre d'être couché sur le dos, élevant ses genoux et glissant vers le pied du lit; les yeux deviennent jaunes, et de suite la peau de tout le corps : alors la dissolution des humeurs est complète. S'il a été saigné au commencement de

la maladie , les cicatrioes se relâchent et s'ouvrent; la macération et la gangrène gagnent les solides, et se manifestent de toutes parts avec l'odeur infecte qui annonce une mort prochaine.

Depuis longtemps la fièvre jaune était connue dans U^ parties chaudes et marécageuses de l'Amérique méridionale et dans l'archipel des Antilles; ses exemples étaient fréquents à Garthagène, à Porto-Bello, à la Vera-Craz, à U Jamaïque, à Sainte-Lucie, à Samt-Dommgue ,*à U Martinique; U Louisiane même , et le littoral des Florides , de la Géorgie , des Garolines et de la Virgmie , y participaient par les mêmes motifs de chaleur et d'humidité; la Nouvelle-Orléans, Pensaoola, Savanah, Charlestown, Norfolk, comptaient rarement 4 ou 5 années sans en reoeroir qudque atteinte. Il semblait que le Potâmac dût lui serrir de limite , puisque vers la fin du siècle qui vient de finir l'on ne citait que les années 1740 et 1762, où elle se fût nMwtrée au nord de ce fleuve, d'abord à New-York, puisa Philadelphie; mais depuis 1790, ses apparitions ont été n répétées et si funestes , qu'dle semble s'y être naturalisée comme dans le sud. Quelques cas hidividuels l'avaient annoncée à New- York en 1790; elle y devint un fléau épidémiqoe en 1791 , et y laissa des traces même «i 1792. L'année suivante, 1793 , elle ravagea Philadelphie comme une peste ; et ses germes déposés ou ranimés se développèrant encore dans les étés de 1794 et 1795. Elle attaqua New-Tork derechef en 1794 et 1796.... Philadelphie en 1797.... A la même époque elle désolait Baltinoore, Norfolk, Gharlestown , Newburyport Ses avant-coureurs s'étaient montrés à Sheffieids, et même à Boston. Enfin l'on en citait encore d*antres exemples , l'un à Harrisburg en 1 793 , un autre k Baltimore, un à Onéida en Genesee, à quoi je puis ^jouter des cas nombreux au fort anglais sur le Miftmi du lac Érié.

Les médecins anglo-américaUis , pour qui cette maladie a été une nouveauté , ont eu à se créer une méthode onralive adaptée à leur climat et à la constitution de ses habitants. Malheureusement, j'ose le dire, la plupart se sont trop pressés de croire l'avoir trouvée dans les principes théoriques de Brown, dont la doctrine a été aocneillie aux États-Unis avec un engouement scolastique : ce système, qui explique tout par deux états simples de débililé directe ou hidirecte, et par la soustraction on l'application de stimulants aussi directs et indirects , a (ait d'autant plus de prosélytes qu'il a ce caractère tranchant et positif qu'aime la jeunesse , et qu'il dispense des lenteurs de rexpérieoce , que redoute la paresse de tous les âges. Raisonnant donc avec cette dangereuse confiance de certitude qui exdot le doute et l'observation, ils ont le plus souvent administré les cordiaux et les toniques les plus actifs, au début de U maladie, prétendant qu'il fallait relever les forces oocoblées, quand il fallait relAcher les fibres trop tendues; ils y ont joint les purgatifs drastiques les plus stimulants pour chasser les humeurs morbifiques, quand ces humeurs n'étaient pas encore à l'état de coction.

Ce traitement fut surtout mis en usage à Pfailadelpfais dans la funeste année de 1 793. La pratique la plus généale desmédednsde cette ville, fut de donner le jalap à 20 et 25 grains; la préparation mercurielle, dite ealomel» à f 0 et 1 5; la goinmegntte même, le tout par doses répétées. Pour

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boissons , on ordonnait les eaux de camomille , de menthe , de cannelle , et le vin de Madère » jusqu'à plus d^une pinte par jour. Or Ton sait qu'il entre une portion d'eau^e-Yie dans la fabrication primitîYe du meilleur Madère. En outre , dans les mois d'août et de septembre , et dans on pays cbaud à 25° de R. par temps calme et étouffant , Ton tenait les malades hermétiquement clos dans leurs chambres ; on surchargeait de deux et trois oouYertures de laine leurs lits de plumes, et quelquefois Ton laisait du feu dans la cheminée; l'objet était de provoquer impérieusement une sueur, que rétat infiammatoùre et crispé de tout le système refusait encore plus opiniAtrément

Les effets de ce traitement forent ce qu'ils devaient être : une mortalité effrayante par le nombre et par la rapidité; peu de malades passaient 3 jours , et l'on peut dire que sur 50 il ne s'en sauvait pas 2. Tous portaient des signes de suffocation gangreneuse, suite naturelle d'une inflamnnation/omen^. La terreur s'empara des esprits; le mal fut regardé comme contagieux et pestilentiel , son atteinte comme incurable. Quelques médecins, influents par leur esprit et leur activité, accréditèrent cette rumeur pernicieuse, même dans les papiers publics. Toutmalade fhtabandonné, le mari par sa fîBnune, les parents par leurs enfants, les en&nts par les parents. Les maisons désertes restèrent infectées par les cadavres. Le gouTemement intervint , d'abord pour fiûre enlever les corps, puis pour ùin transporter de force les malades à l'hôpital. Les maisons furent marquées è la craie comme en temps de proscription, et les habitants éperdus s'enfuirent dans les villages Toishis ou campèrent en rase campagne « oonmie si l'ennemi eût pris leur ville. Le hasard voulut que dans ces droonstanoes * quelques médecins et chirurgiens français, fugitif^ du Cap incendié, vinssent chercher un asile sur le oontinait; l'un d'eux, conduit à Philadelphie ', eut occasion d'être appelé, et appliquant au mal dont il avait vu les analogues à Saint- Domingue, le traitement de l'école française, il obtint des succès qui attirèrent l'attention du gouvernement, et qui le furent placera la tète de l'bdpilalde BtuhhUl. Le compte qu'il rendit l'hiver suivant de sa méthode curative * , ne fait pas moins d'honneur à son cœur qu'à son esprit, puisque ce compte répandit des idées neuves et salutah^s dans tout le pays. L'on voit par cet écrit, qu'il considère la maladie comme divisée en trois périodes, que l'on ne doit pas i»nfoiidre ; mais qui quelquefois marchent si rapidement , qu'à peine le médedn a-t-il le temps de les saisir. La première est un état d'mflammation violente, compliquée d'engorgement au cerveau et de spasme nerveux , qui demande non les toniques, mais les cahnants et les relâchants. La seconde est un état de dissolution et de ségrégation des fluides , dont la chaleur inflammatoire a rompu la combinaison , état qui ne peut se terminer que par l'évacuation des humeurs devenues maptes et nuisibles au mouvement vital| l'art doit s'y borner à aider hi crise, en suivant la nature ,

* M. Jean de Yéze, ancien chirurgien distingué et accrédité au cap Français.

' Voyez Recherches et observatiofis sur la maTaâie ipidémiqua qui a désolé Philadelphie , depuis août Jusqu*eo décembre 1793, en anglais et eu français, in-8°, I15 pag. PliUadelphlfl, 1794.

plutôt qu'en la prévenant. Enfin la troisième est un état de recomposition et de recombinaison , qui n'a besoin du médecin que pour diriger le régime du convalescent.

En conséquence, au début du mal, il fit de légères saignées lorsque le sujet était trop plein de sang ; il administra les délayants , les acidulés aromatisés , et il obtint d'heureux effets de l'adde carbonique en boisson. Il essayait quelle espèce de boisson plaisait le plus à l'estomac, cet organe si capricieux; il rassurait les esprits contre l'idée de contagion, de laquelle il nie entièrement l'existence pendant toute l'épidémie. Ilprocurait un air frais, et il ne provoquait point les sueurs, dont il remarque que presque jamais la nature ne fit son moyen de crise.

Lorsque ce premier traitement avait modéré la fièvre, il épiait dans la seconde période les tentatives de la nature pour opérer la crise, et choisir un organe qui en devint le foyer. Ordinaûement ce furent des suppurations abondantes; il les favorisa, et tâcha de les diriger par des vésicatoires, par des cataplasmes appliqués au dehors, tandis qu'au dedans il aidait le travaii épuralif par des boissons aromatiques de cannelle', de menthe, même de vfai de Bordeaux , trempé d'eau et mêlé de sucre; par quelques purgatifs doux et à petites doses, et enfin par le kina. L'opium , si vanté par les médecms du pays, ne lui montra jamais de bons effets.

L'on conçoit que, par un cas commun à tons les pays, ce ne fut pas sans lutte et sans contradiction qu'un étranger isolé obtint tant de confiance et de succès; mais enfin, par une marche également naturelle, U raison et la vérité se firent jour à force de preuves et de faits. Les malades appelèrent de préférence le médecin qui guérissait le plus, et plusieurs médecins fimrent par l'ûniter.

Soit que l'écrit et les cures de M. de Vèie et des autres Français aient eu une heureuse influence sur les esprits ; soit que par leur propre raisonnement et leurs expériences, ils aient modifié leurs idées et dissipé d'anciens préjugés, il est du monis vrai qu'à dater de cette époque , il a commencé de s'introduire dans la pratique et la théorie des changements heureux. Dès l'année suivante (1794), dans répidémie de New-Yorii , plusieurs médecms de cette ville substituèrent aux purgatifs violents divers sels , et entre autres le sel de Ghiuber, qui réussit dans les délayants. Us ne prodiguèrent plus les toniques ni le vin de Madère ; ils usèrent de la saignée avec discrétion : s'ils provoquèrent encore les sueurs, ce fut par des bams et des fomentations de vinaigre qui quelquefois soulagèrent; et de ce moment il s'est formé dans les divers collèges un sdiisme salutaire qui a ébranlé les vieilles habitudes et ouvert les routes nouvelles à la science et à l'esprit d'observation.

Ce schisme a surtout éclaté sur la question de l'origine de fai fièvre jaune. Les uns ont prétendu qu'elle était toujours apportée du dehors, spécialement des Antilles, et qu'elle n'était et n» pouvait en aucun cas être le produit du sol des États-Unis. En preuve de leur opmion, ils ont cité la non-existence, ou l'extrême rareté des épidémies avant la paix de 1783, et ils ont attribué leur fréquence depuis cette époque aux relations de commerce plus actives et plus directes avec les lies et avec la terre ferme I espagnole : ils ont mêmemculpé nominativement certainti

TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL

vaisseaux comme auteurs et importateurs de la contagion , dont ils ont supposé l'existence à un degré peu inférieur à la peste.

D'autres médecins, au contraire, ont soutenu que par sa nature même, la lièTre jaune pouvait naître dans les États-Unis, toutes les fois que ses causes disposantes «t occasionnelles de temps et de lieu se trouvaient réunies; et d'abord remontant à la source des prétendus ûits d'importation, ils <Hit démontré par les témoignages les plus positifs, que non-seulement les vaisseaux accusés n'avaient point apporté avec eux la maladie ou son genne, mais encore qu'elle ne s'était déclarée k leur bord que depuis leur ancrage aux quais, et dans le voisinage des lieux notés à New-York et à Philadelphie comme foyers da mal; avec cette particularité additionnelle que même elle avait commencé par les gens du bord qui avaient eu le contact le plus immédiat avec le lieu infecté * : pois rassemblant tontes les ciroonstanoes de la maladie , quant aux lieux , aux saisons, et aux tempéraments affectés, ils ont démontré : l"* qu'elle attaquait les villes populeuses plutôt que les villages et les campagnes.

2» Que dans les villes populeuses, teUcs que New-York , Philadelphie, Baltimore, elle affectait constamment et presque exclusivement les quartiers bas, remplis d'immondices, d'eaux croupies, les rues non aérées, non pavées, boueuses, et sortoot les quais et leur voisinage, couverts d'ordures à qa point immagjnaMe; où chaque jour à marée basse, les baMquettes frngeases sont exposées à un soleil brûlant Par exemple, à Mew-York, M. Richard Bayley a calculé que pour combler l'égont et le bassin de Whitehall, les propriétaûres y avaient fait verser dans un an 24,000 tombereaux' de tontes les ordures de la viQe et même de charognes de chevaux, de chiens, etc.; d'où il résulta qu'en juillet l'infbction devmt si exaltée et si forte , qu'dle eocitait le soir, dans te voisinage , des nausées et des vomissements qui furent te début de l'épHlémie.

3^ Que dans te coors des saisons, elte n'apparaissait qu'en juillet , août et septembre , c'est4-dire , à l'époque où les chaleurs opinlAtres et intenses, de 14 et 25 degrés R. excitent une fiermentatk» évidente dans ces amas de matières végétales et animâtes, et en dégagent des miasmes que tout'indique être les corrupteurs de la santé. Ces médecins ont remarqué que Tépidémie redoublait par les temps seulement humides, par les vents de sud-est et

s Cest ainsi que toute U viltede Philadelphte a été persuadée que répidémie de 1793 vint de Tile de la Grenade» où elle avait été, disait-on, apportée de Boulam (côte d'Afrique X P*r te vaisseau te Hanketf. Un médedn anglais, qui se trouvait dans cette tte, avait donné à cette seoondc porlkm de l*histoiie un caractère imposant d'authenticite dans on écrit qull publia : et cependant trois ans après, M. Noah Webster et te docteur E. H. Smith, ont publié à Ifew-York un Journal de toute te navigatton du Hankey, dressé par l'un des plus respectables témoins oculaires, teipiel rassembte une si grande masse de preuves , et porte un cachet si particulier de candeur et de véracité, que Too demeure convaincu avec MM. Webster et Sndth , que te médecin C s*est complètement trompé. De .même M. Rtehard Bayley, dans son excellent Rapport au gouverneur de New-Tork , prouve que les inenlpations des vaisseaux VAntointtU et le Poi/y, étatent des rumeurs de peuple absolument dénuées de fondement, etc. Yoyei New-York rtptmtory, tone I*', pag. 470 et 127.

même de nord-est; qu'elle diminuait par te froid et la sécheresse du nord-ouest , et même par les pluies abondantes du vent de sud-ouest; que dans la diversité des années, te fièvre choisissait celle où les chaleurs de Tété étaient accompagnées de phis de sécheresse et de calme dans l'aii^ sans doute parce qu'alors tes miasmes accumulés exercent une action plus puissante sur te poumon, et par son Intermède, sur tout te système de te eircutetion.

Enfiin iteont constaté que dans te choix des aojels,dte attaque de préforenee les habitanto mal nourris et sales des faubourgs et des quartiers pleins d*ordnres et de marécages : les ouvriers exposés au feu, tête quêtes forgerons, les bQotttters, ceux qui abusent des Hqueurs fortes; observant que très-souvent te ^yy^ jaune a immédiatement suivi l'ivresse : qu'elle attaque 'encore de préféreooe les gens replets, sangums, robustes, tes adultes ardents, les étrangers des pays du nord, les noirs, les gens épuisés de te débauche des Ibnunes : qn'elte ménage les éirângen des pays diauds, les gens sobres dans te boire et sortoot dans le numger ; tes personnes aisées, propres, rivant plutôt de végétaux que de viande, et habitant des mes pavées, aérées, et des quartiers élevés.

Enfin, poursuivant te mal jusque dans tes Itenz désignés pour être te berceau et te foyer de son origine, îb ont démontré qu'aux Antilles même, aux Iles de te Grenade, de te Martinique, de Saint-Domingue, de la Jamaïque, te fièvre jaune ne naissait que te où se réunissent tes mêmes circonstances; qu'elle ne s'y montre qu'en certains Henx, en certaines années précisément semiâables anx cas cités dans les Étets-Unis; que te où il n'y a ni marécages, ni ordures, eonme à SainîS^ts, k SainUYincent, k Ta» , baço,k}àBarbade, te santé est constamment excellente ; que si h fièvre s'est montrée à Saint-Georges ( Grenade) et à Fort-Royal ( Martinique ) , c'est dans le local du carénage, voisin de marate infecte, et dans on moment où te surabondance des vaisseaux, te sécheresse exoessÎTe de te saison , avaient contribué à développer les ferments ; que si elte n'eût dû son apparition dans les villes de New- York, Baltimore, Philadelphie, qu'à Fimportotion, elle aurait dû y être importée habituellement des villes de Iforfolk et de Charlestown, avec lesquelles l'on avait des rdattens multipliée^ , et où la rénnten de tontes les causes citées les rendait presque endémiques chaque été.

Les foite qui établissent ces résuhats se trouvent répandus en divers écrits, publiés depuis 1794 jusqu'à Tannée t79S, époque k laquelle je quittai les Étete-Ums '.

L'on ne peut les lire avec attention, sans être frappé de te corrétetion et de l'harmonte constante qui extele par-

I Yoyez te Rapport des médeefais de Phitaddpkfe an gooverneur de Pensylvaate; odui de M. Rtettid Baytey «a gouverneur de New- York; le Mémoire du docteur Yalcntiae Sélunan de Ifew-York, sur les causes de la fièvre Jaune à IVew-Yoïk. — Les Recherebes du docteur Beq|amhi Rusfa lar te même maladie k Philadelphie, en I79S et 17M. Lettre de G. Davidson, sur te retour de te fièvre Jaune à te Martiniqee en 1706. Ori^e de la fièvre pesUIenUelle qui ravagea te Grenade enj793 , 1794 , par £. H. Smith. Thèse sur te fièvre maligne à Boston, par Brovim. RécU des ftevres bilteosi» avte dyssenterie à Sheffiekl , par W. Boel ; enfin te CQlteetten trte Intéressante de Lettres sur les fièvres de diveislteux, perHosù Webster de New-York.

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tout eotre les causes premières et secondes , médiates ou immédiates, les circonstances accessoires et les effets , soit isolés, soit réunis en série. Partout Ton Toit la fièvre naître et s'augmenter en raison composée de la température chaude de Tair, de sa sécheresse opiniÂtre ou de son humidité temporaire, du calme de l'atmosphère, du Toisînage des marais, de leur étendue, et surtout en raison des masses entassées de matières animales formant un fbyer de putréftction et d'émanations délétères. L'on Toit même les (lèTres se graduer selon l'intensité de toutes ces causes : n'y a-t-il qu'excès de chaleur, sans amas putrides et sans marécages, elles sont du g^ire simplement inflammatoire, c'est-à-dire scarlatines et bilieuses, sans complication de malignité ; y a-t-il des marais boueux et fangeux , mais non infectés de matières animales , les miasmes causent d^à desesquinandes gangreneuses, des vomissements bilieux atroces, appelés cholera-moràus , des dyssenteries pernicieuses; s'y joint-il des amas de matières animales en potréCution, alors le mal se complique d'accidents et de symptAmes qui toi^rs dénotent l'affection du genre ner- ?eox par une sorte de poison; quand le mal est à son fnaxtmum, tous les antres degrés tendent à s'y assimiler. D'où il résulte que l'on pourrait graduer et mesurer les fièvres par les degrés du thermomètre et par l'intensité des miasmes putrides , et suivre dans le cours d'une même saison d'été et d'autoome leur progrès et leur affinité, depuis la simple synoque jusqu'à la peste, qui n'est que le dernier échelon et le maximum des causes réunies. Dans un tel état dedioses, il est évident que tout pays qui réunira dialeur et foyers putrides à un d^ré suffisant, sera capable d'engendrer toutes ces maladies. J'avais déjà cru remarquer en Egypte et en Syrie, que 24 degrés de Réaumur étaient un terme auquel s'établissent dans le sang une disposition et VD mouvement fébrile d'un genre pernicieux et désigné par le nom dejfévres malignes ; j'ai vu avec plaisir et surprise que la même opinion avait été inspirée par les mêmes faits su docteur G. Davidson, à la Martinique, et qu'il pense , comme mol , qu'à partir de ce degré ( 86^ de F. ) en montant, le caractère de malignité et de contagion s'exalte jusqu'à former la peste.

Par tous les écrits et faits que j'ai cités, ces principes ont acquis aux États-Unis un tel degré d'évidence , que la très-grande majorité des médecins de New-York , Boston , Baltimore, Norfolk et Cliarlestown, s'est réunie à déclarer que la fièvre jaune pouvait naître aux États-Unis. Le seul collège de Philadelphie a persisté dans l'affirmative de l'importation, et cette opinion, qui a en sa faveur l'avantage de la primauté dans l'esprit du peuple, conservera longtemps des partisans dans toutes les dasses, par plusieurs modis très-puissants :

1** Parce qu'elle flatte la vanité nationale, et que beaucoup de gens ne demandent qu'un prétexte pour autoriser la leur;

2® Parce qu'elle caresse l'mtérèt mercantile de la vente des terres, et de l'émigration des étrangers dans un pays qui aurait le privilège de ne pas engendrer la fièvre. Il est vrai que se l'inoculer aussi aisément ne serait guère moins l&cheux;maisles partisans de l'importation n'entendent pas raiUerie, et j'ai trouvé beaucoup d'Américains à qui la con-

tradiction sur ce point devenait un sujet sérieux de mauvaise humeur;

3** Parce que les niédecbis, qui les premiers ont établi cette croyance , ont pris de tels engagements avec leur amour-propre ou avec leur persuasion ' , qu'ils se sont presque hiterdit toute modification ; et parce qu'ils ont fait prendre au gouvernement des mesures si tranchantes et si gênantes pour le commerce, que si aujourd'hui elles se trouvaient sans nootif , ils encourraient une véritable défaveur. Et cependant je regarde comme une sage institution celle des bureaux de santé ou lazarets dans les ports des États-Unis, surtout quand on y veut faire le commerce avec la Méditerranée et les échelles turques ;

4<* Enfin , parce que le caractère contagieux presque pestilentiel que l'on joint au préjugé de l'hnportation, excuse très-heurettsement les non-succès de ceux qui ne guérissent pas souvent. En me rangeant à l'opinion des médedns qui regardent la fièvre jaune eonmie un produit indigène des État»-Unis, je suis loin d'attaquer les intentions de ceux qui soutiennent la thèse contraire ; mais je tiens pour dangereuse et imprudente la doctrine de l'importation, l^à cause du ton dogmatique et intolérant qu'elle a déployé, jusqu'à attaquer la sûreté et la liberté domestiques, et à compromettre le gouvernement ; Y* parce qu'en provoquant des mesures exagérées au dehors, elle a endormi sur les mesures bien plus nécessah^s à prendre au dedans , et qui découlent immédiatement de l'opinion contraire.

Quant à la question du caractère contagieux , je ne puis admettre ni la négative absolue que soutiennent quelques médedns , ni le cas général et constant que supposent plusieurs autres : cette dernière alternative est exclue par trop de faits mcontestables; et la première, c'est-à-dire, la négative, me semble contradictoire avec l'origine même du mal ; car dès que les miasmes des marais et des matières putrides ont la propriété de l'exdter, à plus forte raison les miasmes du corps humain infecté auront cette vertu , eux qui ont bien plus d'affinité avec les humeurs vivantes. Aussi a-t-on remarqué en 1797, à Philadelphie, que plusieurs fkmilles au retour de la campagne, rentrant dans leurs maisons, où il y avait eu mort ou maladie, sans avoir

> L*on en pourra juger par la doctrine de Tun des professeurs les plus influents de Philaddphle , dans un discours de clôture, dont quelques auditeurs me firent immédiatement le récit. Après avoir récapitulé les méthodes enseignées pendant l'hiver de I707-I799 , et entre autres celle de la saignée h cent onces de sang, en divers cas de la fièvre jaune : « Mes- « sieurs , dit-il à ses élèves , nous allons nous séparer , et vous « allez vous disperser sur la vaste surface des Etats-Unis : <f répandez-y de toutes parts les vérités que vous avez enteo- « dues Id; vous trouverez des contradicteurs, des ennemis! « réslstez-lenr avec ooorage, et soyez persuadés qu'avec de « la fermeté et de la constance , vous ferez triompher la vm- « table doctrine. » lie et evangelizate.

Certes, s'il est une doctrine dangereuse ^ surtout en médedne, c'est celle qui exdut le doute philoeophique , sans lequel l'esprit demeure fermé à toute instruction, à tout redressement ; et cette doctrine est surtout pernicieuse pour les jeunes gens , en qui le déeir de savoir et le besoin de croire s'assodent au besoin d'aimer, et qui s'attachent aux opinions par suite d'attachement pour les maîtres. Aussi l'une des plus fécondes sources d'erreur, de fanatisme et de calamités , a été et est encore ce fuoeste prUicipe d'éducation musulmanique , adopté dans tous les genres d'éducation.

TABLEAU DU CLIMAT ET DU SOL

pris soin d« les désînfecler, furent immédiatement saisies du mal» quoique la saison fût froide et qu*il eût cessé. A NorfoIlL, on a fait la remarque encore plus générale, que ceux qui s'absentent de la rille y deviennent plus exposés que ceux qui restent constamment dans son atmosphère; et ce cas correspond avec celui des étrangers, surtout ceux du nordique l'on a remarqué à Philadelphie et à New-Yoric, etc. être spécialement attaqués.

Des théoriciens veulent expliquer cette smgularité, en disant que c'est par une surabondance de gaz oxygène, ij^fusé dans le sang, par Talr plus pur de r£urope et de la campagne, que les étrangers sont plus susceptibles de la fièvre; mais outre que ce^ surabondance est hypothétique, les notions que l'on a du gaz oxygène, essentiellement salulve, y sont si contraires, que l'on a droit d'exiger de plus fortes preuves; et prétendre, comme ils le font, que l'oxygène est plus abondant dans les lieux bas que dans les Ueux élevÀ, est une supposition nouvelle en chimie, d'autant plus inadmissible que les plus savants chimistes de l'Europe regardent le contraire comme prouvé; ce n'est pas l'oxygène que leurs expériences trouvent se dégager des marais et des matières putrides , mais le carbone , l'hydrogène et l'azote; il paraît même que la combinaison des deux premiers de ces gaz a la propriété spécifique d'engendrer les fièvres intermittentes et rémittentes, et qu'elles ne deviennent putrides malignes que par l'addition de l'azote à cette combinaison.

De nouvelles études développeront sans doute l'action de toupies gaz morbifiques : pour le présent , les meilleurs moyens curatifs paraissent être, de combattre l'inflammation, premier degré du mal, par les délayants et les tempérants; peut-être les bains à la température du léger frisson ' seraient-ils un des plus efficaces, administrés dès le premier soupçon, et prolongés à huit et dix heures. C'est aux maîtres de l'art à prononcer sur les bains très-froids et presque à la glace, dont quelques médecins d'Amérique prétendent avoir retiré de bons effets : il est certain que dans des cas de frénésie, ils ont quelquefois opéré des cures étonnantes; l'époque de leur application a une influence décisive» puisque leur effet, dans la période d'inflammation, esttrès^ilTérente de ce qu'il sera dans la période de décoM' position. Les antiasphyxiqnes peuvent aussi avoir leur utilité, puisque des gaz pernicieux paraissent jouer un rôle. L'objet essentiel est d'empêcher Tinflammation de s'élever jusqu'au point de décomposer les humeurs, car alors rien ne peut empêcher le mal de parcourir ses trois phases; par cette raison, les premières heures sont décisives et demandent toute la célérité possible; la saignée à petites doses peut y être très-utile. Un préservatif tout-puissant est la diète la plus absolue *, avec lea boissons aqueuses, sitôt que l'on a la sensation de pesanteur, de lassitude et de perte d'appétit; et il faut la continuer deux ou trois jours rigoureusement, jusqu'au retour de la faim et de l'alacrité de corps et d'esprit

A l'égard des préservatifs généraux, applicables aux

' De 10 à 15 degrés, selon la sensation du malade. " Voyez à ce 8^)et un très-bon Mémoire de M. Edouard MiUer, Neuy York rcponitory , tome 1" , page 195.

vUles des États-Unis , ils dépendent du gonvomemetit rfBtral, et ils consistent :

1** A mesurer la sévérité des lazarets établis, sur l'exigeanoe bien constatée des cas de maladies importées par les vaisseaux : les vaisseaux de la Méditerranée méritent le plus d'attention.

2° A interdire les abus de prétendu droit de propriété et de liberté des particuliers qui se permettent au Toisinage et au sein des grandes villes des comblements de terrains bas à force d'immondices, et même de charognes. Les Américains vantent leur propreté , mais je puis attester que les quais de New- York et de Philadelphie, avec certaines parties des faubourgs, surpassent en saleté publique et privée tout ce que j'ai vu en Turkie , où l'air a l'aTintage d'être d'une séclieresse salutaire.

3° A établir des règlements de police juscfu'à oe jour inusités ou méprisés pour le pavage des rues, des faubourgs, et même du centre des villes. On a remarqué en Europe que les grandes épidémies de Paris, de Lyon , de Londres, et autres villes très-peuplées, ont cessé depuis rétabUssement du pavage général et légnlier.

h** A empêcher toute eau croupissante, et tout amas de matières putrides; à écarter du sein des villes les vastes cimetières, dont l'usage pestilentiel est généralement conservé avec un respect superstitieux. Philadelphie a dans ses plus beaux quartiers quatre énormes cimetières , dont j'ai très-bien senti l'odeur en été , et n'a pas une seule promenade ni allée plantée de salutaue verdure.

6® A obliger les citoyens à murer et paver les fosses d'aisance, qui , dans l'état actuel, conmiuniquent si îomiédiatement par un sol sableux , avec les puits et les pon^ws aussi non murés , que dans les fontes de neiges en hiver, et dans les sécheresses en été , l'on voit les eaux des uns et des autres se niveler : il est si vrai que les eaux bues dans les parties basses de la ville reçoivent les filtratkms des cimetières et des fosses, que j'ai remarqué en JFirtmt' Street, l'eau de mes carafes devenir >Uanfe le troisième jour en mai, et finir par une infection cadavéreuse >.

Enfin le gouvernement, en dirigeant sur ces objets de police domestique l'attention des habitants des États-Unis, devrait provoquer leur instruction sur l'une des causes les plus essentielles et les plus radicales de toutes leurs maladies, je veux dire sur le réghne alimentaire qu'à raison de leur origine ils ont conservé des Anglais et des Allemands. J'ose dire que si l'on proposait au concours le plan du régime le plus capable de gâter l'estomac, les dents et la santé. Ton ne pourrait en imaginer un plus convenable que celui des Anglo-Américains. Dès le matin à déjeuner, ils noient leur estomac d'une pinte d'eau chaude chargée de thé ou de café si léger, que ce n'est que de l'eau brune ; et ils avalent presque sans mâcher du pain chaud à peine cuit, des rôties imbibées de beurre, du fromage le plus gru, des tranches de bamf ou de jambon salé, fomé, etc. toutes dioses presque indissolubles. A dîner, ce sont des pâtes

' Grâces aux talents de ringénieur Latrobe^kxifieTal , Philadelphie, depuis mon départ, jouit d'une pompe à (èa qui lui procure les eaux du Sclraylkill; pareille entreprise a été faite à New-York , et U est à désirer que les habitants des autres ports imitent un si salutaire exemple.

DES ÉTATS-UNIS

bouillies, sous le nom de pouding: les plus graisseuses 80Dt les plus friandes, toutes les sauces, même pour le bœuf rôti, sont le beurre fiHidu ; les tumeps et les pommes de terre flODt noyés de saindoux, de lard, de beurre ou de graisse : sous le nom de pje (paie), de jmmkine, leurs pâtisseries ne sont que de Traies pâtes graisseuses , jamais cuites : pour taire passer ces masses glaireuses, on reprend le thé presque à l'issue du dîner, et on le charge tellement qu'il est amer an gosier : dans cet état, il attaque si efficacemeot les nerfs, qu'il procure, même ides Anglais, des UMomnies plus opiniAtres que le café. Le souper amène encore quelques salaisons ou des huîtres , et , comme le dit Cbastelux , la journée entière se passe à entasser des indi* gestions Tune sur l'antre ; pour donner du ton au pauvre estomac fatigué et relâché, Ton boit le madère, le rhum, Teau^Tie de France ou celle de genièvre et de grain , qui achèTent d'attaquer le genre nerveux. Un tel régime put convenir aux Tar tares, souche primitive des Germains et des Anglo-Saxons, qui n'usaient d'aucun de «ces stimulants dangereux : leur vie équestre et nomade les rendait et les rend encore capables de tout digérer ; mais quand les nations changent de climat, ou que se poliçant elles deviennent oiseuses et riches , elles éprouvent en masse les altérations des particuliers. Les paysans ou les manoeuvres d*Allemagne et d'Angleterre peuvent encore sans inconvénient se nourrir comme leurs ancêtres : il n'en est pas de même des citadins , et moins encore de ceux qui , émigrant de leur humide et froid climat, vont s'établir dans des pays chauds, tels que la Géorgie, les Carolines, la Yfrginie, etc. La puissance même de l'habitude natale ne parviendra point à y naturaliser un système essentiellement coDtraire au climat. Aussi de tous les peuples d'Europe, voyons -nous que les Anglais sont ceux qui résistent le moins aux climats du tropique; et si leurs entants, les Anglo-Américains, ne modifient pas leurs vieilles habitudes à net égard , ils en éprouveront les mêmes inconvénients. — n est tellement vrai que leur régime est une des grandes causes prédisposantes aux maladies et à la fièvre jaune, que dans le plus fort des épidémies, jamais un seul accident ne s'est montré dans l'enceinte de la prison de Philadelphie, et cela évldenoment parce que le système alimentaire y est calculé sur une édielle de tempérance qui ne laisse prise â aucune surcliarge d'estomac, ni par conséquent à aucune dépravation des sucs. L'abus des boissons spirituenses est surtout banni totalement de cet établissement adnûrable; et cet abus est si général dans le peuple des États-Unis , que l'ivrognerie y est un vice aussi dominant que chez les sauvages : croire que l'on puisse aisément et promptement changer sur tous ces chefs les mœurs et les goûts d'une nation, n'est point mon erreur; j'ai trop bien appris à connaître rautomatisme de l'espèce humafaie, et la puissance machinale de ce qu'on appeUe habitude; mais ie pense qu'un gouvernement qui emploierait à éclairer le peuple, à diriger sa raison, la moitié des soins employés si souvent à l'égarer, obtiendrait des succès dont n'ont point d'idée ceux qui le niéprisent : s'U est ignorant et sot, ce peuple, c'est parce que l'on met beaucoup d'esprit à cultiver son ignorance et sa sottise; et en supposant qu'une génération vieillie dans de mauvais usages n'eût pas la

tbrce de s'en corriger, elle serait néanmoins capable, par toidresse pour ses enfimts, d'établir un système d'éduca tion qui leur procurerait un bonheur dont elle sentirait avoir été privée.

Je termine cet article , qu'un tel vœu m'a fait prolonger, par une remarque sur la cause qui a suscité la fièvre jaune depuis l'époque si précise de 1790. Cette cause me parait être l'accroissement subit que les villes maritimes des États- Unis, et New-York entre autres , ont retûié des effets de la guerre française, et de la convulsion des colonies des Antilles. Les richesses mobiliaires, les capitaux, les émigrants fugitifs, en affluant tout à coup dans ces villes, ont occasionné ude multitude de constructions hâtives, et l'emploi de terrains non pr4>arés qui ont causé une sorte de révolution. Le commerce y a versé dans le peuple une aisance auparavant inconnue , et l'ouvrier qui a gagné un doUar et demi et deux dollars par jour (7 à 10 1. ) , l'agriculteur qui a vendu depuis 8 jusqu'à 14 piastres le baril de larine qui ne se vendait que 4 et 6, se sont livrés à des jouissances dont la plus désb-ée, la plus pratiquée a été l'usage du vin et de l'eau-de-vie; ainsi, en même temps que des fennents de putridité et d'inflammation se sont établis , les corps se sont trouvés plus disposés k en recevoir l'impressk», et l'intempérance, l'imprévoyance et la saleté, ont produit leurs effets constants et accoutumés.

Tels sont les caractères prhicipanx du dùnat et du sol des États-Unis, dont j'ai tracé un tableau aussi exact que le permet un modèle si divers dans son étendue, si sujet à exceptions de localités. Maintenant c'est au lecteur d'asseoir sou jugement sur les avantages et les •înconvénienta d'un pays devenu si célèbre , et que sa situation géographique oonune son génie politique, destinent à jouer un rôle ai important sur la sctoe du monde. Je prétends d'autant moins influencer l'opmion à cet égard, par l'expression de la mienne, que j'ai souvent éprouvé que sur ce sujet plus que sur aucun autre , les goûts diffèrent selon les sensations et les préjugés de l'habitude. Souvent aux États- Unis , dans des réuniims de voyageurs de toutes les parties del'Europe, j'ai vu exprimer des avis tout à dit contrastants. L'Anglais et le Danois trouvaient trop chaude la température que l'Espagnol et le Vénitien trouvaient modérée; le Polonais et le Provençal se plaignaient de l'humidité là où le Hollandais trouvait l'air et le sol un peu secs : tous jugements produits, comme l'on voit, par la comparaison du climat originafre et habituel de chaque opinant. Il est cependant vrai que nous tous Européens , nous accordions à reprocher à ce climat son excessive variabilité du froid au chaud et du chaud au froid ; mais les Anglo-Américains , qui se tiennent presque offensés de ce reproche , défendent déjà leur climat comme une propriété , et ils y portent trois motifs puissants de partialité:

1 ^ L'amour-propre individuel, commun à tous les hommes, et la vanité nationale, qui chaque jour s'exalte davantage;

V* Une habitude déjà contractée par la naissance, et qui se convertit en nature;

3® Un mtérêt pécuniaire aussi cher à l'État qu'aux particuliers , l'intérêt de vendre des terres et d'attirer des hommes et des capitaux étrangers.

Avec de tels motifo , il serait difficile de leur persuadt*r

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