‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 193 sur 230 · D£ LA CORSE · texte numérisé non relu

D£ LA CORSE

éffà. Biais ce qui élablit la différence la phu remarquable CDtre ces régions, est la nature même du sol , qui , dans la bande d'est depuis le cap Corse jusqu'au Taviguano, c'est» à-dire dans tonte la dialne inférieure, est généralement calcaire, tandis que dans la bande d'ouest et dans celle du nord, c'est*à-dire dans toute la haute chaîne, il est purement .graniteux, à l'exception de trois ou quatre points calcaires , tels que Bonifacio , Saint-Florent , et un des sommets de Venaco, d'où l'on a tiré la chaux des deux forts de la gorge de Vivario. Ce serait l'occasion sans doute de faire sur cette singularité des recherches et des réflexions physiques; mais cette partie étant étrangère à mon objet, le lecteur me permettra de le renroyer à deux mémoires de M. Barrai, ingénieur des ponte et chaussées en Corse, qui l'a spécialement traitée, et qui a donné une nomenclature détaillée de toutes les espèces de granits, marbres, jaspes et autres pierres dont la Corse est malheureusement trop riche.

Un article qui se lie mieux à mon sujet par son ntilite, est celui des eaux thermales et des mines. Quoique l'on ait parlé des mines d'argent près de Caccia, de plomb et de cuivre en d'autres endroito, il parait que la Corse n'en possède que de ferrugiiieuses dans te Nebbio k Nonza , près de Fossa d'Aroo; et la rarete du bois, la cherté des transports, et le voisinage de la riche mine d'Elbe, ne leur laisse que bien peu de mérite. Les eaux mmérales et thermales ont hifiniment plus de prix; l'on en compte plusieurs sources de diverses espèces : l'une des plus célèhres est celle de Ptetra-Pola, ou Fium'Orbo, o6te d'est, sur le torrent d*Âbatesco, canton de Castello, district de CervUme. SCS eaux sont thermales sulfureuses, et portent leur chaleur dans le puito principal, jusqu'au 45*' de Réanmur. Des expériences multipliées ont constoté leur efficacité dans les maladies de la peau, dans les obstructions des viscères, dans les rhumatismes les plus invétérés, et même dans la goutte et les maladies vénériennes; mais on 7 change ces maladies contre la fièvre de marais, parce que te lieu étant dése^ et sauvage» Von y manque de toutes les conmiodités nécessaires; l'on est obligé de s'y faire des cabanes de feuillages, dans lesquelles le vent saisit les malades et répercute la transpûration de la manière la plus dangereuse; d'ailleurs le lieu est malsain, parce qu'étant situé au fond d'un vallon , toutes les vapeura des marais de la plage, qui en est remplie , viennent s'y engouffrer. Il parait que jadis les Romains se servaient de ces baios, car l'on y trouve des traces de bâtiment, des débris de canaux enfoncés, des gradins, et quelques restes d'une salle qui fut revêtue intérieurement de pouzzolane; le tout d'uneteUe épaisseur et d'une telle solidité, que Ton y reconnaît sensiUement la main des maîtres de 11talie.Au reste il paraîtra quelque jour sur cette source un mémoire analytique fiût par des gens de l'art, et dont on m'a conununiqué le manuscrit. Une autre source non moins célèbre sur la c<>te d'ouest, est celle de Guagno à 2 Ueues de Vico; l'on n'en a pas lait l'analyse, mais ses effete sont absolument les mêmes. Ses inoonvéniento aussi sont égaux, car l'on n'y trouve pas plus de secours ni de commodité. Il n'y a de toute construction que les murs mmés de deux petites chambres sans toit, et un bas-

sin rond en pouzzolane de 8 pieds de diamètre, et de 3 de profondeur avec ses bancs ou gnuUns. Le robinet donne environ un pouce cube d'eau qui marque 42 degrés de chaleur. Si l'on formait, soit le, soit au Fium'Orbo, un établissement commode et bien dirigé, il procurerait les secoure les plus précieux , non-seulement à la Corse, mais encore à l'Italie et à tout le midi de la France. L'article seul des soldate français indemniserait de toute dépense; car on estime qu'il en coûte plus de 20,000 livres par an pour envoyer les malades aux eaux du continent, sans compter la perte du temps, et la circonscription que l'on donne à la liste des malades.

a y a encore des eaux thermales à Guiiéra , canton de Talavo; mais l'on n'y trouve pas même de basshi, et il fiiut s'y baigner dans la boue.

En eaux minérales froides, les plus justement Tantées sont celles d'Orezza, côte d'est, district de la Porta, près des sources de Pium'Alto, Elles sont addules et gazeuses à tel point, qu'eUes brisent les bouteilles, et piquent te nez comme le vin de Champagne; elles contiennent du fer et du sel marin; elles sont souverafaiement effleaoea dans les cas d'obstructions, d'hydropisw, de maux d'estomac invétérés avec Tomissement, de migraines, de coliques , de marasme, de suppression ou de pertes dans les femmes, etc. On compte dans tout le pays voisin hait 00 dix de ces sources, mais la meilleure est celle de SAixxona, au- lieu que j'ai indiqué; elle a d'autant plus de prix, qu'elte est la seute avec celle de VaU qui existe dans le midi de la France , et qu'à leur définit on est obligé d'aller jusqu'en Lorraine.

L'historien PUippini rapporte qu'un savant et charitable évéque de Nebbio avait fait des recherches- sur toutes les eaux mmérales de Corse; mais les lumières d'alors ne suffisaient pas pour cette partie, diffictte encore aujourd'hui ; et ces recherches ne nous procurent que les noms des soivces de Cara^ziea, Pantone di Caeci , de Ma' razana près de Mariana; de Nebbio et Campo Cardetto, qui veulent être prises chaudes ; et d'ÂUalla , sur la route de Sarteno.

11 semblait que ces eaux minérales et thermales dussent tenir k des volcans; mais l'on n'en aperçoit aucune trace en Corse, malgré le voisinage de l'Itelie. L'on n'y connaît pas davantage les tremblemente de terre, et du moins la nature, en refusant à cette Oe les richesses de Naples et de Messine, lui a accordé pour dédommagement la sécurité.

L'on ne peut pas non plus accuser la nature de Favoir maltraitée pour te climat ; j'y en ai trouvé, comme dans U Syrie, trois bien distincte , mesurés par les degrés d'élévation du terrain : le premier, qui est celui de toute la plage maritime, embrasse la région inférieure de l'atmosphère depuis te niveau de la mer, jusque vere 300 toises perpendiculaires d'élévation, et celui-là porte le caractère qui convient à la latitude de l'Ile, c'est-à-dire qu'il est chaud comme les côtes parallèles d'IteUe et d*£spagne.

Le second est celui de la région moyenne, qui s'étend depuis 300 toises jusque Tere 900 toises, et même ven 1000 toises; et il ressemble à notre climat de France, particulièrement à celui de la Bourgogne , du Morvan et de U Bretagne.

LeUoisièiiie est celui de la régioo sapérieure» ou dme des montagnes; et ce dernier est froid et ten^tueux comme laNorwége.

Dans le premier climat» c'est-à-dire sur tonte la côte de la mer, il n'y a , à proprement parler» que deux saisons : le printemps et l'été; rarement le thermomètre y descend an-dessous d'un ou deux degrés sous zéro» et il ne s'y maintient que peu d'heures. Snr tontes les plages, le soleil , même en janvier, se montre chaud , si le vent ne le tempère; mais les nuits et l'ombre y sont froides, et le sont en toutes saisons. Si le ciel s'y ToUe, ce n'est que par intervalles; le seul vent de snd-est, le lourd scirocco, apporte les brumes tenaces que le violent sud-ouest se platt à chasser. S'il fiût mauvais , c'est par tempêtes; s'il pleut, c'est par ondées : la nature n'y marctie que par extrêmes.

A peine les froids modérés de Janvier sont-ils ramollis , qu'un soleil caniculaire leur succède pour 8 mois, et la température passe de 8 degrésè 18, et jusqu'à 26 à l'ombre. Malheur à la végétation, s'il ne pleut dans les mois de mars ou avril ; et ce malheur est fréquent : aussi dans toute la Corse, les arbres et arbustes sontrils généralemoit des «spèces à feuilles dures et coriaces qui résistent àla sécheresse, tels que le laurier-oerise, le myrte, le cyste, le kn- Cisque, l'olivier sauvage, dont la verdure vivace tapisse en tout temps les pentes, et contraste d'une manière pittoresque avec les blocs gris et roux de granit et de marbre. Dans œ climat hiférieur sont sitnés les ports et villes principales de rile, tels que Bastta, Porto- Veochio, Boniihcîo, Ajaecio, Calvi, l'Ile Ronsse, Samt-Florent : là comme à Hyères l'on peut cultiver en plein sot des orangers , des citronniers, et tontes les plantes des pays chands; le jardin de la Amille Àroia à l'Ile Rooase, et deux on trois veqsen près d'Ajaocio, en offrent d'heureux exemples, puisque l'on y cneille des oranges et des citrons de la plus grande beauté; mais dans ces Jardins, il faut se garder de l'attrait des ombrages et de la fraichenr des eanx si recherchées dans le nord de la France. En Corse, comme dans tous les dimats chauds, les vallons, les eanx, les ombrages , sont presque pestilentiels; l'on ne s'y promène point le soir sans y recueillir des fièvres longues et cruelles, qui, à moins de changer absolument d'air, se tenninent par l'hydropisie et la mort Nous en avons fait de cruelles épreuves dans nos colonies de Galeria, de Chiavari , de Fsteno , au camp des Lorrains, puisque de tons les su- Jets envoyés, il n'en survivait au bout de trois ans qu'un trèi-petU nonUnre,

Dans le second climat, c'est-à-dire, dans les montagnes, depuis le niveau de 300 Jusqu'à 900 et même lOOO toises , les chaleurs sont plus modérées , les fiioids sont plus longs, plus vifs ; la nature est moins extrême, sans être moins variable. Du Jour à la nuit, du matin à midi, de l'ombre au soleil, du vent à l'abri , les passages de température sont fréquents et brusques : la neige et la gelée, qui se montrent dès novembre, persistent quelquefois pendant 15 ou 20 Jours. Il est remarquable qu'elles ne tuent point les oliviers jusqu'à la hauteur d'environ 600 toises; que même la neige les rend plus féconds. Le châtaignier , qui les accompagne depuis 300 toises, semble être l'arbre spécial de ce climat, puisqu'il fmit vers f 000 toises, et cède la place aux diênes

ÉTAT PHYSIQUE

verts, aux sapins, aux hêtres, aux buis, aux geaevrim, plus robustes contre la violence des hivers. C'ctl auui dans ce climat qu'habite la ni^eure partie de U population corse, dispersée dans des hameaux et vilUgei sUués la plupart généralement sur des pointes, et aax endraU ventilés. Une telle position est pour eux une coodition té» œssaire de salubrité; car dans cette région comme dait rinférienre, les bas-fonds, vallons, et conques, soot arec raison décriés pour leur mauvais air, soit à raisoa de mb humidité, soit à raison de ses excès de température opposée; car dans tous les vallons et conques, où Tair «t stagnant, le moindre soleil produit une chaleur qsi prire la respiration de son aliment C'est ce que l'on éproaic en partie à Corté, qui, quoique au niveau de près de 700 toises, éprouve en été des ardeurs plus violeAles et plu opiniâtres que la plage, puisqu'elles ne se calmeot mèDe pas pendant la nuit

En Juillet 92 , l'on y a vu le thermomètre à 30 degrési l'ombre, pendant piusieure jours, tandis qu'en décenbic 88, U était tombé jusqu'à 4 éepéè sons sera. Dau m même jour, le 4 février 92, Je l'ai vu à midi marqoerà l'ombre et an vent du nord, 3 degrés au-dessus de léfo; et présenté au soleil an revers du même mur, il i peu de minutes après 20 degrés; en sorte que là, < an Mexique, on peut dire avec l'Espagnol, que llûTcr et l'été ne sont séparés que par une doisQo; ce qui prorioS surtout de la disposition du local en conque, dont les parais composées de roos nus, reflètent en été l'ardsor qa les brûle, et en hiver la bise piquante des neiges dont db se trouvent tapissées.

Le troisième dnnat, cduî de la hante dme des nosU, est le siège des frimas et des ouragans pendant S moia de l'année , et d'un air parfaitement par ou semé de isaga légers pendant la saison d'été. Les seuls lieux habités dasi cette région sont le Niolo et les denx fbrU de Vivario « Bogognano, ou plus proprement de Vizzavona, aituéi an deux extrémités de la gorge ou canal de ce nom.

Les qomze à vingt Suisses qni vivent en gandsoo dasi chacun , se louent de la douceur du climat depuis mai jaique vers septembre , et de l'exoeDenoe de l'air en toute laison. n n'est point de fièvre contreclée à laphgeqnse s*y guérisse en quinse Jours. Mais pendant l'hÉrer,»! forts, battus d'onragans furieux, et souvent dosparsà lo {Heds de neige, sont une vraie prison où l'on vit de proTïsions salées comme dans un vaissean. 11 y a entre eux den cette différence que dans celui de Vivario, sitoé da iM de l'est, l'air est sec, et que ni le pam ni le bois ae s'y moisissent , tandis que dans celui de Vixumma, aitné à 4000 toises seulement, du cAté de Pouest, les mannat sans cesse humides , et les planche» d^à pourm Aidessus de ces forts , l'ceil n'aperçoit plus de végétan (^ quelques sapins suspendus à des rochers grisàlres : 9^ sauvage, il est vrai, des oiseaux deproieetdesbêlesCMw; mais qui, tout affreux qn'il paraît, offre on paisBastn- Jet d'hitérêt au contemplateur de la nature, pnisqaec'esl là qu'elle êtabUt, par les amas de neigea et de fM»* ^ provisions d'eau, des sources et des rivières pour to^ l'année. Jadis ces cimes étant plus hautes encore et pi« convertes d'ari^res, il n'est pas dontenx que les uflges s*y

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