‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 194 sur 230 · DE LÀ CORSE · texte numérisé non relu

DE LÀ CORSE

fussent plus abondantes, plus durables, et que même il n'y eût des glacière , puisqu'il en reste encore un petit sur on Ttien àa Monte-Rotondo. Maia à mesure que les rocs s'écroulent et se dépouillent» ces utiles proTisions dimi- Boent; et ce qui ajoute à Fimportance de Tobserration que j*ai faite sur la conservation des bois y c'est qu'en même temps que le pays est moins abreuTé , il est moins salubre » puisque Pintempéfie commence et finit précisément avec la disparition et le retour des neiges.

11 résulte de ce tableau que la Corse peut se considérer comme une masse pyramidale divisée en trois tranches d'air horizontales, drât rinférieure est chaude et humide , la supérieure froide et sèche, et la moyenne participant de ces qualités. Or si Ton observe que ces couches d*air sont par leur nature mobiles et flottantes, et de plus que la couche inférieure, dilatée par la chaleur, fait sans cesse eflbrt contre la ftopéricnire que le froid condense, l'on concevra qu'il doit arriver de fréquents dérangements dans leur équilibre, on plutôt que sans cesse elles se mélangent et se confondent; et ced explique fous les phénomènes physiques de ce climat, et entre antres un problème de végétation remarquable : on s'est souvent étonné que la végétation en Corse , étant à peine suspendue pendant l'hiver, et se ranimant dès la fin de janvier, fttt cependant aussi lente dans ses résultats que dans le milieu de la France ; que, par exemple, le froment semé en novembre et végétant sans gelée à la plage , ne Ittt cependant mûr qu'à la fin de juillet ; que la vigne qui fleurit en mars, ne fût propre à la vendange qu'à la fin de septembre et même en octobre , comme sur les coteaux de la Loire ; mais l'étonnement cesse quand on réfléchit que le degré de chaleur nécessaire à la fiructification, est sans cesse hiterrompn par le froid piquant desnniU, et de toutes les bises neigeuses. Et cette alternative de chaud et de fh>id a un effet de diastole et de systole, qui sans doute contribue à la vigueur et à l'énergie que présente la végétation des arbres; car ils ont ceci de remarquable, que leur développement et leur force de sève surpassent tout ce que nous voyons dans notre continent. Du sein des rocs les plus secs, partent des troncs d'oliviers qui , loind*ètre rabougris comme ceux de Provence, s'élèvent droits et lisses à la hauteur de 25 à 40 pieds. J'ai vu un sumac et un peuplier qui, plantés en février, n'ayant pas alors phis de 18 pouces de hauteur, avaient an 25 août surpassé celle de 6 pieds. A la pépinière de l'Arena en Casbca , les branches de citronniers et d'orangers taillées en août, et sur-le-champ replantées , donnent des fruits l'année suivante. Les émondes des poiriers et des pêchers , employées à ramer des légumes, après être restées sur terre pendant to et 12 jours , ont repris racine : en sorte que Hugénienr français qui rendait compte de ce pays au ministre Choisenl , avait presque raison de due qne si Ton y plantait un bâton il prendrait radne.

Mais pour revenir aux effets des diverses couches d'air, ils expliquent très-bien pourquoi la température en Corse éprouve les vicissitudes rapides dont j'ai parlé; pourquoi en été le vent qui tombe des montagnes est brûlant comme leurs roches, tandis qu'en hiver ce même vent est gladal comme la neige qui les couvre; pourquoi dans un même lieu, et quelquefois dans un même instant , l'on éprouve

tour à tour des courants d'air chaud etd'air frais qui passent comme des nuages. Et ceci m'amène naturellement à parler du système des vents dans cette Ue.

Je ne répéterai point ce qne j'ai déjà dit de leur mécanisme dans mon voyage de Syrie, et quoique j'aie étudié de nouveau cette matière sans avoir égard à mes opmions antérieures, il m'a paru que mes nouvelles observations ne faisaient qu'ajouter à la solidité des causes que je leur ai développées. En Corse, comme en Syrie, j'ai retrouvé le vent de terre avec toutes ses circonstances ; tombant le sofr des hautes montagnes, à mesure que l'air refixHdi se condense et s'appesantit; remontant de la mer le matin, précisément lorsque le soleil échauffe la terre, et que l'air dilaté grhnpe le long des rodies, et décèle sa marche par les flocons nébuleux qu'il entraîne; plus régulier, plus sensible l'été, où les contrastes extrêmes sont plus prononcés; plus faible , plus mterrompu l'hiver, où l'atmosphère se ressemble davantage, et où les grands vents en oocu. peut l'empire. Ce vent de terre est surtout remarquable sur la côte d'ouest, et dans le golfe d'Ajaccio , où il imite parfaitement les brises des Antilles , sans doute par la raison que dans cette partie la pente des montagnes plus rapide, essuie en outre la plus forte chaleur du jour; et lorsque je considère qne le prolongement du golfe d'Ajaccio dans l'mtérieur des terres, est une vallée droite et profonde, où le vent de mer remonte comme dans un tuyau , il me paratt évident qne c'est lui qui gorge d'humidité, et Alt au fort de Vizzavona le dépôt dont j'ai parlé , et qui devient d'autant plus nécessaire, que là il rencontre une forêt de sapins, et habituellement un vent contrafre qui le force de déposer.

En général, il n'existe jamais pour la Corse nn même vent, un même courant d'air; alore même que toute l'atmosphère de la Méditerranée s'ébranle dans une même direction, ce grand fleuve d'air produit pour la Corse des tournoiements, des eontre-reflux , des déviations absolument semblables à ceux que l'on remarque dans les fleuves d'eau , aux piles des ponts , aux grèves , aux rochers ; dans tous les obstacles de cette espèce, l'on peut observer qu'il se fait aux pointes d'avant, mais surtout à celles d'arrière, c'est-à-dire an bas du courant, des mouvements de tourbillon, d'engouffrement, de déviation très-compliqués, et cep«idant soumis à des lois fixes de frottement et de rapidité, de la part des lames d'eau qui se heurtent ou qui glissent les unes contre les autres. A la différence près de légèreté, ces efl^ sont les mêmes dans les courants d'air, et les deux pointes de la Corse en offrent des preuves palpables ; car il arrive tous les jours qu'un vaisseau vogue par un vent d'ouest vers le cap Corse ou Bonifado, et qu'à peine il a dépassé la pomte, il se voit pris par un vent debout, qui lui plie ses voiles, et le promène en lignes courbes et en circuit Les marins savent qu'à ces deux pointes il règne habituellement des vents opposés et toujours violents, parce qu'ils y sont resserrés comme dans un détroit. Le canjd ou bouche de Bonifacio est célèbre pour les vents terribles ; ceux du sud-ouest y sont si constants , que tous les arbres y sont inclinés dans le sens de leur souille, et que les oliviere avec leurs branches jetées d'un seul côté, présentent l'aspect singulier de femmes édievelées dans les

tempêtes de Yeroet. La même chose arrive au cap Corse» et y rend impossible la culture des grains et de toutes plantes à tiges ûiibles : observez d'ailleurs, qu*un même vent change de direction selon les côtes qu*il rencontre , et que le vent qui est ouest sur 1^ bande d'Ajaccio, devient sudouest à Calvi et au cap Corse. C'est ce sud-ouest qui règne habituellement sur ces parages , et qui» lorsqu'il franchit les montagnes de Saint -Florent» tombe avec tant de roideur sur Bastia , qui est au revers de la côte, à ôOO toises de profondeur» qu'il enlève quelquefois les toits des maisons » et que l'on est jusqu'à 8 jours sans que l'on puisse sortir. Les vieillards du pays assurent qu'autrefois ce vent ne passait pas au delà du Bevinco, et maintenant il ravage au loin toute la plaine. Ce fait constaté trouverait très-bien sa solution dans le dépouillement du mont Penda» et des hauteurs adjacentes, jadis couvertes des sapins et des chênes de la forêt de Stella» aujourd'hui rasée.

L'on ne donne point assez d'attention à l'importance des bois sur les cimes des hauteurs, et il faudra que quelque jour un gouvernement éclairé dresse un code spécial sur cette partie de la richesse et de la santé publiques.

Par opposition aux vents d'ouest et sud-ouest» régnants sur la bande d'Ajaccio, les vents d'est et sud-est dominent sur celle de Bastia. D'après les observations des ingénieurs du cadastre du terrier» ils y occupent eux seuls les cinq sixièmes de Tannée : leurs effets y sont diamétralement contrah^ à ceux de leurs antagonistes; car tandis que l'ouest et sud-ouest dessèchent tout à Bonifado» à Calvi» au cap Corse, l'est et surtout le sud- est engraissent et fomentent la végétation par leurs brouillards nwites, et par leurs douces pluies , depuis Bastia jusqu'à Porto- Vecchio; mais ils compensent chèrement ce bienfiiit à l'égard des animaux par le malaise et l'accablement dont ils les affectent. Le sud-est particulièrement rend la tête pesante» le corps fiévreux, l'estomac nauséabond ; c'est lui qui est si justement décrié en Italie sous le nom de scirocco ou vent syrien, et dans nos provinces du Midi, sous le nom de vent marin. Ses mauvaises qualités s'exaltent sur la côte orientale de Corse » par les nombreux marais dont elle est bordée; il contribue même à leur formation, en imprimant à la mer un mouvement qui engorge de sable toutes les embouchures des rivières, et les ferme dans le sens de sa direction. Par ce mécanisme , les eaux débordent facilement, se répandent, stagnent, se corrompent, et quand la chaleur vient, leurs exhalaisons poussées par Test et le sud-est au pied des montagnes , y causent l'insalubrité dont on s'y plaint à des hauteurs et à des distances considérables; elles remontent même dans l'intérieur du pays par les canaux des vallons, et on leur attribue entre autres ce qui se passe à Tauberge de Ponte-Nuovo sur le Golo, où l'air est tellement vidé , que Ton n'y couche pas deux nuits sans y prendre la fièvre. Cependant si, comme il est vrai, tout vallon en Corse est malsain, il faut admettre à ce phénomène ime raison plus générale , et elle me parait exister dans la stagnation de l'air, dans l'alternative du chaud et du froid, mais par-dessus tout, dans l'humidité excessive du soir et de la nuit. Au reste, en Corse, comme dans tous les pays chauds, tout vent qui passe sur un marais, devient malsahi à une distance proportionnée au vo-

ÉTAT PHYSIQUE

lume des exhalaisons qu'il transporte. Porto- FecciUo offit en ce genre un fiiit vraiment lumineux. Là, cemême tcsi d'est et presque de sud-est, qui empeste 1» villages aisés sous la direction des marais de Biguglia et à'AUhat tA le vent agréable et sain, parce qo'il vient immédiitaiiait ' de la mer ; tandis que le vent d'ouest et sod-ooest, à tm à Bonifado , est pestiféré à Port<h Vecehio , parce qa*!! 7 pousse toute la vapeur du marais qui est à une demilieue dans le sud-ouest. Il y a plus , ce même vent d'est, salubre à Porto- Vecchio, devient en été pénttile et milsain , jusque sur les hauteurs de Quenza ; et lorsque de là il retombe sur Sarténé et Ajaodo , il ^^e le kamsÏB d'Egypte, parce qu'il arrive chargé de tout le feu des rodies pelées, la Rocca. Cet exemple seul développe la théorie des vents; quant à leurs qualités» il suffit d'inspecter laorte géographique pour savoir quel vent est humide, et quel vent est sec dans un pays. Si l'ouest et le sod-ooest soot si secs en Corse, on sent que c'est parce qu'ils arrivent do vaste continent de l'Espagne, où ils ont déposé leor hnmù dite , sans avoir eu le temps de la repomper sur k bns étroit de la Méditerranée qu'ils parcourent Si l'est et le sud-est, au contraire, sont les vents humides et ploTJeoi, c'est parce qu'ils ont parcouru cette mer dans toote si longueur, en provoquant par leur chaleur son éva|)orati(B; si le vent du nord est frais et sec sur la côte de Balagpe où il règne , c'est qu'il vient du continent de France et des Alpes; et s'il est modéré, c'est qu'arrêté par la barrièrt des monts, et par le cap Corse, il est forcé de se Ic&it dans un état de stagnation et de remous.

D'après ces détails, il serait superflu de m'aj^iesautir sur l'ordre des saisons. J'ai assez indiqué qu'il se rapprwài de celui de France. De mai en septembre» des vents modérés d'ouest sur la côte d'Ajacdo, et d'est sor celle de Bastia, permettent une navigation commode en Uns sens, mais plus du nord au midi» que du midi au nori Pea* dant le reste de l'année, les vents sont variables et h mer très-capricieuse. L'équmoxe d'automne forme sue époque très-remarquable» en ce qu'il arrive alors dai» l'atmosphère une rupture d'équilibre qui amène sor ii cime des monts, des ouragans et la première coodiede ndge. Cette première neige est le signal du retoor de b salubrité dans toute l'Ile : l'air se rafraîchit , les eaox le purifient, les fièvres se calment; cet état dure josqo'à li fin de mai , c'est-à-dire, jusqu'à ce que ces mêmes neiges soient entièrement fondues. Alors l'intempérie de l'air et des eaux recommence , de manière qu'en Corse, la uuivaise saison est l'été. L'on a vu en certaines années jasqu'à 8 mois s'écouler sans pluie ; cela n'empêche pas qaH n'en tombe conununément 22 à 23 pouces, c'est-à-dire, 2 pouces de plus qu'à Paris. Mais l'inégale répartit»» de cette eau et son écoulement trop brusque, en dimianeai beaucoup le bienfait : les rosées y suppléent en parUe; la Corse leur doit cet aspect de verdure qui la rend pta agréable au coup d'œil que les pentes nues de la Sjrt En comparant ces deux pays sous d'antres rapports, je trouve qu'ils se ressemblent en plusieurs ; mains la balaact des avantages me parait être au dernier, même pour rartide ûnportant des sources, qui y sont aussi bonnes et plos abondantes qu'en Corse. J'ai plongé le thermomètre daas

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