‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 195 sur 230 · DE LA CORSE · texte numérisé non relu

DE LA CORSE

iet pttu fraîches d'entre eOes ( Aqua bottita et CampoiiU ) » et elles ont également marqaé 5 degrés au-dessus de la glace, le 21 juillet et le 15 no?einbre, quoique dans un cas la neige couvrit de 10 pouces la terre , et que dans Tautre, Tair fldt à 18 degrés; ce qui explique pourquoi elles semblent chaudes en hiver et froides en été.

Tandis que ces pluies, ces rosées , ces eaux donnent de l'aliment à la Tégétation, un soleil ardent et un air salin lui donnent une énergie de sève et une activité qui se manifesleot dans tous les produits. Nos fleurs y ont une vivacité de parfum bien plus exaltée. Le 4 février, ayant cueilli à Corté une vingtaine de violettes , je fus obligé de les rejeter de ma chambre an bout de moins d*nne heure , parce qu'elles m'entêtaient Les fruits ont de même une saveur très-prononcée, et généralement excellente : le raisin, les figues y sont exquis; mais les châtaignes ne valent pas no6 marrons entés. Ce que les Français ont apporté de pommiers, pêchers, abricotiers, etc. donne des fruits sopérieors aux nôtres pour la qualité; mais les Corses en né^ent le soin; ils n'ont pas encore su jusqu'à ce jour coeiUir de bonnes grenades ni de bons melons ; et le jaidin des Arena, près de File Rousse, est le seul qui produise d'assez bonnes oranges.

Le miel de Caccia, dur comme la dre, n'a point l'amertume dont se plaint Virgile, et peut le dispdter an Mahon.

J'ai d^ parié des principaux arbres et ari>U8tes de l'Ue : le chêne vert, le châtaignier, le sapin , raricdo, ou plutôt, le pin de lord Weimouth , font avec les li^es la base des foretsetde8boi8;razeroUer, le myrte, lelentisqne, l'olivier sauvage, le cyste, l'alateme, la grande bruyère, sont celle des broussailles ou makiif selon l'expression du pays. Ils y croissent depuis 2 jusqu'à 10 pieds de hauteur, selon la qualité du terrain. J'ai trouvé dans les campagnes de Cervione beaucoup de baguenaudiers, de faux ébènes, de genêts d*£spagne, et d'antres arbrisseaux rares ches nous; et je ne doute pas qu'un botaniste ne rencontrât dans l'étendue de l'Ile des objets utiles et très-curieux.

Le sparthe, ou jonc d'Espagne, objet de conmieroe important, croit naturellement dans plusieurs marais d'Ajacdo, et a foomi dq>uii 5 ans une bonne partie des cordages pour la pêche du corail. La soude abonde sur la plage d'Aleria, et remplit surtout les rivages, de même que l'herbe aux vers ; l'orseil, précieux en teinture, croit sur la plupart des rochers.

Dans le règne animal, la Corse ne jouit pas de moms d'avantages; elle est exempte des loups, et possède tout notre gibier. L'ours, qui se trouvait dans les forêts du temps de Filippini, en a disparu depuis plus d'un siècle; il ne reste d'animal carnassier que le renard, qui ose attaquer les moulons et les chèvres. Les oiseaux de proie, aigles et milans , sont rares; et l'on ne voit ni scorpions ni serpents dangereux que la vipère. Dans les marais, le gibier d'eau y est abondant, et aussi bon que son espèce le comporte. Sur terre, la perdrix rouge, la seule qui se trouve dans l'Ile, est grosse, mais elle est sèche. Le lièvre est meilleur. Le lapin n'a pu se multiplier que sur un petit rocher en mer, vis-à-vis de l'Ue Rousse. Le ramier, la tourterelle, la caille et autres oiseaux de passage, sont excellents; mais

VOUIET.

rien n'égale le merle des cantons d* Ajaodo et de Cervionç . qui, se nourrissant depuis décembre des baies de lentisque et de myrte, est un vrai bouquet parfumé; celui de fialagne , qui mange des olives, n'est qu'amer et maigre. La plahie d'Aleria , la plus riche en gibier, donne des cerf^ et des sangliers de très-petite race, mais d'une chair bien supérieure aux nôtres, et quelques faisans. Le miuffoli > qui ne se rencontre que dans les hautes montagnes, est une espèce de gazelle très-légère, très-hardie, qui ose se précipiter de 30 à 40 pieds en bas, sur ses cornes, sans jamais se blesser.

Dans les animaux domestiques, il est à remarquer que toutes les espèces sont extrêmement petites; les chevaux n'ont communément que 4 pieds à 4 pieds 3 pouces; ceux qui dépassent cette taille viennent de Sardaigne. Les bœufr et vaches sont dans cette proportion. Le mouton ne pèse pas vivant plus de 24 à 30 livres; il a cela de très-particulier, que sa laine est un vrai poil de chèvre, non frisé, et pendant à la longueur de près de 4 pouces. Les Corses n'en élèvent que de noirs, couleur cul de bouteille, parce qu'à ce moyen, ils sont dispensés de temtures. Les chèvres, qui sont le iléau de l'Ile, ne diffèrent en rien des nôtres. Tout ce bétail est maigre, vagabond, demi-sauvage. Quand on engraisse le mouton, le chevreau, le porc, leur chair est excellente; celle du porc surtout, qui n'a pohit ce vavenx indigeste qu'elle a en France et dans le continent H en est de même de la volaille; miis les Corses prennent rarement œs soins. Ils ne savent guère mieux profiter par la pêdie du bienfldt de la mer, qui fournit cependant d'assez bon poisson avec assez d'abon» danoe : outre le rouget, la sole, le turbot, le saint-pierre , il passe chaque année quelques thons vers Samt-Florent, et des sardines autour de toute l'Ue. Près d'Aleria, l'étang de Diana fournit des huîtres très-grosses et très^estimées à Gênes, parce que l'on n'y eonnaitpaa nos espèces, qui sont certainement plus délicates. Quant aux poissons d'eau douce, ne trouvant ni asile, ni aliments dans l^ torrents pavés et encaissés de cailloux , il n'y a que la seule truite qni puisse y Tivre parmi les cascades. Dans la plaine, des petites tortues et de petites anguilles essaient de se cacher dans le sable, et tout le reste de nos poissons est inconnu.

Résumons en peu de mots cet état physique de la Corse. Une charpente de rocs, qui du nord au sud, et de deux chaînes principales, jette à droite et à gauche des rameaux scabreux et coupés; des dmes dénudées et conformées souvent en cristallisations énonnes qni semblent les flots con* gelés d'une mer agitée; une division verticale d'une bande calcaire à l'est, et d'une autre graniteuse à l'ouest Une division horizontale de trois régions ou couches, l'une chaude et humide, l'autre froide et sèche , et la moyenne tempérée. Une côte basse et égale à l'orient , parce que la mer d'Italie, encaissée et stagnante , protège les atterrissements; une côte dentelée et élevée à pic au couchant, parce que la mer d'Espagne et des vents violents déploient une action rongeante ; un sol généralement maigre, mais très-vé • gétable; des Talions profonds, des pentes rapides, une verdure constante nuancée de bandes rousses ou brunâtres de terres et de blocs de pierres ; un aspect vraiment pitto-

resqne et paysagiste; un ciel Tif, souvent semé de nuages; OD air agité; un climat variable; une nature, non pas riche, niais propre à le devenir ; non pas exoeltente, mais qui n'attend que la main de l'homme pour récompenser tous ses soins : telle est la Corse.

Tels sont les éléments physiques dont se compose la condition de ses habitants, soit par Tinfluence qu'ils en éprouvent, soit par Tosage et remploi qu'ils en font '.

> C*e8t cette double question d'action et de réaction réciproque que Tauteur se proposait d*examiner dans les chapitres qui devaient suivre celui qu'on vient de lire ; — la mort ra surpris au milieu de son travail; et c'est d'autant plna à

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