DE L'ÉTAT DE LA CORSE
ntport 1,973,013 fr.
Pour six députés à rassemblée nationale, les frais de poste compris 46,000
Poor quatre régiments de troupes de ligne ■ « 2,200,000
Pour quatre bataillons de garde nationale corse • 900,000
Total 5,119,013 fr.
Et je ne compte ni les postes, ni les bweaox de santé, ni 116,000 liT. de secours extraordinaires en 1791, ni 60,000 Dt. ponr le marab de Saint-Florent, ni 40,000 Ht. pour cenx d'Aleria , ni les frais de quatre bataillons nonreaux qœ le député Salicetti vient de foire créer, ni les 24,000 li¥. avancées à la commission dont fl est le promoteor et le guide.
Et entendant les contributions foncières et mobilières ne se montent qu'à 300,000 Ht. et elles sont arriérées de trois ans, et le consefl corse, en 1790, les a dénaturées et diminuées d'un tiers; et les rôles pour 91 ne sont pas exécutés dans plus de seize municipalités; car le 19 janvier dernier, 0 n*y en avait qu'un seul dans le district d'Ajaccio, quoique l'état de situation du 23 novembre, envoyé par le procureur général syndic Pozzo di Borgo, en atteste quatorze; et il n*y a point eu de contribution patriotique; et de tons les biens nationaux vendus il n'est rien rentré au trésor; et 200,000 liv. sont empruntées à la caisse du clergé; les patentes sont nulles; les douanes sont presque anéanties, eicepté ce qu'il en feut pour payer les employés parents et amis; et la plupart des administrateurs sont débiteurs du trésor, et ils se tolèrent de l'un à l'autre fous les abus, n'eiercent ni répartition, ni recouvrements, par ménagement de voix électives , par esprit de parti et de parenté; et ils crient que la Corse est pauvre, et ne pourra payer, quoique eoos le réginie antérieur, sana être foulée, elle rendit en charges de toute espèce, à la vérité en denrées, pour plus de 1,300,000 liv.; et tous ces fonds passent en Italie par l'abandon des denanes , que le conseil du département a diminuées de moitié, etc. etc.
6° Malgré tant de fonds versés , les routes et les chemins sont sans réparations : les travaux publies n'eut ooMé, en 1791, que 384 liv, ; les traitements et salaires des ecclésiastiques et des juges sont habituellement arriérés de six mois; les assignats sont échangés à Toulon et à Marseille pour du numéraire, qui s'enfouit à Corté, s'il ne s'y dissipe. La justice est sans activité; une seule exécution a eu Ûeu, quoique, depuis trois ans , il ait été commis plus de 130 assassioats de vengeance et de gnet-^pens. Nul comple de finance n'est publié, à moins que l'on ne donne ce nom à on chaos de chiffres sans résultat, que le directoire vient enfin de fiyre Inoprimer pour 1791. L'on y troave entre autres deux procureurs généraux payés en même tempe, dont rnn, député, recevait encore d'antres gages; deux membres du directoire conservant leurs traitements, quoique aujfiffyés à une autre commission payée; mais l'on y cherche en vain U solde des 60 gardes de son ezcéllenee
■ Je n*ai pu me procurer cet article que par approxhnation.
Pbhàï ', et l'emploi de tous les fonds que le premier conseil partagea à ses membres, à titre de commissions, etc. etc» 7*' 11 n'existe en Corse aucune liberté politique et civile; la citadelle de Corté est une Bastille où plus de 300 personnes Oui été renfermées sans formalités; il n'y a pas de feuille publique cûiculant dans le département, les journaux iirançais sont entendus de peu de personnes; il n'y a aucun libraire vendant des livres ; il n'y a qu'une imprimerie entièrement soumise au directoire, par qui elle subsiste; les relations avec le continent sont lentes et interrompues jusqu'à deux mois de suite; les lettres sont habituellement i^perceptées par le directoire; nulle réclamation, nulle plainte ne peut parvenu* par cette voie. Les élections se font tontes en armes, stylets, pistolets, souvent avec meurtre, toujours avec violence et schisme de la part de l'un des deux partis ; le parti vidnqueur accable et vexe l'antre dans la gestion de tons les pouvohrs dont il se saisit; les voix s'y mendient, s'y achètent, s'y calculent comme une denrée; elles s'y comptent par chefe de fenuUe, parce que l'éducation, l'intérêt et le pr^ugé donnent aux Corses un dévouement si aveugle pour -leurs diefe de parti et de parenté, qu'ils n'en sont dans les assemblées que les échos serriles. Ainsi j'ai vu deux assemblées générales de 400 personnes, dominées et mues par 10 à 12 chefs; ces diefe forment entre eux des lignes aristocratiques, au moyen desquelles ils se partagent, se disputent, se donnent les places et les traitements; Us se broulUent, se réconcilient avec une mobilité et une inconstance incroyable; mais la liberté de la multitude et l'argent du trésor français payent ioi^onn les finis de leurs querelles. Dans l'assemblée qui a nommé à la Convention, j'ai vu le parti des administrateurs l'emporter, en promettant aux électeurs de les payer en argent, et SOfiOO liv. d'assignats Mirent convertis, pour cet effet, en 45,000 liv. de numéraire. Jamais on ne ' tient compte des qualités requises par les décrets. Dans la dernière assemblée, plus de 30 prêtres insermentés avaient voix; on y comptait plus de 150 ecclésiastiques, tous les étocfeun militaires qui pouvaient oontrarier Paoli •u plutét ses motean; car depnis sa dernière maladie , il n'est plus que le prête-nom de quelques intrigants * : tous ces électeurs furent écartés, etc.
Les bornes de cette feuille m'arrêtent id ; j'sjoute seulement qu'en Corse l'industrie est nulle; on n'y a pas même des dkunettes; tout vient du dehors, surtout de Gênes et de Livoume. L'agriculteur est misérable, quoique le sol soit très-fécond ; la campagne est inhabitable foute desûreté habituelle ; les paysans portent le ftisil jusqu'en labourant ; les propriétés sont sans cesse ravagées par les bestiaux vagabonds, ce qui dégoûte de toute culture, etc. etc.
Quant aux dispositions du peuple envere nous, je les peindrai par ce que f en ai moi-même entendu dans mes voyages multipliés, oii, recevant l'hospitalité lapins généreuse sous les toiU des plus simples laboureurs et pasieura,
* Oui, PaoU a encore en ce moment des gardes, et est généralement traité d*excellenoe. {NoU de VauUur, Mon
> Les sodélés populaires de Mandlleet de Toulon, qui ont dénoncé Paoli, doivent bien remarquer cette droonstanoe, afin de ne pas prendre le change sur les auteurs des troubles de la Corse. {Idem,)
Je lecueiUais leurs Téritables seotimenU. « La Corse est • luaitieureuse, me disaient-ils, parce qu'elle est (aible : « Français, serrez-nous d'appui, instruisez-nous ; car nous « sentons que l'instruction nous manque, et nous la dési* « rons; et gouTemez-nous, car avec notre esprit de parti, m jamais un Corse ne rendra justice à un autre. « Le peuple a donc un vrai pencliant pour la France; et J'ai tout lieu de croire que si les Russes ou les Anglais se présentent, ils seront mal reçus; s'ils prennent poste, ils ne le garderont pas, et ils dépenseront beaucoup d'aigenL Mais par la raison que les Corses sont essentiellement divisés en deux partis, il suiBra que l'un se dise français, poyr que l'antre se montre' opposant, surtout lorsque Paoli depuis deux ans, et maintenant les petits ambitieux qui veulent lui succéder, s'efforcent d'intéresser la vanité du peuple à être ce qu'ils appellent peuple ind^tendant. Et il fout avouer que les prétendus patriotes ont abusé et peut-être abuseront encore de l'autorité nationale, de manière à fomenter les mécontentements. Les moyens de ramener l'ordre sont néanmoins encore fiuâles; mais parce qu'ils doivent être employés en système complet, il ne m'est pas possible de les détailler.
Je sens que les vérités accumulées dans ce tableau vont soulever des passions irritables ; déjà le moyen ordinaire des attaques secrètes a été employé auprès d'un ministre, et en m'attribuent des motifs d'humeur et d'ambition mécontente, on en appelle aux trois commissaires comme su- 4>rênes régulateurs. Sans doute leur rapport sera d'ungrand poids; cependant, pour calculer les moyens d'instruction des deux Français, il est bon d'observer que leur collègue «t interprète oorae (Salicetti) a été député en 1789 et en même temps procureur général syndic, puis député à la Convention, puis revêtu de la oomnisslon actuelle qu'U
PBEMIÈRE LETTRE
a provoquée, et pour laquelle il a su s'attirer à loi pnsqsf seul la nomination de toutes les places dans les quatre bataillons qu'il va lever.
Il est vrai qu'avec cette force il doit renverser Paoli; mai la personne de Paoli n'est plus qu'un fantôme, et l'oa s'est peut-être donné des obstacles en lutprésentant son riTil. As reste, la marche des Corses est si incalculable, qu'U lenit très-possible que touts'airangeâtou (ùi aningéaveelepn)cureur général actuel, Pozzo di Boffgo, moteur priDdpil, et que nous en fussions quittes pour payer quatre nonveaia I» taillons qui, comme les quatre précédents, ne feront poist de service , ne sortiront jamais de l'Ue , consommerait so million, sans être trois cents boomies, et cesseront d*(lre laboureurs sans devenir soldats. Quant à mon ambitkB mécontente, j'avoue que je regrette de n'avoir pn trmTer en Corse la paix agricole que j'y dierdiais,etdeD'aTar pu conserver le domaine national où je comptais coUiTer le coton, l'indigo, le café et le sucre, et ouvrir la arrière d'une industrie et d'un commerce nouveau sur cette ma Méditerranée, si mal connue, si négligée, et pourtant à rid», qu'elle seule pourrait nous dédommager de l'Amérique perdue; mais tout le peuple corse m'est témom qoe depuis trois ans personne ne jouit chez lui du bonheur champêtre que j'ai désvé; et quant à l'admissioa au coniea du département, où l'intérêt national m'ordnmait d'airiver,ras croira difficilement en France que j'aie de l'humenr d'aroir été repoussé d'un pays où les motifs publics de ma déCh veur ont été de passer pour un héréUçue , comme antev des Ruines, et pour observateur dangereux, à titre de Français; ce qui néanmoins n'a pomt diminué mon désb d'être utile à un peuple que son heureuse organisatioo et son respect singulier pour la justice rendent capable de recevoir, mais non de se donner un boo gouvernaient
LETTRES A M. LE C" LANJUINALS,