AC DOCTEUR PRIESTLEY
qui n'a pas le temps d'approfondir des débats souvent de peu d'intérêt , a le droit raisonnable d*esiger du moins un premier éclaircissement , sauf ensuite, si la question dégénère en clameurs opiniâtres d'un amour-propre blessé , d'aocordar le droit de se tafre à celui en qui il devient un acte de modération.
J'ai doncluvosremarquescritiquessurmon livre des Ruines; que vous classez charitablement au rang des écrits des incrédules modernes ; et puisque vous voulez absolument que je vous exprime devant le public mes opinions, je vais remplir cette tâche peu agréable avec le plus de brièveté qu'il me sera possible, pour économiser le temps de nos lecteurs communs*
D'abord, M. le docteur, il me paratt résulter clairement de votre brochure que c*e«t bien moins mon livre que vous avez eii dessein d'attaquer, que mon caractère moral et ma propre personne; et afin que le public prononce à cet égard avec connaissance de cause. Je vais lui soumettre ici divers passages propres à l'éclairer.
1* Vous dites, page 12 de la préface de vos ser*^ moBs : « An reste ^ il y a des incrédules plus ignè^ m rants que M. Paine, tels que MM. Yoiney, Le- « quinio et autres en France qui prétendent, etc« »
r Dans la préface de vos Observations sur (es ffrogrés de l'infidéHii : « Je puis dire avec vérité « que dans les écrits de Hume, de M. Gibbon, de « Voltaire, de M. Volney, Il n*y à pas un seul bon « ralaonoement: tous sont remplis d'érre»r«^ro«- « siéres et de faux exposés. «
Idem, page 38 : « Si M. Volney eût donné quel- « qœ attention à l'histoire des premiers temps du • christianisme , jamais il n'eût douté , etc. Mais il « est aussi inutile de raisonner avec un^tel homme, « qu'avec un Chinois ou même un Hottentot. »
Idem, page 119 : « M. Volney, si nous en ju- • geons par ses nombreuses citations d^écrivains « anciens dans toutes les langues savantes de l'an- « cien monde oriental et occidental , doit les savoir « toutes; car il ne parle jamais de traduction : « cependant, à juger de éon savoir par cet échan- « tillon, il ne peut avoir la plus petite teinture de « riiébreu ni même du grée ■. »
Enfin, après m'avoir placardé et affiché dans votre titre même pour un i/^fidéle et un incrédule; après m'avoir indiqué dans votre épigraphe pour Tun de ces esprits superficiels qui ne savent pas trouver, qui même ne veulent pas voir la vérité,
■ Yqtœj te contente de rappeler cette BMertfon da docteor , et dédaigne de la léftiter. H ny répondit , pliuiears an- Bén aprèi, que par la poblIcsttM de ses savants ouvrages •vteiiaagiieiorieBtalei. { Note de Péêite^. )
vous dites, page 1S4, immédiatemtet à la suite d'un article où vous avez patlé de moi souft toutes ces dénominations : « De nos jours le ptogfès de « Tinfidélité est accompagné d'une ciroanstance « qui, dans aucun autro tenpt, n'avait été aussi « fréquente, du moins en Angleterre, savoir que « les tncréduleB, en ftiit de révélation, eommen- « centparnîerrexisteneeetlaprovMenoede Dieu, « c'est-à-dire deviennent proprement athées. »
De manière que, sekm vous, je suis un Hottentot, un Chinois, \m incrédule, un athée, un ignorant, un homme de mauvaise foi, qui n'écrit que des faussetés et des sottises, et^ etcv
Or je vous demande, M. le docteur, qu*impiortait tout cela au fond dé ta question? qu'a de commun mon livre avec ma peitonfte ? et puis , comment voulez-vous traiter avec un homme de ai mauvaise compagnie?
En second lieu, l'tnvilatSon ou plutAt la sommation que vous me faites d'indiquer au public les méprises où je croirai que vous êtes tombé à regard de mes opinions, m'ofiVe plusieurs remarques.
V Vous supposez que le public attache une haute importance à vos méprises et à mes opinions. Mais je ne puis agir sur une supposition ; ne sids-Je peu un incrédule f
3« Vous dites que le public attendra 6é]a de moi. Où sont vos pouvoirs de faire agir et parier le public? €st<e là aussi une révélaUanf
8« Vous voulez que je redresse vos méprises : je ne m'en connais point l'obligation ; je ne vous les ai pas reprochées. Sans doute il n^t pas exact de m'attribuer à choix ou indistinctement, comme vous l'avez fait, toutes les opinions semées dans mon livre , parce qu^ayànt fait parler des personnages très -divers, j'ai dû leur donner des langages très^ifférents à raison de leurs différents caractères. Le rôle qui m'y appartient, puisque j'y parle moi-même, est celui du voyageur assis sur les ruines, méditant sur les causes des malheurs de l'humanité. Pour être conséquent, vous eussiez dû m*attribuer celu! du sauvage hottentot ou samoyède qui argumente contre les docteurs, cbap. 23, et je l'eusse accepté. Vous avez préféré celui de l'érudit historien, chap. '!2!2; mais Je ne puis voir là une méprise : j'y vois au contraire un projet insidieusement calculé , d'engager entre vous et taoi , devant le public américain, un duel d'amour-propre dans lequel vous exciteriez tout Tintéritdes Spectateurs, en soutenant la cause qu'ils approuvent , tandis que celle que vous m'imposez ne m^attirerait , même dans son succès, que des sentiments disgracieux.
Telle est Tastuoe de votre plan, que m'attaquant comme iocrédale àTexistence de Jésus, vous vous conciliez d'emblée la faveur de toutes les sectes chrétiennes, quoique, dans le fait, votre propre incrédulité à sa nature divine ne ruine pas moins le christianisme que l'opinion profane qui ne voit pas dans l'histoire les témoignages exigés par les lois anglaises pour constater l'existence d'un £ait ; et que d'ailleurs il y ait un orgueil d'un genre extraordinaire dans la comparaison tacite, mais palpable, que vous faites de vous à saint Paul et à Jésus 'Christ, par la ressemblance des mêmes travaux pour les mêmes objets. Pré/ace, p. x.
Cependant, conune en fait d'attaque, la première impression a toujours un grand avantage, vous avez droit de vous promettre encore d'obtenir la couronne de l'apostolat : malheureusement pour votre plan , je ne me sens aucune disposition pour celle du martyre ; et quelque glorieux qu'il me fût de tomber sous les coups de celui qui a terrassé Hume, Gibbon, Voltaire, et même Frédéric n, je me trouve obligé de refuser son cartel théologique, et cela pour une foule de bonnes raisons :
to Parce que les querelles religieuses sont interminables, attendu que les préjugés de Tenfance et de l'éducation en excluent presque invinciblement une raison impartiale; que, de plus, la vanité des champions se trouve , par la publicité même, inté* ressée à ne jamais se désister d'une première assertion, entêtement qui engendre l'esprit de secte et de faction.
2» Parce que personne au monde n'a le droit de me demander compte de mes opinions religieuses; que toute inquisition à cet égard est une prétention à la souveraineté, un premier pas à la persécution; et que la tolérance de ce pays, que vous invoquez, a bien moins pour but d'engager à parler que d'inviter à se taire.
8"* Parce qu'en supposant que j*aie l'opinion que vous m'attribuez, je ne veux pas engager ma vanité à ne jamais s'en dédire, ni m'ôter la ressource de me convertir un jour sur un plus ample informé.
4» Parce qu'en soutenant votre propre thèse, M. le docteur, si vous alliez être battu devant l'auditoire chrétien, ce serait un scandale effroyable; et je n'aime point le scandale, même pour faire le bien.
S^ Parce que, dans notre combat métaphysique, les armes seraient par trop inégales ; parlant votre langue naturelle qu'à peine je bégaye, vous feriez des volumes quand je ne ferais que des pages , et le pu-