‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 43 sur 230 · RÉPONSE DE VOLNEY AU DOCTEUR PRIESTLEY · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE VOLNEY AU DOCTEUR PRIESTLEY

C9i fort , et fbndeuae religion deterreur qui anéantit toutes les facultéa^ et démoralise toutes les con* sciences ; tellement que, soit sous l'aspect politique, soit sous l'aspect rdigieux, l'esprit de doute se lie aux idéea âeiUierté, de vérité, de génie; et l'esprit de certitude aux idées de ti^rannie, d'abrtOissemerU et d'ignorcMce.

D'ailleurs, si, eomme il est vrai, Texpérienoe d^autrui et la notre nous apprennent chaque jour que ce qui nous a paru vrai dans un temps, nous semble ensuite prouvéfaux dans un autre,comment pouvons*nou8 attribuer à nos jugements cette confiance aveugle et présomptueuse qui poursuit de tant de haine ceux d'autrui? Il est raisonnable, sans doute, et il est honnête d'agir selon la sensation présente et selon sa conviction; mais si, par la nature des choses, cette sensation varie en ellemême et dans ses causes, comment ose-t-cm imposer à soi et aux autres une invariable conviction? comment surtout ose-t-on exiger cette conviction dans des cas où il n'y a point réellement de sensation , ainsi qu'il arrive dans les questions purement spéculatives, où l'on ne peut démontrât" aucun fait présent?

Aussi lorsque ouvrant le livre de la nature, bien plus authentique et bien plus facile à lire que des feuilles de papier noirci de grec ou d'hébreu; lorsque je considère que la différence d'opinions de trente ou quarante religions , et de deux ou trois mille sectes, n'a pas apporté et n'apporte pas encore le plus petit changement dans le monde physique; lorsque je considère que le cours des saisons , la marche du soleil y^ la quantité de pluie et de beau temps , sont les mêmes pour les habitants de chaque pays, chrétiens, musulmans, idolâtres, catholiques, protestants, etc. etc. ,j[e suis porté à croire que l^Inivers est gouverné par d'autres lois de justiceetde sagesse que celles que suppose un égoïsme étroit et intolérant : et comme en vivant avec des hommes de cultes très-divers, j'ai remarqué qu'ils avaient cependant des moeurs trèç-semblables; c'est-à-dire que

dans tOQte secte chrétienne, mahométane, et même parmi des gens qui n'appartiennent à aucune, j'ai trouvé des hommes qui pratiquaient toutes les vertus privées ou publiques, et cela sans affectation ; tandis que d'autres, parlant sans cesse de Dieu et de la religion , se livraient à toutes les habitudes perverses condamnées par leur propre croyance , je me suis persuadé que la partie morale était la seule essentielle, comme elle est la seule démontrable , des systèmes religieux ; et comme de votre aveu même , page 63 , le seul butdeki reUgUm est de rendre les hommes meilleurs peur les rendre plus heureux, j'ai conclu qu'il n'y avait réellement dans le monde que deux religions , celle du bon sens et de la Men~ f aisance, et celle de la maàcetX de V hypocrisie.

En terminant cette lettre, M. le docteur, je me trouve embarrassé du sentiment que je dois vous offrir; car en me déclarant, page 123, qu'en tout cas vous ne vous souciez guère du mépris de gens comme mai > , quoique je ne vous en eusse jamais témoigné, vous m'indiquez clairement que vous ne vous souciez pas non plus de mon estime : c*est donc à votre bon goût et à votre discernement que je laisse le soin d'apprécier le sentiment qui convient à ma situation, et qui appartient à votre caractère.

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