‹ Œuvres complètes de VolneyChapitre 60 sur 230 · CHAPITRE VIÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIÏI

État da oonunerœ.

Dans cette bari)arie générale, on pourra s'étonner que le commerce ait conservé l'activité qu'il cl^loie encore au Kaire ; mais l'examen attentif des sources d'où il la tire, donne la solution du problème.

Deux causes principales font du Kaire le siège d'un grand conmierce : la première est la réunion de toutes les consommations de l'Egypte dans Fenceinte de cette ville. Tous les grands propriétaires, c*est-à-dire les Mamlouks et les gens de loi , y sont rassemblés, et ils y attirent leurs revenus, sans rien rendre au pays qui les fournit.

La seconde est la position qui en fait un lieu de passage, un centre de circulation dont les rameaux s'étendent par la mer Rouge dans l'Arabie et dans rinde; par le Nil, dans FAbissinie et l'intérieur de fAfrique; et par la Méditerranée, dans l'Europe et l'empire turk. Chaque année il arrive au Kaire une caravane d'Abissinie, qui apporte 1,000 à 1,200 esclaves noirs, et des dents d'éléphants, de la poudre d'or, des plumes d'autruches, des gommes , des perroquets et des singes * . Une autre , formée aux extrémités de Maroc, et destinée pour la Mekke, appelle les pèlerins, même des rives du Sénégal *. Elle côtoie la Méditerranée en recueillant ceux d'Alger, de Tunis, de Tripoli, etc. et arrive par le désert à Alexandrie, forte de 3 à 4,000 chameaux. De là elle va au Kaire , où elle se joint à la caravane d'Egypte. Toutes deux de concert partent ensuite pour la Mekke , d'où elles reviennent 100 jours après. Mais les pèlerins de Maroc, qui ont encore 600 lieues à faire , n'arrivent chez eux qu'après une absence totale de plus d'un an. Le chargement de ces caravanes consiste en étoffes de l'Inde , en châles, en gommes, en parfums, en perles, et surtout en cafés de VYémen. Ces mêmes objets arrivent par une autre voie à Suez, où les vents de sud amènent en mai 26 à 28 voiles parties du port de Djedda. Le Kaire ne garde pas la sonmie entière de ces marchandises; mais outre la portion qu'il en consomme, il pro-

* Cette cnsTane Tient fuir terre le long da NU; c*e8t avve elle qoeBiooe, Anglaii, leviot en I77S de l'AblssinSe, oo U arait fait le voyage le plus hardi qu'on ait tenté dans ce aiède. En traTenant le désert, la caravane manqua de vivres, et yéoQt pendant plusieurs jours de gomme seulement.

> rai vu an Kaire plusieurs noirs arrivés par cette caravane, qui Tenaient du pays des Fauîis, au nord du Sénégal , et qui disaient avoir vu des Francs dans leurs contrées.

fite encore des droits de passage et des dépenses des pèlerins. D'autre part, il vient de temps en temps de Damas de petites caravanes qui apportent des étoffes de soie et de coton , des huiles et des fruits secs. Dans la belle saison , la rade de Damiât a toujours quelques vaisseaux qui débarquent les tabacs à pipe de Lataqié, La consommation de cette denrée est énorme en Egypte. Ces vaisseaux prennent du riz en échange , pendant que d'autres se succèdent sans cesse à Alexandrie, et apportent de Constantinopie des vêtements, des armes, des foiUTures, des passagers et des merceries. D'autres encore arrivent de Marseille, de Livourne et de Venise , avec des draps , des cochenilles , des étoffes et des galons de Lyon , des épiceries , du papier, du fer, du plomb, des sequins de Venise, et des dahlers d'Allemagne. Tous ces objets , transportés par mer à Rosette sur des bateaux qu'on appelle djerm ', y sont d'abord déposés, puis rembarques sur le Nil et envoyés au Kaire. D'après ce tableau, il n'est pas étonnant que le commerce offre im spectacle imposant dans cette capitale*; mais si Ton examine en quels canaux se versent ces richesses , si l'on considère qu'une grande partie des marchandises de l'Inde, et du café, passe à l'étranger; que la dette en est acquittée avec des marchandises d'Europe et de Turkie; que la consommation du pays consiste presque toute en objets de luxe qui ont reçu leur dernier travail ; enfin , que les produits donnés en retour sont , en grande partie, des matières brutes, l'on jugera que tout ce comraerces'exécute sans qu'il en résulte beaucoup d'avantages pour la richesse de l'Egypte et le bienêtre de la nation.

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