PREFACE
Est-U donc vrai que Vhittoire ancienne soit an proMème cnttèrement Insoloble, et qae nous soyons condamnés à n'avoir que das Idées vagues, même sor cette |>artie à laquelle ■otie système d'éducation attache une Importance religieuse? Quoi ! depuis moins de cent ans, Fesprit humain a su pénétrer une foule d*énlgmes de la nature, dans l'astronomie, dans la physique générale et parUcuUère, dans la chimie, etc. ; et 11 ne pourra deviner les logogriphes que lui-même s'est composés dans les récits de l'histoire! D'où vient cette bizarrerie ? nnterroge les observateurs des fait* naturels ; Je leur demande par quelles méthodes ingénieuses et sûres ils ont fait de si heureuses découvertes , vaincu de si subtiles dlfilcultés : Us me répondent « que Cest en rappelant les anciennes « théories à de nouveaux examens; en dévoilant Terreur on « la fausseté de certains faits qu'elles avaient établis comme « bases; en n'admettant comme vrais que les faits constatés « par l'expérience et par l'analyse ; enfin , en ne souscrivant à <i aucune assertion par le respect des noms et des autorités, « mois seulement par l'évidence qui natt de la démonstration, m
Je me tourne vers les raconteurs d'événements humains, vers ces écrivains qui peuplent nos bibliothèques de volumes sur Vhittoire ancienne : Je leur demande pourquoi , malgré leurs travaux savants et multipliés, nos connaissances n'ont niit depuis deux cents ans aucun progrès par delà le court espace des six siècles qui précèdent l'ère chrétienne. « Notre tâche, « me disent-ils, est bien plus épineuse que celle des physi- « dens : nous n'opérons pas comme eux sur des corps pal- « pables, sur des laits soumis à l'évIdcDce des sens; tels « qu'un Jury d'enquête, nous opérons sur des faits moraux « qui ne sont pas présents, qui même n'existent plus, et qui « nous sont racontés tantôt par des témoiBS, tantôt par des « gens qui ne les ont pas vus. Ces narrateurs parlant des lance gués diverses tombées en désuétude, c'est pour nous un « preoOer obstacle d'être obUgés de les apprendre ; d^à nous
« pouvons conunettre bien des cireurs à les expliquer : eth « suite n nous faut rechercher les faits ou phitdt ki témol- « gnages épars, souvent altérés par leur passage de bouche M en bouche; Il nous faut confironter les rédts , appi^er la K moralité et les pr^ugés des raconteurs; et sur quelques ar- «( ticles leurs contradictions sont si absolues, quil en résulte « des difficultés inextricables. — Ce n'est pas tout, ijoute ub « savant critique du dernier siècle*, et ce n'est pas la seule oa « la vraie raison de notre ignorance :. U est une cause bien « phis radicale que n'avouent pas mes doctes ocmirères. Conune « eux , Je m'étais persuadé que les difficultés qui les arrêtent R dans rblRtoire, et surtout dans la chronologie ancienne, n devaient être insolubles en elles-mêmes , et Je croyais qali, «t y avait de la présomption à tenter ce que des hommes d'un m grand nom n'avalent pu exécuter; mais lorsque J'ai para couru les routes dans lesquelles Ils ont marché, J'ai va « avec surprise que c'était aux seuls défauts de la méthode <i qu'ils ont suivie que l'on doit attribuer le peu de succès de « fours efforts : Us ont commencé par pcendre leur parti dans a les anciennes histoires, dans celles des temps antérieurs il à Cyrus; et après cela ils semblent avob* étudié, non pout K parvenir à la connaissance de ce qui est, mais pour trou- « ver les preuves de ce qu'ils ont Imagtaié devoir être , cAe. »
Je vous entends, Judicieux Fréret; vous voulez dire que, par l'effet d'un priyugé. ancien et dominant, nos érudits ont dénaturé les fonctions de l'un des lémcinê de l'antiquité, en ce qu'au lieu d'entendre avec impartialité les dépositions dn peuple Juif, Us les ont reçues avec un respect aveugle , et les ont érigées en décrets suprêmes , auxquels Us ont soumis , de gré ou de force, les témoignages de ses pairs.
Effectivement, si Je parcours les livres écrits depuis deux, cents ans sur Vhittoire ancienne, Je vols leurs argumenta, leurs
I Fréret, première pagM <«• ObMrpoMOM çénirmiet emr t'kie* toin, tome I*' de ws GfiuTree, page 65, et JUémoiru et l'jicm étmie det kutriptUms, tome VI.
SDR L'HISTOIRE ANQENNE.
sysIteMS fondés généralement sur ce principe : « Que la duo- « nologle do peuple Juif est la règle Indispensable de celle de « tons les autres peuples, et quee'est à la mesure de son cadre « qali faut alkmger on raccourcir toutes les chronologies. »
Arec une telle méthode , est-il surprenant que nos connaissances soient restées stationnaires au même point où les ont laissées Jkineph SoUieer et le P. Petan, il y a plus de deux cents ans? et cela pouvait-il manquer d'être ainsi, lorsque les savants ■ qui ont cultivé cette branche d'instruction, ont été pfeaqlia tons des eodésiastliiues qui s'attribuant VMsioin tmdemmê comme leur domaine, à raison de ses n^ports avec la création du monde, ont cru leur conscience et leur religion inféMsséea à «outeidr rinfiidilibiUté du système Juif.
Yoiilaos4XNU dissiper, du moins en partie, les ténèbres qui couvrent Tantiquité? il fout avant tout disposer nos yeux à raconnaltie, à accepter la lumière de la vérité : il faut, dans rinlerrogaftoln ou dans rauditkm des narrateurs , nous dépouiller de tonte prédilection : en un mot , il fout, suivant la méthode des physiciens et des géomètres dans les sdenoes exactes , n*admettre par anticipation aucun fait, aucune assertion, dont la certitude, la vraisemblance morale n*aient élé préadahkmeot discutées et réduites à leur juste valeur.
Cest en cette disposition d*esprit qu*ont été faites les ndiendies suivantes, que nous soumettons an lecteur ; et puce que, de tous les oîjets de discussion et de tous les moyens d*épreave, le moins irritant, lemohis récusable est le calcul arithmétique, c'est sur la chronologie, qui est raiithmédqne dé rhistolre , que nous allons d'abord exercer notre critique : nous allons examiner,
!<» Quel degré d'exactitude et de correction présente te système chronologique Juif, considéré bitrinsèquement ;
99 Sur quelles bases de foite on de raisonnemente il établit son aotorite, abstraction faite de toute opinion dogmatique;
S* Quels ont été et quels ne ptuvent être les auteurs des livres qui nous offrent ce système , fondant à cet égard nos arguments, nos preuves , uniquement sur les aveux implicites ou positUii de ces livres.
Oee bases posées, nous verrons quelles conséquences en résultent pour l'établissement de la chronologie ancienne prise en général.
CoDunençons par tes temps les plus connus, les plus susceptibles d'écteirdsKment, et discutons d'abord Upériode des rois Juilii , depuis Saûl jusqu'à la ruine de Jérusalem , sous Sédéqiah, «67 ans avant nette ère.