‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 187 sur 466 · SCÈNE PREMIERS · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERS

JULIE, M»r AUBONNE, CHARLOT.

JULIE

Enfiïï, je le verrai ce charmant Henri-Quatire , Ce roi brave et dément qui sait plaire et combattre , Qui conquit à la fois son royaume et nos cœurs, Pour qui fyUrs et l'Amour n'ont point eu de rigueuxs, Et qui sait triompher , si j'en crois les nouvelles , Des ligueurs , des Romains , des héros et des belles.

CHARLOT dan* nu coin.

Elle aime ce grand homme ; elle est tout comme moi.

JULI* Lisette à me parer a réussi , je croi.

Comment me trouve*-vous ?

. M m9 . AUBONNE.

| Très-belle et très-bien mise.

Vous seriez peu fâchée , excusez ma franchise , D'essayer tant d'appas, et d'arrêter les yeux \ D'un héros couronné, partout victorieux.

JULIE

Oui , ses yeux seulement... il a le cœur fort tendre : On me l'a dit du moins... je n'y veux point prétendre : Je ne veux avoir l'air ni prude ni coquet.... Eh , mon Dieu ! j'aperçois qu'il me manque un bouquet.

Un bouquet ! allons vite.

(il sort.) 1P". AU BON NE.

Eh bien , belle Julie,

Ce grand prince ici même aujourd'hui vous marie ;*

Il signera du moins le contrat projeté ,

Qui sera par madame avec vous présenté.

Vous semblés n'y penser qu'avec indifférence ,

Et je crois entrevoir un peu de répugnance.

JULIE

Hélas ! comment veut-on que mon cœur soit touché ,

Qu'il se donne à celui qui ne l'a point cherché ?

v Par la digne comtesse en ces murs élevée ,

Conduite par vos soins, à son fils réservée ,

Je n'ai jamais dans lui trouvé jusqu'à ce jour

Le moindre sentiment qui ressemble à l'amour ;

Il n'a jamais montré ces douces complaisances

Qui d'un peu de tendresdt auraient les apparences.

II est sombre, il est dur, il me doit alarmer ;

Il ose être jaloux , et ne sait point aimer.

J'aime avec passion sa vertueuse mère :

Le fils me fait trembler } quel triste caractère !

Ses airs, et son ton brusque , et sa grossièreté , Affligent vivement ma sensibilité.

D'un noir pressentiment je ne puis me défendre. La nature me fit une âme honnête et tendre :

J'aurais voulu chérir mon mari.

W*. ÀUBQNNB.

Bartao net:

Développes un coemr qui sa cache à vegeet.

Le marquis est haï 2

JULIE

C'est une aversion q r.

A sa mère , après toi

De quinze ans de bôi >r ;

Je percerais son cœu :

Je ne puis la trompe

Voilà mes sentimen vœux.

M me . AUBONtfE.

Ce mariage-là fera des malheureux.

Ah! comment nous tirer Au fond du précipice?

JÇLÏE* Et moi que devenir? comment faire , nourrice? Tu ne me réponds point, tu rêves tristement, Ma chère Aubonne î

Héiasr

lPourrais-tu prudemment

Engager la comtesse à différer la chose?' • '

Tu sais la gouverner , ton avi* en impose ;

Par tes discours flatteurs tu pourrais l'amener

A me laisser le temps de me déterminer...

Mais réponds donc.

M— . AT3BOUNE.

Hélas ! . . . oui , ma belle Julie. . . .

( en ptaurtafc)

Votre demande est juste..,, elle seva remplie* SCÈNE II.

JULIE, M—. AUBONNE, CHAKLOT.

Madame, j'ai trouvé chez vous votre bouquet.

JULIE

Ce n'est point là le mien, le vAtrt est bien mieux fait , Mieux choisi , plus brillant.... Que votre fils, ma bonne , Est galant et poli !.. Tous les jours il m'étonne. Est-il vrai qu'il nous quitte ?

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