‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 210 sur 466 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

NINON, M. GARANT, le jeutie GOTJÏtVlLLE , LISETTE , un Lapais.

LISETTE

Ah ! la lourde cassette !

Comment voulez-vous donc que j'apporte cela ! Picard la traîne à peine.

BINON.

Allons vite , ouvrons-la.

LISETTE

C'est an vrai coffre-fort.

NINON

C'est le très-faible reste De l'argent qu'autrefois , dans un péril funeste, Étant contraint de fuir r Gourville me laissa ; Long-temps , à son retour , dans ce coffre il puisa. Le compte est de sa main. Allez tous deux sur l'heure Donner a ses enfans le peu qu'il en deu&ure : Ce sera pour chacun, je crois , deux mille écus. Par un partage égal il faut qu'ils soient reçus. Pour leurs menus pi ai si ne ils en feront usage , Attendant que monsieur fasse un plus grand partage.

( ou remporte le coffre. ) LISETTE.

J'y cours , je sais corn pter .

L'adorable Ninon !

NINON à M. Garant.

Pour remplir son devoir , il faut peu de façon ; Vous le voyez, monsieur.

M. GARANT

Cela n'est pas dans l'ordre , Dans l'exacte équité , la justice y peut mordre. Cette caisse au défunt appartint autre foi% Et les collatéraux réclameront leurs droits : Il faut pour préalable en faire un inventaire. Je suis exécuteur qu'on dit testamentaire.

Le jeune GOURVILLE.

Eh bien ! exécutez les généreux desseins D'un ami qui remit sa fortune en vos mains.

M. GARANT

Allez; j'en suis chargé ; n'en soyez point en peine.

NINON

Quand apporterez-vous cette petite aubaine Des deux ceqt mille francs en contrats bien dressés? Et quand reinplirez-vous ces devoirs si pressés ?

M. GARANT

Bientôt. L'œuvre m'attend et les pauvres gémissent : Lorsque je suis absent, tous les secours languissent. Adieu...

(il lait deux pat et revient. )

Vous devriez employer prudemment Ces quatre mille écus donnés légèrement

*> L * , . union.

Eh, fi donc!

M. GARANT revenant encore, la tirant à l*é>art.

La débauche , hélas ! de toute espèce A la perdition conduira sa jeunesse.

Il dissipera tout , je vous en avertis.

Le jeune G OU R VILLE.

Hem ! que dît^il de moi ?

M. GARANT

Pour votre bien , mon fils, Avec discrétion je m'explique à madame....

(>asàNinon.)

Il est très-inconstant.

NINON

Ah ! cela perce l'âme.

M. GARANT

Ha déjà séduit notre voisine Agnant :

Cela fera du bruit.

NINON

Ah! mon Dieu ! le méchant!

Courtiser une fille ! 6 ciel , est-il possible ! M. GARANT.

C'est comme je le dis.

Quel crime irrémissible !

M. GARANT à Ninon.

Un mot dans votre oreille.

Le jeune GOURVILLE.

Il lui parle tout bas; C'est mauvais signe....

NINON à M. Garant qui sort.

Allez , je ne l'oublirai pas.

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