‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 221 sur 466 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LISETTE, PICARD, GOURVILLE l'ttnrf.

LISETTE

Le voici qui revient.

PICARD

Pour la noce peut-être.

LISETTE

Àh ! comme H a Pair triste !

PICARD

~ ,.. . M Oui, je crois reconnaître

Qu'il est bien affligé.

LISETTE

Quelles contorsions !

GODRVILLE ttdatf, dans le fond.

ciel! ô juste ciel!

PICARD

C'est des convulsions.

GOURVILLE lVUné.

Je voudrais être mort.

Il a des yeux funestes.

PICARD

C'est d'un vrai possédéie» regards et les gestes.

(Gonrrille «'avance.) LISETTE.

Qu'avez-vous donc, monsieur ?

PICARD

Vous avez l'œil poché, Bosse au front , nez sanglant, et l'habit tout taché.

LISETTE

Etes-vous ici près, monsieur, tombé par *erre?

GOURVILLE Vdaé.

Que son sein m'engloutisse ! *

picard.

Eh quoi donc ?

GOURVILLE l'ainé.

Qu'on nx enterre; Je ne mérite pas de voir le jour.

PICARD

Monsieur ! .

, LISETTE

Qu est-il donc arrivé ?

GOURVILLE ï'aîn*.

Je me meurs de douleur , De honte , de dépit.

PICARD

Et de vos meurtrissures.

LISETTE

Hélas ! n'auriez-vous point reçu quelques blessures?

GOURVILLE l'atntf s'assied.

Je ne puis me tenir : ah ! Lisette , écoutez Mes fautes , mes malheurs et mes indignités.

PICARD

Écoutons bien.

(il*#e mettent à tes côtes et allongent le cou.) LISETTE.

Mon Dieu, que ce début m'étonne ï

GOURVILLE l'ataé*.

Voulant rester chez moi , monsieur Garant me donne Rendez-vous à dîner chez sa cousine Aubert.

PICARD

C'est une brave dame.

GOURVILLE l'aiaé.

Ah! diablesse d'enfer!

Il y devait venir de savans personnages , Parfaits chez les parfaits , sages entre les sages : J'y vais : madame Aubert était encore au lit. Monsieur Aubert tout seul près de moi s'établit, Me propose un trictrac en attendant la table : J'avais pour tous les jeux une haine effroyable ;

Et cependant je joue.

LISETTE

Eh bien ! jusqu'à présent

La chose est très-commune , et le mal n'est pas grand.

GOURVILLE Taîne\

J'y 8 a g nc » j'y prends goût : de partie en partie Je ne vois point venir la docte compagnie.

Le jeu se continue; enfin le sort fait tant Qu'ayant bientôt perdu tout mon argent comptant , Je redois mille écus encor sur ma parole.

# * LISETTE.'

De ces petits chagrins un sage se console.

GOURVILLE raine*.

Ah! ce n'est rien encor. Garant à son cousin Écrit que les docteurs ne viendront que demain , Et qu'il l'attend chez lui pour affaire pressante* Aubert me fait excuse. Aubert me complimente; Il sort , je reste seul : je n'osais demeurer; Et dans notre maison j'étais prêt à rentrer.

Madame Aubert paraît avec un air modeste, Bien coiffée en cheveux, un déshabillé leste. Un négligé brillant , mais qui paraît sans art. On a dîne partout , me dit-elle , il est tard :

Je vous proposerais de dîner tête à tête 5 Mais je vous ennuîrais.... J'accepte cette fête. Le repas était propre et très-bien ordonné.

Elle avait d'un vin grq^dont je me suis donné.

Vous ave* oublié votre théologie?

GOUR VILLE rainé.

tlélas! oui; ce vin grec la rendait plus jolie. Madame Aubert tenait des propos enchanteurs, Que j'ai rarement vus chez nos plus vieux auteurs. Je l'entendais parler, je la voyais sourire , Avec cet agrément .que Sapho sut décrire.

Vous connaissez Sapho?

PICARD

Non.

GOURVILLE Vdaé.

Le plus doux poison Par l'oreille et les yeux surprenait ma raison. Nous nous attendrissons : monsieur Aubert arrive, Madame Aubert s'enfuit , éplorée et craintive, En criant que je suis un homme dangereux.

LISETTE

vous, dangereux, monsieur?

GOURVILLE 1'atntf.

L'époux est très-fâcheux..

Il m'applique un soufflet; je suis assez colère; J'en rends deux sur-le-champ : nous nous roulons par terre; L'un sur l'autre acharnés, je frappais, il frappait, Et j'entendais de loin madame qui riait....

Vous avez lu, tous deux, de ces combats d'athlète?

PICARD

Je n'ai jamais rien lu.

GOURVILLE Pain*.

Ni toi non plus, Lisette?

LISETTE

Très-peu.

GOURVILLE l'atorf.

Quoi qu'il en soit, meurtrissans et meurtris, Nous heurtions de nos fronts les carreaux , les lambris ; Des oisifs du quartier une foule accourue Remplissait la maison , l'escalier et la rue. On crie, on nous sépare : un procureur du coin D'accommoder l'affaire a pris sur lui le soin. Pour empêcher les gens d'aller chercher main-forte , Pour prévenir , dit-il , une amende plus forte, Pour payer le scandale avec les coups reçus , Je lui signe un billet encor de mille écus.

Ah , Lisette ! ah , Picard ! le sage est peu de chose.

PICARD

Oui, je le croirais bien.

' LISETTE

Quelle métamorphose !

GOURVILLE 0né.

Apres ce que je viens de faire et d'essuyer, Comment revoir jamais monsieur le marguillier? Comment revoir madame?

PICARD

Oh! madame est très-bonne.

Toujours aux jeunes gens , monsieur, elle pardonne.

GOURVILLE l'aine.

Comment revoir mon frère, après l'avoir traité Avec tant de hauteur et de sévérité?

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