SCÈNE IV
GOURVILLE l'ainé, M. l'avocat PLACET, en robe. L'avocat PLACET, toujours d'un ton empesé, et te rengorgeant.
On m'a dit par la ville Que je dois m'adresser à moûsieur de Gourville , Des Gourville l'aîné.
GOURVILLE l'aîné.
Très-humble serviteur.
L'avocat PLACET.
Tout prêt a vous servir.
GOURVILLE l'aîné.
C'est sans doute un docteur Que pour me consoler monsieur Garant m'envoie.
L'avocat PLACET.
Je suis docteur en droit.
GOURVILLE l'aîné.
J'en ai bien de la joie ; Je les révère tous.
L'avocat PLACET.
Au barreau du Palais Depuis deux ans je plaide avec quelque succès.
/ GOURVILLE l'aîné.
Contre madame Aubert plaidez donc, je vous prie, Et vengez-moi, monsieur, de sa friponnerie.
L'avocat PLACET. ►
Je ferai tout pour vous. Vous pouvez au parquet Vous informer du nom de l'avocat Placet.
GOURVILLE l'aîné.
Si vous voulez , monsieur , vous charger de ma cause....
L'avocat PLACET.
Vous devez être instruit. ...
GOURVILLE l'aîné.
En deux mots je l'expose..-.
L'avocat PLACET.
J'ai dès long-temps en vue un établissement j
Et j'avais pourchassé Claire-Sophie Agnant.
Pour elle, vous savez, monsieur, quelle est ma flamme.
GOURVILLE l'aîné.
Non ; mais un avocat fait bien de prendre femme Pour se désennuyer quand il a travaillé.
L'avocat PLACET.
Vous me privez d'icelle ; et vous m'avez baillé Par vos productions bien de la tablature.
GOURVILLE l'aîné.
Qui ? moi , monsieur !
L'arocat P LAC ET.
Vous-même : et votre procédure Par madame sa mère est remise en mes mains.
On a surpris, monsieur, vos papiers clandestins. Vos missives d'amour et tous vos beaux mystères, Colorés d'un vernis de maximes austères.
A nos jeux clairvo vans le poison s'est montré.
GO UR VILLE l'aîné.
Je veux être pendu, je veux être enterré, Si j'ai jamais écrit à cette demoiselle , Et si j'ai pu sentir le moindre goût pour elle.
L'arocat V L AC E T.
On renia toujours , monsieur , les vilains cas : Mademoiselle Agnant ne vous ressemble pas; Elle a tout avoué.
GOURVILLE l'atDé*.
Quoi?
L'arocat P LACET.
Que votre éloquence.
Avait voulu tromper sa timide innocence.
GOURVILLE l'aîné.
Ah ! c'est une coquine ; et je ferai serment
Que rien n'est plus menteur que cette fille Agnant.
L'avocat PL A G ET.
Les sermens coûtent peu , monsieur , aux hypocrites ;
Et chez madame Aubert vos infâmes visités ,
Le viol dont partout vous êtes accusé ,
Un mari trop bénin par vous de coups brisé ,
Ont fait connaître assez votre affreux caractère.
GOURVILLE l'aîné.
Juste ciel!
L'arocat PLACET.
Poursuivons.... vous connaissez la mère?
GOURVILLE l'aUrf.
Qui donc?
V avocat PLACET.
Madame Agnant.
GOURVILLE l'aîné.
Je sais qu'en ce logis On la souffre parfois : mais je vous avertis Que je n'ai jamais eu la plus légère envie D'elle ni de sa fille ; et très-peu me soucie De la famille Agnant.
«I/aTocat PLACET.
Vous savez sur l'honneur Combien elle est terrible , et quelle est son humeur. GOURVILLE l'aîné.
Je n'en sais rien du tout.