OUVRAGE DRAMATIQUE
Traduit de l'anglais de feu M. Thompson par feu M. Fatéma , comme on sait.
PRÉFACE de M. Fat*xa, traducteur. \
O* a dit dans un livre , et répété dans un autre , qu'il est impossible qu'un homme simplement vertueux, sansintrigue, sans passions, puisse plaire sur la scène. Cest une injure faite au genre humain ; elle doit être repoussée , et ne peut l'être plus fortement que par la pièce de feu M Thompson. Le célèbre Addisson avait balancé lona-îemps entre ce sujet et celui de Caton. Addisson pensait que Caton était l'homme vertueux que l'on cherchait, mais que Socrate était encore au-dessus. Il disait que la vertu de Socrate avait été moins dure , plus humaine , plus résignée à la volonté de Dieu , que celle de Caton. Ce sage Grec, disait-il, ne crut pas, comme le Romain, qu'il fût permis d'attenter sur soi-même , et d'abandonner le poste où Dieu nous a placés. Enfin Addisson regardait Caton comme la victime de la liberté , et Socrate comme le martyr de la sagesse. Mais le chevalier Richard Steele lui persuada que le sujet de Caton était plus théâtral que l'autre , et surtout plus convenable à sa nation dans un temps de troubles.
En effet , la mort de Socrate aurait fait peu d'impression peut-être dans un pays où l'on ne persécute personne pour sa religion , et où.la tolérance a si
SOCRATE. gog
prodigieusement augmenté la population et les .richesses , ainsi qne dans la Hollande , ma chère patrie. .Richard Steele dit expressément dans le Tatler : « qu'on doit choisir pour le sujet des pièces de théâtre le vice le plus dominant chez la nation pour laquelle on travaille. » Le succès de Caton ayant enhardi Addisson , il jeta enfin sur le papier l'esquisse de la Mort de Socrate , en trois actes. La place de secrétaire d'état , qu'il occupa quelque temps après , lui déroba le temps dont il avait besoin pour finir cet ouvrage. 11 donna son manuscrit à M. Thompson son élève ; celui-ci n'osa pas d'abord traiter un sujet si grave et si dénué de tout ce qui est en possession de plaire au théâtre. 1 11 commença par d'autres tragédies; il donna Sophoimbe , Coriolan, Tancrède , etc , et finit sa carrière par la Mort de Socrate , qu'il écrivit en prose scène par scène, et qu'il confia à ses illustres amis M. DodingtonetM. Littleton, comptés parmi les plus beaux génies d'Angleterre. Ces deux hommes , toujours consultes par lui , voulurent qu'il renouvelât la méthode de Shakespeare , d'introduire des personnages du peuple dans la tragédie , de peindre Xantippe » femme de Socrate , telle qu'elle était en effet-, une bourgeoise acariâtre , grondant son mari et l'aimant : de- mettre sur la scène tout Paréopage, etde faire , en un mot , de cette pièce une de ces représentations naïves de la' vie humaine , un de ces tableaux où l^on peint toutes- les conditions.
Cette entreprise n'est pas sans difficulté : et , quoique le sublime continu soit d'un genre infiniment supérieur , cependant ce mélange du pathétique et du familier a son mérite. On peut comparer ce genre à V Odyssée y et l'autre à Y Iliade. M. Littleton ne voulut pas qu'on jouât cette pièce, parce que le caractère de Mélitus ressemblait trop à celui du sergent de loi Catbrée dont il était allié. D'ailleurs ce drame était une esquisse plutôt qu'un ouvrage achevé.
Il me donna donc ce drame de M. Thompson, a: son dernier voyage en Hollande. Je le traduisis d'abord en Hollandais , ma langue maternelle. Cependant je ne le fis point jouer sur le théâtre d'Amsterdam , quoique , Dieu merci , nous n'ayons parmi nos |>édans aucun pédant aussi odieux et aussi impertinent que M» Catbrée.* Mais h multiplicité des acteurs que ce drame exige m'empêcha de le faire exécuter j je 'le traduisis ensuite en français , et je veux bien laisser courir cette traduction , en attendant que je fasse imprimer l'original. — A Amsterdam, jh55.
Depuis ce temps on a représenté la Mort de Socrate à Londres , mais ce n'est pas le drame de M. Thçmpsoo.
une plaisante raison ! mais le fait est qu'il est décédé en 1757.
PERSONNAGES
SOCRATE
ANITUS , grand-prêtre de Cérès.,
MÉLITUS, un des juges d'Athènes.
XANTIPPE, femme de Socrate.
AGLAÉ, jeune Athénienne élevée par Socrate.
SOPHRQNIME, jeune Athénien élevé par Socrate.
DHIXA , marchande, ) altac k e ' s i Anitus
TERP ANDRE et ACROS, ) altacaes a An,tu *'