‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 240 sur 466 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

ANITUS, DRI^A.

ANITUS

Eh bien , ma chère madame Drixa , je croie que vous né trouverez pas mauvais que j'épouse Aglaé; mais je ne vous en aime pas moins, et nous vivrons ensemble comme à l'ordinaire.

DRÏXA.

Oh! monseigneur, je ne suis point jalouse; et, pourvu que le commerce aille bien , je suis fort contente. Quand j'ai eu l'honneur d'être une de vos maîtresses , j'ai joui d'une graude considération dans Athènes. Si vous aimez Aglaé , j'aime le jeune Sophronime; et Xantippe , la femme de Socrate , m'a promis qu'elle me le donnerait en mariage. Vous aurez toujours les mêmes droits sur moi. Je suis

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SOCRATE. 9 u

seulement fâchée que ce jeune homme soit élevé par ce vilain Socrate., et qu' Aglaé soit encore entre ses makis. Il faut les ea tirer au plus vite* Xanttppe sera charmée d'être débarrassée d'eux. Le beau Sophronime et la belle Aglaé sont fort mal entre les mains de Çocra**.,

ANITUS

je me flatte bien , ma chère madame Drixa , que Mélitus et moi nous perdrons cet homme dangereux , qui ne prêche que la vertu et la Divinité , et qui s'est osé moquer de certaines aventures arrivées aux mystères de Gérés. Mais il est le tuteur d' Aglaé. Agathon , père d'Aglaé , a laissé , dit-on , de grands biens ; Aglaé est adorable ; j'idolâtre Aglaé ; il Faut que j'époosë Aglaé , et que je ménage Socrate , en attendant que je le fasse pendre*

DRIXA.

Ménagez Socrate , pourvu que j'aie mon jeune homme. Mais comment Agathon a-t-il pu laisser sa fille entre les mains de ce vieux nez épaté de Socrate , de cet insupportable raisonneur, qui corrompt les jeunes gens, et qui les empêché de fréquenter les courtisanes et les saints mystères?

' ' ANITUS

Agathon était entiché des mêmes principes. C'était un de ces sobres et sérieux ëxtravagatts T qûi ont d'autres mœurs «a© les nôtres, qui sontdfun qutre siècle et d'une autre patrie; «m de noe ennemis ju" rés, qui pensent avoir rempli tous leurs devoir» quand ils ont adoré la Divinité, secouru l'humanité, cultivé l'amitié , et étudié la phifosophie ; de ces gens qui prétendent insolemment que les dieux n'ont pas écrit l'avenir sur le foie d'un bœuf; de ces raisouBrara: impitoyables qui trouvent à redire que les prêtres sacrifient des filles, ou passent la ««oit avec elles , selon le besoin j vous sentez ^ne ce sont des nsonsèpes qui ne sont boni qu'à étouffer. S'il y araib settleoMKt dans Athene»cinq>ou six sages qùiteassent Mtant de «ou-f sidération que lui , c'en serait assez pour m ôter la moitié de mesi rentes et de mes honneurs.

Diable! voilà qui est sérieux cela! ,.,.,, ^ .\.V

..." AEITU*. . I!rl . ~J,' > ..

En attendant que je l'étrangle me vaïsju^ .parier sous 4 ce$ portiques, et conclure avec lui l'affairFtie mou mariage. . ; |f

DRIXA. \ "

Le voici; vous lui fajjtes trop d'honneur; je vous laisse, et je vais parler de mon jeune homme à'Xantippe. ', \ ^

ANITUS

Les dieux vous conduisent , ma cl^ère Drixa ! servez-les toujours ; gardez- vous de ne croire qu'un seul Dieu ,et doubliez pas mes deux beaux tapis de Perse.

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