SCÈNE IL
DORFISE, le' chevalier MONDOR, COLETTE.
DORFISE.
Venez, venez ; j'ai deux mots à vous dire.
Le cheralier MONDOR.
Je suis soumis , madame, à votre empire, Votre captif et votre chevalier.
Faut-il pour vous batailler, ferrailler?
Malgré votre âme à mes désirs revêche , Me voilà prêt, parlez, je me dépêche.
DORFISE.
Est-il bien Vrai que j'ai su vous charmer?
Et m'aimez-vous, là , comme il faut aimer?
$ 9 a THÉÂTRE.
Le chevalier MON DO R.
Oui , mais cessez d'être si respectable.
La beautç plaît, mais je la Yeux traitable.
Trop de Vertu sert à faire enrager ; Et mon plaisir c'est de vous corriger.
DORFISE.
Que pensez-vous de notre jeune Adine?
Le chevalier MONDOR.
Moi? rien : je suis rassuré par sa mine.
Hercule et Mars n'ont jamais à trente ans Pu redouter des Adonis en fans.
* DORFISE.
Vous me plaisez par cette confiance ; Vous en aurez la juste récompense.
Peut-être on dit qu'en un secret lien Je suis entrée : il faut n'en croire rien.
De cent amans lorgnée et fatiguée , Vous seul enfin vous m'avez subjuguée.
~* Le chevalier MONDOR.
Jpe m'en doutais.
DORFrSE.
Je veux , par de saints nœuds f Vous rendre sage, et, qui plus est, heureux.
Le chevalier MONDOR.
Heureux! allons, c'est assez; la sagesse Ne me va pas; mais notre bonheur presse.
DORFISE.
D'abord j'exige un service de vous.
Le chevalier MONDOR.
Fort bien , parlez tout franc à votre époux.
DORFISE.
Il faut ce soir , mon très-cher , faire en sorte
Que la cohue aille ailleurs qu'à ma porte ;
Que ce Blanford , si fier et si chagrin f
Et ma cousine , et son fat de Darmin,
Et leurs parens , et leur folle séquelle,
De tout le soir ne troublent ma cervelle.
Puis à minuit.un notaire sera
Dans notre alcôve , et notre hymen fera :
Vous y viendrez par une fausse porte,
Mais point avant.
Le chevalier MONDOR.
Le plaisir me transporte.
1 Du sieur Blanford que je me moquerai !
Qu'il sera sot ! que je l'atterrerai :
Que de brocards !
DORFISE.
Au moins sous ma fenêtre Avant minuit gardez-vous de paraître. * Allez-vous-en, partez , soyez discret.
LA PRUDE. 5 g3
Lecheralier MONDOR.
Ah ! li Blanford savait ce grand secret !
DORFISE.
Mon Dieu 1 sortes , on pourrait nous surprendre.
Le chevalier MONDOR.
Adieu , ma femme.
DORFISE.
Adieu.
Le eheTalier MONDOR.
Je vais attendre L heure de voir, par un charmant retour, La pruderie immolée à l'amour.