‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 28 sur 466 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

DORFISE, le' chevalier MONDOR, COLETTE.

DORFISE.

Venez, venez ; j'ai deux mots à vous dire.

Le cheralier MONDOR.

Je suis soumis , madame, à votre empire, Votre captif et votre chevalier.

Faut-il pour vous batailler, ferrailler?

Malgré votre âme à mes désirs revêche , Me voilà prêt, parlez, je me dépêche.

DORFISE.

Est-il bien Vrai que j'ai su vous charmer?

Et m'aimez-vous, là , comme il faut aimer?

$ 9 a THÉÂTRE.

Le chevalier MON DO R.

Oui , mais cessez d'être si respectable.

La beautç plaît, mais je la Yeux traitable.

Trop de Vertu sert à faire enrager ; Et mon plaisir c'est de vous corriger.

DORFISE.

Que pensez-vous de notre jeune Adine?

Le chevalier MONDOR.

Moi? rien : je suis rassuré par sa mine.

Hercule et Mars n'ont jamais à trente ans Pu redouter des Adonis en fans.

* DORFISE.

Vous me plaisez par cette confiance ; Vous en aurez la juste récompense.

Peut-être on dit qu'en un secret lien Je suis entrée : il faut n'en croire rien.

De cent amans lorgnée et fatiguée , Vous seul enfin vous m'avez subjuguée.

~* Le chevalier MONDOR.

Jpe m'en doutais.

DORFrSE.

Je veux , par de saints nœuds f Vous rendre sage, et, qui plus est, heureux.

Le chevalier MONDOR.

Heureux! allons, c'est assez; la sagesse Ne me va pas; mais notre bonheur presse.

DORFISE.

D'abord j'exige un service de vous.

Le chevalier MONDOR.

Fort bien , parlez tout franc à votre époux.

DORFISE.

Il faut ce soir , mon très-cher , faire en sorte

Que la cohue aille ailleurs qu'à ma porte ;

Que ce Blanford , si fier et si chagrin f

Et ma cousine , et son fat de Darmin,

Et leurs parens , et leur folle séquelle,

De tout le soir ne troublent ma cervelle.

Puis à minuit.un notaire sera

Dans notre alcôve , et notre hymen fera :

Vous y viendrez par une fausse porte,

Mais point avant.

Le chevalier MONDOR.

Le plaisir me transporte.

1 Du sieur Blanford que je me moquerai !

Qu'il sera sot ! que je l'atterrerai :

Que de brocards !

DORFISE.

Au moins sous ma fenêtre Avant minuit gardez-vous de paraître. * Allez-vous-en, partez , soyez discret.

LA PRUDE. 5 g3

Lecheralier MONDOR.

Ah ! li Blanford savait ce grand secret !

DORFISE.

Mon Dieu 1 sortes , on pourrait nous surprendre.

Le chevalier MONDOR.

Adieu , ma femme.

DORFISE.

Adieu.

Le eheTalier MONDOR.

Je vais attendre L heure de voir, par un charmant retour, La pruderie immolée à l'amour.

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