‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 300 sur 466 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

CONSTANCE, LÉONOR

LEONOR

Ah quel voyage , et qdçl séjour

Pour l'héritière de Navarre !

Votre tuteur don Pèdre est un tyran barbare ,

Il vous force à fuir de sa cour j Du fameux duc de Foix vous craignez la tendresse :

Vous fuyez la haine et l'amour.,

Vous courez la nuit et le Jour ,

Sans page et sans dame d'atour.

Quel état pour une princesse l

Vous vous exposez tour à tour

A des dangers de toute espèce .

CONSTANCE

J'espère que demain , ces dangers , ces malheurs ,

De la guerre civile effet inévitable ,

Seront au moins suivis d'un ennui tolérable ;

Et je pourrai cacher mes pleurs

Dans un asile inviolable.

O sort ! à quels chagrins. me veux-tu réserver?

De tous côtés infortunée : , , .

Don Pèdre aux fers m'avait pbandonnée;

Gaston do. Foixvçut m'enlever.

; t i •. LÉONOR. .

Je suis de vos malheurs comme/ vous occupée; Malgré mon humeur gaie ils troublent nu) raison, Mais un enlèvement , ou jç suis Sort trompée , Vaut un peu mieux qu'une prison. *

Contré Gaston dé* Ftfîx c^uél iîôtfrt'ou* votis abîteé ?

It veut finirç voire malheur y Il voit \ ainsi que nous , don Pèdré avec horreur.

Un roi cruel qui votfs opprime

Doit vous faire aimer un vengeur. ' constaitck.

Je hais Gaston de Foix autant que le roi même. #

LÉONQR.

Eh ! pourquoi ? parce qù'iï vous aimé ?

CONSfANCE.

Lui, m'àimer ? nos parent se sont toujours bais.

LÊONOft.

Belle raison!

CONSTANCE

Son père accabla ma fâmïH*.

LÉONOR

Le fils est moins cruel * madame , avec la fille ; Et vous n'êtes point faits pour vivre en ennemis.

De tout temps la haine sépare Le sang de Foix et le sang de Navarre.

LÉONOR

Mais l'amour est utile aux raccom'modémens.

Enfin dans vos raisons je n'entre qu'avec peine ? Et je ne crois point que la haine Produise les enlèvement*.

Mais ee beau duc de Foix nue votre cœur déteste , L'avez- vous vu , madame/

CONSTANCE

Au moins mon sort funeste A mes yeux indignés n*a point Voulu l'offrir. Quelque hasard aux siens m'a pu foire paraître.

LÉONOR

Vous m'avoûrez qu'il faut connaître Du moins avant que de haïr.

CONSTANCE

J'ai juré , Léonor , au tombeau de mon père , De ne jamais m'unir à ce sang que je hftis.

LÉONOR

Serment d'aimer toujours, ou dé n'aimer jamais

Me paraît uifr peu téméraire.

Enfin , de peor des rois et des amans; héla* ! Vous allez dans un cloître enfermer tant d'appas? CONStANCÊ/ :

Je vais dans un' couvent tranquille ,

Loin de ôarètotï, loin des cbritbaî$% ■*

Cette nuit trouver an asile.

LA PRINCESSE DE ^VARRE. 9 6i

LÉONOK.

Ah ! c'était à Burgos , dans votte appartement ,

Qu'était en effet le couvent. •

Loin des hommes renfermée,

Vous n'ayez pas vu seulement

Ce jeune et redoutable amant *

Qui vous avait tant alarmée.

Grâce aux troubles affreux dont nos états sont pleins , Au moins dans ce château nous voyons des humains. Le maître du logis ,. ce baron qui vous prie A dîner malgré vous , faute d'hôtellerie , Est un baron absurde, ayant assez de bien , Grossièrement galant avec peu de scrupule;

-Mais un homme ridicule

Vaut peut-être encor mieux que rien.

CONSTANCE

Souvent , dans le loisir d'une heureuse fortune , Le ridicule amuse ; on se prête à ses traits ;

Mais il fatigue , il importune Les cœurs infortunés et tes esprits bien faits.

LÉONOR

Mais un esprit bien fait peut remarquer, je pense, Ce noble cavalier si prompt à vous servir , Qu'avec tant de respects , de soin*, de complaisance , Au-devant de vos pas nous avons vu venir.

Vous le nommez?

LEONOR

Je crois qu'il se nomme Alamir.

CONSTANCE

Alamir? il parait d'une tout autre espèce Que monsieur le baron.

LÉONOR

Oui , plus de politesse , \

Plus de monde , de grâce.

CONSTANCE

Il porte dans son air Je ne sais quoi de grand.

léonor.

Oui.

CONSTANCE

De noble.

LÉONOR

Oui.

CONSTANCE

De fier.

LÉONOR

Oui. J'ai cru même y voir je ne sais, quoi de tendre. Tome II. 61.

06 2 0HÉATRE.

CONSTANCE

Oh ! point. Dans tous les sqûm qu'il s'empresse à nous rendre , Son respect est si retenu !

LÉON ok. t Son respect est si çrand , an'en vérité j'ai cru ^ Qu il a devine votre altesse.

CONSTANCE

Les voici ; mais surtout point d'altesse en ces lieux :

Dans mes destins injurieux Je conserve le cœur, non le rang de princesse. Garde de découvrir mon secret à leurs yeux; Modère ta gaîté déplacée » imprudente;

Ne me parle point en suivante.

Dans le plus secret entretien Il faut t'accoutumer à passer pour ma tante.

LiONOft.

Oui , j'aurai cet honneur j je m'en souviens très-bien.

CONSTANCE

Point de respect , je te l'ordonne.

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