‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 301 sur 466 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

DON MORILLO et LE DUC DE FÔIX en Jeune officier, d'un côté

du théâtre. De Feutre , CONSTANCE et LÉONOR.

MORILLO a» doc de Foi*, qu'il prend toujourt pour Alunir.

Oh! oh! qu'est-ce donc que j'entends? La tante est tutoyée? Ah ! ma fo; , je soupçonne Que cette tante-là n'est pas de ses parens.

Alamir, mon ami, je crois que la friponne,

Ayant sur moi du dessein ,

Pour renchérir sa personne ,

Prit cette tante en chemin,

LS DUC DE FOIX

Non , je ne le crois pas ; elle paraît bien née. La vertu , la noblesse éclate en ses regards. De nos troubles civils les funestes hasards Près de votre château l'ont sans doute amenée.

MOftILLO.

Parbleu, dans mon château je prétends la garder;

En bon parent tu dois m'aider :

C'est une bonne aubaine; et des nièces pareilles Se trouvent rarement , et m'iraient à merveilles.

LE duc De foix.

Gardez de les laisser échapper de vos mains.

LÉONOR à la princesse.

On parle ici de vous, et Ton a des desseins.

MORILLO

Je réponds de leur complaisance.

( il s'avance Ter» la prince»* de Navarre. )

Madame, jamais mon château...

( au duc d*-Foix. )

Aide-moi donc un peu.

LK DUC DE FOIX, bat.

Ne vit rien de si beau.

MORILLO

Ne vit rien de si beau... Je sens en sa présence

Un embarras tont nouveau.

Que veut dire cela? je n'ai plus d'assurance.

LE DUC DE FOJX

Son aspect en impose et se fait respecter.

MORILLO

A peine elle dafgne écouter.

Ce maintien réservé glace mon éloquence; Elle jette sur nous un regard bien altier !

Quels grands airs! Allons donc, sers-moi de chancelier, Explique-lui le reste , et touche un peu son âme. LE DUC DE FOIX.

Ah ! que je le voudrais! Madame,

Tout reconnaît ici vos souveraines lois.

Le ciel sans doute vous a faite

Pour en donner aux plus grands rois ; Mais du sein de» grandeurs , on aime quelquefois

A se cacher dans la retraite.

On dit que les dieux autrefois '.

Dans de simples hameaux se plaisaient à paraître :

On put souvent les méconnaître; On ne peut se méprendre aux charmes que je vois.

Quels discours ampoulés ! quel dial>le de langage!

Es-tu fou?

LE DUC DE FOIX

Je crains bien de n'être pas trop sage.

(àLtfonor.)

Vous qui semblés la soeur de cet objet divin , De nos empressemens daignes être attendrie ; Accordez un senl jour , ne partes que demain ; Ce jour le plus heureux, le plus beau de ma vie, Du reste de nos jours va régler le destin.

(àMorilla.)

Je parle ici pour vous.

MORILLO

Eh bien ! que dit k tante 7

LÉOOTOR.

Je ne vous cache point que cette offre me tente i Mais, madame ma nièce?....

MO&ILLOtUonw.

Oh ! c'est trop de vaises* A la fin , je serai le mattre en ma maison.

Ma tante, il faut souper alors que Ton voyage;

Petites façon» et grands airs ,

A mon avis, sont des travers.

Humanisez un peu cette nièce sauvage.

Plus d'une reine en mon château A couché dans la route, et Ta trouvé fort beau.

CQNSTANCE s Ces reines voyageaient en des temps plus paisibles; Et vous savez quel trouble agite ces états.

A tous vos soins polis nos cœurs seront sensibles; Mais nous partons , daignez ne nous arrêter pas. MORILLO.

La petite obstinée! Ou courez-vous si vite?

CONSTANCE

Au couvent*

MORILLO

Quelle idée et quels tristes projets!

Pourquoi préférez-vous un aussi vilain gîte ? Qu'y pourriez-vous trouver?

CONSTANCE

La paix.

LE DUC DE FOIX

Que cette paix est loin de ce cœur qui soupire !

MORILLO

Eh bien ! espëres-tu de pouvoir la réduire?

LE DUC DE FOIX

Je vous promets du moins d'y mettre tout mon art.

J'emploSrai tout le mien.

LÉONOR

Souffrez qu'on se retire; Il faut ordonner tout pour ce prochain départ.

( elles font un pas vers la porle.) LE DUC DE FOIX.

Le respect nous défend d'insister davantage ; Vous obéir en tout est le premier devoir.

(ils font une reVérence. )

Mais, quand on cesse de vous voir, En perdant vos beaux yeux , on garde votre image.

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