LE DUC DE FOIX, HERNAND
LE DUC DE FOIX
Hernand , tout est-il prêt ?
HERNAND.
Pouvez-vous en douter?
Quand monseigneur ordonne, on sait exécuter.
Par mes soins secrets tout s'apprête Pour amollir ce cœur et si fier et si grand.
Mais j'ai grand'peur que votre fête Roussisse aussi mal que votre enlèvement.
LE DUC DE FOIX
Ah ! c'est là ce qui fait la douleur qui me presse ; Je pleure ces transports d'une aveugle jeunesse, Et je veux expier le crime d'un moment
Par une éternelle tendresse.
Tout me réussira, car j'aime à la fureur,
HERNAND.
Mais en déguisement vous avez du malheur :
Chez don Pèdre en secret j'eus l'honneur de vous suivre
En qualité de conjuré ; Vous fûtes reconnu , tout près d'être livré,
Et nous sommes heureux de vivre ; Vos affaires ici ne tournent pas trop bien, Et je crains tout pour vous.
LE DUC DE FOIX
J'aime , et je ne crains rien s Mon projet avorté , quoique plein de justice,
Dut sans doute être malheureux; Je ne méritais pas un destin plus propice 4
Mon cçeur n'était point amoureux.
Je voulais d'un tyran punir la violence ;
Je voulais enlever Constance , Pour unir nos maisons , nos noms et nos amis ; La seule ambition fut d'abord mon partage* Belle Constance, je vous vis; ; L'amour seul arme mon courage. •
HEftNJLND.
Elle ne vous vit point ; c'est là votre malheur. Vos grands projets lui firent peur; Et, dès qu'elle en fut informée, Sa fureur, contre vous èe* bng*temps allumée ,
Eu avertit toute la cour. Il fallut fuir alors.
LE DUC DE FOIX
Elle fuit à son tour.
Nos communs ennemis la rendront plus traitable.
*.,. t . HEENAND.
JSUe hait votre sang.
LE DUC DE FOIX
Quelle haine indomptable Peut tenir contre tant d'amour?
HERNANÎ).
Pour un héros tout jeune et sans expérience , Vous embrasses beaucoup de terrain à la fois :
Vous voudriez finir la mésintelligence
Du sang de Navarre et de Foix :
Vous ayez eu secret , avec le roi de France ,
Un chiffre de correspondance :
Contre un roi formidable ici vous conspirez ; Vous y risquez vos jours et ceux des conjurés t Vos troupes vers ces lieux s'avancent a la file t Vous préparez la guerre an milieu des festins : Vous oernez le seigneur qui vous demie un asile j Sa fille , pour combler vos singuliers destins , Devient folle de vous et vous tient en contrainte; Il vous faut employer et 1 audace et la feinte : Téméraire en amour et criminel d'état , Perdant votre raison , voui risqvez votre tète :
Vous allez livrer un combat /
Et vous préparez une fête»
LE DUC DE FOIS
Mon cœur de tant d'objet» n'en voit qu'un seul ici ; Je ne vois , je n'entends que la belle Constance. Si par mes tendres soins son cœur est adouci ,
Tout le reste est as assurance.
Don Pëdre périra, don Pèdre est trop haï.
Le fameux du Guesclin vers t'Espagne s'avance ;
Le fier Anglais, notre ennemi , D'un tyran détesté prend en vain la défense : Par le bras des Français les rois sont protégés; Des tyrans de l'Europe ils domptent la puissance ; Le sort dcsCatetillans sera J'etre vengés
Par le courage de la France.
ffERKAND.
Et cependant en ce séjour Vous ne connaissez rien qu'un charmant esclavage.
LE DUC DE FOI*
Va > tu verras bientôt ce que peut un courage
Qui sert la patrie et l'amour.
Ici tout ce qui m'inquiète , Cest cette passion dont m'honore Sanchette ,
La fille de notre baron.
HERNAND.
C'est une fille neuve , innocente, indiscrète,
Bonne par inclination ,
Simple par éducation ,
Et par instinct un peu coquette; C'est la pure nature en sa simplicité.
LE DUC DE FOIX
Sa simplicité même est fort embarrassante , Et peut nuire aux projets de mon cœur agité.
J'étais loin d'en vouloir à cette âme innocente.
J'apprends que la princesse arrive en ce canton Je me rends sur la route , et me donne au baron Pour un fils d'Alarair , parent de la maison. En amour comme en guerre une ruse est permise.
J'arrive; et sur un compliment
Moitié poli, moitié galant,
Que partout l'usage autorise ,
Sanchette prend feu promptement ,
Et son cœur tout neuf s'humanise :
Elle me prend pour son amant ,
Se flatte d'un engagement ,
M'aime , et le dit avec franchise.
Je crains plus sa naïveté ,
Que d'une femme bien apprise
Je ne craindrais la fausseté.
HERNAND.
Elle vous cherche.
LE DUC DE FOIX
Je te laisse :
Tâche de dérouter sa curiosité ;
Je vole aux pieds de la princesse.