‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 425 sur 466 · LE SAVETIER · texte numérisé non relu

LE SAVETIER

Eh ! monsieur, c'est pour user leurs souliers , afin que j'aie plus d'ouvrage. Mais la vérité , nionsieur , est que nous nous fesons une fête de voir passer César , et que nous nous réjouissons de son triomphe.

M A R UL L U S , il parie en vers blancs.

Pourquoi vous réjouir? quelles sont ses conquêtes? Quels rois par lui vaincus , enchaînés à son char , Apportent des tributs aux souverains du monde ? Idiots , insensés , cervelles sans raison , Cœurs durs , sans souvenir , et sans amour de Rome , Oubliez-vous Pompée et toutes ses vertus ?

Que de fois dans ces lieux , dans les places publiques , Sur les tours, sur les toits et sur les cheminées , Tenant des jours entiers vos enfans dans vos bras , Attendiez-vous le temps où le char de Pompée Traînait cent rois vaincus au pied du Capitole ? Le ciel retentissait de vos voix , de vos cris ; Les rivages du Tibre et ses eaux s'en émurent.

§ueUe fête , grands dieux ! vous assemble aujourd'hui ! uoi ! vous couvrez de fleurs le chemin d'un coupable , u vainqueur de Pompée , encor teint de son sang ! Lâches , retirez-vous ; retirez-voos , ingrats : Implorez à genoux la clémence des dieux :

Tremblez d'être punis de tant d'ingratitude. *

FLAVIUS

Allez, chers compagnons ; allez, compatriotes; Assemblez vos amis et les pauvres surtout :

Pleurez aux bords du Tibre , et que ces tristes bords Soient couverts de ses flots qu'auront enflés vos larmes.

# (le peuple s'en va.)

Tu les vois , Marullus , à peine repentans :

Mais ils n'osent parler, ils ont senti leur crime. Va vers le Capitole, et moi par ce chemin; Renversons d un tyran les images sacrées.

MARULLUS

Mais quoi ! le pouvons-nous le jour des lupercales ?

FLAVIUS

Oui, te dis-je , abattons ces images funestes. Aux ailes de César il feut ôter ces plumes :

IJ volerait trop haut, et trop loin de nos yeux : 4I nous tiendrait de loin dans un lâche esclavage. *

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