‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 439 sur 466 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

BRU TU S ; LU CIU S} l'un de ses domestiques, dans le jardin de la maison de Brutus.

BRUTUS

Ho! Lucius! hotah.. JPobserv* en vain les astres,

Je ne puis deviner quand le jour paraîtra.

Lucius !... Je voudrais dormir comme cet homme*

Ha ! Lucius, debout, éveille-toi , te dis-je. LtTCIUS.

M'appelez- vous , mflord ?

Va chercher un fiaml>eau ;

Va , tu le porteras dans ma bibliothèque , s Et , dès qu'il y sera , tu viendras m'avertfr. ( Brutus reste eeal. ) Il faut que César meure) — oui, Rome enfin l'exige. — Je n'ai point , je l'avoue , à me plaindre de lui $ * Et la cause publique est tout ce qui m'anime. 11 prétend être roi ! — mais, qnoi ! le diadème Chanee-t-il, après tout, la nature de l'homme? Oui , Te brillant soleil fait croître les serpens. Pensons-y : nous allons l'armer d'un dard funeste , Dont il peut nous piquer sitôt qu'il le voudra. Le trône et la vertu sont rarement ensemble.

Mais quoi! je n'ai point va que César jusqu'ici Ait à ses passions accordé trop d'empire.

N'importe : —on sait assez quelle est l'ambition. L'échelle des grandeurs à ses yeux se présente ; ' Elle y monte encacbant son vont aux spectateurs ; Et quand elle est au haut , alors elle se montre ; Alors, jusques an ciel élevant ses regards, D'un coup d'oeil méprisant , sa vanité dédaigne Les premiers échelons qui firent sa grandeur. C'est ce que peUt.César. H le faut prévenir. ' i Ouj > c'est là soft destin» c'est là son caractère ; C'est un œuf de serpent qui , s'il était couvé , Serait aussi méchant que tous ceux de sa rate- Il le faut dans sa coque écraser sans pitié*

LUCIUS rpntre.

Les flambeaux sont déjà dans votre cabinet; Mais, lorsque je cherchais une pierre à fusil. J'ai trouvé ce billet , monsieur * , sur la fenêtre , Cacheté comme il est , et je suis très-certain Que ce papier n'est là que depuis cette nuit.

BRUTUS

Va-t'en te reposer ; il n'est pas jour encore. Mais , à propos, demain n'avons-nous pas les ides ** ?

LUCIUS

Je n'en sais rien , monsieur»

Prends le calendrier, Et viens m'en rendre compte.

LUCIUS

Oui , j'y cours à l'instant * U l'appelle tantAt milord , tantôt monsieur , Sir.

Ce sont ces fameuses ides de mars , i5 du mois , où César fut assassiné.

JULES CÉSAR. IIog

B R U T U S décachetant le billet.

Ouvrons , car les ëclairs et les exhalaisons rônt assez de clarté pour que je puisse lire.

m , (il lit.) ,

* L u doTS } éveille-toi, Brutqs, et stage à Rome: » Tourné les yeux sur toi, tourne les yeux sur elle. ' * rk tu ® rutus encor ? peux-tu dormir, Brutus?

» Debout. Sers ton pays, parle , frappe , et nous venge. »

J ai reçu quelquefois de Semblantes conseils:

Je4et ai recueillis. On me jlarle de Rome ;

Je pense à Rome assez. — RonUL, c'est de tes rues

£ue mon aïeul Brutus osa chasser Tarquin.

'1 arquin ! c'était un roi. — Parle ^frappe , et nous venge.

Tu veux donc que je frappe ? — Oui, je te le promets ,

Je frapperai. Ma main vengera tes outrages ,

Ma main, n'en doute point , remplira tous tes voeux. LUCIUS rentre.'

Nous avons ce matin le quinzième du mois.

BRUTUS

Cest fort bie» j cours ouvrir , quelqu'un frappe à la porte.

(Luciûa ra ouvrir.) Depuis que Cassius ma parlé de César , Mon cœur s'est échauffé , je n*ai pas pu dormir. Tout le temps qui s'éoouU entre un projet terrible Et racnompHss ement , n'est qu'un fantôme affreux , Un rêve épouvantable , tin assaut du génie , - (^ui dispute en secret avec cet attentat ;* C çst la guerre civile en notre âme excitée.

LUCKF& - v Cassius votre frère ** est la qui vous demande.

BRUTUS

Est-il Seul ?

LUCÏUS.

Non, monsieur , sa suite esjt assez grande.

BRUTUS

En connais-tu quelqu'un ?

LUCÏUS.

3 e n'en connais pas un* Couverts de leurs *** chapeaux jusques à leurs oreilles, Ils ont dans leurs manteaux ^uterré leurs visages 5 Et mue é Liicios ne s'est fait reconnaître :

Pas la moindre amitié.

BRUTUS

Ce sont nos conjurés.

O conspiration ! quoi ! dans la suit tu trembles !

Dans la nuit favorable aux autres attentats !

Ah ! quand le jour viendra , dans aiiels antres profonds

Pourras-tu donc cacher ton monstrueux visage?

Va , ne te montre point , prends le masque imposant

De l'affabilité , des respects , 4*8 «arase*.

Si tu ne sais cacher tes traits épouvantables , Les ombres de l'enfer 11 e- sont pas assez fortes Pour dérober ta marche aux regards 4U César.

* U y a dans l'oriental : le génie tient conseil avec ce» initrumem de mort. Cet endroit se retrouve dans une nttte de Cinna , mais moins exactement traduit. ** Votre frère veut (lire ici mtre ami.

•° £fefe , chapeaux.

in% THEATRE.

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