‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 460 sur 466 · TOUS ENSEMBLE · texte numérisé non relu

TOUS ENSEMBLE

Nous sommes entraînés par la force de l'enchantement^

( il* disparaissent tons aveo le palais. Phocas et Lisippo restent «ar la scène. )

, PHOCAS

Ecoute , espère tout de moi.

LISIPPO.

C'est en tain ; je dois tous laisser dans la situation où tous êtes. Jugez, par ce que tous avez vu , des raisons de mon silence.

(fi sort.} PHOCAS.

Eh bien ! tu t'en vas aussi ?

(ou en tend derrière la scène «les cri» de chasseurs.) À la forêt ! à la montagne ! au buisson ! au rocher!

( Libia et Cintia derrière la scène appellent Phocas. ) PHOCAS.

Es m'ont tous laissé }ei dans la plus grande, incertitude ; je n'ai pu savoir autre chose d'eux tous , sinon qu Héraclius m'a voulu secourir, après que je l'ai vu le poignard à la main pour me tuer , et que Léonide est un assassin , quand mon cœur me dit qu'il volait â mon secours. O abîme impénétrable! que de choses tu me dis , et que de choses tu me caches!

( on entend derrière le théâtre. ) Voilà le tigre que Phocas a lancé qui va vers la montagne. •

CINTIA dans le fond du théâtre.

Allons, courons après lui. Sans doute , puisque Phocas n'a point paru depuis hier , le tigre la déchiré , et il revient pour chercher quekwe nouvelle proie.*

( tons les chasseurs appellent ici leurs chien», et les nomment par leur* noms. )

P H O C A S tir le devant dn théâtre.

Ainsi donc , afin que la conclusion de cette terrible aventure réponde à son commencement , voici mon tigre qui revient sur moi , poursuivi par les chiens, sans que j'aie le temps de me mettre en défense. J'ai des vassaux , des domestiques , des amis , et aucun deux ne vient à mon secours ! ( Héraclius et Léonide arrivent chacun de leur coté, rétus de peaux de bltes, comme ils l'étaient i }a première journée de cette pièce* )

TOUS DEUX ensemble.

Je t'ai entendu ; j'accours à ta voix.

HÉRACLIUS

Je reviens pour savoir. . . 5 mais que vois-je ? LEONIDE.

Je viens savoir. . . ; mais qu'aperçois- je ? »

HÉRACLIUS

Tu aperçois mon ancien habit de peau.

* H y a dans l'original Hakbejbxto, qui reut dire affamé , de HkU**m t foim.

n44 THÉÂTRE.

LjÉ.ONIB*.

Tu vois aussi le mien.

HÉRACLIUS

Mais ai-je tu ce que j'ai songé ?

LÉONIDE

Mais ai-je rêve' <* e q ue j'ai vu ?

Qu'est devenu ce beau palais ? où était-il ?

LÉONIDfr Qui a emporté cet édifice ?

PHOCAS

De quel palais , de quel édifice parlez-vous ? Depuis hier jusqu'à cette heure j'ai couru après mon tigre : les rochers ont été mon lit; aujourd'hui j ai fait ce

3ue j'ai pu pour retrouver lejchemin , jusqu'à ce qu'enfin j'ai entendu les cris es bêtes sauvages , les aboie mens, des chiens; j ai appelé; vous êtes venus; sûrement Cintia et Libia vous auront dit on j'étab » car elles vous auront trouvés à leur ordinaire au son de la musique. Soyez les bienvenus. ( tons les chasseurs derrière le théâtre. ) Allons tous , allons tous; nous les découvrirons ici.

( Les dames arrivent avec les deux paysans gracieux, et une suite nombreuse. Les paysan gracieux sont fort étonnés de voir qu'Héracliua et Lèonide n'ont plus leurs beaux habits.) « Qu'avez-vous fait, dit un des gracieux , de tous ces ornemens, de ces belles plumes , de ces joyaux ? »

LÉONIDE

Je n'en sais rien.

( Les dames font des complimens à Phocas sur le bonheur qu'il a eu d'échapper au ti*ro. deux pavsaos gracieux soutiennent A Héraclius et à Léonide qu'ils les ont vus dam beau palais ; ni l'un ni l'autre n'en veut convenir. )

Les

ans un

PHOCAS

Quoi fit il fefl soit de ce palais , qui sans doute est un enchantement , j'ai déi* dit que i aimais mitut vous faire du bien à l'un et a l'autre , que de me venger de 1 un des deux < allons-nous*eri dans un autre palais , où vous changerez vos ye-temens de aae t*ges en habits rdyaux , et où nous ferons des festins et des réjouissances. -

LEOSIOS,

O ciel ! sera-ce une fiction? et ce que nous avons vu était-il une vérité? Ouel est le certain ? quel est ^'incertain ? j* n'y conçois rien ; mais n'importe, allons-nous-en ou nous serons bien logés, pompeusement vêtus, et bien servis : que ce soit une venté ou up mensonge, qui jouit, jouit; soit que les choses soient vraies ou non , ,e me jette aies pieds , je baise ta mai pour l'honneur que ie reçois . f «^

PHOCAS

Léonide parle très-sagement. Bft toi, Héraclîus, ne me remercies-tu pas aussi des criées que je te fais ? w *^

«ÉKACLI.US.

Noà, seigneur; quand je vois que la pourpre et l'émaU de Tyr ne causent que des peines , et T qa* les pompes royales sont si passagères quV ne sait pas si elles sont nn mensonge on une vérité, je vous prie de me rendre à ma première yie. Habitant des montagnes, compagnon des bêtes sauvages , citoyen des précipices, je n envie point ces grandeurs qui paraissent et qui disparaissent , et qu'on ne sait si elles sont vraies ou fausses. .

T , , PHOCÀ*.

Je ne t entends point.

F* • , , j HERACLIUS.

Et moi je m entends un peu.

< le vieil Astolphe et Lisippo avivent , et s'arrêtent au fond dn théâtre. )

ASTOLPHE

JiïiïZwSL* B ***»*«**™»n°m, je tiens les «ir.

L'HÉRACUUS DE CALDÉRON. 1 145

LISIPPO.

Je veux savoir quel parti ils auront pris , et je vais de ce côté.

PHOCÂS àHéracliu*.

Eh bien , ingrat, ta méprises donc mes bontés?

\ HÉRACLITJS.

Mon , j'en fais tant de cas crue je ne veux pas les exposer à un nouveau dan* ger. Je me jette à tes pieds , je te supplie de m'éloiener de toi : mon ambition ne veut d'autre royaume que celui dé mon libre arbitre.

PHOCAS

N'est-ce pas agir en désespéré au mépris de mon honneur ?

HÉRACLITJS. ' Non , seigneur ; il ne s'agit que du mien. ' PHOCAS.

Tes refus sont une preuve de ta trahison. Que fais -je? Je réprime ma coite.

^ CINTIA.

Quelle trahison pouvez-voua avoir découverte en hii , puisqu'il arrive tout à l'heure ?

PHOCAS

Va , ingrat, puisque tu abhorres mes faveurs, je vois bien que tu es le, fil s de mon ennemi. *

HERACLIUS

Eh bien , c'est la vérité, et, puisque tu sais le secret d'un prodige que je ne peux comprendre , que je me perde ou non, je suis le fils de Maurice; et je m'enorgueillis à tel point d'un si beau titré, que je dirai mille fois que Maurice est mon père. , v

PHOCAS

Je m'en doutais assez $ mais de qui le sais-tu ? HÊRACLIUS.

D'un témoin irréprochable j c'est Cintia qui me l'a di$.

CINTIA.

Moi! comment? quand? et de qui aurais- je pu le savoir?

HEHACLIUS.

Oe&t Attolphe qui vous l'a dit, quand on l'a amené devant vous.

ASTOLPHE

Ils vont me tuer ! quel espoir me reste -t-il? Moi , madame, je vous l'ai dit ?

CINTIA.

Non , Astolphe ne m'a rien dit , et moi je ne t'ai point parlé.

HERACLIUS

S'il vous a dit ce grand secret , je le paye assez par -ma mort ; et toi , charitable impie , qui m'as caché tant d'année* la gloire de ma naissance, puisque tu l'as révélée aujourd'hui , pourquoi es-tu si hardi de la nier à présent, et de manquer de respect à Cintia?

r CINTIA.

Je t'ai déjà dit que }e ne sais rien du tout.

HÊRACLIUS à Cintia.

Pour toi, je ne te réplique rien ; mais à celui-ci, qui, après m'avoir ôté l'honneur , m'ôte le jugement , et la vie que je lui ai sauvée dans ce riche palais , je veux le planter-la.

ASTOLPHE

Quoi! quel palais?

LÉONIDE àHérsclios.

Arrête, ne le maltraite point sans raison; car, s'il est vrai que nous ayen* été dans ce palais , il ne l'est pas que nous soyons , toi le fils de Maurice , et

n46 THÉÂTRE.

moi le fils de Phocas. Libia m'a dit comme à toi que Maurice est mon père , et je n'en ai rien cru.

LIBIA.

Moi ! je te l'ai dit? quand t'ai-je vu? quand t'ai-je parle' ?

LÉONIDE

Dans ce même palais où nous étions tous. Tu m'as dit que ton père le sorcier l'avait deviné par sa profonde science.

LISIPFO.

(àp«l.)

Ah ! voilà l'enchantement rompu.

( • Léonide. )

Et comment ma fille Libia a-t-elle pu flatter ainsi ton audace , et me mire dire ce que je n'ai point dit ?

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