TOUS ENSEMBLE
Nous sommes entraînés par la force de l'enchantement^
( il* disparaissent tons aveo le palais. Phocas et Lisippo restent «ar la scène. )
, PHOCAS
Ecoute , espère tout de moi.
LISIPPO.
C'est en tain ; je dois tous laisser dans la situation où tous êtes. Jugez, par ce que tous avez vu , des raisons de mon silence.
(fi sort.} PHOCAS.
Eh bien ! tu t'en vas aussi ?
(ou en tend derrière la scène «les cri» de chasseurs.) À la forêt ! à la montagne ! au buisson ! au rocher!
( Libia et Cintia derrière la scène appellent Phocas. ) PHOCAS.
Es m'ont tous laissé }ei dans la plus grande, incertitude ; je n'ai pu savoir autre chose d'eux tous , sinon qu Héraclius m'a voulu secourir, après que je l'ai vu le poignard à la main pour me tuer , et que Léonide est un assassin , quand mon cœur me dit qu'il volait â mon secours. O abîme impénétrable! que de choses tu me dis , et que de choses tu me caches!
( on entend derrière le théâtre. ) Voilà le tigre que Phocas a lancé qui va vers la montagne. •
CINTIA dans le fond du théâtre.
Allons, courons après lui. Sans doute , puisque Phocas n'a point paru depuis hier , le tigre la déchiré , et il revient pour chercher quekwe nouvelle proie.*
( tons les chasseurs appellent ici leurs chien», et les nomment par leur* noms. )
P H O C A S tir le devant dn théâtre.
Ainsi donc , afin que la conclusion de cette terrible aventure réponde à son commencement , voici mon tigre qui revient sur moi , poursuivi par les chiens, sans que j'aie le temps de me mettre en défense. J'ai des vassaux , des domestiques , des amis , et aucun deux ne vient à mon secours ! ( Héraclius et Léonide arrivent chacun de leur coté, rétus de peaux de bltes, comme ils l'étaient i }a première journée de cette pièce* )
TOUS DEUX ensemble.
Je t'ai entendu ; j'accours à ta voix.
HÉRACLIUS
Je reviens pour savoir. . . 5 mais que vois-je ? LEONIDE.
Je viens savoir. . . ; mais qu'aperçois- je ? »
HÉRACLIUS
Tu aperçois mon ancien habit de peau.
* H y a dans l'original Hakbejbxto, qui reut dire affamé , de HkU**m t foim.
n44 THÉÂTRE.
LjÉ.ONIB*.
Tu vois aussi le mien.
HÉRACLIUS
Mais ai-je tu ce que j'ai songé ?
LÉONIDE
Mais ai-je rêve' <* e q ue j'ai vu ?
Qu'est devenu ce beau palais ? où était-il ?
LÉONIDfr Qui a emporté cet édifice ?
PHOCAS
De quel palais , de quel édifice parlez-vous ? Depuis hier jusqu'à cette heure j'ai couru après mon tigre : les rochers ont été mon lit; aujourd'hui j ai fait ce
3ue j'ai pu pour retrouver lejchemin , jusqu'à ce qu'enfin j'ai entendu les cris es bêtes sauvages , les aboie mens, des chiens; j ai appelé; vous êtes venus; sûrement Cintia et Libia vous auront dit on j'étab » car elles vous auront trouvés à leur ordinaire au son de la musique. Soyez les bienvenus. ( tons les chasseurs derrière le théâtre. ) Allons tous , allons tous; nous les découvrirons ici.
( Les dames arrivent avec les deux paysans gracieux, et une suite nombreuse. Les paysan gracieux sont fort étonnés de voir qu'Héracliua et Lèonide n'ont plus leurs beaux habits.) « Qu'avez-vous fait, dit un des gracieux , de tous ces ornemens, de ces belles plumes , de ces joyaux ? »
LÉONIDE
Je n'en sais rien.
( Les dames font des complimens à Phocas sur le bonheur qu'il a eu d'échapper au ti*ro. deux pavsaos gracieux soutiennent A Héraclius et à Léonide qu'ils les ont vus dam beau palais ; ni l'un ni l'autre n'en veut convenir. )
Les
ans un
PHOCAS
Quoi fit il fefl soit de ce palais , qui sans doute est un enchantement , j'ai déi* dit que i aimais mitut vous faire du bien à l'un et a l'autre , que de me venger de 1 un des deux < allons-nous*eri dans un autre palais , où vous changerez vos ye-temens de aae t*ges en habits rdyaux , et où nous ferons des festins et des réjouissances. -
LEOSIOS,
O ciel ! sera-ce une fiction? et ce que nous avons vu était-il une vérité? Ouel est le certain ? quel est ^'incertain ? j* n'y conçois rien ; mais n'importe, allons-nous-en ou nous serons bien logés, pompeusement vêtus, et bien servis : que ce soit une venté ou up mensonge, qui jouit, jouit; soit que les choses soient vraies ou non , ,e me jette aies pieds , je baise ta mai pour l'honneur que ie reçois . f «^
PHOCAS
Léonide parle très-sagement. Bft toi, Héraclîus, ne me remercies-tu pas aussi des criées que je te fais ? w *^
«ÉKACLI.US.
Noà, seigneur; quand je vois que la pourpre et l'émaU de Tyr ne causent que des peines , et T qa* les pompes royales sont si passagères quV ne sait pas si elles sont nn mensonge on une vérité, je vous prie de me rendre à ma première yie. Habitant des montagnes, compagnon des bêtes sauvages , citoyen des précipices, je n envie point ces grandeurs qui paraissent et qui disparaissent , et qu'on ne sait si elles sont vraies ou fausses. .
T , , PHOCÀ*.
Je ne t entends point.
F* • , , j HERACLIUS.
Et moi je m entends un peu.
< le vieil Astolphe et Lisippo avivent , et s'arrêtent au fond dn théâtre. )
ASTOLPHE
JiïiïZwSL* B ***»*«**™»n°m, je tiens les «ir.
L'HÉRACUUS DE CALDÉRON. 1 145
LISIPPO.
Je veux savoir quel parti ils auront pris , et je vais de ce côté.
PHOCÂS àHéracliu*.
Eh bien , ingrat, ta méprises donc mes bontés?
\ HÉRACLITJS.
Mon , j'en fais tant de cas crue je ne veux pas les exposer à un nouveau dan* ger. Je me jette à tes pieds , je te supplie de m'éloiener de toi : mon ambition ne veut d'autre royaume que celui dé mon libre arbitre.
PHOCAS
N'est-ce pas agir en désespéré au mépris de mon honneur ?
HÉRACLITJS. ' Non , seigneur ; il ne s'agit que du mien. ' PHOCAS.
Tes refus sont une preuve de ta trahison. Que fais -je? Je réprime ma coite.
^ CINTIA.
Quelle trahison pouvez-voua avoir découverte en hii , puisqu'il arrive tout à l'heure ?
PHOCAS
Va , ingrat, puisque tu abhorres mes faveurs, je vois bien que tu es le, fil s de mon ennemi. *
HERACLIUS
Eh bien , c'est la vérité, et, puisque tu sais le secret d'un prodige que je ne peux comprendre , que je me perde ou non, je suis le fils de Maurice; et je m'enorgueillis à tel point d'un si beau titré, que je dirai mille fois que Maurice est mon père. , v
PHOCAS
Je m'en doutais assez $ mais de qui le sais-tu ? HÊRACLIUS.
D'un témoin irréprochable j c'est Cintia qui me l'a di$.
CINTIA.
Moi! comment? quand? et de qui aurais- je pu le savoir?
HEHACLIUS.
Oe&t Attolphe qui vous l'a dit, quand on l'a amené devant vous.
ASTOLPHE
Ils vont me tuer ! quel espoir me reste -t-il? Moi , madame, je vous l'ai dit ?
CINTIA.
Non , Astolphe ne m'a rien dit , et moi je ne t'ai point parlé.
HERACLIUS
S'il vous a dit ce grand secret , je le paye assez par -ma mort ; et toi , charitable impie , qui m'as caché tant d'année* la gloire de ma naissance, puisque tu l'as révélée aujourd'hui , pourquoi es-tu si hardi de la nier à présent, et de manquer de respect à Cintia?
r CINTIA.
Je t'ai déjà dit que }e ne sais rien du tout.
HÊRACLIUS à Cintia.
Pour toi, je ne te réplique rien ; mais à celui-ci, qui, après m'avoir ôté l'honneur , m'ôte le jugement , et la vie que je lui ai sauvée dans ce riche palais , je veux le planter-la.
ASTOLPHE
Quoi! quel palais?
LÉONIDE àHérsclios.
Arrête, ne le maltraite point sans raison; car, s'il est vrai que nous ayen* été dans ce palais , il ne l'est pas que nous soyons , toi le fils de Maurice , et
n46 THÉÂTRE.
moi le fils de Phocas. Libia m'a dit comme à toi que Maurice est mon père , et je n'en ai rien cru.
LIBIA.
Moi ! je te l'ai dit? quand t'ai-je vu? quand t'ai-je parle' ?
LÉONIDE
Dans ce même palais où nous étions tous. Tu m'as dit que ton père le sorcier l'avait deviné par sa profonde science.
LISIPFO.
(àp«l.)
Ah ! voilà l'enchantement rompu.
( • Léonide. )
Et comment ma fille Libia a-t-elle pu flatter ainsi ton audace , et me mire dire ce que je n'ai point dit ?