LES PAYSANS GRACIEUX
sera point prisonnier , puisque je l'envoie courir la mer à son aise. Allez , qu'on l'enlève , qu'on le mette dans cette barque.
H É R A C L I U S aux gens de Phocas.
^ Non , rustres, non , point de violence. J'irai moi-même à mon tombeau ,
Ïroisque mon tombeau est dans ce bateau. Adieu , Cintia, cbarmant prodige , e premier et le dernier que j'ai vu. Adieu, Astolphe, mon père; je vous laisse au pouvoir de mon ennemi , qui , en mentant , a dit la vérité , et qui a dit la vérité en mentant. *
PHOCAS
Espère mieux , et vois si j'ai de la compassion. Je ne t'envie point la consolation d'être avec cet Astolphe qui t'a servi de père. Qu'on entraîne aussi ce malheureux vieillard.
ASTOLPHE
Allons , mon fils, je ne me soucie plus de la vie, puisque je vais mourir avec toi.
CINTIA.
Quelle pitié!
Quel malheur !
Quelle confusion !
PHOCAS
A présent , aGn que les échos de leurs gémissemens ne viennent point jusqu'à nous , commençons nos réjouissances. Que Léonide vienne à ma cour , que tout le monde le reconnaisse; que tous mes vassaux lui baisent la main , et qu'ils disent à haute voix : Vive Léonide !
O cieux , favorisez-moi ! *
ASTOLPHE
O cieux , ayez pitié de nous !
(la musique chante : Vive Léonide ! )
LÉONIDE
Que tout ceci soit une vérité ou un mensonge, que cela soit certain on faux , que l'enchantement finisse ou qu'il dure , je me vois en attendant héritier de Vempire ; et, quand le destin envieux voudrait reprendre le bien qu'il m'a fait , il ne m'empêcherait pas d'avoir goûté une si grande félicité à côté d'un si grand péril.
HERACLIUS
Ciel, favorisez-moi!
ASTOLPHE
Cieux , ayez pitié de nous !
( la musique recommence , et chante : Vive Léonide ! on entend de l'artillerie » des tambour» et des trompettes. )
PHOCAS a Héraclias et à Aslolphe.
Je vous crois exaucés. J'entends de loin des trompettes', des tambours et du canon, qui paraissent vouloir changer nos divertissemens en appareil de guerre.
C I U TI A (qui apparemment s'en était allée , et qui revient sur le théâtre. )
Je regardais d'une vue de compassion le combat des vents et des flots, et ce gonflement passager des values qui se jouent en bouillonnant sur ces vastes champs verts et sales , lorsque j'ai vu de loin dans le golfe une vaste cité de navires qui ont fait une salve en venant reconnaître le port.
PHOCAS
C'est apparemment quelque roi voisin, feudataire de l'empire (comme ils le sont tous ) , qui vient nous payer les tributs.
* C'est que Phocas a fait semblant de saroir qn 'Héraclias était fils de Maurice , n'en étant pas certain , et voulant tirer cet aveu d' Astolphe. Ainsi , selon Caldéron , tout eet meneonge et vérité»
n4B THÉÂTRE.
LISIPPO.
Seigneur , en observant de pins près ces voiles enflées, je penche à croire plutôt....
PHOCAS
Quoi?
LISIPPO.
Que c'est la flotte do prince de Galabre , dont l'ambassadeur est venu nous menacer.
PHOCAS
Que cette idëe ne trouble point notre joie et nos divertissemens. Cette flotte ne m'inspire aucune épouvante : je vais enrôler 4 du monde ; et , pendant que ces vaisseaux répéteront leurs salves d'artillerie , qu'on répète nos chants d allégresse.
LEONIDE.
Vous verrez que Leonide remplira les devoirs où sa naissance l'engage.
CIHTIA.
Je te suis malgré moi avec mes gens.
( II» suivent Phocaa. Aslolpho et Héraclins restent. Tons deux ensemble s'écrient : Ocieox! ayes pitié de nous I On- roit arancer la flotte de Frédéric , et on entend : A terre , à terre; anx armes, aux armes; guerre , guerre- )
HÉRACLIUS et ASTOLPHE.
Secourez -nous , 6 pouvoirs divins!