LES SOLDATS DE FRÉDÉRIC
C'est par-là qu'Héraclius a passé.
FRÉDÉRIC
Passez tous après lui.
HERACLIUS à Cenlia.
Malheureux que je suis!* quand je voudrais fuir *, je ne pourrais; vos troupes reviennent avec les miennes. Voyez-vous cette troupe qui s'effraie et qui abandonne le poste que vous gardiez? Fuyez, vous pourrez à peine sauver votre vie.
CINTIA.
Non , tu pourrais fuir 5 les autres ne fuiront pas.
LÉQNTIDE arrivant.
Tournez tête , soldats ; ils ont forcé le passage que gardait Cintia $ défendons sa vie , je serai le premier à mourir.
HERACLIUS se jetant sur Léonide.
Oui , tu mourras de ma main , ingrat , inhumain , cruel!
LÉONIDE
Je ne suis point étonné de te voir en vie. Je suis persuadé que la mer n'a eu pitié de toi que pour préparer mon triomphe.
( il» combattent tooa deux.)
HERACLIUS
Tout à l'heure tu vas le voir.
CINTIA.
Je ne peux me déclarer , malgré le désir que j'en ai. Je crains ma ruine si Héraclius est vainqueur , puisque son pouvoir détruira le mien. Si Léonide l'emporte , mes espérances sont superflues 5 il est contre mes intérêts. Que ferai-je ? O ciel , secourez-moi ! +*
l on entend les tambours. )
* On ne conçoit rien à ce discours d'Héracliag. Tantôt il parle en héros, tantôt en poltron. Si c'est nne ironie avec Cintia, il est difficile de s'en apercevoir, ** On ne conçoit rien à ce discours de Cintia. Je l'ai traduit fidèlement.
Pues , no me puedo déclarer,
Attaque aubiers si temer
Si vince Heraclio mi ruina ,
Pnes es contra mi poder, * Si Leonido , mi espérant*
Pues es contra mi interes
Qu 1 be de baser? cieloapiadososf Comment peut-elle craindre Heraoliusqui est amoureux d'elle?
n5s THÉÂTRE.
PHOCAS
Brute , infidèle à ton maître , qui , en brisant ton frein , brises les lois et le devoir , puisque tu oses ainsi prendre le mors aux dents , demeure 9 et , en courant ainsi déchaîné , ne fuis pas.
FRÉDÉRIC à Hé radias.
Charge-moi ce Phocas.
l PHOCAS tombe en «'élançant sur les ennemis*
O ciel ! ma yie est perdue !
HÉRACLIUS «offrant anr lui.
C'est mon ennemi $ qu'il meure.
LÉONIDE
Qu'il ne meure pas.
PHOCAS
Malheureux, qu'ai-je entendu! tout est toujours équivoque entre eut. Toujours ces voix : qu'il meure! qu'il ne meure pas! Qui des deux me tue? qui des deux me défend ? je suis toujours en doute , je suis confondu. HÉRACLIUS.
Ne sois-plus en doute à présent. Si tu as voulu faire ici l'essai de ta tragédie, la voici terminée. La vérité se montre. Nous avons changé de rôle Léonide et moi.
PHOCAS
Quel rôle?
HERACtlU»
Celui de Léonide était d'être cruel , le mien d'être humain ; il disait la
Î>r entière fois , quHl meure ! et moi, qiiil ne meure pas ! Tout est changé ; c'est ui qui te défend , et c'est moi qui te donne la mort.
CINTIA.
Héraclius , je suis à ton côté.
PHOCAS
Ce n'était donc pas un vain présage quand j'ai cru voir ton glaive ensanglanté.
LÉONIDE
Je ne me suis donc pas trompé non plus, en devinant que c'était cette femme avant de l'avoir vue.
( Libia, Frédéric et des soldats s'approchent.)
UBIA.
C'est ici qu'est tombé Phocas.
FRÉDÉRIC
C'est ici que son cheval l'a jeté par terre !
LÉONIDE
Je ne suis donc venu ici que pour ma perte !
( troupe de soldats. )
UN SOLPAT.
Accourez tous.... Mais que vois-je ?
HÉRACLIUS
Vous voyez un tyran à mes pieds ; vous voye* , dans lés mêmes campagnes ou Maurice fut tué , la mort de Maurice vengée par son fils.
PxïOCAS i terre.
Non , tu n'es pas son fils. '
t,E SOLDAT.
Qui est-il donc?
PHOCAS
Un hydropique de sang, qui, ne pouvant boire celui des autres, apaise sa soit dans le sien propre.
( Phocas meurt en disant ces paroles» <Miiia comment penf-i il dire qn-Héraclius a rené soa propre sang? il faut donc ; qnU H «wî« •»« père rmuVtomairal peut-il l e croire?)
Ï/HÊRÀCLIUS DE GALDÉROK. 1 153
CINTIA.
Déjà, tous ses gens sont en fuite , et les miens , ayant secoué le joug de la tyrannie, disent et redisent : . •>-
Vive Héraclius ! qu'Héraclius vive !
Qu'il ceigne son front du sacré laurier ï '
H doit régner y il est fils de Maurice.
( Le* soldats et le peuple disent ces paroles avec Cintia. Ils font une couronne!)
HERACLIUS. •
Cette couronne appartient à Frédéric : il l'a méritée; c'est* à lui qu'on doit 1» victoire. ,
FREDERIC
Je n'ai voulu que briser le joug du tyran , et non £as ravir la couronne au légitime possesseur. Vous l'êtes $ cest à vous de régner.
HERACLIUS., . Je ne sais si je l'oserai, , .
FREDERIC Pourquoi non ? , '
HERACLIUS
C'est que j'ignore si tout ce que je vois est mensonge. ou vérité.
FRÉDÉRIC
Comment ?
HERACLIUS
Cestque je me suis déjà vu traité et vêtu en prince , et qu'ensuite j'ai repris mes anciens habits de peaux.
(il vent parler du château enchanté et de son habit de gais. )
LISIPPO.
C'est moi qui vous ai trompé par mes enchantemens : je vous ai menti ; j'ai menti aussi à Frédérie, quand je lui prédis en Calabre des itter tunes j Dieu lui a donné la victoire ; je vous demande pardon à tous deux.
LIBIA.
J'implore a vos pieds sa grftce.
HÉRAtfLIUS.
Qu'il vive , pourvu qu'il n'use plus de sortilèges.
ASTOLFHE.
Et moi» si je peux mérit e r quelque chose de vous , je demande la grâce du fils de Phocas. , *
HERACLIUS
Léonide fut mon frère ; nous fûmes élevés ensemble : qu'il, soit mon frè*+ encore. , .- - . ^
LEONIDÏ.
Je serai votre sujet soumis et fidèle.
HERACLIUS, Si par hasard une grandeur si inespérée s'évanouit , je veux goûter un labeur que je ne perdrai pas» Je donne la main à Cintia.
CINTIA.
Je tombe à vos pieds.
( Les tambours battent, les clairons sonnent , le penple et les soldats s'éceient: )
Vive Heraclius ! Qu'Hérachus vive !
FRÉDÉRIC
Que ces applaudissemens finissent.
HERACLIUS
Espérons qu'un roi sera heureux quand il commencera son règne par être détrompé , quand il connaîtra qu'il n'y a point de félicité humaine qui nt paraisse une vérité, et qui ne puisse étee un mensonge.