SCÈNE VI
NANINE seule.
Quelles douleurs cuisantes !
Quel embarras ! quel tourment ! quel dessein 1 Quels sentimens combattent dans mon sein!
Helas ! je fuis le plus aimable maître !
En le fuyant je l'offense peut-être :
Mais , en restant, l'excès de ses bontés M'attirerait trop de calamités , Dans sa maison mettrait un trouble horrible.
Madame croit qu'il est pour moi sensible, Que jusqu'à moi, ce cœur peut s'abaisser ; Je le redoute, et n'ose le penser.
De quel courroux madame est animée!
Quoi ! l'on me hait , et je crains d'être aimée!
NANINE. 629
Maïs moï, mais moi ! je me crains encor plus; Mon cœur troublé de lui-ménie est confus.
Que devenir? de mon état Urée, Pour mon malheur je suis trop éclairée.
C'est un danger, c'est peut-être un grand tort D'avoir une âme au-dessus de son sort.
Il faut partir; j'en mourrai , mais n'importe.