LE COMTE, GERMON
LE COMTE seul.
Quoi! j'aurai donc cette douceur extrême
De rendre heureux , d'honorer ce que j'aime.
Notre baronne avec fureur crîra ;
Très-volontiers, et tant qu'elle voudra.
Les vains discours , le monde , la baronne ,
Rien ne m'e'meut, et je ne crains personne;
Aux préjugés c'est trop être soumis;
Il faut les vaincre, ils sont nos ennemis;
Et ceux qui font les esprits raisonnables ,
Plus vertueux , sont les seuls respectables.
Eh mais.... quel bruit entends-je dans ma cour?
C'est un carrosse. Oui.... mais.... au point du jour
Qui peut venir?.... C'est ma mère peut-être.
Germon....
GERMON arrivant.
Monsieur.
Vois ce que ce peut être.
GERMON
C'est un carrosse.
Qui vient ici ?
LE COMTE
Eh! qui? par quel hasard ?
GERMON
L'on ne vient point; Ton part.
LE COMTE
Comment! on part ?
GERMON
Madame la baronne
Sort tout à l'heure.
LE COMTE
Oh! je le lui pardonne;
Que pour jamais puisse-t-elle sortir!
NANINE. 635
Avec Nanine elle est prête à partir.
LE COMTE
Ciel! que dis-tu ? Nanine?
GERMON
La suivante Le dit tout haut.
LE COMTE
Quoi donc? s • ,
GERMON
Votre parente Part avec elle ; elle va , ce matin , Mettre Nanine à ce couvent voisin.
LE COMTE
Gourons , volons. Mais quoi! que vais- je faire? Pour leur parler je suis trop en colère $ N'importe : allons. Quand je devrais.... mais non : On verrait trop toute ma passion.
Qu'on ferme tout, qu'on vole , qu'on l'arrête; Répondez-moi d'elle sur votre tête :
Amenez-moi Nanine.
(Germon sort. )
Ah , juste ciel !
On l'enlevait. Quel jour! quel coup mortel!
Qu'ai-je donc fait? pourquoi? par quel caprice? Par quelle ingrate et cruelle injustice?
Qu'ai- je donc fait, hélas! que l'adorer, Sans la contraindre et sans me déclarer, Sans alarmer sa timide innocence?
Pourquoi me fuir? je m'y perds plus j'y pense.