LA MARQUISE, LE COMTE, GERMON
GERMON
Voici votre notaire.
LE COMTE
Oh ! qu'il attende.
GERMON
Et voici le papier Qu'elle devait, monsieur, vous envoyer.
LE COMTE lisant.
Donne.... Fort bien. Elle m'aime, dit-elle, Et par respect me refuse!... Infidèle !
Tu ne dis pas la raison du refus !
LA M^RQTJI&E.
Ma* foi , mon fils a le cerveau perclus ; C'est sa baronne; et l'amour le domine.
LÉ COMTE à Germon.
M'a-t-on bientôt délivré de Nanine ?
GERMON
Hélas ! monsieur , elle a déjà repris Modestement ses champêtres habits , Sans dire un mot de plainte et de murmure.
LE COMTE
Je le crois bien,
GERMON
Elle a pris cette injure Tranquillement, lorsque nous pleurons tous.
LE COMTE
Tranquillement?
LA. MARQUISE
Hem ! de qui parlez~vou$ ?
.NANINE. fy 7
GERMON. / . A
Nanine, bi)é* ! madame , que Ton chasse ; Tout le château pleure de sa disgrâce.
LA MARQUISE
Vous la chassez ? je n'entends jioint cela.
Quoi ! ma Naniner allons, rappelez-la. .
Qu'a-t-elle fait ma charmante orpheline?
C'est moi, mon fils , qui vous donnai Nanine*.
Je me souviens qu'à l'âge de ck£ ans
Elle enchantait tout le monde céans.
Notre baronne ici la prit pour elle ;
Et je prédis dès lofs cjrué cette belle
Serait fort mat , et f ai très-bien' prédit :
Mais j'eus toujours chez vous peu de crédit.
Vous prétendez tout faîrë à votre tête :
Chasser Nanine es* un trait' malhonnête.
LE COMTE
Quoi ! seule , à pied, saus secours , sans argent?
GERMON
Ah! j'oubliais de dire qu'f l'instant Un vieux bon homme à vos gens se présente :
Il dit que c'est' une affaire importante , * «
Qu'il ne saurait communiquer qu'à vous; 11 veut , dit-il , se mettre a vos genoux.
LÉ COMTE
Dans le chagrin où mon cœur s'abandonne , Suis-je en état de parler à personne ?
LA MARQUISE
Àh ! vous avez du chagrin , je le croi ; *** Vous m'en donnez aussi beaucoup à moi^* Chasser Nanine et faire un mariage Qui me déplaît! non , vous n'êtes pas sage.
Allez, trois mkâs ne seront pas passés Que vous serez l'un de l'autre lassé* Je vous prédis la pareille aventure Qu'à mon cousin le marquir de Marmure.
Sa femme était aigre comme verjus; -
Mais, entre nous , la v&re l'est bien plus.
En s'épousant ils crurent qu'ils s'aimèrent ; Deux mois après tous deux se séparèrent ; Madame alla vivre arec un galant r Fa t , petit-maître , escroc , extravagant ; Et monsieur prit une franche coquette , Une intrigante et friponne parfaite.
Des soupers fins , la petite maison , Chevaux , habits , maître-d'hôtel fripon , Bijoux nouveaux pris a crédit , notaires , Contrats vendus et dettes usuraires : .
Enfin , monsieur et madame , en deux ans ,
À l'hôpital allèrent tout d'un temps.
Je me souviens encor d'une autre histoire, '
Bien plus tragique , et difficile à croire;
C'était...
LE COMTE
Ma mère , il faut aller dîner.
Venez.... O ciel ! ai-je pu soupçonner Pareille horreur !
LA MARQUISE
Elle est épouvantable :
Allons , je vais la raconter à table; Et vous pourrez tirer un grand profit , En temps et lieu , de tout ce que j'ai dit. .