‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 69 sur 466 · LA MARQUISE, LE COMTE, GERMON · texte numérisé non relu

LA MARQUISE, LE COMTE, GERMON

GERMON

Voici votre notaire.

LE COMTE

Oh ! qu'il attende.

GERMON

Et voici le papier Qu'elle devait, monsieur, vous envoyer.

LE COMTE lisant.

Donne.... Fort bien. Elle m'aime, dit-elle, Et par respect me refuse!... Infidèle !

Tu ne dis pas la raison du refus !

LA M^RQTJI&E.

Ma* foi , mon fils a le cerveau perclus ; C'est sa baronne; et l'amour le domine.

LÉ COMTE à Germon.

M'a-t-on bientôt délivré de Nanine ?

GERMON

Hélas ! monsieur , elle a déjà repris Modestement ses champêtres habits , Sans dire un mot de plainte et de murmure.

LE COMTE

Je le crois bien,

GERMON

Elle a pris cette injure Tranquillement, lorsque nous pleurons tous.

LE COMTE

Tranquillement?

LA. MARQUISE

Hem ! de qui parlez~vou$ ?

.NANINE. fy 7

GERMON. / . A

Nanine, bi)é* ! madame , que Ton chasse ; Tout le château pleure de sa disgrâce.

LA MARQUISE

Vous la chassez ? je n'entends jioint cela.

Quoi ! ma Naniner allons, rappelez-la. .

Qu'a-t-elle fait ma charmante orpheline?

C'est moi, mon fils , qui vous donnai Nanine*.

Je me souviens qu'à l'âge de ck£ ans

Elle enchantait tout le monde céans.

Notre baronne ici la prit pour elle ;

Et je prédis dès lofs cjrué cette belle

Serait fort mat , et f ai très-bien' prédit :

Mais j'eus toujours chez vous peu de crédit.

Vous prétendez tout faîrë à votre tête :

Chasser Nanine es* un trait' malhonnête.

LE COMTE

Quoi ! seule , à pied, saus secours , sans argent?

GERMON

Ah! j'oubliais de dire qu'f l'instant Un vieux bon homme à vos gens se présente :

Il dit que c'est' une affaire importante , * «

Qu'il ne saurait communiquer qu'à vous; 11 veut , dit-il , se mettre a vos genoux.

LÉ COMTE

Dans le chagrin où mon cœur s'abandonne , Suis-je en état de parler à personne ?

LA MARQUISE

Àh ! vous avez du chagrin , je le croi ; *** Vous m'en donnez aussi beaucoup à moi^* Chasser Nanine et faire un mariage Qui me déplaît! non , vous n'êtes pas sage.

Allez, trois mkâs ne seront pas passés Que vous serez l'un de l'autre lassé* Je vous prédis la pareille aventure Qu'à mon cousin le marquir de Marmure.

Sa femme était aigre comme verjus; -

Mais, entre nous , la v&re l'est bien plus.

En s'épousant ils crurent qu'ils s'aimèrent ; Deux mois après tous deux se séparèrent ; Madame alla vivre arec un galant r Fa t , petit-maître , escroc , extravagant ; Et monsieur prit une franche coquette , Une intrigante et friponne parfaite.

Des soupers fins , la petite maison , Chevaux , habits , maître-d'hôtel fripon , Bijoux nouveaux pris a crédit , notaires , Contrats vendus et dettes usuraires : .

Enfin , monsieur et madame , en deux ans ,

À l'hôpital allèrent tout d'un temps.

Je me souviens encor d'une autre histoire, '

Bien plus tragique , et difficile à croire;

C'était...

LE COMTE

Ma mère , il faut aller dîner.

Venez.... O ciel ! ai-je pu soupçonner Pareille horreur !

LA MARQUISE

Elle est épouvantable :

Allons , je vais la raconter à table; Et vous pourrez tirer un grand profit , En temps et lieu , de tout ce que j'ai dit. .

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