‹ Œuvres complètes de Voltaire, Volume 2, Part 2Chapitre 70 sur 466 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

NANINE vêtue en paysanne, GERMON,

GEBMON.

Nous pleurons tous en vous voyant sortir.

NANINE.' J'ai tardé trop ; il est temps de partir.

GERMON

Quoi ! pour jamais , et dans cet équipage?

NANINE- L'obscurité fut mon premier partage.

GERMON

Quel changement ! Quoi ! du matin au soir !

Souffrir n'est rien , c'est tout que de déchoir ,

NANINE

Il est des maux mille fois plus sensibles,

GERMON

J'admire encor des regrets si paisibles s Certes, mon maître est bien mal avisé; Notre baronne a sans doute abusé De son pouvoir, et vous fait cet outrage ; Jamais monsieur n'aurait eu ce courage,

NANINE

Je lui dois tout : il me chasse aujourd'hui ; Obéissons. Ses bienfaits sont à lui , Il peut user du droit de les reprendre.

GERMON

A ce trait-là qui diable eût pu s'attendre ?

En cet état qu'allez-vous devenir?

NANINE

Me retirer, long-temps me repentir.

Que nous allons haïr notre baronne!

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JSTANINE. 649

NANINE

Mes maux sont grands , mais je les lui pardonne,

GERMON

Mais que dirai- je au moins de votre part A notre maître après votre départ ?

NANINE

Vous lui direz que je le remercie Qu'il m'ait rendu à ma première vie; Et qu'à jamais sensible à ses bontés*, Je n'oublSrai... rien... que ses cruautés.

GERMON

Vous me fendez le cœur , et tout à l'heure Je quitterais pour vous cette demeure ; J'irais partout avec vous m'établir :

Mais monsieur Biaise a su nous prévenir.

Qu'il est heureux ! avec vous il va vivre :

Chacun voudrait l'imiter et vous suivre.

NANINE

On est bien loin de me suivre.... Ah ! Germon ! Je suis chassée.... et par qui!....

GERMON

Le démon A rois* du sien dans cette brouillerie 5 Nous vous perdons.... et monsieur se marie.

H se marie !.... Ah ! partons de ce lieu ; Il fut pour moi trop dangereux.... Adieu....

(elle sort.) GERMON.

Monsieur le comte a l'âme un peu bien dure :

Gomment chasser pareille créature !

Elle paraît une fille de bien :

Mais il ne faut pourtant jurer de rien.

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