‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 2)Chapitre 37 sur 112 · S ET · texte numérisé non relu

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torité royale. Tant que l’armée fut occupée dans la Navarre, les régens ne furent pas en état de réduire Tolède par la force; et ils bornèrent leurs efforts , soit à tâcher de diminuer le crédit de dona Maria sur le peuple, soit à la gagner par de grandes promesses et par les sollicitations de son frère, le marquis de Mondejar ; mais rien ne put la fléchir. Après que les Français eurent êté chassés de la Navarre, une partie de l’armée revint dans la Castille et investit Tolède : le Courage indomptable de l’intrépide Maria n’en fut pas alarmé. Elle défendit la ville avec la plus grande vigueur; ses troupes battirent les royalistes dans plusieurs sorties ; le siége n’avançait point , lorsque le clergé se déclara contre elle, à la nouvelle de la mort de Guillaume de Croy, archevêque de Tolède. Les ecclésiastiques ne pouvaient pardonner à dona Maria de s'être emparée de leurs biens ; et comme la seule plainte qu'ils formaient contre l'empereur était fondée sur ce que cet archevèché avait été donné à un étranger, Charles, en y nommant un Castillan, détruisit le principe de leur mécontentement. Ils persuadèrent au peuple que Maria n'avait acquis sur lui tant d’ascendant que par ses sortiléges, qu'elle avait un démon familier qui la suivait sans cesse sous la forme d’une négresse, et que les inspirations de ce démon réglaient toutes ses démarches 2, Ce peuple crédule, fatigué de la longueur du siége, désespérant d’obtenir aucun secours des autres villes qui s'étaient d’abord liguées avec elle, et commençant à sen-

1 Sandov., p. 375.

2 P. Mart., £p., p. 727.

de la cathédrale une grande somme d'argent pour fournir à leur entretien. Elle ne négligea rien de t it ce qui pouvait exciter et échauffer le peuple. Elle ordonna que ses troupes porteraient des crucifix au lieu de drapeaux ; comme si elles eussent eu à combattre les infidèles et les ennemis de la religion. Elle marchait dans les rues de Tolède montrant son fils, encore enfant, vêtu d'habits de deuil, monté sur une mule, précédé d’une enseigne où était peint le tableau du supplice de son pére 1. C'est par de semblables artifices qu'elle sut tenir l'esprit des habitans dans un état d'agitation continuelle qui empêchait les passions de se refroidir, et qui les aveuglait sur le danger où ils s'exposaient en tentant de résister seuls à tout le poids de l’au-

tir le besoin de la paix, se souleva contre dona Maria, la chassa de la ville et se soumit aux royalistes. Dona Maria se retira dans la citadelle, qu'elle défendit quatre mois entiers avec un courage étonnant : réduite enfin à la dernière extrémité, elleeut encore l'adresse de s'échapper à la faveur d’un déguisement, et se réfugia en Portugal où elle avait plusieurs parens f,

Aussitôt après sa fuite , la citadelle se rendit, et la tranquillité fut rétablie dans la Castille. Cette tentative hardie des communes eut le sort de toutes les entreprises de ce genre qui ne réussissent pas ; elle ne servit qu’à étendre et à confirmer de plus en plus l'autorité royale qu'elle avait pour but de limiter et d'affaiblir. Les cor. tès continuèrent à faire partie de la constitution de Castille, et elles furent convoquées toutes les fois que le roi eut besoin d'argent; mais au lieu de suivre l’ancienne et prudente coutume d’examiner les plaintes du peuple et de les appuyer avant d'accorder aucune levée d'argent , elles prirent le parti de faire leur cour au roi en commençant par accorder le subside; et lorsque le souverain avait obtenu tout ce qu'il désirait, il ne leur permettait plus de faire aucune recherche sur les abus du gouvernement, ni de tenter aucune réforme qui pôt préjudicier à son autorité. Les priviléges dont les villes jouissaient auparavant furent insensiblement restreints ou tout-à-fait abolis : dès lors leur commerce commença à décliner ; et devenant moins riches et moins peuplées, elles perdirent le pouvoir et l'influence qu'elles avaient acquis dans l'assemblée des états,

Tandis que la guerre civile désolait la Castille, des factions plus violentes encore déchiraient le royaume de Valence. La ligue qui s'était formée dans la ville de Valence en 1520, et qui avait pris le nom de confrérie ( germanada), continua de subsister après que l'empereur eut quitté l'Espagne. Ce parti, sous prétexte de défendre les côtes contre les descentes des corsaires de Barbarie, et à la faveur de la permission que Charles avait eu l'imprudence de leur accorder, refusa de mettre bas les armes. Mais comme les plaintes des habitans de Valence avaient moins pour objet les entreprises injustes de l'autorité royale sur leurs priviléges, que les

! Sandov., p. 375. P. Mart., £p., p. 754. Ferrer. VI, P 563. ,

Ë # ‘+ t Fe Î $

exactions et l’insotence des nobles, ce fat surtout contre ceux-ci que se tourna leur ressentiment, Dès qu'ils eurent la permission de rester armés, et qu’ils eurent appris à sentir leurs forces, ils ne songèrent plus qu'à se venger de leurs oppresseurs. Ils chassèrent les nobles de la plupart des villes , pillèrent leurs maisons, ravagérent leurs terres et attaquèrent leurs châteaux. Ils élurent ensuite treize personnes , une de chaque compagnie de commerçans établie dans Valence, et leur donnèrent l'administration du gotvernement, pour réformer, disaient-ils, les lois, pour établir une manière uniforme de dispenser la justice sans partialité et sans égard à la distinction des rangs, et pour rapprocher ainsi les hommes de l'égalité primitive.

Les nobles furent obligés de prendre les armes pour se défendre. Les hostilités commencèrent de part et d'autre et furent poussées avec toute l'animosité qu'inspirait au peuple le ressentiment de l'oppression, et à la nobiesse l’idée de l'outrage qu'on faisait à sa dignité. Comme il ne se trouvait pas un seul homme de naissance, nn d’une éducation distinguée, qui entrât dans la germanada, elle n'avait à la tête de ses conseils et de ses troupes que de vils artisans; et de pareils chefs ne pouvaient gagner la confiance d’une populace furieuse que par la féro-

“cité de leur zèle et par l’extravagance de leurs

procédés. Dans une telle société, les lois introduites par les nations civilisées pour borner et modérer les fureurs de la guerre devaient être inconnues ou méprisées ; aussi n'est-il point de cruauté et d’excès qu'ils ne commissent , ni d’outrages qu’ils ne fissent à l'humanité.

L'empereur, occupé à apaiser la révolte de la Castille, qui menaçait de plus près sa puissance et ses prérogatives, n’était pas en état de donner beaucoup d'attention aux soulèvemens de Valence; il laissa à la noblesse de ce royaume le soin de défendre comme elle pourrait sa cause particulière. Le comte de Melito, vice-roi, avait le commandement en chef des troupes que les nobles rassemblèrent parmi leurs vassaux. La germanada soutint la guerre pendant les années 1520 et 1521, avec plus de courage et de persévérance qu'on ne devait l'attendre d'une populace sans discipline, conduite par des chefs si méprisables. Elle défit les nobles dans plusieurs actions qui, sans être importantes,

| furent très vives; elle les força d'abandonner

tontes les entreprises qu'ils firent sur différentes villes. Mais les nobles, qui étaient plus instraits dans l'art militaire, et dont les troupes étaient bien mieux agueiries, eurent l'avantage dans la plupart des combats. A la fin, aidés d'un corps de cavalerie castillane que les régens envoyèrent à Valence, aussitôt après la victoire qu'ils remportèrent sur Padilla à Villalar, ce secours leur donna une si grande supériorité, qu'ils vinrent bientôt à bout de dissiper et de ruiner entièrement la germanada. Les chefs du parti furent mis à mort, et condamnés à tous les tourmens que Îe ressentiment des injures récentes put faire imaginer à des ennemis irrités. Le goauvernement de Valence fut rétabli dans son ancienne forme !.

On vit aussi paraître en Arragon quelques symptômes de cet esprit de mécontentement et de sédition qui régnait dans les autres royaumes d'Espagne; mais le vice-roi, don Juan de Lamuza, se conduisit avec tant de prudence, qu'il vint à bout d'étouffer ces germes de discorde avant qu’il y eût une révolte déclarée. 11 n’en fut pas de même dans l'île de Majorque : les mêmes causes qui avaient excité les soulèvemens y produisirent des effets non moins violens. Le peuple, las de supporter l'oppression où le tenait la juridiction rigoureuse de la noblesse, prit les armes , déposa le vice-roi , le chassa de l'île, et massacra tous les nobles qui eurent le malheur de tomber entre ses mains; et il persista dans sa révolte avec une obstination égale à la fureur qui l'y avait porté. Il fallut des efforts considérables pour faire rentrer les habitans de Majorque dans l'obéissance ; et ce ne fat qu'après que le calme eut été rétabli dans toute l’Espagne , qu'on put venir à bout de réduire ces insulaires 2.

Quand on observe combien cet esprit de mécontentement était général parmi les Espagnols, et combien de causes concouraient à les porter à ces moyens violens, dans la vue d'obtenir le redressement de leurs griefs, on peut s'étonner

? Argensola, Annales d’Arragon, ch. 1xxv, xc, XGIX, CXVNII. Sayas, Annales d'Arragon, ch. v, xn, etc. P. Mart,, Ep., ib.xxxuret xxxiv. Ferrer., Hist. d’Espa.. gne, vu, p. 542, 594, etc.

+ Argensola, 4nnales d’Arragon, ch. cxv. Ferreras,

Aist., vin, p. 542. Savas, Annales d’Arragon, ch. vu, XI, XLV, LXXVI, LXXXI, Ferreras, Zist., va, p.759 609, etc.

(1522) a d'abandonner it sur différentes ent plus instraits troupes étaient ivantage dans la aidés d'un corps gens envoÿèrent toire qu'ils rem- , Ce secours leur s, qu'ils vinrent > ruiner entières du parti furent us les tourmens es récentes put irrités, Le goubli dans son an-

ragon quelques contentement el autres royaumes on Juan de Laprudence, qu’il nes de discorde larée. 11 n’en fut que : les mêmes lèvemens y prolens. Le peuple, 1 le tenait la jublesse, prit les hassa de l’île, et rent le malheur persista dans sa ale à la fureur efforts considéabitans de Mane fat qu'après lans toute l’Es-

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t'esprit de méi les Espagnols, ent à les porter vue d'obtenir le | peut s'étonner , Ch. LXXV, xc,

on, Ch. v, x, etc.

er., Aist. d'Espa..

ch. cxv. Ferreras, {rragon, ch, vus, 11, p. 769 609, etc.

que les mécontens des différens royaumes d'Espagne aient si mal conduit leurs opérations, sans aucun concert, et même sans aucune communication entre eux. S'ils avaient uni leurs armes et leurs conseils, ils eussent agi avec beaucoup plus de vigueur et de succès. L'apparence d’une confédération nationale aurait rendu cette ligue respectable aux yeux du peuple et formidable au souverain. L'empereur n'aurait pas été en état de résister à leurs forces combinées, et se serait vu forcé d'accepter les conditions qu'il aurait plu aux chefs de lui prescrire. Mais plusieurs motifs empêchèrent les Espagnols de former un seul corps, et de se conduire sur un seul et même plan. Les peuples des différens royaumes , quoique sujets du même souverain, conservaient une antipathie nationale l’un pour l’autre. Le souvenir de leurs rivalités et de leurs hostilités anciennes était encore récent, et le ressentiment de leurs mutuelles injures était :si entier, qu'il leur était impossible de se fier l'un à l'autre. Chaque nation aima mieux ne se repeser que sur elle-même, et soutenir seule tout le choc, que d’implorer le secours des nations voisines. D'ailleurs les formes de gouvernement, dans les dive’s royaumes de l'Espagne ‘étaient si différentes, et les changemens que ‘chaque peuple désirait étaient si opposés, qu'il n'eût pas été facile de les faire concourir à l'exécution d'un plan commun. Ce fut à cette désunion que Charles fut redevable de la conservation de ses couronnes d’Espagne ; chacun de ces royaumes agissant ainsi séparément, ils finirent par être tous obligés de se soumettre aux volontés de leur souverain.

L'arrivée de l'empereur en Espagne jeta les plus vives alarmes dans le cœur de ceux de:ses sujets qui avaient pris les armes contre lui : mais il calma bientôt ces cruelles inquiétudes par un acte de clémence qui fut autant l'effet de sa prudence que de sa générosité. Dans une révolte si générale, qui avait fait tant de coupables, à peine y en eut-il vingt en Castille qu'il fit punir du dernier supplice. Son conseil le sollicita vivement de montrer plus de sévérité; mais il refusa constamment de faire verser plus de sang par les mains des bourreaux, et publia une amnistie générale qui s’étendait à tous les crimes commis depuis le commencement de la rébellion. 11 n’en exoepta que quatre-vingts personnes : encore ne

parut-il les nommer que pour intimider les autres, et sans avoir aucun dessein de les poursuivre. En effét , un officieux courtisan lui ayant offert de lui découvrir où était caché un des plus considérables des proscrits, il rejeta son offre par une plaisanterie pleine de générosité : « Allez. lui dit-il, je n'ai rien à craindre de cet homme; mais il a des raisons pour s'éloigner de moi, et vous feriez bien mieux de lui dire que je suis ici que de m'instruire du lieu où il est 1, «Cette apparence de magnanimité, le soin qu'il prit d'éviter tout ce qui avait offensé les Castillans pendant le séjour qu'il avait fait au milieu d'eux ; son aptitude à adopter leurs mœurs, à parler leur langue, à se plier à leurs opinions’et à leurs usages , tout cela lui donna bientôt sur eux un ascendant que n'avaient jamais eu leurs souverains espagnols, et les engagea à le seconder dans toutes ses entreprises avec un zèle et une valeur qui contribuérent particulièrement à ses succès et à sa grandeur 2.

Dans le temps que Charles abordait en Espa-

€, Aerien quittait ce royaume pour aller en Italie prendre possession de sa nouvelle dignité. Depuis long-temps le peuple romain attendait impatiemment son arrivée; mais lorsqu'il vit ce nouveau souverain, il ne put cacher sa surprise et son mécontentement. Les Romains, accoutumés au faste royal de Jules IL et à l'élégance brillante de Léon X, virent avec mépris un vieillard humble et simple dans son maintien, de mœurs austères, ennemi du faste, sans goût pour les arts et qui n'avait aucune de ces qualités extérieures ‘et imposantes que le vulgaire s'attend toujours à trouver dans les hommes élevés au premier rang. Ses vues et ses maximes politiques ne parurent pas moins étranges à ses ministres. Il reconnaissait et déplorait les vices qui s'étaient introduits dans l'église et dans la cour de Rome, et il se prépara à réformer l’une et l’autre. 11 ne laissait voir aucun désir d'élever sa famille; il se fit même un scrupule de retenir les territoires que quelques-uns de ses prédécesseurs avaient acquis par fraude ou par violence plutôt que par aucun titre légitime; en

! Sandov., p. 377, etc. Vida del Carlos por D. J. Ant. de Vera ÿ Zuniga, p. 30.

3 Ulloa, Fita del Carlos F, p.85.

$ Guich. iv. xv, p.138. Jovius, 7ita 4driani, p.117, Bellefor., Épitr. des prince., p. 84.

conséquence il établit François-Marie de La Rovère dans la possession du duché d'Urbain, dont Léon X l'avait dépouillé, et rendit au duc de Ferrare plusieurs places que l'état de l'église lui avait arrachées !, Des hommes si peu accoutumés à voir les princes régler leur conduite sur les maximes de la morale et sur les principes de l'équité ne pouvaient manquer de regarder ces actions du nouveau pape comme des preuves ‘incuntestables de sa faiblesse et de son iuexpérience. Adrien, de son côté, ignorant absolument le système vaste et compliqué de la politique italienne, et ne pouvant accorder sa confiance à des personnes dont la subtilité raffinée dans les affaires s’alliait si mal avec la simplicité et la candeur naturelle de son caractère, se trouvait souvent embarrassé et irrésolu dans les délibérations; l'opinion de son incapacité se confirma de jour en jour, et sa personne, comme sa conduite politique, devint bientôt un objet de mépris pour ses sujets 2,

Adrien, quoique dévoué à l’empereur , faisait cependant tous ses efforts pour prendre le caractère d'impartialité qui convenait au père commun de la chrétienté ; il n’épargnait aucune démarche puur réconcilier les princes divisés et pour les engager à se liguer tous contre Soliman, devenu plus formidables que jamais à l'Europe par la conquête récente de l’île de Rhodes; mais cette entreprise était trop au-dessus de ses talens. Pour démèler tant de prétentions opposées, pour concilier tant d'intérêts qui se croisaient, pour éteindre toutes les passions que l'ambition , la jalousie et le ressentiment avaient allumées, et pour amener tant de puissances ennemies à suivre le même plan avec vigueur et avec unanimité, il ne suffisait pas d’avoir un cœur droit et des intentions pures, il eût encore fallu une grande supériorité d’esprit et beaucoup d’habileté.

Les états d'Italie ne désiraient pas moins vivement la paix que le pape lui-même. L'armée impériale, que commandait Colonne, était encore sur pied ; mais comme les revenus que l’empereur pouvait tirer de l'Espagne, de Naples et des Pays-Bas, avaient été ou épuisés, ou appli-

1 Guic.. liv. xv, p. 240.

2 Jov., Vita Adr., p. 118. P. Mart., Ep., p. 774. Ruscelli, Leitre de princ., vol. 1, p. 87, 96, 101.

5 Bellefor., £p., p. 86.

qués à d’autres objets, elle dépendait entièrement des Italiens pour sa subsistance et sa paye. Une grande partie des troupes avait ses quartiers dans les états ecclésiastiques, et le vice-roi de Naples levait tous les mois des contributions sur les Florentins, les Milanais, les Génois et les Lucquois. Tous se récriaient également contre ces exactions, et n'attendaient que l'occasion de s'en affranchir; mais la crainte des maux plus grands que pouvait leur causer ou la fureur de l'armée ou le ressentiment de l'empereur, les obligea de se soumettre!.

Cependant les instances du pape et la publication d'une bulle, par laquelle il exhortait tous les princes chrétiens à consentir à une trève de trois ans, eurent assez d'effet pour déterminer les cours d'Espagne, de France et d'Angleterre à envoyer à leurs ambassadeurs des pouvoirs pour traiter cet objet; mais tandis que ces ministres perdaient leur temps en négociations stériles, leurs souverains continuaient leurs préparatifs de guerre. Les Vénitiens s'étaient maintenus jusqu'alors avec fidélité dans l'alliance qu’ils avaient faite avec François; mais voyant que ses affaires en Italie étaient dans une situation désespérée, ils se liguèrent contre lui avec l'empereur. Adrien même, à l'instigation du vice-roi de Naples, Charles de Lannoy, son compatriote et son ami, qui lui persuada que la paix ne trouvait d'obstacles que dans l'ambition du roi de France, entra bientôt dans la même ligue. Les autres états d'Italie suivirent leur exemple ; et François se trouva abandonné à ses propres forces, n'ayant plus un seul allié pour tenir tête à tant d’ennemis, dont les armes menaçaient ses états de tous côtés 2,

On devait croire qu'une ligue si redoutable allait obliger François de se tenir uniquement sur Ja défensive, ou qu’elle lui ôterait du moins toute idée d'entrer encore en Italie. Mais tel était le caractère de ce prince, qu’il se relâchait trop aisément et se négligeait même dans les occasions ordinaires , au lieu qu’il se ranimait à l'approche du danger, et qu'il savait non-seulement le braver avec intrépidité, qualité qui ne l'abandonna jamais, mais encore le prévenir et le repousser avec autant d'activité que d'adresse.

1 Guich., liv, xv, p. 238.

? Guich., liv. xv, p. 241, 248.

lépendait entièreistance et sa paye.

es avait ses quarues, et le vice-roi des contributions , les Génois et les également contre que l'occasion de e des maux plus er ou la fureur de e l'empereur, les

pape et la publi- > il exhortait tous ir ‘à une trève de pour déterminer e et d'Angleterre urs des pouvoirs ndis que ces mien négociations luaient leurs préns s'étaient mainé dans l'alliance ois; mais voyant t dans une situat contre lui avec l'instigation du Anny, SON COMsuada que la paix ns l'ambition du ans la même lie suivirent leur abandonné à ses 1 seul allié pour nt les armes me- 2, ie si redoutable enir uniquement dterait du moins Italie. Mais tel qu'il se relâchait même dans les lil se ranimait à avait non-seule- , qualité qui ne *e le prévenir et é que d'adresse.

Avant que ses ennemis fussent en état d'exécuter aucun de leurs projets, François avait déjà rassemblé une nombreuse armée. Il avait sur ses sujets une autorité bien plus absolue que celle que Charles et Henri exerçaient dans leurs états. Ils dépendaient de leurs parlemens pourla levée des subsides, et on ne leur accordait ordinairement que des sommes modiques, avec beaucoup de lenteur et après bien des difficultés. Francois pouvait demander à sa nation des impôts bien plus considérables, et les percevait plus vite; en sorte que dans cette campagne, comme dans les précédentes, son armée était déjà en marche que ses ennemis cherchaient encore des expédiens et des ressources pour rassembler des troupes. François, qui sentait ses avantages, se flatta de faire échouer tous les plans de l'empereur, en conduisant lui-même son armée dans le Milanais ; et cette démarche hardie, d'autant plus redoutable pour ses ennemis qu'ils s'y attendaient moins, ne pouvait guère manquer de pre duire l'effet qu'il en espérait. L'avant-garde de son armée était aux portes de Lyon, et il la sui- Vait déjà lui-même à la tête de la seconde division de ses troupes, lorsque la découverte d'une conspiration domestique, qui mit le royaume à deux doigts de sa perte, l'obligea de s'arrêter et de changer de mesures.

L'auteur de ce complot dangereux était Charles, duc de Bourbon, connétable de France. Sa haute naissance, son immense fortune et l'autorité que lui donnait sa charge, le rendaient le plus puissant sujet du royaume, comme il en était le plus illustre par ses grands talens, également propres au conseil et à la guerre, et par les services importans qu’il avait rendus à la couronne. La réunion de plusieurs qualités qui lui étaient communes avec le roi, la même passion pour la guerre, la mème émulation pour se distinguer dans les exercices du corps, l'égalité d'âge et les liens du sang qui les unissait tous deux , devaient naturellement lui assurer la faveur du roi; malheureusement Louise, mère de François, avait conçu une aversion violente contre la maison de Bourbon, sans autre raison que l'inclination particulière qu'avait pour cette branche de la famille royale Anne de Bretagne, femme de Louis XIF, que Louise avait toujours haïe. François , trop esclave des impressions qu’il recevait de sa mère, avait appris d’elle à

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considérer les actions du connétable avec un sentiment de basse jalousie, indigne de lui, Ses exploits et sa conduite à la bataille de Marignan n'avaient pas été assez récompensés ; on l'avait rappelé du gouvernement de Milan sur des prétextes assez frivoles, et on lui avait fait un accueil très froid que ne méritait pas la sagesse avec laquelle il s'était conduit dans ce poste difficile ; le paiement de ses pensions avait été suspendu sans aucune bonne raison; et, durant la campagne de 1521, le roi, comme on l'a déjà dit, lui avait fait un affront en présence de toute l'armée, en donnant le commandement de l'avant-garde au duc d'Alençon, Le connétable Supporta d'abord ces injustices avec plus de modération qu'on n’en devait attendre d’un prince fier, qui sentait ce qu'on devait à son rang et à ses services. À la fin, les injures multipliées épuisèrent sa patience, et, plein d'idées de vengeance, il se retira de la cour, et commença à établir une correspondance avec quelques-uns des ministres de l'empereur,

Vers ce mème temps, la duchesse de Bourbon vint à mourir sans laisser de postérité. Louise, que son tempérament ne portait pas moins à l'amour qu’à la vengeance, et qui, à l'âge de quarante-six ans, était encore susceptible d'une passion tendre, commença à voir avec d'autres yeux le connétable, qui joignait aux qualités de l'esprit tous les avantages du corps et de la figure; et, malgré l'inégalité de l'âge, elle forma le projet de l'épouser. Bourbon eût pu attendre de la folle passion d'une femme qui gouvernait son fils et la France la plus haute fortune où puisse aspirer un ambitieux; mais soit qu'il ne pèt passer, comme la reine, si subitement de la haine à l'amour, soit qu'il fût trop grand pour s'abaisser à dissimuler son aversion et à feindre de l'amour pour une femme qui l'avait persécuté si long-temps et si injustement, il ne se contenta pas de refuser le mariage qu’on lui proposa, il mêla encore à son refus des railleries amères sur la personne et le caractère de cette princesse. Le dépit de voir l’outrage ajouté au mépris changea en haine la plus violente son amour dédaigné, et, voyant qu'elle ne pouvait épouser Bourbon, elle résolut de le perdre,

Dans ce dessein, elle se concerta avec le chancelier Duprat, homme qui, en prostituant bassement ses grands talens et sa connaissance pro-

fonde des luis, était parvenu à cette place éminente. Par son avis, on intenta au connétable un procès en forme, qui ne tendait pas à moins qu'à le dépouiller de toute la fortune qui appartenait à la maison de Bourbon. Une partie fut réclamée au nom du roi, comme étant tombée dans le domaine de la couronne; et l’autre, au nom de Louise, comme la plus proche héritière, par sa naissance , de la feue duchesse. Ces deux prétentions étaient également destituées de tout droit légitime; mais Louise, par ses sollicitations et son autorité, et Duprat, à force d'artifices et de chicanes, parvinrent à obtenir des juges le séquestre des biens de la maison de Bourbon.

Ce jugement inique jeta le connétable dans le désespoir, et lui fit prendre un parti que le désespoir seul pouvait lui faire adapter. il renouvela ses intrigues avec la cour impériale, et, se persuadant que toutes les injustices qu’il avait essuyées l’autorisaient à employer tous les moyens d’en tirer vengeance, il offrit à l'empereur de le reconnaitre pour son souverain naturel, et de l'aider à conquérir la France. Charles et le roi d'Angleterre, qui fut mis dans le secret 1, atten

daient les plus grands avantages de sa révolte,

et ne balar cèrent pas à lui tendre les bras; ils n'épargnèrent ni promesses ni caresses pour le confirmer dans sa résolution. L'empereur lui offrit en mariage sa sœur Éléonore, veuve du roi de Portugal, avec une dot considérable. Ses intérêts firent un article jrincipal du traité conclu entre Charles et Henri : on devait lui donner les comtés de Provence et ue Dauphiné avec le titre de roi; l’empereur s'engageait à entrer dans la France par les Pyrénées, et Henri à envahir la Picardie avec les Flamands; douze mille Allemands, ievés à leurs frais communs, devaient pénétrer dans LL. Bourgogne et agir de concert avec Bourbon, qui se chargea de lever six mille

hommes dans le cœur du royaume, parmi ses anis et ses vassaux. L’exécution de ce complot

dangereux et profond fut différé jusqu'au moment où le roi de France traverserait les Alpes

avec la seule armée qui eût pu défendre ses |

états; et comme François était déjà fort avancé dans sa marche vers l'Italie, la France était à la veille de sa ruine ?,

1 Rymer, Fœdera, xin, p.794, * De Thou, Æis£., liv. 1, ch. x, Heuter., Rer. austr., + VAN, C, XViL, p. 207.

Heureusement pour ce royaume, une négociation qui durait depuis plusieurs mois, quoique conduite avec le plus grand secret et communiquée seulement à un petit nombre de confidens choisis, ne put échapper à la vigilance de quelques personnes attachées à la maison du connétable, qui l’observaient d'autant plus attentivement qu’elles s'étaient aperçues de sa défiance à leur égard. Deux de ses domestiques donnèrent au roi quelques avis de la correspondance mystérieuse qui régnait entre leur maître et le comte de Roeux, gentilhomme flamand, en qui l’empereur avait la plus grande confiance. François, qui ne pouvait croire que le premier prince du sang fût assez lâche pour livrer le royaume à ses ennemis, partit dans l'instant pour Moulins, où le connétable s'était mis au lit, prétextant une indisposition pour se dispenser d'accompagner le roi en Italie, et lui déclara sans détour les avis qu’il venait de recevoir. Bourbon protesta de son innocence avec les sermens les plus sacrés et avec l'apparence la plus imposante de candeur et d'ingénuité. Sa santé, disaut-il, commençant à s’affermir, il promit au roi de rejoindre l’armée dans peu de jours. François , franc et sincère lui-même, se laissait aisément tromper par l'apparence de ces vertus dans les autres; il resta si persuadé de l'innocence de Bourbon, qu'il ne voulut jamais consentir à le faire arrêter, malgré l'avis de ses plus sages conseillers qui le pressaient de prendre cette précaution; et commes’iln'y eut pluseu rien à craindre , ilcontinua sa marche vers Lyon. Le connétable se mit aussitôt en route, feignant d’abord de vouloir suivre le roi; mais, tournant tout à coup vers la gauche, il traversa le Rhône, et après bien des fatigues et des périls, il échappa à tous les partis que le roi, qui se repentit trop tard de sa crédulité, envoya pour l'arrêter, et il arriva heureusement en Italie,

François prit toutes les précautions possibles pour prévenir du moins les funestes effets de la faute irréparable qu’il venait de commettre. I mit des garnisons dans toutes les places fortes qui étaient dans les terres du connétable, il fit arrêter tous les gentilshommes qu'il soupçonna du complot, et comme il n'avait pu encore découvrir toute l'étendue du plün de la conspira-

! Mém. de du Bellay, p.64, et:. Pasquier, Recherches de la France, p. 481.

ume, une négoplusieurs mois, grand secret et petit nombre de apper à la vigitachées à la mairvaient d'autant étaient aperçues ix de ses domesques avis de la ui régnait entre x, gentilhomme it la plus grande ait croire que le assez lâche pour nis, partit dans onnétable s'était position pour se en Italie, et lui L venait de receinnocence avec les c l'apparence la d'ingénuité. Sa affermir, il proée dans peu de e lui-même, se pparence de ces si persuadé de Le voulut jamais gré l'avis de ses ssaient de prenin'yeut pluseu rche vers Lyon, route, feignant mais, tournant versa le Rhône, jérils, il échappa se repentit trop r l'arrêter, et il

utions possibles stes effets de la e comméttre, Il es places fortes mnétable , il fit qu'il soupçonna t pu encore déde la conspira-

Pasquier, Recher-

tion, ni savoir à quel point la corraption avait gagné ses sujets, il craignit que son absence ne les enhardit à tenter quelque entreprise désespérée, et renonça à l'idée de conduire en personne son armée en lalie.

Cependant il n’abandonna pas ses desseinssur

le Milanis : il nomma l'amiral Bonnivet pour |

commander à sa place, et marcher en Italie à la tête d’une armée forte de trente mille hommes. Bonnivet ne dut pas cette préférence à ses talens

concourent à le former, il n'avait que la bravoure personnelle, la plus commune et la dernière de toutes. Mais il était le gentilhomme le plus accompli qu’il y eût à la cour de France, par ses manières aimables , son esprit insinuant ,.sa conversation vive et brillante; et François, qui vivait avec ses courtisans dans la plus grande familiarité, était si charmé des agrémens de Bonnivet, qu'il l'honorait en toute occasion des marquesies plus spéciales etles plus distinguées de sa faveur. Bonnivet était aussi l’implacable ennemi de Bourbon; et comme Le roi dans cette conjoncture ne savait à qui se fier, il crut ne pouvoir mieux placer que dans les mains de son favori le commandement en chef de son armée,

Colonne, chargé de la défense du Milanais, qui était sa conquête, était bien loin d’avoir des forces suffisantes pour résister à une armée si formidable. A peine avait-il de quoi payer ses troupes ; qui étaient d’ailleurs considérablement diminuées par les maladies et par la désertion des soldats : ce qui lui avait fait, malgré lui, négliger les précautions nécessaires pour mettre

. le pays en sûreté. Il se borna donc uniquement

à tâcher d'empêcher que l’armée française ne passât la rivière du Tésin; et comme s’il eût oublié avec quelle facilité il l'avait passée lui-même devant Lautrec, il se promettait avec 1 plus grande confiance de réussir dans ce projet ; mais il y échoua comme Lautrec avait échoué. Bonnivet passa la rivière sans résistance, dans un endroit guéable qu'il trouva sans défense ; et les impériaux se retirèrent vers Milan, prêts à abandonner la ville dès que les Français se présenteraient aux portes. Par une négligence inconcevable , que Guichardin attribue à un esprit de vertige ! , Bonnivet resta trois ou quatre jours

* Guichardin, liv. xw, p. 264,

sans avancer, et perdit l’occasion que lui offrait la fortune. Les bourgeois de Milan se remirent de leur consternation. Colonne, qui était encore

| plein d'activité à l'âge de quatre-vingts ans, et : Moron, doni 1a haine pour les Français était in- : fatigable, s'occupèrent jour et nuit à faire répa-

rer les fortifications , à amasser des provisions à rassembler des troupes de tous les environs; et le temps que l’armée française mit à arriver

: leur suffit pour mettre la ville en état de soutenir comme général ; car de toutes les qualités qui |

un siége. Bonnivet, après quelques. tentatives infructueuses qui fatiguèrent ses troupes plus que l'ennemi, fut obligé, par la rigueur de la saison, de se retirer dans ses quartiers d'hiver.

Dans cet intervalle, le pape Adrien mournt.

Cet événement causa tant de joie parmi le peuple de Rome, dont la haine et le mépris pour ce pontife augmentaient de jour en jour, que, la nuit qui suivit sa mort, ils ornèrent de guirlandes la maison de son premier médecin, avec cette inscription : Au libérateur de son pays.

Aussitôt le cardinal de Médicis renouvela ses anciennesprétentions à la papauté , et entra dans le conclave avec les plus grandes espérances de succès. Le peuple en général ne doutait pas qu'il ne réussit. Cependant, malgré l'appui de la faction de l’empereur , malgré son crédit personnel et sa grande habileté à employer tous les ressorts de la ruse , de l'intrigue et de la corruption qui dominent dans ces assemblées, l’obstination et les intrigues de ses rivaux firent durer le conclave pendant l'espace de cinquante jours entiers; à la fin l'adresse et la constance du cardiual triomphèrent de tous les obstacles. Il fat élu pape, et prit le gouvernement de l'église sous le nom de Clément VII. Ce choix eut l’approbation universelle. On attendait tout d’un pape que ses grands talens et son expérience consommée dans les affaires rendaient également propre et à soutenir les intérêts spirituels de l'église, menacée d'un danger imminent par les progrès des opinions de Luther, et à conduire ses opérations politiques avec la prudence qu’exigeraient les circonstances. Il joignait à tous ces avantages celui de pouvoir faire respecter l’état ecclésiastique, par l'autorité suprême qu'il exerçait à Florence, et par l’opulence de sa Famille ?.

1 Jovius, Vita Adr., p. 127.

3 Guichardin, liv. xv, p. 263,

Le cardinal Wolsey, dont l'ambition n'avait pas été rebutée par le peu de succès qu'il avait eu dans l'élection précédente, s'en promettait un plus heureux dans celle-ci. Henri écrivit à l'empereur pour lui rappeler l'engagement qu'il avait pris d'appuyer les prétentions de son miristre. Wolsey, de son côté, mit dans ses pour- Suites une activité égale à l'importance de l’objet qu'il se proposait, et envoya à ses agens dans Rome un ordre précis de n’épargner ni promesses ni présens pour faire réussir ses vues. Mais Charles ou l'avait bercé de vaines espérances qu’il n'eut jamais l'intention de réaliser, ou jugea qu'il ne serait pas prudent de Ss'opposer à l'élection d’un prétendant qui avait autant de titres pour réussir qu’en avait Médicis; ou peut-être les cardaux n'osèrent pas s'exposer à irriter le peuple romain en élevant encore sur la chaire de saint Pierreun autre étranger, dans le temps même que son indignation contre la mémoire d'Adrien était encore toute récente.

Wolsey, après tant d'espérances trompées et tant d'efforts inutiles, eut encore une fois la mortification de voir placer sur le trône de l'église un pape dont l'Age peu avancé et la constitution robuste ne lui laissaient pas même la consolation d'espérer de lui survivre. Cette seconde disgrace lui prouva clairement la mauvaise foi de l'empereur, et alluma au fond de son

Cœur tout le ressentiment que peut éprouver un |

homme habile qui se voit à la fois frustré de ses espérances et honteusement trompé. Clément, qui connaissait son caractère vindicatif, essaya de l’adoucir en le nommant légat en Angleterre pendant sa vie, avec des pouvoirs si étendus qu'ils lui transmettaient presque toute l'autorité papale dans ce royaume; mais l’affront que

Wolsey venait de recevoir avait rompu pour ja- |

mais les nœuds qui l’attachaient à l'empereur, et dès ce moment il ne songea plus qu’à la vengeance. Il lui fallut pourtant la différer, et cacher ses intentions à son maître jusqu'à ce que par une suite de circonstances heureuses que le temps pourrait faire naître, il pût par degré le détacher de l'empereur. Aussi, loin de marquer aucun mécontentement du refus qu'il avait essuyé, il affectait toujours, soit en particulier, soit en public, de se montrer très satisfait de l'élévation de Clément !,

‘ Fiddes, Life of Wolsey, p. 294 »etc. Herbert,

| Henri, pendant toute la campagne , avait rempli avec la plus grande exactitude les engagemens qu'il avait pris avec l'empereur, dans leur ligue commune contre le roi de France, mais ses opérations n'avaient pas eu toute la cé- Iéritéqu'il aurait désirée. Son aveugle prodigalité et sa négligence extrême dans l'économie de ses revenus le laissaient souvent sans ressource d'argent. La manière de faire la guerre en Europe était alors bien différente de celle qui avait régné auparavant, Au lieu de ces armées, assemblées à la hâte, qui, sous des chefs particuliers, suivaient leur prince à la guerre, ne se mettaient en campagne que pour quelques mois, et servaient à leurs propres dépens , on levait à grands frais, du temps de Henri, des troupes qui recevaient une paye réglée et très forte, Au lieu de cette impatience qu’avaient auparavant les deux partis de terminer la querelle par le sort d’une bataille qui décidait ordinairement de la destinée de pays ouverts et sans défense, et laissait aux barons la liberté de retourner avec leurs vassaux à leurs occupations journalières, les villes étaient alors fortifiées avec art | et défendues avec opiniâtreté : la guerre, d’un art simple d’abord , était devenue une science très compliquée, et les campagnes étaient par conséquent plus longues, plus fatigantes et moins décisives. Les dépenses que ces changemens dans l’art militaire occasionèrent nécessairement, parurent des fardeaux insupportables aux peuples , qui étaient accoutumés à ne payer que de légers impôts. De là vint cet esprit d'économie et même de parcimonie qui animait dans ce siècle les parlemens d'Angleterre, et que Henri, malgré toute son autorité, ne put dompter que rarement. Les communes lui ayant refusé pour cette fois les subsides qu'il demandait, il fit valoir une prérogative étendue et presque illimitée que possédaient alors les rois d'Angleterre, et au moyen de cet usage extraordinaire et violent de son autorité, il se procura l'argent dont il avait besoin. Mais cet expédient consuma tant de temps que la saison était déjà fort avancée avant que son armée pôt se mettre en campagne sous la conduite du duc de Suffolk. Ce général, après la jonction d'un corps considérable de Flamands, marcha en Picardie; et | comme François, entraîné par une impatience

| insensée de recouvrer le Milanais, avait laissé

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cette frontière presque sans défense, Suffolk | pénétra jusqu'aux bords de la rivière d'Oise, à sept lieues de Paris, et jeta la consternation dans cette capitale; mais l’arrivée d’un détachement envoyé par le roi , qui était encore à Lyon, la bravoure et l'activité des officiers français, qui ne laissaient respirer les ennemis ni jour ni nuit, la rigueur inouie d’un hiver prématuré, et le défaut de vivres, forcèrent les Anglais à se retirer, et La Trémouille qui commandait eut la gloire d'arrêter avec une poignée de soldats la marche d’une armée formidable, et de la chasser honteusement du territoire de France t.

Les tentatives de l’empereur sur la Bourgogne et sur la Guyenne ne furent pas plus heureuses, quoique la même négligence de la part de François eût encore laissé ces deux provinces très mal défendues. La conduite et la valeur de ses généraux suppléèrent à son défaut de prévoyance; les Allemands, qui avaient fait une irruption dans la Bourgogne, et les Espagnols, qui avaient attaqué la Guyenne, furent également repoussés avec beaucoup de perte.

Ainsi finit la campagne de 1523 ; où François eut tant de bonheur et de succès que l'Europe commença à prendre une haute idée de son pouvoir et de ses ressources. Il avait découvert et dissipé une conspiration dangereuse, dont il avoit forcé l’auteur à s'exiler du royaume, ayant à peine un domestique à sa suite; il avait fait échouer tous les projets d'une ligue puissante formée contre lui; il avait défendu ses états attaqués à la fois par trois côtés différens; et si son armée d'Italie n'avait pas fait dans le Milanais tous les progrès qu'il pouvait attendre de la supériorité de ses forces sur celles de l'ennemi, il avait du moins repris la moitié de ce duché dont il restait possesseur,

La campagne suivante s'ouvrit par des événemens funestes pour la France. Elle perdit Fontarabie par la lâcheté ou la trahison de son gouverneur, En Italie, les alliés résolurent de redoubler de diligence, de vigueur et d'activité pour chasser Bonnivet de la partie du Milanais qui est au-delà du Tésin. Clément , qui sous les pontificats de Léon et d'Adrien avait montré une haine implacable contre la France, commença à Voir la puissance que l’empereur acqué-

? L'erbert, Mémoires de du Bellay, p. 73, etc.

rait de jour en jour en Italie d'un œil si jaloux , qu'il refusa d'accéder, comme avaient fait ses prédécesseurs, à la ligue formée contre François; et oubliant ses passions et ses animosités per sonnelles, il travailla à réconcilier les deux partis avec tout le zèle qui convenait à son caractère. Mais tous ses efforts furent sans effet : une armée nombreuse , où chacun desalliés fournit son contingent de troupes, s'assemblait à Milan dès le commencement du mois de mars. Lannoy, vice-roi de Naples, en prit le commandement à la mort de Colonne; mais la principale conduite des opérations de la campagne fut confiée à Bourbon et au marquis de Pescaire. Le dernier était le plus habile et le plus entreprenant des généraux allemands : le ressentiment qui animait Bourbon redoublait son activité et muitipliait ses ressources; la connaissance qu’il avait du caractère des généraux français, du génie de leurs troupes, de la force et de la faiblesse de leurs armées, le mettait en état de rendre les plus grands services au parti qu'il avait embrasse. Mais tous ces avantages allaient bient rester inutiles par l'impuissance où se trouvait l’empereur de se procurer assez d'argent pour l'exécution des plans vastes et divers qu'il avait formés. Quand les généraux voulurent faire marcher ses troupes, elles se mutinèrent , demandant la paye qui leur était due depuis quel ques mois; et sans avoir égard ni aux menaces ni aux promesses de leurs officiers, elles menacèrent de piller Milan si on ne les satisfaisait pas sur-le-champ. Les généraux des alliés furent délivrés de cette situation embarrassante par Moron , qui avait sur ses compatriotes un ascendant si prodigieux, qu'il leur fit avancer la somme qu'on demandait, et l'armée se mit aussitôt en campagne. Bonnivet n'avait pas assez de troupes pour tenir tête à cette armée, et il avait encore moins les talens nécessaires pour se mesurer avec les généraux ennemis.

Après plusieurs mouvemens et plusieurs combats qu'ont décrits avec beaucoup d’exactitude les historiens du temps, mais qui sont aujourd'hui trop loin de nous pour nous instruire ou pour nous intéresser, il fut forcé d'abandonner un camp très avantageux , où il s'était retranché, à Biagraffa. Bientôt après, en partie par sa mauvaise conduite, en partie par l’activité des ennemis qui harcelaient et ruinaient son armée

par des escarmouches continuelles, en évitant

sans cesse la bataille qu’il leur présentait; en

partie aussi par le caprice de six mille Suisses | qui refusèrent de le joindre, quoiqu'ils ne fus- |

sent qu’à une journée de marche, il fut réduit à la nécessité de tenter sa retraite en France par la vallée d'Aoste. A peine. était-il arrivé sur les bords de la Sessia, et commençait-il à passer cette rivière, que Bourbon et Pescaire parurent avec l'avant-garde des alliés, et chargèrent son arnière- garde avec la plus grande impétuosité; dès le commencement de l'action, Bonnivet , qui se Comporta avec la plus grande valeur, reçut une blessure si dangereuse qu'il fut obligé de quitter le champ de bataille. Le commandement de l'arrrière-garde fut alors confié au chevalier Bayard : ce brave officier était si peu courtisan qu'il ne parvint jamais à commander en chef; mais dans le moment du danger c'était toujours à lui qu’on avait recours, et il se trouvait alors chargé des postes les plus difficiles et les plus importans, Il se mit à la tête des gendarmes , et animant les soldats par sa présence et par son exemple à soutenir lechoc des ennemis, ilgagna du temps pour couvrir la retraite du reste de l'armée. I reçut, dans cette action, une blessure qu'ilsentit bientôt être mortelle , et n'ayant plus la force de se soutenir sur son cheval, il donna ordre à un de ses gens de l’appuyer contre un arbre, le visage tourné en face de l'ennemi : là, fixant ses regards sur la garde de son épée qu'il tint élevée au lieu de crucifix, il adressa une prière à Dieu, et dans cette attitude si digne de son caractère, et comme guerrier et comme chrétien, il attendit tranquillement la mort. Bourbon , qui conduisait la tête des troupes ennomies, le trouvant dans cette situation, lui témoigna des regrets et de la pitié : Ve me plaignez point, lui cria ce brave chevalier ; je meurs comme un homme d'honneur, en faisant mon devoir : il faut plaindre ceux qui combattent contre leur roi, leur patrie et leur serment. Le marquis de Pescaire, qui passa en même temps par cet endroit, témoigna aussi on admiration pour les vertus de Bayard, et ses regrets sur sa perte, avec toute la sensibilité d'un ennemi généreux; mais voyant qu'on ne pouvait sans danger le transporter du lieu où il était, il y fit dresser une tente, et y laissa des personnes chargées de prendre soin de ce grand

11524] homme. Leurs soins ne purent le sauver: il mourut, comme étaient morts ses ancêtres depuis plusieurs générations, sur le champ de bataille, Pescaire fit embaumer son corps et l'envoya à ses parens. Tel était le respect qu'on avait dans ce siècle pour le mérite militaire, que le duc de Savoie ordonna qu’on rendit au corps de Bayard les honneurs qu'on rend aux rois dans toutes les villes de ses états où il passa : et dans le Dauphiné, la patrie de ce héros, le peuple de tout état et detout rang alla en grande procession au-devant de son corps t.

Bonnivet ramena les débris de son armée en France, et dans une courte campagae, François se vit dépouillé de tout ce qu'il possédait en Italie, où il n'avait pas un seul allié.

Tandis que la guerre allumée par la rivalité de Charles et de François embrasait tant de contrées de l’Europe, l'Allemagne jouissait d'une paix profonde, très favorable à la réforme, qui continuait de faire de nouveaux progrès. Pendant la retraite de Luther dans le château de Warthourg, Carlostadt , un de ses disciples, animé du même zèle que son maître, mais moins prudent et moins modéré, s'était iis à répandre parmi le bas peuple des opinions aussi extravagantes que dangereuses, Encouragée par ses exhortations, la populace se souleva dans plusieurs villages de la Saxe, courut avec fureur dans les églises, abattit et brisa les images dont elles étaient décorées. Ces désordres et ces violences étaient si opposés à toutes les maximes du prudent électeur, que si on ne les eût pas promptement réprimés, ils auraient suffi pour détacher du parti des réformateurs un prince jaloux de son autorité, et qui craignait d’offenser l'empereur et les autres protecteurs des opiuions anciennes. Luther, qui sentait ce danger , quitta sur-le-champ sa retraite, sans attendre la permission de Frédéric, et retourna à Vittemberg. Heureusement pour la réforme, la vénération qu'on avait pour sa persorne et pour son autorité était encore si grande que sa seule présence étouffa cet esprit de fanatisme qui commençait à gagner son parti.

Carlostadt et ses sectateurs, déconcertés par ses réprimandes, restèrent muets, et déclarèrent

? Rellefor., Épttre, p.73. Mém. de du Bellay, p. 75.

| OŒEuv. de Brant. toru. VI, p. 100, etc. Pasquier, Recher- : chès., p.626.

du p relig du de l

rent le sauver: i] s ses ancètres desur le champ de ner son corps el it le respect qu’on rite militaire, que n rendit au corps on rend aux rois états où il passa :

rie de ce héros, le ang alla en grande Orps {.

s de son armée en mpagae, François qu'il possédait en l allié, née par la rivalité mbrasait tant de lemagne jouissait avorable à la réire de nouveaux de Luther dans le Stadt , un de see que son maître, > modéré, s'était uple des opinions gereuses. Encou- | populace se soue la Saxe, courut battit et brisa les orées. Ces désor- | opposés à toutes ur , que si on ne imés, ils auraient des réformateurs ité, et qui crailes autres protec- Luther, qui senhamp sa retraite, Frédéric, et reement pour la révait pour sa per- L encore si grande

cet esprit de faagner son parti.

iconcertés par ses , et déclarèrent

le du Bellay, p. 75.

c. Pasquier, Recher--

que ce n'était pas la voix d'un homme qu'ils ! Premier soin d’Adrien, à son arri

avaient entendue, mais celle d’un ange.

Avant cette époque, où Luther quitta sa retraite, il avait déjà commencé à traduire la Bible en langue allemande, entreprise aussi difficile qu'importante, qu'il était extrêmement jaloux de conduire à sa fin, et il avait toutes les qualités nécessaires pour y réussir. Avec une teinture suffisante des langues orientales et une grande connaissance du style et des sentimens des écrivains inspirés, il Passait pour posséder parfaitement sa langue naturelle, et il s'y exprimait en effet avec toute la pureté et toute l'élégance dont elle était susceptible, quoique ses compositions latines fussent d'un style dur et barbare. A force d'application et d'assiduité, aidé du secours de Mélancthon et de plusieurs autres de ses disciples, il finit une partie du Nouveau-Testament dans l'année 1524 : Ja publication de cette version fut plus funeste à l'église de Rome que tous les autres ouvrages de Luther. Elle fut lue par les personnes de tout rang avecuneavidité et une attention extraordinaires. On était étonné de découvrir combien les préceptes de l’auteur de notre religion étaient contraires aux doctrines de ceux qui prétendaient être ses vicaires; et comme on avait dans l'Évangile la règle de la foi, tousse crurent en état d'en faire l'application, de juger par eux-mêmes des opinions établies, et de déterminer quand elles étaient conformes à la règle, ou quand elles s’en écartaient, Les grands avantages que produisit cette version de Luther encouragèrent les défenseurs de la

réforme à suivre son exemple dans les autres contrées de l'Europe, et à publier en langue vulgaire des versions de l'Écriture.

Vers ce même temps, N uremberg, Francfort, Hambourg et plusieurs autres villes d'Allemagne du premier ordre embrassèrent ouvertement la religion réformée, et abolirent, avec l'autorité

de l'église romaine 1, L'électeur de Brandebourg, les ducs de Brunswick et de Lunebourg, et le priuce d’Anhalt , se déclarèrent les protecteurs de la doctrine de Luther, et la firent prècher dans leurs états,

La cour de Rome fut vivement alarmée de cette défection qui croissait chaque jour, et le

1 Seckend, p.241, Chytræus, Contin. Krautzii, p. 203.

vée en ltalie, | avait été de délibérer avec les cardinaux sur les ! moyens d'y remédier. Ce pape était profondément versé dans la théologie scolastique, et comme c'était par cette sôrte de mérite qu'il s’é- | tait distingué de bonne heure, il avait touiours

conservé pour une science à qui il devait la ré- | putation et les succès de sa vie, tant de zèle et | d'enthousiasme , qu’il ne mettait presque point | de différence entre le blasphème et les invec- | tives de Luther contre les scolastiques, et en | particulier contre Thomas d'Aquin. Toutes, les opinions de ce docteur paraissaient au pontife si claires et si incontestables , qu'il fallait , selon lui, être aveuglé par une ignorance grossière, ou résister au sens intime de sa propre conviction, pour en douter ou pour les contredire ; enfin il n'y eut jamais de Pape plus superstitieusement attaché à tous les poiuts de doctrine, et plus inflexible sur cet article : il les défendait,

| NON pas seulement comme Léon X, parce que

C'était la doctrine ancienne, et qu'il était dange-

reux pour l’église de souffrir des iunuvations ; il les soutenait encore avec tout le zèle d'un théologien et toute l’opiniatreté d'en champion de l'école, Du: autre côté, comme ses mœurs étaient extrèmement simples , et qu'il était exempt de tous les vices qui régnaient à la cour de Rome, il sentait, comme les réformateurs mêmes , et voyait avec autant d’indiguation qu'eux, la corruption qui s’y élait introduite. Le bref qu’il adressa à la diète de l'empire assemblée à Nuremberg, et les instructions qu'il donna à Cheregato qu'il y avait envoyé en qualité de légat étaient dictées par ces mêmes dispositions. D'un côté, il condamnait les opinions de Luther avec plus d'äpreté et d'aigreur que ne l'avait fait Léon X; il réprimandait sévèrement les princes d'Allemagne de ce qu'ils avaient souffert que ce novateur semât ses dog-

| mes pernicieux, en négligeant de faire exécuter du magistrat, la messe et d’autres cérémonies |

l'édit porté à la diète de Worms, et leur enjoignait, si Luther n'abjurait pas sur-le-champ ses errreurs, de le détruire par le feu comme un membre gangrené et incurable, ainsi que Dathan et Abiron avaient été exterminés par Moïse, Ananias et Saphira par les apôtres, Jean Hus et Jérôme de Prague par les princes leurs ancètres {, D'un autre côté, il avouait avec a

! Fascic. rer. expet, et fugiend., p. 342

plus grande ingénuité et dans les termes les plus positifs, que les désordres de la cour de Rome étaient la source d'où étaient sortis tous les maux que souffrait ou redoutait l'église; il promettait d'employér toute son autorité pour réformer les abus, avec toute la promptitude que permettait la nature de ces désordres invétérés, et il exhortait les princes à l'aider de leurs conseils sur les moyens les plus propres à étouffer l’hérésie qui était née au milieu d'eux.

Les membres de la diète, après avoir loué le pape de son zèle et de la piété de ses vues, s’excusèrent de n'avoir pas fait exécuter l'édit de Worms, sur la multiplication prodigieuse des sectateurs de Luther et sur l’aversion que les vexations innombrables de la cour de Rome avaient inspirée pour elle au reste de leurs sujets, raisons qui rendaient l'exécution de l’édit non-seulement dangereuse, mais même impossible. Is assurèrent qu'il était temps de prendre des mesures nouvelles et plus efficaces pour satisfaire l'Allemagne sur ses griefs, qui n'étaient pas fondés sur des torts imaginaires, mais sur des exactions trop réelles et devenues intolérables, comme le pape pourrait s'en convaincre par la lecture de la liste qu’ils se proposaient de mettre sous ses yeux. Suivant eux, le seul remède qui pôt être proportionné à la grandeur du mal, et qui leur donnât quelque espérance de voir l’église reprendre son ancienne vigueur et s’affermir sur une base solide, c'était un concile général. En conséquence ils lui conseillaient d'obtenir le consentement de l’empereur, et d’assembler sans délai le concile dans une des villes principales de l'Allemagne, afin que tous ceux qui avaient droit d’y assister pussent délibérer en sûreté, et proposer leurs avis avec toute la liberté qu’exigeait le danger pressant où se trouvait la religion 1,

Le nonce, plus adroit que son maître, et plus instruit des vues et des intérêts politiques de la cour de Rome, fut vivement ému à cette proposition de convoquer un concile; il sentit aisément combien il serait dangereux de le faire dans un temps où plusieurs désavouaient hautement l'autorité du pape, et où tous commençaient à la respecter moins, et à refuser de s’y soumettre, IL employa donc tout ce qu'il avait d'adresse à

* Fascic, rer. expet, et fugiend., p. 346.

engager les membres de la diète à poursuivre avec plus de rigueur l’hérésie de Luther, et à abandonner la proposition d’assembler en Allemagne un concile général ; mais comme ils voyaient bien que le nonce était beaucoup plus jaloux de ménager les intérêts de la cour de Rome que de conserver la tranquillité de l’empire et la pureté de l'église, ils restèrent inflexibles et continuèrent à préparer la liste de leurs griefs pour la faire présenter au pape. Le nonce, craignant d'être chargé d’une commission si désagréable, et ne voulant pas porter à sa cour une remontrance qui ne manquerait pas de lui déplaire, sortit brusquement de Nuremberg sans prendre congé de la diète 2,

Aussitôt les princes séculiers dressérent cette liste, si fameuse dans les annales d'Allemagne, contenant cent objets de plaintes, sur autant d'abus qu'ils attribuaient à la tyrannie de la cour de Rome. Les princes ecclésiastiques se contentèrent de ne mettre aucune opposition à cette démarche, mais ils crurent qu'il ne leur convenait pas d’y accéder. Ces plaintes étaient pour la plupart une répétition des articles de la liste qui fut dressée sous le règne de Maximilien. Il serait trop long d'en faire une énumération détaillée. On s'y plaignait des sommes exigées pour les dispenses , les absolutions et les indulgences ; des frais qu’entrainaient les procédures portées à Rome; des abus innombrables produits par les réserves, les commandes et les annates ; du privilége de se soustraire à la juridiction séculière qu'avait obtenu le clergé, de tous les artifices qu'employaient les juges ecclésiastiques pour attirer à eux la connaissance des causes civiles, des mœurs indécentes et scandaleuses d'un grand nombre d'ecclésiastiques, et de plusieurs désordres particuliers, dont la plupart ont déjà été rapportés au nombre des circonstances qui favorisrent le succès et la propagation rapide des opinions de Luther. Les princes terminaient cette liste par déclarer que, si le saint siége ne se hâtait de les délivrer de ces fardeaux intolérables , ils étaient déterminés à ne pas s'y soumettre plus long-temps ; et à employer tout le pouvoir et toute l'autorité que Dieu avait mis entre leurs mains pour s'en affranchir .

1 Fascic. rer. exp el. et fugiend., p. 319.

2 Jbid., p. 376.

5 bid., p. 364.

[1524] iète à poursuivre e de Luther, et à ssembler en ÂAlle-

mais comme ils ait beaucoup plus ts de la cour de nquillité de l’ems restèrent inflexir la liste de leurs a pape !. Le nonce, -ommission si désporter à sa cour querait pas de lui it de Nuremberg e 2, s dressérent cette ales d'Allemagne, intes, sur autant la tyrannie. de la ecclésiastiques se cune opposition à rent qu’il ne leur s plaintes étaient | des articles de la ne de Maximilien.

une énumération sommes exigées tions et les indulent les procédures nnombrables proimandes et les antraire à la juridicle clergé, de tous juges ecclésiasti- \issance des causes s et scandaleuses tiques, et de pluont la plupart ont des circonstances \ propagation ra- Les princes termir que, sile saint er de ces fardeaux ninés à ne pas S'y à employer tout ue Dieu avait amis ranchir 3.

LA

SE

Au lieu des rigoureuses poursuites que le nonce avait sollicitées :ontre Luther et ses sectateurs , la résolution ou le recez de la diète contenait seulement une injonction générale à tous les ordres de l'empire d'attendre paisiblement les décisions du concile général qu'on devait convoquer, et jusqu’à ce temps de ne publier aucune opinion nouvelle contraire aux dogmes reçus dans l'église; et l’on avertissait les prédicateurs de s'abstenir de traiter aucun point de controverse dans leurs discours publics, et de se borner à une exposition simple et instructive des vérités de la religion 1.

Les réformateurs tiréreatde grands avantages de ces actes de la diète : ils y trouvaient la preuve la plus complète et la plus authentique de l'énorme corruption qui s'était établie àla cour de Rome et des charges insupportables dont le clergé opprimait l'empire; ils avaient une preuve du premier article, dans le témoignage da pape même, qui reconnaissait que leurs invectives et leurs accusations n'étaient ni calomnieuces ni injustes. A l'égard du second , c’étaient les représentans mêmes du corps germanique, dans une assemblée où il s’en fallait de bearcoup que les protecteurs de la nouvelle doctrine russent les plus nombreux et les plus puissans, qui avaï»nt mis au nombre des principaux griefs de lempire les pratiques de l'église romaine qu'attaquaient tous les jours Luther et ses disciples. Aussi dans tous les écrits de controverse qu'ils publièrent depuis cette époque, ils en appelèrent souvent à la déclaration expresse d'Adrien et aux cent griefs de la diète pour appuyer tout ce qu’ils avançaient sur les déréglemens ou sur les rapines et l’insatiable ambition de la cour de Rome.

À Rome on regarda la conduite d’Adrien comme une preuve d’une extrême imprudence et d'une simplicité puérile. Ces hommes, vieillis au milieu des artifices et de la corruption de la cour des papes, et accoutumés à prendre pour règle de leurs actions non la justice, mais leur intérêt , furent étonnés de voir un pontife qui, s'écartant des prudentes maximes de ses prédécesseurs, avouait ingénument des désordres qu'il devait cacher, et qui , sans égard à ce qu'il devait à sa dignité, demandait conseil à ceux

" Fascic. rer. expet, et fugiend., p. 248.

mème à qui il aurait dû donner des ordres. Ils craignaient que, par cette franchise si peu politique, au lieu de rappeler les ennemis de l’église dans son sein, il ne les rendit plus présomptueux , et que, loin d’étouffer l’hérésie , il n'ébranlât les fondemens de la puissance des papes, et ne fit tarir les principales sources des revenus du clergét. Ce fut par cette raison qu’ils s'opposérent adroitement à tous les plans de réforme que proposait Adrien, et qu’à force de multiplier les objections et les difficultés, ils tâchèrent d'en empècher ou d’en retarder l'exécution. Adrien surpris, d’un côté, de l'obstination des Luthériens, de l’autre, révolté des mœurs et des maximes italiennes, gémit souvent sur sa situation , et regretia le temps de sa vie où, simple doyen de Louvain, il se trouvait plus heureux dans un poste moins élevé, où l'on attendait peu de lui, et où rien ne pouvait arrêter l'effet de ses bonnes intentions 2.

Clément VII, son successeur, fut autant audessus de jui dans l’art de gouverner ; qu'il lui était inférieur du côté de la pureté des mœurs et de la droiture des intentions. Il avait non-seulement, comme tous les papes , une répugnance extrène pour la convocation d’un concile ; mais comme 1{ n'avait assuré son élection que par des moyens très peu canoniques , il redoutait une assemblée qui aurait le droit de la soumettre à un exainen dont le résultat pouvait lui être funeste. Il résolut donc pour sortir de l'embarras où l'avait jeté l'imprudence et la maladresse de son prédécesseur, d'éluder par toutes sortes de moyens les demandes des Allemands, tant sur la convocation d'un concile que sur la réforme des abus de la cour de Rome. Dans cette vue sil fit choix du cardinal Campege, hommetrès adroit, que les papes avaient déjà chargé de plusieurs négociations importantes, et il l'envoya en qualité de nonce à la diète de l'empire assemblée de nouveau à Nuremberg.

Campege, sans faire mention de ce qui s'était passé à la diète précédente, fit un long discours où il exhorta l'assemblée à exécuter avec vigueur l'édit de Worms, comme le seul moyen d'extirper l’hérésie de Luther. La diète répondit qu'elle voulait savoir auparavant les intentions

Fra-Paolo, Aist. del Concil.,p. 28. Pallavic, Hist,, pag. 58.

% Jovius, F'ita Aur., p. 118.

du pape sur la proposition d’un concile, et sur les cent griefs qu'elle avait exposés. Le nonce tâcha d’éluder le premier article, en déclarant d’une manière vague et générale que l'intention du pape était de prendre les mesures qui seraient les plus avantageuses au bien de l'église : quant au second point, comme la liste des cent griefs n'était arrivée à Rome qu'après la mort d’Adrien, et qu'ainsi elle n'avait point été pré- “»ntée dans les formes au pape actuel, Campege se prévalut de cette circonstance pour éviter de faire au nom de son maître une réponse positive sur cet objet : il observa pourtant que cette liste contenait plusieurs articles aussi peu soumis que peu décens, et que la diète, en publiant cette liste de sa propre autorité, avait manqué ouvertement au respect dû au saint siége. Il finit par demander encore qu'on procédât avec rigueur contre Luther et ses adhérens; mais quoiqu'il fût vivement secondé par l'ambassadeur de l’em-

[1524] pereur qui dans ce temps-là s’empressait de flatter le pape, et qui fit beaucoup de protestations sur le zèle de son maître pour l'honneur et la dignité du saint siége, le recez de la diète fut conçu presque dans les mêmes termes que celui de la précédente, et l’on n’y ajouta aucune déclaration plus sévère contre Luther et son parti 1.

Avant de quitter l'Allemagne, Campege, dans la vue d’éblouir et de gagner le peuple, publia certains règlemens pour réformer quelques désordres et quelques abus qui dominaient parmi le bas clergé; mais cette légère réforme, qui était bien éloignée de répondre au désir des luthériens et aux demandes de la diète, ne satisfit personne, et produisit très peu d'effet. Le nonce, d’une main timide, élagua quelques branches : les Allemands voulaient qu'on frappât un coup plus ferme, et qu’on attaquât le mal jusque dans les racines de l'arbre 2,

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