LIVRE QUATRIÈME
Les Italiens ne doutaient pas que la défaite des Français, chassés à la fois du Milanais et des états de la république de Gênes, ne terminât la guerre entre l’empereur et le roi de
sance capable de résister à l’empereur en Italie , ils commencèrent à craindre l'accroissement de ses forces et à former des vœux ardens pour le rétablissement de la paix. Contens d’avoir procuré à Sforce la restitution de ses états héréditaires , objet qui avait été le principal motif de leur alliance avec Charles, ils ne dissimulérent plus l'intention où ils étaient de ne pas contribuer plus long-temps à augmenter la supériorité qu'il avait sur son rival, et qui commençait à exciter leur jalousie. Le pape surtout, qui par la timidité naturelle de son caractère se méfiait le plus de l'ambition de Charles, chercha, par le ministère de ses ambassadeurs et par ses remontrances , à lui inspirer des sentimens de modération, et à le disposer à la paix.
Mais l'empereur enivré de ses succès excité
par Bourbon qui ne cherchait que l’occasion de se venger, et violemment entraîné par sa propre ambition, méprisa les avis de Clément, et
| déclara que sa résolution était prise, qu'il allait France; et comme ils ne voyaient plus de puis-
faire passer les Alpes à son armée et attaquer la Provence, celle des provinces de France où
| son rival craignait le moins une attaque, et où
il était le moins préparé à la soutenir. Ceux de ses ministres qui avaient le plus d'expérience
| cherchèrent à le dissuader de cette entreprise,
en lui représentant la faiblesse de son armée et l'épuisement de son trésor : mais il comptait sur le secours du roi d'Angleterre; et d’ailleurs, Bourbon, plein de cette confiance et de cett présomption naturelles aux exilés, lui promettait qu'un corpsnombreux de ses partisans se joindrait aux troupes impériales, dès l'instant qu'elles entreraient en France. Charles, séduit par ces espérances, persista obstinément dans son dessein. Henri se chargea de fournir dix mille du-
" Seckend., p. 286, Sleid., hist., p. 66.
? Seckend., p. 292
à s'empressait de coup de protestapour l'honneur et cez de la diète fut 's termes que celui y ajouta aucune re Luther et son
agne, Campege, agner le peuple, ur réformer quelus qui dominaient e légère réforme, ondre au désir des e la diète, ne sares peu d'effet. Le
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que l’occasion de rainé par sa pros de Clément, et prise, qu'il allait rmée et attaquer ces de France où le attaque, et où outenir. Ceux de plus d'expérience cette entreprise, de son armée et is il comptait sur e; et d’ailleurs, ance et de cette és, lui promettait tisans se joindrait l'instant qu'elles , Séduit par ces nt dans son desnir dix mille du-
cats pour subvenir aux frais de l'expédition pendant le premier mois, après lequel il se réservait le choix ou de continuer de payer la même somme tous les mois, ou d’entrer en Picardie avant la fin de juillet avec une puissante armée. L'empereur s'engagea de son côté à attaquer la Guienne en même temps avec un corps de troupes considérable; et si ces entreprises réussissaient, Bourbon devait rentrer dans les terres qu’il avait perdues, et de plus être mis en possession de la Provence avec le titre de roi, en faisant hommage de ces nouveaux états à Henri, comme au souverain légitime de la France.
De toutes les parties de ce plan si vaste et si extravagant , l'invasion de la Provence fut la seule exécutée. Charles ne diminua rien de son ardeur pour cette entreprise malgré les scrupules de Bourbon qui, par une délicatesse qu'on ne devait pas attendre du rôle qu'il avait pris, refusa positivement de reconnaître les droits de Henri à la couronne de France, et par-là affranchit ce monarque de tous les engagemens qu'il avait contractés. L'armée que l’empereur employa pour cette expédition ne montait qu'à dix-huit mille hommes, dont il donna le commandement au marquis de Pescaire , en lui ordonnant d’avoir, dans toutes ses opérations, la plus grande déférence pour les avis de Bourbon. Pescaire passa les Alpes sans trouver de résistance ; il entra dans la Provence et alla mettre le siége devant Marseille. Bourbon voulait qu’on marchàt droit à Lyon, parce que ses terres étaient dans le voisinage de cette ville, et que, par cette raison, son crédit y serait plus efficace et plus étendu ; mais l'empereur était si jaloux de la possession d’un port qui lui assurerait dans tous les temps une entrée facile dans la France, que son autorité prévalut pour cette fois sur l'avis de Bourbon, et détermina Pescaire à regarder la réduction de Marseille comme son objet principal!, François qui prévit bien le dessein de l'empereur, mais qui n'était pas en état de le prévenir, s’attacha à prendre les mesures les plus propres à le faire échouer. Il ravagea le pays adjacent, afin d'ôter aux ennemis les moyens d'y subsister; il rasa les faubourgs de ia ville, ajouta de nouvelles fortifications
? Guich., liv. xv, p. 273, etc. Mém. de du Bellay, p.80.
aux anciennes, et jeta dans la place une forte garnison commandée par des officiers braves et expérimentés. Neuf mille habitans, à qui la crainte de tomber sous le joug espagnol fit mépriser le danger, se joignirent à la garnison, et s'armèrent pour défendre la place. Leur bravoure et leur habileté réunies triomphèrent de toute la science militaire de Pescaire et de l'activité du ressentiment de Bourbon. Pendant ce temps-là François eut tout le loisir d’assembler une armée nombreuse sous les murs d'Avignon, et lorsqu'il avança vers Marseille, les impériaux déjà épuisés par les fatigues d'un siége de quarante jours, affaiblis par les maladies, et prés de manquer de provisions, se retirèrent avec précipitation vers l'Italie 1.
Si, pendant ces opérations de l’armée de Provence, Charles et Henri eussent attaqué la France de la manière qu'ils l'avaient projeté , ce royaume eût couru le plus grand danger. Mais dans cette occasion, comme dans beaucoup d’autres, l'empereur trouva que ses revenus n'étaient pas proportionnés à la grandeur de sa puissance et à l’activité de son ambition; et le défaut d'argent le força, quoiqu’à regret, de rétrécir son plan, et d’en laisser toujours la moitié sans exécution. Henri, blessé du refus qu'avait fait Bourbon de reconnaître ses droits à la couronne de France, alarmé par les mouvemens des Écossais qui, à la sollicitation du roi de France, s'étaient déterminés à marcher vers les frontières de l'Angleterre, et n'étant plus excité par son ministre Wolsey, qui s'était extrémement refroidi sur les intérêts de l'empereur, ne prit aucune mesure pour seconder cette même entreprise, qu'il avait d'abord adoptée avec toute l’ardeur que lui inspirait toujours un projet nouveau ?,
Si le roi de France se fût contenté d'avoir préservé ses sujets des suites de cette invasion formidable, et d'avoir montré à l'Europe combien la force intérieure de ses états lui fournissait de ressources pour repousser les attaques d'un ennemi étranger , secondé même des talens et des efforts d’un sujet puissant et rebelle, il eût encore, malgré la perte du Milanais, fini la campagne avec honneur. Mais ce prince, qui avait plutôt le courage d'un soldat que celui d'un
? Guich., liv. xv, p. 277. Uhoa, Fîta del Carlo F, p.93 2 Fiddes, Life of olser, append., n°: 70, 71, 72.
général, qui était entraîné par son ambition, et que son caractère portait plus à la témérité qu'à la prudence, se laissait trop aisément éblouir par le succès, et séduire par toute entreprise qui demandait de l'audace et qui présentait de grands dangers. L'état où étaient alors ses affaires lui offrait naturellement une entreprise de ce genre. Il se trouvait à la tète d’une des armées les plus puissantes et les mieux entretenues que jamais la France eût mises sur pied : il ne put se résoudre à la congédier sans avoir tiré quelque avantage de ses forces. L'armée impériale avait été obligée de se retirer ; les fatigues l'avaient presque ruinée ; le mauvais succès l'avait découragée ; le Milanais était sans défense; il n'était pas impossible de s'y rendre avant que Pescaire pût y arriver avec les débris de son armée; ou sila crainte avait rendu sa retraite plus prompte, il n'était pas en état de tenir contre des troupes fraîches et nombreuses; et dès lors Milan était obligé de se soumettre sans résistance, comme elle avait fait plusieurs fois , à quiconque aurait la hardiesse de l'attaquer.Cesconjecturesétaient par elles mêmes assez plausibles : elles parurent décisives au bouillant François. En vain les plus sages de ses ministres et de ses généraux lui représentèrent le danger de se mettre en campagne dans une saison si avancée, avec une armée composée en grande partie de Suisses et d’Allemands, aux caprices desquels il serait obligé de se prêter dans toutes ses opérations, sans avoir d’autre sûreté que leur fidélité ; en vain Louise de Savoie se hâtait à grandes journées d'arriver en Provence pour employer tout son crédit à le détourner d'une entreprise si téméraire; François méprisa les représentations de ses sujets ; et afin de s’épargner le désagrément d'une entrevue avec sa mère, dont il était bien résolu de rejeter les conseils, il se mit en marche avant qu'elle arrivât : mais pour réparer en quelque sorte ce manque d’égard, il la nomma régente du royaume pendant son absence. Bonnivet ne contribua pas peu par ses conseils à affermir François dans la résolution qu'il avait prise. Ce favori, qui avait tous les défauts de son maitre, était porté par l'impétuosité naturelle de son caractère à appuyer fortement cette entreprise : il était impatient d'ailleurs de revoir une dame de Milan dont il avait été violemment épris
dans sa dernière campagne ; et l'on prétend que, par les récits séduisans qu'il faisait à François'de la beauté et des agrémens de sa maitresse, il avait enflammé l'âme de ce prince, toujours ouverte aux impressions de l'amour, et lui avait inspiré le même désir de la voir,
Les Français passèrent les Alpes au mont Cenis, et comme le succès dépendait de leur diligence, ils marchérent à grandes journées. Pescaire, qui avait été obligé de prendre un chemin vlue long et plus difficile par Monaco et par Final , fut bientôt informé de leur dessein ; convaincu qu’il n’y avait que la présence de ses troupes qui pôt sauver le Milanais, il marcha avec tant de célérité, qu'il atteignit d'Albe le même jour que l’armée française arrivait à Verceil. François , instruit par la faute qu'avait faite Bonnivet dans la première campagne, marcha droit à Milan. L'approche inattendue d’un ennemi si puissant jeta la ville dans un si grand trouble et dans une si grande consternation , que Pescaire, qui était entré dans la ville avec ses meilleures troupes, sentit l'impossibilité de la défendre avec succès ; et après avoir jeté une garnison dansla citadelle, il sortit par une porte, tandis que les Français entrèrent par l’autre 2.
La célérité de la marche du roi de France déconcerta tous les plans de défense que les impériaux avaient formés. Jamais généraux n'avaient eu à résister à une invasion si formidable et dans des circonstances si désavantageuses. Charles possédait des états beaucoup plus étendus qu’aucun autre prince de l'Europe, et il n'avait alors d'autre armée à soudoyer que celle de Lombardie, quine montait pas à seize mille hommes:
mais son autorité était si limitée dans ses différens royaumes, et ses sujets, qu'il ne pouvait imposer à aucune taxe sans leur consentement, montraient tant de répugnance à se charger d'impositions nouvelles ou extraordinaires, que sa petite armée se trouva tout à la fois sans paye, sans munitions, sans vivres et sans habits. Dans ces circonstances , il fallait toute la sagesse de Lannoy, ioute l’intrépidité de Pescaire et la haine implacable de Bourbon, pour empècher les troupes impériales de se livrer au désespoir, et pour leur inspirer la volonté et le courage de tenter les ressources qui leur restaient encore
1 Œuv. de Brant. tom. VI, p. 253.
3 Mém. de du Bellay, p. 81. Guich., liv. xv, p. 278.
[1524] | l'on prétend que, isait à François'de sa maitresse, il ince, toujours ouaour, et lui avait ir {, lpes au mont Ceidait de leur dililes journées. Pesrendre un chemin r Monaco et par leur dessein ; conprésence de ses lanais, il marcha tteignit d'Albe le ise arrivait à Veraute qu'avait faite impagne, marcha ittendue d’un endans un si grand le consternation , dans la ville avec l'impossibilité de rès avoir jeté une rtit par une porte, ent par l’autre 2.
roi de France dénse que les impésénéraux n'avaient formidable et dans fageuses. Charles lus étendus qu’auet il n'avait alors celle de Lombarze mille hommes; ée dans ses diffé- , qu'il ne pouvait ur consentement, ice à se charger (raordinaires , que à la fois sans paye, sans habits. Dans te la sagesse de de Pescaire et la 1, pour empècher rer au désespoir , é et le courage de restaient encore uich., liv. xv, p. 278.
pour se tirer d’un si grand danger. Ce fut aux efforts de leur génie et à l’activité de leur zèle, plutôt qu'à ses propres forces, que l'empereur dut la conservation de ses états d'Italie !, Lannoy, en engageant les revenus de Naples, se procura quelque argent, qui fut aussitôt employé à pourvoir aux plus pressans besoins des troupes. Pescaire, qui était chéri et presque adoré des troupes espagnoles, les exhorta à montrer à l'Europe, en s'engageant à servir l'empereur dans cette situation périlleuse sans demander leur solde, qu’elles étaient animées par dessentimens d'honneur, bien supérieurs à ceux d'une troupe mercenaire; et ces braves soldats acceptèrent la proposition avec une générosité sans exemple ?. Bourbon, de son côté, mit ses bijoux en gage pour une somme considérable, et partit aussitôt pour l'Allemagne où il avait beaucoup de crédit, afin d'accélérer, par sa présence, la levée d’un corps de troupes pour le service de l'empereur 3.
François commit une faute irréparable en donnant aux généraux de l'empereur le temps de profiter de toutes ces opérations. Au lieu de poursuivre l'ennemi qui se retirait vers Lodi sur l’Adda , poste qui ne pouvait tenir, et que Pescaire était résolu d'abandonner à son approche, il donna la préférence à l'avis de Bonnivet, quoique contraire à celui des autres généraux, et alla mettre le siége devant Pavie, ville située sur le Tésin: c'était à la vérité une place importante, et dont la possession lui aurait ouvert toute la fertile contrée qui borde la rivière ; mais elle était bien fortifiée ; il était dangereux d'entreprendre un siége difficile dans une saison si avancée ; et Jes généraux de l'empire, qui sentaient l'importance de conserver cette place, y avaient jeté une garnison de six mille vieux soldats sous les ordres d’Antoine de Léve, officier d'un rang distingué, d’une grande expérience, d’un courage aussi patient qu’actif, fertile en ressources, jaloux de se signaler , accoutumé depuis long-temps à obéir comme à commander, et par conséquent capable de tout souffrir et tout tenter pour réussir,
1 Guich., liv. xv, p. 280,
2 Jovius, Vita Davali, tom. V, p.386. Sandov., vol. 1, p. 621. Ulloa, Vita del Carl. tom. V, p. 94, etc. ie de l'emp. Ch. P, par Ant. de Vera et Zuniga, p. 36.
5 Mém. de du Bellay, p. 83.
François pressait le siége avec une vigueur égale à la témérité qui l'avait porté à l'entreprendre. Pendant trois mois, toute la science que pouvaient avoir les ingénieurs de ce siècle, tout ce que peut faire la valeur des soldats, fut mis en usage pour réduire la place. Lannoy et Pescaire, hors d'état de traverser ses opérations, étaient obligés de rester dans une si huonteuse inaction, qu'on répandit à Rome une pasquinade, dans laquelle on offrait une récompense à quiconque pourrait découvrir l’armée des impériaux, qui s'était perdueau mois d'octobre dans les montagnes qui séparent la France de la Lombardie, sans qu'on en eût depuis aucune nouvelle !,
Léve, qui connaissait tout l'embarras où se trouvaient ses compatriotes, et l'impuissance où ils étaient de tenir tête en rase campagne à une armée aussi puissante que celle des assiégeans, sentit que sa sûreté dépendait uniquement de sa vigilance et de sa valeur, Il donna de l'une et de l'autre des preuves extraordinaires et proportionnées à l'importance de la place dont la défense lui était confiée. Il retardait les approches des Français par des sorties fréquentes et vigoureuses. Derrière les brèches que faisait leur artillerie, il élevait de nouveaux ouvrages dont la force paraissait égale à celle des premières fortifications. Il repoussait les assiéeans dans tous leurs assauts; et l'exemple qu'il donnait encouragea non-seulement la garnison, mais les habitans même à soutenir, sans murmurer, les fatigues les plus excessives, et à affronter les plus grands périls. La rigueur de la saison vint seconder ses efforts, pour retarder les progrès des assiégeans. François essaya de se rendre maitre de la ville en détournant le cours du Tésin, qui la défendait d'un côté; mais une inondation subite de la rivière détruisit en un jour l'ouvrage de plusieurs semaines, et entraîna toutes les levées que son armée avait faites après des travaux immenses et des dépenses énormes 2,
Malgré la lenteur des progrès du siége, et la gloire dont se couvrait Léve par sa belle défense, on ne doutait pas que la ville ne fût à la fin obligée de se rendre. Le pape, qui regardait déjà l'armée française comme dominante en
1 Sandov., 1, 608.
* Guich., liv. xv, p. 280. Ulloa, Fita del Carlo F,
Italie, se hâta de rompre les engagemens qu'il avait contractés avec l’empereur , dont les projets excitaient sa jalousie, et de se lier d'amitié avec François. Comme la timide circonspection de son caractère le rendait incapable de suivre le plan hardi qu'avait formé Léon X, de délivrer l'Italie du joug des deux princes rivaux, il revint au projet plus simple et plus facile d'employer la puissance de l'un à balancer et à renverser celle de l’autre. Dans ces dispositions, il ne dissimula point la joie qu’il avait de-voir le roi de France recouvrer Milan, dans l'espérance que la crainte d’un si puissant voisin mettrait un frein à l'ambition de l’empereur , qu'aucune puissance d'Italie n'était alors en état de contenir. 11 s’oc- Cupa avec beaucoup d’ardeur à procurer une paix qui assurât à François la possession de ses nouvelles conquêtes; mais Charles, toujours inébranlable dans la poursuite de ses projets, rejeta avec dédain sa proposition , et se plaignit amèrement du pape, qui l'avait lui-même engagé à envahir le Milanais, lorsqu'il n'était encore que le cardinal de Médicis. Sur son refus , Clément conclut aussitôt avec le roi de France un traité de neutralité, où la république de Florence fut comprise t,
Par ce traité François enleva à l'empereur deux de ses plus puissans alliés, en même temps qu'il s'assurait un passage pour ses troupes par leurs états : ces avantages lui inspirèrent l'idée d'attaquer le royaume de Naples, et lui firent espérer qu'il s’emparerait aisément d’un pays abandonné et entièrement sans défense, ou qu’au moins cette invasion imprévuc obligerait le viceroi à rappeler du Milanais une partie de l’armée impériale. Dans cette vue, il y envoya six mille hommes sous le commandement de Jean Stuard, duc d’Albanie; mais Pescaire, prévoyant bien que le succès de cette diversion dépendrait entièrement du succès des armées qui étaient dans le Milanais, engagea Lannoy à ne faire aucune attention à ces mouvemens, et à tourner 2 tous ses efforts contre le roi de France, qui, en détachant de son armée un corps considérable, s'était affaibli mal à propos, et justifiait encore le reproche qu’on lui a toujours fait de s'engager témérairement dans des projets chimériques et extravagans.
1 Guich., liv. xv, p. 285.
3 Zd., ibid,
Cependant la garnison de Pavie était réduite aux dernières extrémités : les munitions et les vivres commençaient à lui manquer; les Allemands, qui en composaient la plus grande par. tie, n'ayant reçu aucune paye depuis sept mois entiers !, menacèrent de livrer la ville aux ennemis; et Léve, avec toute son adresseet son autorité, eut bien de la peine à les empêcher de se révolter. Les généraux de l'empire, qui connaissaient tout l'embarras de sa situation, sentirent la nécessité de marcher sans délai à son secours : c’est ce qu’ils pouvaient faire alors. Douze mille Allemands, que le zèle et l’activité de Bourbon avaient fait marcher avec une célérité extraordinaire, étaient entrés en Lombardie sous ses ordres, et en se joignant à l’armée impériale l'avaient rendue presque égale en nombre à l'armée française, considérablement diminuée par l'absence du corps du duc d’Albanie, et affaiblie encore par les fatigues d’un long siége et par la rigueur de la saison. Mais plus le nombre des impériaux augmentait, plus ils sentaient la disette d'argent : loin d’avoir assez de fonds pour fournir à une armée si nombreuse, ils avaient à peine de quoi payer les frais du transport de l'artillerie, des munitions et des vivres. L'habileté des généraux suppléa à tout. Par leur propre exemple, et par les magnifiques promesses qu’ils firent au nom de l’empereur, ils vinrent à bout de déterminer les troupes des différentes nations qui composaient leur armée à se mettre en marche sans recevoir de solde, ils s’engagèrent à les mener droit à l'ennemi, et les flattérent de l'espoir d’une victoire certaine qui leur offrait, dans les riches dépouilles de l'armée française, une ample récompense de tous leurs services. Les soldats sentirent qu’en quittant l'armée ils perdaient les arrérages considérables qui leur étaient dus ; et empressés de s'emparer des trésors qu’on leur promettait, ils demandèrent la bataille avec toute l’impatience d’aventuriers qui ne combattent que pour le butin ?,
Les généraux de l'empereur ne s’exposèrent pas à laisser refroidir l’ardeur de leurs troupes, et marchèrent aussitôt vers le camp des Français. À la première nouvelle de leur approche,
! Gold., Polit. imperial., p. 875.
? Eryci Peuteani, Æist. cisalpina, ap. Grævü Thes. antiquit. ilal., vol. I, p, 1170, 1179,
Pavie était réduite s munitions et les manquer ; les Allea plus grande par.
e depuis sept mois r la ville aux ennedresse et son autoes empêcher de se pire, qui connaisituation, sentirent élai à son secours :
alors, Douze mille ctivité de Bourbon célérité extraordimbardie sous ses l'armée impériale ale en nombre à blement diminuée luc d’Albanie, et es d’un long siége son. Mais plus le meltait, plus ils loin d’avoir assez le armée si nomle quoi payer les ie, des munitions énéraux suppléa à , et par les magniau nom de l’emle déterminer les s qui composaient rche sans recevoir les mener droit à l'espoir d’une vic- , dans les riches e,une ample réices. Les soldats née ils perdaient leur étaient dus ; les trésors qu’on nt la bataille avec s qui ne combat-
r ne S’exposèrent de leurs troupes, camp des Frane leur approche,
, ap. Grævü Thes.
François assembla un conseil de guerre pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire, Ses officiers les plus expérimentés étaient d'avis qu’il se retirât, et qu'il évitât une bataille contre un ennemi qui ne la cherchait que par désespoir. Ils observaient que les généraux de l’armée impériale seraient dans quelques semaines obligés de licencier des troupes qu’ils ne pouvaient payer, et qu'ils ne contenaient que par l'espérance prochaine du pillage; ou bien que les soldats, irrités de ne pas voir l'effet des promesses auxquelles ils s'étaient fiés, exciteraient quelque soulèvement qui ne laisserait à leurs chefs que le loisir de songer à leur propre sûreté. Enfin ils conseillaient à leur souverain dé se retrancher dans quelque poste bien fortifié, et d'y attendre tranquillement l’arrivée des troupes fratches qui devaient venir de France et de Suisse, parce qu’alors il pourrait, sans danger et sans effusion de sang , s'emparer de tout le Milanais avant la fin du printemps ; mais Bonnivet se trouva d’un avis contraire : ce fut sa destinée de donner pendant toute la campagne des conseils funestes à la France. Il représenta la honte dont se couvrirait le roi s’il abandonnait un siége qu'il avait continué si long-temps, ou s’il fuyait devant un ennemi dont les troupes étaient moins nombreuses que les siennes; il insista sur la nécessité d'accepter la bataille, plutôt que d’abandonner une entreprise dont le succès déciderait de la renommée et de la gloire de son maître. Malheureusement, François poussait les idées de l'honneur à un excès de délicatesse un peu romanesque. Comme il avait souvent répété qu’il prendrait Pavie ou qu’il périrait au pied de ses murs, il se crut engagé à soutenir cette résolution; et plutôt que de manquer à ce vain point d'honneur, il sacrifia tous les avantages que lui assurait une retraite prudente, et prit le parti d'attendre les impériaux sous les murs de Pavie 1. à
Les généraux ennemis trouvèrent les Français'si bien fortifiés dans leur camp, que, malgré toutes les raisons qu'ils avaient pour attaquer sans délai, ils balancèrent long-temps : mais l'extrémité où les assiégés étaient réduits, et les murmures de leurs soldats, lesobligèrent à courir le hasard d’une bataille. Jamais deux
* Guich., liv. xv, p. 291.
| armées n’engagèrent une action avec plus de | fureur; jamais on ne sentit plus vivement des | deux côtés les conséquences de la victoire ou de | la défaite; jamais les combattans ne furent plus | animés par l'émulation, par l'antipathie natio- | nale, par le ressentiment mutuel, et par toutes les passions qui peuvent porter la bravoure jusqu'à son plus haut degré. D'un côté un jeune monarque plein de valeur, secondé d’une noblesse généreuse, et suivi de sujets dont l'impétuosité naturelle s'accroissait encore par l'indignation que leur inspirait la résistance ’ combattaient pour la victoire et pour l'honneur. De l’autre, des troupes mieux disciplinées, conduites par des généraux plus habiles, combattaient par nécessité, avec un courage exalté par le désespoir. Les impériaux ne purent cependant résister au premier effort de la valeur française, et leurs plus fermes bataillons commencèrent à plier; mais la fortune changea bientôt de face. Les Suisses qui servaient dans l’armée de France, oubliant la réputation que leur nation s'était acquise par sa fidélité et par sa bravoure, abandonnèrent lâchement leur poste. De Léve fit une sortie avec sa garnison, et, dans le fort du combat , attaqua l’arrière-garde des Français avec tant de furie, qu'il la mit en désordre; Pescaire tombant en même temps sur la cavalerie française avec sa cavalerie allemande, qu'il avait habilement entremélée d’un grand nombre de fantassins espagnols, armés de pesans mousquets dont on se servait alors, rompit ce corps formidable par une nouvelle méthode d'attaque à laquelle les Français ne s’attendaient point. La déroute devint générale; il n'y avait presque plus de résistance qu’à l'endroit où était le roi, et il ne combattait plus pour l'honneur ou pour la victoire, mais pour sa propre sûreté. Affaibli par plusieurs blessures qu'il avait déjà reçues et jeté à bas de son cheval qui avait été tué sous lui, il se défendait encore à pied avec un courage héroïque. Plusieurs de ses plus braves officiers s'étaient rassemblés autour de lui, et faisant des efforts incroyables pour sauver la vie de leur roi aux dépens de la leur, ils tombaient successivement à ses pieds. De ce nombre fut Bonnivet. l’auteur de cette grande calamité, et le seul dont la mort ne fut point regrettée. Le roi, épuisé de fatigue, ne pouvant plus se défendre, se trouva presque seul, exposé à toute
la fureur de quelques soldats espagnols, qu'irritait la résistance obstinée de ce guerrier, dont le rang leur était inconnu. Dans ce moment arriva Poméprant, gentiliomme français, qui était entré avec Bourbon au service de l’empereur, et qui se plaçant à côté du monarque contre lequel il s'était révolté, le protégea contre la violence des soldats, en le conjurant en même temps de se rendre au duc de Bourbon qui n'était pas éloigné. Maloré le danger pressant qui environnait François de toutes parts, il rejeta avec indiguation l'idée d’une action qui aurait été un objet de triomphe pour un sujet rebelle; mais ayant aperçu Lannoy qui, par hasard, se trouva près de lui, il l'appela et lui rendit son épée. Lannoy, se prosternant pour baiser la main du roi, reçut son épée avec un profond respect, et tirant la sienae, il la lui présenta en lui disant qu'il ne convenait pas à un si grand monarque de rester désarmé en présence d'un sujet de l'empereur t,
Dix mille hommes perdirent la vie dans cette bataille, l’une des plus fatales que la France eût Jamais essuyées. Il y périt la plus grande partie de la noblesse française, qui avait préféré ja mort à une fuite honteuse. Il y eut aussi un grand nombre de prisonniers; et le plus illustre d’entre eux, après François, était Henri d’Albret, cet infortuné roi de Navarre, Un petit corps de l'urrière-garde s'échappa sous la conduite du duc d'Alençon. A la nouvelle de cette défaite, la faible garnison de Milan se retira par une autre route, avant même d'être poursuivie, et quinze jours après la bataille il ne restait pas un seul Français en Italie.
Lannoy traitait François avec toutes les marques d'honneur dues à son rang et à son caractère; mais il le gardait en mème temps avec l'attention la plus exacte. Non-seulement il prenait toutes les mesures nécessaires pour lui ôter tout moyen de s'échapper, il craignait ecore que ses propres soldats ne se saisissent de la personne du roi et ne le gardassent comme un
‘ gage de ce qui leur était dû. Pour prévenir ces
deux dangers, dès le lendemain de la bataille, il conduisit François au château de Pizzighitone,
TGuich., lv. xv, p. 292. Œuv. de Brant., vol. VI, p. 365. Mém. de du Bellay, p. 90. Sandov., Aist., 1, p. 638, etc. P. Mart., Æp., 805, 810, Ruscelli, Zett. de Princip., ll, p. 70. Ülloa, Pita del Cart. P.
près de Crémone, et le mit sous la garde de don Ferdinand Alarçon, général de l'infanterie espagnole, qui au plus grand courage et aux sentimens d'honneur les plus délicats, joignait cette vigilance sévère et scrupuleuse qu'exigeait un si précieux dépôt.
Cependont François, qui jugeait de l'âme de Charles par la sienne, désirait impatiemment qu'il fût informé de sa situation, ne doutant pas que, par générosité ou par une noble compassion, l'empereur ne lui rendit bientôt la liberté. Les généraux de l'empereur n'étaient pas moins impatiens d'envoyer à leur maître des nouvelles de la grande victoire qu'ils venaient de remporter, et de recevoir ses ordres sur la conduite qu'ils devaient tenir. Comme, dans cette saison, la voie la plus prompte et la plus sûre pour porter des nouvelles en Espagne était par terre, François donna au commandeur Pennalosa, qui était chargé des dépèches de Lannoy, un passeport pour traverser la France.
Charles reçut la nouvelle inattendue du succès signalé qui venait de couronner ses armes avec une modération qui lui eût fait plus d'honneur que la plus grande victoire, si elle eût été sincère. Sans proférer un seul mot qui décelât ni un sentiment d'orgueil ni une joie immodérée, il alla sur-le-champ à sa chapelle, et, après avoir employé une heure entière à rendre au ciel ses actions de grâces, il revint à sa chambre d'audience qw’il trouva remplie de grands d'Espagne et.d'ambassadeurs étrangers, assemblés pour le complimenter. Ii reçut leurs complimens d’un air modeste; il plaignit l'infortune du roi prisonnier, et le cita comme un exemple frappant des revers auxquels sont exposés les plus puissans monarques ; il défendit toutes réjouissances publiques commne indécentes dans une guerre entre chrétiens, et dit qu'il fallait les réserver pour la première victoire qu'il aurait le bonheur de remporter sur les infidèles: il parut enfin ne s'applaudir de l'avantage qu'il avait obtenu que parce qu'il se trouverait par-là en état de rendre la paix à la chrétienté .
+ Cependant Charles formait déjà au fond de son cœur des projets qui s'accurdaient mal avec les dehors de cette modération affectée. L'ambition, plutôt que la générosité, était sa passion
1 Sandov , Æist., vol.1,651. Utloa, Vita del Carl,
us la garde de don de l'infanterie es- Jurage et aux senicats, joignait cette e qu'exigeait un si
ugeait de l'âme de ait impatiemment on, ne doutant pas ie noble compas- : bientôt la liberté.
n'étaient pas moins aître des nouvelles epaient de rempores sur la conduite , dans cette saison, lus sûre pour por- 1e était par terre, eur Pennalosa, qui Lannoy, un passeattendue du succès 1er ses armes avec fait plus d'honneur si elle eût été sinmot qui décelât ni 1e joie immodérée, elle, et, aprèsavoir
rendre au ciel ses à sa chambre d’au- : grands d'Espagne assemblés pour le complimens d’un rtune du roi priexemple frappant osés les plus puisputes réjouissances dans une guerre fallait les réserver l'aurait le bonheur ; il parut enfin ne l'avait obtenu que \ en état de rendre
t déjà au fond de vrdaient mal avec 1affectée. L'ambié, était sa passion à, Vila del Carl,
dominante, et la victoire de Pavie présentait à son imagination une perspective de succès trop brillante et trop vaste pour qu'il pôt résister à son attrait. Mais comme il sentait toute la difficulté d'exécuter les vastes desseins qu'il méditait, il crut nécessaire d'affecter-la plus grande modération pendant le temps qu'il emploierait à faire ses préparatifs, espérant couvrir sous ce voile trompeur ses véritables intentions, et les dérober à la vue des autres princes de l'Europe. Cependant la France était plongée dans la plus grande consternation. Le roi avait envoyé lui-même la nouvelle de sa défaite dans une lettre que Pennalosa rendit à sa mère, et qui ne contenait que ces mots : « Madame, tout «est perdu, fors l'honneur. » Ceux qui avaient échappé firent à leur retour un détail si touchant de toutes les circonstances de cette fatale journée, que tous les ordres de l'état en furent également affectés. La France, privée de son roi, sans argent dans ses coffres, sans armée, sans officiers en état de commander, assiégée de tous côté par un ennemi actif et victorieux, se crut à la veille de sa ruine entière; mais, pour cette fois, les grandes qualités de la régente sauvèrent ce royaume, dont elle avait tant de fois exposé le salut par la violence de ses passions. Au licu de se livrer à la douleur, naturelle à une mère si célèbre par sa tendresse pour son fils, elle montra toute la prévoyance et déploya toute l'activité d’un grand politique. Elle recueillit les débris de l'armée d'Italie, Paya la rançon des prisonniers et les arrérages de leur solde, et les mit en état de rentrer en campagne. Elle leva de nouvelles troupes, pourvut à la sûreté des frou'ières, et sut se procurer des sommes suffisantes pour ces dépenses extraordinaires. Elle s'appliqua surtout à calmer le ressentiment et à gagner l'amitié du roi d'Angleterre, et ce fut de ce côté que le premier rayon d'espérance vint ranimer le courage des F 'ançais.
Henri, formant successivement des alliances avec Charles ou avec François, avait rarement suivi un plan de politique régulier et concerté : :il se laissait ordinairement entrainer du côté où le poussait l'impulsion des passions du moment ; cependant il arriva des événemens qui réveillérent son attention sur cet équilibre de pouvoir qu'il était nécessaire de maintenir entre les eux puissances belligérantes; et il avait toujours eu
la prétention de regarder comme son objet particulier le soin de maintenir cet équilibre, Son union avec l’empereur lui avait fait espérer de trouver bientôt une occasion favorable de rentrer dans quelques portions des terres de France qui avaient appartenu à ses prédécesseurs, et l’appât de cette conquète l'avait aisément déterminé à aider Char!es à prendre la supériorité sur François. Cependant il n'avait jamais préva un événement aussi décisif et aussi fatal à la France que la victoire de Pavie, qui lui parut non-seulement avoir désarmé, mais avoir même entièrement anéanti la puissance d'un des deux rivaux. L'idée de la révolution complète et subite que cet événement allait occasioner dans le système politique, lui donna de vives inquiétudes, Il vit l'Europe en danger de devenir la proie d’un prince ambitieux, dont rien n'étoit plus capable de balancer la puissance. En qualité d'allié, il pouvait bien espérer d’être admis à partager une partie des dépouilles du roi captif; mais il était aisé de sentir que, dans la manière de faire ce partage, comme dans l'assurance de conserver son lot A | dépendrait absolument de Ja volonté d’un allié, dont les forces se trouveraient alors bien supérieures aux siennes. Il prévit que s’il laissait Charles ajouter encore une portion considérable du royaume de France aux vastes états dont il était déjà maître, ce serait un voisin beaucoup plus redoutable pour l'Angleterre que les anciens rois de France ne l'avaient été; et qu’en même temps la balance du continent , dont l'équilibre faisait la sûreté et le crédit de l’Angleterre, serait tout-à-fait renversée. L'intérêt qu'il prenait à la situation de l'infortuné François vint fortifier encore toutes ces considérations politiques ; la bravoure avec laquelle ce roi s'était comporté à la bataille de Pavie inspirait à Henri des sentimens d'admiration qui ne pouvaient manquer d'augmenter sa pitié; et Henri, naturellement susceptible de sentimens généreux, était jaloux de la gloire de se montrer aux yeux de l'Europe comme le libérateur d’un ennemi vaincu. Les passions du ministre anglais secondèrent les inclinations du monarque, Wolsey, qui avait vu ses prétentions à la tiare frustrées dans deux élections consécutives, et qui en rejetait particulièrement la faute sur l'empereur, Saisit avec empressement une occasion de
Le 2 Pam a me
s'en venger. Louise, de son côté.. recherchait l'amitié du roi d'Angleterre avec une soumission qui flattait également ce prince et son ministre: Henri lui donna en secret sa parole qu'il ne préterait point son secours pour opprimer la France dans l’état malheureux où elle était réduite ; mais il exigea en même temps de la régente qu’elle ne consentirait jamais à démembrer son royaume , même pour procurer la liberté à son fils 1.
Cependant , comme les liaisons de Henri avec Charles l'obligeaient à se conduire de manière à sauver les apparences, il fit faire dans ses états des réjouissances publiques pour le succès des armes de l’empereur ; et comme s’il eût été impatient de saisir l’occasion présente de compléter la destruction de la monarchie française, il envoya des ambassadeurs à Madrid pour complimenter Charles sur sa victoire, et lui rappeler qu’en qualité de son allié, et comme intéressé dans cette cause commune, il avait droit d’en partager les fruits; il demandait en conséquence qu’en vertu des conventions de leur traité, Charles envahit la Guienne avec une forte armée et le mit en possession de cette province. En même temps il offrait d'envoyer la princesse Marie en Espagne ou dans les Pays-Bas, pour être élevée sous la direction de l’empereur , jusqu’à la conclusion du mariage qui avait été arrêté; et en retour de cette marque de confiance, il demandait qu’on lui remit François, en vertu du traité de Bruges, par lequel chacune des parties contractantes s'était engagée à remettre tout usurpateur dans les mains de celui dont il aurait blessé les droits. Henri ne pouvait pas sérieusement espérer que l'empereur écouterait des propositions si extravagantes, qu'il n'était ni de son intérêt, ni même en son pouvoir d’accorder ; il paraît même que Henri ne les fit que pour avoir un prétexte honnête de prendre avec la France les engagemens que pourraient exiger les circonstances ?.
C'était surtout dans les différens états d'Italie que la victoire de Pavie avait répandu les alarmes et la terreur. Cet équilibre de pouvoir dont ils faisaient la base de leur sûreté, et qui avait été constamment l'objet de toutes leurs négo-
1 Mém. de du Bellay, p. 9. Guich., Liv, xvi, p. 318, Herbert.
2 Herbert, p, 64.
ciations et de leur politique raffinée ,Se trouvait anéanti en un moment. Ils se voyaient exposés par leur situation à ressentir les premiers les ef fets de la puissance sans bornes que Charles venait d'acquérir, Ils avaient remarqué dans le jeune monarque plusieurs signes d'une ambition démesurée; et ils sentaient assez, qu’en qualité d’empereur ou de roi de Naples, il pou: vait former, sur différentes partie de l'Italie, des prétentions dangereuses qu'il réaliserait avec facilité. Ils délibérèrent avec la plus grande inquiétude sur les moyens de lui opposer une force qui pût arrêter ses progrès ! ; mais leurs résolutions, mal concertées et plus mal exécutées encore, n’eurent aucun effet. Clément, au lieu de suivre les mesures qu'il avait prises avec les Vénitiens pour assurer la liberté de l'Italie, se laissa si fort intimider par les menaces de Lannoy, ou séduire par ses promesses, qu'il fit un traité particulier, oùil s’obligea d'avancer une somme considérable pour certains avantages qu'il devait recevoir en échange. L'argent fut payé sur-le-champ; mais l’empereur refusa ensuite de ratifier le traité, et le pape resta exposé à la honte d’avoir abandonné la cause commune pour son intérêt personnel, et au ridicule d'avoir fait une bassesse à ses dépens 2.
Quelque honteux que fût l'artifice dont on s'était servi pour tirer cette somme des mains du pape, elle se trouva fort à propos dans celles du vice-roi pour le tirer d'un danger très pressant. Aussitôt après la défaite de l’armée française, les mêmes Allemands qui avaient défendu Pavie avec tant de courage et de constance crurent que la gloire qu'ils avaient acquise et les services qu'ils venaient de rendre leur donnaient le droit d’être insolens ; las d'attendre inutilement le fruit des promesses dont on les avait amusés si long-temps, ils se rendirent maîtres de la ville, résolus de la garder en leur possession , comme gage du paiement des
sommes qui leur étaient dues; et le reste de
l'armée montra beaucoup plus de dispositions à soutenir les mutins qu’à les réprimer, Lannoy apaisa ces séditieux Allemands en leur distribuant l'argent du pape; mais quoiqu'il les eût
1 Guich,, liv. xvi, p. 300, Ruacelli, Zetf, de prine., 11, 74, 76, etc. Æist. de de Thou, liv. 1, ch, xx,
2 Guich., liv. xvi, p. 316, Mauroceni, Æist, venet. ap. Istorichi delle cose venez., V, 131, 136,
finée , se trouvait voyaient exposés s premiers les ef s que Charles vemarqué dans le nes d’une ambint assez, qu’en e Naples, il pou:
tie de l'Italie, des réaliserait avec | plus grande inlui opposer une ès !; mais leurs plus mal exécufet. Clément, au avait prises avec berté de l'Italie, * les menaces de messes, qu'il fit ea d'avancer une tains avantages ge. L'argent fut ereur refusa enape resta Exposé | cause commune au ridicule d’aens ?, artifice dont on Jmme des mains ropos dans celles langer très presde l'armée franavaient défendu le constance cruit acquise et les ndre leur don- ; las d'attendre sses dont on les ils se rendirent garder en leur | paiement des et le reste de le dispositions à primer. Lannoy en leur distriquoiqu'il les eût
, Lett, de prine., 1, Ch, XI,
i, ist, venet. ap.
mille hommes.
Cependant Charles, renonçant bientôt à l'air de modération et de désintéressement qu'il avait affecté d'abord, s’occupait sans relâche des
moyens de tirer les plus grands avantages pos-
sibles du malheur de son adversaire. Quelquesuns de ses conseillers !'exhortaient à traiter
François avec la générosité qui convient à un monarque vainqueur, et voulaient qu'au lieu d’abuser de son infortune pour lui imposer des conditions rigoureuses, Charles lui rendit la liberté de manière à se l’attacher pour toujours par les liens de la reconnaissance et de l'amitié, liens bien plus forts et bien plus durables que ceux qu'il pourrait former par des sermens extorqués et des stipulations involontaires. Peutêtre que tant de générosité s'accorde mal avec la politique ; c'était d’ailleurs un sentiment trop délicat pour le prince à qui on voulait l’inspirer. Le parti moins noble et moins grand , mais plus facile et plus commun, de faire tous ses efforts pour tirer parti de la captivité de François, eut
: Ja pluralité des voix au conseil, et il convenait
bien mieux au caractère de l'empereur. Charles, en adoptant ce plan, ne l'exécuta pas avec adresse. Au lieu de faire un grand effort pour pénétrer dans la France avec toutes les forces de l'Espagne et des Pays-Bas ; au lieu d'écraser les états d'Italie avant qu'ils eussent le temps de se remettre de la consternation où les avait jetés le succès de ses armes, il eut recours aux finesses
* Guich., liv. xvr, p. 302,
LIVRE IV 235 satisfaits ru un mstant, il avait peu d’espérance d'être en état de les payer régulièrement à l'avenir; et craignant que, dans leur mécontentement ils ne se saisissent de la personne du rci prisonnier, il prit le parti de licencier sur-le-champ toutes les troupes, tant allemandes qu'italiennes, qui étaient au service de l’empereur !, Ainsi, par un contraste qui doit paraître fort étrange, mais qui dérivait naturellement de la constitution de la plupart des gouvernemens européens dans le seizième siècle, tandis que Charles était soupçonné par tous ses voisins de prétendre à la monarchie universelle, et qu’en effet il formait les projets les plus vastes, ses revenus étaient en même temps si bornés, qu'il ne pouvait pas entretenir une armée victorieuse qui ne montait pas à plus de vingt-quatre
de l'intrigue et de la négociation ; mais il s'y détermina en partie par nécessité, en partie par caractère. Le mauvais état de ses finances le mettait presque dans l'impossibilité de faire aucun armement considérable; et comme il n’avait jamais paru à la tête de ses armées, dont il avait toujours donné le commandement à ses généraux, il goûtait peu les conseils qui de. mandaient l'audace et les talens d’un guerrier, et il avait plus de confiance dans l'art de la négociation qu’il connaissait mieux. D'ailleurs il se laissa trop éblouir par la victoire de Pavie ; il parut croire qu’elle avait anéanti toutes les forces de la France et épuisé toutes ses ressources , et que ce royaume allait tomber entre ses mains comme la personne du souverain.
Plein de ces idées, il résolut de mettre au plus haut prix la liberté de François, et chargea le comte de Roeux de visiter de sa part ce roi dans sa prison, et de lui proposer les conditions suivantes, comme les seules auxquelles il pouvait être relâché. Ces conditions étaient de rendre la Bourgogne à l’empereur, dont les ancêtres en avaient été injustement dépouillés; de céder la Provence et le Dauphiné pour être érigés en un royaume indépendant qui serait donné au connétable de Bourbon; de satisfaire le roi d’Angleterre sur toutes ses prétentions, et enfin de renoncer à toutes celles des rois de France sur Naples, Milan et tout autre état d'Italie. François, qui s'était flatté que l'empereur le traiterait avec la générosité qu'un grand prince avait droit d'attendre d’un autre, ne put entendre ces propositions sans être transporté d'une si violente indigpation , que tirant tout à coup son épée, il s'écria : «Il vaudrait mieux pour un roi de mou- «rir ainsi!» Alarçon, alarmé de cette violence, saisit la main du roi, qui se calma bientôt , mais qui déclara, de la manière la plus solennelle , qu'il resterait plutôt prisonnnier toute sa vie que d'acheter la liberté à un prix si honteux 1, Cette découverte mortifiante des intentions de l'empereur augmenta sensiblement l'impatience et le chagrin que François ressentait de sa captivité : elle lui devint dès lors affreuse, et le désespoir se serait emparé de lui s'il ne se fût pas attaché à la seule idée qui pouvait lui donner quelque consoïation. Il se persuada que les con-
! Mém. de du Belluy, 91, Ferrer, Hist,, 1x, 42
ditions proposées par Roeux, ne venaient pas immédiatement de l’empereur même, mais qu'elles avaient été dictées par la politique rigoureuse de son conseil espagnol; il espéra que, dans une entrevue avec Charles, il avancerait plus sa délivrance que par de longues négociations qui passeraient par la médiation subalterne de ses ministres. Déçu par cette idée, qui venait de l'opinion trop favorable qu'il conservait toujours du caractère de l'empereur, il offrit d'aller le trouver à Madrid, et consentit à servir de spectacle à une nation hautaine. Lannoy employa tout son art pour le confirmer dans ces sentimens, et concerta en secret avec lui les moyens d'exécuter sa résolution. François était si impatient de suivre un plan qui lui offrait l’espérance de sa liberté, qu'il fournit les galères nécessaires pour le voyage, Charles étant pour lors hors d'état de mettre aucune flotte en mer. Le vice-roi , sans communiquer ses intentions ni à Bourbon ni à Pescaire, conduisit son prisonnier vers Gènes, sous prétexte de le transporter à Naples par mer; mais dès qu'on eut mis à la voile, il ordonna aux pilotes de cingler droit en Espagne. Les vents poussèrent cette petite flotte assez près des côtes de France; l’infortuné François passa devant son royaume, vers lequel son cœur et ses regards se tournèrent mille fois avec douleur, Cependant on aborda en peu de jours à Barcelone, et bientôt après François fut logé par l'ordre de l'empereur dans l’Alcazar de Madrid, sous la garde du vigilant Alarçon, qui veillait toujours sur lui avec la même attention f.
Quelques jours après l’arrivée du roi de France à Madrid , où il ne tarda pas à se convaincre du peu de confiance qu'il devait avoir dans la générosité de l'empereur, Henri VIII conclut avec la régente un traité qui donna à François l’espérance de recouvrer sa liberté par une autre voie. Les demandes exagérées d'Henri avaient été reçues à Madrid avec toute l'indifférence qu'elles méritaient, et à laquelle il s'attendait sans doute lui-même, Charles, enivré de ses prospérités, avait cessé de lui faire sa cour avec ces égards et celte soumission respectueuse qui flattaient tant l'âme hautaine de ce prince. Wolsey, aussi vain que son maitre, fut vivement
! Mém,de du Bellay, p. 95. P. Mart., Ep. ult.Guich., lv. xvI, p, 323,
offensé de ce que l’empereur avait discontinué les caresses et les protestations d'amitié qu'il avait coutume de lui prodiguer. Ces légers mécontentemens donnèrent un nouveau poids aux considérations que j'ai détaillées plus haut, et déterminèrent Henri à former une alliance défensive avec Louise. Tous les différends qui restaient à terminer entre eux furent bientôt conciliés, et le roi d'Angleterre promit tous ses soins pour tirer de captivité son nouvel allié. Dans le temps même où la défection d’un allié si puissant donnait à Charles les plus vives inquiétudes, il se tramait en Italie une conspiration secrète, qui le menaçait d'une perte encore plus funeste, Cette conspiration était le fruit du caractère inquiet et intrigant de Moron, chancelier de Milan ; le ressentiment que ce ministre avait conçu contre les Français se trouvait apaisé par leur expulsion de l'Italie, et sa-vanité n'était pas moins satisfaite de voir Sforce, dont il avait
.embrassé les intérêts, rétabli dans le duché de
Milan. Cependant les prétextes de la cour impériale pour différer d'accorder à Sforce l’investiture de sa nouvelle souveraineté avaient longtemps alarmé Moron : on les avait répétés si souvent et avec tant d'apparence de mauvaise foi, que ce politique soupconneux crut y voir la preuve évidente de l'intention où l'on était de dépouiller Sforce du riche duché de Milan, quoique la conquête n’en eût été faite qu’en son nom. Cependant Charles, voulant tranquilliser le pape et les Vénitiens , qui se défiaient autant de ses desseins que Moron, accorda enfin cette investiture si long-temps sollicitée; mais ce fut avec tant de réserves et de conditions onéreuses , que le duc de Milan se trouvait plutôt le sujet de l'empereur que le vassal de l'empire, et qu'il ne lui restait guère d'autre garant de la sûreté de sa possession, que le bon plaisir d'un supérieur ambitieux. S'il arrivait que l'empereur ajoutât le Milanais à son royaume de Naples, Moron voyait dans cette réunion la ruine de la liberté de l'Italie, et la perte du pouvoir et de l'autorité dont il jouissait lui-même, Plein de ces idées , il commença à s'occuper des moyens d’affranchir l'Italie de toute dominuiion étrangère, projet qui était, comme je l'ai déjà remarqué, l'idée favorite des politiques italiens de ce siècle, et qui fut toujours le grand objet de leur ambition. Moron pensa qu’il ne manquerait plus
avait discontinué ns d'amitié qu'il r. Ces légers méouveau poids aux ées plus haut, et une alliance délifférends qui resrent bientôt conpromit tous ses n nouvel allié.
éfection d’un allié les plus vives inlie une conspira- ’une perte encore n était le fruit du de Moron , chanit que ce ministre se trouvait apaisé t sa vanité n'était rce, dont il avait dans le duché de de la cour impéà Sforce l’investieté avaient longavait répétés si nce de mauvaise eux crut y voir la où l'on était de é de Milan, quoite qu’en son nom. nquilliser le pape nt autant de ses nfin cette invesmais ce fut avec 1s onéreuses , que lutôt le sujet de empire, et qu’il rant de la sûreté laisir d'un supéque l’empereur ume de Naples, on la ruine de la du pouvoir et de ème, Plein de ces des moyens d'afation étrangère , déjà remarqué, liens de ce siècle, jet de leur ammanquerait plus
rien à sa renommée, si à la gloire d'avoir été le principal instrument de l'expulsion des Français hors du Milanais, il pouvait ajouter celle d'af-
franchir Naples du joug des Espagnols. Son !
génie fertile lui présenta bientôt un plan d'exécution , hardi à la vérité et difficile, mais qui, par ces raisons mêmes, plut davantage à son caractère audacieux et entreprenant.
Bourbon et Pescaire avaient été également offensés de ce que Lannoy avait conduit le roi de France en Espagne sans leur participation. Le
premier, craignant que les deux monarques ne |
conclussent en son absence quelque traité où ses intérêts se trouveraient sacrifiés, se rendit en diligence à Madrid pour prévenir ce danger, Pescaire, qui restait seul chargé du commandement de l'armée, fut obligé de demeurer en Italie; mais dans toutes les occasions il laissa éclater son indignation contre le vice-roi, et il en parla en termes pleins de mépris et de ressentiment. Dans une lettre qu'il écrivit à l’empereur, ilaccusait Lannoy de s'être montré lâche dans le danger et insolent après la victoire de
valeur ni par sa conduite. Pescaire ne se plaignait pas avec moins d’amertume de l'empereur même, qui, selon lui, n'avait pas rendu assez de justice à son mérite, et ne l'avait pas récompensé d'une manière proportionnée à ses services.
Ce fut sur les mécontentemens de Pescaire que Moron fonda tout le plan de son projet. Il connaissait l'ambition démesurée du marquis, la vaste étendue de ses talens dans la paix ainsi que dans la guerre , et l'intrépidité de son âme, capable d'entreprendre et d'exécuter les projets les plus désespérés. Le voisinage de l'armée espagnole, qui était cantonnée sur les frontières du Milanais, fournit à Moron l'occasion d'avoir avec Pescaire plusieurs entrevues , Où il eut soin de faire tomber la conservation sur les événemens qui avaient suivi la bataille de Pavie; et c'était un sujet que le marquis saisissait toujours avidement et traitait avec chaleur. Moron , observant avec plaisir la vivacité et la constance de son ressentiment, rappelait adroitement et aggravait toutes les circonstances qui pouvaient l'enflammer davantage. 11 lui peignait avec les couleurs les plus fortes le peu d'équité et de reconnaissance qu'avait montré l'empereur en lui préférant Lannoy, et en laissant ce Flamand |
| présomptueux disposer du roi captif, sans même | consulter un général dont la bravoure et la con- | duite avaient valu à Charles la gloire d'avoir en | son pouvoir un tel prisonnier. Lorsque Moron | Crut avoir suffisamment échauffé, par ses dis- | Cours artificieux, le ressentiment de Pescaire, il commença à lui laisser entendre que le moment était arrivé de tirer vengeance de tant d'affronts et de s’acquérir une gloire immortelle, en déli-
vrant son pays de l’oppression des étrangers ;
| que les états d'Italie, las de porter le joug igno-
minieux et intolérable des Barbares , étaient prêts à se réunir pour entrer dans l’indépendançe; que tous les yeux étaient fixés sur lui ; comme sur le seul chef dont le génie et le bonheur pouvaient assurer le succès de cette noble entreprise; que la facilité de l'exécuter en égalait la gloire, puisqu'il ne tenait qu’à lui de disperser dans les villages du Milanais l'infanterie espagnole, le seul corps de troupes que l'empereur eût en Italie, et que, dans une seule nuit, tous ces soldats seraient massacrés par le peuple qui,
| indigné de leurs exactions et de leur insolence, Pavie, à laquelle il n'avait contribué ni par sa |
se chargerait avec joie de cette vengeance; qu'il pourrait alors sans obstacle prendre possession du trône de Naples, et que la fortune semblait
| lui destiner cette couronne, comme la seule ré- | compense digne du libérateur de l'Italie ; que le | pape, comme suzerain du royaume de Naples, | dont les papes précédens avaient disposé en
mille occasions, lui en donnerait avec plaisir l'investiture; que les Vénitiens , les Florentins, le duc de Milan, à qui il avait cominuniqué son
projet , seraient avec la France les farans de ses droits ; que les Napolitains aimeraient beaucoup mieux être gouvernés par un compatriote qu'ils admiraient et qu’ils chérissaient , que par des étrangers dont ils haïssaient la domination , et qui les tenaient depuis si long-temps dans là servitude; que l’empereur enfin, étonné d'un coup si inattendu, se trouverait sans troupes et sans argent et hors d'état de résister à une ligue si puissante f,
Pescaire, frappé de la hardiesse et de l'étendue du projet, écoutait attentivement Moron, mais de l'air d'un homme qui médite profondé
! Guich, liv.xvr, p. 325. Jovius, Pita Davali , p. 417. OŒEuv. de Brantôme, vol.1V, p.171. Ruscelli, Lettere de prince. x1, 91. Hist. de de Thou, liv.s, c. xt, P. Heuter., Rer. austr., lib, xx, c. ut, p. 27,
ment et qui est agité de sentimens divers. D'un | trouvera que son rôle n'était pas moins difficile
côté, l'infamie de trahir son souverain , qui lui avait confié le commandement suprème de ses troupes, l'épouvantait, de l’autre, la perspective séduisante d'obtenir un trône l’entraînait. Après quelques momens d’irrésolution, le parti le plus honteux prévalut dans son âme, et, comme il arrive presque toujours quand on délibère entre l'utile et l'honnète, l'ambition triompha de l'honneur. Il voulut cependant donner quelque couleur à sa trahison, en exigeant que l’on consultât auparavant quelques savans casuistes pour savoir, «si un sujet pou- «vait légitimement prendre les armes contre son «souverain immédiat, pour obéir au seigneur «suzerain dont le royaume même relevait.» La décision des théologiens et des jurisconsultes de Rome et de Milan fut telle qu’il l’attendait : les négociations continuërent, et l'on parut prendre avec ardeur toutes !#s mesures convenables pour accélérer l'exécution de ce grand dessein.
Cependant Pescaire, ou effrayé de la perfidie atroce qu’il allait commettre, ou peut-être désespérant du succès, commençait à balancer, et à songer aux moyens de rompre lesengagemens qu'il avait pris. Sforce ayant été dans le même temps attaqué d’une maladie qu'on crut mortelle, cette circonstance acheva de déterminer Pescaire à révéler toute la conspiration ; il crut qu'il serait plus prudent d'attendre de l'empereur le duché de Milan comme une récompense du secret qu’il lui découvrait, que de chercher à s’en emparer par un enchaînement de crimes. Cette résolution cependant l'entraina malgré lui dans la nécessité de faire plusieurs actions qui n'étaient guère moins criminelles et moins infâmes. L'empereur, qui était déjà informé d’ailleurs de toute la conspiration, parut très satisfait de la fidélité de Pescaire, et lui ordonna de continuer pendant quelque temps ses intrigues avec le pape et Sforce afin de mieux découvrir toutes leurs vues, et de pouvoir les convaincre de leur crime avec plus de certitude. Pescaire qui se sentait coupable, et qui ne pouvait se dissimuler combien son long silence devait paraitre suspect à Madrid, n’osa pas refuser cette odieuse commission; et, à sa honte éternelle, il fut obligé de jouer le plus vil des rôles, celui de séduire pour trahir. Si l'on fait attention à la sagacité des hommes à qui it avait affaire, on
que bas; mais il s’en acquitta avec beaucoup d'adresse, et sut tromper l'œil pénétrant de Moron mème, qui, plein de confiance dans la bonne foi de Pescaire, alla le trouver à Navaro pour mettre la dernière main à leurs complots. Pescaire le reçut dans un appartement où Antoine de Léve s'était caché derrière la tapisserie pour entendre leur entretien et servir de témoin. Moron, en sortant de la maison pour retourner chez lui, fut, à son grand étonnement , arrête par Léve qui le fit prisonnier au nom de l’empereur. Il fut conduit au château de Pavie; et Pescaire, qui venait d’être son complice, eut l'audace de l’interroger comme son juge. En même temps, l'empereur déclara Sforce déchu de tous ses droits au duché de Milan, pour être entré dans une conspiration contre le souverain dont il le tenait; et par son ordre, Pescaire se saisit de toutes les places du Milanais, à la réserve de Crémone et de Milan, que l’infortuné duc voulut essayer de défendre, et qui furent aussitôt bloquées par les troupes impériales f.
Quoique le mauvais succès de cette conspiration , qui tendait à dépouiller l’empereur ‘de ses possessions d'Italie, n’eût servi qu'à étendre ces mêmes possessions, il sentit la nécessité d’en venir à un accommodement avec le roide France, s’il ne voulait attirer sur lui toutes les forces de l'Europe, universellement alarmée des progrès de ses armes et de l'ambition insatiable qu’il ne prenait plus la peine de cacher. Jusque-là, loin de traiter François avec la générosité que ce monarque méritait , à peine avait-il pour lui les égards dus à son rang. Au lieu de montrer les sentimens d'un grand prince, il paraissait se conduire avec la finesse d’un corsaire avide qui espère, en maltraitant ses prisonniers, les forcer à payer plus cher leur rançon. Le roi était confiné dans un vieux château, sous les yeux d'une garde rigide, dont l'attention sévère et minutieuse rendait sa captivité encore plus dure. On ne lui permettait d'autre exercice que celui de monter une mule, environné de cavaliers armés. Charles, sous prétexte qu'il ne pouvait se dispenser de se trouver aux états assemblés à Tolède, était allé établir sa cour en cette ville, et avait laissé passer plusieurs semaines sans
1 Guieh., liv. xvr, p. 329, Capella, liv. v, p. 200.
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Liv, v, p. 200,
voir François dans sa prison, malgré les sollicitations pressantes et réitérées de ce malheureux prince. Tant d’indignités firent une impression profonde sur l’âme d'un monarque fier et sensible; il perdit entièrement le goût de ses amusemens ordinaires ; la gaîté naturelle de son caractère l’abandonna, et après quelque temps de langueur, il fut attaqué d'une fièvre dangereuse. Dans la violence de ses accès, il ne faisait que se plaindre de la rigueur inattendue ot outrageante avec laquelle on le traitait, et il répétait souvent que l'empereur aurait bientôt la satisfaction de l'avoir laissé mourir dans sa pri- Son , Sans avoir daigné le voir une seule fois. À la fin, les médecins désespérèrent de sa vie, et avertirent l'empereur qu'il ne restait d'autre moyen de le sauver que de lui accorder la demande dont son imagination s'était si vivement frappée. Charles, jaloux de conserver une vie à laquelle étaient attachés tous les avantages qu’il espérait encore retirer de la victoire de Pa-
vie, consulta sur-le-champ ses ministres sur ce qu’il devait faire. En vain lechancelier Gartinara, celui d’entre eux qui avait le plus de lumières et d'expérience, lui représenta l’indécence qu’il y aurait à visiter François s’il n’était pas disposé à lui rendre sur-le-champ la liberté à des conditions raisonnables; en vain il lui fit sentir la honte dont il se couvrirait si l'avarice ou l'ambition seule le déterminait à donner à ce roi captif une marque d'attention et d'intérêt, que la générositéet l'humanité avaient depuis si longtemps sollicitée sans succès. L'empereur, moins délicat que son ministre, et moins jaloux de cette sorte de gloire, partit pour aller à Madrid voir son prisonnier. L'entrevue fut courte ; Fran- Gois était trop faible pour soutenir un long entretien. L'empereur lui parla en termes pleins d'affection et d'estime ; il lui promit qu'il aurait bientôt sa liberté, et qu'il serait traité en attendant avec tous les égards dus à un roi, Cette démamhe de Charles lui aurait fait le plus grand honneur si les motifs en eussent été plus purs. Francois, dans l'état de faiblesse où il était, crut aisément ses promesses ; ranimé par un rayon d'espérance, ilcommença dès ce moment à serétablir, et recouvra bientôt ses forces et sa santé, Ce prince eut bientôt la mortification de voir
? Guich., liv. xv, p. 339, Sandov., Æist., vol. 1, 665. !
qu’il avait encore une fois donné trop lépèrement sa confiance à l’empereur. Charles, immédiatement après sa visite, était retourné à Tolède; toutes les négociations étaient conduites par ses ministres, et François était gardé aussi étroitement que jamais. Une nouvelle indignité, mais des plus cruelles, mit le comble à toutes celles qu’il avait déjà essuyées. Bourbon venait alors d'arriver en Espagne. Charles, qui avait si long-temps refusé une visite au roi de France, rendit au sujet rebelle les honneurs les plus distingués. Il alla au-devant de lui hors des portes de Tolède, l'embrassa affectueusement et, le pla- Gant à sa gauche, le conduisit en pompe à son appartement. Ces égards affectés pour Bourbon étaient autant d’affronts pour l'infortuné monarque, qui en fut en effet vivement touché.
Une chose cependant servit un peu à le consoler; il observa que les señtimens des Espagnols étaient bien différens de ceux de leur souverain. Cette nation généreuse détestait le crime de Bourbon ; et, malgré ses talens supérieurs et ses grands services, les nobles évitaient tout coinmerce avec lui. Charles ayant prié le marquis de Villena de loger Bourbon dans son palais, pendant que la cour séjournerait à Tolède , le marquis lui répondit poliment qu'il ne pouvait point refuser à son roi ce qu’il désirait, mais il ajouta avec toute la fierté d’un Castillan, que ce prince ne devait pas être surpris s’il brûlait son palais jusqu'aux fondemens dès que le connétable en serait sorti, parce qu’une maison qui avait été souillée par la présence d'un traître n’était plus digne d’être habitée par un homme d'honneur !, L'empereur n’en parut pas moins jaloux de récompenser d’une manière éclatante les services de Bourbon ; mais il était fort embarrassé sur le choix de la récompense, Bourbon demandait avant tout l'accomplissement de la promesse que Charles lui avait faite de lui donner en mariage sa sœur Éléoncre , reine douairière de Portugal, et lui rappelait que l'honneur de cette alliance était le principal motif qui l'avait porté à se révolter contre son légitime souverain.
François, de son côté, pour prévenir cette dangereuse union, avait offert, avant son départ d'Italie, d'épouser cette princesse, qui témoignait bien plus de goût pour l'alliance d’un roi
* Guich., liv. xvr, p. 336.
puissant que pour celle d'un sujet exilé. Ces considérations diverses jetaient dans l’âme de
l'empereur beaucoup d’incertitudes difficiles à | concilier. La mort prématurée de Pescaire, qui, |
à l’âge de trente-six ans, laissait la réputation d’avoir été un des plus grands généraux et un des plus habiles politiques de son siècle, arriva fort à propos pour tirer l’empereur d’embarras. Cette mort faisait vaquer le commandement de l'armée d’ltalie, et Charles, toujours fertile en ressources , persuada à Bourbon, qui n’était pas en état de résister à ses volontés, d'accepter le titre de général en chef de cette armée, avec la souveraineté du duché de Milan, confisqué sur Sforce, à condition qu'ilne songerait plus à épouser la reine de Portugal f.
Le principal obstacle qui retardait la délivrance de François était la restitution de la Bourgogne. Charles ne voulait point céder sur cet article, et déclarait qu'il ne relâcherait François qu'après que cette condition préliminaire serait arrêtée, François répétait toujours qu'il neconsentirait jamais à démembrersonroyaume; et que, quand mème il oublierait les devoirs d'un monarque au point d'y consentir, les lois fondamentales de son royaume s’opposeraient à ce démembrement ; il consentait volontiers à faire à l'empereur une cession absolue de tous ses droits et de toutes ses prétentions sur l'Italie et sur les Pays-Bas; il promettait encore de rendre à Bourbon toutes les terres qu'on lui avait confisquées , il renouvelait l'offre d'épouser la princesse Éléonore, enfin il s’engageait à payer une rançon considérable. Mais toute confiance et toute estime mutuelle furent dès lors détruites sans retour entre les deux monarques. D'un côté, on voyait les efforts d’une ambition avide, déterminée à profiter de toutes les circonstances favorables ; de l’autre, le soupçon et le ressentiment tenaient perpétuellement François sur ses gardes ; de sorte que la conclusion de ces longues négociations parut plus éloignée que jamais. La duchesse d'Alençon, sœur du roi de France, à qui Charles avait permis de voir son frère dans sa prison, employa tout ce qu’elle avait d'adresse pour obtenir sa liberté à des
conditions plus raisonnables : Henri, de son | côte, juignit ses bons offices, mais tous deux :
1 Sandov., Zist., vol. 1,p. 576. OŒuv. de Brant., |
avec si peu de succès que François, au désespoir, prit subitement la résolution de résigner sa couronne avec tous ses droits au dauphin son fils, déterminé à finir ses jours dans sa prison, plutôt que de racheter sa liberté par des concessions indignes d’un roi. Il signa un acte revêtu de toutes les formalités nécessaires, et donna pouvoir à sa sœur de le porter en France pour être enregistré dans tous les parlemens de son royaume; il déclara en mème temps ses intentions à l'empereur, et le pria de fixer le lieu de sa prison, et de lui former une maison convenable à son rang pour le reste de ses jours,
Cette résolution extraordinaire du roi de France fit une forte impression sur l'esprit de Charles : il commença à craindre qu’un excès de rigueur ne lui fit manquer son but, et qu’au lieu des grands avantages qu'il comptait retirer de la rançon d’un si puissant monarque, il ne se trouvât à la fin n’avoir entre ses mains qu’un prince sans états et sans revenus. Il arriva dans le même temps qu'un des domestiques du roi de Navarre, par des efforts extraordinaires de fidélité, de courage et d'adresse, procura à. son maître l’occasion de s'évader de la prison où il était renfermé depuis la bataille de Pavie. Cette évasion convainquit l’empereur que la vigilance de ses officiers, quelque attentive qu’elle fût, pourrait bien aussi être mise en défaut par l’'adresse ou le courage de François ou de ses gens, et qu'une heure pouvait lui faire perdre tous les avantages qu'il avait cherché à s'assurer par tant de soins. Cesconsidérations le déterminérent à se relâcher un peu de ses premières demandes :
d'un autre côté, l'impatience de François et le dégoût de sa prison augmentaient tous les jours : certain avis qu'il reçut d'une ligue puissante qui se formait en Italie contre l'empereur, le rendirent plus disposé à céder davantage, dans la confiance que s’il pouvait une fois obtenir sa liberté, il serait bientôt en état de reprendre tout ce qu'il aurait accordé.
Ainsi les vues et les sentimens des deux monarques se rapprochèrent , et le traité qui procura à François sa liberté fut signé à Madrid le 14 janvier 1526. L'article qui regardait la Bourgogne , et qui jusqu'alors avait occasioné la plus grande difficulté, fut arrêté ; François s’en-
1 Cet acte est rapporté dans les Mémoires historiques et politiques de AI. l'abbé Raynal, tom. II, p. 151
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émoires historiques al, tom. 1], p. 151
gagea à restituer ce duché avec toutes ses dépendances, pour être possédé par l’empereur en toute souveraineté; mais comme Charles consentait à rendre à François sa liberté avant que cette restitutiou fût consommée, afin d’assurer l'exécution de cet article, ainsi que de tous les autres, il fut stipulé que François, dès Tinstant qu'il serait relâché, livrerait à l'empereur, pour otages, son fils ainé le dauphin, le duc d'Orléans, son second fils, ou à la place du dernier, douze des principaux seigneurs du royaume que Charles nommerait à son choix.
Ce traité contenait encore un grand nombre d'articles extrêmement rigoureux, quoique moins importans que les précédens. Les plus remarquablesétaient que François renoncerait à toutes ses prétenuons en Italie; qu’il cèderait tous les droits qu’il avait à la souveraineté de la Flandre et de l’Artois; que dans le délai de six semaines après sa délivrance, il rendrait à Bourbon et à ses partisans tous leurs biens, meubles et immeubles , avec dédommagement complet des pertes qu’ils avaient essuyées par la confiscation ; qu'il emploierait tout son crédit sur Henri d’Albret pour le forcer d’:bandonner ses prétentions à la couronne de Navarre , et qu’il ne lui donnerait à l’avenir aucune espèce de secours pour la recouvrer ; qu’il y aurait entre l’empereur et François une ailiance d'amitié et d'union perpétuelle, avec promesse de se secourir mutuellement dans tous les cas de nécessité ; que pour fortifier cette union, François épouserait la sœur de l'empereur, reine douairière de Portugal ; que François ferait ratifier tous les articles du traité par les états de son royaume, et les ferait enregistrer dans ses parlemens; qu'aussitôt que l'empereur recevrait l'acte de cette ratification , il mettrait les otages en liberté; mais qu'à leur place, on lui remettrait Charles, duc d'Angoulême, troisième fils du roi de France, pour être élevé à la cour impériale, afin de manifester par-là et de cimenter davantage l'amitié qui devait régner entre les deux monarques; et que si François n'accomplissait pas, dans les délais marqués, tous les articles de ce traité, il s'engagcrait sous sa parole d'honneur et par serment à retourner en Espagne pour y rester prisonnier de l’empereur t.
! Recueil des Traités , tom. 11, p. 112. Ulloa, FPita dell Cart. F, p. 102, etc.
Charles se flattait par ce traité non-seulement d'avoir abaissé son rival, mais encore d'avoir pris toutes les précautions propres à l'empêcher de reprendre jamais assez de puissance pour devenir redoutable, Ce n'était pas ainsi que les meilleurs politiques du siècle en jugeaient ; ils ne pouvaient se persuader que François, une, fois libre, se soumit à des conditions qu'il avait rejetées si long-temps , et qu'il n'avait acceptées qu'avec la plus grande répugnance, même au milieu des horreurs de sa captivité. L'ambition et le ressentiment, disaient ils, le porteront bientôt à violer desengagemens tyranniques, imposés par force ; et il trouvera aisément assez de raison et de casuistes pour démontrer que la justice et la nécessité ne peuvent manquer d'être où se trouve un avantage si manifeste. Si l'on eût su alors la démarche secrète que François venait de faire , on eût vu que cette opinion était déjà plus qu'une conjecture, Quelques heures avant de signer le traité, François assembla ce qu'il avait de conseillers à Madrid , et après avoir exigé d’eux le secret, sous la foi d'un serment solennel, il fit en leur présence une longue énumération des artifices honteux et des traitemens tyranniques que l'empereur avait employés pour le séduire ou pour l'intimider : en conséquence, il fit une protestation dans les formes , entre les mains de notaires, contre le consentement qu'il allait donner au traité, comme étant un acte involontaire qui devait être regardé comme nul et de nul effet !, Ainsi par cet artifice, si contraire à la bonne foi, et que les mauvais traitemens qu'il avait essuyés ne peuvent justifier, François crut satisfaire à la fois son honneur et sa conscience en signant d’un côté le traité, et en se ménageant de l’autre des prétextes de le violer.
Cependant les deux monarques se prodiguaient extérieurement toutes les marques de la confiance et de l'amitié; ils paraissaient souvent l’un avec l’autre en public; ils avaient en particulier de fréquens et longs entretiens, ils voyageaient dans la même litière, et prenaient ensemble les mêmes amusemens. Mais au milieu de ces démonstrations de bonne intelligence, l’empereur naurrissait des soupçons au fond de son cœur : quoique les cérémonies du mariage de François avec la reine de Portugal eussent été faites aussitôt après la conclusion du traité,
1 Recueil des Trait., tom. Il, p. 107.
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2e Mori
Charles n’en voulut permettre la consommation qu'après que l'acte de ratification serait arrivé de France, François ne jouissait pas même encore d'une entière liberté; ses gardes ne le quittaient point : tandis qu'on le caressait comme gendre de l'empereur, on le veillait comme son prisonnier ; et lesobservateurs attentifs voyaient bien qu'une union qui, dès son oripine, était mêlée de tant de symptômes de défince et de jalousie, ne pouvait guère être sincère et durablet,
Un mois après la signature du traité, on apporta de France la ratification de la régente : cette sage princesse préféra en cette occasion le bien public à sa tendresse naturelle, Elle informa son fils, qu’au lieu des douze principaux seigneurs nommés dans le traité, elle envoyait le duc d'Orléans avec le dauphin son frère sur la frontière d'Espagne, parce qu'elle jugeait que le royaume ne souffrirait pas de l'absence d’un enfant , au lieu qu'il resterait sans défense s’il était privé de ses plus grands hommes d'état et de ses plus habiles généraux, que Charles avait adroitement compris dans la nomination des otages,
Enfin, François prit congé de l’empereur, dont la défiance augmentait à mesure qu'il voyait approcher le moment de l'exécution du traité. Pour s'assurer de plus en plus de la fidélité de son prisonnier, Charles exigea de nouvelles promesses, que le roi de France ajouta sans peine à toutes celles qu'il avait déjà faites. François quitta Madrid avec des sentimens de joie qu'on imagine aisément ; cette ville lui rappelait trop d'idées affligeantes, pour ne lui être pas odieuse. Il commença ce voyage si longtemps désiré qui le ramenait dans ses états, escorté par un corps de cavalerie sous le commandement d'Alarçon, dont l'attention et la vigilance augmentaient à mesure qu’on approchait des frontières de France. Lorsque le convoi fut arrivé à la rivière de Bidassoa , qui sépare les deux royaumes, Lautrec parut sur la rive opposée avec une escorte de cavalerie, égale en nombre à celle d’Alarçcon. Au milieu de la rivière était amarrée une barque vide : les deux troupes se rangèrent l’une vis-à-vis de l'autre sur les deux rives; au même instant Lannoy s'avança de la
SGuich., liv xvi, p. 353.
rive espagnole avec huit gentilshommes, et Lautrec de la rive française avec huit autres. Le premier avait le roi dans sa barque; le second avait dans la sienne le dauphin et le duc d'Or. léans ; ils se réunirent dans la barque qui était vide , et l'échange fut fait en un moment. Fran- Çois, après avoir embrassé rapidement ses deux enfans, sauta dans la barque de Lautrec et aborda au rivage de France. Aussitôt il monte un cheval ture, et part au grand galop, en agitant sa main au-dessus de sa tête et s’écriant plusieurs fois avec des transports de joie : Je suis encore roi. Il arriva bientôt à Saint-Jeande-Luz, et de là, sans s'arrêter, à Bayonne. Cet événement, que la nation francaise désirait avec autant d’impatience que le roi lui-même, se passa le 18 mars, un an et vingt-deux jours après la bataille de Paviet,
Dés que l’empereur eut pris congé de François et lui eut permis de se mettre en route pour retourner dans ses états, il partit pour aller à Séville célébrer son mariage avec Isabelle, fille du feu roi de Portugal Emmanuel, et sœur de Jean IN, son successeur au trône. Cette princesse joignait à une beauté extraordinaire les plus grandes qualités. Les états de Castille et d’Arragon pressaient vivement et depuis long-
temps leur souverain de se marier; le choix qu’il
fit d’une épouse, alliée de si près au sang royal des deux royaumes, fut extrêmement agréable à ses sujets. Les Pertugais, flattés de cette nouvelle alliance avec le premier souverain de la chrétienté, accordèrent à Isabelle une dot extraordinaire qui montait jusqu’à neuf cent mille couronnes ; dans les circonstances où se trouvait l'empereur, cette somme lui fut d'un grand secours. Le mariage fut célébré avec toute la magnificence et la gaîté qui convenait à un jeune et puissant monarque. Charles vécut dans la plus parfaite union avec Isabelle, et la traita en toute occasion avec beaucoup d'égards et de distinctions ?.
Charles avait été trop occupé en Espagne } tous ces mouvemens pour être en état de donner tous ses soins aux affaires d'Allemagne; cette partie de ces états était cependant troublée
! Sandov., Aist., 1,735. Guich., liv. xvi, p. 356.
? Uiloa, Vita dell Carl. F, p. 106. Belarus, Com rer. Galic., p. 665. Spalatinus, ap. Struv. corp., Hist Germain, 1, 1081.
(15 et dé de « instit sans terre qui L plus un ét qu'ur de l’/ T'escl dire :
provi dans terre faisai saien priét:
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