‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 2)Chapitre 43 sur 112 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Les détails de la manière inhumame dont le pape avait été traité remplirent toute l'Europe d'étonnement et d'horreur. L’audace inouïe d’un empereur chrétien, à qui sa dignité même imposait le devoir de protéger et de défendre le saint siége , et qui, portant des mains violentes sur celui qui représentait Jésus-Christ sur la terre , retenait sa personne sacrée dans une captivité rigoureuse, parut généralement un acte d'impiété qui méritait la vengeance la plus écla-

tante, et qui sollicitait la prompte réunion de |

tous les fidèles enfans de l'église contre le coupable. François et Henri, alarmés des progrès que l’empereur faisait en Italie, s'étaient déjà étroitement liés avant la prise de Rome; et pour mettre un frein à l'ambition de l'empereur, ils étaient convenus de faire une puissante diver-

sion dans les Pays-Bas. Les différens motifs qui |

les avaient déterminés d'abord n'avaient fait que se fortifier depuis ; il s'y joïgnit emevre le dessein de délivrer le pape des mains de l’empereur, acte de politique qui favorisait leursintérêts en faisarit honneur à leur piété. Mais pour parvenir à leur but, il fallait abandonnerles projets qu'ils avaient formés sar les Pays-Bas , et aller porter ie théâtre dela guerre dans le sein de l'Itabie ; ea ce n'était que par les opérations les plus vigoureuses qu'ils pouvaient se promettre avec certitude de délivrer Rome, et de mettre Clément en liberté. François commençait à comprendre que l'esprit de raffinement qu'il avait porté dans ses vues politiques sur l'Italie l'avait entrainé trop loin; et que pour s'être trop relâché, il avait laissé prendre à Charles des avantages qu'il lui eût été facile de prévenir : il voulut se hâter de réparer , par une activité plus conforme à son caractère , une faute qu’il n'avait pas eu souvent à se reprocher, Henri pensait qu'il était temps de se joindre au roi de France pour empêcher l'empereur de devenir le maître absolu de l'Italie et d'acquérir par-là une supériorité de puissance

qui l’eût mis en‘état de dommer ensuite des lois à tous les autres princes de l'Europe. Wolsey, dont François avait eu soin d'entretenir l'amitié par dès caresses et des présens, moyens infaillibles de se l'attacher, ne négligea rien de ce qui pouvait animer son maître contre l’empereur Outre ces considérations publiques , Henri était encore excité par un motif particulier : c'était à peu près vers ce temps qu'il formait le grand projet de son divorce avec Catherine d’Arragon; il savait qu'’il'anrait besoin de l'autorité du pape, et il était jaloux d'acquérir des droits x sa reconnaissance, em paraissant Je principal instrument de’sa liberté, Avec ces dispositions de la part des deux rois, la négociation ne fut pas longue. Wolsey avait reçu de son maître des pouvoirs sans bornes.

François traita en personne avec lui à Amiere , où le cardinal se rendit , et où il fut reçu avec une magnificence royale. Le mariage du duc d'Orléans avec la princesse Marie fut l'article fondamental de cette ligue : il fut arrêté que l'Itatie serait le théâtre de la guerre ; on régla les forces de l’armée qu’on mettrait en compagne, et la quantité de troupes et d'argent que fonrnirait chaque prince ; et si l'empereur n'acceptait pas les propositions qu'on devait lui faire au nom des deux rois, ils s'engageaient à lui déclarer sur-le-champ la guerre, et à commencer aussitôt les hostilités. Henri, toujours impétueux dans ses résolutions, s’'engagea avec tant de zèle et d'ardeur dans cette nouvelle alliance, que, pour donner à François la plus grande preuve de son umitié et de son estime, il renonça formellement à toutes les prétentions anciennes des rois d'Angleterre sur la couronne de France, prétentions quiavaient fait si long-temps l'orgueil et la rue de sa nation ; et il accepta par forme d’indemnité une pension de cinquante mille écus qui lui serait payée annuellement à lui et à ses successeurs !

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Cependant le pape, se trouvant hors d'état de satisfaire aux conditions de la capitulation, restait toujours prisonnier sous la garde sévère d’Alarçon. Les Florentins n’eurent pas plus tôt appris le désastre de Rome, qu'ils coururent aux armes en tumulte, chassérent le cardinal de Cortone qui gouvernait leur ville au nom du pape, mutilèrent les armoiries des Médicis, mirent en pièces les statues de Léon et de Clément, se déclarèrent un état libre, et rétablirent leur ancienne forme de gouvernement populaire. Les Véritiens, voulant aussi profiter des malheurs du pape, leur allié, sesaisirent de Ravenneet d'autres places qui appartenaient à l’état ecclésiastique, sous prétexte de les garder en dépôt. Les ducs d'Urbin et de Ferrare prirent aussi leur part des dépouilles de cet infortuné pontife, qu'ils croyaient perdu sans ressource {.

Lannoy, d'un autre côté, cherchait à retirer quelques avantages solides de cet événement imprévu, dont le succès et l'éclat avaient donné tant de supériorité aux armes de son maitre.

Dans ce dessein, il mareha sur Rome avec Moncade et le marquis du Guast, à Ja tête de toutes les troupes qu'ils purent rassembler dans le royaume de Naples. L'arrivée de ee renfort fut un surcroît de calamité pour les malheureux ha-

-bitans de Rome : les nonveau-venus, jaloux du

riche butin qu'avaieut fait leurs compagnons , imitèrent leur licence , et dévorèrent avec avidité les misérables restes qui avaient échappé à la rapacité des Espagnols et des Allemands.

Il n y avait point alors en Htalie d'armée eapable de 1enir tête aux impériaux, et pour réduire Bologne et les autres villes de l'état ecclésiastique , il ne fallait que se présenter devant leurs murailles. Mais les soldats accoutumés depuis si long-temps sous Bourbon à secouer toute discipline, et ayant goûté la douceur de vivre à discrétion dans une grande ville, sans reconnaître presque l'autorité d'un maître, étaient devenus si ennemis de la subordination militaire et du service qu'ils refusèrent de sortir de Rome avant qu'on leur eût payé les arrérages de leur solde ; condition qu'ils savaient bien qu'on ne pouvait pas leur accorder. Ils déclarèrent de plus qu'ils n'obéiraient qu'au prince d'Orange, que l'armée avait choisi pour général. Lannoy ,

1 Guich., liv. xvuur, p. 453.

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