‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 2)Chapitre 46 sur 112 · SR MES · texte numérisé non relu

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périence; une grande sagacité à pénétrer les vues de l'ennemi ; une grande habileté à conduire leurs propres desseins, tous les talens enfin qui forment les grands capitaines, et qui assurent la victoire. Les généraux français manquérent de toutes ces qualités, et avaient la plupart les défauts contraires; si l'on excepte Lautrec, qui fut toujours malheureux, il n’y en eut pas un seul qui pôt se vanter d'égaler le mérite de Pescaire, de Léve, de du Guast, du prince d'Orange, et des autres chefs que Charles opposa aux Français. Bourbon, Moron et Doria, qui, par leurs grands talens et par leur conduite, eussent pu balancer la supériorité que les impériaux avaient acquise, furent perdus pour la France par la négligence du roi, ou par la méchanceté et l'injustice de ses courtisans; et lon a dû remarquer que les plus grands coups qui furent portés à la France pendant toute la durée de la guerre, furent dirigés par le ressentiment et le désespoir de ces trois hommes, qui s'étaient vus forcés d'abandonner son service.

Les rigoureuses conditions que François fut obligé de subir ne furent pas ce qu'il y eut de plus mortifiant pour lui dans letraité de Cambray. Il perdit encore sa réputation et la confiance de toute l'Europe, en sacrifiant ses alliés à son rival. Comme il ne voulait pas entrer dans tous les détails nécessaires pour concilier leurs intérèts, et qu'il craignait peut-être d'être obligé d'acheter, par de plus grands sacrifices de sa part, ce qu'il aurait réclamé pour eux, il les abandonna tous également, et laissa, sans aucune stipulation , à la merci de l'empereur, les Vénitiens, les Florentins , le duc de Ferrare et quelques barons napolitains qui s'étaient joints à son armée. Aussi se récrièrent-ils contre la :àcheté et la perfidie de ce procédé; et François en fut si confus lui-même que, ne pouvant se résoudre à entendre. de la bouche de leurs ambassadeurs, les justes reproches qu'il méritait , il laissa passer quelque temps sans vouloir leur donner audience. Charles au contraire avait eu la plus grande attention à ménager les intérêts de tous ceux qui s'étaient attachés à son parti: il avait assuré jusqu'aux droits de quelques-uns de ses sujets flamands qui avaient des biens ou des prétentions en France; il avait fait insérer un article qui obligeait François à réhabiliter la fa-

mille et la mémoire du connétable de Bourbon, et à rendre à ses héritiers les terres qui avaient été confisquées; par un autre article, il avait stipulé une indemnité pour les gentilshommes français qui avaient suivi Bourbon dans son exil!, Cette conduite, louable par elle-même, et que le contraste de celle de François relevait d'une manière encore plus frappante, procura à Charles autant d'estime que le succès de ses armes lui avait acquis de gloire.

François ne traita pas le roi d'Angleterre avec la même indifférence que ses autres alliés. Il ne faisait pas un pas dans la négociation de Cambray sans en faire part à son allié, et heureusement pour lui Henri se trouvait alors dans une situation qui ne lui laissait d'autre parti à prendre que d'approuver sans réserve toutes les démarches du roi de France, et d'y concourir avec lui. Le roi d'Angleterre sollicitait depuis quelque temps le pape pour obtenir la permis sion de répudier sa femme, Catherine d’Arragon. Plusieurs motifs lui faisaient désirer ce divorce : d’abord Catherine était la veuve de son frère ; et comme il y avait certains temps de l’année où les idées religieuses faisaient une plus vive impression sur son esprit, il avait des scrupules sur la légitimité de son mariage; il y avait déjà long-temps qu'il n’aimait plus la reine, qui était beaucoup plus âgée que lui, et qui avait perdu tous les agrémens de sa jeunesse ; il avait d’ailleurs un désir extrême d’avoir des enfans mâles. Wolsey, qui ne cherchait qu'à fortifier la mésintelligence de son maître avec l'empereur, neveu de Catherine, employait tout son art pour nourrir les scrupules de Henri, et l’encourager dans le projet de son divorce. Enfin un dernier motif, peut-être plus puissant que tous les autres ensemble, était la passion violente que Henri avait conçue pour la célèbre Anne de Boulen, jeune dame d’une grande beauté et d'un mérite plus éclatant encore : ce prince, voyant qu’il ne pouvait obtenir ses faveurs qu'en lui donnant sa main , se détermina à l’élever au trône. Les papes avaient souvent usé de leur autorité pour permettre des divorces sur des rai sons moins spécieuses que celles que Henri alléguait en faveur du sien. Lorsque la première

1 Guich., liv. xx, pag. 525. P. Heuter., Rer auslr., liv. x, ©. 1V, p. 235.

[1529] étable de Bourbon, sterres qui avaient tre article, il avait

les gentilshommes Bourbon dans son ble par elle-même, de François relevait frappante, procura que le succès de ses dire.

le roi d'Angleterre ue ses autres alliés.

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veuve de son frère ; temps de l’année où nt une plus vive im- | avait des scrupules riage; il y avait déjà us la reine, qui était , et qui avait perdu nesse ; il avait d’ailoir des enfans mâles. qu'à fortifier la méavec l'empereur, neait tout son art pour nri, et l’encourager ‘ce. Enfin un dernier sant que tous les auassion violente que la célèbre Anne de le grande beauté et encore : ce prince, enir ses faveurs qu’en termina à l’élever au souvent usé de leur s divorces sur des rai celles que Henri allé- Lorsque la première

P. Heuter., Rer austr.,

proposition en fut faite à Clément , il était dans la prison du château Saint-Ange ; et comme il n'espérait alors sa liberté que du roi d'Angleterre et du roi de France ses alliés , il témoigna la plus grande inclination à favoriser le divorce du premier ; mais dès qu'il se vit libre, il laissa voir des sentimens tout opposés. Charles, qui épousait le parti de sa tante avec un zèle animé par le ressentiment, intimida le pontife par des menaces qui alarmèrent vivement son âme craintive, et le flatta d'un autre côté par les promesses qu'il lui fit à l'avantage de sa famille; promesse qu'il réalisa en effet quelque temps après. Ces considérations firent oublier à Clément toutes les obligations qu’il avait à Henri, et son zèle pour les intérêts de l'empereur alla jusqu’à exposer l’intérêt de la religion romaine en risquant de détacher pour jamais l'Angleterre de la dépendance du saint siége. Après avoir amusé Henri pendant deux années entières par toutes les subtilités et toutes les chicanes que la cour de Rome sait employer avec tant d'adresse pour prolonger ou faire échouer une affaire ; après avoir déployé toutes les ressources de sa politique équivoque et artificieuse, dont les historiens anglais qui ont traité ce sujet ont eu bien de la peine à suivre et à déméler les détours, il finit par retirer les pouvoirs donnés aux juges qu'il avait commis pour juger cette question : il évoqua la cause à Rome, et ne laissa plus au roi d'autre espérance d'obtenir un divorce que de la décision du pape lui-même. Comme Clément était alors étroitement lié avec l'empereur, qui avait acheté son amitié par des sacrifices sans bornes, Henri désespéra d'obtenir d'autre jugement que celui que l'empereur prononcerait par là bouche du pape. Cependant l'intérêt de son honneur et celui de ses passions ne lui permet-

taient pas de renoncer à son projet : il résolut

d'employer d’autres voies et de réussir à quelque

prix que ce fût. Il avait donc besoin , pour ba-

lancer le pouvoir de l'empereur, de s'assurer l’a-

mitié de François : dans cette vue , loin de lui

faire aucun reproche sur ce qu'il avait abandonné ses alliés dans le traité de Cambray, il lui

fit présent d’une somme considérable qu'il lui offrit comme une contribution fraternelle pour payer la rançon de ses enfans 1,

Cependant l'empereur aborda en Italie, suivi d'un cortége nombreux de noblesse espagnole et d’un corps considérable de troupes; il avait laissé le gouvernement de l'Espagne, pendant le temps de son absence, à l’impératrice Isabelle. Le long séjour qu'il avait fait dans le royaume l'avait mis à portée de connaître à fond le caractére des Espagnols, et il avait appris à les gouverner par des maximes assorties à leur génie, Il sut même en quelques occasions prendre des manières populaires qui flattaient singulièrement la nation. Quelques jours avant qu'il s’embarquât pour l'Italie, il donna un exemple frappant des soins qu'il prenait de lui plaire. Il allait faire son entrée publique dans la ville de Barcelone, et les habitans étaient embarrassés de savoir s’ils le recevraient sous le titre d'empereur ou de comte de Barcelone.’ Charles donna sur-lechamp la préférence au dernier, déclarant qu'il se tenait plus honoré de ce titre ancien , que de la couronne impériale, Enchantés de cette préférence qui les flattait infiniment , les habitans le reçurent ec des acclamations de joie, et les états de la province prêtèrent serment d'obéissance à son fils Philippe, en qualité d'héritier du comte de Barcelone. Tous les royaumes d'Espagne avaient déjà prêté le même serment avec la même satisfaction.

L'empereur parut en Italie avec toute la pompe et tout l'appareil d’un conquérant : les ambassadeurs de tous les princes et de tous les états de ce pays suivaient sa cour et attendaient leur sort de sa décision. A Gênes, où il débarqua d’abord, il fut reçu avec les transports que devait inspirer le protecteur de la liberté. Après avoir honoré Doria de plusieurs marques de distinction, et gratifié la république de nouveaux priviléges, il s’avança vers Bologne , lieu fixé Pour son entrevue avec le pape. Dans son entrée publique en cette ville, il affecta de joindre toute la magnificence et la majesté d'un empereur à l'humilité d'un enfant soumis de l'église; et à la tête de vingt mille soldats qui le mettaient en état de donner des lois à toute l'Italie, il baisa à genoux les pieds de ce même pape, qui, quelques mois auparavant, était son prisonnier !, Les Italiens, qui avaient tout souffert de la licence et de la férocité de ses troupes, s'étaient accoutumés à

? Herbert. Du Bellay, p. 122. ! Sandov., vol. Il, p. 50. Perrer, 1x, p. 116.

se former, dans teur imagination , un portrait

de l’empereur assez ressemblant à l'idée qu'ils .

avaient des souverains barbares des Goths ou des Huns, qui n’avaient pas fait plus de mal que lui à leur pays. Hs furent très surpris de voir un prince aimable et plein de grâce, affable et prévenant dans ses manières, régulier dans sa eonduite et dans ses mœurs, et donrant l'exemple d'une attention scrupuleuse à remplir tous les devoirs de la religion !. Ils furevt encore plus étonnés quand ils le virent concilier les intérêts de tous les princes et de tous les états qui dépendaient alors entièrement de lui, avec une modération et une équité à laquelle ils étaient bien loin de s'attendre,

Lorsque Charles partit d'Espagne, il ne songeait guère à donner des preuves si extraordinaires de désintéressement. l parait mème qu'il était décidé à tirer le plus d’afñantages qu'il pourrait de la supériorité qu’il avait acquise en ltalie : mais différentes circonstances lui firent sentir la nécessité de changer de plan. Les progrès du sultan , qui de la Hongrie avait pénétré dans l'Autriche et mis le siége devant Vienne avec une armée de cent cinquante mille hommes, le pressaient de rassembler toutes ses forces pour résister à ce torrent. Quoique la valeur des Allemands, la conduite prudente de Ferdinand et la trahison du visir eussent bientôt obligé Soliman d'abandonner son entreprise avec non moins de honte que de désavantage, la présence de l’empereur n’en était pas soins nécessaire ? en Allemagne pour y arrêter le cours et les progrès sensibles des troubles qu'avaient excités les disputes de religion. Les Florentins, loin de consentir au rétablissement des Médicis, article auquel l’empereur s'était engagé par le traité de Barcelone, se préparaient à défendre leur liberié par la voie des armes. Les grands préparatifs qu'il avait faits pour son voyage l'avaient engagé dans des dépenses extraordinaires; et dans cette occasion comme dans plusieurs autres, la multiplicité de ses affaires et l'extrème médiocrité de ses revenus l'obligeaient à resserrer les plans trop vastes de son ambition, et à sacrifier des avantages certains et présens pour prévenir des dangers plus éloignés, mais inévitables. Tous ces motifs réunis rent sentir à Charles

1 Sandov., vol. Il, p. 60, 63, etc.

2 Sleidan, p. 421, Guich., liv. xx, p. 560.

la nécessité de prendre un air de modération et de désintéressement, et il joua son rôle avec beaucoup de naturel. H permitaà Sforce de venir le voir à sa cour; et au pardon de toutes les offenses qu'il en avait reçues, il joignit l'investiture du duché de Milan et lui donna encore en mariage la fille du roi de Danemark, sa nièce, H consentit à ‘ce que le due de Ferrare prit possession de tous ses domaines, et termina tous les dif’érends qui restaient à vider entre ee duc et le pape avec une impartialité qui ne plut pas beaucoup au dernier. 1} en vint aussi à un accommodement définitif avec les Vénitiens, sous la condition assez juste qu'ils lui rendraient tout ce qu'ils avaient usurpé pendant la dernière guerre, soit dans le royaume de Naples, soit dans le territoire du pape. En dédommagement de tant de concessions , il exigea des sommes considérables de chacune des puissances avec lesquelles il traita. Ces sommes lui furent payées sans délai et lui fournirent le moyen de contiauer sou voyage en Allemagne avec la magnificence qui convenait à son rang !.

Tous ces traités , qui rendaient la paix et la tranquillité à l'Ralie, après une guerre si longue dont le poids s'était particulièrement fait sentir à ce pays, furent publiés à Bologne avee la plus grande solennité, le premier jour de l'année 1530, au milieu des acclamations unanimes des peuples, On oombla d'éloges l'empereur, et l'on fit honneur à sa modération et à sa générosité de l'avantage de jouir enfin de la paix qu'on désiait depuis si long-temps. Les Florentins furent les seuls qui ne partagèrent point la joie universelle : animés d’un zèle pour leur liberté. plus louable que prudent, ils prirent la résolution de s'opposer au rétablissement des Médicis. L'armée impériale était déjà entrée dans leur territoire et formait le siége de leur capitale : abandonnés de tous les alliés, et sans espoir d'aucun secours , ils se défendirent plusieur: mois avec une ardeur opiniâtre et digne d’un meilleur succès ; et lorsqu'ils se rendirent , ils ubtinrent encore une capitulation qui leur laissait l'espérance de sauver quelques restes de leur liberté, Mais l'empereur, ne songeant qu’à lavoriser le pape, frustra leur attente, abolit Fancienne forme de leur gouvernement, et remit dans les mains d'Alexandre Médicis le même

Y Sandov., vol, li, p. 65, etc

l'A nest

11529) ir de modération et joua son rôle avec nitxà Sforce de venir on de toutes les ofil joignit l’investilui donna encore en anemark , sa nièce, de Ferrare prit poses, et termina tous à vider entre ee duc alité qui ne plut pas vint aussi à un ac- : les Vénitiens, sous s lui rendraient tout endant la dernière me de Naples, soit En dédommagement exigea des sommes les puissances avec res lui furent payées t le moyen de contine avec la magnifiang !.

daient la paix et la une guerre si longue lièrement fait sentir Bologne avee la plus jour de l’année 1530, unanimes des peuempereur, et lon fit L à sa générosité de > la paix qu'on dési- 8 Florentins furent at point la joie uni- : pour leur liberté.

ils prirent la résolussement des Médicis.

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ras nas à sa famille avait jusqu'alors pens des droits et des prérogatives du souverain : { 'e : de sorte que dans tout le co : urs d’une guerre qui dates ls ee ; pie, d us géné- demandait les plus grands efforts, td : uë pendant le siége : ses vait tiré presque *uc:m : i L biens et ses titres passèrent à sa sœu A de a TE r Claude de lemagne, et n’avai 4 Châlons, qui était mariée à René RUE , Comte de Nas- tages dans sa dignité d' ) À empereur i RE et FL , Par ses enfans, transit le titre de fastueux et vains et des a ae Lt M à cette famille qui l'a rendu de- il sentit vivement que, s’il ne Pet ie LE partie des prérogatives que ses prédé - Lu sure de la paix ue et avaient laissé perdre, et sil ffavalt dune: ronnement de Charles, de chef de l'empi k Pire, sans en avoir / i 2. A se ce Le Romains, cette grande dignité Pembarrasserait Lu ré e avec les forma- ses projets ambiti k i i PA a pro itteux qu'elle ne lui servirait » CE prince, que rien ne rete- Pour parvenir à cet ob: i i uait plus en Italie 2, se disposa à i 7 Nine a prendre le essentiel que d'étouffer prompt i eme da dt DS Sa RAS y devenait nions qui pouvaient ie Lise ne $ necessaire : les catholiques : de l'empire une Ji jour le: gue redoutsble do Ï Kite Fr ie nt ae le pres- | seraient plus forts et plus sacrés dr de Ba se avec une égale importunité, de la républi i i i PE : publique. Rien aussi ne Ju po : l'empereur, ses Contestations avec propre à le conduire au but qu'il pas pi ë pape, les soins qu'exigeait la guerre de que de faire servir à l'agrandi Ph Ne ee avaient donné aux réformateurs un long de Intervalle de tranquillité pendant le i ! quel leurs | établie, dont il était le protect MAS ps fait des progrès sensibles. La | Dans cette idée , dès Lu AA de rl trai Imces qui avaient embrassé les | ter d’un accommod it opinions de Luther ne s'étaient pe une dite nn DR PInIOn Pas contentés | convoqué à Spir. Î 'empire, ( d'établir dans leurs territoires la | | sa Re s nouvelle forme | l'objet fut de délibér 4 ce ‘ob, ; er sur l’état ac a re- A encore entièrement aboli les | ligion. Le décret de la diète pris a 5 s Fe A Hi Plusieurs des villes li | en 1526 établissait à peu près la État dre 1 suivi leur exemple : Ja moitié du | Opinions de Luther, et avait par -là die le

corps germani i i PS germanique avait presque entièrement | reste de la chrétienté. Il fallait pourtant beau

abandonnée saint sié | éle saint siège, et dans les Pays même | Coup d'art et une conduite bien délicate pour

qui n’avaient pas j | pas Die aie me du pape, | procéder à une décision plus rigoureuse contre a en : aiblie par | les novateurs. Les esprits, qui avaient été tenus be LR l progrès | dans une agitation perpétuelle par une dispute Set AE ji qui en minait | qui durait depuis douze années sans interrupque pere en vas “ ji satisfaction | tion et sans qu'aucun des deux partis se fût redue tone DL a F di événemens | froidi, se trouvaient alors portés au plus haut es pitt a Au nid le degré de fermentation. On était accoutumé aux latte A pie on ae et on avait vu les plus hardies en- Le La troubles dont la religion avait NE DA ia 0 sn at /"emagne pouvaient à la fin devenir très fu- | d dE gene Pat nn u es formes de culte nouveau, et leur haine pour pete ae dat ai Le de ses | le eulte qu'ils avaient abandonné se fortifiait AM 0e lon dns is es grands Vas- | encore par l'attachement qu'ils avaient pris pour se € leur pouvoir aux dé- celui qu'ils avaient adopté, Luther n'était pas " 6 sh x, p. 641, ete. P. Heuter.. Rer. ie reg sa rebuter par la lougueur ou *H. Cornel. Agrippa, De duplici C: ? sur : . î sr tie cie Ca Rang Pt De oronatione ses succès , et il continuait ses attaques avec la même vigueur qu'il avait montrée dès le com-

> de fair ment de son autorité civile un zèle constant pour la religion

menvement. Ses disciples, dont plusieurs avaient autant de zèle, et quelques-uns même plus de lumières que leur maître, n'étaient pas moins en état de soutenir la dispute avec courage et avec habileté. Plusieurs laïques, quelques princes même, en vivant au milieu de ces disputes éter-

nelles, s'étaient accoutumés à discuter les argu- | À , en eux, la convocation des conciles généraux : le

mens des deux partis, qui s’en rapportaient tour à tour à leur décision; ils s’instruisirent à fond de toutes les questions qui étaient agitées, et

se mirent en état de les soutenir eux-mêmes : ; RARES je avec honneur et de manier avec succès les armes | point de raisons qu’il n'employat pour dissuader

scolastiques employées dans ces guerres de théologie. 11 était évident que dans ces circonstances une décision trop rigoureuse de la diète aurait sur-le-champ produit une confusion gé-

nérale, et aurait pu allumer une guerre de reli- |

gion en Allemagne. Dans cette crainte, tout ce que l'archiäuc et les autres députés de l'empereur demandèrent à la diète fut donc d’enjoindre aux états de l'empire, qui avaient jusqu'alors obéi au décret de la diète de Worms, lancé contre Luther en 1524, de continuer à s'y conformer et de défendre aux autres états de faire à l'avenir aucune innovation dans la religion , et surtout d'abolir la messe, avant la convocation d’un concile général. Après bien des débats, ce décret passa à la pluralité des voix !.

L'électeur de Saxe, le marquis de Brandebourg , le landgrave de Hesse, les ducs de Lunebourg, le prince d’Anhalt avec les députés des quatorze villes? libres ou impériales, firent con-

tre ce décret une protestation solennelle, par |

laquelle ils Le déclaraient injuste et impie, De là vint le nom de protestans, nom qui est devenu mieux connu, et bien plus honorable depuis qu'il a été donné indistinctement à toutes les sectes qui se sont séparées de l’église de Rome. Les protestans n’en restèrent pas là, ils envoyèrent des ambassadeurs en Italie pour faire leurs plaintes à l’empereur, qui les reçut de la manière la plus propre à les décourager ?. Charles était alors étroitement lié avec le pape, et ne

1 Sleid., Æist., p. 117.

* Ces quatorze villes étaient Strasbourg, Nuremberg, Um, Constance, Reutlingen, Windsheim, Meinungen, Landau, Kempten, Heilbron, lsne, Weïssembourg, Nordlingen et Saint-Gal,

5 Sleid., Aist., p. 119. F. Paolo, Æist., p. 45. Seckend, Toi. 45, p. 117.

songeait qu’à l'attacher inviolablement à ses intérêts. Pendant le long séjour qu'ils firent tous les deux à Bologne, ils eureut ensemble plusieurs conférences sur les moyens les plus efficaces d'extirper les hérésies qui avaient germé en Allemagne. On sait que tous les papes ont constamment redouté etéloigné, autant qu'il était

timide Clément, qui les redoutait encore plus qu'aucun autre pape, ne pouvait, S1ns frémir , écouter la proposition d’en assembler un. Îl n’est

l'empereur de ce projet. Il lui peignit les conciles généraux comme des assemblées de factieux intraitables, remplis de présomption , redoutables par leur union à l'autorité des princes, et trop lents dans leurs opérations pour remédier aux maux qui demandaient un prompt secours. L'expérience, lui disait-il, nous a appris à tous deux que la tolérance et la douceur, loin d’adoucir l'esprit des novateurs, n'a fait que les enhardir : il en concluait qu’il fallait recourir aux voies de rigueur qu'exigeait le danger pressant de la religion; qu'il fallait faire exécuter la sentence d'excommunication lancée par Léon X, et le décret de la diète de Worms, et que c'était à l'empereur d'employer toute sa puissance pour réduire des rebelles qui ne respectaient plus ni l'autorité ecclésiastique ni l'autorité civile. Charles, qui avait d'autres vues que le pape et qui voyait de plus en plus combien le mal était profondément enraciné, songeait au contraire à ramener les protestans par des moyens moins violens , et regarcrit la convocation du concile comme un expedient proprs à conduire à ce but. Il promit cependant av pape que si les voies de douceur étaient sans effet, il déploierait toute la vigueur de son autorité pour réduire ces ennemis obstinés de la foi catholique t,

Tels furent les sentimens dans lesquels l’empereur partit d'Italie pour l'Allemagne, ayant déjà indiqué à Augsbourg la diète de l'empire. Dans sa route il fut à portée d'observer quelles étaient les dispositions des Allemands sur les points contestés. Il trouva partout les esprits si

1 Fra-Paolo, p. 47. Seckend , liv. n, p.142. Aist. de la Confess. d’Augsbourg, par D.Chystræus, in-4°, Anvers, 1572, p. 6.

lablement à ses inur qu’ils firent tous reut ensemble pluoyens les plus effiqui avaient germé tous les papes ont né, autant qu'ilétait nciles généraux : le doutait encore plus uvait, sans frémir , ssembler un. Il n’est oyât pour dissuader lui peignit les conassemblées de facle présomption, reautorité des princes, érations pour reméaient un prompt seit-il, nous a appris à etla douceur, loin eurs, n'a fait que les il fallait recourir aux : le danger pressant aire exécuter la senlancée par Léon X, Vorms, et que c'était toute sa puissance qui ne respectaient stique ni l'autorité autres vues que le is en plus combien t enraciné, songeait s protestans par des egard'it la convocan expedient proprs romit cependant au louceur étaient sans la vigueur de son ennemis obstinés de

s dans lesquels l'em- * l'Allemagne, ayant la diète de l'empire.

ée d'observer quelles es Allemands sur les partout les esprits si

iv. 1, p.142. Aist. de la Chystræus, in-4°, Anvers,

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aigris et si échauffés, qu’il resta convaincu qu'il ne fallait parler de rigueur et d'autorité qu'après avoir tenté tous les autres moyens, et lorsque le mal serait désespéré. Il fit son entrée publique dans Augsbourg avec une pompe extraordinaire, et y trouva une assemblée qui, par l'éclat et le nombre de ses membres, répondait à l'importance des affaires qu'on devait traiter dans la diète , et qui était digne de faire honneur à l’entrée d'un empereur, revenant après une longue absence comblé de bonheur et de gloire. On eût dit que sa présence avait communiqué à tous les partis un esprit tout nouveau de modération et d’'inclination à la paix. L'électeur de Saxe ne voulut pas permettre à Luther de l'accompagner à la diète, dans la crainte d'offenser l’empereur en exposant à ses yeux un homme excommunié par le pape, et l’auteur des dissensions qui occasionaient alors tant de troubles. Tous les princes protestans , à la prière de l’empereur, défendirent aux théologiens qui les accompagnaient le prêcher en public tant qu'ils résideraient à Augsbourg. Par les mêmes raisons, ils choisirent Mélanchton, celui des réformateurs qui, avec le plus de science, avait aussi le caractère le plus doux et le plus pacifique, pour dresser leur confession de foi dans les termes les moins choquans pour les catholiques romains, sans pourtant trahir l'intérêt de la vérité. Mélanchton, qui n'avait jamais trempé sa plume dans le fiel théologique, et qui sortait rarement des bornes de la politesse, même dans ses écrits purement polémiques, se chargea de cette commission qui convenait si bien à son caractère, et s'en acquitta «vec un succès digne de sa modération, Le symbole qu'il composa, connu sous le nom de confession d’Augsbourg, nom qu'il prit du lieu même où on le présenta, fut lu publiquement devant la diète. Des théologiens catholiques furent nommés pour l'examiner : ils proposèrent leurs critiques ; la dispute s'engagea entre eux et Mélanchton, soutenu de quelquesuns de ses partisans; mais quoique Mélanchton adoucit quelques articles, se relächât sur d'autres, et prit soin de donner à tous le sens le moins choquant pour ses adversaires ; quoique l'empereur lui-même fit tout son possible pour rapprocher les deux partis, 11 se trouvait déjà tant de marques de séparation établies, tant de

barrières insurmontables élevées entre les deux

églises, qu'on désespéra dès lors de pouvoir jamais concilier et réunir les esprits {,

Charles voyant qu'il ne pouvait rien gagner sur les théologiens s’adressa aux princes qui les protégeaient; mais quelque désir que ceux-ci eussent d'accommoder les choses ; et quelle que fût leur inclination à obliger l'empereur, il ne les trouva pas plus disposés que les théologiens à renoncer à leurs opinions. Dans ce temps-là le zèle pour la religion agitait jes esprits à un degré que peuvent à peine concevoir ceux qui vivent dans notre siècle : les passions qu'excitaient la découverte de la vérité et le premier sentiment de la liberté ont aujourd'hui presque entièrement perdu leur énergie. Le zèle était alors si puissant , qu’il l'emportait même sur l’at. tachement aux intérêts politiques, qui est ordinairement le mobile prédominant ges démarches des princes. L’électeur de Saxe, le landgrave de Hesse, et les autres chefs des protestans, quoique sollicités chacun ‘en particulier par l'empereur , et tentés par l'espérance et la promesse des avantages politiques qu’ils étaient le plus jaloux d'obtenir, refusèrent tous, avec un courage digne d’être imité, d'abandonner pour aueune acquisition terrestre, ce qu’ils croyaient être la cause de Dieu2.

Les moyens qu'on employa pour gagner ou pour désunir le parti protestant n’ayant eu aucun succès, il ne restait plus à l’empereur d'autre parti à prendre que d'exercer son pouvoir pour défendre, par quelque acte de vigueur, la doctrine et l'autorité de l’église établie. Campieggio, nonce du pape, n'avait cessé de représenter à l'empereur que la sévérité était la seule manière de traiter avec des hérétiques si obstinés. La diète, cédant à ses instances et à son avis, donna un décret qui condamnait la plupart des opinions soutenues par les protestans; défendait à toute personne &e protéger ou de tolérer ceux qui les enseigneraient ; enjoignait l’exacte observation du culte établi, et défendait toute innovation pour l'avenir sous des peines sévères, Tous les ordres étaient en même temps requis de concourir de leurs biens et de leurs personnes à l'exécution de ce décret, et ceux qui refuse-

? Seckend, liv. 11, p. 159, etc. Abr. Sculteti #nnales cvangeliciap. Herm. Von der Har., Hist, lib. reform. Leips, 1717, fol., p. 159.

? Sleid., p. 132, Scultet., Annal., p. 158,

raient d’obéir étaient déclarés incapables d'exercer les fonctions de juges ou de paraître comme parties à la chambre impériale, qui était la cour souveraine de l'empire. Il fut encore arrêté par ce décret, qu’on s'adresserait au pape pour le requérir de convoquer dans le délai de six mois un concile général, dont les décisions souveraines pussent terminer toutes les disputes !.

La rigueur de ce décret alarma les protestans : ils le regardèrent comme le prélude des plus violentes persécutions, et resterent convaincus que l’empereur avait résolu {eur destruction. La crainte des calamités qui menaçaient l'église accabla le faible courage de Mélanchton ; et comme si sa cause eût été déjà désespérée, il s’'abandonna à la mélancolie et aux plaintes. Mais Luther, qui n’avait cessé pendant la tenue de la diète d'affermir et d'encourager son parti par différens écrits qu'il avait publiés, ne se laissa ni effrayer ni déconcerter par l'approche de ce nouveau danger. Il rassura Mélanchton et ceux de ses disciples qui étaient tombés dans le même découragement; il exhorta les princes à ne pas abandonner des vérités qu'ils venaient de défendre avec une fermeté si digne d’éloges 2. Ses exhortations firent sur leurs esprits une impression d'autant plus profonde, -qu'ils venaient d'apprendre avec la plus grande inquiétude la nouvelle d’une ligue qu’avaient formée les princes catholiques de l'empire pour le soutien de la religion établie, et dans laquelle Charles était entré lui-même à. Ils sentirent la nécessité de se tenir sur leurs gardes, et virent que leur sûreté, aussi bien que le succès de leur cause, dépendait de leur union. Pleins des alarmes que leur inspirait la ligue catholique, mais déterminés sur la conduite qu'ils devaient tenir, ils s'assemblèrent à Smalkalde. Là, ils conclurent une ligue défensive contre tout agresseur 4, par laquelle tous les états protestans de l'empire s'unissent pour ne former qu'un corps; et, commençant à se considérer sous cet aspect, ils résolurent de s'adresser aux rois de France et d'Angleterre, et d’implorer leur secours et leur appui en faveur de leur nouvelle confédération.

Une affaire qui n'avait aucun rapport à la re-

1 Sleid., p. 139,

* Seck., vol. Il, p 180. Sleid., p. 140, 5 Seck., vol, 11, p, 200, 3, 2.

# Sleid., Zist., p. 142.

ligion leur fournit un prétexte pour rechercher l'assistance des princes étrangers. Charles, dont l'ambition croissait dans la mème proportion que sa grandeur et sa puissance, avait formé le projet de rendre la couronne impériale héréditaire dans sa famille, en faisant élire son frère Ferdinand roi des Romains. Les circonstances étaient très favorables à l'exécution de ce dessein : la victoire avait suivi partout les armes de l'empereur; il venait de dicter des lois à toute l'Europe dans la dernière paix, il ne lui restait point de rival en état de contre-balancer ou d’arrèter l'exercice de ses forces ; les électeurs étaient éblouis par l'éclat de ses succès, et l'étendue de son pouvoir leur en imposait; ils osaient donc à peine contredire les volontés d'un prince dont les sollicitations avaient toute l'autorité du commandement. Charles d’ailleurs ne manquait pas de raisons plausibles pour appuyer sa demande : les affaires de ses autres royaumes l’obligeaient, disait-il, à s’absenter souvent de l'Allemagne; les désordrestoujours croissans qu'avaient excités les disputes de religion, et le voisinage redoutable des Turcs qui menaçaient continuellement d'entrer dans le cœur de l’empire avec ces armées innombrables qui ravagcaient tous les lieux de leur passage, demandaient la continuelle présence d’un prince qui eût en même temps assez de prudence pour apaiser les querelles théologiques, et assez de valeur et de puissance por repousser les Ottomans. Son frère Ferdinand possédait ces qualités dans un degré éminent; sa longue résidence en Allemagne l'avait mis à portée de connaître à fonds la constitution de son gouvernement et le caractère des peuples ; comme il avait vu naître les querelles de religion, et qu'il les avait suivies depuis leur origine, il savait mieux que personne quels étaient les remèdes convenables, et quelle était la meilleure méthode de les appliquer ; enfin la position de .ses états, qui touchaient aux frontières de l'empire ottoman, le rendait le défenseur naturel de l'Allemagne contre les invasions des infidèles ; et, étant roi des Romains, son intérêt se trouverait d'accord avec son devoir pour l'engager à s'opposer aux entreprises des Turcs,

Toutes ces raisons firent peu d'impression sur les protestans. Ils savaient par expérience que rien n'avait tant favorisé les progrès de leur doctrine que l'interrègne après la mort de

xte pour rechercher igers. Charles, dont a mème proportion ance.,. avait formé le ne impériale hérédiisant élire son frère s, Les circonstances xécution de ce despartout les armes de cier des lois à toute aix, il ne lui restait tre-balancer ou d’ar- : les électeurs étaient ccès , et l'étendue de it; ils osaient donc à és d’un prince dont te l'autorité du comurs ne manquait pas ppuyer sa demande :

raumes l’obligeaient, ent de l'Allemagne; ans qu’avaient excités le voisinage redouient continuellement npire avec ces armées nt tous les lieux de L la continuelle prén même temps assez les querelles théoloet de puissance por son frère Ferdinand un degré éminent; emagne l’avait mis à 1s la constitution de ractère des peuples ; les querelles de relivies depuis leur orirsonne quels étaient t quelle était la meiluer ; enfin la position at aux frontières de t le défenseur naturel vasions des infidèles ; son intérêt se trouair pour l’engager à es Turcs.

peu d'impression sur par expérience que les progrès de leur après la mort de

Maximilien, la longue absence de Charles, et le 1 relâchement dans l'administration du gouvernement qui avait résulté de ces deux incidens. Ils avaient tiré trop d'avantages de cet état d’anarchie, pour ne pas craindre la domination toujours présente d’un nouveau chef. Ils pénétrèrent toute l'étendue des projets ambitieux de Charles, et virent clairement que son but était de rendre la couronne impériale héréditaire dans sa famille, et d'établir par-là dans l’empire une autorité absolue, que des princes électifs ne pouvaient pas se promettre d'obtenir avec la même facilité. Ils résolurent donc de s'opposer de toutes leurs forces à l'élection de Ferdinand, et d'encourager leurs compatriotes par leur exemple et leurs exhortations à ne pas souffrir cette entreprise contre leurs libertés. En conséquence l'électeur de Saxe ne se contenta pas de refusér de se trouver à l'assemblée des électeurs que l’empereur convoqua à Cologne, il chargea encore son fils aîné d’y paraître à sa place, et de protester contre l'élection, comme étant faite contre toutes les formes et toutes les lois, contraire aux articles de la Bulle-d'Or, et destructive des libertés de l'empire. Mais les autres électeurs, que Charles avait gagnés, quoique avec beaucoup de peine, n'eurent égard ni à l'absence ni à la protestation de l'électeur de Saxe; ils élurent Ferdinand roi des Romains, et il fut, quelques jours après, couronné à Aix-ia- Chapelle !.

Lorsque les protestans, qui s'étaient assemblés une seconde fois à Smalkalde, reçurent la nouvelle de cette élection avec celle de quelques procédures que la chambre impériale commençait centre eux à l’occasion de leurs principes religieux, ils crurent qu'il était nécessaire de renouveler leur première confédération, et d'envoyer sur-le-champ des ambassadeurs en France et en Angleterre. François avait vu avec toute la jalousie d’un rival la réputation que l'empereur s'était acquise par la modération et le désintéressement dont il avait fait parade en réglant les intérêts de l'Italie. IL fut encore plus vivement affecté de la nouvelle élection du roi des Romains, et ne put voir sans inquiétude ie succès de l’empereur dans une entreprise qui tendai: véritablement à augmenter et à perpé-

16. vw. 142. Seck.. fl, 1, P. Heuter,, Rer aust. liv,X,2, vr, p.240.

tuer son autorité en Allemagne. Mais il sentit en même temps que ce serait le comble de l'imprudence que d'engager dans une nouvelle guerre sa nation épuisée par les efforts extraordinaires qu’elle avait faits, et découragée par tant de mauvais succès, avant qu’elle eût eu le temps de reprendre de nouvelles forces et d'oublier ses malheurs passés. [1 ne pouvait non plus, sans être provoqué et sans avoir de prétexte, violer un traité de paix qu'il venait de solliciter; il se fût exposé à perdre l'estime de toute l'Europe, et à être détesté comme un prince sans honneur et sans probité. C'était donc un spectacle agréable pour François, que de voir des factions puissantes commencer à se former dans l'empire, Il écouta avee le plus grand intérêt les plaintes des princes protestans, et sans paraître soutenir les opinions qu’ils avaient adoptées sur la religion, il résolut de fomenter en secret ces étincelles de discorde politique, qui pourraient bientôt produire un embrasement général. Dans cette vue il envoya en Allemagne Guillaume du Bellay, un des plus habiles négociateurs de France, qui, en visitant les cours des princes mécontens, sut, par différens artifices, exciter à propos leur ressentiment, et conclut enfin une alliance entre eux et son maître i, Cette alliance resta secrète, et ne produisit, pour le moment , aucun effet sensible; mais elle servit de base à une union qui fut souvent fatale aux projets ambitieux de Charles, et qui apprit aux princes mécontens de l'Allemagne où ils pourraient à l'avenir trouver un protecteur puissant et disposé à les défendre contre les entreprises de l'empereur.

Le roi d'Angleterre, plein de ressentiment contre Charles, parce qu'il savait que par complaisance pour ce prince le pape avait si longtemps retardé son divorce, et venait enfin de s’y opposer ouvertement, n'était pas moins disposé que François à soutenir une ligue qui pouvait devenir si formidable à l'empereur. Mais le divorce, qui était son objet essentiel, le jeta dans un tel labyrinthe de projets et de négociations, il était en même temps si occupé d'abolir en Angleterre la juridiction papale. qu’il ne lui restait aucun loisir pour s'occuper des affaires du dehors. Il se contenta de donner des promesses vagues, et d'envoyer un secours mé-

1 Du Bellay, p. 129. A. 130. B. Seck., liv. im, p 14

diocre d'argent aux confédérés de Smalkalde t.

Cependant Charles voyait de plus en plus que ce n'était pas encore le moment d'employer la rigueur et la violence pour extirper l'hérésie; que sa complaisance pour les vues du pape lui avait déjà fait faire une démarche imprudente et précipitée, et qu’il était bien plus de son intérèt de réunir toutes les parties de l'Allemagne pour en former un corps vigoureux et bien uni, que de la diviser et de l'affaiblir par une guerre civile. Les protestans, qui pouvaient déjà se faire craindre par leur nombre et par le zèle qui les animait, étaient devenus encore plus forts et plus redoutables par la confédération que le décret rigoureux de la diète d'Augsbourg les avait forcés de former. Enhardis par le sentiment de leurs forces, ils méprisèrent les décisions de la chambre impériale; et sûrs d’être appuyés par les puissances étrangères , ils étaient prèts à braver le chef de l'empire. D'ailleurs sa paix avec la France était peu solide; il ne pouvait compter sur l'amitié d'un pape irrésolu et intéressé; il savait que Soliman, pour réparer la honte et les pertes de sa dernière campagne, se disposait à entrer en Autriche avec une armée encore plus nombreuse. Toutes ces raisons, surtout la dernière, lui firent sentir la nécessité d’un prompt accommodement avec les princes mécontens, s’il voulait préparer l'exécution de ses desseins futurs, et pourvoir même à sa sûùreté présente. Il commença en conséquence à négocier avec l'électeur de Saxe et ses associés. La jalousie mutuelle de ces princes et celle qui les animait tous contre l’empereur occasiona de grands délais, qui prolongtrent encore les difficultés innombrables qu’entraine nécessairement la nature inflexible des opinions religieuses, qu’on ne peut ni altérer, ni modifier, ni abandonner aussi aisément que des objets d'intérêt politique. Cependant la négociation se termina enfin, et l'on convint à Nuremberg des termes d’une pacification qui fut ratifiée solennellement à la diète de Ratisbonne. Dans le traité , il fut stipulé qu'il y aurait une paix universelle en Allemagne jusqu’au concile général, dont l’empereur tâcherait de procurer la convocation dans l'espace de six mois; qu'on n'inquièterait personne pour cause de religion; qu'on

U Herbert, p. 152, 154

arrêterait les procédures commencées par la chambre impériale contre les protestans, et que toutes les sentences qui se trouveraient déjà portées contre eux resteraient nulles et sans exécution. De leur part, les protestans s'engagèrent à aider l’empereur de toutes leurs forces pour repousser l'invasion des Turcs {, Ainsi, par leur fermeté dans leurs principes, par leur unanimité à soutenir leurs prétentions, par ieur habileté à se prévaloir de l'embarras de l’empereur, les protestans obtinrent des conditions qui équivalaient presque à la tolérance de leur religion. L'empereur fit tous les sacrifices, et ils n’en firent aucun : il n’osa pas même leur proposer d'approuver l'élection de son frère, quelque importance qu'il mit à cette affaire ; et les protestans, qui jusque-là n'avaient encore été regardés que comme une secte religieuse, acquirent dès lors le rang et le crédit d’un corps politique qu'il fallait ménager 2.

Charles apprit peu de temps après que Soliman était entré en Hongrie à la tête de. trois cent mille hommes. Cette nouvelle termina bientôt les délibérations de la diète de Ratisbonne , où l’on avait déjà fixé le contingent de troupes et d'argent que chaque prince devait fournir pour la défense de l'empire. Les protestans, pour marquer leur reconnaissance à l'empereur, le servirent avec un zèle extraordinaire, et mirent en campagne beaucoup plus de troupes qu'ils n'étaient obligés d’en donner; et les catholiques ayant imité leur exemple , Vienne vit rassembler près de ses murs une des plus grandes et des plus belles armées qui eussent jamais été levées en Allemagne. Après la jonction d'un corps de vieilles troupes espagnoleset italiennes, conduites par le marquis du Guast, de quelques escadrons de cavalerie pesante tirés des Pays- Bas , et des troupes que Ferdinand avait levées dans la Bohème, dans l'Autriche et dans ses autres états, cette armée montait à quatrevingt-dix mille hommes d'infanterie réglée, et à trente mille chevaux , sans compter un nombre prodigieux de troupes irrégulières. Ce corps redoutable méritait d’avoir à sa tête le premier monarque de la chrétienté; l'empereur voulut le commander en personne, et l'Europe en

1 Dumont, Corps diplomat., tom. IV, partie 1, p. 87, 88.

2 Sleid, p. 149, etc. Seck., liv. ax, p. 9.

commencées par la protestans, et que > trouveraient déjà ent nulles et sans protestans s'enga- > toutes leurs forces des Turcs !, Ainsi, principes, par leur rétentions, par leur mbarras de l’empeent des conditions a tolérance de leur les sacrifices , et ils as même leur prode son frère, quelcette affaire ; et les n'avaient encore été ecte religieuse, acle crédit d’un corps er 2, nps après que Soli- > à la tête de trois uvelle termina bieniète de Ratisbonne , ntingent de troupes ince devait fournir Les protestans, pour ce à l'empereur, le ordinaire , et mirent s de troupes qu'ils r ; et les catholiques Vienne vit rassemdes plus grandes et eussent jamais été ès la jonction d’un agnoles et italiennes, : Guast, de quelques inte tirés des Paysrdinand avait levées triche et dans ses montait à quatrenfanterie réglée, et ns compter un nomrrégulières. Ce corps * à sa tête le premier ; l'empereur voulut le, et l'Europe en

,, tom. [V, partie 11,

Hu, D, 19.

suspens attendit l'issue d’une bataille décisive :

entre les deux plus grands princes du monde ; mais redoutant mutuellement les forces et la bonne fortune l’un de l’autre, ils se conduisirent tous les deux avec tant de circonspection , que cette campagne , après des préparatifs immenses , finit sans aucun événement mémorable.

Soliman , voyant l'impossibilité d'obtenir aucun avantage sur un ennemi toujours attentif et sur ses gardes , retourna à Constantinople vers la fin de l'automne {. Dans un siècle si belliqueux, où tout gentilhomme était soldat et tout prince général, il est à remarquer que ce fut la première fois que Charles parut à la tête de ses troupes, quoiqu'il eût déjà soutenu de si longues guerres, et remporté tant de victoires. Ce ne fut pas un honneur médiocre pour lui que d'avoir osé, pour le premier essai de ses armes , se mesurer avec Soliman, et il se couvrit de gloire par le succès de ses opérations.

Vers le commencement de cette campagne, l'électeur de Saxe mourut et fut remplacé par Jean Frédéric, son fils et son héritier. La réforme gagna plus qu'elle ne perdit à cette mort. Le nouvel électeur, non moins attaché aux opinions de Luther que ses prédécesseurs, prit leur place à la tête du parti protestant, et défendit avec toute l'audace que ses ancètres avaient, pour ainsi dire, nourrie et entretenue, avec toute la prudence que peut donner l'expérience de l’âge.

Immédiatement après la retraite des Turcs , Charles , impatient de revoir l'Espagne , partit pour ce royaume , et prit sa route par l'Italie. Il désirait vivement d’avoir une seconde entrevue avec le pape : ils se virent encore à Bologne , et se traitèrent avec les mêmes démonstrations extérieures de respect et d'amitié ; mais ils n’avaient plus l’un pour l’autre cette confiance qui régnait entre eux lors de leurs dernières négociations dans cette ville. Clément était très mécontent de la conduite que l'empereur avait tenue à Augsbourg ; en consentant à la convocation prochaine d'un concile, ce prince avait perdu tout le mérite qu'il s'était fait auprès du pontife par le décret rigoureux qui avait été porté d'abord contre la doctrine des réforma-

3 Jovius, Æist., liv. xxx, p. 100, etc. Barre, Æist. de l'empire, vol. 1, liv. vu, p. 347.

teurs. Le pape était encore plus offensé de la tolérance qu’accordait aux protestans la diète de Ratisbonne, et de la promesse positive que Charles avait faite de demander un concile. Ce-

| pendant l'empereur , convaincu que la tenue ?

| d’un concile général produirait de bons effets,

et d’ailleurs désirant de plaire aux Allemands, renouvela de vive voix à Bologne les sollicitations qu'il avait déjà fait faire au pape par ses ambassadeurs , et le pressa de convoquer ce concile sans délai. Clément fut très embarrassé sur la réponse qu'il devait faire à une requête qu’il ne pouvait ni refuser décemment ni accorder sans danger. Il tâcha d'abord de détourner Charles de cette idée ; mais le trouvant inflexible , il eut recours à des artifices qui , S'ils ne pouvaient pas faire échouer entiérement ce projet , devaient du moins lui faire gagner du temps. Sous le prétexte plausible qu'il fallait commencer par régler avec toutes les parties intéressées le lieu de l’assemblée , la forme de ses opérations , le droit des personnes qui y auraient voix, et le degré d'autorité de leurs décisions , il nomma un nonce qui, accompagné d'un ambassadeur de l’empereur, fut dépêché à l'électeur de Saxe, comme au chef des protestans. Chacun de ces articles fit naître des difficultés et des contestations sans fin. Les protestans voulaient que le concile se tint en Allemagne ; le pape voulait que ce fût en Italie. Ils exigeaient que le texte de l’Écriture sainte servit seul de règle de décision pour tous les points contestés : Clément accordait une égale autorité aux décrets de l'église et aux sentimens des pères et des docteurs. Ils demandaient un concile libre où les théologiens députés par les différentes églises eussent droit de suffrage : Clément se proposait de donner au concile une forme qui le rendit entièrement dépendant de son autorité. Il y avait un autre point sur lequel les protestans insistaient encore davantage : ils prétendaient qu'il était déraisonnable de vouloir les engager à se soumettre aux décrets d'un concile, avant qu'ils sussent sur quels principes seraient fondés ces décrets, par quelles personnes ils seraient prononcés, et quelles seraient les formalités qu'on observerait. Le pape répondit qu'il serait parfaitement inutile d’assembler un concile , si ceux qui le demandaient eux-mêmes ne promettaient auparavant, par

une déclaration expresse, de s’en rapporter à ses décisions. On proposa plusieurs expédiens pour concilier tous ces préliminaires, et les négociations trainèrent tanten longueur, qu’elles remplirent en effet les vues de Clément , dont le but était d'éloigner la tenue du concile, sans s'attirer le reproche flétrissant de s'être opposé seul à une mesure que toute l'Eürope croyait si essentiellement utile au bien de l’église 1.

Il y avait un autre objet de négociation qui intéressait l'empereur plus encore que la convocation d’un concile ; c'était d'assurer la tranquillité de l'Italie. Il savait que François n'avait renoncé aux prétentions qu’il avait dans cette contrée, qu’à la dernière extrémité, et il ne pouvait pas douter que ce prince ne saisit le premier prétexte et la première occasion de recouvrer ce qu'il avait perdu. Il fallait donc songer à prendre des mesures pour assembler une armée en état de résister aux forces de cet ennemi. Comme le trésor de Charles, épuisé par une longue guerre, ne pouvait fournir les fonds nécessaires pour entretenir une armée assez fort» , il essaya de se décharger de ce fardeau sur ses alliés, et de pourvoir, à leurs dépens, à la sûreté de ses propres domaines, en proposant aux puissances d'Italie de former une ligue défensive contre tout agresseur, et pour cet effet de Tever à la première apparence du danger, une armée qu’elles entretiendraient à frais communs, et dont Antoine de Léve serait nommé généralissime. Le pape goûta cette proposition, mais par des raisons très différentes de celles qui l'avaient inspirée à l’empereur. Il espérait par ce moyen délivrer l'Italie des vieux corps de troupes allemandes et espagnoles qui avaient fait si long-temps la terreur de ce pays, et qui le tenaient encore sous le joug de l’empereur. La lgue fut conclue: tous les états d'Italie, excepté les Vénitiens , y accédèrent: on régla la somme que chacun des alliés devait fournir pour l’entretien de l'armée; et l'empereur se voyant hors d'état de soudoyer plus long-temps ses troupes qui leur donnaient tant d'ombrage, consentit à les retirer. Après en avoir licencié une partie, et distribué le reste dans la Sicile et en Espagne, il s'embarqua sur les galères de Doria et arriva à Barcelone 2,

; Fra-Paolo, Hist., p. 61. Seck., liv. nr, p. 73. » Guich., liv. xx, p. 551. Ferreras, liv. 1x, p. 149.

Malgré toutes les précautions qu'il venait de prendre pour affermir la paix de l'Allemagne, et maintenir le système qu'il avait établi en Italie, il n'était pas encore tranquille. I craignait, et ses alarmes s’augmentaient de jour en jour, que ses mesures ne fussent bientôt troublées par les intrigues ou par les armes du roi de France. Ses craintes étaient fondées: le désespoir seul et la nécessité avaient arraché à François le consentement qu'il avait donné à un traité aussi désavantageux et aussi déshonorant pour lui que celui de Cambray : lors même qu'ille ratifa, il avait déjà formé la résolution de ne l'observer que tant qu’il y serait contraint, et il fit une protestation en forme, quoique dans le plus grand secret, contre plusieurs des articles du traité, particulièrement contre la renonciation à toutes ses prétentions sur le duché de Milan, clause qu'il regardait comme injuste, injurieuse pour ses successeurs et nulle par elle-même. Un des jurisconsultes de la couronne fit par l’ordre du roi une protestation semblable et avec le même secret , lorsque la ratification du traité fut enregistrée au parlement de Paris !. On dirait que François croyait de bonne foi, qu’en employant un artifce indigne d’un roi, tendant à détruire la foi publique et la confiance réciproque qui sert de base à tous les contrats entre les nations, il était réellement dispensé de toute obligation d'accomplir ses promesses les plus solennelles, et de remplir ses engagemens les plus sacrés. Dès le moment que François eut conclu la paix de Cambray , il désira et chercha l'occasion de la violer avec impuaité. C'était dans cette vue qu'il cultivait avec la plus grande assiduité l'amitié du roi d'Angleterre, et ne négligeait rien pour s'assurer de plus en plus de son alliance ; qu'il mettait les forces militaires de son royaume sur un meilleur pied que jamais, et qu'il fomentait adroitement la jalousie et le mécontentement des princes d'Allemagne.

Mais ce que François avait le plus à cœur, c'était de rompre l'étroite union qui subsistait entre Charles et Clément: il vit bientôt avec satisfaction des germes de dégoût et d'éloignement pour l'empereur se développer dans l'âme soupçonneuse du pontife intéressé, ct il commença à se flatter que leur union ne serait pas durable. Le pape ne pouvait pardonner à l'empereur la

1 Dumont, Corps diplomat., tom. IV, parL.u, p- 92

ons qu’il venait de ix de l'Allemagne, avait établi en Itaquille. I craignait, it de jour en jour, ientôt troublées par s du roi de France.

: le désespoir seul é à François le coné à un traité aussi honorant pour lui nème quille ratifia, ion de ne l'observer raint, et il fit une oique dans le plus urs des articles du re la renonciation à le duché de Milan, e injuste, injurieuse > par elle-même. Un ronne fit par l’ordre able et avec le même tion du traité fut e Paris t. On dirait nne foi, qu'en emd’un roi, tendant à a confiance réciproes contrats entre les dispensé de toute promesses les plus es engagemens les t que François eut il désira et chercha c impunité. C'était avec la plus grande angleterre, et ne néde plus en plus de es forces militaires eilleur pied que jaoitement la jalousie inces d'Allemagne.

ait le plus à cœur, anion qui subsistait vit bientôt avec sajûtet d'éloignement er dans l'âme soupsé, et il commença à serait pas durable.

ner à l'empereur la tom, LV, paru, p. 92.

décision qu'il avait portée en faveur du duc de Ferrare. François exagéra l'injustice de ce precédé, et fit entendre au pape qu'il pourrait trouver en lui un protecteur aussi puissant et plus impartial ; et comme Clément voyait avec impatience les sollicitations importunes de Charles pour l’engager à convoquer ua concile, François eut l’art de créer des obstacles pour différer cette convocation , et fit ses efforts pour empêcher les Allemands, ses alliés, d’insistér avectant d'obstination sur cet article !, C'était en partie en contribuant à l'agrandissement et à l'élévation de la famille de Médicis, que Charles avait pris sur le pape un si grand ascendant ; François lui présenta le même appât, en lui offrant de marier son second fils Henri, duc d'Orléans, à Catherine, fille de Laurent de Médicis, cousin de Clément. L'empereur, en apprenant les premiè res ouvertures de ce mariage , ne put se persuader que François voulôt sérieusement avilir le sang royal de France par une alliance avec Catherine, dont les ancêtrés n'étaient, quelque temps auparavant, que de simples citoyens et négocians de Florence; il crut que cette proposition n’avait d'autre objet que de flatter et d’amuser l'ambition du pontife, N crut pourtant devoir travailler à effacer l'impression qu'avait pu faire sur son esprit une offre si éblouissante, et pour cet effet il promit de rompre le mariage qui avait été arrèté entre sa nièce, la fille du roi de Danemarck, et le duc de Milan , et de substituer Catherine à sa place. Mais les ambassadeurs de France ayant montré, contre toute attente, le plein pouvoir dont ils étaient munis pour conclure les articles du mariage de Catherine avec le duc d'Orléans, l’expédient de Charles n'eut aucun effet, Clément fat si flatté d’un honneur qui relevait si fort l'éclat et la dignité de ‘a maison des Médicis, qu'il offrit de donner à € itherine par forme de dot l'investiture de plusieurs ter. res considérables de l'Italie ; il parut mème disposé à se joindre à François pour faire valoir ses anciennes prétentions dans ce pays, et consentit à une entrevue avec ce monarque 2,

Charles mit tout en œuvre pour empêcher une entrevue dont il y avait lieu de croire que l'objet et le résultat ne Jui seraient pas favora-

* Du Bellay, pag. 141, etc. Seck., liv. nn, pag. 48. Fra-Paolo, p, 63.

* Guicb., liv. xx, p. 651, 653, Du Bellay, p. 138,

bles. Ce prince, qui avait eu deux fois la complaisance d'aller visiter le pape , ne pouvait se consoler de voir Clément donner à son rival une marque si singulière de distinction, que d'entreprendre un voyage par mer dans une saison défavorable, pour aller faire la cour à ce monarque dans son propre royaume. Mais l’impatience de conclure une alliance brillante étouffa tous les scrupules d'orgueil, de crainte et de jalousie, qui auraient arrêté Clément en toute autre occasion. Malgré toutes les manœuvres que fit jouer l’empereur , l’entrévue qu’il redoutait se fit à Marseille avec une pompe extraordinaire, et l'on sy donna de part et d'autre les plus grands témoignages de confiance ; ce mariage qui, par l'ambition et les talens de Catherine, fut dans la suite aussi funeste à la France qu'il était alors déshonorant pour elle, fut enfin consommé, Le pape et François concertérent ensemble plusieurs arrangemens en faveur du duc d'Orléans, et son père offrit de lui abandonner tous ses droits sur l'Italie; mais tout se passa dans le secret , et ils évitèrent avec tant de soin d'offenser l’empereur, qu'il n’y eut entre eux aucun { traité de conclu; même dans le contrat de mariage , Catherine renonça à tous ses droits et prétentions en Italie, à la réserve du duché d'Urbin?,

Dans le temps que Clément négociait avec le roi de France , et formait avec lui ces liaisons qui donnaient tant d'ombrage à l’empereur , il laissait Charles diriger à son gré toute l'affaire du divorce du roi d'Angleterre, etilse montrait aussi porté à le satisfaire sur cet objet que si l'union la plus intime eût encore régné entre eux : tant la mauvaise foi et la duplicité lui étaient naturelles. Il y avait déjà près de six ans que Henri sollicitait ce divorce, et le pape avait passé ces six années à négocier , à promettre, à se rétracter , et à ne rien conclure. On pourrait s'étonner qu’un prince d’un caractère si impé: tueux et si facile à s'irriter, eût pu supporter tant de délais et de dégoûts : aussi sa patience en fut épuisée, et il s’adressa à un autre tribunal pour en obtenir le décret qu'il avait vainement sollicité à la cour de Rome. Cranmer, archevèque de Cantorbéry , par une sentence fondée sur l'autorité des universités, des docteurs et

1 Guich., liv. xx, p. 565.

3 Dumont, Corps diplom., vol. 1V, art, 2, p. 101.

des rabbins, qui avaient été consultés sur cette ;

question , annula le mariage du roi avec Gatherine, déclara illégitime la fille qui en était née, et reconnut Anne de Boulen pour reine d’Angleterre. Dès ce moment, Henri cessa de faire sa cour au pape ; il commença à le négliger, à le menacer même , et à faire des innovations dans l'église qu'il avait auparavant défendue avec tant de zèle. Clément, qui avait déjà vu tant de provinces et de royaumes se séparer du saint siége, craignit à la fin que l'Angleterre n’imitât leur exemple. L'intérêt qu'il avait à prévenir ce coup fatal , joint à sa déférence pour les sollicitations du roi de France, le détermina à donner à Henri toutes les satisfactions qu’il jugea propres à le retenir dans le sein de son église. Mais la violence de ceux des cardinaux qui étaient dévoués à l'empereur ne donna pas au pape le temps d'exécuter cette sage résolution, et le précipita dans une démarche imprudente qui fut fatale au siége de Rome; on l’obligea de publier une bulle qui cassait la sentence de Cranmer , confirmait le mariage de Henri avec Catherine, et déclarait ce prince excommunié, si, dans un temps prescrit, il ne quittait pas sa nouvelle femme pour reprendre celle qu’il avait abandonnée. Irrité de ce décret , auquel il était loin de s'attendre, Henri ne garda plus aucune mesure avec la cour de Rome : ses sujets secondèrent

tion. Le parlement passa un acte qui abolit le pouvoir et la juridiction du pape en Angleterre; et par un autre acte, le roi fut déclaré chef suprême de l’église anglicane, et fut revêtu de toute l'autorité dont on dépouillait le pape. Ce vaste édifice de la domination ecclésiastique, élevé avec tant d'art , et dont les fondemens paraissaient si profonds , s'écroula en un moment, dès qu’il ne fut plus appuyé sur la vénération des peuples. Henri, par une bizarrerie qui était dans son caractère, continua de défendre la doctrine de l’église de Rome avec la même chaleur qu’il mettait à attaquer sa juridiction. Il persécuta tour à tour les protestans et les catholiques; les premiers , parce qu'ils rejetaient les opinions de l’église romaine ; les seconds, parce qu'ils reconnaissaient son autorité civile : mais ses sujets ayant eu la liberté d'entrer dans une nouvelle route ne jugèrent pas à propos de s’arrêter au terme précis qu’il leur marquait. En-

couragés par l'exemple de leur roi à briser une partie de leurs entraves, ils étaient si impatiens de s’en délivrer tout-à-fait ! , que sous le règne suivant, il se fit, avec l'applaudissement général de la nation, une séparation totale de l’Angleterre et de l'église de Rome, dans les points de doctrine , comme dans les matières de discipline et de juridiction.

Quelques délais de plus eussent pu épargner au siége de Rome les suites fâcheuses qu'’eut la

. démarche imprudente de Clément. Peu de temps | après la sentence qu'il avait rendue contre Henri,

il tomba dans une maladie de langueur qui, minant par degrés sa constitution, mit enfin un terme à son pontificat, le plus funeste par sa longue durée et par ses effets que la cour de Rome eût vu depuis plusieurs siècles. Le jour même que les cardinaux entrèrent au conclave, ils élevèrent au trône papal Alexandre Farnèse,

| doyen du sacré collége, et le plus ancien des

cardinaux, lequel prit le nom de Paul NI. Le peuple de Rome fit éclater les plus grands transports de joie en apprenant cette promotion. Il était ravi de voir, après un intervalle de plus d’un siècle, la couronne de saint Pierre orner la tête d’un citoyen romain. Les hommes les plus éclairés augurèrent favorablement de son administration : ils fondaient leur jugement sur l'expé-

: rience qu'il avait acquise sous quatre pontificats, son ressentiment, et partagèrent son indigna- |

et sur le caractère de prudence et de modération qu'il avait constamment soutenu dans un poste éminent, et pendant un temps de trouble et de crise qui demandait à la fois des talens et de l'adresse 2.

Il est vraisemblable que l'Europe dut la continuation de la paix à la mort de Clément. Quoiqu'il ne reste dans l’histoire aucune trace d’une ligue conclue entre François et lui, il ne faut pas douter qu’il n’eût secondé les opérations des armées françaises en ltalie. Son ambition n'aurait pas résisté au plaisir de voir sa

: fainille donner un maître à Florence et un autre

à Milan; mais l'élection de Paul HI, qui jusqu'’alors était demeuré constamment attaché aux intérêts de l’empereur , mit François dans la nécessité de suspendre pour quelque temps ses opérations , et de différer encore l'exécution du

r Herbert. Burnet, Æist. de la Réform.

3 Guich,, liv xx, p. 556. Fra-Paolo, p. 64.

eur roi à briser une étaient si impatiens 1, que sous le règne audissement général n totale de l’Angle- :, dans les points de atières de discipline

eussent pu épargner fâcheuses qu'eut la ément. Peu de temps rendue contre Henri, e de langueur qui, tution, mit enfin un plus funeste par sa fets que la cour de eurs siècles. Le jour rèrent au conclave, Alexandre Farnèse,

le plus ancien des nom de Paul III, Le es plus grands transcette promotion. Il n intervalle de plus saint Pierre orner la Les hommes les plus lement de son admijugement sur l'expé- Is quatre pontificats, lence et de modérant soutenu dans un un temps de trouble

la fois des talens et

l'Europe dut la contde Clément. Quoioire aucune trace rançois et lui, il ne secondé les opéraen Italie. Son ambiplaisir de voir sa Florence etun autre Paul HIT, qui jusamment attaché aux t François dans la * quelque temps ses ncore l'exécution du

Réform.

aolo, p. 64.

dessein qu'il avait formé de commencer les hostilités contre l'empereur.

Tandis que François épiait l'occasion de recommencer une guerre qui jusqu'alors avait été si fatale à ses sujets et à lui-même , il se passait en Allemagne un événement d'une nature très singulière. Parmi plusieurs effets salutaires ’ dont la réformation fut la cause immédiate, elle en produisit quelques autres tout opposés; et c'est une fatalité inévitable dans toutes les affaires et dans tous les événemens qui dépendent des hommes. Lorsque l'esprit humain est remué par de grands objets, et agité par des passions violentes, il acquiert ordinairement dans ses opérations une surabondance de force qui le jette dans des écarts et des extravagances. Dans toute révolution importante qui arrive dans la religion, ces écarts sont plus fréquens, surtout à ce période où les hommes, en secouant le joug de leurs anciens principes, ne conçoivent Pas encore clairement la nature du nouveau Système qu'ils embrassent , et n'ont pas un sentiment distinct des obligations nouvelles qu'il leur impose. Alors l'esprit marche toujours en avant avec la mème audace qui lui a fait rejeter les opinions établies; comme il n’est point guidé

Par une connaissance éclairée de la doctrine qu'il a mise à la place, il ne peut souffrir aucun frein, et il se livre à des idées bizarres d'où résullent souvent la corruption des principes et la licence des mœurs. Ainsi, dans les premiers siècles de l'église , on vit une foule de nouveaux chrétiens, après-avoir renoncé à leur ancienne croyance, adopter les opinions les plus absurdes, également destructives de toute piété et de toute vertu, faute de bien connaître encore les dogmes et les préceptes du christianisme, On vit ensuite ces mêmes erreurs proscrites , se dissiper d'elles-mêmes , à mesure que les vrais principes de la religion furent mieux connus et plus généralement répandus. De même, quelque temps après que Luther eut paru , la témérité ou l'ignorance de quelques-uns de ses disciples les porta à publier des maximes absurdes et per-

nicieuses qui furent trop facilement adoptées

par les hommes ignorans » Mais passionnés par

toutes les nouveautés, et dans un temps où tous

les esprits étaient tournés vers les Spéculations

religieuses. C'est à ces causes qu'il faut attribuer

la naissance des Opinions extravagantes que

répandit Muncer dans l’année 1595, et les rapides progrès qu’elles firent parmi les paysans. Le soulèvement qu'avait excité ce fanatique fut bientôt étouffé : mais plusieurs de ses sectateursa se cachèrent en différentes retraites , d'où ils s'efforcèrent de répandre leurs opinions.

Dans les provinces de la Haute-Allemagne, où la rage de ces fanatiques avait déjà fait tant de ravages, les magistrats veillérent sur eux de si près, et les traitérent avec tant de sévérité ; qu'après en avoir puni quelques-uns, banni d'autres, et forcé un grand nombre à se retirer en d’autres pays, on vint à bout d’extirper entièrement leurs erreurs. Mais dans les Pays- Bas et dans la Westphalie, où l'on était moins en garde contre leurs opinions, parce qu'on n’en sentait pas les dangereuses conséquences, ils s'introduisirent dans plusieurs villes et y répandirent la contagion de-leurs principes. Le plus remarquable de leurs dogmes religieux regardait le sacrement de baptême : ils sout naient qu'on ne devait l’administrer qu'aux personnes qui avaient atteint l’âge de raison , et qu’il ne fallait pas le donner par aspersion, mais par immersion. En conséquence ils condamnaient le baptème des enfans, et rebaptisaient tous ceux qui entraient dans leur société : c’est de là que leur secte a reçu le nom d'anabaptistes, Cette idée particulière sur le baptême paraissait fon:

dée sur l'usage del'église du temps des apôtres, et n'avait rien de contraire à la paix et au bon ordre de sa société; mais ils avaient d’autres principes d’un enthousiasme plus exalté, et bien plus dangereux. Ils prétendaient que parmi les chrétiens qui avaient les préceptes de l’Évangile pour règle de leur conduite, et l'esprit de

Dieu pour guide, l'office du magistrat n'était

pas seulement inutile, mais que c'était un em-

piétement illégitime sur leur liberté spirituelle ; qu'il fallait anéantir toute distinction de naissance , de rang et de fortune, comme contraire

à l'esprit de l'Évangile qui ne voit dans tous les

hommes que des êtres égaux ; que tous les chré-

tiens devaient mettre en commun tous leurs biens , et vivre ensemble dans cette parfaite égalité qui convient aux membres d’une même famille ; enfin , que la loi naturelle et le Nouveau-Testament n'ayant établi aucune règle sur le nombre des femmes qu'un homme pouvait épouser, on pouvait user de la liberté que Dieu

même avait accordée aux anciens patriarches.

De pareils principes, répandus et soutenus avec tout le zèle et toute l'audace du fanatisme, ne tardèrent pas à produire les effets qui en étaient la suite naturelle. Deux prop ètes anabaptistes, Jean Mathias, boulanger de Harlem, et Jean Boccold ou Beükels , compagnon tailleur de Leyde, possédés de la rage du prosélytisme, établirent leur résidence à Munster , ville impériale du premier ordre en Westphalie, soumise à la domination de son évêque, mais qui se gouvernait par son propre sénat et ses consuls.

Comme ces deux fanatiques ne manquaient ni l'un ni l’autre des talens nécessaires pour réussir dans leur entreprise , leur audace, une apparence de sainteté, la prétention ouverte d’être inspirés par le Saint-Esprit, de la facilité et de la confiance pour parler en public, tous ces moyens réanis leur firent bientôt des sectateurs. De ce nombre furent Rothman , qui avait d'abord préché le protestantisme à Munster, et Cnipperdoling, citoyen qui avait de Ta naissance et de la considération personnelle. Enhardis par le crédit de ces disciples, ils commencèrent à enseigner publiquement leur opinion; et non contens de cette liberté, îls firent plusieurs tentatives pour se rendre maîtres de la ville afin de donner à leur doctrine le sceau de l'autorité publique. Ils échouèrent dans leur première entreprise ; mais ayant appelé secrètement un grand nombre de leurs associés répandus dans les contrées voisines, ils se saisirent pendant la nuit de l’arsenal et de l'hôtel du sénat, et se mirent à parcourir les rues, armés d’épées nues, poussant des hurlemens horribles et criant alternativement , tantôt : Repentez-vous et soyez baptisés ; tantôt, Retirez -vous , impies ! Les sénateurs , les chanoines, la noblesse, la plus saine partie des citoyens, et catholiques et protestans, effrayés de leurs cris et de leurs menaces, s'enfuirent en désordre et abandonnèrent leur ville à la discrétion de cette multitude frénétique, composée pour la plus grande partie d'étrangers. Corine il ne restait personne en état de les contenii

de leur en imposer, ils tracèrent le plan d'un |

nouveau gouvernement , conforme à leurs extravagantes idées. S'ils parurent d'abord respecter assez l’ancienne constitution pour élire des sénateurs de leur secte et pour établir consuls Cnipperdoling et un autre de leurs prosélytes,

ce ne fut que pour là forme. Toutes leurs démarches étaient dirigées par Mathias, qui, prenant le ton et l'autorité d’un prophète, dictait ses ordres et punissait de mort dans l'instant ceux qui osaient y désobéir. Il commença par exhorter la multitude à piller les églises, et à en détruire les ornemens; il leur enjoignait ensuite de brûler tousles livres, comme. étant inutiles ou impies, et de ne conserver que la Bible; ilconfisqua les biens de ceux qui s'étaient enfuis de la ville et les vendit aux habitans des cantons voisins: il ordonna à chaque habitant d'apporter à ses pieds son or, son argent et tous ses effets précieux ; il déposa ces richesses dans un trésor public, et nomma des diacres chargés de les distribuer pour l’usige commun de tous. Après avoir ainsi établi, parmi les membres de sa république , une parfaite égalité, il leur ordonna de manger ensemble à des tables dressées en public, et alla mème jusqu’à régler les mets qu'on devait servir chaque jour. Dès qu'il eut achevé sa réforme sur ce plan , son premier soin fut de pourvoir à la défense de la ville; et les mesures qu’il prit pour cet effet montraient une prudence qui ne tenait point du fanatisme. Il forma de vastes magasins de toute espèce , répara les anciennes fortifications et y en ajouta de nouvelles, obligeant chaque habitant sans distinction d'y travailler à son tour; il forma de ses disciples de bons soldats et des troupes réglées , et n'épargna rien pour ajouter la vigueur de la discipline à la fougue de l’enthousiasme. Il envoya des émissaires aux anabaptistes des Pays-Bas pour les inviter à se rendre à Munster, qu'il qualifiait du nom de Montagne de Sion, afin d’en sortir ensuite, disait-il, pour aller soumettre à leur puissance toutes les nations de la terre. Il ne se permettait presque aucun repos, et ne négligeait rien de tout ce qui pouvait servir à la sûreté ou à la propagation de sa secte; il donnait à ses disciples l'exemple de ne refuser aucune espèce de travail, et de supporter toutes sortes de peines. \insi l'enthousiasme de ses sectaires exaltés sans cesse par une suite non interrompue d’exhortations, de révélations et de prophéties, les animaît à tout entreprendre et à tout souffrir pour la défense de leurs opinions.

Cependant l’évèque de Munster avait assemblé une armée considérable, et s'avançait pour

, Toutes leurs dé- Mathias, qui, pren prophète , dictait nort dans l'instant Il commença par r les églises, et à leur enjoignait enres, comme, étant le conserver que la le ceux qui s'étaient lit aux habitans des à chaque habitant or, son argent et léposa ces richesses nomma des diacres ur l'usoge commun établi, parmi les une parfaite égalité, semble à des tables nème jusqu’à régler r chaque jour. Dès ur ce plan , son preà la défense de la prit pour cet effet ii ne tenait point du s magasins de toute s fortifications et y geant chaque habivailler à son tour; il ons soldats et des na rien pour ajouter à la fougue de l’enémissaires aux anaur les inviter à se ualifiait du nom de d'en sortir ensuite, tre à leur puissance e. Ï ne se permettait e négligeait rien de à la sûreté ou à la | donnait à ses discier aucune espèce de tes sortes de peines.

sectaires exaltés sans errompue d’exhortaprophéties, les anià tout souffrir pour s.

Munster avait asseme, et s’avançait pour

assiéger la ville. A son approche, Mathias en sortit à la tête de quelques troupes choisies, attaqua un des quartiers de son camp, le força,

L'après l'avoir rempli de carnage, il rentra dans le ville chargé de dépouilles et couvert de gloire.

nivré de ce succès, il parut le lendemain devant le peuple une lance à la main, et déclara qu'à l'exemple de Gédéon , il irait avec une poignée de soldats exterminer l'armée des impies, Trente personnes qu’il nomma le suivirent sans balancer dans cette entreprise extravagante, et allérent se précipiter sur les ennemis avec une rage insensée : ils furent tous mis en pièces sans qu'il en échappât un seul. La mort du prophète jeta la consternation dans le cœur de ses disciples ; mais Bocecid, par les mêmes dons prophétiques et les mêmes artifices qui avaient donné tant de crédit à Mathias, ranima bientôt leur courage et leurs espérances, au point qu'ils le laissèrent prendre le même rang et la même autorité absolue. Mais comme il n'avait pas le courage audacieux qui distinguait son prédécesseur, il se contenta de faire une guerre défensive; et sans hasarder aucune sortie sur l'ennemi, il attendit tranquillement les secours qu'il espérait des Pays-Bas, et dont l’arrivée était souvent prédite et promise par ses prophètes. Mais s’il n'était pas aussi entreprenant que Mathias, il était encore plus fanatique que lui, et d'une ambition plus démesurée. Quelque temps après la mort de son prédécesseur, quand il eut, par des visions mystérieuses et des prophéties équivoques, préparé la multitude à l'attente d'un événement extraordinaire, il se dépouilla, et courut tout nu dans les rues, criant à baute voix : Que le royaume de Sion était proche; que tout ce qui était élevé sur la terre serait abaissé sel que tout ce qui élait abaissé serait élevé.

Pour commencer l'accomplissement de cette prédiction , il fit raser jusqu'aux fondemens les églises, qui étaient les édifices les plus hauts de la ville; il dégrada les sénateurs que Mathias avait choisis, et dépouillant Cnipperdoling du cousulat, la première charge de la république, il le réduisit à la plus vile et à la plus infâme des professions, celle de bourreau, que celui-ci accepta non-seulement sans murmurer, mais avec les marques de la plus grande joie; et tel était l'excès du despotisme et la rigueur de l'administration de ce Boccold , que Cnipperdoling fut

appele presque chaque jour pour exercer quelques-unes des fonctions de son horrible ministére. A la place des sénateurs qu'il avait déposés, il nomma douze juges pour présider à toutes les affaires, à l'imitation des douze tribus d'Israël, retenant pour lui la même autorité dont Moïse jouissait anciennement comme législateur 4e son peuple.

Cependant ce degré de puissance et ces titres n'étaient pas assez pour l'ambition de Boccold; il voulait la souveraineté absolue, et il y parvint. Un prophète, qu'il avait gagné et instruit , assembla un jour le peuple, et déclara que la volonté de Dieu était que Jean Boccold füt roi de Sion, et s’assit sur le trône de David. Jean se prosternant à terre, se résigna humblement à la volonté du ciel, et protesta solennellement qu'elle lui avait déjà été annoncée dans une révélation. Il fut sur-le-champ reconnu roi par cetle multitude crédule ; et dès ce moment il déploya l'appareil et la pompe de la royauté. Hi avait une couronne d’or, et les habits, les plus somptueux. A l’un de ses côtés on portait une Bible, et de l'autre une épée nue. Il ne paraissait jamais en public, sans une garde nombreuse, 11 fit frapper de la monnaie avec son portrait, et créa de grands officiers de sa maison et de son royaume, parmi lesquels Ci pperdoling fut nommé gouverneur de la ville en récompense du dernier acte de son obéissance.

Parvenu au faite du pouvoir, Boccold commença à donner carrière à des passions qu'il avait jusqu'alors contenues, ou qu'il ne satisfaisait qu’en secret. On a remarqué dans tous les temps que les excès de l'enthousiasme accompagnent d'ordinaire le penchant à l'amour , et que le même tempérament porte également à ces deux passions. Boccold chargea des prophètes et des docteurs de haranguer le peuple plusieurs jours de suite, sur la légitimité et la nécessité même d'épouser plus d'une femme; ce qu'ils prétendirent être un des priviléges que Dieu réserve à ses saints. Quand il eut accoutumé les oreilles de la multitude à cette doctrine licencieuse , et enflammé les imaginations par l'attrait d'un libertinage sans frein , il donna le premier l'exemple de ce qu'il appelait la liberté chrétienne, en épousant à la fois trois femmes, dont une était la veuve de Mathias, femme d'une beauté extraordinaire. Comme l'amour de la

li | fl na

beauté et le goût de la variété l'entraînaient sans | cesse, il augmenta par degrés le nombre de ses | femmes jusqu’à quatorze ; mais il! n'y avait que la veuve de Mathias qui eût le titre de reine, et qui partageñt avec lui l'éclat de la royauté. À l'exemple de leur prophète , la multitude s’abandonna sans réserve à la débauche la plus effrénée. Il ne resta pas un seul homme qui se contentit d'une seule femme. On regarda comme un crime de ne pas user de la liberté chrétienne. Il y avait des gens employés à chercher dans les maisons les jeunes filles nubiles, et on les forçait aussitôt à se marier. A la suite de la polygamie, la liberté du divorce qui en est inséparable, s’introduisit et devint une nouvelle source de corruption. Ces insensés se portèrent à tous les excès dont les passions humaines sont capables lorsqu'elles ne sont point réprimées par l'autorité des lois, ou par le sentiment de la pudeur!; enfin l'on vit, par un alliage monstrueux et presque incroyable, la débauche entée sur la religion, et tous les excès du libertinage accompagnés des austérités de la superstition. - Cependant les princes d'Allemagne voyaient avec la plus vive indignation un fanatique obs= eur insulter à leur dignité, en usurpant avec tant d'insolence les honneurs de la souveraineté ; d’ailleurs les débordemens de ces sectaires étaient l'opprobre du christianisme, et révoltaient les hommes de tous les états. Luther, qui, dès l'origine, avait désavoué leur fanatisme , en déplorait alors les progrès ; it écrivit avec antant d’amertume que de solidité contre leurs extravagances , et il exhorta vivement tous les états de l'Allemagne à arrêter le cours d’une manie aussi funeste à la société que fatale à la religion.

1 Prophetæ et concionatorum autoritate juxtà et exemplo totà urbe ad rapiendas pulcherrimas quasque fwminas discursum est. Nec intrà paucos dies, in tantà hominum turbé, feré ulla reperta est suprà annum 14, quæ stuprum passa non fuerit. Lamb. Hortens, p. 303. Fulgd viris q''inasesseuxores, pluribus senas , nonnullis septenas et octonas, Puellas suprà duodecimum ætatis annum stalim amare.

Id. 305. Nemo und contentus fuit, neque cuiquam extrà effœtas et viris immaluras continenti esse licuit.W., 307. Tacebo hic, ut sit suus honor auribus, quantà babarie et malilià usi sint in puellis vitian dis nondum aplis matrimonio , in quod mihi neque ex vano, neque ex vulgi sermonibus haustum est, sed ex ed vetulà , cui cura sic vitiatarum demandata fuit, auditum, 105. Joh. Corvinus, 316.

L'empereur était trop occupé d’autres soins et d’autres projets pour avoir le loisir de donner son attention à un objet si éloigné de lui. Mais les princes de l'empire, assemblés par le roi des Romains, convinrent de fournir un secours d'hommes et d'argent à l'évèque de Munster qui, ne pouvant entretenir assez de troupes pour con tinuer le siége, se bornait à bloquer la ville. Les troupes qui furent levées en conséquence de cette résolution furent mises sous la conduite d'un capitaine expérimenté, lequel s’approcha de Munster vers la fin de l’année 1535 , et pressa le siége plus vivement ; mais il trouva la ville si bien fortifiée et si bien gardée qu'il n’osa hasarder un assaut. Il y avait alors plus de quinze mois que les anabaptistes avaient établi leur domination à Munster , et pendant tout ce temps ils avaient souffert des fatigues excessives, soit à travailler aux fortifications , soit à faire le service militaire. Malgré les soins et l'attention de Boccold pour se procurer tout ce qui était nécessaire à la subsistance des assiégés, malgré son économie frugale et régulière dans la distribution des alimens , ils commençaient à sentir les approches de la famine. Plusieurs petits détachemens de leurs frères, qui venaient des Pays-Bas à leur secours, avaient été enlevés ou taillés en pièces ; ils voyaient toute l'Allemagne prête à se réunir pour les accabler, sans avoir aucun secours à espérer. Mais tel était l’ascendant que Boccold avait sur la multitude, tels sont la force et l'aveuglement du fanatisme, qu’ils étaient toujours pleins de la plus vive confiance dans leur cause et dans leur zèle; ils ajoutaient foi, avec la plus crédule simplicité , aux visions et prédictions de leurs prophètes, qui les assuraient que le Tout-Puissant étendrait bientôt son bras pour délivrer leur ville, Il s’en trouva pourtant quelques-uns dont la foi, violemment ébranlée par la rigueur et la longue durée de leurs souffrances, commençait à chanceler ; mais dès qu'ils furent soupçonnés d’avoir l'intention de se ren dre à l'ennemi, ils furent punis de mort sur-le champ, comme coupables d'impiété en se défiant de la puissance de Dieu. Une des femmes du roi laissa échapper quelques mots qui annonçaient des doutes sur la divinité de sa mission; cet imposteur audacieux les fit toutes assembler sur-lechamp, et ayant ordonné à la blasphématrice, c'était le nom qu'il lui donna, de se mettreà

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