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e loisir de donner igné de lui. Mais blés par le roi des urnir un secours ue de Munster qui,
: troupes pour con loquer la ville. Les n conséquence de s sous la conduite lequel s’approcha ée 1535 , et pressa il trouva la ville si qu’il n’osa hasarder us de quinze mois t établi leur domit tout ce temps ils s excessives, soit à soit à faire le sersoins et J’attention rtout ce qui était es assiégés, malgré ilière dans la distriençaient à sentir les jeurs petits détachenaient des Pays-Bas nlevés ou taillés en \llemagne prète à se ans avoir aucun setait l’ascendant que le, tels sont la force isme, qu'ils étaient vive confiance dans ; ils ajoutaient foi, cité , aux visions et es, qui les assuraient ‘ait bientôt son bras en trouva pourtant violemment ébranlée durée de leurs soufceler ; mais dès qu'ils ’intention de se ren unis de mort sur-lc 'impiété en se défiant re des femmes du roi aots qui annonçaient e sa mission; cet imites assembler sur-leà la blasphématrice, nna, de se mettreà
Les autres femmes, loin de marquer aucun sentiment d'horreur à la vue de cette barbarie, prirent Boccold par la main, et dansèrent en rond avec une joie frénétique autour du corps sanglant de leur compagne.
et avait réduit les assiégés aux plus cruelles extrémités; mais ils aimaient mieux souffrir des maux horribles, dont le seul récit affligerait
l'humanité, que d'accepter les conditions de la :
capitulation que leur offrait l'évêque. Enfin un
déserteur qu'ils avaient pris à leur service trouva |
le moyen de s'évader de la ille; et soit que l'ivresse du fanatisme se fût dissipée, soit qu'il
genoux , il lui trancha la tète de sa propre main. |
n’eût pu résister plus long-temps à ses souf- |
frances , il passa chez les assiégés. Il fit connaître au général ennemi un côté faible qu'il avait re-
marqué dans les fortifications , l'assura que les |
assiégés, épuisés de fatigue et de faim, le gar- | daient avec peu de toin, et offrit d'y conduire un détachement pendant la nuit. On accepta sa proposition, et on lui donna un corps de meilleures troupes. Tout réussit comme il l'avait promis. Le détachement escalada les murs sans être aperçu, se saisit d'une des portes, et introduisit le reste de l’armée. Les anabaptistes, quoique surpris, se défendirent dans la place | du marché avec tout le courage qu'inspire le | désespoir; mais accablés par le nombre, et en- | veloppés de toutes parts, la plupart d’entre eux ! furent tués sur la place ; les autres furent faits prisonniers, et de ce nombre furent le roi et | Cnipperdoling. Boccold, chargé de chaînes et conduit de ville en ville, fut donné en spectacle | à la curiosité du peuple et exposé à toutes sortes d'outrages. Cette étrange révolution dans sa destinée ne parut ni l'humilier ni l'abattre : il | demeura attaché aux maximes de sa secte avec une fermeté inébranlable ; ensuite conduit à | Munster, le théâtre de sa grandeur et de ses crimes , il ÿ fut mis à mort après les tourmens | les pius longs et les plus recherchés , qu'il souffrit avec.un courage héroïque, Cet homme extraordinaire , qui avait eu l'art d'acquérir un empire si absolu sur les âmes de ses sectateurs et de faire une révolution si dangereuse pour la société , avait à peine vingt-six ans !,
"Sleid,, p. 190, etc. Tumulluum anabaptistarum liberunus. Ant, Lamberto Hortentio autore ap: |
Le royaume des anabaptistes finit avec la vie de leur roi; mais leurs principes avaient jeté de profondes racines dans les Pays-Bas, et certe secte y subsiste encore sous le nom de mennoniles. Par un changement bien étrange, cette
| secte, qui fut si factieuse et si sanguinaire à sa La famine augmentait cependant toujours, |
naissance, est devenue singulièrement innocente et pacifique. Ces mennonites regardent comme un crime de faire la guerre et d’exercer les emplois civils ; ils se dévouent entièrement aux devoirs de simples citoyens, et par leur industrie
et leur charité ! ils semblent vouloir faire à la
société une sorte de réparation des violences commises par leurs fondateurs. Quelques-uns se sont établis en Angleterre, et y ont conservé les maximes anciennes de la secte sur le baptème, mais sans aucun mélange dangereux de fanatisme.
Quoique la révolte des anabaptistes eût attiré l'attention générale, elle n’occupa cependant pas assez les princes d'Allemagne pour les empêcher de songer à leurs intérêts politiques. L'alliance secrète qui s'était formée entre le roi de France et les eonfédérés de Smalkalde, commença vers ce temps à produire de grands effets. Ulric, duc de Vittemberg , ayant été chassé de ses états en 1519, par ses propres sujets, révoltés des violences et de l'oppression qu'il exerçait sur eux, la maison d'Autriche avait pris possession de ce duché. Ce prince , après avoir expié par un long exil des fautes qui étaient plutôt l'effet de son inexpérience que d'un caractère tyrannique , était devenu à la fin l'objet de la compassion générale. Le landgrave de Hesse, en particulier, son proche parent, embrassa avec la plus grande vivacité ses intérêts , et fit plusieurs efforts pour lui faire rendre l'héritage de ses pères: mais le roi des Romains refusa constamment de se dessaisir d’une riche province, dont l'acquisition avait si peu coûté à sa famille. Le landgrave, trop faible pour reprendre le Vittemberg par la force des armes, s'adressa au roi de France son nouvel allié. François, qui ne cherchait que l’occasion d’embarrasser la maison d'Autriche, et qui avait un grand désir de lui ôter un terri. Scardium , vol. 11, p. 298, etc. De miserabili monasteriensium obsidione, etc. Libellus Anton. Corvini ap, Scard., 313. Anales Anabaplistici à Joh. Henrico Oltio , in-4°. Basileæ 1672. Gor. Heersbachius, AÆist. Anab., édit. 1637, p. 140.
! Bayle, Dictionn., a. Anabaptistes,
on
toire qui, en lui donnaat de l'influence dans une partie de l’Allemagne très éloignée de ses autres états, la mettait à portée d’y dominer, encouragea le landgrave à prendre les armes, et Jui fournit en secret une somme considérable. Le landgrave ayant levé des troupes, marcha
en diligence à Vittemberg, attaqua, défit et | | convaincu qu'il s'élèverait toujours assez de
dispersa un corps considérable d’Autrichiens qui gardaient ce pays. Tous les sujets du duc reçurent à l'envi leur prince naturel, et lui rendirent avec joie l'autorité souveraine dont jouissent encore aujourd'hui ses descendans. L'exercice de la religion protestante fut en même temps établi dans ses états !.
Quelque sensible que fût Ferdinand à ce coup imprévu, il n'osa attaquer un prince que tout le parti protestant d’Aliemagne se disposait à soutenir, et il jugea qu'il était plus prudent de conclure un traité par lequel il reconnût, de la manière la plus solennelle, les droits d'Ulric au duché de Vittemberg. Ferdinand, convaincu , par le succès des opérations du landgrave en faveur du duc de Vittemberg, qu’il fallait éviter avec le plus grand soin toute rupture avec ur ligue aussi formidable que celle de Smalkalde, entra aussi en négociation avec l'électeur de Saxe qui en était le chef; et moyennant quelques concessions en faveur de la religion protestante, il vint à bout de se faire reconnaitre roi des Romains par l'électeur et les confédérés. Mais pour prévenir dans la suite une élection aussi précipitée et aussi irrégulière que l'avait été celle de Ferdinand, il fut convenu que personne désormais ne serait élevé à cette dignité que du consentement unanime des électeurs , article qui fut peu de temps après confirmé par l'empereur ?.
Cette indulgence pour les protestans et l'étroite liaison que le roi des Romains commençait à former avec les princes de ce parti déplurent beaucoup à la cour de Rome. Paul If n'avait pas adopté la résolution où était son prédécesseur de ne jamais consentir à la eonvocation d’un concile général ; il avait même promis, dans le premier consistoire qui suivit son élection, de eonvoquer cette assemblée que désirait toute la chrétienté; mais il était aussi irrité que Clément des innovations qui se faisaient dans l'Allemagne, et il n’était pas moins éloigné
1 Sleid., p. 172. Du Bellay, p. 159, etc.
Sleid,, 1737, Corps diplom., tom. IV, p. 2, 119.
d'approuver aucun plan pour réformer la doctrine de l’église et les abus de la cour de Rome. Seulement, comme il avait été témoin du biâme universel que Clément s'était attiré par son obstination sur l'assemblée d'un concile, il espérait échapper au même reproche en affectant de la proposer lui-même avec empressement, bien
difficultés sur le temps et le lieu de cette assemblée, sur les personnes qui auraient droit d'y assister, et sur la forme dans laquelle on devait y procéder, pour frustrer l'intention de ceux qui demandaient ce concile, sans s'exposer lui même aux reproches qu’ils ne manqueraient pas de lui faire, s’il refusait d'y consentir. Plein de cette confiance, il députa des nonces aux différentes cours, pour leur faire part de ses intentions et leur annoncer qu’il avait choisi Mantoue comme le lieu le plus propre à la tenue du concile. Les difficultés que le pape avait prévues se présentérent en foule. Le roi de France désapprouva le choix que le pape avait fait, sous prétexte que le pape et l’empereur auraient trop d'autorité dans une ville située dans cette partie de l'Italie. Le roi d'Angleterre se réunit à François et fit la même objection ; if déclara de plus qu’il ne reconnaîtrait aucun concile convoqué au nom et par l'autorité du pape. Les protestans d'Allemagne, assemblés à Smalkalde, insistèrent sur leur première proposition, et demandèrent que le concile se tint en Allemagne :
ils s'autorisaient de la promesse que leur avait faite l'empereur , et de la résolution qui en avait été faite à la diète de Ratisbonne, et ils déclarérent qu’ils ne regarderaient point l'assemblée de Mantoue comme un concile légal tenu en pleine liberté et représentant véritablement l’église. Cette diversité de sentimens et d'intérêts ouvrit un champ si vaste aux intrigues et aux négociations, qu'il fut aisé au pape de se faire un mérite de son feint empressement à assembler ce concile, dont il mettait tous ses soins à éloigner la convocation. Les protestans, d'un autre côté, soupçonnant ses desseins et connaissant la force que leur donnait leur union, renouvelèrent pour dix ans la ligue de Smalkalde, que l'accession de plusieurs nouveaux membres rendit encore plus puissante et plus formidable !.
? Cette ligue fut conclue au mois de décembre de Y'année 1535; mais elle ne fut signée en forme qu'au mois de
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ar réformer la doce la cour de Rome.
té témoin du piâme t attiré par son obn concile, il espérait en affectant de la mpressement, bien toujours assez de lieu de cette assemuraient droit d'y aslaquelle on devait y tention de ceux qui sans s’exposer lui 1e manqueraient pas consentir. Plein de es nonces aux différe part de ses intenvait choisi Mantoue e à la tenue du conape avait prévues se oi de France désapavait fait, sous préereur auraient trop née dans cette partie re se réunit à Fran- 1; il déclara de plus concile convoqué au ape. Les protestans Smalkalde, insistéposition, et demantint en Allemagne :
nesse que leur avait ‘solution qui en avait bonne, et ils déclant point l'assemblée pncile légal tenu en nt véritablement l’éntimens et d'intérêts aux intrigues et aux au pape de se faire pressement à assem- (tait tous ses soins à Les protestans, d'un s desseins et connaisnait leur union, re- \ ligue de Smalkalde, s nouveaux membres e et plus formidable !,
ois de décembre de l'ane en forme qu'au mois de
Ce fut à cette époque que l’empereur entreprit sa fameuse expédition contre les pirates d'Afrique. Ea partie du continent d’Afrique qui borde les côtes de la Méditerranée, et qui formait anciennement les royaumes de Mauritanie et de Massylie , et la république de Carthage, est connue aujourd’hui . sus le nom général de Barbarie. Ce pays avait subi plusieurs révolutions : subjugué par les Romains , il fut d’abord une province de leur empire ; il fut ensuite conquis par les Vandales, qui y fondèrent un royaume. Bélisaire l'ayant détruit, toute cette contrée demeura sous la domination des empereurs grecs jusqu’à la fin du septième siècle : elle fut alors envahie par les Arabes, dont les armes ne trouvaient de résistance nulle part, et pendant quelque temps elle fit partie du vaste
empire que gouvernèrent les califes. L’éloigne-
ment du centre de l'empire encouragea dans la suite les descendans des guerriers qui avaient anciennement subjugué ce pays , ou des chefs des Maures ses anciens habitans, à secouer le joug et à se rendre indépendans. Les califes, dont l'autorité n’était fondée que sur un respeet de fanatisme, plus propre à favoriser les conquêtes qu’à les conserver, furent obligés de fermer les yeux sur ces révoltes, qu'ils n'étaient pas en état de réprimer ; et la Barbarie fut divisée en plusieurs royaumes , dont les plus considérables furent Maroc, Alger et Tunis. Les habitans de ces royaumes étaient un mélange de familles arabes , de races nègres des provinces méridionales, et de Maures nés en Afrique ou chassés de l'Espagne, tous sectateurs zélés de la religion mahométane, et animés contre les chrétiens d’une haine superstitieuse digne de leur ignorance et de leurs mœurs barbares.
Chez ce peuple , non moins hardi, inconstant et perfide que l’étaient, si l’on en croit les historiens romains , les anciens habitans du même pays , les séditions furent fréquentes ; le gouseptembre de l’année suivante. Les princes qui y accédèrent, étaient Jean, électeur de Saxe: Ernest, duc de Brunswick; Philippe, landgrave de Hesse: Ulric, duc de Vittemberg ; Barnin et Philippe, ducs de Poméranie; Jean George et Joachim, princes d'Anhalt ; Gerhard et Albert, comtes de Mansfeld ; Guillaume, comte de Nassau; les villes étaient Strasbourg, Nuremberg, Constance, Um, Magdebourg, Brême, Reutlingue, Hailbron , Memmingen, Landau, Campen, lsne, Bibrac, Vindshein , Augsbourÿ, Francfort, Esling, Brunswick, Goslar, Hanovre, Gottingue, Eimbeck, Hambourg, Minden.
vernement passa par un grand nombre de révolutions successives ; mais comme elles étaient renfermées dans l'intérieur d’un pays barbare, elles sont peu connues, et méritent peu de l'être. Cependant, vers le commencement du seizième siècle, il s’y fit une révolution qui rendit les états barbaresques redoutables aux Européens , et leur histoire plus digne d’attention. Les auteurs de cette révolution étaient des hommes qui par leur naissance ne paraissaient pas destinés à jouer un grand rôle. Horuc et Chairadin , tous deux fils d’un potier de l'ile de Lesbos , entraînés par l'impulsion d’un caractère inquiet et entreprenant, abandonnèrent la profession de leur père, coururent la mer et se joignirent à une troupe de pirates. Ils se distinguërent bientôt par leur valeur et leur activité, et s'étant emparés d’un petit brigantin , ils continuèrent ce vil métier avec tant d’habileté et de succès , qu'ils rassemblèrent une flotte, composée de douze galères et de plusieurs autres vaisseaux moins considérables. Horuc , qui était l'aîné, et qu'on appela Barberousse , à cause de la couleur de sa barbe, fut l'amiral de cette flotte ; Chairadin était son second, mais il avait à peu près la même autorité. Ils se donnèrent le titre d'amis de la mer, et d’ennemis de tous ceux qui voguaient sur ses eaux. La terreur de leurs noms se répandit bientôt depuis le détroit des Dardanelles jusqu’à celui deGibraltar. Leurs projets d’ambition s'étendirent à mesure que leur puissance et leur renommée s'accroissaient ; et ils effacèrent l'E “amie de leurs brigandages par des talens et des vues dignes de tonquérans. Ils conduisaient souvent dans les ports de Barbarie les prises qu'ils avaient faites sur les côtes d'Italie et d'Espagne; et comme ils enrichissaient les habitans de ces ports par la vente de leur butin et par les extravagantes profusions de leurs matelots, ils étaient bien reçus dans tous les lieux où ils abordaient.. La situation avantageuse de ces ports, voisins des grands états de la chrétienté qui faisaient alors le commerce, inspira aux deux frères l’idée de faire un établissement dans ce pays. L'occasion d’exécuter leur projet se présenta bientôt, et ils ne la laissèrent pas échapper. Eutemi, roi d'Alger, qui avait plusieurs fois tenté sans succès de s'emparer d'un fort que les gouverneurs espagnols d'Oran avaient bâti assez près de cette
capitale , fut assez imprudent pour implorer le secours de Barberousse, dont les Africains regardaient la valeur comme invincible. Le corsaire actif reçut avec joie cette invitation, et laissant à son frère Chairadin le commandement de la flotte, il marcha à la tête de cinq mille hommes à Alger, où il fut reçu comme un libérateur. Une troupe si considérable le rendait le maître de la ville; ayant observé que les Maures ne le soupçonnaient d'aucun mauvais dessein , et que d’ailleurs ils étaient hors d'état, avec leurs troupes armées à la légère, de résister à de vieux soldats aguerris, il assassina secrètement le prince qui l’avait appelé à son secours, et se fit proclamer roi d’Alger à sa place. Après avoir usurpé l'autorité par ce meurtre audacieux, il chercha à la maintenir par une conduite assortie au génie du peuple qu'il avait à gouverner. Libéral à l'excès pour tous ceux qui se
déclaraient les partisans de son usurpation , il exerçait une cruauté sans bornes contre ceux
dont il avait lieu de craindre les dispositions. Non content du trône qu’il avait conquis, Horuc attaqua le roi de Tremisen , son voisin, et l'ayant vaincu dans une bataille, il joignit ses états à ceux d'Alger. Il continuait en même temps d’infester les côtes d'Espagne et d'Italie, avec des flottes qui ressemblaient ‘plus aux armemens d'un grand monarque qu'aux petites escadres d’un corsaire. Les déprédations de ces brigands déterminérent Charles, dès le commencement de son règne, à envoyer au marquis de Comares, gouverneur d'Oran , un nombre de troupes suffisant pour attaquer Horuc. Cet officier , secondé par le roi détrôné de Tremisen, exécuta sa commission avec tant de vigueur et d’habileté, que les troupes de Barberousse furent battues en plusieurs rencontres, et qu'il se trouva lui-même enfermé dans Treraisen, Avrès s'y être défendu jusqu’à la dernière extrémité, il fut surpris dans le moment qu'il cherchait à s'échapper, et il périt en combattant avec une valeur opiniâtre, digne de ses exploits et de sa renommée.
Chairadin, connu de même sousle nom de Barberousse, prit le sceptre d'Alger avec la
cupation, il régla avec une prudence admirable la police intérieure de son royaume, continua ses expéditions maritimes avec la plus grande vigueur, et étendit ses conquêtes dans le continent de l'Afrique. Mais voyant que les Maures et les Arabes ne se soumettaient à son gouver nement qu'avec la plus grande répugnance, el craignant que ses pirateries continuelles n’attirassent un jour sur lui les armes des chrétiens, il mit ses états sous la protection du grand-seigneur , qui lui donna un corps de soldats tures assez considérable pour le mettre en sûreté contre les révoltes de ses ennemis domestiques, et contre les attaques des étrangers. A la fin, fa renommée de ses exploits croissant de jour en jour , Soliman lui offrit le commandement de {a flotte turque, comme au seul homme qui, par sa valeur et son expérience maritime, méritât d'être opposé à André Doria, le plus grand homme de mer de son siècle, Fier de cette distinction , Barberousse se rend à Constantinople: soncaractère souple sut si bien mêler l'adresse du courtisan à l'audace du corsaire, qu’il gagna l’entière confiance du sultan et de son visir. Il leur fit part d’un plan qu'il avait formé pour se rendre maitre de Tunis, qui était alors le royaume le plus flerissant de la côte d'Afrique ; le sultan et son visir approuvèrent son projet, et ne lui refusèrent rien de ce qu’il demanda pour l'exécuter. ‘ Il fondait les espérances du succès de cette entreprise sur les divisions intestines qui déchiraient le royaume de Tunis. Mahmed, le dernier roi de cet état , avait eu, de plusieurs femmes différentes, trente-quatre enfans, parmi lesquels il avait pour son successeur Muley-Assan, le plus jeune de tous. Ce prince faible ne devait point cette préférence à son mérite, mais à l’ascendant que sa mère avait pris sur l'esprit affaibli du
| vieux monarque; il commença par empoisonner : Mahmed son père, afin de prévenir un chan-
même ambition et les mêmes talens, et fut plus :
heureux que son frère aîné. Son règne n'étant noint troublé par les armes des Espagnols, à qui les guerres d'Europe donnaient assez d'ot-
gement de résolution. Ensuite, suivant cette politique barbare en usage dans tous les pays où la polygamie est permise sans que l'ordre de la succession soit bien marqué, il mit à mort tous ceux deses frères qui tombèrent entre sesmains. Alraschila, un des aînés, eut le bonheur d’échapper à sa rage, et trouva une retraite chez les Arabes errans. Aidé de quelques-uns de leurs chefs, il fit plusieurs tentatives pour recouvrer
Ei.
rudence admirable
oyaume, continua
vec la plus grande
uêtes dans le con-
ant que les Maures
ient à son gouver -
de répugnance , el continuelles n’attimes des chrétiens,
tion du grand-seips de soldats turcs ttre en sûreté conis domestiques, et ngers. À la fin, fa oissant de jour en mmandement de {a il homme qui, par maritime, méritât a, le plus grand . Fier de cette dis- 1 à Constantinople:
n mêler l'adresse du re, qu'il gagna l’enle son visir. Il leur formé pour se renit alors le royaume l'Afrique ; le sultan n projet, et ne lui lemanda pour l'exé-
1 succès de cette enntestines qui déchi- Mahmed, le dernier usieurs femmes difns, parmi lesquels luley-Assan, le plus ble ne devait point e, mais à l’ascendant l'esprit affaibli du Ça par empoisonner prévenir un chanuite, suivant cette dans tous les pays sans que l'ordre de lé, il mit à mort tous rent entre ses mains.
le bonheur d’échap- 1e retraite chez les elques-uns de leurs
tives pour recouvrer
11535; le trône , qui 1ui appartenait de droit; mais au- ; frère de fuir avec précipitation, sans avoir même
cune ne réussit : les Arabes, par une suite de leur inconstance naturelle, étaient même prêts à le livrer à son impitoyable frère, lorsqu'il s'enfuit à Alger, le seul asile qui lui restât. Là, il implora la protection de Barberousse, qui, voyant d'un coupd'æil tous les avantages qu'il pourrait retirer pour lui-même en soutenant les droits de ce malheureux prince , le reçut avec toutes sortes de démonstrations d'amitié et de respect. Comme Barberousse était alors sur le point de partir pour Constantinople, il persuada aisément à Alraschild de l'y accompagner, en lui promettant les plus grands secours de la part de Soliman, qu'il lui peignit comme le plus généreux et le plus puissant monarque de l'univers. Alraschild , séduit par l'espoir d’une couronne, était disposé à tout croire et à tout entreprendre pour l'obtenir. Mais à peine furent-ils arrivés à Constantinople, que le perfide corsaire donna au sultan l'idée de conquérir Tunis, et d’annexer ce royaume à son empire, en profitant du nom du prince détrôné, et des dispositions du parti qui était prêt à se déclarer en sa faveur. Soliman se prêta trop facilement à cette perfidie, bien digne du caractère de son auteur, mais indigne de celui d’un grand monarque. Le suitan eut bientôt assemblé une armée nombreuse et équipé une flotte considérable ; le trop crédule Alraschild , en voyant ces grands prépara-
tifs, se flattait déjà d'entrer bientôt triomphant ! d'impunité ses déprédations et ses violences.
dans sa capitale.
Mais au moment où ce prince infortuné allait s'embarquer, il fut arrêté par l'ordre du sultan
et enfermé dans le sérail : on n’en a jamais en- |
tendu parler depuis. Barberousse fit voile vers ! sur lui : c'était au prince le plus puissant et le
l'Afrique avec une flotte de deux cent cinquante
et répandu la terreur dans toutes les parties de ! son côté, Muley-Assan , chassé de Tunis, et ne
cette contrée, il parut devant Tunis. En débar- : quant ses troupes, il annonça qu'il venait sou- : frique qui eût la volonté ou le pouvoir de l'aider tenir les droits d’Alraschild, qu'il disait avoir |
laissé malade à bord de la galère amirale. 11 fut bientôt maître du fort de la Geulette, qui commande la baie, et dont il s’empara en partie
par son adresse, en partie par la trahison du :
commandant. Les habitans de Tunis, dégoôtés
du gouvernement de Muley-Assan, prirent les |! armes et se déclarèrent pour Alraschi!d avec un !
aile si vif et si universel, qu'ilsobligèrent son
le temps d’emporter ses trésors. Les portes furent aussitôt ouvertes à Barberousse, comme au restaurateur de leur souverain légitime; mais quand on vit qu’Alraschild ne paraissait point , et qu’au lieu de son nom, celui de Soliman seul retentissait au milieu des acclamations des soldats turcs, le peuple de Tunis commença à soupçonner la trahison du corsaire. Leurs soupçons s'étant bientôt changés en certitude, ils coururent aux armes avec la plus grande furie, et environnèrent la citadelle où Barberousse avait conduit ses troupes; mais cet habile brigand avait prévu cetterévolution et s'y était préparé: il fit aussitôt pointer contre eux l'artillerie des remparts, et par une vive canonnade, accompa- , gnée des décharges de la mousqueterie, il dispersa les assaillans, qui étaient en grand nombre, mais sans chef et sans ordre , et les forca à reconnaître Soliman pour leur souverain et lui pour vice-roi.
Son premier soin fut de mettre le royaume dont il venait de s’emparer en état de défense. Il fit faire à grands frais des fortifications régulières au fort de la Goulette, qui devint l'abri principal de sa flotte , et son grand arsenal de mer et de guerre. Maître d'une si grande étendue de pays, il continua d'exercer ses brigandages contre les états chrétiens, et il se trouva en état de porter encore plus loin et avec plus
: L'empereur recevait chaque jour de ses sujets
d'Espagne et d'Italie des plaintes sur les outrages continuels que commettaient ies vaisseaux de ce pirate. Toute la chrétienté jetait les yeux
| plus heureux qui régnât alors à mettre fin à ce vaisseaux : après avoirravagé les côtes de l'Italie, !
genre d'oppression si odieux et si nouveau, De trouvant aucun des princes mahométans d’A-
à reconquérir son trône, s’adressa à Charles, comme à la seule puissance qui pôt défendre ses droits contre un usurpateur si formidable. L'empereur, également jaloux de délivrer ses états d'un voisin aussi dangereux que Barberousse, et de paraître le protecteur d’un prince malheureux , voulait aussi recueillir la gloire qu’on attachait alors à toute expédition contre les mahométans : il conclut aussitôt un traité avec i5
Muley-Assan, et se disposa à faire une descente à Tunis. Depuis l'essai qu'il avait fait de ses talens pour la guerre dans la dernière campagne de Hongrie, il était devenu si avide de réputation militaire qu'il résolut de commander ses troupes en personne. Il rassembla toutes les forces réunies de ses états pour une entreprise où il allait exposer sa gloire, et qui fixait l'attention de toute l'Europe. Une flotte flamande amena des Pays-Bas un corps d'infanterie allemande ! : les galères de Naples et de Sicile prirent sur leur bord les bandes espagnoles et italiennes composées de vieux soldats qui s'étaient distingués par tant de victoires remportées sur les Français. L'empereur s'embarqua à Barcelone avec l'élite de la noblesse espagnole que joignit un détachement considérable venu du Portugal, sous la conduite de l'infant don Louis, frère de Charles. André Doria fit voile avec ses galères les mieux équipées de tous les vaisseaux de l'Europe, et commandées par les plus habiles officiers. Le pape fournit tous les secours qui furent en son pouvoir pour concourir au succès de cette pieuse entreprise; et l’ordre de Malte, éternel ennemi des infidèles, équipa aussi une flotte peu considérable, mais formidable par la valeur des chevaliers qu’elle portait. Le port de Cagliari, en Sardaigne, fut le rendez-vous général. Doria fut nommé grand-amiral de la flotte; et le commandement en chef des forces de terre fut donné au marquis du Guast.
Cette flotte, composée de près de cinq cents navires, à bord desquels étaient plus de trente mille hommes de troupes réglées, partit de Cagliari le 16 juillet, et après une heureuse navigation prit terre à la vue de Tunis. Barberousse, qui avait été informé de bonne heure de l'armement immense que faisait l'empereur, etqui en avait aisément démélé l’objet, s'était préparé avec autant de prudence que de vigueur à bien défendre sa nouvelle conquête. Il rappela ses corsaires de tous les lieux où ils croisaient; il fit venir d'Alger toutes les troupes qu'il put en retirer sans dégarnir cette ville; ilenvoya des messagers à tous les princes d'Afrique, maures et arabes, à qui il peignit Muley-Assan comme un infâme apostat, qui, excité par l'ambition et le désir dela vengeance, s'était rendu le vassal d’un
1 Hardi, Annales Brabant., vol. 1, p. 599,
prince chrétien avec qui il se joignait pour détruire la religion de Mahomet ; il sut avec tant d'art enflammer le zèle de ces princes ignorans et superstitieux qu'ils prirent les armes comme pour défendre une cause commune, Vingt mille chevaux avec un corps rombreux d'infanteri@ s'assemblèrent à Tunis; et Barberousse, en leuf distribuant à propos des présens, entretenait leur ardeur et l'empèchait de se refroidir. Mais il connaissait trop bien l'ennemi à qui il avait affaire pour espérer que des troupes légères pussent tenir contre la cavalerie pesamment armée et la vieille infanterie de l'armée impériale : sa principale confiance était dans le fort de la Goulette et dans son corps de soldats turcs qui étaient armés et disciplinés à la manière curopéenne. Il jeta dans le fort six mille de ces Turcs sous le commandement de Sinan, renégat juif, le plus brave et le plus expérimenté de tous ses pirates. Le fort fut aussitôt investi par l’empereur, Comme ce prince était maître de la mer, son camp était pourvu de toutes les denrées nécessaires , et même de toutes les commodités de la vie en si grande abondance, que Muley-Assan, qui n’était pas accoutumé à voir faire la guerre avec tant d'ordre et de luxe, ne pouvait se lasser d'admirer la puissance de l’empereur. Ses troupes, animées par sa présence , et se faisant un mérite de verser leur sang pour une cause si sainte, se disputaient à l’envi tous les postes où il y avait de l'honneur et du péril. Il ordonna trois attaques distinctes, et en chargea séparément les Allemands, les Espagnols et lesltaliens, qui les poussèrent avec toute l'ardeur qu’inspire l'émulation nationale. Sinan déploya de son côté une fermeté et une habileté qui justifièrent la confiance dont son maître l'avait honoré : la garnison supporta avec le plus grand courage la fatigue d’un service pénible et continu ; mais malgré les fréquentes sorties qui interrompaient les travaux des assiégeans, malgré les alarmes que les Maures et les Arabes donnaient au camp de l'empereur par leurs incursions continuelles, les brèches devinrent si considérables du côté de la terre, tandis que la flotte battait avec la même viguour et lemême succès les fortifications construites du côté de la mer, que la place fut emportée dans un assaut général. Sinan, après la résistance la plus opiniâtre , se retira avec les : débris de sa garnison vers la ville, en traversant
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Goul de B.
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ignait pour déil sut avec tant rinces ignorans s armes comme ane, Vingt mille eux d'infanteri@ erousse, en leuf ens, entretenait : refroidir. Mais ni à qui il avait troupes légères > pesamment arrmée impériale :
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les bas-fonds de la baie. La prise du fort de la | Goulette rendit l'empereur maître de la flotte de Barberousse, composée de dix-huit galères et galiotes, ainsi que de son arsenal et de trois cents canons, la plupart de fonte, qui étaient placés sur les remparts; un tel nombre de canons était étonnant pour ce temps-là , et prouve également l'importance de ce fort et la puissance de Barberousse. L'empereur entra dans la Goulette par la brèche, et se tournant vers Muley- Assan: Voici, lui dit-il, re porte ouverte par laquelle vous rentrerez dans vos ciats.
Barberousse sentit toute l'étendue de la perte qu'il venait de faire ; mais loin de se décourager, il n’en fut pas moins déterminé à bien défendre Tunis. L’enceinte de cette ville était trop vaste et les murs étaient en trop mauvais état pour qu'il pût espérer de la défendre avec avantage ; comme d’ailleurs il ne pouvait compter sur la fidélité des habitans, ni espérer que les Maures et les Arabes soutinssent les travaux et les fatigues d’un siége, il prit ! la résolution hardie de s’avancer vers le camp des ennemis à la tête de son armée, qui montait à cinquante mille hommes, et d'abandonner la destinée de son royaume au sort d’une bataille. I fit part de son dessein à ses principaux officiers : en leur représentant le danger de laisser dans la citadelle dix mille esclaves chrétiens qu’il y avait enfermés, et qui pourraient fort bien se révolter pendant l'absence de ses troupes, il leur proposa, comme une précaution nécessaire à la sûreté commune, de massacrer sans miséricorde ces esclaves avant de se mettre en marche. Les officiers applaudirent avec joie au dessein qu'il avait de hasarder une bataille; mais quoique leur métier de pirates les eût familiarisés avec toutes les scènes de carnage et de barbarie , l’affreuse proposition d'égorger dix mille hommes à la fois leur fit horreur; et Barberousse, plutôt par la crainte de les irriter que par aucun sentiment d’humanité, consentit à laisser la vie aux esclaves. Pendant ce temps-là, l'empereur commençait à s’avancer vers Tunis , et quoique ses troupes souffrissent des fatigues incroyables en marchant sur les sables brülans qu'il leur fallait traverser, sans trouver d’eau et sous le poids d’un soleil brülant, elles se trouvèrent bientôt à portée de l'ennemi. Les Maures et les Arabes, enhardis
1 Ruscelli, Lettere dei principi, p. 119. etc.
par la supériorité de leur nombre, attaquèrent les troupes impériales dès qu’elles parurent, et se précipitérent sur elles avec de grands cris; mais leur impétuosité sans discipline ne put tenir un seul instant contre le choc soutenu de ces troupes réglées ; et malgré la présence d'esprit de Barberousse et tous les efforts qu'il fit pour les rallier, malgré l'exemple qu'il leur donnait en s’exposant aux plus grands périls , la déroute fut si générale qu'il se trouva entraîné luimême dans la fuite de ses soldats vers la ville. Il la trouva dans la plus grande confusion : une partie des habitans en sortaient avec leurs familles et leurs effets; d’autres étaient prêts à en ouvrir les portes au vainqueur; les soldats tures se disposaient à la retraite, et les esclaves chrétiens étaient déjà maîtres de la citadelle, qui dans ce désastre eût pu lui servir d'asile. Ces malheureux captifs, animés par le désespoir , avaient profité de l'absence de Barberousse , comme il l'avait bien prévu : dès qu’ils sentirent que son armée était éloignée de la ville, ils corrompirent deux de leurs gardes, brisèrent leurs fers, et forçant leurs prisons, ils repoussèrent la garnison turque et tournérent l'artillerie du fort contre leurs tyrans. Barberousse, furieux et désespéré, s'enfuit avec précipitation à Bona, reprochant à ses officiers leur fausse compassion, et se reprochant à lui-même la faiblesse qu'il avait eue de céder à leur avis.
Cependant Charles, satisfait d’une victoire aisée, qui ne lui avait presque pas coûté de sang, s'avançait vers Tunis lentement et av : toutes les précautions nécessaires dans un pays ennemi. Il ne connaissait pas encore toute sa bonne fortune, Un courrier, député par les esclaves révoltés, vint lui apprendre le succès de leurs nobles efforts et la nouvelle de leur liberté; en même temps arrivèrent des députés de la ville qui lui en présentèrent, les clefs, et implorèrent sa protection pour les préserver des insultes de son armée. Tandis qu'ils’ occupait des moyens de prévenir le désordreetle pillage, ses soldats , qui craignaient d’être frustrés du butin qu'ils s'étaient promi: . fondirent soudain et sans aucun ordre dans l: ville, et commencèrent à tuer et à piller sans aucun ménagement. Il était trop tard alors pour songer à réprimer leur cruauté , leur avarice et leur licence. Tunis fut en proie à tous les outrages que le soldat est capable de
commettre dans une ville prise d'assaut, et à tous les excès où peuvent porter les passions, quand elles sont irritées par le mépris et la haine qu'inspire la différence de mœurs et de religion. Plus de trente mille habitans innocens périrent dans ce jour funeste, et dix mille furent emmenés en esclavage. Muley-Assan remonta sur son trône au milieu du sang et du carnage, en exécration à ses sujets sur lesquels il avait fait tomber tant de calamités; il fut un objet de pitié pour ceux-mêmes dont la fureur était la cause de tous ces maux. L'empereur gémit de l'accident fatal qui avait souillé l'éclat de sa victoire; cependant au milieu de cette scène d'horreur, un spectacle intéressant lui fit éprouver un sentiment consolant et agréable : dix mille esclaves chrétiens, parmi lesquels se trouvaient plusieurs personnes de distinction, vinrent au-devant de lui lorsqu'il entra dans la ville, et tombant à ses pieds, le remercièrent et le bénirent comme leur libérateur.
Charles, en accomplissant 1a promesse qu’il avait faite au roi maure de le rétablir dans ses états, ne négligea pas de prendre les précautions nécessaires pour réprimer le pouvoir des corsaires africains, et pour assurer la tranquillité de sessujets et les intérèts de la couronne d'Espagne; il conclut un traité avec Muley-Assan, aux conditions suivantes : que le roi maure tiendrait le royaume de Tunis en fief de la couroune d'Espagne, et en ferait hommage à l’empereur comme à son seigneur suzerain; que tous les esclaves chrétiens qui se trouvaient alors dans ses états, de quelque nation qu'ils fussent, seraient remis en liberté sans rançon; que les sujets de l'empereur auraient dans son royaume la liberté de faire le commerce, et de professer publiquement la religion chrétienne; qu'outre ke fort de la Goulette, dont l’empereur resterait
«a possession, tous les ports du royaume qui |
étaient fortifiés, lui seraient encore remis; que Muley-Assan paierait tous les ans douze mille écus pour l'entretien de la garnison espagnole qui resterait dans le fort de la Goulette; qu'il
ne ferait aucune alliance avec les ennemis de l'empereur, et qu'il lui ferait présent tous les ans, en reconnaissance de sa vassalité, de six chevaux maures et d'autant de faucons!. Après avoir ainsi réglé les affaires d'Afrique, châtié l'insolence des corsaires , assuré à ses sujets une retraite, et à ses flottes une rade favorable sur les côtes même d'où tant de pirates étaient venus ravager ses états, Charles se rembarqua pour retourner en Europe, la saison orageuse et les maladies de son armée ne lui permettant pas de poursuivre Barberousse 2.
Cette expédition, dont il paraît que les contemporains mesurèrent plutôt le mérite sur la générosité apparente de l'entreprise, sur la magnificence avec laquelle elle fut conduite, et sur le succès qui la couronna, que sur l'importance des suites qu'elle eut, éleva l’empereur au comble de la gloire, et fit de cette époque la plus éclatante de toutes celles de son règne. Vingt mille esclaves qu'il arracha à la captivité, tant par ses armes que par son traité avec Muley-Assan 5, et à qui il fournit des habits et de l'argent pour les mettre en état de retourner chacun dans leur patrie, publièrent dans toute l’Europe les éloges de la générosité de leur bienfaiteur, et exaltèrent sa puissance et ses talens avec l’exagération naturelle aux sentimens de la reconnaissance et de l'admiration. La renommée de Charles éclipsa alors celle des autres monarques de l'Europe. Tandis que tous ces princes ne s'occupaient que d'eux-mêmes et de leurs intérêts particuliers, il se montra digne d'occuper le rang de premier prince de la chrétienté, en paraissant ne songer qu'à défendre l'honneur du nom chrétien et à assurer le bien-être et la tranquillité de l'Europe.
1 Dumont, Corps diplom., vol. 11, p. 128. Summonte, Zst. di Napoli, vol. IV, p. 89.
2 Joh. Etropii Diarium expedition. Tunetanæ, ap. Scard., V, n, p. 320, etc. Jovius, Æist., liv. xxxiv, p. 153, etc. Sandov., vol. Il, p. 154, etc. Vertot, Hist. des Cheval. de Malte. Épttres des princes, par Ruscelli, traduites par Belleforest, p. 119, 120, etc.
5 Summonte, /st. di Nap., vol. 1V, p. 103,
les ennemis de résent tous les yassalité, de six faucons!. Après Afrique, châtié à ses sujets une de favorable sur tes étaient venus rembarqua pour orageuse et les ermettant pas de
raît que les conle mérite sur la prise, sur la maconduite, et sur sur l'importance vereur au comble que la plus éclagne. Vingt mille ité, tant par ses luley-Assan 3, et l'argent pour les xacun dans leur surope les éloges eur, et exaltèrent 'exagération nannaissance et de Charles éclipsa ues de l'Europe.
s'occupaient que ts particuliers, il rang de premier issant ne songer pm chrétien et à illité de l'Europe.
. Il, p. 128. Sum-
n. Tunetanæ, ap.
, Hist:, 1iv. xxxiv, , etc. Vertot, AHist.
s princes, par Rus- 9, 120, etc.
Malheureusement pour la réputation de François I", la conduite qu'il tint alors parut à ses contemporains former un contraste frappant avec celle de son rival. Ils ne lui pardonnaient pas de profiter du moment où l’empereur avait tourné toutes ses forces contre l'ennemi commun, pour faire revivre ses prétentions sur l'Italie et replonger l'Europe dans une nouvelle guerre, J'ai déjà observé que le traité de Cambray n'avait pas étouffé les germes de l’inimitié qui animait les deux princes l’un contre l'autre, et qu'il avait tout au plus couvert, mais non éteint les feux de la discorde. François surtout, qui n’aspirait qu'au moment favorable de recouvrer la réputation et les territoires qu'il avait perdus, continuait de négocier avec les cours étrangères; il faisait tous ses efforts pour irriter la jalousie que la plupart avaient conçue de la puissance et des desseins de l’empereur, et pour faire naître dans le cœur des autres les soupçons et les alarmes dont le sien était dévoré. Il s’adressa surtout à François Sforce, qui était, ilest vrai, redevable à Charles de la possession du duché de Milan, mais qui le tenait à des conditions si dures, qu’elles le rendaient non-seulement le vassal de l'empire, mais encore tributaire et dépendant de l'empereur. L'honneur d'avoir épousé la nièce du plus grand souverain de l’Europe ne pouvait lui faire oublier la honteuse servitude à laquelle il se trouvait abaissé, et cet état lui parut si insupportable, que, tout faible et timide qu'il était, il prêta avidement l'oreille aux premières propositions que lui fit François de l’affranchir du joug. Les ouvertures lui furent portées par Merveille, gentilhomme milanais, résident à Paris; et quelque temps après, afin d'avancer la négociation, Merveille fut envoyé à Milan sous prétexte de visiter ses parens, mais avec des lettres de créance secrètes, qui lui donnaient le titre d’ambassadeur de François. Ce fut en cette qualité que Sforce le reçut; mais malgré tous les soins qu’on prit pour empêcher ce secret de transpirer, Charles le péné-
tra, soit qu’il en eût des avis positifs, soit qu’il n'eût que des soupçons. Il fit au duc des réprimandes et des menaces si sévères, que ses ministres et lui-même, également intimidés, donnérent à l’Europe la preuve la plus ignominieuse pour eux de la crainte servile qu’ils avaient d’offenser l’empereur. Ils vinrent à bout d'engager Merveille dans une querelle avec un des domestiques du duc; l'ambassadeur, qui n’avait ni la prudence ni la modération qu'aurait exigé l’emploi qui lui était confié, tua son adversaire; on l'arrêta sur-le-champ, on lui fitson procès, il fut condamné à perdre la tête, et la sentence fut exécutée au mois de décembre 1533. François, étonné qu’on eût ainsi violé un caractère qui était sacré parmi les nations les plus barbares, ct indigné de l’affront fait à la majesté de sa couronne, menaça Sforce des effets de son ressentiment, et porta ses plaintes à l’empereur qu’il regardait comme le véritable auteur de cet outrage inouï. Mais n'ayant pu obtenir aucune satisfaction de l’un ni de l’autre, il en appela à tous les princes de l'Europe, et se crut alors en droit de tirer vengeance d’une insulte qu'il ne pouvait laisser impunie sans avilir son caractère et sans déshonorer son rang.
Armé de ce prétexte pour commencer une guerre à laquelle il était résolu, il redoubla d'efforts pour engager les autres princes à prendre part dans sa querelle; mais des événemens imprévus rendirent toutes ses mesures inutiles. Après avoir sacrifié l'honneur de sa maison en mariant son fils à Catherine de Médicis, dans la vué de s'attacher Clément, la mort de ce pontifie le priva de tous les avantages qu'il attendait de cette alliance. Paul III, successeur de Clément , quoique disposé par inclination à servir les intérêts de l'empereur, parut déterminé à garder la neutralité qui convenait à son caractère de père commun des princes divisés. Lé roi d'Angleterre, occupé de projets et de soins domestiques, évita, pour cette fois, de s'engager dans les affaires du continent, et re-
fusa de secourir François, à moins qu’il ne voulût suivre son exemple et secouer le joug de l'autorité des papes.
Ces refus inattendus obligèrent François à solliciter plus vivement le secours des princes protestans qui formaient la ligue de Smalkalde, Pour gagner plus aisément leur confiance, il chercha à flatter le zèle qu'ils avaient pour leurs nouvelles doctrines, et qui était leur passion dominante. Il affecta une modération particulière sur tous les points contestés. Il permit à du Bellay, son envoyé en Allemagne, d'exposer ses sentimens sur les articles les plus importans dans des termes qui ne différaient pas beaucoup de ceux qu'employaient les protestans !. Il poussa même la condescendance jusqu'à inviter Mélanchtor, que la douceur de ses mœurs et son caractère pacifique distinguaient parmi les réformateurs, à se rendre à Paris, sous prétexte de vouloir prendre avec lui les mesures les plus propres à réconcilier les sectes opposées , qui divisaient si malheureusement l’église ?. Toutes ces complaisances étaient plutôt des artifices de la politique de ce prince que l'effet de sa conviction : car, quelque impression que les nouvelles opinions eussent faite sur l'esprit de ses sœurs, la reine de Navarre , et la duchesse de Ferrare, la gaîté et l'amour du plaisir, qui formaient le caractère de François, ne lui laissaient guère le temps d'approfondir des disputes théologiques.
Il perdit bientôt tout le fruit de ces artifices peu honorables, par une démarche qui ne s'accordait guère avec les déclarations qu'il avait faites aux princes allemands. Il ne faut cependant pas oublier qu’il fut forcé à cette démarche par les préjugés de son siècle, et par les idées superstitieuses de ses propres sujets. Son étroite liaison avec le roi d'Angleterre, hérétique excommunié, ses fréquentes négociations avec les protestans d'Allemagne, et l'audience publique qu'il donna à un envoyé du sultan Soliman , avaient fait naître de violens soupçons sur la sincérité de son attachement à la religion; et ces soupçons s'étaient encore singulièrement fortifiés par la résolution prise par François d’âtta-
1 Freheri, Scrip. rer. Germ., vol. I, p 355, etc. Sleid., Zist., p. 178, 183, Seckend, liv. ur, p. 103.
® Camerarü, Vita Ph, Melanchtonis , in-12. Hag., 1655, p. 12.
quer l'empereur, qui dans toutes les occasions avait montré le plus grand zèle pour la défense de la religion, et dans le moment même où il se préparait à une expédition contre le corsaire Barberousse, expédition qu'on regardait alors comme une sainte entreprise. Le roi de France avait donc besoin de justifier ses sentimens par quelque preuve éclatante de son respect pour la doctrine reçue dans l’église. Le zèle indiscret de quelques-uns de ses sujets, qui avaient adopté les opinions du protestantisme , lui présenta l’occasion qu’il cherchait. Ils avaient affiché aux portes du Louvre, et dans toutes les places publiques, des placards qui contenaient des satires indécentes sur les dogmes et les cérémonies de l'église romaine. Six des auteurs ou complices de ces placards téméraires furent découverts et arrêtés. Le roi, pour conjurer les malheurs qu'on supposait que ces blasphèmes pourraient attirer sur la nation, ordonna une procession solennelle: lesaint-sacrement fut porté en grande pompe dans les principales rues de la ville.
François marchait devant , la tête nue, une torche à la main : les princes du sang portaient le dais , et toute la noblesse marchait en ordre à la suite. En présence de cette nombreuse assemblée, le roi, qui s’exprimait ordinairement dans un langage énergique et animé, déclara que si une de ses mains était infectée d'hérésie, il la couperait avec l’autre, et qu'il n'épargnerait pas même ses propres enfans, s’il les trouvait coupables de ce crime; et pour prouver que cette protestation était sincère, il condamna les six malheureux qu'on avait pris, à être brûlés publiquement avant la fin de la procession, et leur exécution fut accompagnée des traitemens les plus barbares et les plus révoltans !,
Les princes de la ligue de Smalkalde, pleins du ressentiment et de l’indignation que leur avait inspiré la cruauté avec laquelle on avait traité leurs frères, ne pouvaient plus ajouter de foi aux déclarations du roi de France, lorsqu'il offrait de protéger en Allemagne les mêmes opinions qu'il persécutait avec tant de rigueur dans ses propres états; en sorte que tout l’art et toute l’éloquence qu'employa du Bellay pour justifier son maître, et faire l'apologie de sa conduite, ne firent aucune impression sur leurs
1 Belcarii, Comment. rer. gallic., p. 646. Sleiq.…. Hist., p. 176, etc.
es les occasions pour la défense t même où il se ntre le corsaire regardait alors e roi de France s sentimens par respect pour la zèle indiscret de avaient adopté >, lui présenta ient affiché aux s les places puaient des satires s cérémonies de rs ou complices rent découverts er les malheurs mes pourraient une procession porté en grande ues de la ville.
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ic, p. 646. Sleid.….
esprits. D'ailleurs l'empereur n'avait jusqu'alors | usé d'aucune violence contre les réformés ; il ne s'était jamais opposé aux progrès de leur doc- ‘ trine, et il s'était même engagé, dans la diète de Ratisbonne , à ne pas inquiéter ceux qui l'avaient embrassée. Ils eurent la prudence de compter beaucoup plus sur la certitude de cet engagement subsistant , que sur les espérances précaires et éloignées dont François voulait les amuser. La faiblesse surtout avec laquelle il avait abandonné ses alliés à la paix de Cambray était trop récente pour être oubliée, et n'encourageait personne à se fier à son amitié et à compter sur sa générosité. Déterminés par tous ces motifs , les protestans refusèrent de fournir à François aucun secours contre l'empereur.
L'électeur de Saxe , le plus zélé d’entre eux, craignant de donner de l’ombrage à l’empereur, ne voulut jamais permettre à Mélanchton de se rendre à la cour de François, malgré l'extrême désir qu'avait Mélanchton d’entre-
vitation d’un grand monarque, ou qu'il crût que sa présence pourrait y être utile au parti protestant.
Quoique parmi le grand nombre des princes à qui la puissance toujours croissante de Charles inspirait de la crainte ou de la jalousie il ne s’en trouvât aucun qui voulût seconder François dans les efforts qu’il méditait pour balancer ou limiter cette puissance, il n’en donna pas moins ordre à son armée de s’avancer vers les frontières de l'Italie. Comme il n’avait pris les armes que sous le prétexte de châtier l’insolence du duc de Milan, qui avait osé violer d'une manière atroce le droit de ses gens, il semblait que tout le poids de sa vengeance n’eût dû tomber que sur les états du coupable. Mais tout à coup et dès le commencement même de la campagne, les opérations de la guerre prirent une autre direction. Charles, duc de Savoie, le moins actif et le moins habile des princes de la branche dont il descendait, avait épousé Béatrix de Portugal , sœur de l'empereur, Cette femme, par ses grands talens, se rendit bientôt maîtresse absolue des volontés de son époux : fière d’être la sœur de l’empereur, ou séduite par les grandes promesses dont il flattait son ambition, elle forma , entre la cour impériale et le duc son mari, une union peu compatible avec cette neu-
prendre ce voyage, soit qu'il fût flatté de l'in-
tralité qu'une sage politique et la situation de ses états lui avaient fait garder jusqu'alors entre les deux monarques rivaux. François sentait vivement à quels périls il pouvait se trouver exposé si en entrant en Italie il laissait derrière lui les états d’un prince tellement dévoué aux intérêts de l'empire, qu’il avait envoyé son fils aîné à la cour de Madrid pour y être élevé et pour y servir d’otage de la fidélité du père. Clément VII, dans l’entrevue qu'il avait eue avec François à Marseille, lui avait peint ce danger avec les couleurs les plus fortes, et lui avait en même temps suggéré le moyen de s'en garantir, en lui conseillant de commencer son expédition contre le Milanais, par la prise de la Savoie et du Piémont, comme la seule ressource pour s'assurer une communication avec son royaume. François, qui avait plusieurs raisons de haïr le duc, ne pouvait lui pardonner surtout d’avoir fourni à Bourbon l'argent avec lequel ce rebelle avait levé les troupes qui défirent les Français à la funeste bataille de Pavie; il saisit avec ardeur une occasion de faire connaître combien il avait été sensible à ces outrages, et comment il savait les punir. Il ne manqua pas de prétextes qui pouvaient donner quelque apparence de justice à la vielence qu’il méditait. Les états de France et de Savoie se touchaient et se trouvaient même en plusieurs endroits engagés l’un dans l’autre, d’où naissaient des disputes inévitables et toujours subsistantes sur les limites des propriétés respectives des deux princes. François avait encore, par sa mère Louise de Savoie, de grandes prétentions sur le partage qu’elle devait faire avec le duc son frère de la succession paternelle, Il ne voulait pas cependant commencer les hostilités sans quelque raison plus spécieuse que ne pouvaient l'être des prétentions équivoques et pour la plupart surannées, il demanda la permission de passer par le Piémont pour entrer dans le Milanais, ne doutant pas que le duc, par un excès d’attachement pour l’empereur, ne le refusât, et ne donnât par-là une plus grande apparence de justice à l'invasion qu’il projetait. Mais, s’il faut en croire les historiens de Savoie qui doivent être mieux instruits de ce fait que ceux de France, le duc lui accorda, sans hésiter et de la meilleure grâce du monde, ce qu'il n’était pas en son pouvoir de refuser sans danger, et promit de donner un
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libre passage à l'armée française. Il ne resta plus alors à François d'autre expédient pour rompre entièrement et justifier son projet que de demander une entière satisfaction sur toutes les demandes que la couronne de France pouvait faire à la maison de Savoye, en vertu des droits de Louise t, Il ne reçut sur cet article qu'une réponse vague, et il s'y attendait sans doute; aussitôt l'armée française, sous les ordres de l'amiral de Brion, fondit par différens endroits à la fois sur les états du duc. Les pays de Bresse et du Bugey, qui dans ce temps-là étaient annexés à la Savoie, furent envahis en un moment. La plupart des villes du duché ouvrirent leurs portes à l'approche de l'eunemi; le petit nombre de celles qui restaient et qui voulurent faire résistance fut bientôt emporté; et avant la fin de la campagne, le duc se vit dépouillé de tous ses états, à la réserve du Piémont, où il ne lui restait que quelques places fortes en état de se défendre.
Pour comble d'infortune, la ville de Genève, dont le duc prétendait avoir la souveraineté qu'ilexerçait déjà en partie, secoua le joug, et sa révolte entraina la perte de toutes les terres adjacentes. Genève était alors une ville impériale, quoique soumise au domaine direct de ses propres évêques et ayant les ducs de Savoie pour souverains éloignés. La forme de sa constitution intérieure était purement républicaine; elle était gouvernée par des syndies et un conseil, dont les membres étaient choisis par le peuple. De ces juridictions diverses, souvent opposées l'une à l’autre, naquirent deux partis qui subsistérent long-temps dans cet état : le premier était composé de ceux qui se donnaient pour défenseurs des priviléges de la république; ils prenaient le nom d'eignotz ou de confédérés pour la défense de la liberté commune, et avaient flétri du nom de mammelus ou esclaves, le parti de ceux qui soutenaient les prérogatives des évêques et du duc de Savoie. A la fin, quand le protestantisme commença à s’introduire dans cette ville, il inspira à ceux qui l'em-
“brassèrent cet esprit d'audace et d'entreprise , qui passait ordinairement avec ses opinions
dans l'âme des prosélytes, ou ne tardait pas à y naître. Comme le duc et l'évèque étaient par in-
1 Hist. généaiog. de Savoie, par Guichenon, fol. 3, 1660, 1, 639.
térêt, par préjugé et par des vues politiques, ennemis jurés de la réformation, tous les nouveaux protestans s'unirent avec ardeur au parti des eignotz, et le zèle de la religion se joignant à l'amour de la liberté, cette passion généreuse prit de nouvelles forces. La fureur , l'animosité de deux factions renfermées dans la mème enceinte, occasiona de fréquentes séditions, et elles se terminèrent presque toujours à l’avantage des partisans de la liberté, lesquels gagnaient tous les jours du terrain.
Le duc et l'évèque, oubliant leurs anciennes contestations sur les limites de leur pouvoir, se réunirent contre leurs communs ennemis, et les attaquèrent chacun avec les armes qui lui étaient propres. L'évêque excommunia le peuple de Genève, comme coupable du double crime d'apostasie, en abandonnant la religion établie, et de sacrilége, en usurpant les droits de son siége épiscopal. Le due les attaqua comme des rebelles à leur prince légitime, et tenta de se rendre maitre de la ville. d'abord par surprise, ensuite à force ouverte, Les Gènevois méprisèrent les foudres ecclésiastiques de l'évêque, et défendirent hardiment leur indépendance contre le duc; soutenus autant par leur propre valeur que par les secours puissans qu'ils reçurent du canton de Berne leur allié, et du roi de France, qui leur fit passer secrètement quelques soldats et quelque argent, ils firent échouer toutes les tentatives du duc. Non contens de j'avoir repoussé, et ne voulant plus eux-mêmes se borner à se défendre, ils profitèrent de l'impuissance où était alors le duc de leur résister; et tandis qu'il était accablé par l'armée française, ils s'emparèrent de plusieurs châteaux et places fortes qu'il possédait dans le voisinage de Genève ; ils se délivrérent ainsi de la vue de ces odieux monumens de leur ancienne dépendance. et assurérent pour l'avenir un appui de plus à leur liberté. En mème temps le canton de Berne envahit et conquit le pays de Vaux, sur lequel il avait quelques prétentions. Le canton de Fribourg, quoique passionnément attaché à la religion catholique, et sans avoir aucun sujet particulier de querelle avec le duc, voulut aussi partager les dépouilles de ce prince infortuné. Une grande partie de ces conquêtes ou usurpations, conservées depuis par ces deux cantons, ont considérablement augmenté leurs forces, et sont
etc.
11636) 's vues politiques, on, tous les nou- 2c ardeur au parti eligion se joignant passion généreuse ureur , l'animosité dans la mème enntes séditions, et toujours à l’avanrté, lesquels gaain.
nt leurs anciennes le leur pouvoir, se ns ennemis, et les mes qui lui étaient ia le peuple de Geuble crime d'apospion établie, et de roits de son siége ‘omme des rebelles nta de se rendre r surprise, ensuite is méprisèrent les évêque, et défenendance contre le propre valeur que s reçurent du canroi de France, qui ruelques soldats et ichouer toutes les lens de javoir re- *-mêmes se borner t de l'impuissance résister; et tandis française, ils s'emux et places fortes age de Genève; ils de ces odieux mo- Jendance, et assui de plus à leur lin de Berne envahit sur lequel il avait ton de Fribourg, ché à la religion in sujet particulier pulut aussi partace infortuné. Une es ou usurpations, leux cantons, ont eurs forces, et sont
devenues la plus belle portion de leur territoire. Malgré tous les projets et toutes les entreprises des ducs de Savoie pour rétablir dans la suite leur domination dans Genève, cette ville a toujours conservé son indépendance; et cet avantage lui a procuré un degré de considération , d’opulence et de politesse, qu'elle n'eût jamais atteint sans la liberté 1,
Au milieu de cet enchaînement de malheurs et de pertes, le duc de Savoie ne voyant de ressource que dans la protection de l'empereur, la sollicita avec la plus grande importunité, dès que ce prince fut revenu vainqueur de son expédition de Tunis, et il avait bien le droit d’en attendre du secours, puisque son attachement pour les intérêts de Charles avait été la cause principale de ses malheurs. Cependant Charles n'était pas en état de le secourir avec la vigueur et la diligence que demandait sa situation. La plus grande partie des troupes qui avaient été employées à l’expédition d'Afrique, n'ayant été engagées que pour ce service seul, furent licenciées à la fin de la campagne. Les vieux corps que commandait Antoine de Léve suffisaient à peine pour la défense du Milanais, et le trésor de l'empereur était entièrement épuisé par les frais immenses qu'avait coûté la campagne d'Afrique.
Mais la mort de François Sforce, occasionée, suivant quelques historiens, par la terreur que jeta dans son esprit l'invasion des Français, dont les deux précédentes avaient été si fatales à sa famille, donna à l’empereur tout le loisir de se préparer à la guerre. Cet événement inattendu changea totalement les sujets de querelle et la nature de la guerre. François n'avait d’abord eu d'autre prétexte pour prendre les armes que celui de punir Sforce de l’affront qu'avait reçu la couronne de France, et ce prétexte se trouva éteint par sa mort : mais comme ce prince ne laissait point de postérité, tous les droits qu'avait François sur le duché de Milan, et qu'il n'avait cédés qu'à Sforce et à ses enfans, revenaient en entier au roi de France. L'objet favori de ce monarque était de recouvrer le Milanais; aussi le réclama-t-il sur-le-champ; et s’il avait appuyé son droit en faisant avancer sans
* ist. de la ville de Genève, par Spon, in- 12, utr. 165, p. 99. Æist. de la réform. de Suisse , par Ruchat. Gen. 1728, tom. IV, p. 294, etc.; tom. V, p. 216, etc. Mémotres de du Bellay, p. 181.
perdre de temps vers Milan la forte armée qui était cantonnée dans la Savoie, il s'en serait aisément assuré la possession, ce qui était l'objet le plus important, Mais François, à mesure qu'il avançait en âge, devenait de jour en jour moins entreprenant , et le souvenir de ses infortunes passées, qui ne s'effaçait point de son âme, le jetait quelquefois dans une excessive timidité, Au lieu de se servir de ses forces, il se borna aux négociations; et par une modération qui venait de la crainte, et qui est ordinairement fatale dans toutes les grandes affaires, il négligea de saisir l'occasion favorable qui s'offrait à lui. Cependant Charles, en qualité de souverain, prit possession du duché comme d'un fief de l'empire qui se trouvait vacant ; et que François perdait le temps à expliquer et à défendre ses droits par des argumens et des mémoires, tanet qu’il employait tout son art à familiariser les puissances italiennes avec l’idée de le revoir s’établir en Italie, Charles prenait en silence toutes les mesures propres à faire échouer ce projet. II eut grand soin de ne pas laisser voir trop tôt ses intentions secrètes : il affectait de reconnaître la justice de la réclamation de François, et paraissait n'être inquiet que des moyens de lui laisser prendre possession du Milanais, sans troubler la paix de l'Europe, et sans détruire l'équilibre des puissances d'Italie, que les politiques de ce siècle étaient si jaloux de maintenir. Il trompa François par cette conduite artificieuse, et gagna tellement la confiance du reste de l'Europe, que sans presque donner lieu à aucun soupçon, il sut embarrasser l'affaire de difficultés nouvelles, et prolonger à son gré les négociations. proposa de donner l'investiture du Milanais tantôt au duc d'Orléans, second fils de François, tantôt au duc d’Angoulème, son troisième fils : et comme les vues et les inclinations de la cour de France se balançaient entre ces deux princes, il transporta alternativement son choix de l'un à l’autre avec tant d'adresse et avec une dissimulation si profonde, qu'il ne paraît pas que François ni ses ministres aient jamais pénétré ses véritables intentions, et que toutes les opérations de la guerre demeurèrent entièrement suspendues, comme s’il n’eût resté au roi de France qu’à prendre paisiblement possession du duché qu'il réclamait.
Charles mit à profit tout le temps qu'il avait
su gagner , et vint à bout de déterminer les états de Sicile et de Naples à lui accorder des subsides plus considérables qu'il n’était d'usage d’en accorder alors. Mais se trouvant très honoré de la présence de leur souverain à son retour de Tunis, charmés d’ailleurs du désintéressement qu'il avait montré dans son expédition d'Afrique, et éblouis du succès qui avait suivi ses armes, ils
voulurent se montrer généreux. Ce secours le |
mit en état de recruter les vieux corps, d’en lever un en Allemagne, et de prendre toutes les précautions convenables pour exécuter les projets qu'il avait formés. Du Bellay, envoyé de France en Allemagne, découvrit, malgré tous les prétextes qu’on employa pour lui donner le change, l'intention où l'on était de lever des
troupes, et instruisit son maître d’une disposi- |
tion qui prouvait évidemment le peu de sincé-
rité ' de l’empereur. Get avis eût dû réveiller | Francois de l’indolence où il s'était plongé; mais | | été traversés par l’insatiable et injuste ambition
ïl était alors si passionné pour les négociations,
dont son rival connaissait bien mieux que lui les ! finesses et les artifices, qu'au lieu de faire ag ses forces et de pousser avec vigueur ses opéra- |
tions militaires, ou de s'emparer du Milanais avant que l'armée impériale fût rassemblée , il
se contenta de faire de nouvelles offres à l’em- :
pereur, pour obtenir de sa libre volonté l'investiture de ce duché. Les offres étaient si avantageuses, que Charles n’eût pu les refuser s’il eût eu l'intention d'accorder ce qu'on lui demandait ; mais il les éluda adroitement, en déclarant qu'il ne pouvait prendre de résolution définitive sur un article qui intéressait de si près l'Italie, avant d'en avoir conféré avec le pape. Par ce subterfuge il gagna encore du temps; ce qui lui servit à laisser mürir les projets qu'il avait en vue.
A la fin l’empereur vint à Rome et y fit son entrée publique avec la plus grande magnificence, Il est une circonstance frivole dont les historiens font mention, et qu'ils ont la manie de regarder comme un présage de la guerre sanglante qui suivit : c’est que pour élargir les rues et donner un passage plus libre au cortége de l'empereur, on eut besoin d'enlever les ruines d’un temple ancien de la Paix. Ce qu'il y a de certain, c’est que Charles avait alors banni de son âme toute
{Mem, de du Bellay, p. 192.
idée de paix ; et à la fin, il levale masque sous lequel il avait si long-temps dérobé ses desseins à la vue de la cour de France, en déclarant ses sentimens d’une manière aussi positive qu'extraordinaire. Les ambassadeurs de Franceavaient au nom de leur maître demandé une réponse décisive sur les offres qu’il faisait pour obtenir l'investiture du Milanais : Charles promit de la donner le lendemain en présence du pape et des cardinaux assemblés en plein consistoire. Le pape et les cardinaux s’y trouvèrent, et tous les ambassadeurs étrangers furent invités à y üssister. L'empereur se leva, et s'adressant au pape, il s'étendit assez au long sur la sincérité de ses vœux pour la paix de la chrétienté, et sur son aversion pour la guerre et pour les malheurs
qu’elle produit ; et il en fit une longue énumération dans un discours étudié et préparé d’avance : il déclara que tous ses efforts pour maintenirla tranquillité de l'Europe avaient jusqu'alors
du roi de France ; que dès sa minorité même ce prince lui avait donné des preuves de son inimitiéet de ses pernicieux desseins ;que dans la suite {il n'avait plus caché ses intentions, qu'il avait essayé de lui ravir à force ouverte la couronne impériale qui lui appartenait par des droits aussi justes que naturels ; qu’il venait tout récemment d'envahir son royaume de Navarre; que non content de ces injustices, il avait attaqué ses do- | maines et ceux de ses alliés dans l'Italie et dans les Pays-Bas; qu'après que la valeur de ses troupes, rendues invincibles par la protection du Tout-Puissant , eut arrêté les progrès et ruiné les armées de François, qu'il eut été fait prisonnier lui-même, il n'avait pas encore renoncé à son injuste entreprise, et qu'il avait continué d'employer la fraude au défaut de la force ; qu'il avait violé tous les articles du traité de Madrid, auquel il devait sa liberté, et qu'à peine était-il rentré dans ses états, qu'il avait pris des mesures pour rallumer une guerre que ce traité devait éteindre ; que forcé par de nouvelles disgrâces d’implorer encore la paix à Cambray, ilne l'avait conclue et exécutée qu'avec beaucoup de mauaise foi; qu'il avait bientôt formé des liaisons dangereuses avec les princes hérétiques d’Allemagne , et les avait excités à troubler la tran- | quillité de l'empire ; qu’il venait de chasser tout . nouvellement le duc de Savoie, son beau-frère
ets et mil plu ajot l'in iln que con che et © nip ditil Cep san, que jug:
péri d'ur ché et ci prix de | pou extil si F tous ble, ser j à 0" prof moi les p ma la ve lité ( sure!
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et son allié , de la plus grande partie de ses états ; et qu'après tant d'outrages multipliés, et au milieu de tant de sujets de discorde, il n'y avait plus ni amitié ni réconciliation à espérer. Charles ajouta que tout disposé qu'il était à accorder l'investiture de Milan à un des princes de France, il n’était pas probabie qu'il püt le faire, parce que François, d'un côté, n’accepterait pas les conditions qu’il jugeait indispensables d'y attecher pour maintenir la tranquillité de l’Europe, et que de son côté il ne trouvait ni raisonnable ni prudent de lui donner sans précaution ni conditions la possession pure et simple du duché. Cependant, ajouta-t-il, ne prodiguons pas le sang de nos sujets innocens; décidons notre querelle d'homme à homme, avec les armes qu'il jugera à propos de choisir et à nos risques et périls, dans une île, sur un pont, ou à bord d'une galère amarrée sur une rivière; que le duché de Bourgogne soit mis en dépôt de sa part, et celui de Milan de la mienne , et qu’ils soient le prix du vainqueur ; unissons ensuite les forces de l'Allemagne , de l'Espagne et de la France pour abaisser la puissance ottomane, et pour extirper l’hérésie du sein de la chrétienté. Mais si François refuse de terminer par cette voie tous nos différends, s’il rend la guerre inévitable, rien alors ne pourra m'empêcher de la pousser jusqu'à ce que l’un de nous deux soit réduit à n'être que le plus pauvre gentilhomme de ses propres états : et je ne crains pas que ce soit à moi qué ce malheur arrive; j'entre en lice avec les plus belles espérances de succès; la justice de ma cause, l’union de mes sujets, le nombre et la valeur de mes troupes, l'expérience et la fidélité de mes généraux, tout se réunit pour m'assurer la victoire. Le roi de France n’a aucun de ces avantages ; et si m& ressources n'étaient pas plus solides, et mes espérances de vaincre plus fondées que les siennes, j'irais dans l'instant , les bras liés , la corde au cou , me jeter à ses pieds et implorer sa pitié {.
L'empereur prononça cette longue harangue à haute voix d’un ton impérieux , dans les termes les plus véhémens, Les ambassadeurs de Franfois, qui n'en concevaient pas bien le sens, parce qu'il la fit en langue espagnole, furent | totalement déconcertés , et ils ne savaient que
* Du Bellay, pag. 190. Sandov., Æist. del. emper., vol, 11, p, 226.
répondre à cette invective inattendue : l’un d'eux ayant voulu parler pour justifier la conduite de son maître, Charles l'interrompit brusquement et ne voulut pas lui permettre de continuer. Le pape, sans entrer dans aucun détail, se contenta de recommander la paix en peu de mots, mais d'ane manière pathétique , et offrit en même temps de faire sérieusement tous ses efforts pour procurer ce bonheur à la chrétienté. L'assemblée se sépara , encore pénétrée de la surprise qu'avait excitée cette scène singulière. Il faut avouer que, dans toute sa conduite, Charles ne s’écarta jamais tant de son caractère. Au lieu de cette prudence réfléchie, de cette conduite modérée et toujours régulière, de cette attention scrupuleuse à observer les bienséances qui cachaient avec tant d'art ses passions secrètes, et qu'on admira dans tant d'autres occasions, on le voit ici se vanter avec arrogance de son pouvoir et de ses exploits, en face de la plus auguste assemblée de l'Europe, déclamer contre son ennemi avec autant d'emportement que d indécence , et le défier en combat singulier avec un air de bravade qui convenait mieux à un champion de Ja chevalerie romanesque qu'au premier monarque de la chrétienté ; mais il est aisé d’expliquer cette inconséquence apparente dans sa conduite par les effets puissans et bien connus que font sur les âmes les plus fortes la continuité des succès et les louanges exagérées des flatteurs, Après avoir forcé Soliman de se retirer devant lui, et avoir dépouillé Barberousse d’un royaume, il commença à se croire invincible, Depuis son retour d'Afrique, les fêtes multipliées et les réjouissances publiques . où l'on ne cessait de célébrer ses triomphes, l'entretenaient continuellement de sa puissance. Les orateurs et les poètes d'Italie, le pays de l'Europe où les beaux-arts étaient alors le plus lorissans, avaient épuisé leur génie à faire son panégyrique; et les astrologues ajoutaient à ces Aatteries la promesse d’une destinée plus brillante encore qui l’attendait. Enivré de tout cet encens, il oublia sa réserve et sa modération ordinaire, et ne put
| retenir cet élan insensé de sa vanité, qui fut | d'autant plus emarqué, qu'il parut plus cztraor-
dinaire et qu'il fut plus solennel,
Charles parut avoir bientôt senti lui-même l'excès où il s'était porté; et lorsque les ambassadeurs francais vinrent le lendemain lui de-
mander une explication plus claire de ce qu'il avait dit au sujet du duel, il leur répondit qu’il ne fallait pas regarder cette proposition comme
parés. dont l’un marcherait en France du côté de la Picardie, l'autre du côté de la Champagne, tandis qu'avec l’armée impériale, il entrerait
un défi en forme fait à leur maître, mais seule- | dans ce royaume par les frontières opposées.
ment comme un moyen qu'il indiquait pour épargner du sang. Il tâcha aussi d’adoucir les autres expressions de son discours, et leur parla de leur maître en termes pleins de respect; mais quoique cette apologie tardive fût loin d’être suffisante pour effacer l'insulte qu'il avait faite à François, ce prince, par un esprit d’aveuglement inconcevable, continua encore de négocier, comme s’il eût été possible alors de terminer à l'amiable detels différends. Charles, voyant qu'il voulait absolument se précipiter dans le piége, entretint son erreur, et, paraissant écouter ses propositions, il gagna encore du temps pour mieux se préparer à l'exécution de ses desseins!.
A la fin , l'armée impériale, composée de quarante mille hommes d'infanterie et de dix mille chevaux, s’assemhla sur les frontières du Milanais celle de France, bien inférieure en nombre, était campée près de Verceil, dans le Piémont ; elle venait d’être encore affaiblie par la retraite d’un corps de suisses que sur les adroites insinuations de Charles les cantons catholiques avaient rappelé, sous le prétexte qu'il ne convenait pas qu'ils servissent contre le duc de Savoie, leur ancien allié, Le général français , n’osaut risquer une bataille, se retirait à mesure que les impériaux avançaient. L'empereur se mit à la tète de ses troupes que commandaient sous lui le marquis du Guast, le duc d’Albe et Ferdinand de Gonzague; mais c'était Antoine de Léve qui en était généralissime, et ses talens et son expérience le rendaient digne de cette distinction. Charles fit bientôt voir que son dessein n'était pas de se borner à reconquérir le Piémont et la Savoie , mais d’aller plus loin et d’envahir les provinces méridionales de la France, Il y avait long-temps qu'il méditait cette entreprise, et qu'il s'appliquait à prendre toutes les mesures nécessaires pour l’exécuter avec une vigueur qui pût en assurer le succès. Il avait fait passer des fonds considérables à sa sœur, gouvernante des Pays-Bas , et au roi des Romains, son frère , avec ordre de lever autant de troupes qu'ils pourraient afin de former deux corps sé-
1 Mem. de du Bellay, p. 205, etc.
Ses ministres et ses généraux, loin de concevoir de si hautes espérances, lui représentèrent dans les termes les plus pressans le danger auquel il s'exposait en conduisant ses troupes si loin de ses états et de ses magasins, et dans des provinces qui pouvaient à peine nourrir leurs habitans. Ils le prièrent de considérer d’une part les ressources inépuisables de la France toutes les fois qu’elle n’avait à soutenir qu’une guerre défensive, de l'autre l’activité et le zèle d'une noblesse brave et guerrière armée pour servir un prince qu’elle aimait et pour repousser les ennemis de l’état ; ils lui rappelèrent les mauvais succès de Bourbon et de Pescaire, lorsqu'ils hasardèrent la mème entreprise dans des circonstances non moins favorables. Le marquis du Guast, en particulier, tomba à ses genoux et le conjura d'abandonner un projet téméraire. Mais les raisons multipliées qui avaient déterminé l'empereur à former ce projet ne lui permettaient pas d’avoir aucun égard aux remontrances de ses officiers. En toute occasion, il était rare qu'il se départit d’une résolution qu’il avait une fois arrêtée : dans celle-ci, il était trop porté à rabaisser et à mépriser les talens du roi de France son rival , talens en effet bien différens des siens; la présomption qui accompagne la prospérité l’aveuglait aussi ; et peut-être avait-il la faiblesse de compter un peu sur les prédictions qui lui avaient promis l'accroissement de sa grandeur. Non-seulement il persista opiniâtrément dans son dessein, mais il se détermina à marcher vers la France sans attendre même la réduction du Piémont, si ce n’est de quelques villes absolument nécessaires pour entretenir la communication de son armée avec le Milanais.
Le marquis de Salnces , à qui François avait confié le commandement d'un petit corps de troupes destinées à défendre le Piémont, lui rendit ce passage plus aisé qu’il n'avait lieu de l'attendre. Ce gentilhomme, élevé à ia cour de France , que le roi n'avait cessé de combler de faveurs , et qu’il venait d'honorer encore en lui confiant un poste de cette importance, abandonna tout à coup son bienfaiteur , et le trahit sans aucune raison, sans même aucun prétexte
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[1536] en France du côté de la Champagne, ériale , il entrerait itières opposées.
aux, loin de conce- Jui représentèrent sans le danger ausant ses troupes si igasins , et dans des peine nourrir leurs e considérer d’une bles de la France t à soutenir qu’une l'activité et le zèle errière armée pour it et pour repousser appelérent les mau- Pescaire, lorsqu'ils prise dans des cirbles. Le marquis du | à ses genoux et le pjet téméraire, Mais avaient déterminé ; ne lui permettaient x remontrances de in, il était rare qu'il qu'il avait une fois ait trop porté à rans du roi de France | différens des siens; agne la prospérité e avait-il la faiblesse prédictions qui lui nt de sa grandeur.
niâtrément dans son a à marcher vers la la réduction du Piés villes absolument a communication de
qui François avait l'un petit corps de re le Piémont, lui qu’il n'avait lieu de , élevé à iu cour de essé de combler de norer encore en lui importance , abanfaiteur , et le trahit ème aucun prétexte
de mécontentement. Les motifs qui le portérent à cette perfidie étaient aussi puérils que l’action elle-même était lâche. Il avait une foi superstitieuse à la divination et à l'astrologie judiciaire : il se persuada que la fin de la nation française était venue; que sur ses ruines l'empereur allait établir une monarchie universelle ; que c'était donc suivre les conseils de la prudence, que de s'attacher à la fortune naissante de l’empereur, et qu’il ne méritait aucun blâme en abandonnant un prince que le ciel avait dévoué à la destruction !, Sa trahison fut d'autant plus odieuse que pour ouvrir aux ennemis l'entrée de la France il employa l'autorité même qu'il avait reçue de son roi. Tout ce que les officiers qui lui étaient subordonnés purent proposer ou entreprendre pour la défense de leurs conquétes, il le rejeta ou le rendit inutile. Il négligea entièrement les précautions et tous les devoirs que lui imposait son titre de commandant en chef ; et par cette indigne conduite, il mit les places les plus fortes hors d'état de résister, en les laissant manquer soit de vivres, de munitions, d'artillerie ou de garnison; il n’eût fallu aux impériaux , pour réduire le Piémont , que le temps de le traverser, si Monpezat , gouverneur de Fossano , par un effort extraordinaire de courage et d'habileté, ne les eût arrêtés presque un mois entier devant cette petite place,
Cet important service , rendu si à propos , donna à François le temps de rassembler ses forces, et de combiner un plan de défense contre des dangers qui lui parurent alors inévitables. Ce prince s'arrêta au seul plan qui pouvait le mettre en état de résister à l'invasion d’un ennemi puissant ; sa prudence dans le choix des moyens et sa persévérance dans l'exécution méritent d'autant plus d’éloges, que ce plan n'était pas plus conforme à son caractère qu'au génie de sa nation. Il résolut de rester sur la défensive ; dé ne hasarder aucune bataille, ni même aucune escarmouche un peu considérable, à moins que le succès n'en fût assuré; d’envivonner son Camp de fortifications régulières ; de ne jeter des garnisons que dans les plus fortes places ; d’affamer l'ennemi , en ravageant tout le pays des environs, et de sauver ainsi le royaume , en sacrifiant une de ses provinces. I]
1 Du Bellay, p. 222. B. 246, 6.
abandonna l'exécution de ce projet au maréchal
de Montmorency, qui en était l’auteur, et que
la nature semblait avoir fait naître exprès pour
l’exécuter. Hautain, sévère, inexorable, plein . de confiance en ses talens et de dédain pour
ceux des autres, également insensible à l'amour
et à la pitié, jamais Montmorency n’abandonna
la résolution qu'il avait une fois embrassée.
Le maréchai établit un camp bien fortifié sous les murs d'Avignon, au confluent du Rhône et de la Durance : l’une de ces rivières apportait à ses troupes, du sein des provinces intérieures, toutes leurs subsistances ; l'autre couvrait son camp du côté par lequel il était le plus probable que l'ennemi approcherait. Il travailla sans relâche à fortifier ce camp et à le rendre inexpugnable , et il y rassembla une armée considérable quoique fort inférieure à celle de l'ennemi. Le roi, avec un autre corps de troupes, alla camper près de Valence, plus haut en remontant le Rhône. Marseille et Arles furent les seules villes qu'il jugea à propos de défendre : la première, pour rester maitre de la mer; la seconde, pour servir de barrière à la province du Languedoc ; et il mit dans ces deux villes deux garnisons nombreuses composées de ses meilleurs troupes, avec des officiers dont la fidélité et la valeur lui étaient connues. On força les habitans des autres villes ainsi que ceux des campagnes, à abandonner leurs maisons, et on les distribua en partie dans les montagnes , en partie dans le camp , ou daus l’intérieur du royaume, Les fortifications de toutes les places qui auraient pu servir de retraite ou de défense à l'ennemi, furent démolies. Les grains, les fourrages et les provisions de toute espèce furent enlevées ou détruites sur les lieux ; tous les moulins, tous les fours furent ruinés , et les puits comblés ou mis hors d'état de servir. La dévastation s’étendait depuis les Alpes jusqu’à Marseille, et du rivage de la mer jusqu'aux confins du Dauphiné, L'histoire ne fournit point d'exemple où ,des nations civilisées aient employé avec tart de ri gueur cet expédient terrible pour assurer la défense d'un royaume,
Cependant l'empereur arriva avec l’avantgarde de son armée sur les frontières de la Provence ; il était encore tellement enivré de l’espérance du succès que, pendant quelques jours qu'il fut obligé de faire halte pour attendre le reste
de son armée, ilcommença à distribuer à ses officiers les conquêtes qu’il allait faire, leur promettant libéralement, afin d'encourager leur zèle, les offices, les terres et les dignités de la France !. Mais, à l'aspect de la dévastation qui Soffrit à ses yeux en entrant dans le pays, ces brillantes espérances commencèrent à s’évanouir; il conçut bientôt qu'un roi qui, pour affamer ses ennemis, avait pu se résoudre à faire un désert d'une deses plus riches provinces, était bien déterminé à défendre les autres jusqu’à la dernière extrémité, La flotte, de laquelle Charles attendait ses principales ressources pour se procurer des subsistances, retenue par les vents contraires et par d’autres accidens auxquels les opérations maritimes sont exposées , resta longtemps sans pouvoir approcher des côtes de France; et lorsqu'elle aborda, elle n’avait pas assez de vivres pour une armée si nombreuse ? : il n’y en avait point à espérer dans la Provence, et l'on ne pouvait tirer de grands secours des états du duc de Savoie , déjà épuisés par l'entretien de deux grandes armées. L'empereur se trouvait également embarrassé et sur l'emploi qu'il devait faire de ses troupes et sur les moyens de les faire subsister ; car, quoiqu'il fütalors en possession d’une province presque entière, il ne pouvait pas s'en regarder comme le maitre, n'ayant que les villes qui étaient sans défense, tandis que les Français, retranchés dans leur camp d'Avignon, étaient toujours maîtres de Marseille et d’Arles. Charles voulut d’abord attaquer le camp et tenter de finir la guerre par un coup décisif; mais d'habiles officiers, qui avaient été chargés d'aller reconnaitre le terrain, déclarèrent que l’entreprise était impraticable. Ï1 commanda donc alors qu’on envestit Arles et Marseille, espérant que pour venir au secours de ces deux villes les Français quitteraient le
Montmorency, attaché à son plan, resta immobile dans le camp, et les impériaux furent reçus avec tant de vigueur par les garnisons des deux villes, qu'ils abandonnèrent leur entreprise, non sans perte et sous honte. Enfin l'empereur fit un dernier effort et s’avanca encore plus près d'Avignon; mais son armée, continuellement harcelée par les incursions successives de petits
Du Bellay, p. 226, À.
2 Sandov., vol, 11, p. 131.
détachemens des troupes légtres, et affaiblie par lesmaladies , perdit tout espoir de surmonter tant d'obstacles d'autant plus décourageans qu’ils étaient moins attendus.
Pendant les opérations, Montmorency eut plus à se défendre de ses propres troupes que de l’ennemi même; leur valeur inconsidérée faillit à précipiter la France dans tous les malheurs dont il cherchait à la garantir par ses soins et sa prudence. Les Français ne pouvaient s’accoutumer à voir un ennemi ravager sans résistance leur patrie sous leurs yeux; .impatiens de la longue inaction où ils avaient été retenus, et ne prévoyant pas les avantages certains, mais lents et éloignés, que Montmorency devait retirer du système de défense qu’il avait adopté, ils demandaient la bataille avec autant d’ardeur que les impériaux eux-mêmes. Ils regardaient la conduite de leur général comme l'opprobre de la nation; ils traitaient sa prudence de timidité, sa circonspection de faiblesse. et la constance avec laquelle il suivait son plan d’entètement et d’orgueil, Ces réflexions qui, d’abord, se ré pandirent sourdement parmi les soldats et les subalternes, furent adoptées par degrés par les officiers d’un rang plus élevé; et comme la plupart d’entre eux étaient ou jaloux de la faveur dont Montmorency jouissait auprès du roi, ou dégoûtés de ses hauteurs et révoltés par son caractère impérieux, le mécontentement devint bientôt général dans tout le camp; officiers, soldats, tous commencèrent à murmurer et à se
: plaindre hautement de sa conduite. Montmo-
rency ne fut pas plus ébranlé par les opinions et l'injustice de ses troupes que par !es insultes des ennemis , et n’en demeura pas moins ferme dans son plan; mais pour réconcilier les esprits avec des principes qui n'étaient pas moins contraires
| au génie de la nation qu'aux idées quedes troupes poste avantageux où ils étaient retranchés; mais |
mal disciplinées se font de l’art de la guerre, il J L]
| mit dans ses manières une affabilité qui ne lui
était pas ordinaire ; il eut souvent la condescendance d'expliquer à ses officiers les motifs de sa
: conduite, de leur faire voir les avantages qui en
étaient déjà résultés, et le succès assuré qui en serait la suite. A la fin, Francois vint le joindre au camp d'Avignon, où l'armée reçut encore plusieurs renforts: et il la crut alors assez nombreuse pour être en état de faire face à celle des ennemis. Comme il avait eu besoin lui-même de
ler que avo étai obli dig ni q il s d'A dec pes fam lutt fait obéi des mél son mais sieu de I:
l'arr les n rent conf des i de p Joncl couv enfin yeux une i désas victor dans avanc l'arm mais UM
* {bi P. 232.
gtres, et affaiblie spoir de surmonter lus décourageans
ntmorency eut plus roupes que de l’enconsidérée faillit à ; les malheurs dont ses soins et sa pruient s'accoutumer à résistance leur paiens de la longue retenus , et ne préertains, mais lents y devait retirer du ait adopté, ils deutant d’ardeur que Ils regardaient la nme l’opprobre de udence de timidité, se. et la constance plan d’entêtement qui, d’abord, se ré i les soldats et les par degrés par les ; et comme la plujaloux de la faveur auprès du roi, ou et révoltés par son ntentement devint le camp; officiers, à murmurer et à se conduite. Montmopar les opinions et par les insultes des s moins ferme dans lier les esprits avec as moins contraires dées que des troupes art de la guerre, il ffabilité qui ne lui avent la condesceners les motifs de sa es avantages qui en succès assuré qui en icois vint le joindre trmée reçut encore rut alors assez nomfaire face à celle des besoin lui-même de
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faire violence à son caractère pour consentir à ce que ses troupes restassent si long-temps sur la défensive, il est probable que sa passion pour toutes les entreprises d'éclat et qui demandaient de la hardiesse, excitée encore par l’impatience de ses officiers et de ses soldats, l'aurait em porté sur la sage conduite de Montmorency et en aurait détruit les salutaires effets 1.
Heureusement la retraite de l'ennemi délivra le royaume du danger où pouvait l’exposer quelque résolution téméraire. L'empereur , après avoir perdu deux mois dans la Provence, où il était déjà resté long-temps pour sa gloire, fut obligé d’en sortir, sans avoir rien fait qui fût digne des vastes préparatifs de cette campagne, ni qui pôt justifier la présomption avec laquelle il S’était vanté de son pouvoir. Outre la perte d'Antoine de Léve et de plusieurs autres officiers de distinction, il vit que la moitié de ses troupes avait été détruite par les maladies ou par la famine, et que le reste n'était pas en état de lutter long-temps contre les maux qui avaient fait périr un si grand nombre d'hommes. Il obéit malgré lui à la nécessité, et donna enfin des ordres pour la retraite, Les Français ne démélèrent pas d'abord le but des mouvemens de son armée et ne songèrent pas à la Poursuivre ; mais un corps de troupes légères , aidé de plusieurs troupes de paysansimpatiens de se venger de la dévastation de leur pays, s’attachèrent à | l'arrière-garde des ennemis, et saisissant tous | les momens favorables pour les attaquer, jeterent plusieurs fois parmi eux le trouble et la confusion. Cette retraite ou plutôt cette fuite des impériaux , se fit avec tant de désordre et de précipitation , que toute leur route se trouva jonchée d'armes et de bagages abandonnés, et couverte de malades, de blessés et de morts: ! enfin, Martin du Bellay qui vit de ses propres yeux toutes leurs misères, ne peut en donner une idée à ses lecteurs qu’en comparant leurs désastres à ceux des Juifs accablés sous lesarmes | victorieuses ? et destructives des Romains. Si | dans ce moment critique Montmorency se fût | avancé avec ses troupes, rien n'aurait pu sauver l'armée impériale d’une entière destruction ; mais ce général, en restant si long-temps et !
! Mém. de du Bellay, p. 269, etc. 312, etc. | * Jbid,, p. 316, Sandov., Æist, del. emper,, vol, I},
et avec tant d'opiniâtreté sur la défensive, était devenu circonspect à l'excès. Son âme accoutumée à garder long-temps l'impulsion qu'’elie avait reçue, ne pouvait changer de direction aussi promptement que les circonstances changeaient. Ilcontinuait encorede répéter ses maximes favorites , qu'il est plus prudent de laisser échapper le lion, que de le pousser au désespoir, et qu’il faut faire un pont d’or à un ennemi qui se retire.
Lorsque l'empereur eut conduit les débris épars de ses troupes jusques aux frontiéres de Milan, et nommé ! marquis du Guast pour succéder à Léve dans le gouvernement de ce duché, il partit pour Gênes. Après ce revers humiliant, il ne voulut pas s’exposer au mépris des Italiens, et repasser par les villes qu'il avait traversées, il y avait quelques mois , dans tout l'éclat dan monarque triomphant et marchant à de nouvelles victoires : il prit donc le parti de s'embarquer directement pour l'Espagne 1,
Ses armes n’eurent pas sur les frontières opposées de la France des succès capables de le dédommager des pertes qu'il venait d'essuyer en Provence. Du Bellay, à force d'adresse et d’intrigues, avait déterminé tant de princes allemands à rappeler le contingent de troupes qu’ils avaient fourni au roi des Romains, qu'il fut obligé de renoncer entièrement au projet de faire une irruption dans la Champagne. L'armée nombreuse des Pays-Bas était entrée dans la Picardie , et l'avait trouvée assez mal gardée, parce que toutes les forces du royaume s'étaient portées du côté du midi; mais la noblesse courut aux armes , suppléa par son courage et son activité ordinaires au défaut de préparatifs et
| à la négligence de son roi; elle défendit Péronne
et les autres villes attaquées, avec tant de vigueur, que les ennemis furent obligés de se retirer, sans avoir pu faire aucune conquête importante 2,
Ce fut ainsi que François, par la prudence de ses mesures, par l’union et la valeur de ses sujets, fit échouer tous ces efforts extraordi.
| naires, dans lesquels son rival épuisa ses for-
ces. Jamais l'empereur, dans tout le cours de ses longues querelles avec le roi de France, ne reçut de mortification plus sensible; cette dis-
! Jovius, Æist., liv. Xxxv, p. 174, etc, * Mém. de du Bellay, p. 318, etc.
grâce, en humiliant son orgueil, affaiblit réellement sa puissance.
Un événement imprévu vint empoisonner la joie que donnait à François le succès de cette campagne. Ce fut la mort du dauphin, son fils aîné, prince qui donnait les plus grandes espérances, et qui était singulièrement aimé du peuple à cause de sa ressemblance avec son père. Cette mort presque subite fut attribuée au poison , non-seulement par le vulgaire qui aime à imputer à des causes extraordinaires la mort des personnes illustres, mais par le roi même et par les ministres. Le comte de Montecuculli, gentilhomme italien, échanson du dauphin, fut arrêté sur quelques soupçons et appliqué à la torture. Il chargea publiquement les généraux de l'empereur, Gonzague et Léve ;'et les accusa de l'avoir porté à cet attentat ; il alla mème jusqu'à jeter sur l’empereur des imputations indirectes et équivoques. Dans un temps où toute la France était animée d’une haine implacable contre Charles, il ne fallait pas d'autres indices pour convaincre toute la nation de la réalité de ce forfait, et l'on n'eut égard ni à l'assurance avec laquelle Charles et ses officiers protestaient de leur innocence, ni à l'indignation et à l'horreur qu'ils témoignèrent de ce qu’on pouvait les supposer capables d'une action si exécrable. Il est évident cependant que l'empereur n'avait aucun motif qui pôût l’intéresser à commettre un tel crime: outre le dauphin, François avait deux fils, tous deux en âge de lui succéder , et il était lui-même dans la vigueur de son âge. Sans parler même du caractère de l’empereur , à qui l’on n'a jamais pu reprocher aucune action qui ressemblât à cette atrocité, cette seule considération est plus que suffisante pour contre-balancer ie poids d'un témoignage équivoque arraché dans les tourmens de la question t : les historiens les moins prévenus disent que la mort du dauphin fut occasionée par de l’eau froide qu’il but imrrudemment après s'être fort échauffé en jouant à la paume ; et cette cause, qui est des plus simples, est aussi la plus vraisemblable, Mais s'il est vrai qu'il ait été empoisonné, l’empereur rencontra assez juste dans ses conjectures, lorsqu'il assura que le poison lui avait été donné par les ordres de Catherine de Médicis, dans la vue
4 Sandov., Aist, del. emper, vol. 1, p. 31.
d'assurer la couronne au duc d'Orléans, son mari !. 11 est évident qu’elle eût retiré les plus grands avantages de la mort du dauphin; et l'on sait que son ambition sans frein et sans mesure n’eut jamais aucun scrupule sur les moyens qui pouvaient la conduire à son but.
L'année suivante s'ouvrit par un événement fort extraordinaire, quoique peu important par lui-même; il ne mériterait pas qu’on en parlât, s'il n’était pas une preuve frappante de cette animosité personnelle qui se méla dans toutes les querelles de Charles et de François, et qui les porta l’un envers l’autre à des excès indécens et avilissans pour tous deux. François, accompagné des pairs et des princes du sang, ayant été prendre place au parlement de Paris avec les formalités usitées, l'avocat général se leva, ‘et après avoir accusé Charles d'Autriche (c’est le nom qu'il affecta de donner à l’empereur) d'a-
” voir violé le traité de Cambray, qui le dispensait
de l'hommage qu'il devait à la couronne de France pour les comtés de Flandre et d’Artois, il soutint que ce traité n'ayant pas eu son effet, l'empereur devait toujours être regardé comme le vassal de la couronne, et qu’il était coupable de rébellion pour avoir pris les armes contre son souverain; il conclut en conséquence à ce que Charles fût ajourné à comparaître en personne ou par procureur, pour répondre sur cette accusation devant le parlement de Paris, comme son juge légitime. Cette étrange requête fut admise : un héraut se rendit sur les frontières de la Picardie et somma Charles, dans les formes accoutumées, de comparaître dans un délai prescrit. Ce terme étant expiré, et personne ne paraissant au nom de l'accusé, le parlement rendit un arrêt par lequel il jugea que Charles d’Autriche avait forfait et perdu ses fiefs pour cause de rébellion et de contumace, déclara la Flandre et l'Artois réunis à la couronne, et ordonna que l'arrêt serait publié à son de trompe sur les frontières de ces deux provinces ?.
François, presque aussitôt après ce vain étalage de ressentiment plutôt que de puissance, marcha vers les Pays-Bas, comme pour exécuter l'arrêt qu'avait rendu son parlement, et pour prendre possession des territoires qui lui étaient
1 Vera y Zuniga, Vida de Carlo F, p. 75.
2 Lettres et mémoires d'état, par Ribier, 2 tom. Blois, 1666, tom. 1, p. 1.
adit per dec rée borc imp arm la gl nom b avai F tour roua mor çois Fi com] dans sard
HU pagn alors pied mont
ic d'Orléans, son eût retiré les plus t du dauphin; et s frein et sans meule sur les moyens son but, par un événement peu important par as qu’on en parlât, frappante de cette > méla dans toutes de François, et qui des excès indécens François, accompadu sang, ayant été : de Paris avec les rénéral se leva, et l'Autriche (c’est le à l’empereur) d’aay, qui le dispensait à la couronne de ‘landre et d'Artois, nt pas eu son effet, tre regardé comme qu'il était coupable esarmes contre son nséquence à ce que araitre en personne ondre sur cette acnt de Paris, comme nge requête fut adur les frontières de es, dans les formes > dans un délai pres- ‘et personne ne pale parlement rendit 1 que Charles d'Auses fiefs pour cause , déclara la Flandre ne, et ordonna que trompe sur les frondt après ce vain état que de puissance, comme pour exécu- 1 parlement, et pour toires qui lui étaient
arlo F, p.75.
at, par Ribier, 2 tom.
ul
adiugès. Comme la reine de Hongrie, à qui l'empereur, son frère, avait confié le gouvernement de cette province de ses états, n'était pas préparée à cette invasion soudaine, François fit d’abord quelques progrès et prit quelques villes importantes. Mais forcé bientôt de quitter son armée pour aller diriger les autres opérations de la guerre, les Flamands assemblèrent une armée nombreuse, reprirent la plupart des villes qu'ils avaient perdues, et commencèrent à faire à leur tour des conquêtes. A la fin, ils investirent Térouane; le duc d'Orléans, alors dauphin par la mort de son frère, et Montmorency, que François avait honoré de l'épée de connétable en récompense des grands services qu’il avait rendus dans la campagne précédente, résolurent de hasarder une bataille pour faire lever le siége de la place. Tandis qu'ils s'avançaient dans ce dessein, ils furent arrêtés à quelques milles de l'ennemi par l'arrivée d'un héraut qui venait, de la part de la reine de Hongrie, leur apprendre la conclusion d’une suspension d'armes.
On dut cette suspension imprévue au zèle et aux efforts des deux sœurs, la reine de France
et celle de Hongrie, qui ne cessaient de travailler : Dans ce temps-là les peuples n'étaient pas en-
à réconcilier les deux monarques. La guerre des |
Pays-Bas avait ravagé les provinces frontières des deux états, sans aucun avantage réel pour les deux partis : les Français et les Flamands regrettaient également l'interruption de leur commerce, qui faisait leur bien commun ; et Charles et François, qui avaient épuisé leurs sujets pour soutenir les opérations dispendieuses de la campagne précédente, virent qu’ils ne pouvaient alors entretenir dans ce pays des armées sur pied sans affaiblir leurs opérations dans le Piémont, où ils voulaient tous deux faire les plus grands efforts. Toutes ces circonstances secondèrent les négociations des deux reines : on conclut une trève qui devait durer dix mois, mais qui n'avait lieu que pour les Pays-Bas 1, La guerre se faisait toujours avec beaucoup de vivacité dans le Piémont. Charles et François n'étaient pas, il est vrai, en état de faire des ef forts proportionnés à leur animosité mutuelle ; mais ils continuaient les hostilités comme deux combattans que la haine soutient encore lorsque leurs forces sont épuisées. Les mêmes villes étaient
1 Mémoires de Ribier, p. 56.
230$ alternativement prises et reprises; ilnese passait pas de jours qu’il n'y eût quelques petits combats; on versait beaucoup de sang, sans qu'il y eût aucune action qui donnât la supériorité à l'un ou à l'autre parti. A la fin les deux reines, ne voulant pas laisser imparfaite la négociation salutaire qu’elles avaient commencée, firent tant par leurs sollicitations et leurs importunités , l'une auprès de son frère, l'autre auprès de son mari, qu’elles les déterminèrent à consentir aussi à une trève de trois mois dans le Piémont. On convint que chacun des deux rois garderait tout le pays dont il se trouvait en possession, et retirerait son armée de la province , en laissant des garnisons dans les villes, et qu’on nommerait des plénipotentiaires pour terminer toutes les contestations par un traité définitif 1,
Les motifs qui déterminèrent les deux rois à cet accommodement, sont les mêmes que ceux dont j'ai déjà fait mention plusieurs fois. Les dépenses de la guerre avaient excédé de beaucoup les fonds que pouvaient fournir leurs revenus, et ils n’osaient pas tenter d'ajouter de nouveaux impôts à ceux qui étaient déjà établis.
core accoutumés à porter sans murmure les fardeaux immenses dont on les a chargés depuis.
L'empereur surtout, quoiqu'il eût contracté des dettes qui paraissent énormes pour sor siècle 2, ne pouvait payer les sommes considérables qui étaient dues depuis tant de temys à son armée. Il ne lui restait point d'espoir de tirer du pape ou des Vénitiens aucun secours d'hommes ou d'argent, quoiqu'il n'eût épargné pour y réussir ni promesses ni menaces. Le pape, toujours ferme dans la résolution qu'il avait prise de garder une parfaite neutralité, déclara que c'était le seul parti qui convint à son caractère. et il ne s’occupa que des moyens de rétablir la paix. Les Vénitiens suivaient toujours leur ancien système, dont le but était de tenir la halance égale entre les deux rivaux, et d'éviter de mettre d’un côté un poids trop considérable qui rompit l'équilibre.
Mais ce qui fit sur Charles plus d'impression encore que tous ces motifs, ce fut la crainte des Turcs, que François avait encore suscités contre
! Mémoires de Ribier, p. 62.
3 Ribier ; vol. 1, p. 294,
LE né em ec
lui, en faisant un traité avec Soliman. Quoique François eût une guerre à soutenir contre un ennemi beaucoup plus puissant que lui, sans être secondé d'aucun allié, il avait long-temps balancé :: les chrétiens avaient alors tant d’horreur pour toute espèce d'union avec les infidèles, union qu'ils regardaient comme déshonorante et comme impie, qu’il hésita beaucoup à profiter des avantages évidens que lui offrait l’alliance du sultan. A la fin cependant la nécessité fit taire ses scrupules et surmonta sa délicatesse. Vers la fin de l'année précédente, Laforèt, qui était son agent secret à la Porte-Ottomane, avait conclu avec Soliman un traité par lequel le sultan s’engageait à envahir dans la campagne suivante le royaume de Naples, et attaquer le roi des Romains en Hongrie avec une armée nombreuse, tandis que François, de son côté, se chargerait d'entrer en même temps dans le Milanais avec un corps de troupes suffisant pour s'en emparer. Soliman avait ponctuellement rempli ses engagemens. Barberousse parut avec une flotte considérable devant les côtes de Naples, jeta la consternation dans ce royaume, d’où toutes les troupes impériales étaient sorties pour passer dans le Piémont, débarqua sans obstacle près de Tarente, obligea Castres, ville assez forte, à se rendre, ravagea le pays adjacent, et se préparait déjà à assurer et à étendre ses conquêtes, lorsque l’arrivée soudaine de Doria, soutenu des galères du pape et d’un détachement de la flotte vénitienne, força le corsaire à se retirer. Les Turcs avaient fait dans la Hongrie des progrès plus redoutables. Mahmet . leur général, après plusieurs légers avantages, défit les Allemands dans une grande bataille qui se donna à Essek sur la Drave !.
Heureusement pour la chrétienté, il ne fut pas au pouvoir de Francois d'exécuter avec la même exactitude la clause du traité à laquelle il s'était engagé; il ne put alors assembler une armée assez forte pour pénétrer dans le Milanais, et il perdit par-à l’occasion de recouvrer la possession de ce duché. Ainsi son impuissanece sauva l'Italie des calamités d’une nouvelle guerre et au malheur de se voir en proie, après tous
sentit qu’il ne résisterait pas long-temps auxefforts réunis de deux alliés si puissans, ex qu'il ne devait pas espérer que des hasards heureux vinssent une seconde fois délivrer Naples :! sauver le Milanais; il prévit que les états : ‘Italie l'accuseraient hautement d’une ambition insatiable, et peut-être même tourneraient leurs armes contre lui, s'il prenait assez peu d’intérêt au danger dont ils étaient menacés pour s’obstiner à prolonger la guerre. Toutes ces raisons lui firent sentir la nécessité de consentir à une trève, pour l'intérêt de sa gloire et de sa propre sûreté. François ne voulut pas non plus se charger de tout le blâme auquel il s’exposerait en s’opposant seul au rétablissement de la paix, ni courir le danger d'être abandonné des Suisses et des autres troupes étrangères, qui étaient à son service et que son refus pourrait dégoûter. Il commençait même à craindre que ses sujets ne le servissent avec répugnance, si, en contribuant à l'agrandissement de la puissance des infidèles, puissance que son propre devoir et l'exemple de ses ancêtres semblaient lui ordonner d’abaisser , il continuait de se conduire d’une manière directement contraire à tous les principes qui devaient guider un monarque distingué par le nom de roi très chré-
tien. Ces considérations le déterminèrent ; il
aima donc mieux courir le risque de désobliger
, son nouvel allié, que de s’exposer à des dan-
ies maux qu'elle avait déjà soufferts , à la fureur |
aestructive des armées turques ?. L'empereur
* Astnanhaffi, Zist. hung., liv. xin, p. 139. 3 Jov., Æist., liv. xxxv, p. 183.
gers bien plus graves, par une fidélité déplacée à remplir les conditions du traité qu’il avait conclu avec le sultan.
Quoique les deux parties consentissent à une trève, cependant lorsqu'il fut question de régler es articles d’un traité‘définitif, les plénipotentiaires trouvèrent des difficultés insurmontables. Chacun des deux monarques voulait prendre le ton de vainqueur , et dicter à l'autre des lois: ni l’un ni l’autre ne voulait avouer son infériorité, en faisant ie sacrifice de quelque point d'honneur ou d'intérêt. En sorte que les plénipotentiaires perdirent le temps en longues et inutiles négociations, et finirent par se séparer après avoir conelu seulement une prolongation de trève pour quelques mois.
Cependant le pape, se flattant d'être plus
| heureux que les plénipotentiaires, prit sur lui
tout le fardeau des-négociations de la paix ; ses deux grands objets étaient de former une ligue
capi vasi des résie le r sair vont riva brot rest jeter faire enco il er fami ment moir ordir par t Nice rend comr rend carac pour Voya; ment deux de di encor d’ani fout ; lait li malg cond!
tacles finitif sion autor quelle préte travai une t) que I.
chacu et qu raient ter à]
‘he
long-temps aux ef i puissans, e qu'il les hasards heureux livrer Naples :! sauque les états : Italie l’une ambition insatourneraient leurs it assez peu d’intéaient menacés pour erre. Toutes ces raiessité de consentir à le sa gloire et de sa voulut pas non plus e auquel il s’exposerétablissement de la l'être abandonné des pes étrangères, qui e son refus pourrait 1ème à craindre que \vec répugnance, si, ssement de la puisnce que son propre ancêtres semblaient continuait de se conctement contraire à aient guider un moom de roi très chrée déterminèrent ; il risque de désobliger s’'exposer à des danune fidélité déplacée traité qu’il avait con-
consentissent à une fut question de ré- ‘définitif, les plénixs difficultés insurx monarques voulait ar, et dicter à l’autre le voulait avouer son sacrifice de quelque rêt. En sorte que les Je temps en longues finirent par se sépament une prolonga- S MOIS.
flattant d'être plus iiaires, prit sur lui tions de la paix ; ses de former une ligue
capable de défendre la chrétienté contre les in-
vasions formidables des Turcs , et de concerter
des mesures efficaces pour l’extirpation de l'hé-
résie ; et il regardait l'union de l'empereur avec le roi de France comme le premier. pas nécessaire pour parvenir à ce but. D'ailleurs en ré-
conciliant par sa médiation ces deux monarques |
rivaux que ses prédécesseurs avaient si souvent brouillés par leurs intrigues indécentes et intéressées, cette démarche ne pouvait manquer de jeter un grand éclat sur son caractère et de faire honneur à son administration. Il pouvait
Ainsi finit une guerre qui ne fut pas de longue durée, mais qui fut très importante par ja vaste étendue desopérations qu'elle embrassait, et par les efforts qu'y firent les deux rivaux. Quoique François eût manqué l'objet qu'il avait principalement en vue, et qui était de recouvrer le Milanais, il s'acquit néanmoins une grande réputation par le succès de ses armes et par la sagesse des mesures qu'il prit pour repousser
| une invasion formidable ; et la moitié des états du duc de Savoie, dont il s'assura la possession j
encore espérer qu’en suivant des vues si louables |
il en retirerait des avantages pour sa propre
famille dont il ne négligeait pas l’agrandisse- !
ment, quoiqu'il mit dans ce projet beattcoup moins d’audace et d'ambition que n’en ont mis ordinairement les papes de ce siècle, Déterminé par tous ces motifs , il propasa une entrevue à Nice entre les deux monarques, et offrit de s'y rendre lui-même en personne, afin d'agir comme médiateur et d’accommoder leurs différends. En voyant un pontife, vénérable par son caractère et son grand âge, se résoudre par zële pour la paix à essuyer les fatigues d’un si rong voyage, Charles ni François ne purent décemment refuser l'entrevue. Ils se trouvèrent tous deux au lieu du rendez-vous ; mais il s'éleva tant de difficultés pour le cérémonial, et il restait encore au fond de leur cœur tant de défiance et d'animosité , qu’ils refusèrent de se voir, et que fout se négocia par l'entremise du pape qui allait les visiter tour à tour. Malgré tout son zèle, malgré la drôiture de ses intentions et de sa conduite, il ne put venir à bout de lever les uhstacles qui s’opposaient à un accommodement dé. finitif, surtout ceux qui regardaient ja posses- Sion du Mitanais, et tout le poids de son autorité ne put vaincre l'obstination avec laquelle chacun des deux rois insistait sur ses prétentions. Enfin, pour ne pas paraître avoir travaillé sans succès, il les fit consentir à signer une trève de dix années , aux mêmes conditions que la première, et par laquelle on convint que chacun garderait ce qu'il avait en sa possession, et que dans cet intervalle les deux rois enverraient à Rome des ambassadeurs pour y discuter à loisir leurs prétentions respectives 1,
‘ Recueil des Traités, p. 210, Retativne del Nicolo
ne laissa pas d'ajouter à son royaume un domaine assez considérable. Charles, au contraire, re poussé, humilié, après s'être flatté avec tant d'arrogance d'un triomphe assuré, se voyait obligé d'acheter une trève peu honorable en sacrifiant un allié qui s'était trop reposé sur son amitié et sur sa puissance. L'infortuné duc de Savoie murmura , se plaignit, déclama contre | un traité qui lui était si désavantageux ; mais ce fat en vain : trop faible pour résister aux circonstances, il fallut s'y soumettre. De tous ses états, Nice avec ses dépendances fut la seule portion dont il resta possesseur : il vit le reste partagé entre un puissant agresseur et ce même allié dont il avait imploré la protection : c’est un triste exemple de l'imprudence des princes faibles qui, ayant le malheur d'avoir des voisms puissans et de se trouver engagés dans leurs querelles , sont nécessairement écrasés dans le choc.
Quelques jours après la signature de la trève , l'empereur s'embarqua pour Barcelone ; mais les vents contraires le poussérent vers l'ile de Sainte- Marguerite, sur les côtes de Provence. François, qui ne s'en trouvait pas fort éloigné, en ayant eu avis, se fit un devoir de lui offrir un asile dans ses états. et lui proposa une entrevue particulière à Aigues-Mortes. L'empereur ne voulut pas que son rival le surpassat en générosité, et il se rendit aussitôt au lieu indiqué. Dès qu'il eut jeté l'ancre dans la rade , François, oubliant tout cérémonial , et se reposant aveuglément de sa sûreté sur les sentimens d'honneur de l’empereur, lui rendit visite À bord de sa galère, où Charles le reçut avec toutes les démonstrations de l'estime et de l'affection la plus sincère. Le lendemain , l'empereur donna à
Tiepolo dell” aboccamento di Nizza. Dumont, Corps diplom., part. n, p. 177.
François la même marque de confiance : il dé-
barqua à Aigues-Mortes avec aussi peu de précautions, et fut reçu avec la même cordialité.
Les deux monarques passèrent la nuit sur le ri-
vage, et, dans leurs visites réciproques , ils semblaient se disputer à qui témoignerait à l’autre le plus de respect et d'amitié !. Après vingt années de guerre déclarée ou d'inimitié secrète, après tant d'injures réciproques , après s'être donné tour à tour un démenti formel et s'être proposé publiquement un cartel; après que l'empereur avait déclamé à la face de l'Europe contre François, et l’avait traité de prince sans
ce libertinage tant de recherche et de variété, qu'il prit sur l'esprit d'Alexandre l'ascendant le plus absolu. Mais tandis que Laurent paraissait s'abimer avec lui dans le vice, et affectait en apparence tant d'indolence et de mollesse, qu'il ne voulait pas porter une épée, et qu'il feignait de frissonner à la vue du sang, il cachait sous ces dehors hypocrites une âme dévorée d'une ambition audacieuse et, profonde. Soit amour de la liberté, soit espérance d'atteindre
| aurang suprême, il résolut d’assassiner Alexan- | dre, son bienfaiteur et son ami. Quoiqu'il eût | long-temps roulé dans son sein cet horrible
honneur et sans probité, et que François l'avait | : pect l’empècha d'en faire part à personne : il
accusé d'être complice de l’empoisonnement de son fils aîné, une telle entrevue dut paraître bien
singulière et même assez peu naturelle; mais |
l'histoire de ces deux monarques est pleine de contrastes aussi frappans et aussi brusques. En un moment ils paraissaient passer d’une haine implacable à la réconciliation la plus sincère; de la défiance et des soupçons à une confiance sans réserve , et de toutes les manœuvres ténébreuses d’une politique perfide à la franchise généreuse de deux braves gentilshommes.
Le pape joignit à la gloire d’avoir rendu la , Six à l’Europe la satisfaction de travailler avec succès à l'agrandissement de sa famille; il vint à bout de déterminer l’empereur à fiancer Marguerite d'Autriche, sa fille naturelle, veuve d'Alexandre de Médicis, à Octave Farnèse ; et Charles, en considération de ce mariage, accorda en même temps à son gendre futur des honneurs et des territoires considérables. Marguerite avait perdu son mari vers la fin de l’année 1537, par un événement des plus tragiques. Ce jeune prince , que la faveur de l’empereur avait élevé dans Florence au pouvoir suprème sur les ruines de la liberté publique, négligea absolument le soin du gouvernement, et s’abandonna à la débauche la plus effrénée. Laurent de Médicis, son plus proche parent , ne se con-
tentait pas d'être le compagnon de ses plaisirs, | il en était encore le ministre ; et faisant servir |
à cet infâme emploi toutes les ressources d’un
génie cultivé et inventif, il savait répandre sur |
1 Sandov., Æist., vol. 238. Relation de l’entrevue de Charles V ct Franç., par M. de la Rivoire. Æist. de Languedoc, par D. D. de Vic et Vaissette, tom. V, preuves, p. 93.
projet, son caractère soupçonneux et circons-
continua de vivre avec Alexandre dans la même familiarité ; enfin, une nuit, sous prétexte de lui avoir obtenu un rendez-vous avec une dame du premier rang , dont Alexandre avait souvent sollicité les faveurs, il attira ce prince inconsidéré dans un appartement secret de sa maison, et l'y poignarda au moment où, couché nonchalamment sur un lit, il se préparait à recevoir la dame dont on lui avait promis la jouissance : mais Laurent n’eut pas plus tôt commis ce forfait, que demeurant immobile et confondu, frémissant d'horreur à la vue de son atrocité, il oublia en un moment tous les motifs qui l'y avaient porté. Au lieu d'exciter le peuple à reprendre sa liberté, en lui annonçant la mort du tyran ; au lieu de prendre quelque mesure pour se frayer la route à la dignité qu'il venait de rendre vacante, il ferma la porte de l'appartement, et comme un homme qui a perdu la tête, i! s'enfuit avec la plus grande précipitation hors du territoire de Florence. Ce ne fut que fort tard dans la matinée du lendemain que l'on fut instruit du sort du malheureux Alexandre ; car ses gens, accoutumés à l'irrégularité de sa vie, n’entraient jamais de bonne heure dans son appartement. Les premiers de l’état s'assemblèrent aussitôt. Le cardinal Cibo, anin:é par son zèle pour la maison de Médicis, à laquelle il tenait de fort près, et secondé par Francois Guichardin, qui retraça à la mémoire des Florentins, avec les couleurs les plus vives, les caprices et les troubles de leur ancien gouvernement populaire, les détermina à mettre à la
| homme de 18 ans, le seul héritier mâle de cette
tête du gouvernement, Côme de Médicis, jeune
ces v.
diffé:
anim pren si fav ses a par l deR Pape, entrè corps qui a les r choix pour rent granc adres rables tratio cour à tion c l'éléve
combi l’alliar
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erche et de variété, exandre l’ascendant que Laurent paraisle vice, et affectait ice et de mollesse, une épée, et qu'il e du sang, il cachait s une âme dévorée + et. profonde. Soit spérance d'atteindre d’assassiner Alexan- | ami, Quoiqu'il eût n sein cet horrible >çonneux et circonspart à personne : il andre dans la mème it, sous prétexte de vous avec une dame andre avait souvent a ce prince inconsisecret de sa maison, nt où, couché nonpréparait à recevoir romis la jouissance :
tôt commis ce forfait, t confondu, frémisde son atrocité, il s les motifs qui l'y citer le peuple à rennonçant la mort du uelque mesure pour nité qu'il venait de porte de l'appartequi a perdu la tête, de précipitation hors e ne fut que fort tard lemain que l'on fut reux Alexandre; car régularité de sa vie, ne heure dans sou de l’état s'assembli- Cibo, anin.é par son lédicis, à laquelle il condé par François la mémoire des Floles plus vives, les leur ancien gouverermina à mettre à la
ne de Médicis, jeune |
héritier mâle de cette
famille célèbre. En même temps l'amour que ces peuples conservaient pour la liberté, leur fit faire plusieurs règlemens qui modéraient et limitaient son pouvoir.
Cependant Laurent , ayant gagné un lieu de sûreté, raconta ce qu'il avait fait à Philippe Strozzi et aux autres Florentins qui avaient été exilés , ou qui s'étaient bannis volontairement , lorsqu'on avait aboli la forme républicaine pour établir la domination des Médicis. Ces républicains donnèrent à son forfait des éloges extra-
‘ vagants : ils comparèrent la vertu de Laurent à
celle des deux Brutus, qui sacrifiérent à la liberté de leur patrie, l'un, les droits de la nature et du sang, l’autre, les devoirs de la reconnaissance et de l'amitié !. Îls ne se bornèrent pas à ces vains .panégyriques; ils sortirent de leurs différentes retraites, assemblérent des troupes, animérent leurs vassaux et leurs partisans à prendre les armes et à profiter d’une occasion si favorable pour rétablir la liberté publique sur ses anciens fondemens. Protégés ouvertement par l'ambassadeur que la France avait à la cour de Rome, et secrètement encouragés par le pape, qui n’aimait pas la famille des Médicis, ils entrèrent dans le territoire de Florence avec un corps de troupes assez considérable, Mais ceux qui avaient élu Côme étaient pourvus de toutes les ressources nécessaires, pour soutenir leur choix, et doués de tous les talens qu'il fallait pour employer à propos ces ressources. Ils levèrent avec la plus grande diligence un assez grand nombre de troupes, et mirent toute leur adresse à gagner les citoyens les plus considérables, et à faire goûter au peuple l'administration du jeune prince. Surtout, ils firent leur cour à l'empereur , et recherchèrent sa protection comme la seule base solide qui pt soutenir l'élévation et le pouvoir de Côme. Charles savait combien les Florentins avaient de goût pour l'alliance de la France, et il n'ignorait pas combien il était détesté de tous les partisans du &ouvernement républicain, qui le regardaient comme l'oppresseur de leur liberté. Il avait donc le plus grand intérêt à empêcher le rétablissement de l'ancienne constitution. Il le sentit , et ne se contenta pas de reconnaître Côme pour le clef de l'état Florentin et de lui prodiguer tous
{ Leltere di principi, tome}, p. 52.
les titres d'honneur dont Alexandre avait été décoré; il s'engagea encore à le défendre avec zèle : et pour gage de sa promesse , il envoya aux commandans des troupes impériales qui se trouvaient cantonnées sur les frontières de la Toscane, ordre de le soutenir contre ses ennemis. Côme , aidé de ces secours, triompha aisément des bannis; il surprit leurs troupes dans une nuit, et prit la plupart de leurs chefs. Cet événement rompit toutes les mesures du parti, et son autorité demeura solidement établie. Il aurait désiré d'ajouter a tous les honneurs dont il était comblé, celui d'épouser la veuve de son prédécesseur Alexandre, fille de Charles : mais l'empereur, se croyant déjà sûr de l'attachement de Côme, aima mieux satisfaire le pape en la donnant à son neveu !,
Pendant que l'empereur et François se faisaient la guerre, il se passa un événement qui refroidit beaucoup l'amitié et la confiance réciproque établie depuis long-temps entre le roi d'Angleterre et lé roi de France. Jacques V, roi d'Écosse, jeune prince entreprenant, ayant appris que l'empereur avait formé le projet d’envahir la Provence, voulut faire voir qu’il ne le cédait point à ses ancêtres dans son attachement pour la France : jaloux en même temps de se distinguer par quelque exploit militaire, il leva un corps de troupes, avec le projet de le conduire lui-même au secours de François. Plusieurs accidens malheureux ne lui ayant pas permis de mener sa petite armée en France, il ne renonça pas pour cela au dessein d'y passer lui-même. Dès qu'il fut débarqué, ils se hâta : de se rendre en Provence : mais il était trop tard ; il avait été arrêté si long-temps dans son voyage qu'il ne put se trouver à aucune action, et il ne joignit le roi de France qu'après la retraite des impériaux. Un zèle si vif, joint à des manières et à une conversation aimable, plurent si fort à François qu'il ne put lui refuser sa fille Madeleine en mariage. Cette nouvelle affligea sensiblement Henri : il était devenu jaloux de Jacques qu'il avait traité long-temps, ainsi que ses sujets, avec beaucoup de mépris, et il ne pouvait voir avec indifférence un mariage qui devait infailliblement augmenter les forces et la
* Jov., Aist.,liv. cxvni, p. 218, etc. Belcar., Comment.,
div. xx, p. 696. Historia de sui tempi di Give. Bat. Adriani, Venet. 1587, p. 10,
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