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réputation du jeune prinee qu'il haïssait !. I ne pouvait pourtant avec bienséance empècher François de marier sa fille avec un souverain
[1538] gagé l'empereur, etles guerres qu’il avait sou-
. tenues pendant plusieurs années, avaient conti-
descendu d’une famille de princes anciens et
fidèles alliés de la couronne de France; mais
Madeleine étant morte presque aussitôt, et Jacques demandant en seconde noces Marie de Guise, Henri sollicita vivement François de refuser son consentement à ce mariage, et pour faire échouer plus sûrement la proposition de Jacques il demanda cette princesse pour luimême. François donna la préférence au rui d'Écosse , dont la recherche était sincère, et n’écouta point les propositions artificieuses et malintentionnées de Henri, qui en fut vivement blessé. D'un autre côté, la pacification conclue 4 Nice et l'entrevue familière des deux monarques à Aigues-Mortes avaient jeté dans l'âme de Henri de nouveaux soupçons; ils’imagina que François avait entièrement renoncé à son amitié pour former de nouvelles liaisons avec l’empereur. Charles, qui connaissait à fond le caractère du roi d'Angleterre , observait avec attention tous les changemens et les caprices de ses passions, et il jugea que le moment était venu de renouveler avec lui ses anciennes négociations depuis si long-temps interrompues. La mort de la reine Catherine, dont l'empereur n'avait pu décemment abandonner les intérêts, avait éteint la principale cause de leurs divisions : ainsi, sans toucher à la question délicate du divorce, il sut employer auprès de Henri les moyens qu'il crut les plus propres à regagner son amitié. Dans cette vue, il Jui proposa plusieurs mariages; il lui offrit même sa nièce, fille du roi de Danemark : il demanda la princesse Marie pour un des princes de Portugal, et consentit même à la recevoir comme fille illégitime de Henri ?. Aucune de ces alliances ne s'accomplit ; peutêtre même qu'aucune ne fut proposée sérieusement; mais elles n’en donnèrent pas moins lieu à un commerce si suivi entre les deux cours, et à tant de protestations réciproques d'égards et d'estime qu’elles affaiblirent beaucoupleressentiment de Henri contre l'empereur, et préparèrent de loin cette union qui devint dans la suite si fatale au roi de France.
Les vastes entreprises où l'ambition avait en-
+ ist. of Scottand, vol. 1, p 77.
3 Mém. de Ribier, tom. 1, p. 496,
nué de favoriser et d'accélérer les progrès de fa réformation en Allemagne. Pendant son expédition d'Afrique , et dans le temps qu'il était occupé de ses grands projets contre la France, son principal objet , en Allemagne , fut d'empécher que les querelles de religion ne troublassent la tranquillité publique, et pour cela, il traita toujours les princes protestans avec une indulgence propre à les rendre favorables à ses desseins, où du moins à les empêcher de se joindre à son rival. Ce fut par les mêmes motifs qu'il prit grand soin d'assurer aux protestans la jouissance de tous les avantages qui leur avaient été accordés par les articles de la pacification conclue à Nuremberg, en 1532 ! ; à l'exception-de quelques procédures de la chambre impériale , ils ne furent aucunement troublés dans l'exercice de leur religion, et rien ne traversa leur zèle et leur suceès dans la propagation de leur doctrine, Cependant le pape continuait de négocier pour la convocation d'un concile général, et malgré le mécontentement qu'avaient marqué les protestans sur le choix de Mantoue, il persista dans sa résolution, et donna, le2 juin 1536 , une bulle qui indiquait le jour de l'assemblée, dans cette ville, au 23 mai de l'année suivante ; il nommait trois cardinaux pour y présider en son nom , enjoignait à tous les princes chrétiens d'appuyer le concile de leur autorité , et invitait les prélats de toutes les nations às’y trouver. Cetteconvocation d’une assemblée , qui, par sa nature, demande des temps paisibles et des esprits disposés à la concorde, parut très déplacée dans une conjoncture où l'empereur marchait contre la France, et était près de replonger une grande partie de l'Europe dans les troubles de la guerre. La bulle n'en fut pas moins signifiée à toutes les cours par des nonces extraordinaires. L'empereur, pour gagner les Allemands, avait pendant son séjour à Rome vivement pressé le pape d'assembler un concile; mais en même temps, afin d'engager Paul à renoncer à la neutralité qu'il avait toujours gardée entre François et lui, il envoya, avec le nonce que le pape députait en Allemagne, son vice-chancelier Heldo, chargé de seconder toutes les représentations du nonce
‘ Dumont Corps diplom., tom. IV, part n, p 135
res qu'il avait sou- 1ées , avaient contier les progrès de fa 'endant son expé- > temps qu'il était contre la France, nagne , fut d'empêsion ne troublassent pour cela, il traita ns avec une indulworables à ses des- Jècher de se joindre nèmes motifs qu'il protestans la jouisjui leur avaient été pacification conclue l'exception-de quelre impériale, ils ne dans l'exercice de aversa leur zèle et on de leur doctrine, t de négocier pour général, et malgré nt marqué les pro- 1e, il persista dans sa 1536 , une bulle qui ée, dans cette ville, e; il nommait trois son NOM , enjoignait ppuyerleconcile de prélats de toutes les nvocation d’une asdemande des temps osés à la concorde, me conjoncture où la France, et était ide partie de l'Eula guerre. La bulle e à toutes les cours aires. L'empereur, , avait pendant son ressé le pape d'asmême temps, aûn \ la neutralité qu'il François et lui, il le pape députait en lier Heldo, chargé sentations du nonce
n. IV, part u,p 135
(1538, et de les appuyer de tout le poids de l'autorité impériale. Les protestans leur donnèrent audience à Smalkalde, où: ils s'étaient assemblés en corps pour les recevoir; mais après avoir bien pesé leurs raisons, ils refusèrent, d'une voix unanime, de reconnaître un concile qui était convoqué au nom et de l'autorité du pape, et où il s'arrogeait le droit de présider ; qui devait se tenir dans une ville siéloignée de l’Allemagne, soumise à un prince étranger pour eux et étroitement lié avec lacour de Rome; où leurs théologiens ne pourraient se rendre en sûreté, surtout après que leurs opinions avaient été flétries du nom d'hérésie dans la bulle même de convocation. Ces objections contre le concile, jointes à beaucoup d'autres qui leur paraissaient sans réplique, furent détaillées dans un long manifeste qu'ils publièrent pour justifier leur conduite.
La cour de Rome s'emporta contre le refus des protestans , et le donna comme une preuve incontestable de leur présomption. et de leur entétement; et le pape persista toujours dans sa résolution de tenir le concile dans le lieu: et au temps qu'il avait fixés. Mais il survint que'ques difficultés de la part du duc de Mantoue, tant sur son droit de juridiction à l'égard de ceux qui se rendraient au concile, que sur la sûreté de sa capitale au milieu d'un si nombreux concours d'étrangers : le pape n'ayant pu les lever d'abord, il différa le concile de quelques mois ; il transporta ensuite le lieu de l'assemblée à Vicence, dans les états de Venise, et l'indiqua pour le premier mai de l'année suivante. Comme ni l'empereur , ni le roi de France, qui n'avaient encore fait ensemble aucun: accommodement, ne voulurent permettre à leurs sujets de s'y rendre , et qu'il ne s'y trouva pas un seul prélat au jour marqué, le pape, pour éviter de compromettre son autorité par tant de convocations inutiles, remit l'assemblée à un temps indéfini.
Cependant Paul, qui ne voulait pas: paraître avoir tourné toute son attention sur une ré:
forme qu'il ne dépendait pas de lui d'accomplir, tandis qu'’ilnégligeait celle qui était'en:son pouvoir, députa un certain nombre de cardinaux et: d'évèques, avec plein pouvoir d'examiner les abus:et les désordres de la cour de Rome, et de proposer, pour les:corrigers les moyens les-plus |
efficaces. Cette commision fut acceptée avec répugnance, et exécutée avec lenteur et avec mollesse. On ne porta sur tous les désordres qu'une main timide, qui tremblait de sonder trop avant la profondeur de la plaie, ou-d’en dévoiler toute l'étendue. Malgré toute la partialité de cet examen, on ne laissa pas de découvrir plusieurs irrégularités, et de mettre au jour des abus monstrueux ; mais les remèdes qu’on indiquait , ou étaient insuffisans, ou ne furent jamais appliqués. On était bien résolu de tenir dans le secret le rapport et l'avis des commissaires; mais il arriva , par quelque accident, qu'ils transpirèrent en Allemagn:, où ils devinrent bientôt pu+ blics et fournirent une ample matière aux réflexions et au triomphe des protestans!. D'un côté , ils démontraient la nécessité de faire une réforme dans le corps entier de l’église, et faisaient voir que plusieurs des abus dent on convenait: étaient ceux mêmes contre lesquels Luther et ses sectateurs s'éiaient élevés avec le plus de chaleur; de l'autre côté, ils prouvaient qu’il était inutile d'attendre des ecclésiastiques assez de courage pour faire eux-mêmes cette réforme ; eux qui, suivant l'expression de Luther, s'amusaient à guérir des verrues, tandis qu'ils negligeaient des ulcères , ou les envenimaient encore 2.
L'activité avec laquelle l'empereur parut d'abord solliciter les princes protestans d'acquiescer à la convocation d’un concile en Italie, les alirma si fort, qu'ils crurent qu'il était prudent de donner encore à leur confédération une nouvelle force, en y recevant plusieurs membres nouveaux qui demandaient à y être admis, particulièrement le roi de Danemark. Heldo, oi pendant sa résidence en Allemagne avait observé les grands avantages qu'ils retiraient de cette union, essaya d'en contre-balancer la force, en formant une semblable union entre les puissances catholiques de l'empire. Cette ligue était purement défensive, et! quoique Heldo l'eût formée au nom de l'empereur, Charles la désavoua ensuite, et il n’y entra qu'un très petit nombre de princesë.
Les protestans furent bientôt instruits de cette association , malgré toutes les précautions
: Sleidan, p. 233.
+ Seck., lv. in, p. 164.
5 Jbid., p. 171. Recueil de Traités.
qu'on avait prises pour la cacher. Leur zèle, toujours porté à scupçonner et à craindre jusqu'à l'excès tout ce qui pouvait menacer la religion , prit aussitôt l'alarme, comme si l'empereur eût été sur le point d'exécuter quelque plan terrible vour l’extirpation de leurs doctrines. Sérieusement occupés de cette idée, et voulant se mettre à l'abri de ce prétendu danger, ils tinrent de fréquentes assemblées, firent assidument leur cour aux rois de France et d'Angleterre, et commencèrent même à parler de lever le contingent de troupes et d'argent que chaque membre était obligé de fournir par le traité de Smalkalde, Mais ils ne tardèrent pas à s'apercevoir que leurs craintes étaient chimériques, et que l’empereur , qui avait le plus grand besoin de la paix et du repos, après l'épuisement où l'avaient jeté les efforts extraordinaires qu'il avait faits dans la guerre contre la France, ne songeait nullement à troubler la tranquillité de l'Allemagne. Les princes protestans en furent convaincus dans une entrevue qu’ils eurent à Francfort avec ses ambassadeurs : il y fut arrêté que toutes les concessions qui leur avaient été faites, particulièrement celles qui étaient contenues dans la pacification conclue à Nuremberg, continueraient de subsister dans toute leur force durant l’espace de quinze mois ; que pendant cet intervalle, la chambre impériale suspendrait toutes procédures contre eux; qu'il se tiendrait une conférence entre un petit nombre de théologiens des denx partis, afin de discuter les points de controverse et de préparer les articles d'accommodement , qui seraient proposés à la prochaine diète, L'empereur ne ratifia jamais cette convention dans les formes , afin de ne pasirriter le pape qui soutenait que le premier article était contraire aux véritables intérêts de l’empereur , et que le second était un attentat impie sur les droits du saint siége; mais elle n’en fut pas moins observée avec la plus grande exactitude , et elle fortifia la base de cette liberté religieuse que les protestans réclamaientf.
Quelques jours après la convention de Francfort, on apprit la mort de George, duc de Saxe, événement très avantageux à la réforme. Ce prince, chef de la branche Albertine ou cadette des princes de Saxe, possédait, comme marquis
1 Fra-Paolo, p. 82. Sleid., p. 247. Seck., p. 3, 200.
de Misnie et de Thuringe, des territoires très étendus, où étaient enclavés Dresde, Leipsick
! et d’autres viiles des plus considérables de l'é-
lectorat. Dès que la réformation s'était déclarée, ce prince s’en était montré l'ennemi avec autant de chaleur, que les princes électeurs en avaient mis à la défendre. Il s'était opposé sans relâche à ses progrès avec tout le zèle qu'inspirent les préjugés de religion, avec toute l’aigreur que lui donnait son antipathie personnelle pour Luther, et avec tout le fiel de l’animosité domestique, qui régnait entre lui et l’autre branche de sa famille. Comme il mourut sans laisser de postérité, sa succession échut à son frère Henri, dont l'attachement pour la religion protestante, surpassait, s’il est possible, celui de son prédécesseur pour la catholique. Henri n'eut pas plus tôt pris possession de ses nouveaux domaines, que sans avoir égard à une clause du testament de George, que lui avait dictée son zèle superstitieux, et par laquelle il léguait tous ses territoires à l’empereur et au roi des Romains, dans le cas où son frère tenterait de faire des innovations dans la religion, il invita quelques docteurs protestans et Luther avec eux à se rendre à Leipsick. Aidé de leurs avis et de leur crédit, il renversa dans l’espace de quelques semaines l’ancien culte, et rétablit le plein exercice de la religion réformée avec l’applaudissement général de ses sujets, qui soupiraient depuis longtemps après ce changement , que l'autorité seule de leur duc avait retardé jusqu'alors. Cette révolution délivra les protestans du danger dont ils étaient à chaque instant menacés par la haine invétérée d'un ennemi, qui se trouvait placé au milieu de leurs territoires : ils virent alors leurs domaines s'étendre et former une ligne suivie presque sans interruption, depuis ies bords de la mer Baltique jusqu'aux rives du Rain.
Peu de temps après la conclusion de la trève de Nice, il arriva un événement qui fit connaître à toute l’Europe que l'empereur avait poussé la guerre aussi loin que le lui avait permis la situation de ses affaires. Il devait depuis long-temps des sommes immenses à ses troupes, qu'il avait toujours amusées d'espérances et de vaines promesses, Comme elles prévirent qu'on aurait encore moins d'égard à leurs demandes, depuis que le rétablissement de la paix rendait leurs services moins nécessaires, elles perdirent pa-
conti Secot affai les m taien ancèt
t Jo ix, P.
des territoires très s Dresde, Leipsick nsidérables de l'éjon s'était déclarée, ennemi avec autant lecteurs en avaient pposé sans relâche le qu'inspirent les oute l’aigreur que rsonnelle pour Lul’animosité domesl’autre branche de sans laisser de pos- | son frère Henri, ligion protestante, celui de son prédéenri n'eut pas plus uveaux domaines, lause du testament ‘e son zèle superstixait tous ses terrides Romains, dans e faire des innovaita quelques docec eux à se rendre s et de leur crédit, quelques semaines ein exercice de la audissement généaient depuis longque l'autorité seule squ'alors. Cette réas du danger dont enacés par la haine e trouvait placé au s virent alors leurs r une ligne suivie lepuis les bords de es du Rhin.
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tience, se révoltérent ouvertement, et déclarérent qu’elles se croyaient autorisées à ravir par la force ce qu'on leur retenait injustement. Cet esprit de sédition ne se renferma pas dans une partie des’états de l’empereur; la révolte devint presque aussi générale que l'était la cause qui la fit naître. Les soldats qui étaient dans le Milanais pillèrent à discrétion le plat pays, et jetèrent la consternation daus la capitale. La garnison du fort de la Goulette menaça de livrer à Barberousse cette importante forteresse. Dans la suite les troupes impériales se portèrent encore à de plus grands excès : après avoir chassé leurs officiers et en avoir élu d’autres à leur place, ils défirent un détachement que le vice-roi avait envoyé contre eux, prirent et pillèrent plusieurs villes, et se conduisirent avec tant d’unanimité, que leurs opérations ressemblaient plus à la conduite régulière d’une révolte concertée, qu’à la violence passagère et désordonnée de soldats mutinés, Cependant les généraux de l’empereur, à force d'adresse et de prudence, soit en empruntant de l'argent en leur nom ou au nom de Charles, soit en forçant les villes de leurs provinces respectives à payer de fortes contributions, levèrent l’argent néecssaire pour acquitter la solde des troupes, et apaisèrent les émeutes : ensuite ils licencièrent la plus grande partie des soldats, et n’en gardèrent qu’autant qu’il en fallait pour les garnisons des places principales, et pour protéger les côtes de la mer contre les insultes des Turcs !,
Il fut heureux pour l’empereur que l'habileté de ses généraux le tirât de cette situation embarrassante, d'où il n'aurait pu sortir seul, Toutes ses espérances et ses ressources pour s'acquitter avec ses soldats se bornaient aux subsides qu'il attendait de ses sujets de Castille, En conséquence, il assembla les états de ce royaume à Tolède; il leur exposa les grandes dépenses où
l'avaient jeté ses opérations militaires, et les !
dettes immenses qu'il n'avait pu s'empêcher de contracter, et leur proposa de lui fournir les secours qu'exigeait la situation actuelle de ses affaires, en mettant un impôt général sur toutes les marchandises, Mais les Espagnols, qui se sen-
taient déjà chargés de taxes inconnues à leurs | émeutes de l'année 1521, devint fatal à tout
ancètres, et qui s'étaient souvent plaints de voir
1 Jov., Zist., liv. xxxvn, p.203. c. Sandov., Ferreras, ax, p. 209,
leur patrie épuisée d'hommes et d'argent pour des querelles qui ne les intéressaient point, et pour des guerres dont le succès ne leur rapporterait aucun avantage, étaient bien résolus de ne pas s'imposer de nouvezux fardeaux, et de ne pas fournir à l’empereur les moyens de s'engager dans de nouvelles entreprises, aussi ruineuses pour l'Espagne que l'avaient été la plupart de celles qu'il avait formées jusqu'alors. Les nobles en particulier s’'élevérent avec force contre l'impôt proposé, et soutinrent qu'il portait atteinte au premier et au plus précieux privilége de leur ordre, celui d’être exempt de payer aucune sorte de taxe. Ils demandèrent de conférer avec les représentans des villes sur l'état de la nation; ils représentèrent à Charles, que si, à l'exemple de ses prédécesseurs, il résidait constamment en Espagne, et qu'il évitAt de se mêler d'une multitude d’affaires étrangères à ses états espagnols, les revenus fixes de la couronne seraient plus que suffisans pour subvenir à toutes les dépenses nécessaires du gouvernement; ils ajoutèrent que, tandis qu'il négligeait ce moyen sage et toujours efficace de rétablir le crédit public et d'enrichir la nation 1, il serait souverainement injuste de mettre encore de nouveaux impôts sur le peuple. Charles, après avoir inutiiement employé les raisons, les prières, les promesses pour vaincre l'entétement desétats, les congédia le cœur plein d'indignation. Depuis cette époque, ni les nobles ni les prélats n'ont plus été appelés à ces assemblées, sous prétexte que, lorsqu'il s'agissait d'imposer des taxes publiques, des sujets qui n’en payaient point leur part n'avaient pas droit de donner lew voix. On n’admit aux états que les procureurs ou représentans des dix-huit villes. Ceux-ci sont au nombre de trente-six, parce que chaque communauté en nomme deux; ils forment une assemblée qui n’a plus rien du pouvoir, de la dignité et de l'indépendance des anciennes cortès ;: et ils sont entièrement dévoués à la cour dans toutes leurs délibérations 2, Ce fut ainsi que le zèle inconsidéré avec lequel les nobles castillans avaient défendu les prérogatives du monarque contre les prétentions des communes dans les
! Sandov., Æist., vol. Il, p. 264 * Ibid. La science du gouvernement, par M. de
‘ Roal, tom. Il, p. 102.
leur corps. En aidant Charles à abaisser un des ordres de l'état, ils détruisirent cette balance qui faisait la sûreté de la constitution, et mirent ce prince et ses successeurs en état d'abaisser ensuite l’ordre de la noblesse, et de la dépouiller de ses plus beaux privilèges.
Cependant dans ce temps-là même, il restait aux grands d'Espagne un pouvoir et des priviléges extraordinaires, qu'ils exerçaient et qu'ils défendaient avec la hauteur qui leur était propre. L'empereur lui-même en fit une épreuve mortifiante pendant la tenue des états à Tolède. Un jour qu'il revenait d'un tournoi, accompagné de la plus grande partie de la noblesse, un des sergens de la cour , animé par un zèle trop officieux pour faire ouvrir le passage à l'empereur, frappa de son bâton le cheval du duc d’Infantado; le duc hautain s’en offensa, tira son épée et blessa l'officier. Charles, indigné de ceite violence commise sous ses yeux et sans respect pour sa présence, ordonna à Ronquillo, page de la cour, d'arrêter le duc sur-le-champ ; Ronquillo s'avançait pour exécuter cet ordre, lorsque le connétable de la ville s'y opposa, l'arrêta luimême, réclama, comme privilége de sa charge, le droit de juridiction qu'il avait sur un grand d'Espagne, et conduisit Infantado dans son propre appartement. Ceux des nobles qui étaient présens furent si satisfaits de ce zèle courageux pour les priviléges de leur ordre, qu'ils abandonnèrent l'empereur, et accompagnèrent le connétable jusqu'à son palais avec des acclamations réitérées : Charles fut obligé de s’en re-
tourner , n'ayant avec lui que le seul cardinal | Tavera. Quelque sensible que fût l'empereur à ; cet affront, il sentit tout le danger qu'il y aurait | | cipes de toute société, celui d’où dépendent es-
à pousser à bout un corps si jaloux et si fier,
que l'offense la plus légère pourrait porter aux |
plus grandes extrémités. Au lieu de faire valoir ses droits avec une rigueur hors de saison, il ferma prudemment les yeux sur l'arrogance de ce corps trop puissant, qu'il ne pouvait réprimer sans danger, et envoya le lendemain matin chez le duc d’Infantado à qui il fit offrir de faire punir à son gré le sergent qui l'avait insullé. Le duc regarda cette démarche comme une pleine réparation faite à son honneur, pardonna sur-le-champ à l'officier , et lui fit même un présent considérable, en indemnité de sa blessure: Cette affaire fut bientôt entièrement
oubliée ! ; elle ne mériterait pas d’être citée si ce n’était un exemple frappant de l'esprit de hauteur et d'indépendance qu'affectait alors la noblesse espagnole, et en même temps une preuve de la dextérité avec läquelle l’empereur savait se plier aux circonstances où il se trouvait placé.
Charles fut bien loin de montrer la même condescendance et la même douceur pour les bourgeois de Gand, lorsque, quelque temps après, ils se révoltérent contre son gouvernement. Une affaire, arrivée en l’année 1536, occasiona cette émeute téméraire qui fut si fatale à cette ville florissante. La reine douairière de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, ayant reçu de son frère l’ordre d’envahir la France avec les troupes qu'elle pourrait lever, assembla les états des Provinces-Unies, et obtint d'eux un subside de douze cent mille florins pour les frais de cette entreprise. Le conité de Flandre devait en payer un tiers pour son contingent; mais les habitans de Cand, la ville la plus considérable de ce comté, étaient intéressés à éviter toute guerre contre la France, avec laquelle ils faisaient un commerce très étendu et très lucratif; ils refusèrent de paver leur part, et soutinrent que d’après les conventions faites entre eux et les ancètres de l’empereur, leur souverain actuel, on ne pouvait imposer aucune taxe sur leur ville, qu'ils n’y eussent expressément donné leur consentement. La reine de Hongrie soutenait de son côté que le subside de douze cent mille florins ayant été accordé par les états de Flandre , dont les représentans de Gand étaient membres, cette ville était liée par les délibérations de ces états, et qu’un des premiers prin-
sentiellement le bon ordre et la tranquillité de tout gouvernement, c’est que la volonté du plus petit nombre doit céder au jugement et aux décisions de la pluralité.
Ces raisons ne persuadaient point les Gantois; et ils n'étaient pas disposés à laisser échapper de leurs mains un privilége si important. Accoutumés, sous le gouvernement de la maison de Bourgogne, à jouir d'immunités très étendues, et à être traités avec une grande indulgence, ils refusèrent de sacrifier à l'autorité
1 Sandov., Æist., vol. Il, p. 274. Ferreras, vol, IX, p: 212: Miniana, p. 118.
as d’être citée si nt de l'esprit de ’affectait alors la ième temps une quelle l’empereur s où il se trouvait
nontrer la même douceur pour les , quelque temps re Son gouvernel'année 1536, oce qui fut si fatale ine douairière de s-Bas, ayant reçu la France avec les assembla les états : d’eux un subside ir les frais de cette re devait en payer mais les habitans nsidérable de ce viter toute guerre le ils faisaient un lucratif; ils refuet soutinrent que entre eux et les souverain actuel , ne taxe sur leur ressément donné de Hongrie soutede de douze cent jé par les états de s de Gand étaient par les délibéraes premiers prinoù dépendent es- | la tranquillité de la volonté du plus jugement et aux
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ment de la maison nunités très étenne grande indulrifier à l’autorité