Ferreras, vol. IX
subalterne d'une régente , des droits et des pri- ! rent de toutes parts aux armes, chassent de la
viléges qu'ils avaient tant de fois défendus avec succès contre leurs plus grands princes et leurs souverains immédiats. La reine chercha d'abord à les gagner par la douceur, et essaya de les ramener à leur devoir par plusieurs marques de condescendance ; mais n'ayant pu réussir à vaincre leur obstination, elle en fut tellement irritée , qu’elle donna des ordres pour arrêter tous les Gantois qu'on pourrait saisir dans l’étendue des Pays-Bas. Cette violence n'était pas propre à en imposer à des hommes agités par toutes les passions fougueuses qu'inspirent le ressentiment de l'oppression et l'amour de la liberté. Moins touchés du danger que pouvaient courir leurs compatriotes et leurs amis, qu'irrités contre la gouvernante, ils méprisèrent son autorité, et envoyèrent des députés aux autres villes de Flandre pour les conjurer de ne pas abandonner la cause commune dans cette circonstance critique , et de se joindre à eux pour soutenir leurs droits contre les entreprises d’une femme qui ne connaissait pas l'étendue de leurs immunités ou qui affectait de les dédaigner, A l'exception de quelques petites villes , toutes les autres refusèrent de se liguer contre la gouvernante : elles s'unirent cependant pour la prier de suspendre la perception de la taxe jusqu'à ce que les Gantois eussent pu envoyer quelques députés en Espagne, afin de mettre sous les yeux du souverain leur titre d'exemption. Après quelques difficultés la reine accorda cette permission ; mais Charles reçut leurs députés avec une hauteur qu'ils n'étaient pas accoutumés à trouver dans leurs anciens maîtres; il leur enjoignit d'obéir à sa sœur comme à lui-même ,et renvoya l'examen de leur prétention au conseil de Malines, Ce tribunal, qui était proprement une commission sédentaire du parlement ou des états du comté, avec une juridiction suprême dans toutes les matières civiles et criminelles 1, jugea que la prétention des Gantois était mal fondée , et leur enjoignit de payer sans délai leur portion de la taxe.
Indignés de cette décision , qu'ils regardèrent comme une injustice criante, et désespérés de voir leurs droits trahis par la cour même qui s'était engagée à les protéger, les Gantois cou-
* Descrizione di tutti paesi bassi di Lud. Guicciardini, Aut. 1671, fol. p. 43.